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vendredi 15 mars 2013

Libération de la parole eurosceptique: et voici Jean Quatremer




Bon, j’avoue : j’y vais un peu fort. Jean Quatremer n’est pas eurosceptique. C’est même tout le contraire. Le spécialiste des affaires bruxelloises du quotidien Libération est euro-content. Au point que, lorsque son contentement s’affaisse sous les coups de boutoir d’une réalité très très méchante, il nous explique qu’il ne déplore pas le « trop d’Europe », mais, au contraire, le manque d’Europe. Bref, quand Quatremer doute de l’Europe, il en réclame une louche supplémentaire. Masochisme ?

Car Jean Quatremer doute, figurez-vous. Comme il l’explique dans un texte du 14 mars, date anniversaire de la mort de Karl Marx – ce qui ne saurait être un hasard.

Jean Quatremer doute, comme nombre de gardiens du temple eurolibéral avant lui. Je l’ai relevé plusieurs fois sur ce blog. Effondrement des économies d’Europe du Sud, tempête politique en Grèce puis en Italie, alerte rouge sur Chypre qui attend elle aussi son plan de sauvetage, les euro-satisfaits sont inquiets. « Par la barbe du grand Merdalor, où nous sommes-nous trompés ? » semblent-t-ils dire à l’unisson – car l’unisson, c’est leur dada.

Ce fut d’abord François Lenglet, grand spécialiste de l’envoi de messages subliminaux propres à démonter ses propres théories. Ici, il se désolait de l’incapacité française à procéder à une bonne vieille dévaluation compétitive pour cause de monnaie unique : « ce qui explique l'incapacité de la France à retrouver la croissance, c'est son incapacité à retrouver sa compétitivité (…) du temps du franc, notre ancienne monnaie, tout cela se réglait avec une dévaluation. C'était évidemment un choc de compétitivité qui permettait de baisser ses prix ». Décoiffant, François Lenglet - à défaut d’être décoiffé.

Ce fut ensuite Arnaud Leparmentier, dans Le Monde, journal « ouiste » entre tous. Dans un édito intitulé « rêve allemand, cauchemar européen », l’homme s’interrogeait : « fallait-il signer ce traité de Maastricht, qui tourne au désastre ? Après l'avoir tant défendu, on finirait par en douter ». Bigre ! Vingt ans après, il était temps ! Que nous sortira-t-on ensuite ? Que la révocation de l’Edit de Nantes, c’était pas une bonne idée ?

Vient à présent Jean Quatremer, à la fois très soucieux des politiques d’austérité menées en Europe et du caractère peu démocratique des institutions de l’Union. « Après trois ans de crise de la zone euro, tout le monde s’est habitué à ce que des décisions de politique économique, financière et budgétaire, qui intéressent pourtant directement plus de 500 millions de personnes, soient prises dans la plus parfaite opacité et sans aucun contrôle démocratique » se désole le journaliste. Puis d’ajouter : « au final, cet ensemble de textes1 a abouti à priver les démocraties nationales de tout pouvoir sur les politiques décidées par la Commission et les gouvernements à Bruxelles ». Ah boooon ? Mais quelle surpriiiiise !

Certes, lorsque Quatremer cite longuement Daniel Cohn-Bendit, demeuré Dany le rouge pour la seule Guilde des daltoniens coalisés, ou Sylvie Goulard, eurodéputée Modem et co-auteur d’un livre avec Mario Monti, on se doute bien qu’il n’est pas encore tout à fait sur le prêt à prendre le maquis.

Néanmoins, l’expression d’inquiétudes, d’interrogations, de doutes de la part de journalistes qu’on peut difficilement soupçonner d’être des « souverainistes » recroquevillés sur de vieux « égoïsmes nationaux », témoigne d’un sensible dégel2 du débat sur l’Europe.

Ça, l’arrivée du printemps et la sortie prochaine du bouquin d’Anne Hidalgo sont quand même les trois meilleures nouvelles de ce mois de mars. 

