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vendredi 4 janvier 2013

Une pétition pour nationaliser Florange




Une pétition, intitulée «L’Acier lorrain vivra» et demandant la nationalisation du site de Florange est disponible au bout de ce lien : http://sauvonsflorange.wesign.it/fr

Comme l’a indiqué Edouard Martin (CFDT) jeudi, cette pétition doit être remise à l’Elysée le 15 janvier. Ainsi que vous le voyez sur le site de la pétition, les metallos espèrent recueillir quelque 35 000 signatures. A ce jour, la barre des 28 300 paraphes a déjà été franchie.

L’arène nue tient à relayer l’initiative, dans l’espoir d’emplafonner joyeusement le seuil des 35 000 soutiens, et requiert votre aide à cette fin.
S’il vous plait : signez !
Et ensuite : faites tourner !

Vous avez des préventions contre le « pétitionnage » ? Je vous comprends.
Mais très franchement, à cette heure, vous avez une meilleure idée ?

Ainsi, vous pourrez toujours objecter que :

  • « le gouvernement a décidé qu’il n’y aurait pas de nationalisation : ce qui est dit est dit »
Certes, mais enfin, voyez un peu les conséquences : plusieurs sondages relayés ici par le journal Le Monde en attestent : l’affaire de Florange a eu un effet « dévastateur » sur la popularité du Premier ministre.
Oui, je sais : les sondages, ce n’est pas très sérieux et il faut s’en défier. Surtout, n’hésitez pas à aller le dire à Jean-Marc Ayrault : on attend avec impatience son opinion sur la question.

  • « la nationalisation de Florange, c’est une mesure symbolique. Ca ne sauvera que quelques emplois »
D’une part, ce n’est symbolique si vous ne bossez pas à l’aciérie de Florange. D’autre part, s’il y a un domaine où les symboles sont importants, c’est bien la politique. Un geste fort pour témoigner que « le changement », c’est bien « maintenant » et non en 2073, ça ne peut pas faire de mal.
Et puis les symboles, ça permet de rétablir « la confiance ». C’est important dans le domaine de l’économie, qui n’est pas une science exacte mais une science humaine, avec plein de subjectivité dedans. D’ailleurs, si « la confiance » n’était un élément fondamental, expliquez-moi donc pourquoi on nous assomme avec ça sur toutes les télés et toutes les radios ?

  • « la nationalisation, c’est un truc irénique de  gauchiste  ensablé dans ses chimères »
Peut-être, mais c’est toujours mieux que les trucs résignés de centristes ensablés dans un « réalisme » dont on voit bien où il nous a conduit jusqu’alors.
Et puis, je ne sais pas si on vous l’a dit, mais en mai 2012, les Français ont élu un Président de gauche. J’te promets, c’est vrai.

  • « la nationalisation, ça coûte cher »
Non : pas si elle est temporaire.

  • « oui, mais il n’y a pas de repreneur pour le site de Florange »
Qu’en savez-vous ? Vous êtes des Renseignements Généraux ?

  • « la nationalisation temporaire d’un site, c’est utile dans le cadre d’une politique industrielle d’ensemble. Florange ne présente pas d’intérêt stratégique à long terme pour la France »
Qu’en savez-vous ? Vous êtes sidérurgiste ?

  • « exproprier Mittal, c’est envoyer un signal désastreux aux investisseurs qui ne voudront plus venir en France »
Les investisseurs continueront à venir : on a le meilleur camembert du monde.
On a aussi la Sécu, de très bonnes infrastructures de transport, une forte productivité du travail et un climat tempéré.
Enfin, avec le « pacte de compétitivité », les entrepreneurs ont été servis. Les salariés attendent leur tour, c’est bien normal.

  • « la nationalisation temporaire, c’est une idée d’Arnaud Montebourg, et moi, je ne l’aime pas »
Moi non plus : je n’aime pas ses cheveux. Mais on ne nous demande pas de l’aimer. La politique ne sert pas à se faire des copains. Si vous avez des soucis de ce côté-là, contactez « SOS Amitié ».

Et sinon, le chemin d’accès à la pétition, c’est toujours là : http://sauvonsflorange.wesign.it/fr


vendredi 14 septembre 2012

Avec Hollande, "le jeu est encore très ouvert"


Entretien avec Didier Motchane


Didier Motchane a co-fondé le CERES avec JP Chevènement, P. Guidoni et A. Gomez.
Il est notamment l'auteur de :
- Voyage imaginaire à traver les mots du siècle, Fayard, 2010
- Les années Mitterrand, Bruno Leprince , 2011
 


Quelle est votre appréciation des 100 premiers jours de François Hollande et du gouvernement Ayrault ?
 
