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samedi 30 avril 2016

Zone euro : la politique monétaire de la BCE ne remplacera pas des transferts financiers massifs.






Par Jean-Claude Werrebrouck


Il est inutile de le rappeler : l'avenir de l’Union européenne et la survie de l’euro passent par des transferts financiers massifs, en particulier le recyclage des excédents, notamment ceux de l'Allemagne.


L’Allemagne d’aujourd’hui n’est pas l’Amérique de 1945

Un certain âge d’or du capitalisme avait été ouvert après la Seconde guerre mondiale par une Amérique qui, soucieuse de ses intérêts de long terme, recyclait son considérable surplus commercial en exportant de l'aide (plan Marshall) et des investissements directs vers l’Europe et le Japon. Dans un cadre de guerre froide, un tel transfert correspondait au projet de « containment » de l’Union Soviétique et au maintien de l’hégémonie américaine.

Dans un monde que l’on prétend mondialisé, l’Allemagne et son personnel politico-administratif ne mettent en avant que des intérêts strictement nationaux, en particulier ceux d’électeurs-rentiers. Il est donc logique et parfaitement justifié, de voir l’Allemagne refuser de construire un grand projet européen, comme naguère les États-Unis construisirent un projet mondial. Les Grecs ne bénéficieront ainsi jamais d’un plan Marshall, et ce d’autant plus que le reste du monde accepte, jusqu’ici, d’absorber le surplus Allemand.

Allons plus loin et ajoutons de la fantaisie au raisonnement. Historiquement, les États-Unis se sont trouvés très vite, après la période de reconstruction, en position débitrice, un peu comme les pays du Sud de la zone euro aujourd’hui. Pour autant, cela fut, comme on le disait dans les années 60, un « déficit sans pleurs ». La raison était simple : les acteurs excédentaires du reste du monde acceptaient tous des actifs, quels qu’ils soient, pourvus qu'ils soient libellés en devise américaine, c’est-à-dire en dollar. Parce que le dollar, en particulier la dette publique américaine, est la liquidité ultime ou absolue, aucun agent n’est venu jusqu’ici exiger un quelconque paiement : être payé en dollars est le mode de règlement le plus universellement accepté.

Ceci n’est évidemment pas le cas des soldes TARGET grecs [ voir ici ce qu'est un solde TARGET ] que la Banque centrale allemande ne peut accepter. Les actifs grecs des soldes correspondants n’ont pas la qualité des dollars….même si ceux-ci sont imprimés par des banques américaines sur l’ensemble de la planète. Les État-Unis ont pu poursuivre jusqu’ici à crédit, par déficit régulier et croissant, leur expansion et leur domination mondiale. La Grèce restera bloquée par son déficit. L’Allemagne n’a pas les mêmes intérêts que les USA et ne remplacera jamais ceux-ci sur cet espace réduit qu’est la zone euro.

Ainsi, la zone euro restera, en principe, le parking de ceux qui sont en panne de croissance, parking régulièrement visité par le meccano BCE qui tente, avec les moyens du bord, de réanimer ce qui est paralysé.


Le projet de la BCE de recourir à la monnaie hélicoptère

Parmi ces moyens du bord, il y a « l’helicopter money ». Si les État-Unis poursuivent leur expansion grâce à la création continue de dollars, pourquoi la Banque centrale européenne ne pourrait-elle pas réanimer la croissance de la zone euro par le biais d’un déversement de monnaie sur les zones déficitaires ? Le déficit américain nourrit la demande mondiale, ce qui est interdit à l’échelle de la monnaie unique où les déficits publics sont strictement encadrés. En revanche, pourquoi ne pas remplacer ce déficit interdit, par de l’injection monétaire nourrissant directement la demande dans la zone ? C'est cela qu’on appelle « l’helicopter money ».
[Pour comprendre comment fonctionne, techniquement, la monnaie hélicoptère, voire l'article didactique de Steve Ohana ici].

On sait l’opposition radicale du personnel politico-administratif allemand au regard d’un tel projet. Mais on sait aussi que cette opposition s’inscrit dans une représentation du monde qui est l’ordo-libéralisme [explication détaillée de l'ordolibéralisme ici]. Si on dépasse cette pure vision pour tenter une argumentation plus pragmatique, on a tôt fait de découvrir qu'il existe des inconvénients mais aussi des avantages, pour l'Allemagne, au recours à l’helicopter money.

Quels sont-ils ?

** Finance en berne et « répression financière ».

Rappelons que la monnaie hélicoptère est d’abord une forte exception au principe classique de la création monétaire. La monnaie est jusqu’ici, dans sa totalité, la contrepartie d’une dette, ce que certains appellent « l’argent dette ». L'helicopter money met fin à ce monopole, et introduit l’idée qu’il est possible de créer de la monnaie à coût nul, sans la rémunération qui lui est associée, c’est-à-dire le taux de l’intérêt.