1 Il parle ici du TSCG, du Six pack et du Two pack. 
2 Mince, des ours blancs vont encore mourir. 

Lire et relire : 
Protectionnisme : Pascal lamy bientôt journaliste au Monde ?  CLICK 
Compétitivité : ils vont nous faire le coup de l'Espagne !  CLACK 
François Lenglet m'a fait un choc...de compétitivité  CLOUCK 
J'ai lu un édito eurosceptique dans Le Monde  CLONCK 
  

jeudi 28 février 2013

Le jour béni (oui, oui) où j’ai lu un édito eurosceptique dans Le Monde…






Je suis à peu près aussi accro au journal Le Monde que je l’aime peu.

Je l’aime peu parce que je suis en désaccord sur tout ce qu’il professe, ou presque. Mais aussi parce que, lorsqu’il affiche le prix, il affiche aussi la couleur. A 1,80 € le numéro, smicards, chômeurs, précaires, passez votre chemin. Le Monde n’est pas un journal de pauvres1.

J’y suis accro parce que c’est « THE thing to read », un peu comme il existe des « THE place to be2 ». C’est un journal qui dit « ce qui se dit en général », une sorte de CQFD, un thermomètre planté dans le fondement de l’air du temps. Ca permet de savoir comment se porte l’idéologie dominante sans devoir subir l’indignité de passer en caisse avec Libération.

Or, en termes d’air du temps, j’avoue qu’aujourd’hui, j’ai été servie. L’idéologie dominante se porte mal. Très mal. Elle tire à peu près la même figure qu’un sympathisant jospiniste le soir du 21 avril 2002. Au lendemain des élections législatives italiennes, elle est groggy.

J’en veux pour preuve cette chronique intitulée « rêve allemand, cauchemar européen », qui chemine actuellement sur les réseaux sociaux. En voici quelques extraits :

  • En mode "Emmanuel Todd vilipendant l’égoïsme allemand" et au sujet du journal allemand Spiegel : "il se moque du monde comme l’Allemagne se fiche de l’Europe",
  • En mode "Jacques Sapir ratiocinant sur la monnaie unique" : « cette affaire ressemble à un jeu de dupes. Ainsi s'accentue la crise de légitimité politique dans une Europe prisonnière de l'euro. Le Vieux Continent est incapable de remettre à zéro les compteurs de la compétitivité par une bonne dévaluation. Tout débat sur la parité de l'euro vis-à-vis du dollar ou du yuan est proscrit par l'Allemagne3 »,
  • En mode "Mélenchon s’avisant soudain que oups : il a peut-être fait une boulette" : « fallait-il signer ce traité de Maastricht, qui tourne au désastre ? Après l'avoir tant défendu, on finirait par en douter »
  • En mode "François Lenglet faisant un coming out sur France 2" : « mauvais joueur, nous avions grogné contre les électeurs français et néerlandais qui n'avaient rien compris en votant non à la Constitution européenne de 2005. Aujourd'hui, la menace est plus grande encore ».

Non : contrairement à ce qu’on est tenté de croire a priori, ces lignes ne sont pas du foutraque qui, entendant des voix nuitamment, était parti rejoindre Chevènement sur l’autoroute. Elles sont d’Arnaud Leparmentier, un homme au sujet duquel un ancien du Monde écrivait récemment : « il a des convictions libérales qui le rendent parfaitement droito-compatible pour le cas où le pouvoir politique viendrait à changer de couleur ». Ou au cas où Pierre Moscovici deviendrait par inadvertance Ministre de l’économie….

Toujours est-il que le texte est canon. D’abord, il est rare qu’un type qui s’est aveuglé avec constance pendant vingt ans (Maastricht : 1992) l’avoue avec aussi peu de précautions. Bravo. Ensuite, ça préfigure un déverrouillage du débat sur l’Europe qui pourrait être fort bienvenu.
Voici donc ledit papier, sous vos yeux ébahis4 : CLICK

1 Alerte « populisme »
2 Alerte « carpette anglaise »
3 Alerte « germanophobie »
4 Roulements de tambours


vendredi 25 janvier 2013

Un sondage alarmant ? Vite, rendormons-nous !





Un malheur, c’est comme un témoin de Jéhovah : ça n’arrive jamais seul. De la même façon, une enquête d’opinion dont les résultats sont accablants s’accompagne toujours de son triste binôme : l’exégèse nigaude.