Par la force des choses, dans les premières semaines de l'entrée en fonction d'un nouveau gouvernement, le jeu se situe essentiellement sur le domaine du symbolique. C'est essentiellement à partir de maintenant que la plupart des décisions annoncées sont susceptibles d'être prises. A quelques exceptions près, comme notamment le relèvement du plafond du Livret A - décision significative qui affecte une masse importante de l'épargne au logement social - les actions ont été surtout d'affichage. Mais on sait combien les symboles sont importants en politique.
 
Quant à la suite, il me semble que le jeu est encore très ouvert, d'autant plus que le président de la République s'est essentiellement cantonné, pour l'heure, à des déclarations de principe. De plus, lorsqu'on observe les gens qui constituent son entourage, on constate une assez grande diversité des profils.
 
Pour ma part, je crois que ne pourront être considérées comme significatives que les mesures qui porteront atteinte aux inégalités. Je pense en particulier à la mesure la plus facile et rapide à mettre en œuvre : la réforme de la fiscalité. Si la réforme fiscale promise est importante, si elle marque un virage net, elle aura un caractère décisif. Elle donnera véritablement sa couleur au quinquennat.
 
Vous ne rejoignez donc pas les critiques virulentes du Front de gauche ?
 
Je me retrouve dans un certain nombre des thèmes chers au Front de gauche. Pour autant, je ne partage pas la tendance à l'imprécation – parfois précipitée – de Jean-Luc Mélenchon. La manière tonitruante dont il exprime son désaccord a sans doute de bonnes raisons rhétoriques, mais je préfère être attentif à ce qu'il propose plus qu'à ce qu'il dénonce. Il est plus utile et plus efficace de dire, de répéter, d'expliquer ce que l'on se proposerait de faire que de demeurer dans la « critique vertueuse ».
 
Mais il arrive à Mélenchon de proposer...il propose notamment que le gouvernement organise un référendum sur le Pacte budgétaire européen...
 
Il pourrait en effet sortir beaucoup de choses d'un tel référendum...Tout dépend des conditions dans lesquelles il serait organisé : il faudrait que ce soit là l'occasion d'un débat préalable, et d'un débat de qualité. Ce pourrait être l'occasion de poser un certain nombre de questions dans le débat public. A condition bien sûr de s'en donner le temps, et de ne pas organiser une telle consultation à la va-vite...et de ne pas flouer, comme cela fut le cas une première fois lors du référendum de 2005, le verdict populaire.
 
N'est-il pas trop tard pour une telle consultation ?
 
Non...la décision de voter ce traité ne me fait pas plaisir, et je pense qu'il aurait été très encourageant et très manifeste d'un changement politique si on ne s'y était pas résigné.
 
Evidemment, on peut dire – et on ne s'en prive pas- que le traité a été signé et que la parole de la France est engagée. Toutefois, on sent bien qu'en France, comme dans les pays alentours, le « fond de l'air », autrement dit l'idéologie dominante, commence à changer. Lentement, mais nettement. Regardez comme on se croit obligé, désormais, pour faire passer la ratification du traité, de le flanquer d'un « Pacte de croissance ». De pur affichage, certes, mais qui montre qu'on est désormais contraint de tenir compte, au moins dans les apparences, des doutes nouveaux et nombreux qui s'expriment ça et là. A cet égard, il sera très intéressant de voir quel sera le nombre des parlementaires de gauche qui ne le voteront pas.
 
François Hollande vous semble-t-il avoir la possibilité d'infléchir significativement les positions allemandes ?
 
Ça, c'est une bonne question....A mon sens, il en a la possibilité. Mais ça dépendra beaucoup de l'évolution du climat en Allemagne et du jeu des rapports de force au sein de ce pays.
 
D'autre part, ça dépendra de la détermination française et de la volonté personnelle d'Hollande. Il faut dire que l'idée de calquer la politique française sur l'allemande fonctionne de plus en plus comme une sorte de garde-fou, de garantie de la poursuite de cette politique inaugurée dans les années 1990 avec le « franc fort », reposant sur l'idée que la parité entre le franc et le mark étaient immuable. L’Allemagne apparaît à beaucoup comme un rempart, une garantie de survie du social-libéralisme.
 
Social-libéralisme...que vous définissez comment ?
 