Une première remarque est que l’on entre ainsi dans un mécanisme de « répression financière » avec, d’une part des risques inflationnistes, et d’autre part le rétrécissement du marché de la création monétaire jusqu’ici réservé aux seules banques. De ce point de vue, le rentier, allemand ou non, peut se poser de légitimes questions concernant la rentabilité de son épargne, question abordée sous un autre angle dans le point qui suit.

Car une autre question complètement liée au mécanisme de la répression est celle de la répartition de la monnaie hélicoptère entre 1) remboursements de dettes privées ou publiques, 2) investissements privés ou publics et 3) épargne. De ce point de vue l'helicopter money est un mécanisme d’aggravation des effets déjà constatés avec le quantitative easing (QE), à savoir la baisse des taux d’intérêt sur les dettes publiques et les obligations d’entreprises. Là aussi il faut s’attendre à une répression financière accrue, donc une rémunération très faible de l’épargne.

On peut certes imaginer un interdit juridique d’utilisation du HM au remboursement de la dette, et donc une surveillance active de sa bonne utilisation au profit de l’économie réelle. Car il est vrai que sans cet interdit, l'helicopter money peut vite ressembler au QE avec les mêmes inconvénients , à savoir la montée de la spéculation avec tous ses risques. Mais alors, on entre dans un processus d’interventionnisme croissant. A la répression financière s’ajoute ainsi un interventionnisme qui n’est même plus couvert par l’idéologie d’un intérêt général lequel n’est concédé qu’aux États. Et l'on sera en droit de se demander : en quoi la BCE est-elle légitime pour surveiller les entreprises, et ce de manière très procédurière ? Et en quoi serait-elle garante de la bonne affectation des ressources ?

** Une hétérogénéité enfin combattue ?

Une autre question est celle de la capacité de la monnaie hélicoptère à réduire l’hétérogénéité entre le Nord et le Sud. Il est en effet évident que le HM sur les ménages grecs, ne peut que faire bondir les importations à court terme. Utilisé sur les entreprises grecques, il développera également les importations de court terme, pour n’autoriser les exportations que dans le long terme. C’est dire que le processus est beaucoup plus consommateur de temps qu’une modification d’un taux de change, ce qui nous renvoie immédiatement au problème de l'existence même de la monnaie unique.

** Et donc ? Bonne idée ou pas ?

Si l’on dresse un bilan relativement à notre question de savoir si l'usage de la monnaie hélicoptère peut produire les effets d’un transfert refusé (par l'Allemagne notamment) et pourtant indispensable au fonctionnement normal d’une zone monétaire, nous pouvons formuler la conclusion que cet ersatz qui ferait des gagnants et des perdants.

Parmi les perdants d’un HM nous avons :

>> La finance, dont le périmètre d’activité se réduirait par la fin du monopole de « l’argent dette », le risque d’inflation, la baisse des taux, et le probable interventionnisme d’une Banque centrale ou des États, cherchant à limiter la transformation de la monnaie hélicoptère en QE, lequel fut d’emblée matière première de la spéculation,

>> Les rentiers, victimes d’une finance réprimée qui n’aurait plus les moyens de proposer des produits hautement rentables à sa clientèle. Or les pays où la rente est la plus importante sont aussi ceux où les régimes de retraites par répartition sont les plus fragiles et où le vieillissement démographique est le plus accentué. De ce point de vue l’Allemagne serait de loin le pays le plus touché. D’où les réactions d'ores et déjà indignées des politiques allemands et des responsables des grandes institutions d’épargne comme les Sparkassen face à la politique actuelle de la BCE. A cela il faut ajouter que la baisse de l’euro normalement associée à un HM , ne jouerait pas non plus en faveur des rentiers et retraités allemands.

Parmi les gagnants nous aurions :

>> Tous les agents qui bénéficieraient du transfert que les règles bruxelloises interdisaient. La fiction d’un transfert par ce tiers qu’est la BCE, deviendrait, au moins provisoirement, réalité pour les déficitaires : États et entreprises, voire ménages du Sud.

>> A noter que pour la nation la plus importante à savoir l’Allemagne, les entreprises exportatrices - donc l’ensemble du secteur industriel - ne sont pas nécessairement défavorables à un HM qui produit de nouveaux marchés dans des conditions de rémunérations non dégradées. La baisse de l’euro joue en défaveur de la valeur ajoutée dégagée par les intrants importés, mais en faveur de la valeur ajoutée à l’exportation. Cette spécificité joue, on le sait, à plein dans une chaîne de la valeur très émiettée et ce qu’on appelle une production « by germany ».

