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lundi 28 avril 2014

La « godwinisation » du débat européen




Ce texte a d'abord été publié sur le site du journal La Croix

On assiste, depuis longtemps déjà, à une sorte de « godwinisation » du débat public, notamment du débat européen. Cette « godwinisation » aboutit à ce phénomène presque systématique : on est disqualifié aussitôt que l’on tente de mettre en cause le bien fondé de la construction européenne. Ou même seulement d’en pointer les faiblesses. Exprimer un désaccord, oser formuler un doute équivaudrait, selon certains, à « faire le jeu des extrêmes ».
C’est que l’Europe telle qu’elle s’est construite fait la part belle à deux choses étonnamment complémentaires : la technique d’une part, la morale d’autre part. C’est au nom de la seconde qu’il apparaît indécent de pointer les errements de la première.
Il semble en effet que la politique ait déserté notre continent. Non seulement on est en panne de volontarisme, mais on est même en panne de projet, en panne de dessein collectif, en panne d’idée directrice susceptible de mobiliser le corps social. La construction européenne actuelle est un édifice littéralement post-politique. C’est pour cela que technique et morale y règnent sans partage.
D’abord la technique :
Son omniprésence est évidente dans cette Europe qui est avant tout est une Europe de l’économie et du droit. Le fait que l’euro, monnaie fédérale créée sans qu’existe préalablement un Etat fédéral, soit considéré comme la réussite européenne majeure, en est un signe. On a cherché à fabriquer une Europe instrumentale, en s’imaginant que la mise en commun d’un outil monétaire suffirait à créer du lien, à générer du sentiment d’appartenance. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le résultat est mitigé !
On a également multiplié les institutions à caractère technique, pour ne pas dire technocratique, comme la Commission européenne, la Banque centrale, la Cour de justice de Luxembourg. Certaines, notamment la BCE ont conquis une très grande autonomie. Mario Draghi est un homme puissant. Sa voix a du poids. A l’été 2012, au plus fort de la crise des dettes souveraines, il a suffit qu’il dise qu’il ferait « tout ce qui est nécessaire » pour sauver l’euro pour qu’immédiatement, les marchés soient apaisés. C’est là une prouesse qu’un chef d’Etat ou de gouvernement de l’eurozone aurait été incapable d’accomplir.
Mais la question suivante se pose alors : si le patron de la Banque centrale européenne possède une indéniable légitimité technique, quelle est sa légitimité démocratique ? Est-il élu ? En aucune façon. Devant qui est-il responsable ? On ne sait pas. De quel intérêt général est-il garant ? On l’ignore tout à fait.
Mario Draghi est un technicien, un expert. En dépit du poids considérable que l’institution qu’il dirige et lui-même ont acquis au sein de l’eurozone, il n’est en aucune façon un responsable politique.
 Ensuite la morale :
Evidemment, l’effarante primauté accordée, au sein de notre Europe, à la technocratie, est difficile à admettre et à faire admettre. Elle heurte violemment la conscience démocratique des populations. Ainsi a-t-on trouvé, pour rendre cet état de fait acceptable, un habile stratagème. On a enrobé tout cela dans un discours enjôleur et moralisant.
Et l’on abuse du recours au lyrisme et de l’énoncé de grands principes, évidemment incontestables : l’Europe c’est « l’Union des peuples libres », c’est « le respect de la dignité humaine ». L’Europe c’est « la Paix ». De sorte qu’il devient éminemment suspect de formuler une critique. Qui prendrait le risque, en effet, d’apparaître comme un adversaire de la Paix ? Ou de la dignité humaine ? Ou de l’amitié entre les peuples ?
Voilà donc pourquoi la technique et la morale marchent ensemble. L’une sert à rendre l’autre présentable. Mieux : la morale sert à disqualifier tout adversaire putatif du triomphe de la technique et à décourager, en les faisant apparaître d’avance comme scandaleux, tous ceux qui oseraient questionner certains dogmes.
Hélas, tout ceci n’a finalement qu’une conséquence : l’atrophie du débat, elle-même caractéristique de la mort du politique.

jeudi 17 avril 2014

Europe, les Etats désunis





Radio
Ça causait "Europe, les Etats désunis" lundi dernier dans Les matins de France culture.
Pour réécouter, le podcast se trouve au bout de ce lien : CLICK

Voyage, voyage
On  a aussi traversé La Manche sans même s'en apercevoir. Il semble en effet qu'Ambrose Evans-Pritchard, du Telegraph, ait repéré le bouquin...