Disons que ça consiste à ne pas chercher de véritable mise en cause des inégalités, à ouvrir chaque jour davantage les voies « aux marchés » et à donner une priorité absolue à la réduction des déficits budgétaires. Autrement dit, on considère qu'il faut absolument diminuer la dépense publique quelle qu'elle soit, sans jamais considérer qu'une proportion importante de la dépense publique devrait au contraire augmenter : celle qui est consacrée à l'investissement. Je pense en particulier à l'éducation, à l'école, à la recherche, à la santé, à la culture.
 
Sans doute une modification des rapports de forces en Europe peut-elle aider ? Plusieurs pays auront des élections dans les deux ans à venir...
 
Oui, cela peut permettre d'aider à la lente modification du « fond de l'air ». De petites secousses de ce type ne semblent pas encore de nature à déplacer beaucoup de convictions ni de détermination. Mais à ces petites secousses peuvent s'ajouter prochainement de plus grandes. D'autant plus que l'on va probablement vers un certain nombre de crises sociales importantes. Le chômage croissant en est le signe annonciateur.
 
Imaginez-vous que certains pays du Sud, sous l'effet de cette crise, justement, puissent quitter la zone euro ?
 
Ce n'est pas impossible si s’accroît l'intolérance sociale aux mesures d'austérités que subissent les populations pour maintenir leur pays dans l'eurozone.
 
C'est d'autant plus plausible que dans les pays du Nord de l'Europe, l'opinion est de plus en plus défavorable à cette solidarité qu'on leur impose avec le Sud, et qui leur semble désormais trop coûteuse.
 
Finalement, ce que la crise montre, c'est que l'idée d'imposer l'uniformité d'une monnaie unique à des sociétés profondément différentes par la culture, par les habitudes, par l'économie était une grande erreur. Et cette erreur est de plus en plus remise en cause, comme en témoignent les nombreux craquement auxquels nous assistons, non seulement en Grèce, en Italie, en Espagne, mais également en Allemagne.
 
Alors bien sûr, l'euro n'éclatera pas du jour au lendemain. Mais rien n'interdit d'envisager qu'il finisse par se scinder. Soit que certains pays s'en détachent purement et simplement, soient que le Nord et le Sud de la zone décident de se séparer.
 
Un tel partage en deux vous semble jouable ?..
 
La question est de savoir si le contraire – c'est à dire le maintien en l'état de la zone euro – restera, lui, indéfiniment jouable !
 
Mario Draghi semble se montrer offensif et pragmatique. Que peut véritablement la Banque centrale européenne ?
 
C'est difficile car on tend à attendre de la Banque centrale qu'elle prenne des décisions qui devraient en fait relever d'un Etat fédéral. Lequel n'existe pas.
 
L'euro, en principe, supposerait un fédéralisme autorisant les transferts budgétaires, seule solution pour pallier l'impossibilité de jouer de l'outil monétaire. Or ce fédéralisme est politiquement impossible, tant il est peu souhaité par la majorité des européens. Comme vous le savez, le budget de l'Union européenne est aujourd'hui négligeable
 
Revenons-en un instant au Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TCSG). Imaginons que les députés de gauche à ne pas le voter soient nombreux. Quelles en seraient les conséquences ?
 
Cela nous rapprocherait du moment, dont je crois que la survenue est possible et même probable, où l'on se rendra compte que l'idéologie européiste est condamnée à mort. Ce qui ne veut pas dire du tout que l'Europe l'est également. C'est l'européisme qui est dépassé, et ce que l'on fait actuellement de l'Europe.
 
D'ailleurs, ce que l'on fait de cette Europe est très vague. Si on demandait aux gens de définir en deux phrases ce qu'est, pour eux, l'Europe, beaucoup seraient incapables de répondre. On nous dit que l'Europe, c'est « l'avenir ». Autrement dit, c'est une idée qui remplace ce que fut jadis la « divine providence ». Il y a quelque chose de religieux dans l'idéalisme européiste.
 
Tout de même, pour faire face à la montée des grands pays émergents, il nous faut bien acquérir, en nous associant, une certaine taille. Et ça ce n'est pas religieux...
 
Voilà qui est fort vague ! Pour faire face à quoi exactement ? Pourquoi voulez-vous « faire face » ? La dimension, évidemment, est un élément qui compte. Mais il est loin d'être le seul. La cohérence politique n'est nullement proportionnelle à la dimension d'un pays. Concernant l'Europe, elle est même plus difficile que dans un cadre national, car l'Europe est un conglomérat de sociétés dont les habitudes, les représentations, la mémoire et, pour une part, l'horizon, sont différents les uns des autres.
 
