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vendredi 27 juillet 2012

Ségolène Royal est-elle devenue "diversitaire" ?



« Elle s'appellerait Claudine Dupont, elle ne serait peut-être pas là ». Cette phrase, décochée par Ségolène Royal en direction de Najat Vallaud-Belkacem [NB : un démenti est à signaler], mériterait de figurer au palmarès des meilleures citations d’une éventuelle Claudine Du-con, si elle existait.

En sous-entendant que la ministre du Droit des femmes ne l’est devenue que par la grâce de ses origines et via les lois pernicieuses de la discrimination positive, Royal inflige une gifle à son ancienne protégée, ainsi qu’à tous ceux qui, républicains convaincus, croient encore que le mérite surpasse de très loin « l’appartenance minoritaire » dans la hiérarchie des bonnes raisons d’entrer au gouvernement.

Ségolène Royal devrait le savoir mieux que personne, elle qui fut ministre pour la première fois au début des années 1990. A moins bien sûr qu’elle n’ait été nommée que parce qu’elle était femme, ce qu’on a presque envie d’insinuer perfidement, tant la pasionaria du Poitou est habile à user la bienveillance qu’on aimerait lui accorder, et à réduire en charpie le capital de sympathie dont elle jouit.

Hélas, Ségolène Royal va plus loin encore. Elle ajoute ainsi que Najat Vallaud-Belkacem «  doit assumer son identité et en être fière ». D’abord, on se demande bien ce qu’il y a à « assumer » dans une identité. Y en a-t-il qui soient spécialement honteuses pour qu’on ait à enjoindre autrui « d’assumer » ? Quant à en être fière, admettons. Mais cela s’applique-t-il seulement aux natifs du Maroc, ou les Ardéchois et  les Berrichons ont-il le droit de revendiquer la même « fierté » ?

Finalement, que faut-il comprendre lorsque Royal affirme que « Najat doit être là pour ça » ? Qu’elle est la basanée de service et qu’elle est priée de s’en tenir là quant à ses ambitions ?

Décidément, c’est avec la lourdeur de l’éléphant que « Ségolène » s’effondre dans le piège de la « gauche diversitaire ». Cette gauche qui - tout comme son négatif photographique, la droite identitaire - assigne à résidence communautaire, réduit, écrase alors qu’elle prétend « libérer ». Cette gauche qui conspue Les cabinets blancs de la République cependant que de l’autre côté, on compte les Noirs et les Arabes. Cette gauche qui, avec les meilleures intentions du monde - celles-là mêmes dont l’Enfer est pavé - valide l’utilisation ad nauseam du critère ethnique, se comportant ainsi comme « l'idiote utile » d'une droite différentialiste qu'elle croit combattre.

Surtout, ce que l’ancienne candidate à la présidentielle ne peut ignorer pour l’avoir elle-même « lancée » en 2007, c’est que la porte-parole du gouvernement fait parti de cette poignée d’enfants d’ouvriers passés par Sciences-Po. Ils étaient 4,5% en 2011. C’est peu. Mais alors que Najat Vallaud-Belkacem achevait ses études, ils étaient…trois fois moins. De cela, il est certain qu’elle peut s’enorgueillir, car ça s’appelle le mérite et ça doit bien plus au talent et au travail qu’au hasard des origines.

Voilà qui tend en tout cas à prouver que l’école de la République, quoiqu’elle soit un peu cassée ces dernières années, a pu rendre en son temps de bons et loyaux services. Il ne fait guère de doute que les heureux bénéficiaires de cette Institution parviennent sans peine à « l’assumer » et à « en être fiers ».

Car la pente est plus raide pour les enfants du peuple que pour les héritiers, quelle que soit le pays natal des uns et les origines ethniques des autres.  En général, ceux qui la gravissent en dépit des obstacles sont taillés pour la course. Du coup, ils sont vraiment « là pour ça ».

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mardi 3 juillet 2012

Politique : les "femmes de", alliées objectives du machisme ordinaire ?



Valérie Trierweiller, Cecila Attias et Carla Bruni

Valérie Trierweiler ne twitte plus depuis le 12 juin, ce qui est une excellente nouvelle. Hélas, quoiqu’on ne nous ait jamais consultés quant à son omniprésence dans la vie publique, la girlfriend-in-chief continue à causer, à faire un peu gloser, et pas mal se gausser.

Les dernières effusions médiatiques en date concernent bien sûr l’inénarrable livre de campagne François Hollande président dont elle a légendé les photos, avec des répliques amenées à devenir aussi cultes que celles du film La cité de la peur. Ainsi, par exemple, cette saillie glacée : « oui, l’homme que j’aime a eu une femme avant moi. Il se trouve qu’elle a été candidate à l’élection présidentielle. Je fais avec ».

Du coup, ça discute et ça dégoise dans la presse people. Le magazine Elle se demandait encore récemment : « Valérie Trierweiler pourra-t-elle rebondir ? ». La question mérite peut-être d’être posée. Mais celles-ci le méritent encore davantage: nous, les « non-femmes-de », pourrons nous rebondir ? Nous, les femmes « lambdas », saurons-nous nous défaire de l’image déplorable de la gent féminine donnée par Madame Trierweiler et par toutes ses semblables ?

En effet, laquelle d’entre nous n’a pas d’ores et déjà entendu, autour d’un café au bureau ou à l’occasion d’un dîner de famille que l’affaire du « tweetgate » n’était jamais « qu'une affaire de bonne-femmes » ? Laquelle n’a pas eu à essuyer ce grand classique de la bêtise universelle: « de toutes façon, les femmes, entre vous, c’est le crêpage de chignon assuré ». C’est bien connu : un conflit entre hommes, c’est un débat d’idées. Mais un conflit entre femmes, c’est une crise d’hystérie.