Recensions
Et sinon, quelques recensions dans la presse française : La Tribune, FranceTV info, Causeur et sur les blogs de Jacques Sapir, de Laurent Pinsolle, de Bertrand Renouvin et de L'Impertinent (le fameux Impertinent : oui oui)...

Merci beaucoup à tout le monde !



lundi 3 février 2014

L’Europe est-elle plus « à gauche » que ses États membres ?





A l’approche des élections européennes de mai 2014 et de la « déferlante eurosceptique » qu’on nous promet, il semble que l’Europe et ses institutions, soient devenue diablement prudentes. Pour un peu, elle passerait pour moins libérale voire pour plus « à gauche » que les différents États membres.
 
Pas très difficile me direz-vous, puisque nombre desdits États sont gouvernés par des conservateurs. Certainement vous répondrais-je, un peu vexée. Mais ils ne le sont pas tous. En tout cas pas la France, qui est dirigée par des socialistes paraît-il, même s’il faut le dire vite.
 
Quelques éléments témoignent de la prudence de sioux dont font actuellement preuve nos technocrates préférés. C’est qu’ils ont l’instinct de survie, les bougres. Ils le savent pertinemment : plus d’Europe supranationale, plus de technocrates. Il faut leur faut donc éviter que le bazar ne s’autodétruise complètement. Or pour l’éviter, il faut agir. Il faut « faire des trucs  ». Illustration.
 
La politique monétaire et la gestion de la crise de l’euro1
 
Mario Draghi, est un pragmatique, comme on dit pour faire l’éloge d’un homme dont on veut souligner qu’il n’est pas un idéologue, tant il est vrai qu’avoir des idées, c’est mal. Or comme tous les pragmatiques, le banquier central européen est très fort pour« faire des trucs ». Et aussi pour en dire.
 
A l’été 2012, alors que l’eurozone n’allait pas bien tout, Draghi a donc eu des mots très forts. Il s’est dit déterminé à faire « tout ce qui serait nécessaire » pour sauver l’euro. Puis il a lancé un programme qualifié « d’arme atomique » par la presse économique : le programme OMT (opérations monétaires sur titres). Ce programme vise à racheter, en cas d’extrême urgence, des titres de dettes de pays en grande difficulté pour faire baisser rapidement les taux auxquels ils empruntent. Problème : ceci est absolument proscrit par les traités européens. Du coup, le programme OMT n’a jamais été mis en œuvre, sa principale vertu ayant résidé dans l’effet d’annonce produit.
 
Mais au-delà des traités, il y a surtout l’opposition forte d’un État membre. L’Allemagne, en effet, est hermétique à toute souplesse en matière de politique monétaire et n’envisage pas un instant de se montrer « pragmatique ». Horrifiée par la perspective d’une entorse à la droiture monétaire, le patron de sa Bundesbank, Jens Weidmann, a même fait déférer le programme OMT devant le tribunal constitutionnel de Karlsruhe, histoire de voir s’il ne serait pas un tantinet inconstitutionnel, pour la République fédérale, de prendre part à de telles horreurs hétérodoxes. Le jugement de Karlsruhe doit intervenir dans le courant de cette année.
 
Mieux : alors que la relative souplesse et l’adaptabilité de Mario Draghi étaient jusque-là soutenues par le membre allemand du directoire de la BCE Jörg Asmussen, le gouvernement Merkel III a brusquement décidé d’exfiltrer ce dernier de l’institution francfortoise pour le remplacer par une « faucon », Sabine Lautenschläger. Comme l’explique ici Romaric Godin, il s’agit là d’un « choix étrange » sans doute destiné à « montrer les muscles allemands à l’Europe » et à contrer les velléités draghistes de passer outre la lettre des traités.
 
En matière de politique monétaire, un État membre, l’Allemagne, campe donc clairement sur une ligne plus dure que celle prônée par une institution européenne, la BCE.
 
