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lundi 27 mars 2017

Anniversaire du traité de Rome : « L'Union européenne est de moins en moins hospitalière »







Ce 25 mars marque le soixantième anniversaire du traité de Rome, acte de naissance symbolique de l’Union européenne. Quel bilan tirez-vous de soixante de construction européenne ?

Un bilan assez calamiteux, forcément. Il n'y a qu'à voir comment se sont passés les divers anniversaires de ce début d'année. Car celui du traité de Rome n'est pas le premier que l'on « célèbre ». L'année 2017 est aussi celle des 25 ans du traité de Maastricht, et celle des 15 ans de l'euro qui est entré dans nos portefeuilles le 1er janvier 2002.

Personne n'a pourtant eu le cœur à festoyer. Et pour cause. Les deux années qui viennent de s'écouler ont vu se succéder deux événement majeurs. D'abord la crise grecque de janvier à juillet 2015, qui s'est soldée une mise en coupe réglée de la Grèce. Commel'explique le spécialiste du pays Olivier Delorme la situation économique du pays est désormais effroyable. Sa dette est très clairement insoutenable, ainsi que le répète inlassablement le FMI, bien plus lucide dans ce domaine que les Européens. Son PIB, qui s'est rétracté d'un quart depuis le début de la crise en 2010, a encore reculé de 0,1 % en 2016. Cela signifie qu'en dépit d'une cure d'austérité digne du Guiness Book, l'économie hellène ne se relève pas. Le fait que Michel Sapin puisse affirmer, au sortir de l'Eurogroupe du 20 mars que « Le drame grec est derrière nous » montre que la « post-vérité » et les « alternative facts » ne sont pas l'apanage des « populismes ». Il est évident que le problème grec se reposera très bientôt.

L'autre événement majeur est évidement le Brexit, qui sera officiellement enclenché le 29 mars. Symboliquement, c'est un coup très dur pour l'Union européenne, qui se rétracte pour la première fois alors qu'elle n'avait fait jusque là que s'élargir. On a beau nous seriner que la Grande-Bretagne était très peu intégrée, l’événement reste lourd de sens. D'autant qu'en choisissant l'option du « Brexit dur » et en affirmant qu'à un mauvais accord avec l'UE elle préférait « pas d'accord du tout », Theresa May envoie le signal d'un retour du volontarisme en politique, ce qui ne manquera pas de susciter l'intérêt et l'envie dans les pays voisins.

De plus, contre toute attente, l'économie du pays ne s'effondre pas. Le professeur britannique Robert Skidelsky a récemment expliqué pourquoi dans une tribune parue dans la presse suisse : « la nouvelle situation créée par le Brexit est en fait très différente de ce que les décideurs politiques, presque exclusivement à l’écoute de la City de Londres, avaient prévu. Loin de se sentir dans une moins bonne situation (...), la plupart des électeurs du Leave pensent qu’ils seront mieux lotis à l’avenir grâce au Brexit. Justifié ou non, le fait important à propos de ce sentiment est qu’il existe ». En somme, les Britanniques ont confiance dans l'avenir, et cela suffit à déjouer tous les pronostics alarmistes réalisés sur la foi de modèles mathématiques. Or si la sortie du Royaume-Uni se passe bien économiquement, ça risque là encore de donner des idées aux autres pays.

L'Union européenne est de moins en moins hospitalière. Les dirigeants européens semblent baisser les bras pour certains, tel Jean-Claude Juncker lâchant un « Merde, que voulez-vous que nous fassions ? » devant le Parlement européen le 1er mars. D'autres s'adonnent carrément à l'injure tel Jeroen Dijsselbloem, le président néerlandais de l'Eurogroupe, affirmant toute honte bu le 21 mars : « Durant la crise de l'euro, les pays du Nord ont fait preuve de solidarité vis à vis des pays touchés par la crise. En tant que social-démocrate, j'accorde une très grande importance à la solidarité. Mais [les gens] ont aussi des obligations. On ne peut pas dépenser tous l'argent dans l'alcool et les femmes, et ensuite appeler à l'aide ». Bref, le bilan de la construction européenne en ce jour anniversaire est peu engageant, c'est le moins que l'on puisse dire. 

Votre dernier livre s'intitule La fin de l'Union européenne. Quels pourraient être le scénario de la fin de l’UE. Une nouvelle crise grecque ? La victoire du FN à la présidentielle ?  

D’abord, nous observons que l’Union européenne est déjà en voie de décomposition du fait de son incapacité à faire respecter ses propres règles par les États membres. Dans notre livre, nous parlons de la fin de l’Union européenne au présent et non au futur. On a pu observer les déchirements européens à l’occasion de la crise des réfugiés. La Commission a été obligée de suspendre l’application des traités dans l’urgence pour faire face à la désunion. Quant à la crise de la zone euro, elle a été l’occasion de tels déchirements qu’aujourd’hui cette même Commission renonce à sanctionner l’Allemagne pour ses excédents et le Portugal et l’Espagne pour leurs déficits. De même, aucune sanction n’est tombée contre la Hongrie qui a réformé sa Constitution et sa justice de manière à pouvoir contourner l’application du droit européen sur son propre territoire.

