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dimanche 18 septembre 2011

Crise: trois présidentiables au chevet de l'euro



Ils étaient quatre, réunis en cette matinée du 14 septembre 2011 dans une salle de travail de l’Assemblée nationale. Quatre hommes politique de tous horizons, réunis à l’appel de l’association « Manifeste pour un débat sur le libre-échange » afin d’examiner les ressorts de cette crise économique et financière qui n’en finit plus de secouer l’Europe.

Aux côtés du radical François Loos, ancien ministre, figuraient trois candidats à l’élection présidentielle de 2012 que rien, a priori, ne devait conduire à se rapprocher. Et pour cause : venus d’horizons différents, ils ont également adopté des stratégies fort dissemblables. L’un, Arnaud Montebourg, est membre d’un grand parti, où il essaye de faire entendre sa petite musique démondialisatrice, en se portant candidat aux primaires. L’autre, Jean-Pierre Chevènement, a quitté ce même Parti socialiste il y a fort longtemps. Il envisage aujourd’hui une « candidature pédagogique », dans le but de « faire bouger les lignes ». Le troisième, Nicolas Dupont-Aignan, tourna le dos à l’UMP en 2007, pour ne pas écorner ses convictions gaullistes. Il portera en 2012 les couleurs de son mouvement, Debout la République.

Le colloque débute par une mise en bouche : quelques exposés d’économistes tels Jean-Claude Werrebrouck, Jean-Luc Gréau, ou Hervé Juvin. Ils commentent un sondage IFOP réalisé à la demande de l’association organisatrice. Cette enquête, d’abord menée dans l’hexagone au mois de juin et relayée par Marianne2 révélait que 80% des Français étaient favorables à un protectionnisme européen. Depuis lors, le sondage s'est poursuivi dans d’autres pays d’Europe : Allemagne, Espagne, Italie et Royaume-Uni. Il offre un verdict inattendu, exposé ici par Bertrand Rothé, et par Laurent Pinsolle.

Ce sondage traduit les inquiétudes de très nombreux européens quant aux effets de la mondialisation marchande. Mais lorsqu’interviennent à leur tour les trois présidentiables, c’est d’abord sur le terrain de la globalisation financière qu’ils se placent. En effet, cependant que les marchés s’affolent et que tous les regards convergent vers la Grèce, un diagnostic s’impose : nous traversons actuellement une crise de la dette, qui est également une crise de l’euro. Car cette monnaie dramatiquement surévaluée ruine notre compétitivité, affecte nos exportations et favorise les délocalisations. Sur ce point, Chevènement met en garde : « pas plus que l’arbre ne doit cacher la forêt, la question de la Grèce ne doit occulter le problème de l’euro ».

Arnaud Montebourg l’a rappelé jeudi 15 septembre à l’occasion du premier débat des primaires socialistes : il considère que « l’euro peut encore être sauvé ». Pour y parvenir, il se prononce pour une « monétisation de la dette » : Montebourg est favorable au rachat, par la Banque Centrale Européenne, de titres de dette des pays en grande difficulté, une monétisation massive ayant notamment pour effet de dissuader la spéculation.

Mais il semble désormais bien difficile d’aller au-delà des rachats de dette espagnole et italienne réalisés cet été par la BCE. Les allemands y sont globalement défavorables, et le seuil de tolérance de certains de leurs responsables semble désormais atteint. En témoigne la récente démission du chef économiste allemand de la Banque centrale, Jürgen Stark. Déjà en février, un autre allemand, Axel Weber, avait décidé de renoncer au remplacement de Jean-Claude Trichet, pour lequel il était pressenti.

Quant aux autres mécanismes de solidarité européenne, ils ne soulèvent pas davantage d’enthousiasme. Concernant les Eurobonds, Jacques Sapir est formel : « cette idée est désormais dépassée. L’émission de titres de dettes englobant les pays à risques et les pays réputés sains aurait un taux d’intérêt prohibitif ». Par ailleurs, les « plans d’aide » à la péninsule hellène suscitent nombre de tensions, comme vient d’en témoigner la cacophonie émise par les ministres des finances de l’Eurogroupe réunis en conclave à Wroclaw (Pologne).

Faute de solution, la monnaie européenne serait-elle vouée à disparaître, alors que se murmure l’hypothèse d’une sortie de la Grèce, qui ne manquerait pas d’entraîner à sa suite d’autres pays en quête d’oxygène, tels le Portugal, l’Irlande ou l’Espagne ?