Les commentaires nigauds venant dans le sillage des enquêtes d’opinion peu réjouissantes sont de plusieurs ordres. Toutefois, parmi les plus fréquents, on peut citer ceux-ci :
      1) si l’enquête n’est pas gaie, c’est parce que « les gens » sont des cons,
      2) si l’enquête n’est pas gaie, c’est la faute des nazis.

Le sondage publié dans Le Monde daté de vendredi ne fait pas exception. Il faut dire qu’il n’est pas drôle. Cette enquête Ipsos intitulée « France 2013 : les nouvelles fractures » met en évidence « la très forte demande d’autorité et la tentation du repli national ».

Voyons, en vrac, quelques unes des réponses données par « les gens » - toutes tendances politiques confondues – à ce sondage :
  • 90 % des personnes interrogées considèrent que la puissance économique française a un peu ou beaucoup décliné,
  • 65 % pensent qu’il faut renforcer les pouvoirs de décision de notre pays même si cela doit limiter ceux de l’Europe,
  • 87 % trouvent qu’on a besoin d’un vrai chef en France pour mettre de l’ordre,
  • 77 % estiment que l’intégrisme religieux est un problème de plus en plus préoccupant dont il faut s’occuper sérieusement,
  • Et cætera.
Là, c’est évident, on n’y coupera plus: « frilosité » et « crispations » vont s’inviter dans le débat. On attend la suite….

Elle arrive… Car on n’aura pas manqué de demander à quelques politiques d’exprimer leur opinion sur ces calamiteux résultats. Qui se sera dévoué pour nous expliquer qu’autrui est un con ?

And the winner is… José Bové, sous vos applaudissements !
Ce sondage, selon lui, révèle « une vision de la politique complètement régressive où l’on a besoin de s’en remettre au chef pour donner une ligne (…) c’est quelque chose de puéril mais qui est représentatif d’un désarroi ».
« Un désarroi »? Quel coup d’œil ! Fin limier, ce José !
« Régressif », « puéril »… c’est tout ? Pourquoi ne nous-explique-t-il pas, tant qu’il y est, que les Français sont restés bloqués au stade anal ?
« S’en remettre à un chef pour donner une ligne » : les gens sont idiots, décidemment. Ce serait tellement plus simple de s’en remettre à la Divine Providence !

Les nazis, eux, ne sont pas en reste. Les nazis, ou plutôt « le populisme massif », tant il est vrai, comme nous le rappelle l’analyste du Monde que « l’histoire ne se répète jamais ». Pour autant, il tient à mettre en garde. Afin, sans doute, que personne ne puisse jamais dire « on ne savait pas ». Et le journaliste de souligner « le rôle dangereux de ceux qui, loin de les apaiser, attisent les peurs. Ils trouveront dans cette enquête la justification de leurs philippiques. Ils feraient mieux d’y voir le résultat de leurs travail d’incendiaires ».

C’est donc ça ! Si « les gens » sont inquiets, ce n’est pas du tout parce que tous les signaux sont au rouge, c’est parce que des « incendiaires » leur ont mis de vilaines idées en tête. Et ces idées, ils y ont cru parce qu’ils sont sots, voir supra.

Tout s’éclaire enfin : c’est encore la faute du Front national. On croyait qu’il était conséquence et symptôme, le voilà cause première. Or, si c’est lui, ce n'est pas nous. Il n’est donc guère besoin de s’interroger plus avant (surtout pas !) ni d’envisager quelque mise en question que ce soit de l’ordre établi (encore moins !).

Rendormons-nous donc bien sagement jusqu’à la prochaine expression de la « frilosité » française. Ca tombe bien, il y a Florence Cassez en boucle à la télé.

dimanche 18 novembre 2012

Protectionnisme : Pascal Lamy bientôt journaliste au Monde ?

 

Le Monde a-t-il décidé de sous-traiter ses éditoriaux à Pascal Lamy ? On le dirait, tant celui du 12 novembre, portant sur les limites du « made in France » semble avoir été écrit par, pour, en l’honneur et à la gloire du directeur général de l’Organisation mondialedu commerce (OMC).