Pourtant, on fait comme si. Les institutions européennes tournent en partie à vide, mais elles tournent, et en France le droit européen continue de s’imposer tout comme la logique d’austérité de s’appliquer. Jusqu’à quand ? Peut-être qu’une victoire du Front national accélérerait la rupture de la France avec les règles européennes et précipiterait son éclatement institutionnel mais rien n'est moins sûr. Encore faudrait-il que Marine Le Pen fasse ce qu'elle promet actuellement, et il n'est pas certain du tout qu'elle en ait les moyens. Avec qui gouvernerait-elle pour avoir une majorité ? Avec une partie de la droite traditionnelle ? Mais cette dernière ne veut absolument pas qu'on touche au statu quo...

Un autre scénario envisageable serait en effet un défaut grec et unesortie de la Grèce de la zone euro. L’intransigeance allemande pousse de fait ce pays à envisager une stratégie de rupture, car comme on l'a dit précédemment, rien n’est résolu. Le jour où la Grèce fait officiellement défaut, les Allemands vont être contraints à « prendre leurs pertes » et donc à reconnaître ce qu’ils ont toujours refusé jusqu’à présent, c’est-à-dire qu’une union monétaire implique une union de transferts. Pas sûr qu’après cela l’Allemagne que souhaite encore rester dans l’euro.

Le scénario d'une crise extérieure est aussi envisageable. Après tout, la crise financière de 2008-2009 est venue des États-Unis. Quelle réaction auraient les autorités européennes en cas de nouvelle crise financière mondiale ? Comment l’Allemagne, premier pays créancier au monde, absorberait-elle la perte de son épargne qui ferait suite à une déflagration financière mondiale ? Que se passerait-il si une nouvelle crise touchait par exemple l’Italie ou si une brusque remontée des taux d’intérêt rendait de nombreux pays d’Europe du Sud à nouveau insolvables ?

Ce ne sont pas les scénarii de crise qui manquent. Ce qui manque, ce sont les scénarii crédibles qui permettrait à l’Union européenne d’en sortir renforcée. Aujourd’hui, on constate une telle divergence entre les économies des pays membres que tout choc externe touchera différemment les pays. Les pays créanciers seront-ils solidaires des pays débiteurs et inversement ? Vu les rapports de forces politiques actuels on peut sérieusement en douter.

Enfin, il ne faut pas minorer l'importance de ce qui se passe en Europe de l'Est. Début février, le Belge Paul Magnette, pourtant connu pour être un fervent européen, constatait que « L'Europe est en train de se désintégrer ». Puis il lançait cet oukase : « j’espère que le Brexit sera suivi par un Polxit, un Hongrexit, un Bulgxit, un Roumaxit ». C'est iconoclaste, mais c'est lucide. La passe d'armes qui s'est récemment produite entre la Pologne et l'Union autour de la reconduction de Donald Tusk à la présidence du Conseil laissera des traces à Varsovie. Les propos échangés ont été très durs. Le ministre des Affaires étrangères polonais, Witold Waszczykowski, a affirmé que son pays jouerait désormais « un jeu très dur » avec l'UE. Puis d'ajouter : « Nous allons devoir bien sûr abaisser drastiquement notre niveau de confiance envers l'UE. Et aussi nous mettre à mener une politique négative ».

La chute de l’UE était-elle inscrite dès le départ de son ADN ou s’agissait-il d’une bonne qui a été dévoyée ? 

Certains « eurosceptiques » pensent que le ver était dans le fruit, que la personnalité même des « Pères fondateurs » (Monnet, Schumann) souvent proches des États-Unis et/ou des milieux d'affaires portait en germes l'échec de l'Europe, qui ne pouvait être qu'un grand marché intégré un peu amorphe, une sorte de grande Suisse. Ce n'est pas notre avis.

Il y a eu en effet, pendant toute l'époque gaulliste, un affrontement entre deux visions de l'Europe. Celle de Monnet et des autres « Pères fondateurs », désireux de fonder une Europe supranationale qui échappe aux « passions populaires » et soit confiée aux bons soins de techniciens. C'est elle qui s'est imposée, puisque l'Union européenne est un édifice économico-juridique avant tout, un Marché unique ficelé dans un ensemble de règles de droit qui sapent la souveraineté des pays membres. Cette Europe fait la part belle à l'action d'entités « indépendantes » : Commission, Banque centrale européenne, Cour de justice de l'Union. Celles-ci prennent des décisions majeures mais ne sont jamais soumises au contrôle des citoyens et à la sanction des urnes. On a donc décorrélé la capacité à décider et la responsabilité politique, ce qui est tout de même assez grave pour la démocratie.