Jean-Pierre Chevènement et Nicolas Dupont-Aignan l’entendent d’une autre oreille. Et voir ces deux-là, qualifiés depuis toujours « d’eurosceptiques », avancer des solutions fort raisonnables dans le but de sauver la devise européenne, ne manque pas de piment. Car ces « souverainistes » s’attachent à faire preuve avant tout de réalisme politique. Si la création de l’euro fut à leurs yeux une erreur, celui-ci existe bel et bien. Il serait donc très incertain de prôner l’abandon de ce que d’aucuns considèrent comme la réalisation majeure de l’Union européenne.

L’un et l’autre se rejoignent donc pour défendre la mutation de l’euro en monnaie commune. Cette proposition est défendue de longue date par Dupont-Aignan. Mais Chevènement l’avait reléguée au statut de « plan B » dans son ouvrage La France est-elle finie ? Face aux tensions générées par l’idée de monétisation et à l’imminence d’un défaut de la Grèce, le « Ché » semble désormais rejoindre le gaulliste. Les deux hommes paraissent sur la même ligne, et proposent non pas d’abandonner l’euro, mais de l’adapter. Il conviendrait d’en en faire ce que le sénateur de Belfort appelle « un toit européen commun », autrement dit « une devise européenne constituée d'un panier de monnaies nationales qui pourraient fluctuer dans certaines marges négociées ». Et Nicolas Dupont-Aignan d’ajouter non sans audace qu’une telle mue de l’euro, loin de conduire à des sorties intempestives de l’eurozone permettrait à des pays non membres…d’y entrer !

Réunis aux côtés d’économistes de toutes obédiences, Montebourg, Chevènement et Dupont-Aignan, tous trois candidats à l’élection suprême, mettent de côté leurs divergences le temps d’un colloque, et parviennent à faire surgir des points d’accord inattendus. Quand d’autres, au sein d’une même famille politique, et parfois d’un même parti, s’invectivent pour des vétilles, il serait regrettable qu’ils ne soient pas entendus.

A l’heure où fleurissent des rumeurs concernant le rachat d’une partie de la dette italienne par l’Empire du Milieu, et alors que le secrétaire au Trésor américain tance les membres de l’Eurogroupe à Wroclaw,  il serait saumâtre que, pour ne pas avoir à écouter la supplique de la « conjuration des hétérodoxes », nous préférions nous abandonner au bon vouloir de la « Chinamérique ».

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mercredi 14 septembre 2011

Crise: des présidentiables au chevet de l'euro




Ils sont quatre, réunis en cette matinée du 14 septembre dans une salle de travail de l’Assemblée nationale. Quatre hommes politique de tous horizons, rassemblés à l’appel de l’association « Manifeste pour un débat sur le libre-échange » afin d’examiner les ressorts de cette crise économique et financière qui n’en finit plus de secouer l’Europe.

Aux côtés du radical François Loos, ancien ministre, figurent trois candidats à l’élection présidentielle de 2012 que rien, a priori, ne devait conduire à se rapprocher. Et pour cause : venus d’horizons différents, ils ont également adopté des stratégies fort dissemblables. L’un, Arnaud Montebourg, est membre d’un grand parti, où il essaye de faire entendre sa petite musique démondialisatrice, en se portant candidat aux primaires. L’autre, Jean-Pierre Chevènement, a quitté ce même parti socialiste il y a fort longtemps. Il envisage aujourd’hui une « candidature pédagogique », dans le but de « faire bouger les lignes ». Le troisième, Nicolas Dupont-Aignan, tourna le dos à l’UMP en 2007, pour ne pas écorner ses convictions gaullistes. Il portera en 2012 les couleurs de son mouvement, Debout la République.

Le colloque débute par une mise en bouche : quelques exposés d’économistes tels Jean-Claude Werrebrouck, Jean-Luc Gréau, ou Hervé Juvin. Ils commentent un sondage IFOP réalisé à la demande de l’association organisatrice. Cette enquête, d’abord menée en France, puis prolongée en Allemagne, en Espagne, en Italie et au Royaume-Uni, offre un verdict inattendu : les européens sont protectionnistes. A l’exception des Anglais, plus de 70 % des sondés sont favorables à l’augmentation des droits de douane aux frontières de l’Europe. Ce chiffre atteint même 80% du panel français.