Critiquant Arnaud Montebourg et son appétence pour les marinières et autres robots ménagers de conception tricolore, le quotidien relayait ainsi les inquiétudes du responsable mondial de la concurrence pure et parfaite. Car Pascal Lamy ne s’en cache pas : il est soucieux. Visant l’ancien chantre de la démondialisation désormais ministre du redressement productif, il l’expliquait dimanche dernier sur TV5 : il n’aimerait pas qu’on glisse du « patriotisme économique » – concept déjà tout crasseux – au « protectionnisme économique » et au cortège d’idées puantes qui l’accompagnent, tel de l’abominable « repli sur soi ».

L’ami Lamy s’inquiète et il a bien raison car c’est effroyable ce qui se passe ma pauv’ Lucette. Pensez-donc : l’opinion publique est favorable au protectionnisme. Pas qu’en France d’ailleurs : dans plusieurs pays d’Europe. Surtout, le « protectionnisme économique », tout réactionnaire que puisse le trouver Lamy, est utilisé à peu près partout dans le monde, des pays qui mettent en œuvre des barrières douanières à ceux qui usent des paramètres constitutifs de leur structure économique.

L’opinion publique made in France est favorable au protectionnisme. Ça, on le sait depuis que l’association Manifeste pour un débat sur le libre-échange a commandé un sondage sur ce thème à l’Ifop, en mai 2011. Il en ressortait ceci : 65 % des personnes interrogées se montrent favorables à l’augmentation des taxes douanières, et 80 % souhaitent que ces taxes soient mises en œuvre aux frontières de l’Europe.

Du coup, trois mois plus tard, l’association s’offrait un second sondage, étendu cette fois à d’autres pays du continent. Conclusion : 61 % des Allemands, 60 % des Italiens, et 67 % des Espagnols s’avouaient désireux de voir se réaliser les pires cauchemars de Pascal Lamy. Ça en fait, des frileux, des moisis, des pleutres et des « repliés sur soi ». Heureusement pour lui, le big boss de l’OMC possède une forte capacité à s’émanciper du réel et à s’autopersuader. Toujours sur TV5, il déclarait sans ciller : « les positions d’Arnaud Montebourg sont extrêmement minoritaires au niveau de l’Union européenne ». La phrase est imbécile mais on applaudira l’aplomb.

Quoiqu’il en soit, être contre le protectionnisme, c’est un peu comme être défavorable au vent qui souffle et à la pluie qui mouille. Car celui-ci est utilisé partout. Notamment par ces pays que l’on dit émergents, mais qui commencent à être bigrement émergés.

Le protectionnisme, ce n’est plus seulement le Buy American act existant aux States. Ce sont les mesures d’autoprotection prises par l’Argentine, grande championne du domaine, comme le montre un rapport du Global Trade Alert (GTA) de novembre 2011. Ce sont les taxes appliquées par le Brésil sur les véhicules importés et fabriqués hors Mercosur. Ce sont les mesures à une époque par l’Inde pour protéger son industrie textile. C’est le panel des trucs et astuces imaginés par la Russie, par l’Indonésie, par l’Afrique du Sud ou par la Chine, comme expliqué dans un pensum attristé de la Commission européenne.

On comprend le dépit de monsieur Lamy. Pourtant, il y a pire. Il y a toutes ces petites iniquités qui tiennent à la divergence des structures économiques nationales, et qui, biaisant la concurrence, équivalent à un protectionnisme de fait et garanti 100% sans taxes douanières. Ce qui revient à dire avec Frédéric Lordon que « pour que le non-protectionnisme ait un sens, il faudrait ajouter aux règles du libre-échange l’hypothèse de parfaite identité structurelle des systèmes socioproductifs mis en concurrence ». En d’autre termes, il faudrait que tout s’équivaille : le coût du travail, les régimes de protection sociale, les normes environnementales, les régimes fiscaux, les longitudes, les latitudes, le niveau de la mer et l’âge du capitaine.

Lorsqu’un pays pratique un dumping environnemental sauvage, c’est donc du protectionnisme. Lorsque la Chine arrime artificiellement sa monnaie au dollar pour l’empêcher de s’évaluer, c’est du dumping monétaire donc protectionnisme. Lorsque l’Allemagne, forte d’une tradition de concertation propre au capitalisme rhénan, parvient à geler longuement ses salaires sans heurts, c’est du dumping salarial donc du protectionnisme. Si bien que, paradoxalement, pour pallier ces divergences et pour établir le caractère « libre et non faussé » de la concurrence, il faudrait mettre en œuvre…des droits de douane. Il existe « toutes sortes d’hétérogénéités, de différences et d’inégalités entre lesquelles il faudra nécessairement passer des compromis – en d’autres termes envisager de corriger des distorsions par des distorsions contraires et compensatrices », indique Lordon.