La question du protectionnisme
 
C’est loin d’être le seul domaine. On se souvient par exemple de l’affaire des panneaux solaires chinois. Ce n’est plus la BCE, cette fois, qui est à la manœuvre, mais une autre institution de l’Union : la Commission européenne.
 
Car la Commission elle aussi « fait des trucs ». Et des trucs qu’on n’attend pas forcément de la part d’une structure pour laquelle la concurrence libre et non faussée et la libre circulation des marchandises font office depuis toujours de tables de la loi.
 
Ainsi la Commission entreprend-elle, au printemps 2013, de taxer le matériel photovoltaïque en provenance de l’Empire du milieu, soupçonné de faire l’objet de dumping. Avant qu’un accord ne soit finalement trouvé entre Pékin et Bruxelles en juillet, un nombre significatif de pays dont la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et surtout l’Allemagne, combattent vigoureusement la mesure.
 
Ainsi donc, dès avant que la Commission européenne ne finisse par se déballonner et par céder aux Chinois, de nombreux États défendaient pour leur part une ligne plus libérale, hostile à toute initiative protectionniste.
 
Le grand marché transatlantique
 
Depuis le printemps dernier, discrètement mais sûrement, la Commission européenne négocie avec les États-Unis les modalités d’un vaste traité de libre échange, le TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership), dont Jean-Michel Quatrepoint explique fort bien ici tout le mal qu’il convient de penser.
 
Hélas la discrétion ne suffit pas toujours à décourager les curieux et il semble que les opinions publiques européennes se soient malgré tout emparées de la question. Du coup, comme celles-ci se montrent fort rétives, la Commission a décidé de suspendre les pourparlers jusqu’en juin 2014. D’ici là, elle va lancer une « large consultation publique» sur la disposition la plus critiquée du futur accord : la mise en place d’un tribunal arbitral devant lequel les grandes entreprises pourraient poursuivre les États qui auraient l’insigne audace de prendre des mesures – environnementales, sanitaires, sociales – susceptibles de menacer les perspectives de profit privé.
 
Qu’on se rassure. Comme expliqué sur le blog Contre la cour, la discussion euro-américaine est loin d’être totalement gelée. Seules les dispositions relatives au tribunal arbitral sont concernées. La Commission est d’ailleurs formelle : « aucune autre partie des négociations n’est affectée par la consultation publique et les négociations continueront comme prévu »,
 
En outre, on l’aura compris, le gel est très temporaire. Juin 2014 se situe précisément situé après…mai 2014, mois durant lesquelles se tiendront les élections européennes. Il s’agit donc bien sûr, comme en convient Jean Quatremer, « de ne pas donner davantage de grain à moudre aux eurosceptiques ».
 
Toutefois, on ne peut manquer de le noter : si Bruxelles recourt ici à un procédé dilatoire, les États membres n’ont pour leur part jamais songé à ralentir le processus et encore moins à l’arrêter. Pas même lorsque le scandale Prism et la révélation des écoutes américaines pratiquées en Europe leur en offrait l’occasion sur un plateau. Plusieurs pays, dont l’Allemagne et la France, firent semblant de tancer Washington. Mais on en resta là.
 
La régulation bancaire
 
La France et l’Allemagne : parlons-en. Elles sont actuellement vent debout contre le projet de réforme bancaire proposé par Michel Barnier, candidat à la présidence de la Commission européenne mais néanmoins guérillero avide de botter le train au Grand Capital, comme chacun sait.
 
Il faut dire que le commissaire au marché intérieur « fait des trucs » tout à fait scandaleux. Il a récemment présenté un projet comprenant deux volets  : d’une part l'interdiction aux grandes banques européennes de certaines activités spéculatives réalisées pour leur compte propre. D'autre part l'obligation de cantonner dans des filiales spécifiques les activités de marché à haut risque. L’horreur bolchevique, en somme.
 
