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lundi 10 septembre 2012

Jacques Sapir : "dévaluer permettrait de redistribuer la richesse"



Jacques Sapir est économiste, et directeur d'études à l'EHESS
Il est notamment l'auteur de
- La démondialisation, Seuil, avril 2011 (click)
- Faut-il sortir de l'euro ? Seuil, janvier 2012

 
Dans la première partie de cet entretien, à lire ICI, Jacques Sapir exprimait ses doutes quant aux chances de réussite du "plan Draghi" annoncé jeudi. La suite ci-dessous :
 
Comme vous l'êtes de longue date, vous demeurez donc très pessimiste quand à la pérennité même de l'euro ?
 
Tout à fait. Mais il faut bien savoir qu'aujourd'hui, il n'y a plus que les politiques et les journalistes pour penser que la monnaie unique ait un avenir. Pas un banquier français, anglais, allemand ou suisse ne croit encore à sa survie ! Cette conversion des banquiers s'est pour ainsi dire jouée entre décembre 2011 et mai 2012. Auparavant, les banques mettaient pas mal d'espoirdans les LTRO (long term refinancing operations), qui ont consisté, pour la BCE, à refinancer les banques privées au taux de 1 %. Mais ce plan a échoué.
 
Comment pourrait se passer fin de l'euro ?
 
J'envisage deux scénarios possibles. Première hypothèse : la Grèce sort, suivie dans un délai de un à deux ans par un, deux ou trois autres pays, et la zone euro se délite. Seconde hypothèse : nous prenons la décision commune de dissoudre la zone. Cette dernière solution aurait de nombreux avantages. Elle permettrait de maintenir un système de coordination entre les monnaies, rendu impossible en cas de sorties au compte-goutte.
 
En revanche, je ne vois pas de troisième solution. Certes, on parle beaucoup de faire un « saut fédéral ». Mais il faut se rendre compte de ce que cela implique. Ça contraindrait les régions riches à payer pour les régions pauvres. Autrement dit, il faudrait que l'Allemagne paye pour la Grèce, pour l'Espagne, pour le Portugal, puis pour l'Italie et pour la France. Une telle option nécessiterait que l'Allemagne y consacre chaque année entre 8 et 12 % de son PIB ! Je n'imagine pas une minute que cela soit crédible !
 
Payer pour la France...pour l'heure, il nous arrive d'emprunter à des taux négatifs. Il semble que la France soit encore en partie préservée.
 
Pas du tout. D'une part, il ne s'agit là que des taux à très courts termes (trois mois). Ensuite, il s'agit de liquidités que des entreprises, qui font du commerce avec la zone euro, sont obligées de placer en euros. Pour autant, il n'est plus question pour elles d'acquérir des bons du Trésor espagnol ou italiens, qui ne sont plus sûrs. Ces entreprises se rabattent donc sur des bons allemands et français. Cela témoigne bien plus d'un dysfonctionnement global de l'eurozone que de d'une bonne santé de l'économie française.
 
Finalement, que peut encore faire le gouvernement français ?
 
Le problème du gouvernement, c'est qu'il va être confronté à une monté explosive du chômage. Ce printemps, nous étions sur un rythme moyen de 20 000 chômeurs de plus par mois. A partir de cet été, nous sommes passés à un rythme de 40 000 chômeurs par mois. D'ici juin prochain, nous devrions donc avoir 500 000 chômeurs supplémentaires si le rythme se maintient.
 
En réalité, le chômage va augmenter beaucoup plus vite que cela. En effet, l'économie française va se trouver en récession à partir de la fin de cette année, de même que l'an prochain. Aujourd'hui, le consensus des économistes situe le repli du PIB entre – 0,2 et – 0,3 % pour 2013. Je considère quant à moi qu'on descendra jusqu'à – 0,5 %. Ce qui devrait nous amener à 700 000 chômeurs supplémentaires d'ici juin 2013.
 
Le gouvernement devrait commencer à agir...en n'agissant pas. Il peut ainsi laisser le déficit public repartir à la hausse, et annoncer qu'en raison de la réalité économique, il renonce au retour à l'équilibre en 2017. Il peut aussi décider, à un moment donné du mandat, de procéder à un ajustement budgétaire brutal et sévère. Là, on ignore ce qui pourrait advenir du chômage. Certaines estimations – par exemple celles de Patrick Artus (Natixis) – le placent jusqu'à 20 % en 2014.
 
Cependant, la situation politique pourrait rapidement devenir très différente de ce qu'elle est actuellement, avec le durcissement des oppositions qui apparaissent d'ores et déjà au sein même de la gauche. Une solution raisonnable, pour le gouvernement, pourrait consister alors à demander, purement et simplement la dissolution de l'euro...
 
Peu crédible si l'on considère que toute la construction européenne s'est construite autour de la monnaie unique...
 
Pourquoi donc ? Les choses changent. Le tabou a déjà sauté. Il existe déjà un pays, la Finlande, qui a admis qu'il se porterait sans doute beaucoup mieux sans l'euro. Quand aux pays d'Europe hors zone, notamment ceux de l'Est, ils ne désirent plus adopter cette monnaie. Nous sommes donc à un moment de bascule. Reste à savoir quand les dirigeants français intégreront cela à leur raisonnement. Vont-ils attendre le dernier moment ou accepter de le planifier ? Tout est possible...
 
Évidemment, si l'euro doit disparaître, il vaut mieux que cela soit décidé par les européens de manière coordonnée. On pourrait alors créer un nouveau SME, au sein duquel on fixerait d'un commun accord les parités et les marges de fluctuation des nouvelles monnaies nationales.
 
