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jeudi 28 juin 2012

« Le processus de droitisation ne se résume pas aux twitts de Morano ! »

- Entretien avec Gaël Brustier -

Photo / Margot L'Hermite

Gaël Brustier et chercheur en sciences sociales.
Il est notamment l'auteur - avec JP Huelin - de Voyage au bout de la droite, Mille et une nuits, 2011

Dans votre ouvrage Voyage au bout de la droite, vous pointez du doit un phénomène de « droitisation » générale des sociétés européennes. La récente victoire de la gauche à la présidentielle puis celle, très nette, remportée aux législatives ne contredisent-elle pas en partie votre analyse ?
Pour nous, et nous le disons dans notre livre, le processus de droitisation n’est ni unilinéaire ni uniforme. Il a ses contradictions et ses périodes de reflux. En Italie, Berlusconi a perdu plusieurs fois les élections mais, sur la durée, il a dominé la vie politique italienne depuis 1994.
Personnellement, j’essaye de me déprendre d’une tendance lourde de notre vie médiatique et politique qui consiste à focaliser sur le court terme. Nous n'avons jamais jugé, au contraire d’autres, que la droitisation se résumait à Nicolas Sarkozy, aux élucubrations de Claude Guéant, aux incongruités de Frédéric Lefebvre et aux twitts de Nadine Morano. Pour tout dire, ils sont absents de Voyage au bout de la droite. Le nom de Nicolas Sarkozy n’est même pas cité. Pas par mépris mais parce que nous avons voulu ainsi signifier que le processus de droitisation dépassait largement l’actualité et la tyrannie de l’instantané.
Les évolutions de l’imaginaire collectif, des «blocs historiques», de l'idéologie dominante me semblent personnellement plus déterminants pour l’avenir de notre pays que la drague grossière de l’électorat FN par Brigitte Barège (Droite populaire) ou que d'autres phénomènes du même type. S’ils ont leur importance, ils n'expliquent pas, puisqu'ils en sont la conséquence, l'évolution de fond des mouvements culturels de nos sociétés.
En ce sens, les élections de 2012 ne me surprennent pas. Leur résultat est davantage la conséquence du grave problème d’incarnation de Nicolas Sarkozy, que d’une inversion d’une tendance qui touche tout l’Occident... Il faut s'attacher à penser les évolutions économiques à venir consubstantiellement aux évolutions idéologiques et politiques : cela permettra de pouvoir anticiper la prochaine phase de la droitisation.
Si ces personnages ne vous semblent pas suffisant à illustrer un processus de fond de droitisation, l’échec aux législatives  d’un Claude Guéant ou de nombreux membres de la Droite populaire ne marquent-il pas, au moins, un échec de la fameuse « stratégie Buisson »?
Pour les législatives, il s’agit d’élections avec 45% d’abstention. La «stratégie Buisson», elle, ne concerne pas les législatives. Elle concerne une élection bien particulière: la présidentielle.
D’une certaine manière, en France, aujourd’hui, deux élections sont déterminantes: l’élection présidentielle et les élections municipales. Ce sont les deux élections qui permettent de comprendre comment l’imaginaire du pays évolue et ce sont d’ailleurs les élections qui attirent le plus. Les autres élections ont évidemment de l’importance mais les taux d’abstention élevés révèlent aussi que les Français sont davantage attachés à la figure du Maire et du Président de la République qu’à celle – aussi respectable soit-elle - d’un Président de Conseil Général.
Claude Guéant est battu dans un contexte très particulier, par un élu sarkozyste très implanté. La Droite populaire, collectif baroque d’élus en proie à la montée du FN, n’a jamais été un "intellectuel collectif" mais un canot de sauvetage de députés confrontés à des électorats droitisés dans des circonscriptions difficiles. Ses élus ont couru après le FN et légitimé le discours de celui-ci sans stratégie ni travail politique véritable, en demeurant fixés sur le court terme et le sauvetage de leur mandat. Les déclarations, plus extravagantes les unes que les autres, de ces députés (sur la double nationalité, les homosexuels, les immigrés à remettre dans des bateaux etc.) s’apparentaient plus à une drague lourde de l’électorat FN qu'à une stratégie politique véritable.
Justement, la porosité constatée entre la droite et le FN durant cette longue séquence électorale a fait couler beaucoup d’encre. Est-elle vraiment un phénomène si nouveau ? On se souvient des municipales de Dreux en 1983, ou d’alliances aux régionales de 1998….
La droite a profondément évolué. Le RPR et l’UDF ont fusionné au sein de l’UMP. Le Front National était, en 1983, le parti d’une droite radicalisée, de petits commerçants, d’une petite bourgeoisie et de quelques ouvriers de droite. Son émergence correspond à l'usage de l'immigration et de thématiques propres aux segments les plus droitiers de la droite traditionnelle. D'ailleurs, en 1986; la moitié des députés FN sont des transfuges du RPR ou de l'UDF.