De tout cela, Lamy n’a cure. Les divergences et distorsions, qu’elles concernent les niveaux de salaires ou la variété des modèles sociaux, ne sont pas de son ressort. Il le dit et le répète : c’est à l’Organisation mondiale du travail (OIT) de s’y coller.

Ah bon ? Gendarmer le commerce planétaire, ce n’est plus le travail de Pascal Lamy ? Voilà donc qui va lui laisser du temps pour planter des choux, prendre des leçons de poney, jouer aux dés, ou pour rédiger des éditos vigilants et conscientisés dans Le Monde. Agrémentés de tous les qualificatifs qui conviennent lorsqu’on parle de régulation économique et qui raviront les amateurs d’allitérations : « ringard », « rétrograde », « régressif » et, bien sûr, « réactionnaire ».
 
Cet article a été publié initialement dans Ragemag
 
Lire ou relire :
  • Chinallemagne : mourir pour le yuan ou pour l'euro ? CLICK
  • Trois présidentiables au chevet de l'euro CLICK
  • Lorsque Jacques Sapir propose la démondialisation CLACK
 

samedi 13 octobre 2012

Fusion ratée EADS/BAE : les allemands sont-ils très très méchants ?

 

 
Si la fusion entre les avionneurs franco-allemand EADS et britannique BAE avait eu lieu, on aurait eu un joli jouet. Une bonne grosse boite industrielle 100% européenne, capable de mettre la pile à l’américain Boeing, c’est sûr, ça aurait eu de la gueule. On peut même imaginer qu’à coup de « rationalisation » - comme on dit – ça aurait fini par créer quelques emplois, nonobstant la contraction des budgets de la Défense, en Europe comme aux Etats-Unis.
 
Las, cette affaire a tourné court, et l’Union devra se contenter, à titre de lot de consolation, d’un prix Nobel de la Paix dont on ne doute pas qu’il sera aussi utile à l’édification de l’espèce humaine que celui obtenu en son temps par l’élégant Barack Obama.
 
L’affaire a capoté, donc. Elle s’est heurtée à un « nein » allemand, comme aime à le répéter la presse écrite, que le simple fait de publier les quatre lettres N-E-I-N semble faire beaucoup rigoler, sans qu’on sache trop pourquoi. L’Allemagne a eu peur, semble-t-il. Peur que les activités d’aéronautique civile se concentrent à Toulouse, comme c’était prévu. Peur que la partie militaire ne revienne à l’Angleterre, et que dans cette affaire, l’Allemagne soit le dindon de la farce. Angela Merkel a donc fait capoter le truc : un peu logique non, présenté comme ça ?
 
Ce qui est mignon, du coup, c’est d’entendre ceux-là même, habituellement si prompts à traquer le « germanophobe » qui sommeille en chaque européen depuis l’Anschluss de 1938, conspuer la chancelière avec la dernière énergie. Le journal LeMonde, pour ne citer que lui, se désolait vendredi matin de l’égoïsme allemand. Lui qui croyait la veille – voir l’édition de jeudi 11 – que la fusion achopperait sur l'étatisme archaïque et atavique qui gangrène la France, se trouva trouvé fort dépourvu lorsque le « nein » fut venu.
 
Et de pleurnicher. Quoi, l’Allemagne refuserait de brader des emplois industriels en pleine tempête économique mondiale ? Qui plus est à un an d’élections majeures ? Si c’est pas là la preuve de ignominieuse « double duplicité chez Angela Merkel » ! Et le quotidien de dénoncer, sans blague, le « provincialisme » de nos cousins germains (on ne parle plus de « nationalisme » allemand depuis 1945 car ça fout la trouille à tout le monde).
 
Il y en a donc qui, dans les meilleures rédactions de France, découvrent en 2012 qu’un pays, même membre de l’UE, défend généralement ses intérêts de nation d’abord, et fait passer l’Europe après. Incroyable : l’Allemagne n’est donc pas un pays masochiste !
 