On sait d'ores et déjà dans quelles proportions les pays devraient dévaluer ou réévaluer leur monnaie nationale pour retrouver les niveaux de compétitivités relatifs qui prévalaient en 1999-2000. La France, notamment, devrait dévaluer de 20 à 22 % par rapport à l'Allemagne.
 
Là, on se heurte à ce problème sans cesse soulevé par nos politiques : si notre monnaie, le « nouveau franc », est dévaluée, notre dette, qui est libellée en euros, explosera.
 
Ca, c'est une blague ! C'est l'argument qu'on agite pour effrayer les gens ! Si l'euro est dissout, toutes les dettes, publiques, mais aussi privées, seront immédiatement relibellées dans les nouvelles monnaies nationales. La dette ne peut pas croître puisqu'elle est strictement proportionnelle à notre richesse à un moment donné. Un retour au franc ne changerait rien au rapport dette / PIB. Les seuls perdants éventuels ne seraient les créanciers étrangers de la France !
 
On serait donc gagnants ?
 
Oui, bien sûr. Cela se passe toujours ainsi : tout excès d'endettement finit toujours par se défaire au détriment des créanciers. Et c'est sans compter les effets bénéfiques qu'aurait, sur le commerce extérieur et sur l'activité économique interne, une dévaluation par rapport à l'Allemagne. Quand bien même nous subirions une réévaluation par rapport à la Grèce, à l'Espagne et à l'Italie.
 
Il y a aussi le problème du dollar...
 
Oui : le « nouveau franc » devrait logiquement perdre 10 % par rapport au dollar. Nos importations libellées en dollar seraient donc renchéries de 10 %. De même pour nos importations en marks, si l'Allemagne réévalue de 20 %.
 
Sachant que les importations, en France, représentent environ la moitié du PIB et que, sur cette moitié se trouvent 10 % du PIB pour l'énergie (libellé en dollar) et 10 % en provenance d'Allemagne, nous aurions respectivement 2 % de hausse liée au renchérissement des produits allemands, et 1 à 2 % lié à nos achats énergétiques. Si l'on ajoute cela à notre taux d'inflation actuel, on peut compter que le choc d'inflation post-dévaluation se situerait autour de 6 à 7 %. Uniquement, bien sûr, pour la première année, puisque le scénario de la dévaluation ne se joue qu'une fois. C'est loin d'être dramatique.
 
Ça peut l'être pour les ménages. Notamment pour les personnes à petits revenus qui verront leurs dépenses, par exemple d’essence, croître brutalement.
 
Je ne dis pas qu'il ne se posera aucun problème. Mais ce que fait actuellement le gouvernement sur les prix de l'essence peut tout à fait être revu. D'ailleurs, la petite baisse des prix récemment décidée n'est pas du tout équitable. Elle subventionne au même niveau le possesseur d'une Porsche et celui d'une Logan...C'est le chèque-essence, tenant compte des niveaux de revenus mais aussi de la distance entre le domicile et l’emploi, qui devrait être préféré.
 
Pour le reste, il y aura évidemment un choix à faire : veut-on des produits bon marché, ou veut-on de l'emploi ? Il sera difficile d'avoir les deux. Dans ce cadre, la dévaluation monétaire se révélerait une politique efficace de redistribution de la richesse. Car elle sera surtout coûteuse pour ceux qui voyagent beaucoup à l'étranger et qui désirent acheter une Mercédès ou une Audi !
 
En conséquence, je pense qu'un processus de dissolution concerté de l'euro ne devrait pas être traumatique.
 
En revanche, si l'on est dans une logique d’effilochement progressif de l'eurozone, le choc sera bien plus grand, économiquement et politiquement. On ignore alors quel pourrait être la dureté des conflits entre les différents pays, et même entre régions d'un même pays, de l'Espagne à la Belgique.
 
Poursuivre dans la voie actuelle, c'est prendre le risque d'un délitement qui ne s'attaque pas seulement à la devise, mais à l'existence même de l'Union européenne comme construction politique.
 
Relire la première partie de l'entretien : CLICK
 
 
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dimanche 9 septembre 2012

Jacques Sapir : "l'annonce de Mario Draghi est une capitulation en rase campagne"



Jacques Sapir est économiste, et directeur d'études à l'EHESS
Il est notamment l'auteur de
    - La démondialisation, Seuil, avril 2011 (click)
- Faut-il sortir de l'euro ? Seuil, janvier 2012
--- crédit photo : Margot L'Hermite ---
 
Jeudi dernier, la Banque centrale européenne a annoncé qu'elle rachèterait « sans limite » un certain nombre d'obligations (celles de un à trois ans) des pays en difficulté de la zone euro. Cette décision a été saluée comme décisive. Qu'en pensez-vous ?
 
Mon appréciation n'est pas très positive. La déclaration de Mario Draghi a été vivement saluée dans la presse. Mais quand vous lisez le communiqué -extrêmement précis- publié par la BCE, vous vous apercevez de plusieurs choses.
 
Tout d'abord, la BCE s'engage à faire des rachats pour les pays qui le sollicitent. Il n'est pas question d'intervenir sans qu'il y ait une demande du pays concerné, laquelle demande implique que le pays passera sous les fourches caudines des programmes dits « d'ajustement structurel », via le FESF (fond européen de stabilité financière) ou le futur MES (mécanisme européen de stabilité). Le rachat de titres de dettes se fera donc sous conditions. Il est primordial de le noter : cela viendra renforcer les politiques d'ajustement déjà menées dans toute l'Europe du Sud.
 