Sauf que là, pour le coup, de l’hystérie, on n’est pas loin. Avec les caprices de Valérie Trierweiler, le cliché de la femelle incontrôlable a encore de beaux jours devant lui. De même, on aura tôt fait de voir ressortir du fond des années 1950 de vieilles répliques bien de chez nous comme celle-ci: « ben alors, le père Hollande, il ne peut pas tenir sa femme ? »

« Tenir sa femme ». Oui, parce que voyez-vous, comme dans le bon vieux temps, il faut à nouveau les « tenir ». D’ailleurs, si Trierweiler a ouvert une brèche, d’autres n’ont pas tardé à s’engouffrer dedans, à l’instar de Cécilia Attias, accordant un long entretien au Monde du week-end dernier sur le thème « Première dame est un rôle ambigu ». C’est sans doute vrai. Il est probable que ce ne soit pas une position [et non un statut] facile. Mais sachez, mesdames qui aimez tant vous gargariser de votre « indépendance », que, pour celles qui trouveraient le métier de « femme de » trop éreintant, il doit rester quelques poste plus préservés à pourvoir dans ce pays : prof dans le secondaire, gendarme, vendeuse de vêtements milieu de gamme, et tout un tas d’autres choses beaucoup moins « ambigües ».

En attendant, « Carla Sarkozy et Cécilia Attias épinglent Valérie Trierweiler ». Ce n’est pas Gala qui nous le dit, c’est Le Figaro du 28 juin. Le « crêpage de chignon » se poursuit. Elles sont de plus en plus nombreuses, celles que leurs hommes devraient « tenir ».

Il n’y a d’ailleurs pas que celles qui se conspuent. Il y a aussi celles qui se comparent. Vendredi dernier, c’était Madame Valls, violoniste de longue date et « femme de » de souche récente qui s’y collait dans Le Parisien. Elle y affirmait notamment, au sujet de l’épouse du premier Ministre : « musicienne, c’est un peu plus glamour que Brigitte Ayrault, prof d’allemand dans la banlieue de Nantes ». C’est sûr : enseignante en Province, c’est vraiment un boulot qui craint. Avec un pareil job, on peut même s’attendre à ce que Brigitte Ayrault ne s’épile même pas sous les bras.

Ainsi donc, après la « plus belle », en la personne de l’ex-mannequin Carla Bruni, nous découvrons la « plus glamour » : la musicienne. Nous attendons avec impatience qu’on nous désigne « le plus beau c** » ou « la plus forte poitrine ». Car ça, c’est vraiment de nature à faire avancer à grands pas la cause des femmes. Pour cette réelle contribution à l’advenue de l’égalité, nous remercions d’ailleurs au premier chef celles d’entre elles qui se disent « de gauche ».

Pour ce qui nous concerne, il va falloir choisir : d’un côté, nous avons les chiennes de garde puritaines et coincives d’Osez le féminisme qui, telles de Caroline de Haas, apportent au cœur des cabinets ministériels leur longue expérience de la détestation des mâles, leur obsession du viol conjugal, et leur vif désir « d’oser le clitoris ». De l’autre, nous avons une poignée de Desperate Housewives snobs, capricieuses et autocentrées.

Autrement dit, il nous reste à opter entre les pestes et le choléra.

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jeudi 28 juin 2012

« Le processus de droitisation ne se résume pas aux twitts de Morano ! »

- Entretien avec Gaël Brustier -

Photo / Margot L'Hermite

Gaël Brustier et chercheur en sciences sociales.
Il est notamment l'auteur - avec JP Huelin - de Voyage au bout de la droite, Mille et une nuits, 2011