Attention : ces conclusions restent très globales et doivent être nuancées en fonction des modalités concrètes de mise en œuvre d'un éventuel HM par BCE : la monnaie hélicoptère serait-elle déversée plutôt sur les États ? Plutôt vers les entreprises ? Plutôt vers les ménages ?  Et au-delà quelles modalités concrètes de répartitions : PIB ? Niveau de déficit ? Importance de la population ? Combinaison de plusieurs paramètres ? Tout cela reste à déterminer.


Conclusion : un ersatz qui serait aussi un acide destructeur

Il est évident que l’Allemagne pourrait atténuer son opposition radicale si le HM prenait pour critère l’importance du PIB de chaque pays concerné. Les risques qui se conjuguent au détriment des rentiers pourraient être compensés par des garanties : suppression de la hantise du défaut souverain des pays du Sud, amélioration des régimes de retraites avec indexation sur l’inflation, etc. De fait l’opposition la plus radicale pourrait venir plutôt du système financier, qui fera tout pour éviter la diminution de son poids relatif dans l’économie.

Si toutefois le scénario de l'helicopter money devait, malgré les multiples oppositions, se jouer, il resterait un système à cheval entre deux écueils : 1) interventionnisme accru et donc de surveillance accrue, plus de règlements, plus de barrières, moins de libre marché ….le tout sous la houlette d’un acteur - la Banque centrale européenne - situé en dehors du champ politique et échappant de fait à tout contrôle démocratique. Il est clair que le chemin menant au HM a pour destination ultime la fin de l’indépendance des banques centrales….

In fine, notons surtout que l'euro ne peut se maintenir qu’avec de gigantesques transferts réels du Nord vers le Sud. Parce que politiquement inenvisageable comme l'opposition très ferme des pays créditeurs d'Europe du Nord à une aide tangible à la Grèce l'a d'ores et déjà montré. Par défaut, un substitut, un ersatz de transferts appelé monnaie hélicoptère peut être envisagé. Mais i faut d'ores et déjà savoir que la « consommation productive de l’ersatz » fonctionnera comme acide. A terme, il ne pourrait que détruire la clé de voûte de l'eurozone, à savoir l’indépendance de sa Banque centrale. Une destruction qui entraînera l’ensemble de l’édifice euro dans sa chute. 


On peut retrouver Jean-Claude Werrebrouck sur son blog ici



vendredi 21 juin 2013

Jean-Michel Quatrepoint : « L'accord commercial transatlantique sera une catastrophe pour la France »



Jean-Michel Quatrepoint est journaliste économique et essayiste


Vous affirmez que le futur accord commercial transatlantique de libre-échange (TTIP) sera nécessairement un marché de dupes. Pourquoi ?

Je pense que c’est, pour la France, l’un des sujets les plus importants des années qui viennent. Pour notre pays, c’est une question de survie.

Pour l’Europe, vous voulez dire…

Non, pour la France. Nous avons bien plus à perdre que beaucoup d’autres pays, car nous avons en propre une défense, une diplomatie, une langue dans le cadre de la francophonie…

Pour comprendre ce qui se joue, il faut considérer la genèse du TTIP et se demander pourquoi l’idée de cet accord, qui est ancienne mais avait été enterrée, ressort brutalement.

Il y a encore deux ou trois ans, on ne parlait plus que de la « Chinamérique ». On nous expliquait que la Chine et l’Amérique faisaient alliance, et que le centre du monde se déplaçait dans le Pacifique.

Mais il se produit un évènement qui entraîne un changement radical de la politique américaine. En décembre 2011, la Chine et le Japon signent un accord monétaire. Ils s’engagent à libeller une part de leur commerce bilatéral dans leurs monnaies respectives, en se passant du dollar. La banque de Chine autorise la banque du Japon à acheter des bons du Trésor chinois. Autrement dit, les Chinois commencent à tenter de faire du yuan une monnaie de transaction internationale, concurrente du dollar. Et le Japon, chasse gardée américaine, bascule dans le giron chinois, ce qui est un évènement majeur.

S’y ajoute un autre évènement : au même moment, la Chine inaugure son premier porte-avion. Les Américains s’avisent alors que dans cette « Chinamérique », les Chinois ne se contenteront pas de la seconde place…

C’est alors que ressurgit, étonnamment, la querelle sino-japonaise sur les iles Senkaku.

Vous sous-entendez que les Etats-Unis se sont arrangés pour raviver cette querelle ?

Je l’ignore, mais elle intervient à point nommé pour les Américains ! Car la tension entre Chine et Japon monte alors très violemment, ramenant le Japon dans le giron américain.