En 1998, la droite a tenu bon au niveau national. Philippe Séguin avait en horreur le Front national et Charles Pasqua estimait, me semble-t-il, que la droite était trop faible pour négocier quoi que ce soit avec le FN qui, à l'époque, était davantage structuré et organisé qu'aujourd’hui. Il avait le sens du rapport de forces. Quant à Bruno Mégret ou Jean-Yves Le Gallou, ils avaient en tête, depuis les années 1980, d'inoculer à la droite parlementaire les germes de leur idéologie. La "préférence nationale" était la grande innovation conceptuelle censée droitiser la droite.
Finalement, jusqu'aux années 2000, entre FN et RPR (surtout), il y avait le souvenir de l'Occupation et de la Guerre d'Algérie : les possibles excès de langage étaient contrebalancés, dans la droite républicaine, par quelques solides repères historiques. Cela créait un blocage majeur dans les relations des néo-gaullistes avec les frontistes. Cette frontière là a disparu.
L’entrée de deux députés du Front national à l’Assemblée marque-t-il vraiment un tournant pour ce parti ? Ses succès très localisés au législatives (Gard, Vaucluse), et l’échec de Marine Le Pen dans le Pas-de-Calais ne témoignent-t-il pas au contraire d’une « droitisation » très circonscrite au Sud de la France ?
Il est vrai que le Sud de la France est en pointe du phénomène de droitisation. C’est là que les électorats ont fusionné. C’est là que, demain, la fusion peut se concrétiser dans des alliances locales. Un nombre important de triangulaires ont eu lieu dans le Sud.
Dans les Bouches-du-Rhône, Olivier Ferrand a par exemple été élu à la faveur d’une triangulaire avec l’UMP et le FN, où il a du affronter le majordome de Jean-Marie Le Pen... Mais c’est vrai pour d’autres circonscriptions dans le Vaucluse ou dans l’Hérault. Il faut aussi regarder le score impressionnant du FN (48,8%) face à Michel Vauzelle (51,2%). Il faut enfin constater les scores importants du FN dans le Var ou les Alpes Maritimes, qui ne permettent pas de mettre en difficulté électorale l'UMP. Je renvoie aux excellents travaux de Joël Gombin et Pierre Mayance sur la situation en Provence-Alpes-Côte-d’Azur...
Défaite à Hénin-Beaumont, Marine Le Pen peut-elle encore espérer faire « exploser la droite » au profit du FN ainsi qu’elle le prévoyait ?
Faire exploser l’UMP est très difficile. Nous avons pointé l’hypothèse d’une fusion culturelle, et d’une interpénétration des bases militantes. Cette hypothèse se précise.
La prochaine étape déterminante sera celle des élections régionales et des élections municipales. Dans ce deuxième cas, il sera intéressant d’observer les campagnes des candidats de droite. Prendront-ils sur leurs listes des militants FN ou même Identitaires dans le Sud de la France ? Adopteront-ils la "priorité nationale" (et européenne) comme Mégret le fit en son temps à Vitrolles.
Le FN est privé de cadres dans un grand nombre de régions. Jean-Marie Le Pen a successivement liquidé les amis de Bruno Mégret, puis ceux de Carl Lang. Tous étaient des cadres plutôt implantés qui ont fini par payer leur autonomie par rapport au Président du FN. Cette faiblesse de l'encadrement est un incontestable élément retardateur sur la fusion des appareils mais par de la base culturelle.
Ce sur quoi il faut travailler c’est sur l’imaginaire, sur la domination culturelle des droites. Cela suppose de prendre un peu de recul par rapport à la politique électorale et d'être en mesure de décoder la domination culturelle dextriste. Gardons en ligne de mire les futures municipales et la prochaine présidentielle. C'est là que se jouent les prochaines étapes.
Retrouvez les entretiens de l'arène nue :
Entretien avec Catherine Kintzler sur la laïcité   CLACK
Entretien avec Jean-Paul Brighelli sur l'école, l'éduction   CLOCK
Entretien avec Hervé Juvin sur l'économie, l'Europe   CLOUCK
Entretien avec Laurent Bouvet sur "la gauche et le peuple" 1/2 puis 2/2
Entretien avec Sylvain Crépon sur le Front national   CLYCK
Entretien avec Eric Dupin sur les législatives 2012  CLICK
Entretien avec Jean-Loup Amselle sur les "identités"  CLAICK

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mardi 12 juin 2012

Eric Dupin: « Le PS peut espérer obtenir seul la majorité absolue à l’Assemblée »




Eric Dupin est journaliste politique. Il collabore au site Rue89.
Il est l'auteur de plusieurs ouvrages notamment La Victoire empoisonnée, Seuil, 2012


Coralie Delaume. Lors du premier tour du scrutin législatif, l'abstention s'est élevée à 42,8%. Le record de 2007 est donc battu. Nous venons de connaître le taux de participation le plus faible de la V° République pour des législatives. Quels enseignements en tirer ?