Dans votre ouvrage Voyage au bout de la droite, vous pointez du doit un phénomène de « droitisation » générale des sociétés européennes. La récente victoire de la gauche à la présidentielle puis celle, très nette, remportée aux législatives ne contredisent-elle pas en partie votre analyse ?
Pour nous, et nous le disons dans notre livre, le processus de droitisation n’est ni unilinéaire ni uniforme. Il a ses contradictions et ses périodes de reflux. En Italie, Berlusconi a perdu plusieurs fois les élections mais, sur la durée, il a dominé la vie politique italienne depuis 1994.
Personnellement, j’essaye de me déprendre d’une tendance lourde de notre vie médiatique et politique qui consiste à focaliser sur le court terme. Nous n'avons jamais jugé, au contraire d’autres, que la droitisation se résumait à Nicolas Sarkozy, aux élucubrations de Claude Guéant, aux incongruités de Frédéric Lefebvre et aux twitts de Nadine Morano. Pour tout dire, ils sont absents de Voyage au bout de la droite. Le nom de Nicolas Sarkozy n’est même pas cité. Pas par mépris mais parce que nous avons voulu ainsi signifier que le processus de droitisation dépassait largement l’actualité et la tyrannie de l’instantané.
Les évolutions de l’imaginaire collectif, des «blocs historiques», de l'idéologie dominante me semblent personnellement plus déterminants pour l’avenir de notre pays que la drague grossière de l’électorat FN par Brigitte Barège (Droite populaire) ou que d'autres phénomènes du même type. S’ils ont leur importance, ils n'expliquent pas, puisqu'ils en sont la conséquence, l'évolution de fond des mouvements culturels de nos sociétés.
En ce sens, les élections de 2012 ne me surprennent pas. Leur résultat est davantage la conséquence du grave problème d’incarnation de Nicolas Sarkozy, que d’une inversion d’une tendance qui touche tout l’Occident... Il faut s'attacher à penser les évolutions économiques à venir consubstantiellement aux évolutions idéologiques et politiques : cela permettra de pouvoir anticiper la prochaine phase de la droitisation.
Si ces personnages ne vous semblent pas suffisant à illustrer un processus de fond de droitisation, l’échec aux législatives  d’un Claude Guéant ou de nombreux membres de la Droite populaire ne marquent-il pas, au moins, un échec de la fameuse « stratégie Buisson »?
Pour les législatives, il s’agit d’élections avec 45% d’abstention. La «stratégie Buisson», elle, ne concerne pas les législatives. Elle concerne une élection bien particulière: la présidentielle.
D’une certaine manière, en France, aujourd’hui, deux élections sont déterminantes: l’élection présidentielle et les élections municipales. Ce sont les deux élections qui permettent de comprendre comment l’imaginaire du pays évolue et ce sont d’ailleurs les élections qui attirent le plus. Les autres élections ont évidemment de l’importance mais les taux d’abstention élevés révèlent aussi que les Français sont davantage attachés à la figure du Maire et du Président de la République qu’à celle – aussi respectable soit-elle - d’un Président de Conseil Général.
Claude Guéant est battu dans un contexte très particulier, par un élu sarkozyste très implanté. La Droite populaire, collectif baroque d’élus en proie à la montée du FN, n’a jamais été un "intellectuel collectif" mais un canot de sauvetage de députés confrontés à des électorats droitisés dans des circonscriptions difficiles. Ses élus ont couru après le FN et légitimé le discours de celui-ci sans stratégie ni travail politique véritable, en demeurant fixés sur le court terme et le sauvetage de leur mandat. Les déclarations, plus extravagantes les unes que les autres, de ces députés (sur la double nationalité, les homosexuels, les immigrés à remettre dans des bateaux etc.) s’apparentaient plus à une drague lourde de l’électorat FN qu'à une stratégie politique véritable.
Justement, la porosité constatée entre la droite et le FN durant cette longue séquence électorale a fait couler beaucoup d’encre. Est-elle vraiment un phénomène si nouveau ? On se souvient des municipales de Dreux en 1983, ou d’alliances aux régionales de 1998….
La droite a profondément évolué. Le RPR et l’UDF ont fusionné au sein de l’UMP. Le Front National était, en 1983, le parti d’une droite radicalisée, de petits commerçants, d’une petite bourgeoisie et de quelques ouvriers de droite. Son émergence correspond à l'usage de l'immigration et de thématiques propres aux segments les plus droitiers de la droite traditionnelle. D'ailleurs, en 1986; la moitié des députés FN sont des transfuges du RPR ou de l'UDF.
En 1998, la droite a tenu bon au niveau national. Philippe Séguin avait en horreur le Front national et Charles Pasqua estimait, me semble-t-il, que la droite était trop faible pour négocier quoi que ce soit avec le FN qui, à l'époque, était davantage structuré et organisé qu'aujourd’hui. Il avait le sens du rapport de forces. Quant à Bruno Mégret ou Jean-Yves Le Gallou, ils avaient en tête, depuis les années 1980, d'inoculer à la droite parlementaire les germes de leur idéologie. La "préférence nationale" était la grande innovation conceptuelle censée droitiser la droite.
Finalement, jusqu'aux années 2000, entre FN et RPR (surtout), il y avait le souvenir de l'Occupation et de la Guerre d'Algérie : les possibles excès de langage étaient contrebalancés, dans la droite républicaine, par quelques solides repères historiques. Cela créait un blocage majeur dans les relations des néo-gaullistes avec les frontistes. Cette frontière là a disparu.
L’entrée de deux députés du Front national à l’Assemblée marque-t-il vraiment un tournant pour ce parti ? Ses succès très localisés au législatives (Gard, Vaucluse), et l’échec de Marine Le Pen dans le Pas-de-Calais ne témoignent-t-il pas au contraire d’une « droitisation » très circonscrite au Sud de la France ?
Il est vrai que le Sud de la France est en pointe du phénomène de droitisation. C’est là que les électorats ont fusionné. C’est là que, demain, la fusion peut se concrétiser dans des alliances locales. Un nombre important de triangulaires ont eu lieu dans le Sud.
Dans les Bouches-du-Rhône, Olivier Ferrand a par exemple été élu à la faveur d’une triangulaire avec l’UMP et le FN, où il a du affronter le majordome de Jean-Marie Le Pen... Mais c’est vrai pour d’autres circonscriptions dans le Vaucluse ou dans l’Hérault. Il faut aussi regarder le score impressionnant du FN (48,8%) face à Michel Vauzelle (51,2%). Il faut enfin constater les scores importants du FN dans le Var ou les Alpes Maritimes, qui ne permettent pas de mettre en difficulté électorale l'UMP. Je renvoie aux excellents travaux de Joël Gombin et Pierre Mayance sur la situation en Provence-Alpes-Côte-d’Azur...
Défaite à Hénin-Beaumont, Marine Le Pen peut-elle encore espérer faire « exploser la droite » au profit du FN ainsi qu’elle le prévoyait ?
Faire exploser l’UMP est très difficile. Nous avons pointé l’hypothèse d’une fusion culturelle, et d’une interpénétration des bases militantes. Cette hypothèse se précise.
La prochaine étape déterminante sera celle des élections régionales et des élections municipales. Dans ce deuxième cas, il sera intéressant d’observer les campagnes des candidats de droite. Prendront-ils sur leurs listes des militants FN ou même Identitaires dans le Sud de la France ? Adopteront-ils la "priorité nationale" (et européenne) comme Mégret le fit en son temps à Vitrolles.
Le FN est privé de cadres dans un grand nombre de régions. Jean-Marie Le Pen a successivement liquidé les amis de Bruno Mégret, puis ceux de Carl Lang. Tous étaient des cadres plutôt implantés qui ont fini par payer leur autonomie par rapport au Président du FN. Cette faiblesse de l'encadrement est un incontestable élément retardateur sur la fusion des appareils mais par de la base culturelle.
Ce sur quoi il faut travailler c’est sur l’imaginaire, sur la domination culturelle des droites. Cela suppose de prendre un peu de recul par rapport à la politique électorale et d'être en mesure de décoder la domination culturelle dextriste. Gardons en ligne de mire les futures municipales et la prochaine présidentielle. C'est là que se jouent les prochaines étapes.
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Entretien avec Catherine Kintzler sur la laïcité   CLACK
Entretien avec Jean-Paul Brighelli sur l'école, l'éduction   CLOCK
Entretien avec Hervé Juvin sur l'économie, l'Europe   CLOUCK
Entretien avec Laurent Bouvet sur "la gauche et le peuple" 1/2 puis 2/2
Entretien avec Sylvain Crépon sur le Front national   CLYCK
Entretien avec Eric Dupin sur les législatives 2012  CLICK
Entretien avec Jean-Loup Amselle sur les "identités"  CLAICK