Pourtant, il existait une autre conception de l'Europe, celle des gaullistes. Elle semble d'ailleurs connaître actuellement un regain d'intérêt puisque l'on entend parler à nouveau, si l'on tend l'oreille, « d'Europe européenne ». Il s'agissait de bâtir une Europe intergouvernementale et d'en faire une entité politique indépendante de chacun des deux blocs (c'était en pleine Guerre froide), dont l'objet serait essentiellement de coopérer dans le domaine des Affaires étrangères, de la Défense, de la recherche scientifique, de la culture. Ça a été l'objet des deux plans Fouchet, au début des années 1960, qui ont échoué. Après cet échec, le général de Gaulle n'a pas tout à fait renoncé au projet. Faute d'avoir pu convaincre les Six, il a proposé à l'Allemagne d'Adenauer un traité bilatéral bien connu, le traité de l’Élysée. Ce traité a été signé parce qu'Adenauer y tenait. Le chancelier a toutefois fait l'objet de nombreuses pressions dans son pays, de la part de gens qui ne voulaient absolument pas renoncer au parapluie américain au profit d'un rapprochement franco-allemand. Ceux-là ont donc fait rajouter au traité de l’Élysée un préambule dans lequel il était écrit que le texte ne portait pas préjudice à la loyauté du gouvernement fédéral vis à vis de l'OTAN.

C'est une vieille histoire, celle de l'affrontement de deux visions. Les uns voulaient un marché et des règles de droit intangibles pour cadenasser les peuples. Les autres voulaient créer une entité stratégique indépendante à l'échelle du monde et respectueuse des souverainetés. Rien n'était écrit, c'est l'état des rapports de force de l'époque qui a tranché. En tout état de cause, il est singulier de voir les prétendus gaullistes d'aujourd'hui prêter allégeance à l'Europe telle qu'elle est, et un François Fillon, par exemple, se ruer à Berlin pour promettre des « réformes structurelles » à Angela Merkel...

Il faut ajouter qu'ensuite, les choses se sont dégradées par palier. Le traité de Rome, qui créait le Marché commun, a plutôt été une bonne chose pour l'économie du continent. Le marché s'est élargi pour les produits finis des pays membres, et a offert des débouchés supplémentaires à leurs entreprises. Mais la transformation du Marché commun en Marché unique avec la signature de l'Acte unique de 1986 change tout. Pour nous, c'est une date clé. À ce moment là, ce ne sont plus seulement les marchandises qui circulent librement, ce sont les facteurs mobiles de production, c'est à dire le capital productif et le travail. Ils vont naturellement s'agréger dans le centre de l'Europe, alors plus industrialisé donc plus attractif, pour des raisons historiques que nous expliquons longuement. En résulte un phénomène de « polarisation » qui appauvrit les pays de l'Europe périphérique, et enrichit le cœur, notamment l'Allemagne.

L'Acte unique est donc un virage substantiel. Mais la mise en place de l'euro, qui fluidifie encore les mouvements de capitaux et qui rend l'Allemagne sur-compétitive parce qu'il est sous-évalué pour elle, n'arrange rien. Enfin, l'élargissement à l'Est des années 2004 et 2007 est une nouvelle étape, car elle fait entrer dans le Marché unique de très nombreux Européens qui bénéficient de la libre circulation des personnes comme tout le monde, mais dont les salaires et les protections sociales sont bien moindre qu'à l'Ouest. Cela accroît très fortement la mise en concurrence des travailleurs. Les pays de l'Est se sont d'ailleurs spécialisés dans le dumping social.

Après la chute de l’UE, faudra-t-il reconstruire une nouvelle Europe ? Pourquoi ne pas conserver une partie de ce qui a été construit ? N’y a-t-il rien à sauver de l’Union européenne ?

Il y a des choses à sauver. Mieux, il y a des choses à développer. Toutefois, cela nécessite que soit préalablement défait l'existant, car l'édifice juridico-économique qu'est l'Union européenne (et qui n'est pas l'Europe, il faut insister là-dessus) met les pays européens en concurrence les uns avec les autres au lieu de les rapprocher. Au point de faire (re)surgir des animosités que l'on croyait hors d'âge, et même de conduire à des propos à la limite du racisme, comme ceux de Dijsselbloem évoqués plus haut.