Ensuite, tout rachat devra se faire dans le cadre d'une opération de « stérilisation ». En effet, la BCE ne veut pasaccroître le montant des liquidités qui circulent sur le marché. Autrement dit, chaque fois qu'elle injectera des liquidités sur des titres publics, elle en retirera sur des titres privés, qu'elle revendra. Ainsi, nous avons là un mécanisme qui va soulager les États, mais qui va durcir la question de la liquidité en circulation dans le secteur privé, donc les conditions de l'accès au crédit pour les entreprises.
 
On en vient donc au troisième point : tout cela implique que les rachats de dette publique, contrairement à ce qu'a dit Monsieur Draghi, ne seront pas illimités. Car le montant des rachats de dette publique que pourra faire la BCE sera strictement limité par le montant de la dette privé qu'elle détient aujourd'hui.
 
Quatrième point : la BCE ne rachètera que des obligations d'une durée de vie de un à trois ans. La conséquence en sera l'incitation, pour les pays, de raccourcir le délai de maturité de leur dette. Prenons l'exemple français. Aujourd'hui, le délai moyen de maturité de la dette française est de 7 ans. Les 1 600 milliards de la dette française doivent être renouvelés toutes les sept années. Nous avons donc, pour le roulement de la dette, des émissions de titres de l'ordre de 220 à 240 milliards par an. Toutefois, si nous voulions pouvoir un jour bénéficier de la facilité que vient de créer la BCE, il faudrait que nous cessions d’émettre des bons du Trésor à dix ans pour leur préférer les bons compris entre 1 et 3 ans. Ceci aura pour effet de raccourcir le délai de roulement moyen. Celui-ci pourrait passer, par exemple, de sept à quatre ans. Dès lors, nous devrions lever chaque année sur les marchés non plus 220 milliards, mais 400 milliards d'euros. Voilà une mesure parfaitement perverse, qui va accroître les besoins instantanés de liquidité des États alors que l’on prétend les soulager.  
 
Draghi a également précisé qu'il n'y aurait de rachats que sur le marché secondaire. Qu'est-ce que cela implique ?
 
C'est simple : les banques privées devront se porter acquéreur des obligations d’État, puis les revendre à la BCE. Il demeurera donc bien une cotation de ces titres. Un taux d'intérêt leur sera appliqué. Finalement, ce mécanisme va empêcher les taux de monter trop haut, mais en aucun cas il ne permettra de les réduire.
 
Nous sommes donc fort loin de ce qui a été dit dans la presse. A croire que certains journalistes n'ont pas lu in extenso le communiqué de la Banque centrale, soit qu’ils ne l'ont pas compris, soit qu’ils n’ont pas voulu le comprendre... Mais la différence est flagrante entre la réalité du texte publié par Francfort et l'interprétation qui en a été faite !
 
La notion de « stérilisation » a été utilisée par la BCE, pour témoigner de sa volonté de ne pas laisser croître la masse monétaire. On suppose que c'est pour éviter l'inflation. Si tel est le cas, n'est-ce pas, finalement une bonne chose, étant donné l'état du pouvoir d'achat des populations ?
 
Mais toute la question est de savoir si l'inflation est vraiment, et dans tous les cas, liée à l'accroissement de la masse monétaire. Ce n'est pas du tout évident.
 
Ça l'a bien sûr été dans certains cas. Je pense notamment à l'Allemagne de 1923-24. Mais il faut se rappeler les conditions de l'époque : l'Allemagne ne payait pas ses dettes du traité de Versailles. La France, l'Italie et la Belgique décident donc d'occuper la Ruhr. Les ouvriers de la Ruhr lancent une grève générale. Le gouvernement allemand choisit de payer leurs salaires. En se substituant ainsi au secteur privé, il accroît ses dépenses, mais sans percevoir pour autant les impôts en provenance de la Ruhr occupée, impôts qui sont bloqués par les puissances occupantes. Ceci provoque un déficit de 20 à 25 % par an. Ce dernier est monétisé, ce qui engendre de l'inflation. Vous voyez bien qu'il s'agit là de circonstances exceptionnelles.
 
Des exemples de ce type sont observables ailleurs. Et chaque fois, on voit que le lien entre inflation et création monétaire est lié à des circonstances très particulières.
 
A l'inverse, considérons le cas d'une économie en dépression, comme c'est le cas, actuellement, de la zone euro. Dans une telle économie, qui est très loin du plein emploi de ses facteurs, un accroissement de la masse monétaire ne provoquerait aucune inflation. On pourrait presque accroître la masse monétaire de 10 % par an sans hausse des prix. Croire que l'accroissement de la quantité de monnaie génère toujours de l'inflation relève du dogme. Lequel dogme a été imposé par la Bundesbank à Monsieur Draghi. Finalement, l'annonce de Draghi n'est qu'une capitulation en rase campagne devant la Buba. Car cette dernière a fait passer toutes ses exigences.
 
Mais l'Allemagne est le seul pays à n'avoir pas voté le plan Draghi !
 
Ce n'est pas contradictoire. Le patron de la Buba a émis un vote préventif, par lequel il s'efforce de continuer à faire pression sur la BCE. Mais en réalité, il a gagné ! Ses deux demandes, la conditionnalité des rachats et la « stérilisation » de la masse monétaire, ont été satisfaites.
 
On peut malgré tout y voir une victoire politique, notamment française. L'Allemagne s'isole...
 