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mercredi 27 juin 2012

Rigueur de gauche ou austérité de droite : choisis ton camp, camarade !


« Les dépenses de l’Etat seront gelées pendant trois ans ». Telle était l’annonce triomphale qu’on lisait hier dans nombre de journaux, souvent assortie de clichés de ministres souriants. En effet, quand on démontre que, bien qu’étant socialistes, on est avant tout « des gens sérieux », on ne peut qu’arborer une mine réjouie.

Et quand on dit « sérieux », c’est presque un euphémisme. Jugez plutôt : avec des dépenses gelées et un taux d’inflation aux alentour de 2%, les dépenses de l’Etat vont donc baisser chaque année pendant 3 ans. C’est Angela Merkel, qui va être contente !

Heureusement - ouf, sauvés ! - on nous annonce un « effort juste, équilibré, partagé ». Après « l’ordre juste » de Ségolène Royal, voici venir « l’austérité juste » du couple Hollande/Ayrault. Etre juste, répartir équitablement la pauvreté : c’est aussi cela, être de gauche.

D’ailleurs, le journal Libération - qui s’y connaît en matière de gauche - expliquait cela très clairement dans un édito daté du vendredi 21 juin : « une rigueur de gauche est-elle une rigueur de droite qui ne dit pas son nom ? Il faut le dire sans relâche, il n’y a aucune fatalité à ce que ces deux-là se ressemblent ».

C’est vrai, quoi ! Assénons-le, martelons-le, tonitruons-le « sans relâche » : l’austérité de droite et l’austérité de gauche, c’est différent. La preuve : l’une est de droite, ce qui est mal. L’autre est de gauche, ce qui est bien. Et Libé de préciser le fond de sa « pensée » : pour que la rigueur de gauche diffère de celle de droite, il faut qu’un certains nombre de conditions soient réunies. Il convient notamment que « cette rigueur soit assumée, discutée, explicitée et arbitrée à chaque instant dans un esprit de justice et d’effort partagé ».

Une rigueur bien « assumée » : voilà qui est de gauche ! Et « explicitée » aussi. La rigueur, finalement, c’est un peu comme la peste, le choléra, le vol à l’étalage et les coups de fouet. Au départ, on est plutôt tenté d’être contre, mais dès lors que c’est bien « discuté, explicité », on comprend immédiatement tout le bénéfice qu’il y a à en tirer.

En tout cas, quant à l’austérité de gauche et à celle de droite, il est un point sur lequel chacun des deux camps s’accorde volontiers : « il n’y a aucune fatalité à ce que ces deux-là se ressemblent ». D’ailleurs, la toute nouvelle opposition défend « sa » rigueur avec la dernière énergie. Récemment invitée de l’émission Mots croisés, Valérie Pécresse l’a martelé : « la rigueur de gauche sera beaucoup plus brutale que la rigueur de droite ».

En effet, selon l’ancienne ministre, la rigueur de droite, si elle était  moins « explicité » avait au moins un avantage : elle était « tout entière tournée vers la compétitivité, le pouvoir d’achat et l’emploi », quand sa cousine de gauche « se caractérise par des mesures anticoissance et anti-emploi ». Là, on brûle de découvrir dans quels secteurs précis l’austérité de droite a généré de l’emploi, quel type d’emplois, et dans quelles proportions. Las, l’histoire ne le dit pas.

Résumons nous : pour la gauche, la rigueur de droite n’était pas suffisamment « assumée, discutée, explicitée ». A l’inverse, pour la droite, la rigueur de gauche sera « brutale » et « anticroissance ». On voit bien là toute la nuance qu’il y a entre les deux types d’austérité. Chacune est portée par des « gens sérieux », mais leur « nature profonde » diffère dans les grandes largeurs….

René Rémond, dans un ouvrage visant à actualiser ses analyses historiques et intitulée « Les droites aujourd’hui », s’interrogeait sur la pertinence, à l’aube des années 2000, de continuer  distinguer la droite et la gauche. Il admettait que les anciennes lignes de fractures telles l’acceptation de la République, ou la question religieuse, étaient caduques pour départager les deux camps.