Lorsque Shinzo Abe arrive au pouvoir fin 2012, des manœuvres militaires communes nippo-américaines sont lancées dans le Pacifique. Puis Abe opère un virage radical dans la politique économique traditionnelle du Japon. Avec l’accord des Américains – qui obligeaient le Japon, depuis les accords du Plaza, à avoir une monnaie très forte – Abe fait fonctionner la planche à billets et le yen se dévalue.

Les américains utiliseraient donc le Japon contre le Chine ? Finie la « Chinamérique » ?

Oui : aujourd’hui et de récente date, les Américains tentent d’organiser un containment de la Chine. Cela se fait progressivement. D’abord, ils ont sorti la Birmanie du giron chinois. Ensuite, ils ont lancé un partenariat transpacifique - un marché commun - sans la Chine. Tout en multipliant les procédures antidumping contre la Chine, et en incitant leurs multinationales à relocaliser aux Etats-Unis une partie de leurs activités.

Après l’accord transpacifique à l’Est, pour revenir au centre du jeu mondial, il ne manque plus aux Etats-Unis qu’à relancer la vieille idée – qu’ils avaient eux-mêmes enterrée - du partenariat transatlantique à l’Ouest. Comme l’écrit Zaki Laïdi dans Le Monde, l’objectif des Américains est de « mettre en place deux mâchoires puissantes couvrant 60% du commerce américain, l’une avec l’Europe, l’autre avec l’Asie mais sans la Chine, et en plaçant la barre des négociations de l’accord partenarial transpacifique suffisamment haut pour dissuader Pékin d’y venir ».

Voilà donc Obama exhumant la vieille idée d’un partenariat transatlantique dans son discours sur l’état de l’Union en février 2013. Evidemment, comme on pouvait s’y attendre, Barroso et la Commission européenne lui emboitent le pas.

Le même Barroso dont Le Monde expliquait dans un récent éditorial qu’il a des intérêts personnels aux Etats-Unis…

… et qui rêve de se recaser, une fois son mandat à la Commission terminé, soit au secrétariat général de l’OTAN, soit à celui de l’ONU.

Il veillera donc à satisfaire les principales puissances concernées par l’accord transatlantique, quitte à faire passer celui-ci au forceps. Il contentera prioritairement les Etats-Unis, l’Angleterre et l’Allemagne.

Qu’attend l’Angleterre du TTIP ?

C’est très simple : elle souhaite que la City puisse se développer davantage sur le marché américain d’une part, et, d’autre part, que son transport maritime bénéficie de l’accroissement du commerce sur l’Atlantique. Les Anglais partagent d’ailleurs ce dernier objectif avec le Danemark et avec la Suède.

Et l’Allemagne ?

Ce qui compte pour elle, c’est l’industrie. Les industriels allemands ont intérêt à cet accord transatlantique.

Actuellement, les droits de douane ont presque disparu entre l’Europe et les Etats-Unis. Ils ne dépassent pas 3%. En revanche, il y a des règles différentes, ce qu’on appelle les « normes non tarifaires ».

L’industrie automobile allemande produit déjà aux Etats-Unis, où elle possède des usines modernes, et bénéficie de coûts du travail plus faibles. Elle gagne beaucoup d’argent, en utilisant les normes américaines. Son but est donc d’obtenir une uniformisation des normes non tarifaires pour pourvoir exporter ces voitures des Etats-Unis vers l’Europe, voire vers l’Asie. Exportations qui se feraient alors en dollar, ce qui permettrait d’être totalement exempté des inconvénients d’un euro trop fort.

L’Allemagne espère, via ce partenariat, se redéployer. Elle n’espère plus rien tirer de l’Europe, où elle a déjà fait le plein. Elle y a pris toutes les parts de marché qu’il y avait à prendre, et cherche à se réorienter désormais hors de la zone euro, spécialement vers les pays émergents et les Etats-Unis.

Et les Etats-Unis, qu’est-ce qui les intéresse plus spécifiquement ?

L’agriculture, l’agroalimentaire, la santé, les industries de défense et les industries culturelles. Dans ces domaines, les normes non tarifaires européennes sont plus contraignantes. Ils attendent donc que nous alignions nos normes sur les leurs, et qu’on accepte, par exemple, leurs « poulets chlorés ».

Concernant les industries culturelles, ce qui les intéresse, c’est de pouvoir développer leurs géants de l’Internet, comme Google par exemple. Ils veulent pouvoir diffuser, sur leurs plateformes numériques, des biens culturels sans payer de TVA ou d’impôt sur les sociétés en Europe. Loin d’être un combat « réactionnaire » comme le dit Barroso, la bataille pour l’exception culturelle est une bataille pour le futur. Il nous faut absolument préserver nos patrimoines numérisés.

Sur ce dernier point, François Hollande a donc remporté une victoire…

Oui, une petite victoire. Toutefois, d’ores et déjà, le commissaire Karel de Gucht annonce que la Commission européenne se réserve le droit de remettre le sujet sur la table des négociations si elle l’estime nécessaire.