Je ne vois d'autre victoire politique que celle de la Bundesbank. Quelle différence que l'Allemagne soit isolée, puisque c'est ellequi fait la loi ?
 
Dans ce cas, quelle autre option aurait pu choisir Mario Draghi ?
 
Sans opposition de la Bundesbank, on aurait pu s'acheminer vers une monétisation directe des dettes, c'est à dire un achat de titres non pas sur le marché secondaire mais sur le marché primaire, directement auprès des États. Dans ce cas, la BCE décidait d'acheter de la dette publique au taux de 0,5 % au lieu des 3,5 % qui prévalent pour les obligations à 1 ou 2 ans.
 
Ensuite, la Banque centrale aurait pu opter pour l'achat de tout type d'obligations, et non pas seulement celles de court terme. De même, elle aurait pu décider de ne pas stériliser la totalité des sommes émises, de manière à ne pas gripper le crédit privé.
 
Ici, la différence est flagrante avec ce que pratique, par exemple, la Réserve fédérale américaine lorsqu'elle injecte massivement de l'argent dans l'économie américaine. Idem pour le Japon. Ce pays a une dette publique autour de 200 % du PIB, soit un pourcentage bien plus élevé que l'endettement Grec ! Ce qui ne l'empêche pas de se financer autour de 1,5 %, sa Banque centrale étant toujours en appui. Je vous fais par ailleurs observer qu'on n'entend guère parler d'inflation japonaise. Et pour cause : je Japon est confronté au problème inverse de... baisse des prix. Ce qui confirme qu'il n'y a pas de lien entre création monétaire et inflation.
 
On voit donc bien, dans le cas de l'Europe, que l'influence allemande est considérable. Et l'on voit clairement le jeu des Allemands. Ils obtiennent satisfaction d'une part, et maintiennent d'autre part leur ferme opposition pour continuer leur pression sur la BCE. On voit surtout combien Mario Draghi est loin d'avoir tenu les promesses faites cet été.
 
Dans ce cadre, que peut-il désormais se passer selon vous ?
 
Il faut d'abord se demander si l'Espagne et l'Italie vont accepter les conditions posées par la BCE, ce dont je doute fort. Pour l'instant, ces pays ont beau se féliciter de cette « avancée », ils n'en affirment pas moins qu'ils n'ont pas besoin de cette aide. Or à quoi sert une facilité que personne ne souhaite utiliser ?
 
On peut en fait raisonner en deux temps. Premier temps : que se passera-t-il quand la Grèce sortira de l'euro...
 
… ce qui signifie selon vous qu'elle va sortir ?
 
Bien sûr. Le problème n'est pas de savoir si elle sortira de l'euro, mais quand. Pour moi, ça devrait avoir lieu d'ici le printemps prochain.
 
A moment là, nous aurons une forte hausse des taux d'intérêt sur le marché secondaire. C'est là qu'Italiens et Espagnols pourraient avoir besoin d'user de la facilité proposée par Draghi.
 
Concernant l'Italie, on peut considérer que Mario Monti est d'ores et déjà favorable aux mesures d'austérité. Le concernant, il n'y aura pas forcément de grande réticence à user du mécanisme désormais disponible, même en contrepartie de mesures d'austérité budgétaire draconiennes.
 
Pour Mariano Rajoy, le problème sera bien plus délicat. D'une part, la situation espagnole est bien plus dégradée que l'italienne. D'autre part, politiquement, la question de la souveraineté est un vrai problème en Espagne. Si l'Espagne était contrainte d'accepter les conditions dictées par Francfort, cela serait un désastre où l'existence même de l’État espagnol pourrait se trouver posée, tant l'actuel conflit entre les régions espagnoles et le gouvernement central s'est durci sur cette question du financement.
 
A mon avis, on s'apercevra donc rapidement que les mesures annoncées par la BCE sont  rapidement dépassées. Je suis d'ailleurs convaincu que dès cette semaine, les bourses, qui ont brusquement monté en fin de semaine dernière, vont se remettre à baisser.
 
Comme vous l'êtes de longue date, vous demeurez donc très pessimiste quand à la pérennité même de l'euro ?

.....la suite de cet entretien est à lire ICI
 
 
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vendredi 7 septembre 2012

Mario Draghi, nouveau Président de l'a-République


 
Après la décision de la Banque centrale européenne, hier, de racheter « sans limite » (mais pas sans condition) des titres de dette sur le marché secondaire, Libération croit approprié de titrer : « la BCE dans le rôle de la cavalerie ». Sans doute ignore-t-on, à Libé, ce qu'est la « cavalerie budgétaire ». Car on aurait peut-être alors évité ce mauvais jeu de mots.

Quoiqu'il en soit, Mario Draghi, notre banquier supranational, y est présenté comme ce qu'il semble être devenu : le sauveur de l'euro, de l'Europe et...l'homme le plus puissant du continent. Au point qu'Angela Merkel, même en désaccord avec lui, n'ose plus le contrarier. Elle s'est contentée de rappeler sèchement que « la BCE agit dans le cadre de son indépendance et de son statut ».

Il existe donc un homme, en Europe, qui ose prendre le risque de déplaire à la sévère chancelière. Cet homme n'est pas un chef de gouvernement. Pas même un chef d’État. Non, c'est un banquier, formé à l'école Goldman-Sachs....

On a souvent dit, les économistes en particulier, qu'il n'était plus possible, au sein de l'eurozone, de mener une véritable politique monétaire. D'où la focalisation exclusive sur la politique budgétaire, et l'obsession de la contraction des dépenses publiques faute de pouvoir dévaluer les devises.

