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samedi 18 février 2017

« Souverainiste, l'Allemagne ne changera pas sa politique européenne », entretien avec Mathieu Pouydesseau






Mathieu Pouydesseau vit et travaille en Allemagne depuis 15 ans et espère obtenir prochainement la nationalité de ce pays. Il est diplômé de l'IEP de Bordeaux et en Histoire, et travaille dans l'informatique. Longtemps fédéraliste européen, il fut un temps au Conseil national du Parti socialiste français, et est actuellement engagé auSPD allemand. Il s'exprime donc ici en tant qu'observateur de l'Allemagne connaissant à la fois le tissu économique et les structures politiques du pays.

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Long et fouillé, le présent entretien est publié en deux volets. Ci-dessous, le second volet traite essentiellement de l'Allemagne dans les relations internationales et de la manière dont elle conçoit l'Europe. La première partie, qui faisait le point sur l'état du paysage politique allemand avant les élections législatives de 2017, est disponible ici


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On voit bien le long processus de morcellement du paysage politique et son résultat paradoxal, qui risque d'être, en somme, le maintien du statu quo. Mais au bout du compte quelles en sont les causes ? Faut-il y voir un effet de la montée des inégalités avec un modèle économique qui fait clairement des gagnants et des perdants ? De la politique migratoire d'Angela Merkel ? De l'apparition dans le pays d'un terrorisme auquel il ne semblait pas s'attendre ?
Il y a des explications conjoncturelles, d'autres structurelles. Et il faut sans doute relativiser un peu le conjoncturel (les attaques terroristes), même s'il s'agit d’événement traumatisants par leur violence. Il faut savoir que l’Allemagne a un passé terroriste. C’est le pays où est née la Fraction Armée Rouge, inspiratrice d’Action directe en France. Et la partie Est a abrité de nombreuses figures des mouvements terroristes palestiniens ou des mouvements de libération divers. L’Allemagne est aussi un pays frappé par un phénomène heureusement peu développé en France : les massacres aveugles de jeunes gens, dans leurs lycées ou dans des écoles. Enfin, il existe un fond d’activisme violent de l’extrême droite dont la face cachée a émergé à la stupéfaction générale en novembre 2011. On a alors découvert qu’un groupe néonazi avait pu mener pendant dix ans une « chasse aux métèques » dans l’impunité totale, tuant 9 immigrés et une policière, et commettant une attaque à la bombe avec 180 blessés. La violence terroriste récente, dramatique, n’est donc pas aussi déterminante que certains l'ont dit.
Les explications structurelles, davantage économiques, expliquent sans doute mieux un effritement politique visible dès 2005, et qui s’accélère. Là, il faut rappeler l’existence d’une société à trois vitesses en Allemagne.
Une étude récente publiée par le quotidien économique libéral Handelsblatt soulignait les ressorts du plein emploi allemand, ainsi que les contrastes des évolutions de revenu. Entre 2002 et 2017, en sens inverse d'une démographie déclinante, le nombre d’actifs, a augmenté de 5%. C’était l’objectif des reformes Schröder : pousser à la reprise d’activité de toutes les classes populaires. Mais dans le même temps, le volume d’heures travaillées - et donc rémunérées - a diminué de 5% ! La durée moyenne réelle de la semaine de travail rémunérée est passée de 40 heures en 2002 à … 35 heures en 2016 !
L'explication est simple : l’Allemagne a réglé son chômage de masse en procédant à une série de réformes ayant abouti à une gigantesque réduction d’un temps de travail et des salaires imposée aux salariés. Et le nombre de travailleurs pauvres a sur la même période explosé : 10% des salariés gagnent moins que le minimum social et ont recours aux distributions alimentaires. Le taux de pauvreté a progressé entre 2002 et 2016 et reste, avec plus de 16% de la population, 20% plus haut que le taux – pourtant lui-même record – de pauvreté français.
Dans le même temps, le tiers de salariés travaillant dans les secteurs exportateurs a vu sa durée moyenne de travail hebdomadaire rester stable à 41heures. Ces salariés, les mieux rémunérés, n’ont pas subi ce que les employés de service, agricoles, les intermittents du bâtiment de l’industrie, ont eu à supporter.
La troisième catégorie enfin, est constituée des 10% les plus riches dont la part dans la richesse nationale allemande a explosé, à rebours d'une tradition allemande d’un certain égalitarisme.
On se retrouve donc avec une situation explosive au sein de l’économie la plus prospère de l’Union Européenne, car elle maintient 50% de sa population depuis presque 15 ans à l’écart de la prospérité saluée partout. Un vote « antisystème » comme celui qui a permis le succès des Pirates en 2011 était un avertissement sans frais. Aujourd'hui c'est différent. Le vote antisystème se cristallise sur l’AfD, les autres partis essayant de siphonner son électorat en se montrant eux aussi subversifs – jusque dans les rangs de l’Union où le parti régional bavarois CSU est plus critique encore vis à vis de Merkel que le SPD !
La chancelière est donc dans une impasse. Son parti la soutient comme la corde le pendu, et se résigne a une nouvelle Grande coalition en 2017. Il est possible toutefois qu’un score médiocre entraînerait le départ de Merkel, peut-être en cours de mandat. L’enjeu pour elle et pour conserver la chancellerie, c’est donc d’assurer à la CDU-CSU de finir devant le SPD aux législatives de septembre.
Pour autant, aucun des deux partis de gouvernement n’a de réponse à la violence et la durée de la crise sociale allemande. L’AfD va donc continuer à progresser.