Eric Dupin. J’en tirerai trois conclusions. Tout d’abord, cela a beaucoup été dit, lorsque des élections législatives se tiennent après une élection présidentielle, l’abstention est toujours élevée. Ce fut le cas en 1981 et 1988 après les dissolutions décidées par François Mitterrand.

Mais c’est d’autant plus vrai lorsque n’intervient pas cet acte « dramatique » qu’est la dissolution de l’Assemblée, et que les législatives n’apparaissent alors que comme un scrutin de ratification de la présidentielle. Ce qui est désormais systématique en vertu de l’inversion du calendrier électoral décidé par Lionel Jospin en 2000. Après l’élection reine qu’est la présidentielle, le corps électoral considère qu’il a déjà choisi.

Voilà pour les raisons techniques. Mais l’abstention a d’autres causes, qui expliquent pourquoi elle est croissante. Sous l’effet d’un effacement progressif des identités collectives, le devoir civique est de moins en moins ressenti comme tel. Les plus jeunes des électeurs, notamment, se sentent moins concernés.

La troisième raison, enfin, réside dans les désillusions qui frappent les électeurs, après plusieurs alternances qui ne leur ont pas paru constituer des alternatives. Il y a cette impression - notamment dans les classes populaires mais pas seulement – que le pouvoir change de couleur sans changer de politique. J’ai eu l’occasion de mesurer cet état d’esprit désabusé lors des entretiens que j’ai menés pour mon dernier livre La Victoire empoisonnée.

Le score de la gauche - près de 47 % - vous semble-t-il très élevé ?

Non. C’est loin d’être le raz-de-marée rose de 1981 ou bleu de 1993. On s’achemine vers une majorité franche de gauche, mais assez symétrique à ce que fut la majorité de droite en 2007. Cohérents, les Français donnent une majorité au président qu’ils ont élu, lui offrant ainsi la possibilité d’appliquer son programme. Pour autant, cette majorité n’est pas écrasante.

Au sein de la gauche, le PS obtient plus de 34% des suffrages, ce qui est conséquent…

Si on réalise une projection des résultats du 10 juin, le PS, avec ses satellites (PRG et divers gauche) peut espérer obtenir seul la majorité absolue des sièges à l’Assemblée. C’est pour moi une surprise, je m’attendais plutôt à une majorité relative. Il pourrait donc se passer, lors des votes au Palais-Bourbon, des écologistes d’EELV, mais surtout du Front de gauche. Or politiquement, cela n’est pas négligeable. Si les désaccords sont moindres entre socialistes et écologistes, ils sont réels entre le PS et le FDG, notamment sur les thématiques économiques.

Le Front de gauche semble le grand perdant de ce premier tour…

Oui : c’est spectaculaire. Et dramatique pour lui. C’est la première fois que les communistes, notamment, vont voir la gauche parvenir au pouvoir et, dans le même temps, leur nombre de députés se réduire, de 16 actuellement à une dizaine probablement.

Comment l’expliquer ?

Par la continuation du déclin communiste dans ses bastions historiques. Dans certains « fiefs » du PCF, le candidat socialiste a devancé le communiste. C’est le cas pour les communistes Jean-Pierre Brard ou Patrick Braouezec en Seine-Saint-Denis. Même chose dans un autre bastion historique, en Seine-Maritime, qui perdra ses deux députés PCF.

Quand au Parti de gauche, il demeure une jeune formation sans réels bastions, ce qui est très pénalisant dans le cadre d’un scrutin uninominal. Ainsi, même des personnalités connues comme François Delapierre ou Eric Coquerel ont échoué dans l’Essonne et en Corrèze. Le PG ne devrait donc avoir qu’un député, Marc Dolez, personnellement très implanté dans le Pas-de-Calais.

La stratégie de Mélenchon à Hénin-Beaumont, que vous aviez qualifiée de « faute politique », est-elle à mettre en cause ?

Non, si ce n’est pour son sort personnel. En choisissant d’aller défier Marine Le Pen sur ses terres, Mélenchon s’est enfermé dans une ligne idéologique peu adaptée au terrain local. Ses attaques violentes à l’encontre du candidat socialiste risquent de rendre difficile le rassemblement de la gauche au second tour et favoriser l’élection de Marine Le Pen.

Pour la suite, la quasi-absence du Parti de gauche au Palais Bourbon risque de fragiliser le Front de gauche, qui reste une coalition, avec des sensibilités différentes. Par exemple, le PG refuse par principe toute participation au gouvernement alors que le PCF entend se déterminer à l’issue du scrutin législatif. Présent à l’Assemblée, Mélenchon aurait pu jouer son rôle de fédérateur de cette coalition, ce qui n’est désormais plus possible.