On le voit aujourd'hui : une politique monétaire, il en existe une. Elle est menée depuis Francfort, par une institutionindépendante de tout contrôle démocratique, et qui s'est octroyée, avec la bénédiction de nos représentants élus, des prérogatives à caractère fédéral.

Voilà donc nos dirigeants, tout auréolés de l'onction du suffrage universel qu'ils sont, s'agenouillant devant un technicien de la finance. Et l'on devrait s'étonner que « les gens » ne votent plus avec la même ardeur ?

Qu'on soit favorable ou défavorable aux mesures techniques qui ont été prises par la Banque centrale européenne, force est tout de même d'en convenir : nous voilà sortis encore un peu plus du champ du politique. Prélude à une future sortie de l'Histoire ?

La réponse sera pour une autre fois. Pour l'heure et même si nous ne l'avons pas choisi, contentons nous d'admirer le visage de notre tout nouveau et très apolitique Président de l'a-République :
 
 
 
 
Lire et relire :
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Interview d'Hervé Juvin sur l'Europe CLICK
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mardi 4 septembre 2012

Si tu avances et tu cumules....

 
 
 
 

Gérard Collomb ne se sent « pas concerné » par le non-cumul des mandats. C’est le journal Le Monde qui nous l’apprenait jeudi soir, rapportant cette phrase du sénateur socialiste et maire de Lyon: « moi, je suis élu maintenant depuis neuf ans, et on n’a jamais rien signé ».

L’argument est de poids : si on a toujours fait comme ça, c’est que c’est bien. Il faut dire que c’est une loi tacite et universellement appliquée par ces âmes conservatrices qui peinent à envisager que l’on modifie ce qui a toujours fort bien marché…pour eux. Cette règle, qui consiste à n’approuver le changement que s’il s’applique aux autres, était d’ailleurs défendue la veille par un autre sénateur PS, le maire de Dijon François Rebsamen.

Il serait vivement souhaitable que la gauche au pouvoir ne cède pas à la pression de ces grands féodaux et qu’elle demeure ferme dans son intention de mettre fin au cumul. Non pas pour priver tel ou tel de quelque mandat acquis de haute lutte dans un « fief » cher à son cœur, ni pour couper nos élus nationaux de leurs précieuses « réalités locales », mais pour une toute autre raison. Le non-cumul, en effet, est un excellent antidote contre toutes les formes imaginables d’« affirmative action ». Voilà donc un contrepoison idéal pour une gauche dont une partie non négligeable se perd inlassablement en tristes considérations de type différentialiste ou diversitaire.

Cela permettrait, par exemple, de tordre le cou une bonne fois à l’antienne paritaire. En féministe raisonnable, Natacha Polony ne s’y est pas trompée en affirmant vendredi matin sur Europe1 : le non-cumul « sera plus efficace que la parité pour faire entrer les femmes en politique ». Certes, on peut se contenter jusqu’à la fin des temps d’imposer des « quotas ». Cela soulage à peu de frais la mauvaise conscience de ceux qui dénoncent à longueur de déclarations d’intention faussement généreuses la domination du « mâle blanc ». Ceux-là même qui, parce qu’ils se trouvent être eux-mêmes des « mâles blancs » et ne cèderaient leur propre place pour rien au monde, militent plus fort que les autres afin que l’on accorde aux femmes un nombre décent de…strapontins. Et qui s’accommodent fort bien, in fine, de la suspicion que cela fait peser pour leurs collègues du « deuxième sexe », lesquelles finissent toujours, tôt ou tard, par se voir reprocher d’avoir été choisies pour leur « genre » et non pour leurs compétences.

Car voyez-vous, pour autoriser les femmes à accéder à de véritables responsabilités sans être contraintes de subir l’insigne vexation d’avoir été imposées, mais simplement en le méritant, encore faut-il qu’il y ait des places. Et que ces places cessent donc d’être concentrées dans les mêmes mains. De même, libérer des places et réaliser un appel d’air conséquent, permettrait de liquider avant qu’elle ne se répande à l’excès, toute autre forme de ce délicieux pléonasme : la « discrimination positive ».
 
Force est de constater que cette vilénie en provenance d’Outre-atlantique tend de plus en plus à s’imposer chez nous avec cette force si particulière dont jouissent les phénomènes de mode. La parité en est un avatar. Elle découpe le peuple en deux : les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. Mais, dès lorsque que l’on accepte de couper l’humanité en tranches, il n’y a pas de raison pour que d’autres groupes ne réclament, au nom de ce qui a été concédé aux femmes, leur propre part du gâteau. Le tout sous le regard bienveillant des « diversitaires » de gauche, des amoureux impénitents de la France « black blanc beur » et autres progressistes aux petits pieds qui s’accommodent fort bien de cette forme très particulière de charité, qui dispense à bon compte d’avoir à réaliser la justice.
 
Finalement, mettre en place une fois pour toutes le principe du non-cumul, outre qu’il autorisera chaque élu à se consacrer pleinement à son unique charge, permettra de renouveler sainement le personnel politique. Les femmes, les jeunes et autres « issus de la diversité », pourront espérer conquérir les mandats ainsi remis sur le marché grâce à leur seul et unique talent, à leur travail et à la qualité de leur action militante. Comme le dit Bassem Asseh, « se dégageront naturellement les meilleurs d’une génération sans qu’on leur colle une étiquette de genre, de couleur de peau ou d’origine des parents ou grands-parents. La diversité s’imposera naturellement par la distribution de probabilité ». Sans besoin de numerus clausus, donc. Et sans courir le risque insidieux de valider l’introduction de critères biologiques en politique.