Pour la suite, il faudra bien admettre que tout ce qui a marché jusqu'à présent en Europe relève de l'intergouvernemental et ne doit rien à l'Union. On peut donner quelques exemples : Airbus, entreprise d'abord franco-allemande mais ayant attiré à elle les Néerlandais et les Espagnols, justement parce que ça fonctionnait. A ceci près qu'on ne pourrait plus le refaire aujourd'hui, car les règles européennes en vigueur actuellement, notamment la sanctuarisation de la « concurrence non faussée », ne le permettrait pas. Voilà à cet égard ce que dit Jacques Attali : « On ne pourrait plus faire Airbus aujourd’hui (…) la Commission européenne concentre toute son attention et ses efforts sur la politique de concurrence. Cela conduit à un désastre, parce qu’une politique de concurrence sans politique industrielle s’oppose à la constitution de groupes européens de taille mondiale ».

On peut également citer l'Agence spaciale européenne, celle qui envoie Thomas Pesquet dans l'espace. Ça, c'est l'Europe qui marche, mais on ne l'évoque guère car elle ne pose pas problème. Elle relève de projets ponctuels, concrets, circonscrits, et permet la mise en commun de compétences sans déperdition de souveraineté. Sans doute pourrait-on garder Erasmus également, si cher au cœur des européistes et qui est, c'est vrai, un programme de l'Union. Mais l'apprentissage des langues et les échanges culturels ne doivent pas concerner pour autant qu'un nombre infinitésimal d'étudiants privilégiés. En outre, il n'y a pas besoin de traités d'ordre supranational pour faire cela. La Turquie, la Macédoine, participent au programme sans être dans l'UE.


Entretien initialement paru dans le Figarovox.




lundi 6 mars 2017

Jean-Claude Juncker : « Merde, que voulez-vous que nous fassions ? »






Merde », ou plutôt « Merte ». 

« Merte, que voulez-vous que nous fassions ? » a lâché Jean-Claude Juncker en plein débat au Parlement européen relatif au « Livre blanc sur le futur de l'Europe ». 

Ce « Livre blanc », rédigé par la Commission et supposé permettre une relance du projet européen après le Brexit, a été dévoilé le 1er mars. 

Il propose cinq scénarios potentiels pour sortir de l'impasse :
1) Le statu quo
2) S'en tenir au marché unique et rien de plus
3) L'Europe à plusieurs vitesses : les pays volontaires poursuivent l'intégration
4) Faire moins mais de manière plus efficace
5) « Plus d'Europe » : on approfondit l'intégration tous ensemble. Ce scénario est surnommé « scénario Verhofstadt », du nom de l'ancien premier ministre belge fédéraliste, qui n'a pourtant pas hésiter à tenter récemment une alliance avec les Italiens du Mouvement 5 étoiles dans le but de devenir président du Parlement européen (en vain), et qui vient d'apporter son soutien à Emmanuel Macron dans un texte hilarant consultable ici

Une description détaillée de ces propositions contenus dans le Livre blanc de la Commission est disponible sur le site de celle-ci. Un bon décryptage est consultable ici

En tout état de cause, alors qu'il présentait le travail de ses services à l'Assemblée de Strasbourg et rappelait que le Livre blanc avait déjà fait l'objet de critiques, l'homme s'est écrié : « on dit sur tous les tous les toits de l'Europe qu'il faut débattre, qu'il faut que nous retrouvions le chemin vers nos concitoyens (…) et lorsqu'on le fait, on nous critique. Mais merde, je dirais merde si on n'était pas au Parlement européen. Que voulez-vous que nous fassions ? »





Bref, ça commence à sentir très fort le désarroi au sommet de l'UE. Jean-Claude Juncker l'exprime mieux que quiconque, lui qui a récemment affirmé qu'il ne briguerait pas de second mandat à la tête de l'exécutif européen car il avait « de grands doutes ». 

Et on en a, nous aussi, de grands doutes, faut bien l'avouer. 
Parce que pour nous, les citoyens, pour nous « les gens », la période est assez angoissante. 
C'est vrai quoi, merte, que voulez-vous que nous fassions ?



mercredi 13 juillet 2016

Au Parlement européen, une domination allemande sans partage.








« Non à l'Europe allemande !». Cette courte phrase fit un temps office de formule magique Outre-Rhin. Elle fut tour à tour utilisée par le ministre des finances Wolfgang Schäuble, par l'ancien président de la République fédérale Richard von Weizsäcker ou par le sociologue Ulrich Beck, qui en fit le titre d'un petit ouvrage

Hélas, force est de constater que cela n'a rien conjuré. L'Europe est très allemande. Elle l'est devenue progressivement à la faveur de plusieurs événements  : la réunification d'une part, la création de l'euro d'autre part, car cette monnaie favorise l'économie allemande au détriment des autres. L'élargissement à l'Est enfin, qui a intégré les PECO (pays d'Europe centrale et orientale) à l'Union européenne, PECO dont Berlin est ainsi parvenu à faire la base arrière de sa puissante industrie. 