Il essayait donc de dégager de nouveaux sujets d’affrontement tels que la décentralisation, l’Union européenne, ou encore la laïcité, mais constatait avec regret que sur ces questions, les positionnements étaient largement trans-clivage : « sur trois des débats de l’heure portant sur des questions de fond et dont la solution façonnera l’avenir, la distinction droite-gauche n’est pas ou n’est plus pertinente ».

C’est vraiment bête que Rémond n’ait pas tenté d’appliquer sa grille d’analyse à « la rigueur ». Sur ce point, aurait été immédiatement convaincu du caractère irréfragable de la partition gauche/droite. Et il aurait pu s’écrier comme nous le fîmes de bonne foi au soir du 6 mai : « le changement, c’est maintenant ! »

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lundi 25 juin 2012

Revendications identitaires : « la discrimination positive est une escroquerie »

- Entretien avec Jean-Loup Amselle -



Jean-Loup Amselle est anthropologue.
Il est Directeur d’études à l’école des hautes études en sciences sociales (EHESS).
Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont l’Ethnicisation de la France, lignes, 2011.


Votre dernier livre s’intitule l’Ethnicisation de la France. Pensez vous qu’il existe, en France, un accroissement des revendications identitaires ?

Je crois qu’il se produit un phénomène double de revendication identitaire. Comme je le montre dans mon livre, des revendications symétriques se font jour.

D’une part, montent des revendications minoritaires, de la part de groupes qui s’estiment discriminés, opprimé, marginalisés : les « blacks », les « beurs », mais également toute la mouvance LGBT, et même, aujourd’hui, les handicapés.

Conjointement, nous assistons à un phénomène de captation de ces revendications par ce que j’appelle des « entrepreneurs d’ethnicité et de mémoire ». Ils parlent au nom de ces groupes qu’ils constituent eux-mêmes, et dont ils s’instituent en porte-parole, de façon à monopoliser à leur profit des revendications au départ peu formalisées et disséminées. En effet, qu’il s’agisse de catégories ethniques ou de phénomènes de « genre » les « membres » de ces groupes supposés ne se revendiquent pas en permanence comme leur appartenant. Un « black » ou un « beur » ne se définit pas constamment comme tel. L’identité est multiple, elle est fonction du contexte d’interlocution, de celui ou celle avec lequel vous dialoguez. A l’inverse, les revendications monopolisées par ces entrepreneurs d’ethnicité et de mémoire enferment les acteurs sociaux dans des mono-identités.

De l’autre côté du spectre, existe la revendication de ce qu’on appelle les « Français de souche », revendication formatée par le Front national et/ou la Droite populaire – voire de l’UMP dans son ensemble, étant donné l’actuel phénomène de radicalisation de la droite.

Là aussi on tâche d’enfermer les individus dans une mono-identité « de souche », mais qui est reprise en symétrique par la gauche multiculturelle et post-coloniale. Il n’est qu’à voir l’exemple paradigmatique des Indigènes de la République, qui utilisent de manière frappante le terme « souchien », soit l’exact pendant de « Français de souche ».

Finalement, entre ces deux tendances, on assiste à une sorte de backlash, d’effet en retour : à mesure que ces identités minoritaires se durcissent, de l’autre côté s’établit aussi un durcissement de l’identité blanche et catholique.

Un peu comme si les crispations identitaires de droite étaient nourries par une sorte de « racisme de gauche » ?

Non, je n’appellerais pas cela un racisme. C’est plutôt un différentialisme, un singularisme, une attitude anti-universaliste. Je ne crois pas, pour ma part, à l’existence du « racisme anti-blancs » que certains dénoncent. En revanche, le discours public est littéralement infesté par le culturalisme, avec une tendance à l’assignation identitaire qui me semble très dommageable.

Pourquoi ces revendications minoritaires se sont-elles multipliées ces derniers temps ?

C’est lié au déclin du social. Ce déclin – avec celui de l’universalisme – est continu depuis mai 1968. C’est un phénomène lent, qui procède également de la disqualification de la  grille d’analyse marxiste, le marxisme étant considéré comme lié au totalitarisme.

Ce discrédit du marxisme a permis, dans la conjoncture post-soixante-huitarde, post-moderne, post-coloniale, de substituer, à une analyse en termes horizontaux et de classes, une façon de découper la société en tranches fragmentaires, ce que j’appelle les « entailles verticales ». Cette thématique des « fragments », de la multitude, a été notamment formalisée par Toni Negri, mais aussi par tout le courant appelé « French Theory ».

Ces identités verticales (black, beur, LGBT) sont vécues comme plus « glamour » que les identités horizontales de classe. Il suffit de lire un journal comme Libération, qui est tout à fait emblématique. Ce quotidien a complètement déserté le social, pour se consacrer au sociétal. Il ne se passe pas un jour sans qu’il promeuve quelque « minorité ».

Au plan politique, ces thématiques sont essentiellement reprises par Terra Nova, qui prône un abandon des classes ouvrières, lesquelles auraient disparu ou seraient définitivement passées au FN. Cette gauche « ethno-éco-bobo » leur préfèrera donc les couche urbaines, les jeunes, les minorités, etc.

Malgré tout, ces « entrepreneurs d’ethnicité et de mémoire » que vous décrivez, n’ont-ils pas une utilité ? Les discriminations existent bel et bien…

Oui, c’est l’argument qu’on m’oppose généralement. Je ne le nie absolument pas. Evidemment que les discriminations existent ! Mais que doit-on mettre au premier plan ? Ces discriminations ou la question sociale ?