On voit bien poindre le danger : les ambitions des Anglais et celles des Allemands seront préservées lors des discussions avec les Etats-Unis. Mais il faudra donner des contreparties aux Américains. Et nos partenaires entendent bien que ce soient les Français qui les donnent en renonçant à défendre leurs propres intérêts !

L’exception culturelle, ce sera un peu comme les traités européens : vous dites « non », vous fermez la porte, mais ça revient par la fenêtre ! Cet accord sera une catastrophe pour la France, qui y perdra tout ce qui demeure : industries culturelles, agriculture, agroalimentaire et industries de défense.

N’y a-t-il donc rien à gagner ?

Que voulez-vous qu’on gagne ? Le libre-échange, ce n’est jamais « gagnant-gagnant ».

Depuis le début de cette affaire, on fait tourner les supposés « modèles ». On nous explique que l’accord euro-américain va créer 400 000 emplois de part et d’autre de l’Atlantique. Que ça va générer 119 milliards de dollars pour de PIB supplémentaire pour l’Union européenne, et 95 milliards pour les Etats-Unis. Mais ces chiffres sont fantaisistes. Ils viennent de nulle part !

L’attitude allemande reste paradoxale. Si l’accord transatlantique est conclu, la Chine se sentira exclue. Or l’Allemagne est soucieuse de ses relations avec Pékin. Comment va-t-elle concilier cela ?

L’Allemagne ménagera la chèvre et le chou. Elle ménagera la Chine, mais elle désire le partenariat transatlantique, plus qu’elle ne souhaite faire progresser l’Europe.

Ne serait-ce que pour sa défense, l’Allemagne souhaite s’en remettre totalement à l’Amérique. C’est pour cela qu’elle n’a jamais voulu de l’Europe de la défense. L’Allemagne se vit comme une grande Suisse. Elle s’interdit d’avoir des ambitions militaires, non plus que diplomatiques. C’est un géant géoéconomique, mais en aucun cas géopolitique. En Europe, l’Allemagne a acquis, par le fait de la faiblesse de ses partenaires, une position de domination. Mais elle n’a jamais vraiment désiré ce leadership.

Que peut faire la France ?

Elle doit s’interroger : veut-elle garder une diplomatie et un outil de défense autonomes, ceux-là mêmes qui ont permis, par exemple, l’intervention au Mali, et permettent d’avoir une politique ouverte vers l’Afrique et le monde arabe ?

Ou veut-elle abandonner sa défense aux Américains, sa diplomatie à Bruxelles et son industrie à l’Allemagne, pour devenir simplement une vaste place touristique, vendant deux ou trois produits de luxe ?

C’est la réponse à ces questions qui conditionnera l’attitude française dans les négociations transatlantiques.

Lire et relire sur l'arène nue :
"Chinallemagne, mourir pour le yuan ou pour l'euro" ?   CLICK
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Au Portugal, un livre anti-euro fait un tabac CLECK
 

jeudi 30 mai 2013

Au Portugal, un livre anti-euro fait un tabac


Ce n’est pas un polar scandinave, c’est un ouvrage d’économie lusitanien. Au Portugal, il fait un tabac. Porque devemos sair do Euro (Pourquoi nous devons quitter l’euro), de l’économiste João Ferreira do Amaral, est un best-seller dans le pays. En tête des ventes, il détrônerait certaines semaines « 50 Nuances de Grey », affirme le Wall Street journal
 

La thèse de l’essai est la suivante : les cures d’austérité imposées au Portugal sont sans fin. Le pays a beaucoup perdu en compétitivité, et n’a aucune chance de remonter la pente avec l’euro, une « monnaie trop forte pour l'industrie portugaise ».

C’est d’ailleurs vrai : à environ 1,3 dollars pour un euro, l’euro est une monnaie trop chère. Trop chère par rapport à la monnaie américaine, évidemment. Mais aussi par rapport au yuan – arrimé au dollar par la seule volonté des dirigeants chinois – et, depuis peu, au yen, car le Japon mène de récente date une politique monétaire très expansionniste.

D’où la solution préconisée par João Ferreira do Amaral : revenir à l’escudo pour pouvoir enfin dévaluer. Une idée classique, pour un résultat en librairie qui l’est moins : le livre est sorti début avril, mais a déjà été réimprimé… quatre fois.

***

Un tel évènement « littéraire » est le premier du genre au Portugal, mais n’est pas le premier en Europe.

En Allemagne, le très controversé Thilo Sarrazin, ancien membre de la Bundesbank dont il avait dû démissionner en septembre 2010 après avoir été accusé de racisme, publiait en mai 2012 un brulot anti-euro, l’Europe n’a pas besoin de l’euro.