N'écoutant que leur courage et manifestant leur claire détermination à faire barrage au léninisme, plusieurs pays dont, une nouvelle fois, l'Allemagne et la France, se sont vigoureusement opposés au projet. Il faut dire que ces États ont déjà fait leurs propres réformes bancaires. Mais des réformes « raisonnables » qui évitent soigneusement « d'inquiéter les banques ». Le ministre Pierre Moscovici a donc fait connaître à Michel Barnier toute l'ampleur de son courroux. On en attendait pas moins du socialisme à la française...
 
Et donc ?
 
Comme on le voit, certaines institutions communautaires consentent actuellement à mettre de modestes coups de canif dans l'épais tissu des dogmes européens. Sans doute faut-il y voir le souci de garantir la pérennité d'un édifice qui, si bancal soit-il, demeure leur unique raison d'être. Mais plusieurs États, tranquilles et autosatisfaits, se montrent plus royalistes que le roi. Que faut-il en conclure ?
 
Si l'Europe confisque aux gouvernements nationaux de larges pans de leurs prérogatives, ceux-ci en sont très largement coresponsables. Ils s'appliquent à créer, avec constance et détermination, les conditions de leur impuissance et de leur déprise sur le cours des événements. C'est d'ailleurs singulier. De quel droit se démet-on d'un pouvoir qu'on ne détient que parce qu'on est mandaté par des électeurs pour l'exercer ?
 
Il est temps d'ouvrir un calepin et et de noter tout cela dans un coin. Car il faudra s'en souvenir lorsque le moment viendra de démêler l'écheveau des manquements et des responsabilités.
 
1 La crise de l’euro est derrière nous, tout le monde le dit. Néanmoins, pour les nécessités de la narration, pour la tonicité du discours et pour maintenir le suspense, on fera comme si ce n’était pas vrai du tout.

 

lundi 8 juillet 2013

Qui est le véritable « Roi d’Europe » ?




Ce n’est pas un hasard si le discours politique a fait l’objet de tant d’études : en politique, les discours sont des actes. Pour savoir qui « commande » l’Union européenne, rien de plus efficace, donc, que d’étudier la portée des discours des uns et des autres.
Nul ne le sait aussi bien que Mario Draghi, le patron de la banque centrale européenne (BCE) dont les prises de positions sont désormais attendues comme paroles d’évangile. Et pour cause : quand bien même il ne fait rien de concret, ses déclarations ont un effet quasi magique au sein de la « Planète finances » et mettent du baume au cœur de messieurs « Les Marchés ».
On s’en souvient, c’était à la fin de l’été 2012. La zone euro vivait l’un des chapitres les plus hard de son interminable crise. Le long chapelet des « sommets de la dernière chance » se succédant sans fin n’avait pas donné grand-chose, hormis une collection inédite de photographies du couple Merkozy harassé et tendu.
« La BCE est prête à faire tout ce qui est nécessaire pour préserver l’euro. Et croyez-moi, ce sera suffisant », annonçait ainsi le banquier central en juillet 2012. Aussitôt, les taux d'intérêts sur la dette des pays du Sud « se détendaient », comme on dit. Simultanément, « Les Marchés » étaient « dopés » (ou bondissaient, s’enflammaient, voire caracolaient : rayez la mention inutile). L'idée même d'un effort « illimité » de la Banque centrale pour sauver la monnaie unique suffisait à mettre en joie les investisseurs sans que l'ombre d'une indication sur la méthode employée ne soit donnée à ce stade.
Ladite méthode ne sera dévoilée que deux mois plus tard, en septembre. Il s'agit de cette chose baptisée OMT (opérations monétaires sur titres). La BCE annonçait être prête à racheter des titres de dette des pays en difficulté pour éviter une montée excessive des taux, en interprétant de manière souple les dispositions del'article 123 du traité de Lisbonne.
La presse, à cette annonce, ne se contint plus d'admiration. On salua la « mobilisation générale » et le « plan de bataille » pour sauver l'euro, on loua l’« arme nucléaire » inventée par la BCE. Un vocabulaire guerrier tout à fait cocasse en plein cœur de « l'Europe-c'est-la-paix-même-qu’on-a-le-prix-Nobel ».
« Les Marchés », à nouveau ravis tels une jouvencelle à qui l’on vient de promettre la lune et les étoiles, « s'envolèrent » derechef. Pourtant, un an plus tard, on peut constater que l'OMT n'a toujours pas été mis en œuvre. Et pour cause : l'outil a été conçu pour ne pas servir :
  • d'abord, ces rachats de dette souveraine sont assortis d'une conditionnalité semblant conçue tout exprès pour faire fuir les pauvres et les nécessiteux. Jacques Sapir l'explique clairement dans un entretien accordé à L’arène nue,
  • ensuite, parce que ce n'est jamais le bon moment pour dégainer l'instrument. Soit un pays est trop malade pour pouvoir prétendre à l'aide, soit il ne l'est pas encore assez pour envisager de la demander. Bref, si un pays traverse une crise « de solvabilité », il est déjà trop tard. Si ce n'est qu'une crise « de liquidité », il est encore trop tôt.