Vraisemblablement, le Front national aura peu - ou pas – de députés. On a pourtant vu Marine Le Pen exulter sur nos écrans. A-t-elle réussi son pari ?

A titre personnel, à Hénin-Beaumont, oui même si son élection n’est pas encore acquise. Au delà, je considère le FN comme l’un des vainqueurs du scrutin. Certains de ses candidats ont fait de bons scores, d’une part. D’autre part, la stratégie de mise sous pression de la classe politique entreprise par Marine Le Pen porte ses fruits. L’UMP peine déjà à avoir une ligne unitaire sur le comportement à adopter vis-à-vis du FN. Certains l’ont d’ores et déjà choisi plutôt que le PS [Nb : dans les Bouches-du-Rhône, le candidat UMP Roland Chassain a choisi de se retirer, espérant ainsi une victoire de la candidate FN face au socialiste Michel Vauzelle].

D’ailleurs, que le FN ait zéro ou trois députés n’empêchera pas son influence. Il serait trompeur de ne raisonner qu’en nombre d’élus, dans le cadre d’un scrutin uninominal.

Avec près de 35% des voix, l’UMP ne s’est pas du tout effondrée…

En effet, mais il n’y avait aucune raison à cet effondrement. Le bon score de Nicolas Sarkozy au second tour de la présidentielle laissait présager une bonne résistance de l’UMP. La droite est loin d’avoir disparu à la faveur de cette alternance.

D’ailleurs, c’est un détail qu’on oublie souvent, la moitié des circonscriptions a été redessinée, souvent à l’avantage de dignitaires de droite. L’UMP devrait donc avoir un nombre important de députés au soir du 17 juin. 

Quand au centre, va-t-il disparaître ?

Non. C’est plutôt l’aventure personnelle de François Bayrou qui risque de prendre fin. Mais il serait fort étonnant que notre vie politique ne sécrète pas un centre renouvelé. Cette famille politique est diverse (démocrate-chrétienne, radicale, etc.) mais elle existe.

En revanche, son maintien dans l’UMP n’est pas certain. Il semble d’ailleurs que cette entreprise singulière d’union des droites et du centre que constitue l’UMP ne va pas durer très longtemps. Entre la force centrifuge exercée par le FN sur une droite radicalisée d’une part, et l’hétérogène famille centriste d’autre part, les tensions sont amenées à s’accroître.

Lire et relire :
Recension du dernier livre d'Eric Dupin   CLICK
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lundi 11 juin 2012

Quelles conclusions tirer de la défaite de Mélenchon ?




A Hénin-Beaumont, Jean-Luc Mélenchon a perdu son pari. Il n’est arrivé qu’en troisième position derrière Marine le Pen, qu’il était venu défier sur ses terres, et derrière le socialiste Philippe Kémel. « Méluche » a pris acte, hier soir, de sa défaite, à l’occasion d’un discours où on lui découvrit un visage accablé qu’on ne lui connaissait guère.

Lorsqu’il a décidé d’être candidat dans la « circo 6211 », Mélenchon a été accusé de tout, et, en premier lieu, d’être devenu « accro » aux caméras et aux micros. Si tel était le cas, il l’aura payé cher. Au terme d’une campagne féroce, son image d’homme radical, voire incontrôlable, s’est affermie. Des faux tracts aux noms d’oiseaux, et jusqu’à l’incident ayant eu lieu dans un bureau de vote de Méricourt, les « deux Fronts » se sont jetés l’un contre l’autre avec une grande violence. Or les électeurs du Front national tendent à lui pardonner ses excès. C’est même souvent cela qu’ils lui demandent : de l’intransigeance et de la dureté. Las, ce n’est pas ça qu’attendent les électeurs de gauche. Aussi ont-il préféré le candidat « normal » Philippe Kémel au turbulent Mélenchon.

On a aussi vu, dans la démarche de l’ancien présidentiable, une volonté de jouer un « troisième tour » face à Marine Le Pen, qui l’avait largement devancé au soir du 22 avril. C’est en effet très probable. Hélas, chez Mélenchon, l’audace a primé la lucidité politique. En s’enferrant dans un antifascisme romanesque, le candidat courrait à l’échec. Car il ne suffit plus de scander « F comme fasciste, N comme nazi » ou de tonner « no pasaràn » pour convaincre les électeurs de Marine Le Pen de se détourner d’un FN dont la démarche de « dédiabolisation » s’avère un succès. En faisant de la lutte contre le FN son principal argument, Mélenchon ne fait que rejoindre, finalement, le très bourgeois journal Libération, qui titrait encore récemment au sujet du Rassemblement bleu Marine : « néo, mais fachos ».