On a beaucoup dit qu'avec le Brexit, l'Allemagne perdait un allié libéral en Europe, et se retrouvait contre son gré en tête à tête avec des pays d'Europe latine tels la France ou l'Italie. A la vérité, il est probable que le départ britannique renforce encore le pays d'Angela Merkel, ne serait-ce que parce qu'il accroît sa centralité. Comme l'explique ici Alain Trannoy, directeur d’études à l’EHESS : « Cette Europe-là (…), celle qui surgit avec la sortie de la Grande-Bretagne (…) déplace ipso facto le centre de gravité de l’Union européenne vers l’Est et renforce encore la main de l’Allemagne : en plus de son poids démographique et économique, elle gagne encore en centralité. A l’élargissement à l’Est, succède le rétrécissement à l’Ouest ». 

Au demeurant, la répartition des postes au sein de l'Europe institutionnelle témoigne de la domination de ce pays. Par exemple, le président de la Banque européenne d'investissement (BEI) et le directeur général du Mécanisme européen (MES) sont tous deux allemands. Ailleurs, ce sont des représentants de la zone d'influence immédiate de l'Allemagne qui ont été imposés par Angela Merkel: le polonais germanophone Donald Tusk à la présidence du Conseil et le luxembourgeois Jean-Claude Juncker (dont le charismatique chef de cabinet, Martin Selmayr, est allemand) à la tête de la Commission. Toutefois et comme expliqué ici, ce dernier voit aujourd'hui sa présence à ce poste remise en cause, cependant que sa manière de remplir ses fonctions déplaît finalement à Berlin. 

Un focus sur la manière dont fonctionne l'une des institutions de l'UE, le Parlement européen, permet de faire saillir la prééminence germanique. Ce n'est pas le moindre des paradoxes, alors que l'Assemblée de Strasbourg est présentée comme un haut lieu de la démocratisation de l'Union, et qu'elle est supposée représenter les peuples européens dans leur ensemble.

***

Depuis que le Parlement européen (PE) est élu au suffrage universel (1979), il a connu quatre Présidents allemands (mais aussi, il est vrai, trois Français et trois Espagnols). Surtout, et c'est une première,  Martin Schulz a été réélu Président en 2014 après avoir occupé le poste de 2012 à 2014. Il s'est donc succédé à lui même, chose qui ne s'était jamais produite. Selon toute vraisemblance, il ne compte d'ailleurs pas en rester là.

Ses fonctions ne l'empêchent nullement de rester présent et très influent au sein du groupe Socialistes et Démocrates (S&D) qu'il a présidé, et que préside actuellement l'Italien Gianni Pittella. Schulz est réputé peser de tout son poids sur les votes cruciaux comme, par exemple, lors de la nomination de Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission. Cela a également été le cas lors du vote sur la résolution Lange sur le TAFTA, pour celui sur la commission Luxleaks (la tentative de mise sur pied d'une commission d'enquête a d'ailleurs été mise en échec), ou pour celui sur les Panama Papers. Concernant cette dernière affaire, une commission d'enquête a bien vu le jour. Le nom du Président de cette commission vient d'ailleurs d'être connu. Il s'agit de Werner Langen, un eurodéputé... allemand.

Martin Schulz peut par ailleurs compter sur plusieurs soutiens parmi les administratifs employés par son ancien groupe parlementaire. Par exemple, le Secrétaire général adjoint pour les affaires administratives et organisationnelles, Michael Hoppe, se trouve être l'ancien Secrétaire général de la délégation du SPD allemand. La directrice du personnel du groupe, Ute Muller, est en position de jouer un rôle essentiel dans le recrutement de personnel administratif au profit du S&D.

Quant aux autres groupes de l'Assemblée européenne, le plus important d'entre eux, le PPE, est présidé par l'Allemand Manfred Weber. Le Secrétaire général du groupe, Martin Kamp, est l'un de ses compatriotes. Le groupe de la GUE (Gauche unitaire européenne) est présidé par Gabriele Zimmer (Die Linke). Enfin,  Rebecca Harms co-préside le groupe des Verts. La France ne dispose quant à elle que d'une seule co-présidence de groupe, celle occupée par Marine le Pen pour ENL (Europe des nations et des libertés). 

Ajoutons que l'Allemagne occupe à elle seule cinq présidences de commissions (Affaires étrangères, Commerce international, Contrôle budgétaire, Emploi et affaires sociales, Transport) dont certaines des plus importantes. A titre de comparaison, la France n'en occupe que deux (Budget et Pêche).  L'Allemagne dispose de 28 coordinateurs de commission alors que la France n'en compte que 8. Ces eurodéputés ont un rôle important car ils font office de porte-parole de leur groupe au sein des commissions, mais surtout parce qu'ils contribuent à répartir le travail entre leurs pairs. 