Telle est donc la méthode Draghi : des paroles qui, aussi peu suivies d’actes soient-elles, provoquent des convulsions de joie dans le Landerneau de la finance et des médias, et un outil - l’OMT - présenté comme le comble de l’audace mais fabriqué spécialement pour ne pas être utilisé.

Pourtant, la méthode marche. La preuve, « super Mario » vient derenouveler l’expérience. Le 4 juillet dernier, c’est sa parole et nulle autre qui était attendue avec impatience par tout un panel de brave gens : les Portugais, qui, après une bourrasquepolitique due à la démission consécutive de deux ministresvoyaient s’envoler leurs taux d’intérêts, les Grecs, pour qui l’idée d’une nouvelle restructuration de la dette flotte à nouveau dans l’air ces jours-ci. Et, finalement, toute l’eurozone, qui attend que la BCE la biberonne à l’argent frais. Car, comme le dit Patrick Artus, que « la zone euro n’est pas du tout guérie, elle est portée à bout de bras par la liquidité ».
Cette phrase fut donc le clou de la déclaration fort attendue du banquier central jeudi dernier : « notre politique monétaire restera accommodante aussi longtemps que nécessaire » Pourquoi ? Comment ? A quoi sert-il d’arroser de liquidités des économies européennes moribondes ? Comment fait-on, à long terme, pour sortir de la vraie crise, pas celle des taux d’intérêts trop hauts ou de la bourse trop basse, mais celles qui fabrique des millions de chômeurs et tout autant de travailleurs pauvres ?
Nul ne sait. Mais cela n’a que peu d’importance dès lors que « Les Marchés » cessent d’être « nerveux », tel le CAC 40, qui a pris 2,9 % dans la journée de jeudi, arrachant au journal Le Monde ce commentaire : « Mario Draghi confirme une nouvelle fois que sa première arme de politique monétaire est celle de la communication ». La chanteuse Dalida, elle, aurait entonné : « encore des mots, toujours des mots, les mêmes mots : paroles, paroles, paroles ».
En attendant, si les discours sont des actes, peu de leaders européens peuvent aujourd’hui exciper d’une telle force de frappe déclaratoire. Un mot de Mario Draghi, et c’est la faillite d’une pays – aujourd’hui le Portugal – qui est, sinon évitée, au moins différée. Combien de chef d’Etats ou de gouvernements européens peuvent aujourd’hui en dire autant ?
Ayant fait la même observation, Cédric Durand et Razmig Keucheyantentent, dans En finir avec l’Europe, de mettre des mots surce phénomène. Le « césarisme bureaucratique », c’est ainsi qu’ils nomment cette tendance à l’autonomisationdes structures technocratiques de l’Union. Ils le notent concernant la Commission, mais c’est plus vrai encore pour la BCE. Car s’il arrive parfois à José Manuel Barroso de se faire rabrouer par les Etats-membres, cela n’arrive plus guère au banquier central. L’Allemagne elle-même, que l’ont dit si puissante et dont l’intransigeante Buba goute peu les largesses monétaires consenties par Draghi, est contrainte de s’incliner devant la sacro-sainte « indépendance de la Banque centrale européenne ».
Seul décideur quant à politique monétaire face à des Etats qui n’ont plus à leur main que des instruments de politique budgétaires ultra-contraints, Mario Draghi peut s’affranchir du bon vouloir des gouvernements et des Parlements nationaux, mais aussi de celui des pouvoirs exécutifs et législatifs communautaires. Il ne se situe même pas en marge du pouvoir politique : il l’exerce. Et ne rencontre à dire vrai que fort peu de contrepouvoirs. Elu par personne et ne rendant de comptes qu’à lui-même, le véritable King Europe, pas de doute, c’est bien lui.