Sauf qu’à Hénin-Beaumont, on est sans doute bien moins perméable aux postures de la gauche morale qu’on ne l’est dans le XI° arrondissement de Paris. Dans ce Pas-de-Calais désindustrialisé, le discours eurosceptique, anti-mondialisation et protectionniste de Marine Le Pen fait mouche. Au point que le vote FN y est devenu – il faudra bien s’y faire – un vote d’adhésion plus qu’un vote de rejet.

Quant au discours anti-immigrés il séduit un public ayant subi dans sa chair l’impitoyable concurrence qui se joue sur le marché de l’emploi. Davantage, en tout cas, que les déclarations certes généreuses, certes humanistes, mais fort peu pragmatiques d’un Mélenchon dont l’appétence pour la libre circulation des personnes n’est finalement qu’un avatar gauchisé de la doxa libérale. Dans Le Nouvel Observateur, Laurent Joffrin l’exprime en ces termes : « un candidat qui proclame à tous vents que l’immigration ne pose aucun problème ne saurait remporter un grand succès auprès des ouvriers et des employés, qui craignent la concurrence d’une main d’œuvre sous-payée et corvéable à merci ».

Ajoutons à cela que le « folklore » ouvriériste du Front de gauche, dans ce Nord échaudé par un réel très dur, ne prend plus. Il ne suffit plus d’invoquer le Germinal de Zola ou d’entonner « au Nord, c’étaient les corons » pour convaincre. Les enfants de mineurs savent que le passé ne reviendra pas. Ils attendent donc des politiques qu’ils leur proposent un avenir ou, a minima, qu’ils prennent en compte leur présent. Membre du collectif « Gauche populaire », Denis Maillard l’explique fort bien: « l'ouvriérisme nostalgique sans lien avec le contexte économique et les réalités de la mondialisation, notamment en ce qui concerne l'immigration, conduit à un échec dans les milieux populaires (…) se faire photographier sur fond de terril, c’est passer à côté de ce qu’est le travail aujourd’hui (…) une nouvelle économie est née également, avec de nouvelles pénibilités : toute une économie de services avec des travailleurs, souvent pauvres, qui sont considérés comme des employés par la nomenclature de l’INSEE alors qu’ils sont en réalité de vrais ouvriers des services ».

Jean-Luc Mélenchon, pourtant, aura fait montre d’un réel panache. En choisissant une circonscription où rien n’était assuré, il aura fait, comme le dit Eric Dupin, une « courageuse erreur politique ».

En outre, l’homme n’est pas de ceux qu’on a besoin de supplier : il a concédé sa défaite très vite, et reconnu la légitimité de Philippe Kemel, tout comme il avait appelé à « faire battre Sarkozy » au soir du premier tour de la présidentielle, sans ambiguïté et sans rien négocier. Ce type d’élégance est suffisamment rare pour mériter qu’on y réponde par une élégance équivalente. Aussi le Parti Socialiste aurait-il pu faire un geste, en favorisant l’élection de Mélenchon. Ce dernier, en plus d’un tribun exceptionnel, aurait été un aiguillon utile pour la gauche au sein du Palais Bourbon.

Toutefois, au terme d’une présidentielle en demi-teinte et d’une campagne législative ratée, force est désormais de l’admettre : on ne combat le Front national ni par l’injure disqualifiante, ni par la réactivation d’une mythologie de gauche faite de drapeaux rouges, d’Internationale, et de scansion de slogans de type : « d’une rive à l’autre de la Méditerranée, nous sommes tous frères ».   

Il faut prendre acte que le vote FN n’est plus un vote de mécontentement mais un vote de conviction, s’interroger sans a priori et sans tabou sur les raisons de son succès et inventer, désormais, les vraies parades. C’est à ce prix que les socialistes, qui détiendront très prochainement tous les leviers d’action nécessaires, pourront transformer ce qui ne sera dabord qu’un succès dans les urnes, en véritable et durable victoire idéologique.

Lire et relire :
Populisme : est-ce que Mélenchon = Le Pen ?  CLICK
Marine Le Pen est une présidentiable scrogneugneu   CLACK
Recension de l'enquête sur le "nouveau" Front national de Sylvain Crépon  CLOCK
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mercredi 23 mai 2012

Législatives : l’OPA du Front national sur l’UMP a commencé




Les digues sont-elles en train de lâcher entre l’UMP et le Front national ? C’est l’hypothèse que formule Gaël Brustier dans Le Monde du 17 mai. L’essayiste y affirme en effet : « en quelques semaines, la droite et l'extrême droite françaises ont donc accéléré leur mutation, retardée pendant des décennies par Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen. Leur fond culturel s'est unifié et leurs électorats ont poursuivi leur long processus de fusion ».