Dans les tous premiers entretiens qu'il a accordés à la presse britannique et allemande, Donald Trump a explicitement visé Berlin (dont les excédents commerciaux excessifs sont toutefois sous surveillance du Trésor américain depuis plusieurs années). Comment les Allemands prennent-ils l'inflexion manifeste de la politique européenne des États-Unis, et la récurrence des critiques américaines contre leur pays ?
Dès 1949 et plus encore après le traité de Paris de 1954, l’Allemagne a misé sur l’OTAN et le partenariat avec les États-Unis. Contrairement à la France, pour laquelle l’OTAN enserre une nation qui se rêve toujours en grande puissance, l’Allemagne a longtemps vu l'Alliance atlantique à la fois comme un bouclier (avoir été zone frontière entre les deux blocs, cela marque) et comme la condition pour redevenir souveraine.
L’alliance américaine est donc essentielle dans la construction de l’identité même de l’Allemagne d'aujourd'hui, démocratique et pacifique, non interventionniste et en paix avec ses voisins. Cela relève bien sûr pour partie du mythe. Il n’en reste pas moins que l’OTAN et le parapluie militaire ont permis à l’Allemagne de développer une conception mercantile du rapport au reste du monde, sans volonté de puissance et de domination militaire, avec une part du PIB consacre aux dépenses de Défense en baisse constante depuis la chute du mur. L'aspect « sécurité et défense » de la souveraineté nationale allemande a été très efficacement longtemps sous-traité à Washington.
Cela avaient commencé à changer sous Schröder. La première fois que des militaires ouest-Allemands ont été envoyés en opération hors d’Allemagne, c’est au Kosovo en 1999. Depuis, les Allemands ont été engagés en Afrique, en Afghanistan – avec le terrible bombardement de Kunduz qui fit cent morts civils et coûta sa place à un ministre de la Défense – en Syrie. Pourtant, la République fédérale n’y voit pas du tout l’accomplissement d’un destin de grande puissance. Il ne s’agit que de travailler dans le cadre de l’OTAN.

C'est donc la mise en cause du parapluie américain, qui inquiète les Allemands, plus que la critique des excédents commerciaux qu'ils se taillent sur les autres pays européens et sur les États-Unis ?
Oui car le changement de braquet qu'esquisse Trump touche là à une impensé radical des élites allemandes, lesquelles n’ont jamais développé de doctrine militaire alternative.
Par exemple, l’Allemagne n’a jamais envisagé l'Europe de la défense comme un but important. De plus, face à deux pays, France et Grande-Bretagne, bénéficiant de dispositifs complets de défense et de sièges permanents au Conseil de sécurité de l'ONU, il n’était pas dans l’intérêt national de se retrouver dominé sur le sol européen. Au moins, la domination de l’OTAN par les USA est-elle conçue comme légitime, alors que reconnaître à la France ou la Grande-Bretagne une position dominante n’est rien moins qu'évidente. C’est pour cela que l'idée française de mutualiser la défense de l’Union émise après les attentats a été ignorée par Berlin, ou que l’Allemagne a toujours refusé que les dépenses militaires et de sécurité soient exclus du calcul des déficits publics.
Au final, les réactions allemandes ayant suivi l'évocation d'un possible abandon de l’OTAN par les États-Unis sont allés de l'incrédulité à la panique pure, en passant par la tentative de définition dans l'urgence d’un chemin propre à l’Allemagne... sans que soit envisagé à aucun moment de se tourner vers l'Europe. Certaines voix s'élèvent par exemple pour réclamer la création d’une force de dissuasion nucléaire allemande. D’autres affirment que la priorité est à la reconstitution d’un appareil de défense conventionnel puissant et autonome, pour ne pas être dépendant, justement, de la France ou de l’UE.
Quant à la question des excédents commerciaux excessifs.... l’Allemagne mercantiliste merkelienne ne comprend pas le problème. Pour autant, je ne serais pas surpris de voir l’Allemagne augmenter ses commandes de matériel militaire américain pour compenser en partie cet excèdent, et pour apaiser Washington.