Faites gaffe, tout de même, les petits gars du Monde à ne pas cogner trop fort. Parce que bon, « double duplicité », « provincialisme politique» et « impérialisme industriel », ça fait quand même beaucoup. A ce rythme-là, la germanophobie n’est plus très loin….
 
 
Lire et relire
Dr Angela et Mrs Merkel, Janus allemand  CLICK
Industrie de défense : les mirages du Rafale cher  CLACK
Roms versus riverains : Marseille, la guerre des pauvres CLOCK
"Féminisme" con: infidèles castreuses  CLOUCK
 
 
 

mercredi 13 juin 2012

Droite identitaire / gauche "diversitaire" : mêmes armes, même combat ?



Tribune publiée sur LeMonde.fr le 12 juin.

Il y a une dizaine de jours se sont produits, dans l'univers médiatique, deux évènements que tout semblait opposer, si ce n'est leur capacité à "faire du buzz" : d'une part, la chronique d'Eric Zemmour sur RTL contre Christiane Taubira. D'autre part, la une du Libération du 31 mai vilipendant les "cabinets blancs de la République".

A bien y regarder, s'ils sont le fait d'un éditorialiste de droite pour l'un, d'un journal de gauche pour l'autre, ces deux événements se complètent à merveille. Une photographie n'allant jamais sans son négatif, ils sont le yin et le yang de cette "interprétation identitaire", devenue la grille de lecture favorite de nombreux commentateurs. Il n'est qu'à lire, de part et d'autre, le vocabulaire utilisé. Si l'objectif diverge, il est frappant de constater que les mots de Zemmour et de ceux de Libération, finalement, sont les mêmes.

S'en prenant à la garde des sceaux le 27 mai sur RTL, Eric Zemmour clamait : "en quelques jours, Taubira a choisi ses victimes, ses bourreaux. Les femmes, les jeunes des banlieues sont dans le bon camp à protéger, les hommes blancs dans le mauvais". Quelques jours plus tard, Libération prétendait passer au crible les cabinets ministériels récemment constitués pour pointer du doigt leur absence de "diversité". Et le quotidien d'affirmer : "les 140 premières nominations dans les cabinets ministériels projettent une image en réduction d'une tare nationale : le mâle blanc passé sous la toise des "grandes écoles" triomphe à tous les étages".

Poussant son habituel Sanglot de l'homme blanc, Eric Zemmour décrit ce dernier comme le martyr d'une "diversité" vécue comme triomphante. De l'autre côté du miroir, dans un accès de zemmourisme inversé, Libération pointe l'arrogance du "mâle blanc", coupable désigné de l'incapacité de la France à faire coïncider l'apparence de ses élites à un supposé "pays réel". L'expression " pays réel ", que Charles Maurras opposait au "pays légal" est d'ailleurs reproduite telle quelle par Libération, comme si l'utilisation des concepts mêmes de la droite radicale était devenue légitime pour la gauche "diversitaire".

Voici donc, se faisant face, les "identitaires de droite et de gauche", ainsi que Laurent Bouvet nomme ces deux faces d'une même médaille : le défenseur "réactionnaire" de "l'homme blanc" côté pile, les thuriféraires "progressistes" de la "France métissée" côté face. Et l'on s'interroge : si finalement les uns et les autres, loin d'être les ennemis irréductibles que l'on croit, étaient au contraire des alliés de circonstance se renforçant mutuellement ?

C'est plausible, tant il est vrai que ces frères ennemis envisagent la société sous un même angle, exclusif : celui de l'appartenance identitaire. Comme s'ils portaient le même vêtement, les uns à l'endroit, les autres à l'envers, leur tenue reste identique. D'ailleurs, ils affichent le même but : protéger la "victime" qu'ils ont choisie, celle dont "l'identité" leur paraît en danger. Pour Eric Zemmour, cette victime est le pauvre "mâle blanc", menacé d'extinction par une déferlante immigrée largement fantasmée. Pour Libération, à l'inverse, la victime à soutenir est l'individu "issu de la diversité", menacé par le racisme, la xénophobie, et frappé par toutes sortes de "discriminations".