En termes de « fond culturel », le rapprochement s’est accéléré pendant la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy ayant délibérément congédié la « tactique Guaino » qui l’avait porté au pouvoir en 2007, pour la remplacer par ce que l’on a appelé la « stratégie Buisson ».

C’est sous la houlette de Patrick Buisson, proche conseiller et ancien rédacteur en chef du journal Minute, que le président sortant a opéré un virage droitier spectaculaire, notamment durant cet entre-deux tour où les 6,4 millions de voix récoltées le 22 avril par de Marine Le Pen sont devenues un enjeu central. Il n’est qu’à revoir le clip de campagne de second tour du président sortant pour s’en convaincre: éloge appuyé des frontières, protection de « notre civilisation et de notre mode de vie » et promesse de diviser par deux les flux migratoires, venaient s’ajouter à la célébration des « racines chrétiennes de la France », présente à chaque meeting.

En choisissant d’épouser la doxa lepéniste pour en conquérir l’électorat, Nicolas Sarkozy n’a eu de cesse de légitimer le discours de Marine Le Pen. Par ailleurs, en faisant ce choix, il a participé activement à l’implosion prévisible de sa propre famille politique. Car le malaise et la désapprobation n’ont pas tardé à se faire sentir parmi les tenants d’une droite républicaine. Dès le lendemain de la défaite, la sénatrice Chantal Jouanno déplorait sur Marianne2 : « nous avons perdu en validant les mots du FN ».

Si l’on considère les électorats UMP et FN, les premiers sondages témoignent d’un rapprochement tangible. Selon une enquête Viavoice en date du 8 mai, 46% des sympathisants UMP et 80% de ceux du Front national seraient favorables à des accords électoraux entre les deux formations. Mais un sondage antérieur (6 mai) réalisé par L’Ifop estimait quant à lui à 54% le nombre de sympathisants UMP désireux d’accord électoraux pour les élections locales (minicipales, cantonales, régionales). Ceci fait dire à Gaël Brustier que « les digues s'affaisseront vraisemblablement en juin, mais devraient surtout s'effondrer au cours des élections locales de 2014 et 2015 ».

En réalité, dès début de la campagne législative, les lignes bougent déjà. Le Front national n’a pas choisi pour rien de mener la campagne sous cette appellation de « Rassemblement bleu Marine », qui fait grincer des dents les militants historiques. On savait que ce rassemblement avait pour but d’accueillir quelques « prises de guerre », comme l’avocat Gilbert Collard, ainsi que des « souverainistes » ne souhaitant pas se présenter sous l’étiquette FN. Il s’agissait en particulier, pour le Marine Le Pen, d’adouber les 34 candidats du SIEL (souveraineté, indépendance, et libertés), la petite formation de Paul-Marie Coûteaux.  Mais dès le lancement de l’attelage « bleu Marine » en mars, la patronne du FN voyait plus loin. Sous cette bannière se présenteraient  « des candidats du FN, des candidats du Siel mais aussi des candidats individuels qui nous ont rejoint, de partout, de la droite et de la gauche », affirmait-elle.

Nous sommes encore loin de voir affluer des ralliés « de partout ». Pourtant, c’est bien sur cela que compte Marine Le Pen. En excluant « tout accord entre partis » avec l’UMP mais en se déclarant ouverte à des discussion « au cas par cas », elle ouvre grand les portes de son rassemblement aux déçus de tout poil de la majorité sortante.  Simultanément, en annonçant d’ores et déjà de nombreuses triangulaires, celle qui pourrait maintenir une centaine de candidats au second tour sème habillement la panique chez certains députés de droite craignant pour leur mandat.

Parmi les députés UMP susceptibles de franchir le Rubicon, on a beaucoup parlé des « grognards » de la Doite Populaire. Il est vrai qu’il existe, entre ce groupe et le Front national, un certain nombre de convergences, que ce soit dans les domaines de l’immigration, de la sécurité, ou de ce qu’il est convenu d’appeler « l’identité nationale ». Le texte paru sur le site de la « Droite Pop' » le 13 mai et intitulé « Quatre priorités pour éviter le chaos migratoire » est limpide quant à la politique d'immigration que ces élus appellent de leurs vœux. Restreindre l’accès des étrangers aux logements sociaux, « réduire les allocations familiales versées aux familles immigrées » ou « restreindre le droit du sol », voilà qui rejoint très largement la « priorité nationale » et le retour au droit du sang défendus par Marine Le Pen.

Dans le même temps, Thierry Mariani et ses amis demeurent éloignés, sur certaines thématiques, de ce que Sylvain Crépon appelle le « Nouveau Front national ». Si Jean-Marie Le Pen fut qualifié en son temps de « Reagan Français », sa fille, elle, s’affirme antilibérale, eurosceptique et attachée l’intervention de l’Etat. A l’inverse, en termes d’orientations économiques, la Droite Pop’ veut « corriger le trop plein de l’Etat providence et ses effets néfaste », plaide pour une suppression du CDD mais en « rendant le CDI plus flexible » et prône une « Europe forte »[1]. Libérale, elle se montre ainsi plus proche du FN façon « Jean-Marie » que de la version « Marine ».