Aucune chance donc que la politique européenne de l'Allemagne change dans un sens plus redistributif et plus « solidaire », la République fédérale souhaitant préserver ses amitiés européennes à l'heure du désamour américain ?
Ma réponse sera simple : non. La RFA ne souhaite pas préserver ses amitiés. Elle n’a pas le sentiment d’en avoir besoin, ni d’être mise sous pression par quiconque.
De plus, le principe même qui régit le fonctionnement de l’État fédéral allemand, c'est à dire la solidarité financière entre régions riches et régions pauvres (principe très largement mis en œuvre lors de la réunification) est absolument impensable, pour les Allemands, à l'échelle européenne. Le blocage idéologique sur ce sujet est total. Car la perception de l’Allemagne de son propre rôle dans la crise européenne est très différente de la notre. Le pays se voit comme celui qui aurait paie déjà pour les déficits des autres. C'est évidemment totalement faux. Mais cette propagande sert aux élites actuelles à justifier que les 50% les plus modestes ne voient pas leur situation matérielle s’améliorer depuis 15 ans, mais au contraire se dégrader.

Après tout ce que vous venez de dire, ne peut-on par affirmer que l'Allemagne est le pays le plus « souverainiste » d'Europe ?
N'oublions jamais l'histoire récente du pays. Pendant les dix années qui suivent la Seconde guerre mondiale, l'Allemagne n'est pas souveraine. Les quatre puissances occupantes exercent le pouvoir exécutif, nomment dans les administrations, directement ou par délégation, et suivant des modalités assez différentes suivant les zones. Ce sont les trois occupants de l'Ouest qui mènent une unification de leurs zones par une réforme monétaire et la création du Deutsche Mark. Des 1949, l'Allemagne est donc coupée en deux par la différence de monnaie. Ce n'est qu'en 1955 que la partie Ouest retrouve une souveraineté et forme la République Fédérale d'Allemagne, membre de l'OTAN. A l'Est se mets en place un régime communiste dominé par la relation à l'URSS. Ce n'est qu'en 1990 que cette partie de l'Allemagne connaîtra ses premières - et dernières - élections libres, avant d'être réunifiée à l'Ouest en octobre 1990.
L'histoire de l'après-guerre allemand est donc totalement différent de celle de la France. Pendant que la France combat des peuples colonisés aspirant à leur leur propre souveraineté, l'Allemagne parcourt un long chemin pour recouvrir patiemment la sienne.
La conception même de la démocratie en Allemagne est donc fondamentalement attachée au principe de souveraineté. La loi constitutionnelle allemande, la Grundgesetz, est protégée par un service de police propre - l'équivalent de ce que furent les Renseignements Généraux en France, mais concentrés sur la subversion politique d'extrême-droite comme d'extrême-gauche – et le Tribunal constitutionnel de Karlsruhe veille jalousement sur la souveraineté du peuple allemand. Cela passe par des dispositions, intégrées par dérogation aux traités, qui accordent au Parlement allemand un droit de regard sur les questions européennes bien plus important que celuidont dispose l'Assemblée Nationale en France ! Notons d'ailleurs que c'est bien le peuple souverain, via ses représentants élus qui est ici au cœur de tout, et non l'exécutif, qui procède du Bundestag. Il n'y a pas en Allemagne de « Président » puissant (même s'il y en a un) et Angela Merkel, toute chancelière qu'elle soit, doit régulièrement négocier avec les différentes ailes de son parti et avec les autres formations au Bundestag.
