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samedi 12 janvier 2013

Zorro est arrivé : Demorand sauve la banlieue.


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Sous ce masque impénétrable, Nicolas Demorand
 
Cet article a été rédigé pour le magazine Ragemag

Comme les choses semblent simples quand on lit un texte de Nicolas Demorand ! On devrait le consulter plus souvent en haut lieu. Car il possède la solution pour régler la « crise des banlieues. » C’est simple, ça tient en cinq mots et ça claque comme un slogan publicitaire : il faut « passer au Kärcher les préjugés. »
 
Ceux qui ont des préjugés versus ceux qui s’en gardent bien
 
Dans son édito de jeudi, sobrement intitulé « Préjugés » – et non Kärcher : ouf ! – ce journaliste qui, pour sa part, n’a jamais aucun préjugé, propose un plan. D’abord, il faut « lire les sociologues et les (rares) journalistes qui font du terrain dans les banlieues. » Sans doute parle-t-il d’or lorsqu’il écrit « les rares journalistes qui font du terrain. »

Accordons-lui au moins ceci : en général, c’est vrai, il vaut mieux lire. Et si possible, pas du prêt-à-penser. Comme l’explique très bien Demorand, il convient d’éviter « les clichés », les « discours normatifs », les arguties de tous ceux qui « parlent la même langue. » Là encore, le patron de Libération, quotidien sans doute le plus représentatif de ce que les marxistes (brrr !) appelleraient « l’idéologie dominante », sait de quoi il parle.

Vingt-deux, v’là les fachos

Poursuivons la lecture de l’édito. En principe, c’est maintenant qu’on se fait traiter de fachos… Bingo !

Pour Nicolas Demorand, les difficultés des banlieues tiennent au fait que la France – où prévaut depuis toujours le droit du sang, comme chacun sait – est un pays de gros racistes. Et quand l’éditorialiste dit ça, c’est vraiment sans « préjugé » : il le dit pour faire le Bien. Abjurons, donc, puisque nous sommes découverts. Expions, salauds nous-mêmes : il nous sera beaucoup pardonné.

Il faut donc, on l’aura compris, « désamorcer le racisme institutionnel. » Comment ? C’est simple : on arrête de compter les Noirs et les Arabes. Les autres, on peut. On dresse des listes – de collaborateurs ministériels, par exemple – on appelle ça « Les cabinets blancs de la République », emballé, c’est pesé. Et puis, quand c’est Libération qui le fait, ce n’est pas du tout « institutionnel » : c’est underground.

Étape numéro 2 : donner le droit de vote aux étrangers non-communautaires aux élections locales. Ça, c’est sûr, ça aiderait les banlieues. Car leurs habitants sont tous des étrangers, tout le monde le sait, suffit de les regarder.

L’acmé du texte se trouve à l’étape 3. Attention, on ne rit pas. C’est plutôt triste, d’ailleurs. Pour régler le mal-être des banlieues, il faut… « légaliser le cannabis. »

Oui, on a bien bien lu. Pas question de mener une politique de la ville susceptible de désenclaver nos ghettos avec, notamment, la mise en place des services publics qui conviennent. Pas question de mener une politique scolaire exigeante susceptible de tirer vers le haut les élèves les plus en difficulté. Pas question non plus de battre en brèche un chômage qui ronge les quartiers populaires. Non : il faut « légaliser le cannabis. » Pour donner à « ces gens » la liberté de s’adonner en toute quiétude au loisir qu’ils ont en partage et à ce qu’ils méritent : la fumette.

Demorand / Zemmour : les noces barbares

Dans son souci de concision, l’éditorialiste, on le regrettera, omet de proposer qu’on construise, en banlieue, davantage de terrains de basket et de salles de musculation. C’est dommage : on sait depuis longtemps que le sport, qui permet de « se défouler », règle tout dans ces coins-là.

En attendant, derrière la litanie des poncifs exposés par Libé, on reconnaît, une fois de plus, cette alliance contre-nature des tenants de la « gauche diversitaire » et des adeptes de la « droite identitaire. » Car entre un Zemmour, qui associe volontiers « Noirs », « Arabes » et « prison », et un Demorand qui voit derrière chaque banlieusard un chichonneur congénital, il y a, finalement, plus de points communs que de différences. Les deux cèdent à la facilité de la caricature et de la généralisation. Les deux tendent à enfermer autrui dans des identités préconçues. Finalement, les deux sont essentialistes.

Avec la confusion qui caractérise la pensée hémiplégique des essentialistes, lesquels veulent pouvoir trier le « bon » peuple et le mauvais, l’authentique et l’imitation. Pour Demorand, c’est tranché : le peuple se trouve dans les banlieues. Il en appelle donc à améliorer « la vie quotidienne des classes populaires » de ces quartiers. Et pour celles qui résident ailleurs, on fait comment ? On serait tenté de dire : « On fait pareil. » Car ce qui pourrait être utile – vraiment utile : on ne parle pas du bédo – pour les banlieues le serait aussi pour les campagnes : lutte contre le chômage, contre l’échec scolaire, contre l’effacement des services publics ou en faveur (eh oui) d’une plus grande sécurité au quotidien.