Pour ma part, je pense que la « discrimination positive », cette transcription française et incertaine de « l’affirmative action » américaine, est une escroquerie. Ce qui est fondamental à l’échelle mondiale et spécialement dans les pays développés, c’est l’accroissement des inégalités. Les riches sont de plus en plus riches, les pauvres de plus en plus pauvres, et la « classe moyenne » se rétrécit comme une peau de chagrin. C’est ce qu’Alain Lipietz appelait autrefois la « société en sablier », avec un phénomène de déclassement de la classe moyenne inférieure, notamment dans la France périurbaine.

Les discriminations sont loin d’être un phénomène négligeable, mais j’y vois pour ma part un phénomène second, que l’on se plait à mettre en avant pour masquer les inégalités de revenus croissantes au sein des pays développés. La discrimination positive, qui vise à contrebalancer les discriminations, est d’ailleurs parfaitement compatible avec l’économie libérale.

D’ailleurs, cela va de pair avec la montée des phénomènes de marketing ethnique. On le sait, le marché ne s’adresse pas à des individus atomisés mais à des catégories de clientèles. Les entreprises savent très bien qu’il faut segmenter le marché. Ainsi ont-elles créé un marché de cosmétiques en directions des blacks, un marché du hallal en direction des musulmans, un marché en direction des gays, etc.

Vous pensez vraiment qu’en lissant les inégalités économiques, on ferait disparaître les discriminations ?

Non, je ne dis pas cela. Encore une fois, le racisme et les discriminations existent. Le fait que des blacks ou des beurs se voient interdire l’entrée dans certaines boites de nuit, personne ne le nie…Simplement, c’est bien contre le racisme qu’il faut lutter, contre ceux qui discriminent. Et cela ne se fera pas en essayant de promouvoir l’identité supposée de « groupes » constitués.

Cette gauche que vous appelez « multiculturaliste et post-coloniale » n’est-elle pas en train de revenir, peu à peu, de ses errements sociétalistes ?

Ils finiront par y être obligés ! Le Front national, même s’il n’a que deux députés, a obtenu des scores significatifs aux législatives partout où il y a eu affrontement entre un candidat PS et un candidat FN. Pour lui faire barrage, il faudra bien que la gauche se mette à nouveau à s’occuper des « petits blancs », comme on dit.

La montée du FN exprime-t-elle, pour vous, une montée du racisme, ou peut-on y voir d’autres causes ?

Je pense qu’il faut réfléchir à l’échelle européenne. Il y une montée généralisée du populisme. Ce phénomène est lié au fait que l’Europe se ferme, notamment face aux migrations. Elle devient une forteresse, et se dote d’une identité que j’appellerais « civilisationnelle » : l’identité blanche et chrétienne. La peur face à la mondialisation fait que l’on se raccroche à ces racines supposées. Et cette Europe sécrète un rejet de tout ce qui n’est pas elle, en particulier de l’Islam. L’identité de l’Europe aujourd’hui est presque une identité négative, de rejet du monde musulman. On a beaucoup critiqué Huntington, mais il a largement anticipé le « choc des civilisations » qui se produit réellement.

Que répondez-vous à ceux qui considèrent que le racisme viendrait du haut, qu’il serait insufflé au peuple par les « élites » ?

Je ne suis pas du tout d’accord avec ça. De quelles élites parle-t-on ? Si on parle de l’élite politique, on peut en effet constater une radicalisation de la droite, notamment avec Nicolas Sarkozy. Mais cette droitisation a été rendue possible par plusieurs facteurs. D’abord par l’éloignement du souvenir de la Seconde guerre mondiale et le fait que le gaullisme n’existe plus. Ensuite parce que le discrédit jeté sur le communisme et le marxisme a privé la gauche de son rôle de véritable contre-modèle. Quant à la gauche multiculturelle et postcoloniale il faut bien dire qu’elle nourrit le phénomène.

Existe-t-il en France un authentique risque communautariste. En somme, le modèle américain est-il transposable ?

Je ne le pense pas. Il y a une grande différence entre la France et les Etats-Unis. Il existe en France une domination de la religion catholique, au contraire des Etats-Unis où c’est l’émiettement qui prévaut, y compris chez les protestants. La société américaine, composée de couches de migrants successives, est par essence communautariste. Surtout, aux Etats-Unis, le social a été éliminé depuis les années 1950, soit depuis beaucoup plus longtemps qu’en France.

Ce qui prouve bien, une fois de plus, l’urgence de se départir des pansements sociétaux et de revenir au social. Il convient d’adapter mais néanmoins de réhabiliter le marxisme d’une part, et de renouer d’autre part avec l’universalisme.

Lire et relire :
Droite identitaire et gauche "diversitaire" : même combat ?  CLICK

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jeudi 21 juin 2012

Valérie Trierweiler : prenons garde à ne pas trop aimer la détester.




Valérie Trierweiler a fait bien des sottises depuis qu’elle a entrepris de « réformer » la fonction de « première dame ». En fait de réforme, c’est plutôt à un ouragan de maladresses que l’on assiste. De fait, cette fan d’Eleanor Roosevelt semble avoir autant à voir avec le Bigdil que feue son idole avec le New Deal.

Est-ce une raison, cependant, pour affubler la « First Lady» de toutes les tares ?

Sur la Toile, nombreux sont ceux qui, à droite, sont heureux d’avoir enfin conquis le statut de « geeks d’opposition », cent fois plus confortable que celui de « blogueur d’appareil » ou de « twitto d’accompagnement ». Leur tour est venu de s’autopromouvoir sans effort en tapant comme des sourds sur quelques proies faciles, ainsi que nous le fîmes nous-mêmes sans vergogne lorsqu’il s’agissait de dégommer Sarkozy, de pourfendre Guéant ou de dézinguer Morano.