Il y a deux principales différences, cependant, entre la vision allemande de l'intégration européenne telle qu'elle existait dans les années 1955-2000, et celle qui prévaut depuis 2000. Tout d'abord, l'Allemagne du XXI° siècle estime avoir suffisamment expiée les crimes de celle du XXème. Fait notable, la Coupe du monde de football de 2006 a permis de recommencer à afficher sans mauvaise conscience un patriotisme du drapeau, une fierté nationale positive. Depuis lors se succèdent les émissions et films retraçant la part allemande de souffrance pendant la seconde guerre : bombardements de Dresde, expulsions des populations germanophones de Prusse orientale, de Bohême, de Pologne, naufrage des navires pleins de civils dans la mer du Nord sous les bombes britanniques etc... Cette relecture fait contraste avec celle de la fin du XXème siècle, où la grande polémique concernait les crimes de l'armée allemande. Ce nationalisme assumé trouve depuis des traductions politiques propres : parti AfD, best sellers populistes de Thilo Sarrazin (auteur la version allemande de la théorie du « grand remplacement », longtemps en charge des finances pour le … SPD de la ville de Berlin, et membre un temps du directoire de la Banque Centrale Allemande...).
Le XXI° siècle est cependant aussi le siècle de l'unification européenne par la monnaie. Or, l'Allemagne est la seule Nation européenne dont la construction nationale et étatique soit profondément liée à la création d'une union douanière et monétaire - la première fois avec la Zollverein (Union douanière) de 1834, qui précède de peu l'unité politique tardive, la deuxième fois comme rappelé à l'instant entre 1949 et 1990. Les est-Allemands étaient fascinés à l'idée de recevoir des Deutsche Mark au moment de la chute du mur. La décision d'Helmut Kohl de garantir la convertibilité de la monnaie de la RDA en DM, si elle entraîna un surcoût considérable de la réunification et accéléra le déclin économique de la partie Est, explique aussi les succès électoraux du parti de Kohl sur la période.
Dit autrement: la création d'une monnaie unique avec l'Allemagne consiste à jouer avec un expert en unification monétaire et douanière. Et la question de la monnaie est au cœur même du processus de construction national – au-delà des tartes à la crème sur l'hyperinflation de 1923...
L'Allemagne est donc, par son histoire, souverainiste. Et alors que la construction européenne fut théorisée par les élites allemandes de l'après-guerre comme un moyen de se protéger contre eux-mêmes et contre leur propre histoire, l'Europe est devenue, à partir de l'unification monétaire, un espace de domination naturel.
La conception de la souveraineté monétaire est profondément différente, outre-Rhin, de celle de la France. Nous sommes le pays de Philippe le Bel, qui frappe de la fausse monnaie et fait brûler ses créanciers pour conserver le contrôle sur son État, de Louis XV refinançant son État avec Law et provoquant ainsi l’un des premiers grands crash financiers de notre histoire. Nous sommes héritiers de la Révolution issue des États généraux dont l’objet était d’abord le refinancement de la dette publique, Révolution qui finança ses guerres avec une monnaie de singe, les assignats. Pour nous en somme, l’État doit contrôler la monnaie.
Pour les Allemands, la création d’une monnaie unique précède à deux reprises, en 1834 et en 1949, la création d’un État-nation. Comment pouvons-nous nous comprendre - et nous ajuster - avec un tel éloignement de départ ?
L’amitié franco-allemande n’a pu fonctionner que le temps des générations qui avaient vécu les guerres, entre des gouvernements qui n’avaient pas peur de poser leurs contradictions, leurs conflits et leurs désaccords. On était très loin de la situation actuelle, notamment de la vassalité des élites françaises post-euro.

[ La première partie de l'entretien est disponible ==> ICI ]

samedi 26 mars 2016

Revue de presse de L'arène nue du 21 au 27 mars







Quelques articles qu'on pourra lire / vidéos que l'on pourra écouter pour faire le tour de l'actualité européenne de la semaine. 
Les passages les plus alléchants sont mis en exergue. C'est pour faire saliver : miam, miam, miam.