Un peu comme si le peuple ne se découpait pas en rondelles. Comme s’il était solidaire. Comme s’il était, tout comme la République, un et indivisible.

jeudi 20 septembre 2012

Droit de vote des étrangers : le quadruple "combo" des députés socialistes

 
 
 
 
J’ai d’abord cru à une bonne blague lorsque j’ai découvert, dans Le Monde du 18 septembre, l’appel de 75 députés PS (ensuite devenus 77, ndlr) pour le droit de vote des étrangers aux élections locales. Je me suis d’ailleurs tapé sur les cuisses de bon cœur : c’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de se marrer en lisant le quotidien vespéral.
 
J’ai cru à une bonne blague pour deux raisons. D’abord parce que quand une poignée de parlementaires décide d’ouvrir le bec pour dénoncer l’inanité du Pacte budgétaire européen, ça beugle dans tous les coins à la nécessaire « cohésion de la majorité ». Aussi pensais-je benoîtement que cette « cohésion » s’appliquait à tous les domaines, et non aux seules questions européennes. J’avais tort.
 
J’ai cru à une bonne blague, aussi, parce que ça fait quand même un bail qu’on n’a pas entendu Marine Le Pen exposer sur les ondes son amicale vision du monde. Je n’imaginais donc pas que des députés de gauche entreprendraient de lui fournir eux-mêmes les imputs nécessaires à l’entertainment de l’université d’été du Front national, qui se tiendra ce week-end à La Baule. Là, j’avais re-tort.
 
Mais c’est surtout quand j’ai découvert le contenu de l’appel des « 77 mercenaires » que j’ai arrêté net de bouffer. Parce qu’en termes d’argumentaire, bonjour l’angoisse. Et bonjour la litanie de poncifs éculés !
 
Prenons l’un de ces arguments, tiens. Complètement au pif, hein : de toute façon, ils ont tous déjà beaucoup servi. Selon les fameux 77 , l’idée de ce droit de vote – qui figurait dans les « 60 engagements pour la France » d’Hollande – est légitime parce qu’elle a été formulée en 1981 par François Mitterrand. Autrement dit, cette réforme doit être réalisée parce l’idée date de Mathusalem. Bigre ! Heureusement que toutes les vieilles lunes trentenaires ne nous sont pas systématiquement resservies. Surtout si leur concepteur y a renoncé en son temps pour s’être aperçu de leur manque de pertinence. De fait, si cette idée figurait dans la liste des « 110 propositions » du candidat Mitterrand (voir la n°80), sans doute n’est-il pas dû au hasard qu’il ait définitivement renoncé à la mettre en œuvre.
 
D’ailleurs, j’aimerais bien leur demander, moi, à nos 77 nostalgiques des eighties, pourquoi cette idée est la seule des « 110 propositions » à être ainsi déstockée. Car il en existe d’autres, qui pourraient être mises en œuvre. La proposition n°32, par exemple, ravirait les titulaires de petits revenus : « les taux de TVA seront ramenés au taux zéro pour les produits de première nécessité ». Et pourquoi pas la n°16, qui permettrait une relance de notre économie : « un programme de grands travaux publics, de construction de logement sociaux et d’équipements collectifs (crèches, restaurants scolaires, maisons de l’enfance) sera engagé ». Au bout du compte, « l’argument Mitterrand », c’est un peu comme l’argument « cohésion de la majorité » : il est massue… mais seulement les jours impairs.
 
Autre argument qui déchire, niveau pertinence : les étrangers résidant en France se fendent d’une « égale participation à l’impôt, qui reflète plus que tout leur appartenance à la République ». Français non imposables, tenez-vous le pour dit ! Votre « appartenance à la République » n’est plus très assurée. Vos droits civiques non plus.
 
Lecteurs, ne riez pas. Sauf si c’est la seule alternative pour éviter de chialer. Décortiquons plutôt ce curieux syllogisme. Selon les signataires de l’appel, il serait intolérable que des étrangers qui payent des taxes sur notre sol soient exclus de la participation à la vie collective. Allons bon ! Nous voilà donc passés du très politique « un homme, une voix » – qui concernait les seuls citoyens – au très économique « tu payes, tu votes ». Ça faisait longtemps qu’on n’avait plus lu plaidoyer plus émouvant en faveur du suffrage censitaire. C’est désormais chose faite.
 
Reste alors à débroussailler un certains nombre de difficultés vénielles : qui votera quand ? Quel impôt pour quel vote ? Un riche résident payant une ahurissante taxe d’habitation pour cause de propriété mirifique sur la côte bretonne aura-t-il un peu plus le droit de vote qu’un pauvre hère créchant dans un deux pièces à Meudon ?
 