En France, il a fallu un temps très long, plusieurs siècles, pour constituer une nation, autrement dit un espace pleinement civique. Alors, peut-être que dans plusieurs siècles, l'espace civique ne sera plus national mais supranational. Mais pour l'instant et pour encore longtemps, ce n'est pas le cas. Une association ponctuelle et transnationale de la volonté des citoyens ne suffit pas encore à constituer cet espace pleinement civique, autrement dit un espace dans lequel la solidarité est quasiment sans limite, au point qu'on peut aller jusqu’à donner sa vie pour cela.
 
En tout état de cause, pour l'heure, l'européisme n'est rien d'autre qu'une idéologie de rechange utilisée par des socialistes qui ont entrepris de se muer en libéraux. Le socialisme qu'ils appelaient de leur vœux étant mort à leurs yeux depuis l'expérience soviétique, ils l'ont tout bonnement troqué.
 
Peut-on encore être socialiste ?
 
Bien sûr. Mais en gardant les pieds sur terre. Il est vrai que les expérience de socialisme déclaré, et qui ont défiguré le socialisme, ont échoué. Il faut désormais réfléchir aux conditions qui permettraient de faire renaître des convictions de type socialiste aujourd'hui. Cela me semble passer avant tout par par la correction -notamment via la fiscalité - de ces inégalités devenues bien trop grandes et trop nombreuses dans notre pays.
 
 
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Entretien avec Gaël Brustier sur la "droitisation" CLONCK
Entretien avec Jacques Sapir sur l'Europe 1/2 puis 2/2
 
 

dimanche 26 août 2012

Référendum sur l’Europe : et si on faisait comme Ayrault a dit ?




« Les techniciens tendent toujours à se rendre souverains, parce qu’il sentent qu’ils connaissent leur affaire ; et c’est tout à fait légitime de leur part. La responsabilité du mal qui, lorsqu’ils y parviennent, en est l’effet inévitable, incombe exclusivement à ceux qui les ont laissé faire ». Simone Weil écrivait cela en 1943. Nous sommes en 2012 et les techniciens se sont faits technocrates. Est-on sûr de vouloir leur laisser les clés de l’Europe ?

***

« L’Europe est la mère de toutes les batailles ». C’est Arnaud Montebourg qui disait cela sur BFMTV un soir de mai, quelques jours avant de devenir ministre. Il avait évidemment raison. La crise tous azimuts que traverse le continent ne peut permettre à la France de se redresser seule. On pourra bien sûr multiplier les mesures curatives et d’urgence, mais dans quelle mesure et jusqu’à quand ?

Certes, on sent chez le nouveau gouvernement un souci sincère de rupture, même si d’aucuns tendent à trouver que « le changement, c’est lentement ». Un certain nombre coups de barre à gauche, modestes mais utiles, ont été donnés : hausse de l’allocation de rentrée scolaire ou (très légère) du Smic, annonce d’une action (ponctuelle et modérée) sur les prix de l’essence, annonce d’une prochaine réforme fiscale dans un sens plus juste. Pour autant, la simple distribution de richesses qui s’amenuisent peut-elle pallier longtemps l’absence de croissance et d’emploi ? Peu probable. Peu probable également que la croissance revienne chez nous alors qu’elle semble avoir définitivement déserté tout le Sud du continent et qu’elle tend même, désormais, à fuir l’Allemagne, où la hausse au PIB a été d’à peine 0,3% au second trimestre 2012, chiffre abusivement présenté comme une performance…

Les vacances, la canicule et l’affaire des Pussy Riot étant à présent derrière nous, le temps est donc venu qu’on la mène, cette mère des batailles, et que l’on s’attaque à la crise de la monnaie unique, donc au problème des dettes souveraines, donc à celui de la divergence croissante de nos économies, donc à la crise de compétitivité qui frappe l’eurozone….

« C’est en cours » nous répondra-t-on. Reste à savoir…en cours de quoi ? Après que le Conseil constitutionnel l’a jugé suffisamment sexy pour ne point mériter qu’on dérange la Constitution de la V° République pour si peu, le « paquet européen » (et pourquoi pas « le tas », « l’amas », le « fatras »), comprenant le traité de stabilité budgétaire (TSCG) sera présenté au Parlement fin septembre. Traité qui devait être renégocié, au nom du « changement », au nom du « maintenant »….