Chose plus étonnante, Valérie Trierweiler semble également susciter l’ire de nombre de partisans de celui dont elle a choisi de compliquer l’existence. Pour les « degauche », en effet,  critiquer la compagne présente un avantage : ça dispense de critiquer le Président. Le moment venu, « l’argument Trierweiler », qui épargne tout à la fois le chef de l’Etat et son gouvernement, pourrait s’avérer une excellente excuse en cas d’échec de la politique de François Hollande. La France se désindustrialise et le « redressement productif » tend à se faire attendre ? C’est de la faute de Trierweiler. Le chômage explose ? C’est de la faute de Trierweiler. Hollande plie face à Merkel ? Encore un coup de Trierweiler….

Dès lors, parce qu’elle a pas mal œuvré pour le mériter et parce que c’est à la fois facile et amusant, celle dont la France entière a découvert l’inélégance jalouse sous le pseudo de @valtrier, en prend parfois pour son grade plus qu’il ne serait souhaitable.

Dernier ragot en date : la « première matrone » aurait fait virer une commandante de police chargée de sa protection. C’est le site du journal l’Express qui le dit, relayé ad nauseam par nombre d’autres journaux en ligne, et propagé ubi et orbi par des grappes d’internautes furieux. Avec, bien sûr, des commentaires aussi gracieux que : « bon alors, il la plaque quand, Hollande ? ». Comme si nous avions à opter pour le maintien (tapez 1) ou la répudiation (tapez 2) de l’amoureuse présidentielle !

En tout cas, « l’info » circule. Peu importe  qu’elle n’ait aucune espèce d’intérêt d’une part, et que le média qui la relaie soit approximatif d’autre part. Ce qui compte, c’est que ça buzz. Pourtant, si l’on se penche avec attention sur le texte de l’Express, on est perplexe.

Le site de l’hebdo nous indique: « le 1er avril, lors de son déplacement à La Réunion, François Hollande fait une halte dans le cimetière des esclaves, à Saint-Louis. Le candidat à l'Elysée dit quelques mots. Sa compagne l'écoute (…) une commissaire de police du SPHP[1] (Service de protection des hautes personnalités) se tient à son côté. Elle est chargée d'assurer sa protection, le temps de la campagne. Un brin zélée, la fonctionnaire a sorti une ombrelle et la tient au-dessus de Valérie Trierweiler pour la protéger du soleil ».

Pour être zélée, elle est zélée, la commissaire ! Les commissaires de police appartiennent au corps de conception de la Police nationale, dont ils sont des administrateurs de haut niveau.  En général, on les trouve surtout dans des bureaux, où ils croulent sous une demi-tonne de paperasserie au contenu abscons. Il est plus inhabituel qu’ils jouent les dames de compagnies déployant ombrelles et parasols au dessus de la tête de quiconque. Si la commissaire dont on parle ici a vraiment fait cela, il n’était que temps qu’elle soit mutée. Puisse-t-elle trouver dans son nouveau poste matière à exploiter plus utilement ses véritables compétences.

Plus loin, l’Express poursuit : «  la commandante n'arrivera pourtant pas à nouer un lien de confiance avec la future première dame. Le 29 avril, elle se fait sévèrement réprimander par la compagne de François Hollande ». Là, on comprend de moins en moins. Elle est ubiquiste, la commandante ? Comment peut-on être à la fois « commissaire » et « commandante » ? Un commandant, dans la Police, c’est un officier ayant atteint le grade terminal de ce qu’on appelait autrefois les « inspecteurs », corps différent de celui… des commissaires.

« Hasard ou coïncidence », termine l’hebdo, « cette policière ne fait plus partie des effectifs chargés de la sécurité du couple présidentiel. Elle est la seule de tous les gardes du corps ayant officié pendant la campagne autour du socialiste à n'avoir pas été intégrée au Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR) ».

C’est vrai ça ! Hasard ou coïncidence ? Sur des sujets majeurs comme celui-ci, il faut tout de même savoir poser les vraies questions ! Qu’est-ce qui nous dit, par exemple, que ce n’est pas encore un complot de la CIA ? Quid des Illuminés de Bavière ? Est-on sûr qu’ils ne sont pas derrière tout ça ?

Plus sérieusement, n’avons-nous pas eu notre dose de Valérie Trierweiler après la fameuse « affaire » du tweet de soutien à Olivier Falorni ? N’avons-nous pas clamé que, n’étant élue ni d’Eve ni d’Adam elle n’avait pas à se mêler de politique ? Que nous n’avions pas voté pour un couple mais pour un homme, et que souhaitions que sa vie privée demeure…privée ?

Et si on envisageait - chiche - la ligne de conduite suivante : on fiche la paix à la girlfriend-in-chief, et on exige en échange qu’elle nous la fiche aussi, à partir de ce jour, et pour l’intégralité des cinq années à venir ?



[1] Et non du SHPH, n’en déplaise à l’Express et à tous ceux qui l’on recopié.

Lire et relire : 
Carla Bruni deux-en-une : belle et bête à la fois   CLICK

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samedi 16 juin 2012

Législatives : NKM et "les voix de l'extrême-droite".



Plus que quelques heures maintenant avant de connaître le dénouement des feuilletons qui se jouent dans un certaines circonscriptions.