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1 / Attentats de Bruxelles : la faillite de l'Union européenne ? Pierre Vermeren, Figarovox, 25 mars 2016. 


"On ne peut qu'être étonné par l'incroyable naïveté et impréparation des dirigeants européens. Il est vrai que la petite bourgeoisie libérale qui dirige l'Europe a des valeurs et une vision du monde aux antipodes de celles des gens qu'elle combat. Quand l'Europe était dirigée par des humanistes, des croyants, des officiers, des soldats ayant côtoyé la mort, des révolutionnaires, des chefs de guerre, des combattants de la liberté, des dissidents ou des écrivains, souvent pétris d'Histoire et habités par son caractère tragique, sans oublier la conscience de leur finitude, la guerre était une affaire sérieuse et les relations internationales un champ de bataille. Les juristes, les fonctionnaires et les technocrates qui nous dirigent, professionnels de la politique et du droit administratif et qui n'ont fréquenté que les capitales internationales et leurs dirigeants dans de grands hôtels, qui ne lisent pas et n'ont jamais fait la guerre sont-ils aptes à combattre l’État islamique, et discuter avec l'Arabie Saoudite, Erdogan, Bachar El-Assad ?".   

= => C'est ouf de dingue, non ? La suite ! 

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2 / An attack on European legitimacy, Politico.eu, 23 mars 2016.

" The referendum in which British voters will decide to leave or stay in Europe takes place in three months’ time. The French and German ruling parties fare poorly at every regional election, before major national ones take place next year. Europe has been a source of discontent, frustration, anger sometimes. Sitting governments already had trouble managing those fears. What if Europe, on top of the above, also becomes a source of fear? What if its different security services appear — rightly or wrongly, this is not what matters here — as hapless and unable to coordinate with each other ? ". 

= => C'est ça, c'est ça, encore la faute à l'Europe ! La suite. 


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3 / Brexit : règlements de comptes chez les tories, Le Monde, 21 mars 2016.


"La démission surprise, vendredi 18 mars au soir, du ministre du travail, Iain Duncan Smith, ancien leader du parti (2001-2003) et figure de proue des pro-« Brexit », exacerbe, au pire moment, les tensions que tentait d’apaiser le premier ministre, David Cameron (…). M. Duncan Smith, qui se veut l’architecte et le théoricien d’une réforme globale des aides sociales, dit avoir démissionné pour protester contre une coupe de 1,3 milliard de livres (1,65 milliard d’euros) dans le budget consacré aux allocations servies aux handicapés. Non seulement, il met en cause cet aspect de la politique d’austérité, mais il la rapproche des cadeaux fiscaux accordés, dans le même budget, aux contribuables aisés, ainsi que de la protection dont bénéficient les revenus des retraités, clientèle électorale classique des « tories »".

= => La suite c'est par là.

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4 / What the anti-Brexit camp feared most: a terrorist attack, Politico.eu, 23 mars 2016


"The Remain camp could try to use the Brussels attacks — once a respectful period has passed — to explain why Britain’s security is enhanced by being in the EU. They could point out that the U.K. isn’t actually in Schengen; that it benefits from international anti-terrorist cooperation; and there are huge distractions, complications and uncertainties involved in unpicking the existing deals".
= => So what


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5 / Deux vidéos sur le thème de la création monétaire par les Banques centrales - Patrick Artus



** Pourquoi la prochaine crise financière sera pire 
=> CLICK

** L'engrenage infernal du Quantitative easing
 => CLACK



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6 / La démocratie en Turquie, victime collatérale des négociations avec l'UE, The conversation, 15 mars 2016

"Dans ce contexte inquiétant et flagrant de recul de la démocratie en Turquie, le silence relatif de l’Union européenne est difficilement compréhensible. Une négociation immorale a lieu en ce moment sur la gestion des flux de réfugiés, réduisant les êtres humains à de banales statistiques. Tout à sa volonté de gérer sur le court terme un problème qui a pourtant des causes sociopolitiques profondes, dont l’Europe est en partie responsable sur le plan historique, mais aussi du fait de son incapacité à apporter des solutions pendant des mois à l’afflux exponentiel des migrants à ses portes, l’UE préfère fermer les yeux face aux violations répétées des droits de l’Homme, à l’affaiblissement de la démocratie et à l’instauration du culte de la personnalité en Turquie.À dire vrai, les dirigeants turcs doivent bien s’amuser de cette paralysie des pays européens qui, depuis quarante ans, mettent sur la table la question des droits de l’Homme pour mieux refuser l’adhésion de la Turquie, mais semblent soudainement l’oublier dès qu’il s’agit de maintenir éloignés de l’Europe des migrants et de leur trouver un « entrepôt » de stockage".