Le tableau ci-dessous, qui présente la répartition des postes à responsabilité par nationalité au sein du PE, est sans appel :


Source : Fondation Robert Schuman


Pour finir, il faut noter que la prédominance allemande au sein des entités politiques du PE (groupes, commissions) est relayée au sein de l'administration de cette même assemblée. Par exemple, le Secrétaire général du Parlement n'est autre que Klaus Welle, ancien Secrétaire général du PPE, et qui fut en son temps un homme de confiance d'Helmut Kohl. Welle entretient avec Martin Schulz des relations complexes et semble craindre de perdre son poste au profit d'un proche de Schulz, comme expliqué dans ce long portrait paru sur Politico.eu.

Très bien informé des Games of Thrones qui se jouent au sein des institutions communautaires, ce même site explique que la politisation de l'administration du Parlement européen s'est considérablement accrue sous Martin Schulz, qui multiplie les nominations de proches. « Le Président du Parlement européen a lancé un plan de réaffectation de plusieurs membres de son propre cabinet au sommet de la hiérarchie administrative de l'Assemblée », raconte Politico. De fait, le poste de Directeur général du personnel du PE - un poste clé puisqu'il donne la main sur toutes les procédures de recrutement au sein de l'Assemblée - est désormais occupé par Herwin Kaiser l'ancien adjoint au Chef de cabinet de Schultz. Quant au chef de Cabinet lui-même, Markus Winkler, il vient d'être retenu pour occuper le poste de Secrétaire général adjoint du Parlement, en remplacement de l'Italienne Francesca Ratti, conformément à ce qu'avaient annoncé le Telegraph britannique ou le site italien spécialisé sur les questions européennes Eunews.

***

La domination allemande au sein du Parlement européen semble désormais sans partage.  Mais elle n'est qu'une déclinaison, à l'échelle de l'une des institutions européenne, de la domination allemande sur l'Europe dans son ensemble. Il ne reste décidément pas grand chose du « couple franco-allemand », une expression qui doit faire sourire outre-Rhin, si toutefois il arrive qu'elle y soit prononcée. 

Et ce n'est pas fini : « le retrait (…) des Britanniques de l'Union européenne, comme par un effet de miroir grandissant, magnifie le décalage qui existe désormais entre la France et l'Allemagne. En l'absence de Londres, Berlin paraît toujours plus grande et Paris toujours plus petite », explique ici un spécialiste de l'Ifri. Heureusement qu'il reste à la France ses victoires au football. Convenons toutefois que c'est peu de choses.



jeudi 28 avril 2016

Montée des «populismes», Brexit, migrants : par quel bout l'Europe va-t-elle exploser ?





Après le « non » au référendum néerlandais du 6 avril, qui avait rendu « triste » le très émotif président de la Commission Jean-Claude Juncker, les chroniqueurs du GEE (Grand effondrement européen) font aujourd'hui la part belle à un autre référendum, celui à venir en Grande-Bretagne. En effet, le risque du Brexit est a priori le plus immédiat d'entre ceux qui pèsent sur l'Union. Toutefois, un rapide tour d'horizon a tôt fait de montrer qu'il est loin d'être le seul. Au point où l'on en est, on ne se demande plus si l'UE – et en son sein la zone euro – survivra à tout cela. On se demande simplement de quelle plaie elle périra, et quand.

Le risque du Brexit

La « campagne Brexit » a officiellement débuté vendredi 15 avril, avec la désignation, par la commission électorale britannique des deux camps en présence. Ainsi, The In Campaign, emmené par un authentique homme du peuple en la personne de Lord Stuart Rose, ancien PDG de Marks & Spencer, sera opposée jusqu'au 23 juin à Vote Leave, regroupant le camp des partisans de la sortie.

En France, certains se donnent beaucoup du mal pour tenter de peser sur le scrutin. Le ministre Emmanuel Macron, par exemple, a récemment expliqué que si la Grande-Bretagne quittait l'UE, elle serait « tuée » - rien que ça - dans les négociations commerciales mondiales . En mars dernier, le même avait déjà prévenu les Anglais qu'en cas de Brexit, la France ne retiendrait à plus à Calais les migrants désireux de traverser la Manche. Bien sûr, il s'était abstenu de préciser que les modalités de contrôle de la frontière franco-britannique sont actuellement régies par l'accord bilatéral du Touquet (février 2003), d'ailleurs très désavantageux pour la France, mais qui n'a pas grand chose à voir avec l'appartenance de l'un et l'autre pays à l'Union européenne.

Il faudra encore un peu de patience pour savoir si les rodomontades hexagonales - et peut-être aussi celles de Barack Obama.... - sont parvenues à impressionner les électeurs d'Albion. Si les sondages indiquent plutôt, à ce stade, une avance des partisans du maintien, le résultat pourrait toutefois être serré.

On l'avait oubliée : revoilà la crise grecque

Mais le Brexit n'est évidemment pas le seul risque auquel soit confrontée l'Union européenne. Avec une économie effondrée, une dette insoutenable, l'omniprésence d'une ex-Troïka exigeant des réformes sans cesse plus dures et confrontée à des flux migratoires inédits, il était évident que la Grèce referait parler d'elle.