Ce sondage traduit les inquiétudes de très nombreux européens quant aux effets de la mondialisation marchande. Mais lorsqu’interviennent à leur tour les trois présidentiables, c’est d’abord sur le terrain de la globalisation financière qu’ils se placent. En effet, cependant que les marchés s’affolent et que tous les regards convergent vers la Grèce, un diagnostic s’impose : nous traversons actuellement une crise de la dette, qui est également une crise de l’euro. Car cette monnaie dramatiquement surévaluée ruine notre compétitivité, affecte nos exportations et favorise les délocalisations. Sur ce point, Chevènement met en garde : « pas plus que l’arbre ne doit cacher la forêt, la question de la Grèce ne doit occulter le problème de l’euro ».

Pour sauver l’euro, Arnaud Montebourg s’est déjà prononcé pour une « monétisation de la dette » : il est favorable au rachat, par la Banque Centrale Européenne, de titres de dette des pays en grande difficulté. Une monétisation massive aurait notamment pour effet de dissuader la spéculation. Mais il semble désormais bien difficile d’aller au-delà des rachats de dette espagnole et italienne réalisés cet été par la BCE. Les allemands y sont globalement défavorables, et le seuil de tolérance de certains de leurs responsables semble désormais atteint. En témoigne la récente démission du chef économiste allemand de la Banque centrale, Jürgen Stark. Déjà en février, un autre allemand, Axel Weber, avait décidé de renoncer au remplacement de Jean-Claude Trichet, pour lequel il était pressenti.

Faute de solution, la monnaie européenne serait-elle donc vouée à disparaître, alors que se murmure l’hypothèse d’une sortie de la Grèce, qui ne manquerait pas d’entraîner à sa suite d’autres pays en quête d’oxygène, tels le Portugal, l’Irlande ou l’Espagne ?

Jean-Pierre Chevènement et Nicolas Dupont-Aignan l’entendent d’une autre oreille. Car si la création de l’euro fut à leurs yeux une erreur, celui-ci existe bel et bien, et il serait très incertain politiquement de prôner l’abandon de ce que d’aucuns considèrent comme la réalisation majeure de l’Union européenne. L’un et l’autre se rejoignent donc pour défendre la mutation de l’euro en monnaie commune. Au lieu d’imposer un carcan à des pays économiquement très hétérogènes, cet euro adapté constituerait ce que Chevènement appelle « un toit européen commun », autrement dit « une devise européenne constituée d'un panier de monnaies nationales qui pourraient fluctuer dans certaines marges négociées ». Et Dupont-Aignan d’ajouter non sans audace qu’une telle mue de l’euro, loin de conduire à des sorties intempestives de l’eurozone permettrait à des pays non membres…d’y entrer !

Réunis aux côtés d’économistes de toutes obédiences, des candidats de droite et de gauche à l’élection suprême mettent un instant de côté leurs divergences, et parviennent à faire surgir des points d’accord inattendus. Quand d’autres, au sein d’une même famille politique, et parfois d’un même parti, s’invectivent pour des vétilles, il serait regrettable qu’ils ne soient pas entendus.

A l’heure où fleurissent des rumeurs concernant le rachat d’une partie de la dette italienne par l’empire du Milieu, il serait saumâtre que, pour ne pas avoir à écouter la supplique de la « conjuration des hétérodoxes », nous préférions nous vendre à la Chine.

Lire ou relire :
Lorsque Jacques Sapir propose la démondialisation   CLICK
Chevènement-Montebourg : pas de divergence   CLACK
Euro : par ici la sortie   CLOCK

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samedi 12 février 2011

Euro : par ici la sortie !


« Ne croyez pas ceux qui proposent que nous sortions de l'Euro. L’isolement de la France serait une folie ». C’est par une mise en garde que le président Sarkozy a choisi de débuter l’année nouvelle, au soir du 31 décembre 2010, quelques heures à peine avant les libations dans lesquelles nous allions bouter hors de nos mémoires cette décennie post-bug qui vit à la fois naître la monnaie unique, et mourir la démocratie dans un hold-up pseudo-référendaire aboutissant au rejet du projet de constitution européenne et à l’adoption subséquente de son double, le traité de Lisbonne.

Pourquoi le Président français a-t-il pris la peine de s’attarder sur les propositions des eurosceptiques, ces « nonistes » anachroniques dont on balaye habituellement les arguments d’un geste auguste et supranational, les renvoyant à leur Mélancolie française et à leur nostalgie suspecte pour les attributs éculés de la souveraineté ? Nicolas Sarkozy accorde-t-il un réel crédit à ce sondage IFOP de novembre 2010, dans lequel 35% des français se déclaraient favorable à un retour au Franc ? Craint-il que soient devenus audibles ceux qui, d’un Front à l’autre, du « degauche »  au « national », ont inscrit sans ambiguïté la sortie de l’Euro au frontispice de leur édifice programmatique ?