La France qui, entre tous les pays, fit une large place de choix à cette idée que n’importe quel « citoyen abstrait », c’est-à-dire sans distinction de sexe ou de couleur, est susceptible de représenter tous les autres, aurait tout à gagner à préserver ce modèle. Quant à la gauche, elle se trouve ici face à une occasion inespérée d’abandonner ces vieille lunes que sont « parité » et « diversité » pour renouer enfin avec ce qui fut un temps sa raison d’être : la promotion de la seule et unique égalité.
 
 

lundi 3 septembre 2012

Oh oui baby : hitlérise-moi !

 


Les « contre » ça ose tout : c'est même à ça qu'on les reconnaît. Et quand on dit « tout », ça veut bien dire « tout ». Voire légèrement plus. Sans crainte de banaliser des faits ou périodes de l'Histoire tout à faits exceptionnels par leur gravité et à témoigner ainsi d'une indécence limite vulgaire.

Lorsque la droite était au pouvoir, on en avait pris l'habitude. La  pétainisation ou l'hitlérisation de l'adversaire étant réputée contenir une dose létale d'opprobre, Sarkozy et son gouvernement eurent naturellement leur part. La gauche « tout miel », s'était spécialisée dans cette technique, cette gauche qui campe si systématiquement du côté du « Bon », du « Bien » et de la « Gentillesse universelle », qu'on se demande toujours ce que ses représentants les plus bruyants ont, à titre personnel, à se faire pardonner. On se souvient notamment de l'association Sarkozy/Pétain en « Une » de l'Humanité par un beau matin de mai et du réquisitoire contre « un discours aux relents pétainistes dénoncé par la gauche et les syndicats ».

Beurk : les « relents », ça, c'est dégueulasse. Après, il n'y plus guère que les « remugles nauséabonds» ou les « miasmes délétères» pour autoriser un léger crescendo dans l'horreur....

Évidemment, dans le camp d'en face, la droite « liberté d'expression » n'était pas en reste. C'est vrai, quoi : de nos jours, « on ne peut plus rien dire ». Et de dénoncer en boucle la censure implacable  pratiquée par une gauche (voire une gôche) à la fois germanopratine et politiquement correcte,  aimant à pratiquer le « procès stalinien ». Rien que ça.

On aurait pu croire que, le pouvoir ayant changé de mains, Philippe Pétain et Adolf Hitler – ainsi que le Joseph Staline concomitant - allaient pouvoir se rendormir. Et l'on espérait que ce fût pour longtemps. Mais c'était sans compter le caractère immarcescible de la « reductio ad hitlerum », qui aime à changer de camp comme on change de crèmerie.

Voilà donc la toute nouvelle opposition qui, quoiqu' « on ne puisse vraiment plus rien dire dans ce pays gangrené par la bien-pensance », n'hésite pas à proférer mille âneries, et à ressortir le Maréchal du cellophane. A cet égard, la récente sortie de Luc Chatel sur Vincent Peillon est un modèle. Et, sans aller jusqu'à considérer que l'idée du ministre d'inaugurer des cours de « morale laïque » à l'école brille par son à-propos, on peut tout de même souligner l'indigence spectaculaire de la réponse :



 
Mais n'allons pas nous figurer que ces impérities sont devenues l'apanage de la droite. Responsable et conscientisée, la gauche « tout miel » veille, prêt à jeter le Führer au visage de quiconque osera dépasser les strictes limites de la Gentillesse, de la Douceur et de la Bonté généralisée.

Un « intellectuel engagé » n'a d'ailleurs pas manqué de dégainer la semaine dernière dans Libération. Prenant courageusement la plume pour se dresser contre la bête immonde dont il aperçoit l'ignoble mufle refaisant surface au sujet de ce qu'il nomme la « question Rom », le sociologue Eric Fassin écrivait ainsi : « Avec Sarkozy, la xénophobie d’État apparaissait déraisonnable à beaucoup. Avec le nouveau gouvernement, le changement de style revient surtout à en donner une version raisonnable, présentable et donc acceptable (…) on connaît la formule de Georges Bernanos, en 1944, à propos de l'antisémitisme : « ce mot me fait de plus en plus horreur. Hitler l'a déshonoré à jamais ». On aurait pu espérer que le régime sarkozyste avait déshonoré la xénophobie d'Etat (…) après l'été, rien n'en moins sûr ».

Avouez qu'il en faut, de la témérité, pour s'exposer ainsi, dans un pays mis en coupe réglée par les hordes hitlériennes emmenées par Manuel Valls, Jean-Marc Ayrault et François Hollande, ces génocidaires notoires.
 
Vous trouvez que ça va un peu loin ? Habituez-vous car il ne s'agit là que d'un début. Les « contre », ça ose tout. Et même, parfois, bien davantage.

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dimanche 26 août 2012

Référendum sur l’Europe : et si on faisait comme Ayrault a dit ?




« Les techniciens tendent toujours à se rendre souverains, parce qu’il sentent qu’ils connaissent leur affaire ; et c’est tout à fait légitime de leur part. La responsabilité du mal qui, lorsqu’ils y parviennent, en est l’effet inévitable, incombe exclusivement à ceux qui les ont laissé faire ». Simone Weil écrivait cela en 1943. Nous sommes en 2012 et les techniciens se sont faits technocrates. Est-on sûr de vouloir leur laisser les clés de l’Europe ?