= => Par ailleurs, sur la question de la crise migratoire, une note intéressante de l'OCDE à consulter ici. 

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7 / Déchéance de l'Union européenne, blog de Christophe Bouillaud, 21 mars 2016. 

" De même, les dirigeants européens pour prix payé à la Turquie de gardien de nos frontières (en dehors de 3, puis 6 milliards d’euros promis) sont prêts à rouvrir les négociations d’adhésion de ce pays sur un « chapitre », un seul il est vrai alors que les Turcs en voulaient cinq, chapitre peu décisif en plus. Cette réouverture parait cependant d’autant plus risible que, s’il existe un motif  à la crise des réfugiés, c’est bien l’angoisse montante dans l’opinion publique européenne à l’égard des musulmans. Tous ces damnés de la terre qui se pressent aux portes de l’Union ont en effet un défaut en dehors même de leur détresse : ils sont musulmans pour la plupart, et c’est pour cela que le refus de leur arrivée est aussi marquée chez certains Européens – dont un chef de gouvernement comme V. Orban ou R. Fico. Quelle bonne idée du coup de rouvrir les négociations d’adhésion avec un pays de 80 millions d’âmes, dont il semble bien aux dernières nouvelles que la plupart d’entre elles soient promises au paradis (ou à l’enfer?) d’Allah. Laisser ouverte la promesse d’adhésion à l’Union européenne à un pays  comme la Turquie est de fait une hypocrisie qui n’honore personne. Cela n’aura jamais lieu" . 

= = > Pour découvrir cet excellent blog c'est là

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8 / Cash Investigation sur les travailleurs détachés (émission de télévision, France2). 


" Avec la directive "détachement des travailleurs", l’Europe a inventé la délocalisation près de chez soi. Un travailleur détaché, c’est un Européen qui vient exercer son métier en France. Les conditions ? Le patron doit lui payer un salaire français et prévoir de quoi le nourrir et le loger. L’avantage ? Les cotisations sociales sont payées dans le pays d’origine. En France, c’est 38% en moyenne de cotisations patronales, alors qu’en Roumanie, c’est 27%, au Portugal 23%, et en Pologne tout juste 18%... Ce "dumping social" est une aubaine totalement légale pour les employeurs. Aujourd’hui, on compte officiellement 230 000 travailleurs détachés en France, 30 fois plus qu’il y a quinze ans. Et certains patrons n’hésitent pas à frauder ce système déjà avantageux : ils imposent des salaires au rabais et des horaires de forçat à cette main-d’œuvre docile, qui n’est parfois même pas déclarée. La perte sèche de cotisations pour le système de protection sociale est estimée à 400 millions d’euros. "Cash Investigation" dévoile les méthodes des entreprises pour casser le prix du travail ".

= => Voir le replay



jeudi 5 mai 2011

Ben Laden : avec ou sans, il faut quitter l'Afghanistan



Il y a quelques semaines de cela, l’Afghanistan était « une guerre oubliée ». C’est ce que nous expliquait Le Monde en date du 16 avril. La Libye avait pris le pas, et l’on guettait avec gourmandise un enlisement ici, sans se souvenir que nous étions depuis dix ans enlisés là bas. Le décès, dans la vallée de la Kapisa, du 56ème de nos militaires n’a d’ailleurs pas ému grand monde.

Celui d’Oussama Ben Laden[1], en revanche, a remis l’Afghanistan à la « Une » de nos journaux, qui, pour la plupart s’accordent à dire « pour l’Afghanistan, ça ne change rien ». En effet, ça ne change rien, ou pas grand-chose, sauf peut-être…l’essentiel : la disparition de l’icône jihadiste va contraindre à reformuler l’objectif recherché dans ce pays d’Asie centrale où meurent nos soldats, tandis que nos otages préfèrent quant à eux mourir au Sahel.