Il s’y insurgeait tout à la fois contre l’entêtement d’Angela Merkel à sauver la monnaie unique, et contre la proposition française de mutualiser les dettes publiques sous la forme d’eurobonds. Il concluait en fustigeant le…« chantage à l’Holocauste » réalisé, selon lui, par les autres pays pour contraindre l’Allemagne à demeurer dans l’euro.

***

Rien de tout ça dans Faut-il sortir de l’euro, du Français Jacques Sapir. Publié en janvier 2012, cet ouvrage est en tout cas le tout premier du genre. 




Si l’auteur y fait valoir clairement sa préférence pour un abandon de la monnaie unique, le livre a l’avantage de présenter l’option d’un euro devenu « monnaie commune européenne ».

Cette devise - commune et non plus unique - serait utilisée pour les seules transactions financières extra-européennes, cependant qu’en interne, les États reviendraient à leurs monnaies nationales. Les parités de ces monnaies seraient fixées de manière concertée. Cette solution présenterait deux avantages : d’une part, l’euro protégerait les monnaies nationales des attaques spéculatives externes, seul l’euro-monnaie-commune ayant vocation à « voyager ». D’autre part, les différents pays retrouveraient la possibilité d’ajuster leurs taux de change réciproques en fonction de leurs différentiels de compétitivité.

Cette option est également défendue par Jean-Michel Quatrepoint et Jean-Luc Gréau.
Elle vient d’être reprise par Frédéric Lordon


Lire et relire sur L'arène nue :
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Le plan B de Chevènement pour "sauver" l'euro   CLONCK
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mardi 27 novembre 2012

« Il faut qu’on organise la faillite des banques » entretien avec Jean-Luc Gréau

Jean-Luc Gréau est économiste et ancien conseiller du MEDEF. 
Il publie ce mois-ci La Grande Récession, chez Gallimard.
 
Cet entretien est initialement paru dans le magazine Ragemag
 
 
Dans votre dernier livre, La Grande Récession, vous évoquez une « nouvelle politique industrielle », en critiquant la faiblesse capitalistique des entreprises françaises et en appelant de vos vœux le maintien des filières de production. Tout cela rejoint le récent rapport Gallois. Êtes-vous satisfait des conclusions que le gouvernement a tirées de ce rapport
 
Le rapport Gallois est intéressant en tant que tel mais le gouvernement n’en a tiré aucune conclusion, pour une raison simple : les mesures annoncées étaient prêtes avant même la remise du rapport au Premier ministre.
 
Ce rapport a surtout permis d’ouvrir une fenêtre médiatique pour préparer l’opinion à l’annonce des mesures dites « de compétitivité », qui consistent à soutenir les entreprises à hauteur de 20 milliards d’euros, financés par une réduction des dépenses publiques et par une augmentation de la TVA. Pourtant, ce rapport, réalisé par une personnalité incontestée, notamment par ses pairs dans l’industrie, aurait sans doute permis d’ouvrir un vrai débat. Encore eût-il fallu prendre davantage le temps de la réflexion avant d’annoncer des mesures.
 
Le diagnostic posé par Louis Gallois est globalement juste. Il a même soulevé un point qui a peu ou pas été relevé, celui de la parité de la monnaie, et appelé à une « politique monétaire extérieure au service de la croissance ». De fait, l’ancien patron d’EADS est bien placé pour le savoir. En 2008, lorsque l’euro a atteint la parité de 1,40 dollars, il a été contraint à un plan de restructuration de l’entreprise – Power8 – qui a supprimé des milliers d’emplois qualifiés en France, en Espagne et au Royaume-Uni. En effet, avec cette parité, Airbus ne pouvait que perdre de l’argent lors de ses exportations dans la zone dollar. D’ailleurs, même avec la parité actuelle de 1 € = 1,30 $ les gains réalisés restent faibles comparé à Boeing, son principal concurrent.
 
Le rapport Gallois préconisait un « choc de compétitivité » misant sur une politique de l’offre. Dans quelle mesure est-il efficace de favoriser l’offre si cette offre ne trouve pas de débouchés faute de demande ?
 
C’est toute la difficulté. Il existe un problème de compétitivité en France, mais il existe aussi, dans le même temps, un problème de demande. Or les solutions aux deux types de problèmes ne sont pas compatibles.
 
Les pays du Sud de l’Europe, qui ont, plus encore que nous, ces difficultés-là, réduisent désormais leurs salaires, non pas seulement dans la fonction publique mais aussi dans le secteur privé. C’est vrai en Grèce, en Espagne, au Portugal, en Irlande, où les rémunérations ont chuté de 15 à 30% depuis le début de la crise.Ceci leur permet évidemment d’être plus compétitifs, et de mieux garantir leurs exportations, mais au prix d’une dépression supplémentaire de la demande intérieure. Ces pays sont en train de s’enfoncer dans une spirale récessive dont on imagine mal l’issue.
 