***

« L’Europe est la mère de toutes les batailles ». C’est Arnaud Montebourg qui disait cela sur BFMTV un soir de mai, quelques jours avant de devenir ministre. Il avait évidemment raison. La crise tous azimuts que traverse le continent ne peut permettre à la France de se redresser seule. On pourra bien sûr multiplier les mesures curatives et d’urgence, mais dans quelle mesure et jusqu’à quand ?

Certes, on sent chez le nouveau gouvernement un souci sincère de rupture, même si d’aucuns tendent à trouver que « le changement, c’est lentement ». Un certain nombre coups de barre à gauche, modestes mais utiles, ont été donnés : hausse de l’allocation de rentrée scolaire ou (très légère) du Smic, annonce d’une action (ponctuelle et modérée) sur les prix de l’essence, annonce d’une prochaine réforme fiscale dans un sens plus juste. Pour autant, la simple distribution de richesses qui s’amenuisent peut-elle pallier longtemps l’absence de croissance et d’emploi ? Peu probable. Peu probable également que la croissance revienne chez nous alors qu’elle semble avoir définitivement déserté tout le Sud du continent et qu’elle tend même, désormais, à fuir l’Allemagne, où la hausse au PIB a été d’à peine 0,3% au second trimestre 2012, chiffre abusivement présenté comme une performance…

Les vacances, la canicule et l’affaire des Pussy Riot étant à présent derrière nous, le temps est donc venu qu’on la mène, cette mère des batailles, et que l’on s’attaque à la crise de la monnaie unique, donc au problème des dettes souveraines, donc à celui de la divergence croissante de nos économies, donc à la crise de compétitivité qui frappe l’eurozone….

« C’est en cours » nous répondra-t-on. Reste à savoir…en cours de quoi ? Après que le Conseil constitutionnel l’a jugé suffisamment sexy pour ne point mériter qu’on dérange la Constitution de la V° République pour si peu, le « paquet européen » (et pourquoi pas « le tas », « l’amas », le « fatras »), comprenant le traité de stabilité budgétaire (TSCG) sera présenté au Parlement fin septembre. Traité qui devait être renégocié, au nom du « changement », au nom du « maintenant »….

L’a-t-il été ? On nous dira que « oui, évidemment ». François Hollande s’étant montré « inflexible » sur ce point, un « volet croissance » y a été ajouté : 120 milliards d’euros…dont la majeure partie (50M€) ne correspond qu’à un recyclage de fonds européens non encore utilisés, et qui devra suffire à relancer l’économie de l’ensemble de pays de la zone. Autant dire qu’avec des sommes si modestes, pour le « choc de croissance », on repassera…

La règle d’or, elle, sera votée. Angela Merkel en est si assurée qu’elle se projette déjà à l’étape suivante et vient de proposer un nouveau traité (elle est accro ou quoi ?) pour faire « avancer » l’intégration communautaire.

La règle d’or sera votée. Mais non sans peine, si l’on en croit l’émoi que suscite déjà cette perspective au sein de la majorité. Au Front de gauche, sans grande surprise, mais également chez les écologistes, et à la gauche du Parti socialiste. Un peu comme si renaissait de ses cendres le vieux clivage de 2005, celui qui, à l’occasion du référendum sur le traité constitutionnel européen, avait fracturé l’un et l’autre camp, la droite comme la gauche.

A cet égard, Jean-Marc Ayrault, en chef de la majorité qu’il est, a tenté de resserrer les boulons le 22 août, sur les ondes de RMC : « quand on est dans la majorité et qu’on soutient le président de la République, on doit être solidaire (…) j’espère que ces députés [ceux qui envisagent de ne pas voter le traité budgétaire] prendront leurs responsabilités. Ils savent bien qu’ils ont été élus après l’élection de François Hollande et qu’ils lui doivent aussi leur élection ».

Certes. Mais nous, nous savons bien  que François Hollande a été élu par le peuple français. Le même peuple qui avait clairement voté « non » en 2005 et auquel on a confisqué le résultat d’un référendum où il fut jugé qu’il avait « mal voté ». A l’époque, cette confiscation avait pris pour nom « traité de Lisbonne ». A l’occasion de l’examen d’icelui par l’Assemblée nationale, Jean-Marc Ayrault alors patron des députés socialistes avait déposé une motion visant à solliciter l’organisation d’un nouveau référendum. Ainsi s’exprimait-il un jour de février 2008 : « cette motion référendaire est une exigence démocratique. Parce que l’Europe le vaut bien. Parce que c’est le droit des Français (…)  Je veux une Europe au grand jour. Une Europe sincère et populaire. Une Europe dont on soit fier. C’est à force de dissimuler l’Europe, de la rendre incompréhensible qu’on a fini par en détourner notre peuple. C’est en masquant la réalité de ses acquis et de ses insuffisances qu’on a construit la défiance envers elle ».

Certes, dans l’idée de l’Ayrault d’alors, il convenait de faire approuver par le peuple un traité fort semblable à celui que le peuple avait rejeté. Ce n’est pas le cas du Pacte budgétaire qui lui - et c’est heureux - n’est semblable à rien de connu. Pour autant, vouloir une Europe « sincère et populaire » semble plus que jamais d’actualité. Pourquoi, dans ces conditions, à présent que M. Ayrault en a véritablement la possibilité, ne pas consentir enfin à ce référendum qui, de volé en 2005 demeura un vœux pieux en 2008 ? Après tout, même la droite allemande, en la personne du ministre des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, se pose désormais ouvertement la question !