En effet, si divers et émiettés soient-ils, les thuriféraires d’un retour à la monnaie nationale couvrent désormais tout le spectre du jeu politique. A droite, Marine le Pen, dont la récente passion pour l’économie confine au zèle du converti, considère que « le vrai problème, c’est l’Euro ». Avant elle, Nicolas Dupont-Aignan assénait déjà : « quitter l’Euro est une condition du plein emploi ». A gauche, Jean-Luc Mélenchon, soucieux de faire oublier qu’il vota sans ciller le traité de Maastricht[1], vaticine aujourd’hui : « l'Euro des banquiers et des usuriers n'est plus viable », cependant que le petit Mouvement républicain et citoyen (MRC) propose de « substituer à une monnaie unique trop rigide une monnaie commune réservée aux transactions extérieures ». Voilà un consensus de fait susceptible de faire blêmir tous ceux qui craignent un 21-Avril à l’envers, à l’endroit, oblique, en biais ou de guingois. 

Au succès de ces thèses eurosceptiques, rendu possible par la crise grecque et par sa contagion aux autres PIIGS[2], c’est Nicolas Sarkozy lui-même qui, paradoxalement,  donne la meilleure explication : « la question de l'Euro n'est pas une question simplement monétaire, ni une question simplement économique, c'est une question identitaire » assurait-il la semaine dernière au forum économique de Davos. Comment admettre de manière plus explicite que la monnaie européenne est une « monnaie politique », avant d’être un instrument macroéconomique ? Lorsque le Président français martèle que « l'Euro c'est l'Europe et que l'Europe, c'est 60 ans de paix sur notre continent », il nous renvoie à la genèse de la construction Européenne à la sauce Monnet-Schuman : au début des années 1950, déjà, la Communauté économique du charbon et de l’acier (CECA) avait pour objectif de créer des solidarités économiques suffisamment solides pour bouter définitivement le spectre de la guerre hors des frontières d’Europe de l’Ouest. Le négoce comme condition de la Pax Europa, en somme.

Quant au postulat qui préluda à la création de l’Euro, il fut ou prou du même acabit : les nations, notamment l’allemande, portant en elles le germe de la guerre, il convenait de les neutraliser au plus tôt. Une dose réputée létale de supranational économico-monétaire devait parvenir à ficeler les Etats dans un entrelacs d’intérêts matériels de fait, et à « arracher les patries aux castes du militarisme », tant il est vrai « qu’un peu  d’internationalisme éloigne de la patrie ». Les socialistes, au pouvoir dans les années 1990, connaissaient mieux que quiconque ce mot célèbre de Jaurès. Ainsi, côté français, c’est bien en réaction à la réunification allemande que l’on plaida pour l’avènement d’une monnaie unique. La devise européenne à la sauce Mitterrand-Delors apparaissait comme un antidote préventif contre la rémanence des tentations pan-germaines. « A travers le projet d’union monétaire européenne, dès avant la réunification allemande, François Mitterrand déclarait déjà vouloir enlever à l’Allemagne son mark, ressort essentiel de sa puissance », se souvient Jean-Pierre Chevènement[3]. Et de rappeler l’empressement des socialistes français à créer l’Euro, cependant que le chancelier Kohl s’ingéniait à différer l’échéance.