Pour réconcilier les « keynésiens », désireux de favoriser la demande, et les partisans d’une politique de l’offre, existe-t-il une troisième voie qui serait la dévaluation ?
 
La dévaluation est davantage qu’une solution : elle est le préalable à toute solution. Mais on l’a écartée dès 2010 lorsqu’on a démarré les plans de sauvetage de la Grèce. Les raisons en sont obscures : on affirmait alors vouloir protéger l’euro, sans comprendre qu’il ne pouvait se maintenir qu’avec une parité moins forte, de l’ordre de 1 € = 1 $.
 
La Banque centrale européenne (BCE) refuse toute idée d’action sur la parité monétaire, alors même que l’euro est la monnaie la plus surévaluée au monde, après le yen japonais.
 
Ce refus est-il dicté par la fameuse « peur de l’inflation » ?
 
Ça, c’est l’argument des illettrés ! Nous n’avons plus d’inflation en Europe depuis le milieu des années 1980. La France a été le dernier pays du continent à surmonter la grande vague d’inflation des années 1970. Depuis 1986, soit bien avant l’entrée en vigueur de l’euro, notre inflation oscille entre 2 et 2,5% par an.
 
C’est important de le noter car d’aucuns abusent de l’argument inflationniste. L’ancien ministre de l’économie, François Baroin, a en le front de dire récemment qu’une dévaluation entrainerait un retour à l’inflation d’avant la monnaie unique. Or cette inflation était déjà contenue !
 
En réalité, je pense que nos élites sont surtout sous l’emprise du discours né dans les années 1980, qui consiste à considérer qu’une monnaie forte est – à l’inverse même de ce qu’on constate – un facteur de compétitivité, dans la mesure où elle oblige les entreprises à des efforts constants de productivité et de qualité. Or ce raisonnement n’est juste que dans certaines limites : pour gagner véritablement en productivité, encore faut-il se trouver dans un contexte économique favorable.
 
Imaginons que l’on fasse finalement le choix de dévaluer. Comment cela se passerait-il techniquement ?
 
Il faudrait déjà que les Américains et les Européens s’entendent. Or les Américains ne veulent pas entendre parler, pour l’heure, d’une réévaluation du dollar par rapport à l’euro. Ils viennent de connaître une période difficile, ils ont supprimé près de 9 millions d’emplois après la crise de 2008. Ils ont commencé à reprendre le dessus à partir de 2009 et 2010. Mais il faut bien voir que cette relative bonne tenue de l’économie américaine tient à la sous-évaluation du dollar par rapport au yen et à l’euro.
 
D’ailleurs, la plupart des entreprises européennes et japonaises ne peuvent désormais vendre en zone dollar qu’en produisant sur place. Par exemple, Airbus a ouvert une usine d’assemblage en Alabama.
 
En somme, une monnaie surévaluée induit directement des délocalisations ?
 
Bien sûr. Je ne suis pas opposé à ce qu’on produise là où l’on vend, bien au contraire. Mais le fait, par exemple, que des constructeurs automobiles allemands comme BMW ou Volkswagen aient choisi de livrer leur clientèle américaine à partir de leurs unités de production installées sur place est la preuve même qu’il y a un problème de parité monétaire.
 
Vous faites partie de ceux qui ont affirmé que l’euro n’était pas viable. Pourtant, depuis le début de cette crise, on constate que le système finit toujours par s’adapter. Par exemple, la Grèce n’a toujours pas quitté l’union monétaire.
 
Je voudrais que ceux qui parlent avec tant de désinvolture du maintien des pays en détresse dans l’eurozone partagent, ne serait-ce que quelques semaines, le sort de leurs populations. Voyez comme la misère frappe l’Espagne, un pays encore très prospère il y a cinq ans !
 
L’euro, de toute façon, a cessé d’être un outil économique. Il est devenu un objet sacral. On en a fait le symbole de l’unité européenne. C’est avant tout l’aspect politique et symbolique de cette monnaie qui l’emporte sur toute rationalité économique. Au contraire, la raison économique aurait dû nous conduire à envisager son démembrement dès 2010.
 
En attendant, le prix à payer pour se maintenir dans l’euro est l’augmentation continue de la masse des dettes. Pas seulement celles de la Grèce, de l’Espagne ou du Portugal, mais aussi celle de l’Allemagne, qui prête et garantit désormais les emprunts des pays du Sud.
 
Comment peut-on envisager l’issue de cette crise de la dette ?
 