Enfin et surtout, le sempiternel argument du paiement de l’impôt peine à dissiper cet épais mystère: pourquoi vouloir limiter, au risque de créer une citoyenneté à plusieurs vitesses, le seul « droit de vote et d’éligibilité des étrangers aux élections municipales » ? Les cantonales, c’est pas utile ? Les régionales, ça sent pas bon ? Surtout, quid des étrangers qui payent de longue date des impôts nationaux, au premier rang desquels l’impôt sur le revenu ? Les législatives, c’est pas pour eux ? La présidentielle, trop compliqué ? Bref, la cohérence du « qui paye vote », c’est un peu comme la « cohésion de la majorité » : facultatif, à géométrie variable, et jamais pendant les horaires de service…

Curieusement, nos parlementaires ravis ont passé sous silence cette antienne qui eût été du plus bel effet dans leur enfilage de perles : la nécessité d’aligner les droits des étrangers non communautaires sur ceux des ressortissants de l’UE. Un bon point pour les 77 : c’est pas parce qu’on a fait une erreur – et l’octroi du droit de vote, en France, aux ressortissants de l’UE en fut une, nonobstant le principe de réciprocité dont il est assorti – qu’il est pour autant urgent de la généraliser.
 
En revanche, on n’échappe pas au raisonnement qui tue, selon lequel de « nombreux pays européens nous montrent déjà l’exemple ». Il est vrai qu’une quinzaine de nos voisins ont déjà accordé ce droit de vote local à leurs résidents étrangers. Voilà donc la France en retard (forcément en retard) et comme toujours, archaïque (forcément archaïque). Car c’est bien connu, c’est toujours mieux ailleurs. Après « le modèle allemand » pour l’économie, voici donc « le modèle espagnol » et « le modèle belge » pour le vote des étrangers, « le modèle scandinave » pour la redistribution des richesses et, coming soon, « le modèle hollandais » pour le gouda et « le modèle portugais» pour la brandade de morue…
 
On aimerait bien, pour une fois, pouvoir s’offrir une exception, en essayant (promis, ce sera exceptionnel) de préserver un petit peu de ce bon vieux « modèle français », qui a tout de même fait ses preuves dans quelques domaines, et n’est pas forcément à jeter en bloc dans les poubelles de l’Histoire. Le « modèle français », c’est-à-dire la République « une et indivisible », où l’appartenance ne se découpe pas en catégories, en sous-catégories, en sous-sous-catégories, et où l’on se garde de multiplier les conditions d’une société sans cesse plus fragmentée. Le « modèle français » où, comme le dit Laurent Bouvet, « le lien entre citoyenneté et nationalité est la pierre angulaire de l’affirmation du peuple français comme communauté de citoyens libres et égaux. La nation française étant née comme projet politique et non culturel ou identitaire : on est Français parce qu’on est citoyen comme on est citoyen parce qu’on est Français. Il ne peut donc y avoir de demi-mesure, de semi-citoyenneté ».
 
Enfin, moi, je vous dis tout ça, mais j’aurais tout aussi bien pu la fermer – de même que les 77 députés. Parce qu’au bout du compte, cette réforme ne se fera pas. D’une part parce que cela nécessiterait une modification de la Constitution et que le gouvernement ne dispose pas de la majorité des 3/5e au Congrès. Ensuite, parce qu’un référendum sur la question est exclu, car cela déchaînerait les force centrifuges à l’œuvre dans notre société meurtrie par la crise.
 
La gauche devra donc se passer de cette « modernisation », dont au bout du compte, le député Razzy Hammadi avoue lui-même l’objectif : « c’est une mesure qui, pour un grand nombre de socialistes, devra être effectives pour les municipales de 2014 ». Et ouais, les gars ! Elles vont être rudes, les midterms de 2014 ! Et quelques électeurs en plus, ça aurait pu permettre à la marge de sauvegarder quelques bastions. Sauf que… qu’est-ce qui vous prouve que les étrangers voteraient socialiste ?
 
En attendant, l’appel des 77 députés PS pour le droit de vote des étrangers aux élections locales n’aura eu que les effets suivants: souffler sur les braises d’un sujet qui clive les Français, alors qu’ils ont plutôt besoin, ces temps-ci, qu’on le rassemble. Mettre le couteau sous la gorge de l’exécutif, obligeant François Hollande et Jean-Marc Ayrault à envoyer Valls au carton pour tenter un contrefeu. Donner l’impression grandissante que nos responsables politiques ont complètement jeté l’éponge dans les domaines de l’économique et du social, et qu’ils se rabattent, faute de mieux, sur les seuls sujets sociétaux. Enfin, donner un petit shoot d’hormones de croissance à la droite de l’UMP et au Front national.
 
Un quadruple combo, en somme. Qui force l’admiration. Des volontaires pour tâcher de faire pire ? On attend et on est impatient.