Surtout, on peut douter que le collectif dans son ensemble ait le désir immédiat de quitter l’UMP pour intégrer un Front national qui aurait tôt fait de l’engloutir. Jean-François Copé vient récemment d’accepter qu’à l’issue des législatives, les diverses composantes de l’UMP puissent se constituer en "courants". En termes d’indépendance, de visibilité, de marge de manœuvre, c’est sans doute la meilleure solution pour un collectif déjà clairement identifié dans l’opinion, disposant de membres médiatiques, bientôt d’un logo, et auprès desquels une « quinzaine d’universitaires » travailleraient actuellement pour étayer leur « corpus idéologique ».

Car Copé, pour éviter l’atomisation de l’UMP, transigera probablement sur une relative prise d’autonomie de la bruyante Droite Populaire. Sauf si, comme David Desgouilles en emet l’hypothèse, il venait lui-même à perdre le parti à la faveur d’une défaite aux législatives. Rappelant que Jean-François Copé avait été battu en 1997 suite à une triangulaire avec le FN et anticipant un scénario du même acabit en 2012, Desgouilles met en garde : « pour l’instant, la Droite Populaire reste fidèle à l’UMP car elle entretient de bonnes relations avec son chef, marqué à droite. Mais si Fillon en devenait le chef, Copé ainsi mis au rencard, Marine Le Pen pourrait dévorer un espace politique bien plus important ».

Bien plus que sur une bascule en rang serré de la Droite Pop’ vers le FN, c’est donc sur des ralliements individuels de ses membres que le Front national sait pouvoir compter. Même s’il affirme d’un côté que « l'UMP a intérêt à rester unie pour ne pas faire le jeu de Marine Le Pen », Thierry Mariani en convient lui-même : « une minorité d’élus de la Droite Populaire serait favorable à un rapprochement avec le FN ».

Sans doute songe-t-il alors à quelques figures des Bouches-du-Rhône. Car bien qu’elle ne soit arrivée ici qu’en troisième position, Marine Le Pen était tout de même en tête, au soir du 22 avril, dans trois circonscriptions du département. Sur l’ensemble des seize circonscriptions qu’il compte, elle obtenait 23,38% des suffrages, un score bien au dessus de son résultat national (17,9%).

Dès lors, anticipant de dangereuses triangulaires, les députés sortant de la Droite Populaire ne sont pas avares de clins d’oeils appuyés. Dominique Tian, par exemple, souhaite ne pas « être la droite la plus bête du monde en bunkérisant le FN ». Pour Valérie Boyer, « il n’y a aucune raison de se boucher le nez ». Quant à la maire d’Aix-en-Provence, Maryse Joissains, elle affirmait récemment : « les valeurs qu'a Marine Le Pen, je les ai toujours défendues ».  De ces œillades, le FN local a fort bien compris ce qu’il pouvait tirer. En témoigne ce mot du conseiller régional FN Bernard Marandat, rapporté par La Provence (12 mai): « des discussions existent avec l’UMP à Aix (…) il y a une grosse différence entre les élus UMP parisiens et ceux qui, ici, s'aperçoivent que nous avons beaucoup de valeurs communes (…) nous sommes prêts à les arranger aux législatives, mais pas gratuitement ».

De tels rapprochements, il n’y en aura pas forcément qu’en région PACA, et pas forcément qu’au sein de la Droite Populaire. Dans l’Ain, Olivier Eyraud, conseiller général UMP désormais exclu, vient en effet d’être investi dans la deuxième circonscription sous l’étiquette « Rassemblement bleu Marine ». Dans la Somme, c’est la figure de proue de Chasse, pêche, nature et tradition (CPNT, allié à l’UMP dès avant le premier tour de la prédidentielle), Nathalie Huart, qui vient de rallier le FN. Des cas isolés dira-t-on. Pour l’instant. Jusqu’à ce que d’autres, des élus de terrain poussés dans les cordes par la radicalisation de leur propre électorat et décomplexés par la légitimation des thèses lepénistes par le candidat Sarkozy lui-même, ne fassent à leur tour le choix du FN.

C’est, après tout, ce que Marine Le Pen a voulu, ce sur quoi elle a parié. En continuant pour la forme à prôner le « ni droite ni gauche », tout en s’ancrant, de fait, résolument à droite. En appelant au vote blanc au second tour de la présidentielle, tout en prenant Nicolas Sarkozy comme cible principale et en ménageant soigneusement François Hollande, comme dans son traditionnel discours du 1er mai. En créant un « Rassemblement », enfin, pour rassurer les transfuges, et leur permettre de la rejoindre sans craindre l’opprobre d’une candidature sous l’étiquette « Front national ».