L’a-t-il été ? On nous dira que « oui, évidemment ». François Hollande s’étant montré « inflexible » sur ce point, un « volet croissance » y a été ajouté : 120 milliards d’euros…dont la majeure partie (50M€) ne correspond qu’à un recyclage de fonds européens non encore utilisés, et qui devra suffire à relancer l’économie de l’ensemble de pays de la zone. Autant dire qu’avec des sommes si modestes, pour le « choc de croissance », on repassera…

La règle d’or, elle, sera votée. Angela Merkel en est si assurée qu’elle se projette déjà à l’étape suivante et vient de proposer un nouveau traité (elle est accro ou quoi ?) pour faire « avancer » l’intégration communautaire.

La règle d’or sera votée. Mais non sans peine, si l’on en croit l’émoi que suscite déjà cette perspective au sein de la majorité. Au Front de gauche, sans grande surprise, mais également chez les écologistes, et à la gauche du Parti socialiste. Un peu comme si renaissait de ses cendres le vieux clivage de 2005, celui qui, à l’occasion du référendum sur le traité constitutionnel européen, avait fracturé l’un et l’autre camp, la droite comme la gauche.

A cet égard, Jean-Marc Ayrault, en chef de la majorité qu’il est, a tenté de resserrer les boulons le 22 août, sur les ondes de RMC : « quand on est dans la majorité et qu’on soutient le président de la République, on doit être solidaire (…) j’espère que ces députés [ceux qui envisagent de ne pas voter le traité budgétaire] prendront leurs responsabilités. Ils savent bien qu’ils ont été élus après l’élection de François Hollande et qu’ils lui doivent aussi leur élection ».

Certes. Mais nous, nous savons bien  que François Hollande a été élu par le peuple français. Le même peuple qui avait clairement voté « non » en 2005 et auquel on a confisqué le résultat d’un référendum où il fut jugé qu’il avait « mal voté ». A l’époque, cette confiscation avait pris pour nom « traité de Lisbonne ». A l’occasion de l’examen d’icelui par l’Assemblée nationale, Jean-Marc Ayrault alors patron des députés socialistes avait déposé une motion visant à solliciter l’organisation d’un nouveau référendum. Ainsi s’exprimait-il un jour de février 2008 : « cette motion référendaire est une exigence démocratique. Parce que l’Europe le vaut bien. Parce que c’est le droit des Français (…)  Je veux une Europe au grand jour. Une Europe sincère et populaire. Une Europe dont on soit fier. C’est à force de dissimuler l’Europe, de la rendre incompréhensible qu’on a fini par en détourner notre peuple. C’est en masquant la réalité de ses acquis et de ses insuffisances qu’on a construit la défiance envers elle ».

Certes, dans l’idée de l’Ayrault d’alors, il convenait de faire approuver par le peuple un traité fort semblable à celui que le peuple avait rejeté. Ce n’est pas le cas du Pacte budgétaire qui lui - et c’est heureux - n’est semblable à rien de connu. Pour autant, vouloir une Europe « sincère et populaire » semble plus que jamais d’actualité. Pourquoi, dans ces conditions, à présent que M. Ayrault en a véritablement la possibilité, ne pas consentir enfin à ce référendum qui, de volé en 2005 demeura un vœux pieux en 2008 ? Après tout, même la droite allemande, en la personne du ministre des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, se pose désormais ouvertement la question !

On nous objectera que débuter un quinquennat sur un référendum perdu est de fort mauvais aloi. Certes, mais qu’en sera-t-il si le traité négocié par le couple « Merkozy », amendé à l’ultra-marge par un par un mini-volet-croissance, est voté au Parlement grâce aux voix de l’UMP, mais sans celles de l’ensemble des députés et sénateurs de gauche

On nous objectera également qu’il y a urgence pour l’Europe et que l’organisation d’un référendum est chose longue. Las, la crise et là depuis longtemps et semble déterminée à rester. L’Europe peut bien attendre un peu. Hormis ceux qui piaffent d’impatience et crient aux « 100 jours pour presque rien », les autres patienteront quelques semaines encore : désormais, plus grand monde n’est à cela près.

En février 2008, le député Ayrault haranguait le Premier ministre d’alors, François Fillon, en ces termes : « vous n’avez pas compris cette aspiration participative des citoyens au débat européen. Vous en êtes resté à la conception des années 60 où l’Europe était considérée comme un sujet trop complexe pour intéresser les citoyens. C’est un archaïsme ».

Mais, si l’on s’entête dans de tels archaïsmes, le « vrai » changement, c’est pour quand ?

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