Parmi ces « circos de tous les dangers » figure la quatrième de l’Essonne, où l’ancienne ministre Nathalie Kosciusko-Morizet se livre à danse du ventre endiablée pour échapper à une élimination qui lui vaudrait quelques années de « traversée du désert ». Pour l’emporter, la maire de Longjumeau ne recule devant aucun argument fallacieux. Elle confirme ainsi cette capacité, qu’on lui avait découvert pendant la campagne présidentielle, à enfiler les contradictions comme d’autres se plaisent à enfiler les perles.

Il faut dire qu’à force de souffler tantôt le chaud, tantôt le froid, « NKM » s’est auto-installée dans une vaste étang d’eau tiède dans lequel elle patauge désormais tout en essayant de ne s’y point se noyer…

L’écart n’est pas si grand entre la sylphide rousse et son rival socialiste. La première a obtenu 39,46% des voix dimanche dernier, cependant qu’Olivier Thomas en a recueilli 36,29%.

Seulement voilà : celle qui signa, en 2009, un brûlot anti-FN intitulé Le front antinational, celle qui porta le fer contre Marine Le Pen, en septembre 2011 à l’occasion d’un débat radiotélévisé fort commenté, est désormais l’une des cibles privilégiées du Front national. Elle figure en effet, aux côtés de Georges Tron, de Xavier Bertrand ou de Jack Lang, sur la short-list des candidats que Marine Le Pen souhaite faire battre. Dans son entreprise de règlement de comptes, la leader frontiste a même été un temps dépassée par l’action de ses troupes sur le terrain. Au cours de la semaine qui s’achève, Brigitte Dupin, la candidate FN éliminée, a fait imprimer un millier de tracts, rapidement retirés de la circulation, mais néanmoins frappés de ce slogan inattendu: « faites barrage à NKM, votez PS avec le Front national ».

Las, les évènements sont bien injustes avec une Nathalie Kosciusko-Morizet qui se sera donné bien du mal pour piétiner ses propres convictions. Certes celle-ci ne mégotait pas, jadis, ses positions tranchées. Quitte à prendre parfois au dépourvu la direction de l’UMP. Lors des élections cantonales de mars 2011, elle avait pris de vitesse son parti en envisageant en ces termes d’éventuels duels FN/PS : « dans ce cas-là je dis clairement: on vote PS ».

Toutefois, depuis quelques semaines, la candidate de l’Essonne, n’a pas hésité à mettre quelques hectolitres d’eau dans son vin. D’abord pendant la présidentielle, en demeurant la porte-parole d’un Nicolas Sarkozy complètement « buissonisé », notamment dans l’entre deux tours. Désormais, en validant sans broncher la consigne du « ni-ni » (ni Front national, ni PS) donnée par Jean-François Copé pour le second tour des législatives. Au point même d’avaliser l’argument imbécile d’un Mélenchon antisémite, qui justifierait, selon elle, de renvoyer dos à dos la gauche et le Front national. Ainsi NKM accepte-t-elle de se renier avec un tel entrain, une telle énergie et une telle absence de vergogne qu’on en est presque attristé, après avoir d’abord été gêné.

Voilà donc notre girouette prise entre le marteau et l’enclume. D’un côté, l’ex-promotrice d’un « front républicain » anti-FN se trouve marquée à la culotte par un Front national qui a juré sa perte. De l’autre, la désormais candidate du « ni-ni » voit la candidate locale du Modem, Gabrielle Nguyen, lui tourner le dos pour soutenir son rival socialiste. Qui croyait aux vertus du grand écart découvre désormais les turpitudes de l’étau…

Dès lors, c’est un bien triste « sauve qui peut » que nous donne à contempler NKM lorsqu’elle affirme sans rougir : « le candidat socialiste chez moi est soutenu par la présidente du Front national de manière publique ». Comme si Olivier Thomas était comptable de ce soutien. Comme s’il l’avait sollicité. Comme s’il avait tenu meeting commun avec Marine Le Pen…

D’ailleurs, à la député sortante clamant partout que son rival « accepte les voix de l’extrême droite », on a envie de poser ces questions : les refuserait-elle, ces mêmes voix, si elles lui étaient acquises ? Très logiquement, à la veille du 6 mai dernier, la porte-parole NKM appelait « les électeurs qui ont voté Marine le Pen » à se reporter sur Sarkozy. Ces mêmes électeurs auraient-ils attrapé la peste entre la présidentielle et les législatives ? Quand bien même, comment fait-on, concrètement, pour refuser des voix ? Monsieur Thomas doit-il boucher les urnes avec de la glue ? Faire le tour des bureaux de vote de sa circonscription pour escamoter les bulletins à son nom ? Se retirer pour éviter qu’une main « d’extrême droite » ne vienne à glisser son bulletin dans une enveloppe ?

On atteint là, manifestement, les limites de la rhétorique électoraliste. Et de la sympathie que l’on put éprouver un temps pour une femme politique qui semblait avoir quelques solides convictions. Il ne nous reste donc qu’à souhaiter à Nathalie Kosciuscko-Morizet, si elle venait à être élue, de parvenir à l’être sans aucune « voix de l’extrême-droite ». Puisse-t-elle nous fournir rapidement un certificat en attestant.

Si jamais elle était battue, elle aurait doublement perdu. Car perdre en ayant défendu ses idées est probablement très frustrant. Mais que dire de celui ou celle qui perd en les ayant bradées ? Il ne restera alors pour NKM - à charge pour elle de s’en auto-persuader puis de s’en satisfaire - qu’un seul motif de contentement : n’avoir pas même été effleurée par les « voix de l’extrême-droite ».

Lire et relire :
Quelles conclusions tirer de la défaite de Mélenchon ?   CLICK
Coup de bambou sur la campagne de Bayrou ?   CLACK
Captain American, candidat du Front national aux législatives  CLOCK
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