C'est le cas, alors que se profile une nouvelle échéance pour le pays. Celui-ci devra rembourser plus de 3 milliards d'euros d'emprunts (450 millions au FMI et 2,3 milliards à la BCE) entre le 13 et le 20 juillet. Ce remboursement ne sera possible que grâce au versement d'une fraction du plan d'aide de 86 milliards voté à l'été 2015, pour l'obtention duquel Alexis Tsipras a tout de même consenti à oublier le programme sur lequel Syriza s'était fait élire, et à s’asseoir sur le résultat d'un référendum. Actuellement, le pays surnage encore sans déblocage d'argent frais. Mais c'est avant tout, comme expliqué ici, parce que le gouvernement accable les Grecs d'impôts.

En juillet, cela ne suffira plus. C'est pourquoi il est urgent que les créanciers de la Grèce procèdent au versement d'une partie de l'aide promise, d'autant que ces 86 milliards sont presque exclusivement destinés à rembourser les prêteurs, certainement pas à adoucir les vie des gens. Problème : si Tsipras a consenti à signer le « troisième mémorandum » sous le joug duquel vit actuellement le pays, c'était pour obtenir la restructuration d'une dette - 180 % du PIB - dont tout le monde sait qu'elle ne sera jamais payée. De cette restructuration, l'Allemagne ne veut à aucun prix. Le FMI, lui, en veut bien, mais à condition de réformes d'une dureté impitoyable : poursuite du rabotage des retraites (alors que le minimum retraite a déjà été abaissé de 18 % en un an), de la hausse des impôts, augmentation du montant des excédents budgétaires à dégager, etc.

Entre une dette incommensurable, des demandes de réformes invraisemblables, des « partenaires » divisés mais intraitables, on pourrait rapidement en revenir à une situation proche de celle du printemps 2015, avec des blocages épars et un pays sans cesse au bord de la faillite. Le tout sur fond de rumeurs d'exfiltration possible d'Alexis Tsipras, d'organisation éventuelle d'élections anticipées, en somme, de turbulences politiques.

La crise des migrants, toujours en fond de tableau

Ce serait d'autant plus grave que la Grèce fait face à un défi migratoire d'une ampleur inédite. Elle abrite un nombre record de personnes bloquées sur son territoire depuis que la « route des Balkans » a été fermée. Ces migrants sont plus de 11 000 à s'entasser dans le camp d'Idomeni, où les heurts et les tensions s'accumulent. Le 10 avril, par exemple, 250 d'entre eux ont été blessés par des tirs de gaz lacrymogènes de la police macédonienne, alors qu'ils tentaient de franchir la frontière.

De telles tensions dans ce coin fragile d'Europe du Sud ne sont certainement pas une bonne nouvelle pour l'UE, quand bien même elle tente de mettre un mouchoir dessus. Comme l'explique ici le spécialiste Amaël Cattaruzza, « les Balkans sont un thermomètre de l'Europe (…) ils révèlent les faiblesses de l'Union européenne ». Dans un ouvrage de référence, l'historien Olivier Delorme, rappelle quant à lui que c'est précisément dans cette région que se prépara le Premier conflit mondial, avec, en guise de prolégomènes, les deux guerres balkaniques de 1912 et 1913. Dans La Grèce et les Balkans (Gallimard 2013, tome II p. 780) il va jusqu'à qualifier la Grande Guerre de « troisième guerre balkanique ».

Le problème des banques italiennes

En tant que pays méditerranéen, l'Italie prend elle aussi plus que sa part dans la gestion de la crise migratoire. Il semble d'ailleurs que le nombre des arrivées y augmente depuis que l'accord UE-Turquie du 18 mars dernier rend plus difficile l'entrée dans Schengen via la Grèce.

L'Autriche, déjà à l'origine de la décision de fermer la route des Balkans, envisage de transformer l'essai et de faire de l'Italie un nouveau piège à migrants. En effet, elle a annoncé sa volonté de renforcer les contrôles à la frontière entre les deux pays, et il est même question de la construction d'une clôture « symbolique » au niveau du col du Brenner, une idée que ne renierait sans doute pas le parti de la liberté d'Autriche (FPÖ). Pour le coup, celui-ci est arrivé très largement en tête du premier tour de l'élection présidentielle de ce dimanche avec plus de 35 % des suffrages, en éliminant au passage la droite et la gauche traditionnelles.