Paradoxalement, s'ils sont complices de fait, c'est aussi parce que droite identitaire et gauche multiculturelle se considèrent mutuellement comme l'ennemi absolu. Les deux camps s'entre-dénoncent, se mettent à l'index, s'accusent et s'excommunient à grand bruit, chacun assurant ainsi à l'adversaire une surexposition médiatique dont il bénéficie lui-même en retour. Dans la bouche d'une certaine droite on entendra donc en boucle le procès de "la gôche", de sa "bien-pensance" et de son "angélisme". En écho, dans les rangs d'une certaine gauche, retentira matin, midi et soir l'hallali sonné contre les " réacs " et de leurs idées "nauséabondes".

Droite et gauche identitaire se nourrissent donc l'une de l'autre. Elles se donnent de l'importance et s'offrent en permanence de nouveaux arguments. Puis, peu à peu, elles se durcissent, se radicalisent. Et l'on a tôt fait de passer de l'opposition Zemmour/Libération au match "Front national" contre "Indigènes de la République". Comme l'observe Jean-Loup Amselle, "il y a une symétrie parfaite entre l'extrême-droite et l'extrême-gauche multiculturelle et post-coloniale : d'un côté le Front National utilise la notion de "Français de souche" ; de l'autre côté, vous avez les "souchiens" des Indigènes de la République (...) il y a une espèce de connivence". Effet miroir, donc, renforcé là encore par le choix des mots : "de souche" et "souchiens". Presque les mêmes....

Ainsi peut-on émettre l'hypothèse suivante : en agissant comme son double inversé, la gauche "diversitaire" utilise les mêmes armes que la droite identitaire. Dès lors, la différence entre les deux n'est plus qu'une différence d'intention. Ces mêmes - bonnes - intentions dont l'enfer est pavé. Car en pointant la qualité de "Blanc" ou de "Noir" de tel ou tel individu, en ethnicisant chaque problème, en validant l'utilisation du critère racial, la gauche multiculturelle se comporte comme "l'idiote utile" d'une droite qu'elle abhorre.

La notion même de "diversité" louée à gauche comme une richesse, est éminemment pernicieuse, parce qu'elle divise le monde en deux. Elle entretient l'idée qu'il existe d'une part une "normalité" et d'autre part une "diversité" constituée tout à la fois des Arabes, des Noirs, des femmes, des gays, bref du mélange indistinct de tout ce qui est "non-normal". Elle pose "l'homme blanc" comme étant le point de départ, tout ce qui n'est pas lui étant une sorte d'accident de parcours, qu'on qualifie de "divers" pour n'avoir pas à le qualifier de "déviant". Or cette dichotomie normal/divers a tôt fait d'être investie par une droite qui la reformule d'une manière servant ses propres objectifs : c'est le relativisme culturel et la mise à contribution de la thèse du "choc des civilisations", qui conduisent un Claude Guéant, par exemple, à affirmer que "toutes les civilisations ne se valent pas".

Avec le concept mouvant de "diversité", la gauche identitaire, comme son alter-ego de droite, cautionne la mise en exergue de ce qui sépare : la race, la couleur de peau, l'origine, la religion voire la préférence sexuelle. Toute chose que la République connaît, mais en aucun cas ne reconnaît. Ce faisant, toutes deux laissent de côté tout ce qui rassemble : la qualité de citoyen, la nationalité française, la communauté de destin.

Lorsqu'il fut écrit dans la Constitution que la République "assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion", ce n'était pas pour nier qu'il y eût des différences. Au contraire même, c'était l'admettre. Mais c'était refuser qu'on en fasse un critère.

Faire des différences une "richesse" et voir dans la diversité un "bien", c'est immédiatement permettre à d'autres d'en faire un fléau et d'un voir un "mal". Il est décidemment grand temps que la gauche, au moins, cesse d'être multiculturaliste pour redevenir républicaine et universaliste.

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jeudi 3 mai 2012

Le Monde, grand quotidien de référence, vous propose ce soir....




Dans Le Monde de ce soir jeudi 3 mai (mais daté du vendredi 4 mai) retrouvez, au coeur des pages "Débats" (page 21):

- une tribune d'André Manoukian, intitulée François Hollande : un champion tranquille qui refuse de jouer les crooners,

- une prise de position sans concession (comme d'habitude) de Lilian Thuram, ancien footballeur, et actuellement commissaire d'exposition : Contre la haine, je voterai en faveur de l'apaisement. Où l'on découvrira que dimanche, Thuram votera comme Bayrou. La vache : c'est beau ! 

