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mercredi 4 avril 2012

Faut-il occire les « petits » candidats ?...




François Hollande, Nicolas Sarkozy, Jean-Luc Mélenchon, François Bayrou, Marine Le Pen…

…puis une nouvelle pincée de François Hollande, suivi d’un zest de Nicolas Sarkozy. Parfois même, les deux ensemble, comme dans Le Figaro de ce jour, qui, visionnaire comme à son habitude, nous annonce avec trois semaines d’avance : Hollande-Sarkozy, un duel sans merci. Pourtant, un récent sondage montre que 53% des Français ne veulent pas de cette affiche de second tour. Mais les sondages, il est convenu qu’il faut en penser beaucoup de mal, et les considérer « avec précaution ».

Deux candidats, c’est donc l’idéal. Cinq, c’est déjà beaucoup. Mais dix, cela semble ingérable. Dès lors, Lesmédias[1] s’efforcent de n’évoquer les « petits » candidats qu’en filigrane : leur ombre plane sur la campagne, mais leur personne de chair et d’os est éclipsée et leur programme presqu’ignoré. Philippe Cohen a certes noté que durant une semaine, « les candidats majeurs se sont éclipsés, en principe pour faire du terrain, tandis que les radios et télévisions profitaient de ce trou d’air pour inviter les petits candidats ». Cet aparté n’aura tout de même duré que fort peu de temps.

Si la couverture médiatique de la campagne présidentielle dysfonctionne, d’éminents représentants de Lesmédias possèdent nombre d’explications. On peut les découvrir en consultant le blog du précieux Laurent de Boissieu. Ce dernier, note, à très juste titre, qu’« il existe tous les cinq ans une période dans la vie politique française où toutes les opinions politiques disposent des mêmes chances : le temps de la campagne officielle, du deuxième lundi au vendredi précédant le premier tour de scrutin présidentiel ». Mais c’est pour déplorer immédiatement : « cette courte période de respiration démocratique semble encore trop grande pour l'oligarchie politico-médiatique ».

Et le journaliste de mettre en ligne, non sans colère, deux textes en provenance des hautes sphères de Lesmédias. Ces textes permettent d’appréhender enfin les raisons d’une mise en œuvre très approximative du principe d’égalité de traitement des candidats.

« Les règles du CSA sont inapplicables ! ». Tel est le cri du cœur avec point d’exclamation attenant des médiateurs de presse de La Dépêche du Midi, de Radio France, de RFI, du Monde, de France Télévision, de Sud Ouest, de TF1, et de la Nouvelle République du Centre-Ouest dans une tribune parue le 15 mars. « Nos publics nous demandent de traiter de la même manière les propositions ou les programmes des candidats à l'élection présidentielle » semblent-ils découvrir benoitement, pour répliquer immédiatement que d’abord c’est infaisable, et qu’ensuite c’est inopportun : « les règles d'égalité telles qu'elles ont été édictées par le CSA [sont] discutables, car comment justifier devant le public citoyen que l'on consacre autant d'attention à ceux qui peuvent prétendre diriger notre pays pendant cinq ans et à ceux qui n'y songent même pas ? 

Les médiateurs de presse ont bien raison de s’interroger de la sorte. Nous savons tous que « quelque part », certains candidats ne croient pas du tout à leurs chances d’être élus. D’aucuns sont même suspects de n’y même pas penser le matin en se rasant. Aussi, pourquoi s’embarrasser de la couverture de leur inutile campagne de témoignage ? D’autant que le « public citoyen » - dont on sait parfaitement lire dans la conscience lorsqu’on est médiateur de presse - n’a pas du tout envie qu’on lui parle des « petits » candidats. Quand bien même on expliquerait à cet idiot de peuple que, s’il y a dix impétrants, c’est parce que des élus de la République ont décidé sciemment de leur offrir leurs parrainages, les « vrais gens », ces imbéciles incurables dont on ne finira jamais de maudire le jour funeste où ils ont acquis le droit de vote, ne comprendraient même pas.  

Mais ce n’est pas tout. Les choses - qui sentaient déjà pas mal le roussi - se mettent à fleurer carrément la défaite lorsque le patron du CSA lui-même, Michel Boyon, autorité administrative indépendante de son état et garant, dans son domaine, du bon déroulement de la campagne, affirme au Monde : « une trop longue période d'égalité est un risque d'appauvrissement du débat politique ». Non, vous ne rêvez pas. Oui, vous avez bien lu : le pluralisme appauvrit le débat politique. Le débat est sclérosant. Et, tant que nous y sommes, la démocratie est une vieille lune et le suffrage universel une grave erreur, qui autorise une palanquée d’andouilles à voter pour une poignée d’ahuris.

On était habitué à se faire voler le premier tour. Cela est arrivé plus d’une fois, et on en connaît la principale bénéficiaire : elle s’appelle « l’abstention ».

Proposons à présent que l’on nous vole l’élection dans sa totalité, histoire de voir ce qui se passe. Tirons le vainqueur à pile ou face, rétablissons le suffrage censitaire, voire la monarchie de droit divin.

Faites donc vos propositions, messieurs les « médiateurs de médias» et autres « présidents d’autorités administratives indépendantes » ! Ayez de l’audace ! Vous venez de prouver que vous osez tout. C’est d’ailleurs à cela qu’on vous reconnaît…

Il convient toutefois de noter l’organisation, par France2, les 11 et 12 avril, de deux soirées politiques dédiées avec cinq candidats chacune. Ils s’exprimeront à tour de rôle, sans débat, car l’info, point trop n’en faut. Elles seront suivies d’une édition spéciale de « Mots croisés » qui aura lieu le 16 avril, mais en deuxième partie de soirée : l’info, point trop n’en faut. Cette fois-ci les dix candidats ou leurs soutiens sont conviés. Ô surprise, pour l’heure, seuls quatre ou cinq « petits » candidats se sont annoncés en personne. En revanche, les deux « gros » ont décliné : l’un a piscine, l’autre a poney.


[1] Lesmédias est une entité mystérieuse et intrinsèquement malveillante. Elle est peuplée d’éditocrates.

Lire et relire:
Présidentielle : oui, les "vrais gens" sont intelligents  CLICK
RTL : à quoi sert le pluralisme  CLACK

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