Mais ce n'est pas le seul défi auquel l'Italie ait à faire face, loin de là. Ses banques, on le sait, sont dans un état d'extrême fragilité, qui inquiète la planète finance. On se souvient de leur plongée vertigineuse en bourse (-40%) au tout début de l'année 2016, cependant qu'elles ploient sous 200 milliards d'euros de créances douteuses. Du coup, entre autres tentatives de colmatage, le gouvernement italien a annoncé la semaine dernière la création d'un fonds spécial pour soutenir les banques transalpines. D'un fonds doté de... 5 milliards d'euros, soit moins de 3 % du total des prêts non performants. Apparemment amusé, le site spécialisé en finances Zero Hedge qualifie l'initiative de « blague de la semaine » .

Toutefois, même si elles sont loin d'être sorties de l'auberge, le zoom sur les banques italiennes ne doit pas faire oublier combien vont mal certaines banques allemandes ( notamment la première d'entre elles, la Deutsche Bank), les banques grecques (évidemment), ou à négliger cette information : l'Autriche (tiens, tiens...) vient tout juste d'inaugurer le premier bail in européen (sauvetage d'une banque à partir de l'argent des actionnaires et des déposants, sans usage d'argent public) d'une banque en faillite, Hypo Alpe Adria.

L'Espagne, toujours sans gouvernement

Quant à l'Espagne, si la situation économique y reste difficile avec un taux de chômage à 21%, le second plus haut de l'Union européenne, c'est surtout à une crise politique qu'elle est actuellement confrontée. Le pays se trouve sans gouvernement depuis quatre mois. En effet, les élections générales du 20 décembre 2015 y ont fait voler en éclat un bipartisme très installé qui opposait traditionnellement le Parti populaire (PP) aux socialistes du PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol). Elles ont introduit brutalement dans le jeu Ciudadanos (C's), un parti de droite libérale « espagnoliste », et Podemos, le parti de gauche anti-austéritaire.

Depuis lors, le blocage est total. Aucune coalition ne parvient à se former. On a bien cru, l'espace d'un moment, qu'un ménage à trois se révélerait possible, que le socialiste Pedro Sanchez réussirait à unir la carpe et le lapin, et à former autour de lui un gouvernement allant de C's à Podemos. Les militants de ce dernier en ont décidé autrement. Alors que Pablo Iglesias a fait le choix de les consulter pour qu'ils adoubent ou repoussent le « pacte Rivera-Sanchez », c'est à dire l'accord de gouvernement signé entre le patron du PSOE et celui de Ciudadanos, les militants l'ont très massivement rejeté. Le 18 avril, plus 88 % d'entre eux disaient « non » à ce pacte économiquement très orthodoxe.

Désormais, le pays s'achemine vers une dissolution du Parlement le 2 mai, puis vers la tenue d'élections anticipées le 26 juin. L’Espagne demeurera-t-elle ingouvernable après cela ? Impossible à prévoir. La seule chose que l'on saura à cette date, puisque les Anglais auront voté trois jours avant, c'est si la Grande-Bretagne poursuit la croisière infernale ou si elle quitte enfin le bord.

Les relations tendues de l'Allemagne et de la BCE

Ce panorama d'apocalypse ne serait toutefois pas complet si l'Allemagne n'était pas là pour jeter quelques hectolitres d'huile dans la fournaise. Aussi le ministre des finances Wolfgang Schäuble a-t-il jugé le moment opportun pour critiquer la politique actuelle, certes très accommodante, de la Banque centrale européenne (taux nuls voire négatifs, quantitative easing étendu au rachat d'obligations de certaines entreprises), et pour lui attribuer les succès obtenus en mars par l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) lors des scrutins régionaux du Bade-Wurtemberg, de Rhénanie-Palatinat et de Saxe-Anhalt.

Que l'AfD ait, suite à des bisbilles internes et à un changement de leader, mis en sourdine sa rhétorique anti-euro pour se consacrer exclusivement à la question migratoire, n'y change rien. Que la BCE n'ait plus que peu de marge de manœuvre, qu'elle soit obligée d'agir ainsi pour éviter que les économies du Sud de la zone euro ne soient emportées par un tourbillon déflationniste, non plus. Les largesses monétaires ne sont pas du goût des Allemands, et ne l'ont jamais été.

Quant à la monnaie unique et aux modalités de sa gestion par une Banque centrale fédérale, elles ne peuvent pas convenir à tout le monde. Du coup, elles finissent par ne plus convenir à personne. En juin 1992, des économistes allemands l'annonçaient déjà dans un « Manifeste des 60 contre Maastricht ». Ils y écrivaient : « l'introduction précipitée d'une union monétaire va soumette l'Europe à des tensions économiques intenses qui, à bref délai, peuvent conduire vers l'épreuve d'un déchirement. L'union monétaire pourrait menacer par là l'objectif d'intégration ». Nous y sommes.

Et nous y sommes à un point tel que l'on ne se demande plus si l'Union européenne – et en son sein la zone euro – survivra à tout cela. On se demande simplement de quelle plaie elle périra, et on se demande quand. 


Article initialement paru dans le Figarovox