- et surtout, oui, surtout, la libre parole de Didier Barbelivien, L'insolent destin de Nicolas Sarkozy. Rédigée presque intégralement en français de France et sans faute de syntaxe.

C'est à de petites choses, voyez-vous, qu'on sait qu'on est en présence du GQR (Grand Quotidien de Réference).

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mercredi 8 février 2012

Populisme : est-ce que Mélenchon = Le Pen ?



[Ce texte est également disponible sur Causeur.fr]

« Mélenchon – Le Pen, le match des populismes » titrait Le Monde d’hier soir, 8 février. Passant devant un kiosque et voyant cela, je demeurais longuement interdite, bras ballants et bouche bée, jusqu’à ce qu’une kiosquière ayant dans le regard quelque chose de Frédéric Lefebvre ne m’interpelle dans un français agraire et imagé, ayant dans l’indigence quelque chose de Nadine Morano : « elle veut kèk’chose, la dame ou elle prend l’frais ? » [1]. Sursautant sous l’effet des reproches âpres et vigoureux formulés par l’hybridation funeste du secrétaire d’Etat et de la Ministre, j’achetais prestement un exemplaire du quotidien.

Qu’y découvris-je ? Un scoop, assurément. Il paraît en effet que la candidate du Front national et celui du Front de gauche défendent « deux programmes radicalement opposés pour conquérir l’électorat populaire ». Palsambleu ! En se voyant servir de pareilles novelletés, on ne peut que s’ébaudir avec respect ! Ainsi, se surpassant comme jamais, le « quotidien de référence » nous explique-t-il que les deux « populistes » [sic] n’ont pas tout à fait la même approche du droit des femmes, du mariage homosexuel, et que Jean-Luc Mélenchon n’est que très moyennement adepte de la « préférence nationale ». Je ne regrette décidemment pas mon euro et les cinquante centimes attenants.

Dès lors, qu’est-ce donc qui autorise un journal aussi sérieux que Le Monde à compromettre sa légendaire impartialité en mettant ainsi un signe « égal » entre Le Pen et Mélenchon ? La réponse en est très simple : l’un et l’autre courtisent à la fois l’électorat populaire, et « la France du non ». Et Dieu sait qu’au Monde, « la France du non », on n’aime pas trop. Sept ans plus tard, je me souviens encore avoir failli renoncer à la lecture du journal vespéral après avoir lu dans ses colonnes que les électeurs ayant voté « non » au  référendum sur le Traité constitutionnel européen (TCE) étaient atteints de difficultés d’ordre « psychanalytique ».

Je n’approuve certes pas l’attitude de « Méluche » lorsqu’il traite « Marine » de « semi-démente ». D’abord parce que je goûte peu l’injure, ensuite parce que je trouve cela tactiquement malhabile.

Pour autant, doit-on considérer, parce qu’un homme a un caractère un tantinet affirmé, qu’il n’est rien d’autre qu’un « populiste », autrement dit, un démagogue ? Faut-il promettre du sang, des larmes, une rigueur budgétaire de silex et une austérité de plomb pour apparaître comme un présidentiable sérieux ?

Je ne crois ni à l’une ni à l’autre de ces deux propositions. Et, comme je n’imagine pas un seul instant que le quotidien fondé par Hubert Beuve-Méry ait souhaité discréditer le candidat le plus à gauche de la course présidentielle, je me vois contrainte à vous révéler la terrible conclusion de mon analyse: Le Monde a décidé de décontaminer la pensée du Front national !


[1] Je tiens à préciser ici que je ne suis nullement prolophobe. En revanche, je suis redoutablement saloperiephobe. Ainsi, quand j’entends un Ministre de la République se gausser du physique d’une candidate à l’élection suprême, fut-ce la candidate écologiste, je ne retiens plus aucun des coups bas que me dicte le mépris haineux suscité par l’expression publique de l’indécence, de la sottise, du manque d’éducation, de générosité et de retenue, bref, par l’étalage inconséquent de la plus brutale et de la plus crasse des conneries.

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