La guerre d’Afghanistan, déclenchée après les attentats du 11-Septembre, le fut bien, au départ, sous les auspices de la légitime défense. Il s’agissait, pour les Etats-Unis et leurs alliés de mettre à bas l’émirat taliban qui offrait gîte, couvert et camps d’entraînement aux « Arabes afghans », ces compagnons de longue date, dont certains firent leurs armes en luttant aux côtés des moudjahidines afghans contre l’occupant soviétique.

De ce point de vue, la victoire fut rapide, et c’est en Afghanistan bien plus qu’en Irak que George W. Bush aurait dû s’écrier « mission accomplie » ! Dès la fin de l’hiver 2001, le mollah Omar enfourchait son Piaggio direction le Pakistan, et Ben Laden s’évaporait aux confins des zones tribales.

Dès lors, et puisque nous étions « tous des américains » il fallut bien trouver de bonnes raisons de rester. Tandis que de grands clausewitziens nous invitaient à la patience en répétant doctement qu’il est « plus facile de commencer une guerre que de la finir », on fit pleurnicher un peu dans les chaumières sur le sort des femmes afghanes, claquemurées dans leurs prisons de tissu, sort bien plus atroce, semblait-il, que celui des femmes saoudo-yéménites. On nous expliqua également qu’il fallait démocratiser l’Afghanistan « par le haut »,  ce qui, pour d’obscures raisons, semblait bien plus urgent que de démocratiser la Corée du Nord. A ce jour, la réussite de l’entreprise est à peu près aussi convaincante que celle des impétrants qui voulurent marxiser « par la force » et sans autre forme de transition la Russie des partisans blancs. On n’alla tout de même pas jusqu’à nous faire le coup des intérêt pétroliers : c’eut été un peu gros. Mais celui de la lutte à mort du Bien contre le Mal, oui. Si nous partions, il y aurait une dictature, ce que comme chacun sait, nous n’avons jamais cautionné nulle part.

Et puis, il restait le problème taliban. Mais les plus vindicatifs d’entre eux sont certainement les talibans pakistanais du Tehrik-e-taliban-Pakistan (TTP), et non leurs homologues afghans, plus occupés désormais par des objectifs strictement nationaux que par des affaires de guerre sainte. Comme l’explique Jean-Pierre Filiu[2], « Ben Laden (cultivait) chez les talibans pakistanais la volonté d'exporter le jihad qui a largement disparu chez les talibans afghans, concentrés sur l'impératif de reconquête de leur territoire ». C’est pourquoi un ancien ministre iranien des Affaires étrangères considérait il y a peu que « la solution doit être régionale, non  militaire ». Ainsi, alors que le Pakistan utilise ses propres talibans comme une arme contre son rival indien, sans doute serait-il plus judicieux de soutenir diplomatiquement un règlement politique du différend indo-pakistanais.

Quant aux talibans afghans, il est possible qu’ils réintègrent un jour le jeu politique du pays. La volonté rémanente d’Hamid Karzaï de négocier avec eux en est un signe. Mais rien n’indique qu’ils seront à nouveau menaçants, si ce n’est pour leur propre peuple. Dès lors, comme que le propose le général Lamballe « laissons-les gouverner à leur guise. Les populations qu’ils administreront finiront bien par s’apercevoir qu’ils ne sont pas meilleurs et plus efficaces que les modérés. Ils seront probablement pires et alors, après une prise de conscience populaire, tout peut changer ». De cela, et du fait que la démocratisation arrive toujours « par le bas » nous avons la preuve quotidienne en observant les révoltes populaires qui secouent actuellement le monde arabe.

Ce sont elles, d’ailleurs, qui ont véritablement tué Al-Qaïda, tant il est vrai que face au processus de libération actuellement à l’œuvre au Maghreb comme au Machrek, l’idée de révolution islamique à la sauce Ben Laden paraissait déjà has been.

La nébuleuse à présent privée de son chef, les différentes franchises telles AQMI continueront sans doute à s’agiter ça et là de manière autonome et erratique. Mais dans ce cas là, d’ores et déjà, c’est vers le nord de l’Afrique qu’il faut porter le regard et l’effort.


[1] Que nous décidons de considérer comme vraie, photo insoutenable à l’appui ou pas, mus que nous sommes par cet optimisme quasi juvénile que provoque inexorablement l’éclosion du printemps.
[2] Auteur des Neuf vies d’Al-Qaida, Fayard, 2009.