Défaite le 6 mai, l’UMP entame un processus de décomposition qui pourrait aller plus vite que prévu, surtout si elle perd les législatives. Surtout si le détricotage de la zone euro, déjà entamé en Grèce mais dont on ne sait en aucune façon où il s’arrêtera, venait à donner un surcroît de crédit aux thèses eurosceptiques du «  nouveau » Front national.

Reste à la gauche, en face, à tenir le cap de la réorientation européenne promise par le nouveau président de la République d’une part, et à ne pas s’embourber, d’autre part, dans sa propre tentation identitaire et sociétaliste qui donnerait du crédit aux thèses identitaire de droite aussi sûrement que le négatif révèle la photographie. Double défi, vaste programme.


[1] Droite populaire : 12 propositions pour 2012

Lire et relire :
Front national : le nouveau parti de la liberté   CLECK

Boigraphie : Fourest et Venner versus Marine Le Pen   CLEYCK
Marine Le Pen fait peur, mais elle fait aussi vendre   CLICK
Marine Le pen à l'école de la République  CLICK
Populisme : est-ce que Mélenchon = Le Pen ?   CLACK
Marine Le Pen est une présidentiable scrogneugneu CLARCK
A Lille, Marine Le Pen s'enferre à droite  CLOCK
Entretien sur le FN avec Sylvain Crépon  CLOUCK
Marine Le Pen appelle au vote blanc mais souhaite une défaite sarkozyste  CLONCK
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jeudi 10 mai 2012

Captain America, candidat Front national aux législatives ?


Lorsqu’on va voir Avengers, le Marvel qui cartonne en ce moment au cinéma, on est gêné aux entournures. Un truc ne va pas. Quelque chose cloche. Tous les personnages semblent parfaitement à leur place, ainsi que doivent l’être les super-héros : sûrs de leur fait, droits dans leurs bottes, cons comme des billes.

Tous ? Sauf un : ce grand benêt psychorigide de Captain America possède tous les stigmates de l’intrus. Guindé, pas drôle, il arbore une raie de côté sempiternellement impeccable, qui lui donne un air louche. Moulé, la plupart du temps, dans une combinaison céruléenne et ridicule, il semble tirer de cet accoutrement de gymnaste décérébré l’essentiel de sa force. Le Captain n’est en effet doté d’aucun super-pouvoir, ce qui, pour un super-héro, est pour le moins inconséquent.

On réfléchit, et soudain, on comprend : Captain America, ce personnage étriqué et tout d’azur vêtu n’est autre qu’un candidat du « rassemblement bleu Marine » aux élections législatives !

Captain America : candidat "bleu Marine" aux
élections législatives

Le visage souvent dissimulé sous une capote étroite qui lui donne des airs de suppositoire atomique, cette espèce de Schtroumph bondissant, gonflé à la créatine et à la testostérone, nous vient d’ailleurs tout droit des années 1940. Or ceci n’est jamais un hasard.

On apprend en effet, dès le début, du film que le fucking blue boy aurait été congelé pendant la guerre, avant d’être dégivré intact, pour on ne sait quelle obscure raison, à l’aube de l’année 2012. Sans doute pour se présenter dans quelque circonscription hexagonale ? D’ailleurs, l’homme « bleu Marine » arbore en permanence un sourire immaculé et vaguement sardonique qui n’est pas sans rappeler Ken, le mari de [Klaus] Barbie.

Dans ces conditions, on comprend aisément pourquoi la mésentente est telle, jusqu’au milieu de l’histoire, entre « Captain le coincif » et « Iron Man l’exubérant ». Car in fine, de quoi Iron Man est-il le nom, si ce n’est de Jean-Luc Mélenchon ? Sa rouge carapace n’est-elle pas une signature ? Et les proto-boosters qu’il a sous les semelles ? Que peuvent-elles être d’autre que l’instrument de son turbo-parachutage dans la circonscription d’Hénin-Beaumont ?

Iron-Mélenchon tente de neutraliser un
fasciste à Hénin-Beaumont


Dans ces conditions-là, le choc des deux titans ne peut que mal tourner. Et l’on n’espère qu’une chose : qu’il entrera suffisamment de ministres [Géants] Verts dans le futur gouvernement pour luter avec toute l’énergie qu’il convient contre l’extension inexorable des champs de maïs transgénique.


Jean-Vincent (Hulk) Placé ne plaisante pas
avec les manipulations sur le maïs

Lire et relire :
Non-humain, trop humain ?  CLICK
Astérix, national-socialix ?     CLACK
Je funambule au cirque d'hiver  CLOCK
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