Par la faillite des débiteurs ! Nous aurions dû organiser la banqueroute partielle de la Grèce, de Chypre, de l’Irlande ou du Portugal. On ne l’a pas fait pour une seule raison : on a voulu sauver les banques.
 
Il faut tout de même rappeler que l’essentiel des créances sur les États sont détenues par les banques et compagnies d’assurance européennes. Or toute dévaluation, tout défaut de paiement partiel des États ferait immédiatement fondre les créances que possèdent les banques. Elles subiraient alors de grosses pertes, et pourraient même se trouver en cessation de paiement. C’est là le grand problème caché de la zone euro.
 
Mais si les banques s’effondrent, c’est toute l’économie qui s’effondre !
 
C’est un argument imparable. C’est pourquoi je me suis risqué, dans La Grande Récession, à envisager une solution. Je pense qu’il faut qu’on organise la faillite des banques et que l’on tente en parallèle, dans l’urgence, de construire un nouveau système bancaire.
 
Il faudrait alors séparer strictement les activités classiques et sans risque de dépôt, qui ne génèrent jamais de pertes, et celles, à risque, de crédit. Il n’y a aucune raison que le patrimoine déposé par les particuliers à la banque soit mis en danger par les autres activités de ladite banque.
 
Dans votre livre, vous mettez en cause la « titrisation ». De quoi s’agit-il ?
 
C’est ma préoccupation. Il s’agit d’une procédure qui s’est développée à très vaste échelle depuis trente ans. Il s’agit, pour un prêteur, de se débarrasser du risque inhérent à l’activité de crédit en « revendant » le risque sur le marché, à une compagnie d’assurance ou à un fond de placement. Ce qui ne manque pas d’entrainer une déresponsabilisation totale des prêteurs. En principe, le métier de banquier consiste à prendre un risque après l’avoir évalué, puis de l’assumer. Pas de le revendre.
 
Autre élément : la banque qui revend ainsi les prêts qu’elle a elle-même accordés, le fait en contrepartie de cash. Qu’elle réinvestit immédiatement. Sur le marché hypothécaire américain, par exemple… On a là un mécanisme continu d’augmentation de la masse des crédits, ce qui est l’un des éléments de base de la constitution des « bulles ».
 
Revenons à l’Europe. Vous mettez en cause la politique monétaire du continent. Pourtant, on constate un ralentissement de l’activité économique partout, y compris dans les pays dits émergents. La crise actuelle n’est-elle pas davantage mondiale qu’européenne ?
 
C’est vrai. La Chine, l’Inde ou le Brésil on vu ralentir sensiblement leur activité économique. On s’est même demandé si la Chine n’était pas déjà entrée en récession.
 
Les États-Unis gardent la tête hors de l’eau avec un taux de croissance de 2%, mais ils ralentissent également. Ils sont d’ailleurs mis en danger par la mauvaise situation européenne et par le ralentissement en Asie. Prenons l’exemple d’une entreprise américaine comme Caterpillar, numéro 1 mondial dans le domaine du matériel de BTP. Cette entreprise possède 18 usines en Chine, à partir desquelles elle dessert le marché chinois. Mais si l’investissement chinois ralentit, les profits de Caterpillar ne peuvent que ralentir du même coup.
 
En fait, c’est la logique même de la mondialisation qui est en cause dans cette crise généralisée.
 
Vous êtes donc favorable à ce qu’on a appelé « la démondialisation » ?
 
Je n’aime guère le terme car il fait penser à une copie inversée de la mondialisation. Je pense qu’il faut à présent inventer tout autre chose. Il faut notamment constituer de vastes sous-ensembles économiques régionaux, en Asie, en Europe, en Amérique, en Afrique. Au sein de ces ensembles de taille intermédiaire, les pays membres pourraient libéraliser les échanges intérieurs. Dans le même temps, les importateurs désireux de vendre dans chaque zone devraient s’y installer et produire sur place, contribuant ainsi à la création de richesse dans la zone même.
 
J’imagine qu’une monnaie unique ne serait pas indispensable au sein de ces zones ?
 
En effet. Il serait préférable que ces zones mettent en place des mécanismes tels que notre ancien système monétaire européen (SME). Cela permettrait de conserver des monnaies nationales adaptées aux différents pays, mais qui auraient, les unes par rapport aux autres, une relative stabilité. Car à l’inverse de la monnaie unique, qui est totalement rigide, une construction de type SME permet des ajustements concertés et de la souplesse.
 
Êtes-vous favorable à un protectionnisme européen ?
 
Oui, bien sûr. Mais il devient de plus en plus difficile d’argumenter en faveur de cette idée, tant l’Europe de Bruxelles est absolument libre-échangiste. Elle ne cesse de désarmer les États-membres au lieu d’aider à les protéger, obligeant les entreprises et les différentes populations à se livrer entre elles une concurrence de chaque instant.
 
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