Pour convaincre l’Allemagne d’abandonner son mark, il fallut donc lui donner des gages. A la politique du Franc fort succéda celle de l’Euromark, couvé par une Banque centrale européenne principalement soucieuse de lutter contre l’inflation, et dont les statuts ressemblent à s’y méprendre à ceux de la Bundesbank. Ainsi, malgré l’apophtegme relatif à « l’Euro protecteur » que s’entête à nous servir une poignée d’eurolâtres, il faut bien admettre que la monnaie unique a surtout protégé nos voisins d’outre-Rhin, que leur modèle économique immunise déjà contre les affres de la surévaluation. Bien connue, l’une des explications de ce phénomène réside dans la compétitivité des produits allemands qui se niche dans leur qualité plus que dans leur prix. Avec un effort de recherche et développement supérieur à celui de ses partenaires européens, l’Allemagne dispose d’avantages comparatifs dans certains domaines (machines-outils, biens d’équipement, voitures haut de gamme) qu’une surévaluation de l’Euro de 10 à 20% par rapport au dollar ne parvient pas à entamer. Mais la qualité du « made in Germany » n’explique pas tout. L’Allemagne lutte elle aussi contre l’enchérissement de ses produits généré par l’Euro fort, en pratiquant une politique systématique de « déflation compétitive », c'est-à-dire de gel des salaires, permise par cette discipline collective et cette cogestion syndicale qui fondent le « capitalisme rhénan » cher à Michel Albert[4]. Enfin, la République fédérale bénéficie des bas coûts de production des pays de la Mitteleuropa, où elle délocalise la fabrication de ses composants pour n’en conserver que l’assemblage. La question de la pérennité des performances actuelles de l’économie germanique mérite cependant d’être posée : l’Allemagne, dont la zone Euro représente 40% des débouchés, peut-elle sortir indemne du tourbillon crisogène qui s’abat tour à tour sur chacun ses voisins ? Ne devra-t-elle pas elle-même opter, comme l’envisage Jacques Sapir, entre « sortir de son modèle ou sortir de la zone Euro » ?

Car l’effet domino de la crise du printemps 2010 semble inévitable, si l’on admet un  vice de construction initial : la zone Euro est loin d’être optimale. Selon Christian Saint-Étienne, observateur averti des prodromes de « la fin de l’Euro »[5], une zone économique optimale (c'est-à-dire apte à partager la même monnaie), possède trois caractéristiques : elle suppose la mobilité des facteurs de production (capital et travail). Elle induit l’existence d’un budget fédéral propre de corriger les inégalités territoriales. Enfin, elle nécessite une convergence macro-économique des pays qui la composent. Rien de tel au sein de la zone Euro. Outre la grande diversité des modèles économiques qui prévalent en son sein, le marché du travail y reste très cloisonné, la mobilité des salariés étant largement découragée par l’étanchéité des barrières linguistiques. Quant au budget commun, il ne dépasse pas 1% du PIB Européen, et son augmentation ne semble guère d’actualité, tant les finances publiques des pays contributeurs sont désormais dégradées. Or en l’absence de politique budgétaire apte à corriger le manque de cohérence de la zone, les économies nationales semblent appelées à diverger voire à entrer en concurrence, dans un retournement de l’Histoire propre à endommager sévèrement l’irénisme monétaire des eurobéats.

D’ores et déjà, les effets bénéfiques de l’Euro disparaissent sous la litanie des inconvénients : les taux d’intérêt bas dont ont d’abord bénéficié les pays de la zone les ont conduit à s’endetter à l’excès. En Grèce et en Italie, la dette publique dépasse 110% du PIB. Quant au déficit public, il est supérieur à 10% en Grèce, en Espagne, en Irlande. En France, la dette représente 80% du PIB, et le déficit public tutoie les 8%, cependant que la croissance est en panne, exceptée celle du taux de chômage.

Surévaluation plombant les exportations, compression des salaires et de la croissance, chômage endémique, encouragement au surendettement et aux bulles…Un ancien ministre de gauche, considérant sans doute la difficulté politique de cette décision, disait récemment « la sortie de l’Euro…y penser toujours, n’en parler jamais »[6]. Au regard des contre-performances affligeantes que nous donne à voir cette expérience monétaire au-delà du réel, on serait tenté de lui répondre : la sortie de l’Euro…y penser toujours, en parler souvent, commencer maintenant !



[1] C’était à l’époque où il faisait le « larbin » du parti socialiste. Un peu comme David Pujadas fait aujourd’hui le « larbin » du pouvoir, des riches et des puissants.
[2] Les PIIGS (Portugal, Italie, Irlande, Grèce, Espagne) correspondent aux « pays du Club Med » plus l’Irlande. Gros consommateurs d’agrumes et d’huile d’olive, ils passent leur temps à défier la patience des agences de notation.
[3] Jean-Pierre Chevènement, La France est-elle finie ? Fayard, janvier 2011.
[4] Michel Albert, Capitalisme contre capitalisme, Seuil, 1991.
[5] Christian Saint-Etienne, La fin de l’Euro, Bourin éditeur, 2009.
[6] Le nom de cet ancien ministre sera pudiquement tu : il ne faudrait pas que d’aucuns s’avisent qu’il n’a pas fait qu’y penser, mais qu’il en a aussi parlé.