On nous objectera que débuter un quinquennat sur un référendum perdu est de fort mauvais aloi. Certes, mais qu’en sera-t-il si le traité négocié par le couple « Merkozy », amendé à l’ultra-marge par un par un mini-volet-croissance, est voté au Parlement grâce aux voix de l’UMP, mais sans celles de l’ensemble des députés et sénateurs de gauche

On nous objectera également qu’il y a urgence pour l’Europe et que l’organisation d’un référendum est chose longue. Las, la crise et là depuis longtemps et semble déterminée à rester. L’Europe peut bien attendre un peu. Hormis ceux qui piaffent d’impatience et crient aux « 100 jours pour presque rien », les autres patienteront quelques semaines encore : désormais, plus grand monde n’est à cela près.

En février 2008, le député Ayrault haranguait le Premier ministre d’alors, François Fillon, en ces termes : « vous n’avez pas compris cette aspiration participative des citoyens au débat européen. Vous en êtes resté à la conception des années 60 où l’Europe était considérée comme un sujet trop complexe pour intéresser les citoyens. C’est un archaïsme ».

Mais, si l’on s’entête dans de tels archaïsmes, le « vrai » changement, c’est pour quand ?

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Interview d'Hervé Juvin sur l'Europe  CLICK
Chinallemagne : mourir pour la yuan ou pour l'euro ?   CLICK
Trois présidentiables au chevet de l'euro   CLOCK
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samedi 4 août 2012

Bruxelles voit la science en rose pour les filles



Je m’apprêtais, avant de partir tranquilou en vacances, à annoncer ubi et orbi la fermeture estivale de « l’arène nue ». J’allais me ruer dans un train « ID-TGV » afin de m’aller agglutiner sur quelque plage où profiter pleinement des remugles d’huile de monoï rance et de sueur tiède émanant du corps bronzé mes semblables. Las, tout à coup, la Commission de Bruxelles se rappela à mon bon souvenir, dans des circonstances qui m’obligent à rouvrir brièvement la boite à indignation. Explications.  

J’avais raté l’info, mais elle circule depuis fin juin : la Commission européenne vient de lancer une campagne intitulée « science is a girl thing ». Et elle a eu l’idée lugubre de faire cela…en images :




Dans cette vidéo, rien ne manque. Trois « pouffes », une blonde, une brune, une noire (pardon, une "issue de la diversité") se dandinement sottement sur talons hauts et sur fond rose-cucul en riant à gorge déployée, car comme chacun sait, la femme est un être frais et enjoué qui s’esclaffe du soir au matin.

La raison de leur hilarité ? Elles viennent d’embrasser une carrière scientifique et de découvrir les secrets de la fabrication…du fond de teint ! Du coup, un beau gosse qui n’en croit pas son microscope les regarde avec une concupiscence discrète et contenue, témoignant ainsi que faire des sciences demeure la meilleure façon, pour une fille, de se trouver un beau mari bien élevé. 

Les cinquante-trois secondes de cet étalage compact de clichés imbéciles s’achèvent par le slogan « science is a girl thing », le « i » de « science » étant remplacé par un tube de rouge à lèvres, histoire d’achever de convaincre les sourds, les bouchés et les mal-comprenants.

Ce n’est pas tout. A en croire Rue89, qui avait déjà signalé la chose, la gabegie ne s’arrête pas là. Cette campagne, lancée par l’UE pour lutter contre la sous-représentation des femmes dans les métiers scientifiques, dispose également de son site Internet, décoré aux mille et une couleurs pastel du monde merveilleux de Bisounours. Par exemple, un petit encart rose-neuneu invite à découvrir « why you’ll love science », avec tout plein de jolis cœurs partout, parce qu’on sait combien les filles sont douces et sensibles, y compris les futures manipulatrices d’éprouvettes remplies de produits hautement inflammables, les passionnées de satellites lunaires,  et les aficionadas de la fabrication de missiles sol-sol moyenne portée avec capacité d’emport d’une charge nucléaire.

La campagne, apprend-on enfin, proposera aux étudiantes une exposition itinérante qui parcourra l’Europe dès la rentrée 2012. Laquelle exposition est présentée en ces termes : « les jeunes filles y seront par exemple invitées à réaliser elles-mêmes un baume à lèvres, ou visiter un “ bar à oxygène ” dans lequel elles devront identifier différents arômes tels que la menthe, le chocolat ou la fraise »….

Bien vu la Commission européenne ! Pour les garçons, l’odeur du souffre et l’acide chlorhydrique, pour les demoiselles la fraise et le chocolat ! Pour les garçons, les bagnoles et les tractopelles, pour les fifilles, le maquillage !

On se demande bien de quoi aurait l’air une campagne de publicité européenne visant à inciter les femmes à devenir médecin. Que leur promettrait-on ? D’apprendre à injecter avec dextérité l’acide hyaluronique visant à combler les première rides ? De maîtriser sur le bout des doigts la recette du régime hypocalorique miraculeux qui permet de perdre « 14 kilos en trois jours sans effort » ? Ou de découvrir les secrets de l’auto-pose d’un stérilet ?

Je laisse le soin à mon aimable lectorat de répondre à l’ensemble de ces questions. Pour ma part, je fonce m’enduire de quelque pommade « senteur des îles » et enfiler ma jupette fushia ras-le-bonbon pour m’aller trémousser au Coco Loco de Trifouillis-les-Bains. Le tout en suçotant une glace low calories « fraise Tagada / vanille intense », pour nous, les filles. Rendez vous sur « l’arène nue » à  la rentrée.

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