vendredi 28 juin 2013

La Chinallemagne, ou comment les Allemands - l’air de rien - lâchent l’Europe






Ces temps derniers, entre la Chine et l’Allemagne, c’est « chabadabada », « love-love » et « bisous doux ». Les bisbilles entre l’empire du Milieu et l’Union européenne sur les questions commerciales se poursuivent, mais les Chinois prennent grand soin de ménager les Allemands.

La fâcherie commerciale Chine / UE sur la question du photovoltaïque vient de connaître un énième rebondissement. Pékin vient en effet d’annoncer sa décision d’appliquer une taxe antidumping, à compter de ce jour, à un produit chimique en provenance de nos contrées : le toluidine. La taxe douanière imposée sur ce produit sera de 36,9%, pour toutes les entreprises européennes. Toutes… sauf une. Lanxess, un producteur allemand, bénéficiera quant à lui d’une taxounette sur mesure : 19,6%. Raison invoquée ? Aucune.

La Chine préserve l’Allemagne. Juste retour d’ascenseur, puisque l’Allemagne soigne la Chine. On se souvient de son opposition à la décision de Bruxelles de taxer les panneaux solaires chinois, décision qualifiée de « grave erreur » par le ministre allemand de l’Economie, Philipp Rösler.

Pourquoi donc tant d’amour ?

D’abord, parce que « qui se ressemble s’assemble », comme diraient nos grand-mères. Selon Jean-Michel Quatrepoint, qui l’explique dans Mourir pour le yuan, les deux pays ont de nombreux points communs : des modèles économiques ressemblants, faits d’un mercantilisme agressif misant tout sur les exportations et sur l’accumulation d’excédents, visant notamment à palier une tendance rapide au vieillissement des deux populations.

Au-delà des ressemblances, il y existe une complémentarité entre les deux pays, une quasi « symbiose », comme l’expliquent ici Hans Kundnani et Jonas Parello-Plesner. La Chine en plein développement est friande de machines-outils allemandes pour ses usines, et de grosses berlines pour ses nouvelles classes moyennes. Quant à l’Allemagne, elle cherche avec énergie… des débouchés hors d’Europe.

A cet égard, les chiffres sont cruels. Guillaume Duval le rappelle ici : « l’excédent commercial allemand était de 170 milliards en 2007, réalisés aux trois quarts en zone euro. En 2012, cet excédent était toujours de 180 milliards, mais réalisés aux trois quarts hors zone euro ». Et Jean-Michel Quatrepoint de rajouter : « L’Allemagne n’espère plus rien tirer de l’Europe, où elle a déjà fait le plein. Elle y a pris toutes les parts de marché qu’il y avait à prendre, et cherche à se réorienter désormais hors de la zone euro ».

Hors de la zone euro ? Mince ! Nous qui pensions benoitement qu’Angela Merkel, reine d’Europe en titre, faisait tout pour sauver ladite zone en mettant abondamment la main au portefeuille. On nous aurait menti ?

Hors de la zone euro, pourtant. En Chine, donc, pays que l’ex-actuelle-future chancelière visite souvent, et longtemps. Aux Etats-Unis, également. Rappelons-le, l’Allemagne est, avec l’Angleterre, l’un des pays à promouvoir avec le plus d’ardeur le futur partenariat commercial transatlantique, le TTIP.

Un tantinet suspicieux, Hans Kundnani et Jonas Parello-Plesner osent donc cette observation : « il y a un danger pour que l’Allemagne se serve de cette relation bilatérale étroite [avec la Chine] afin de défendre ses propres intérêts économiques plutôt que les intérêts stratégique européens ».

L’Allemagne en mode « cavalier seul », délaissant « l’Europe-c’est-la-paix » et l’immarcescible « couple franco-allemand » dans le seul but de booster son commerce ? Comme c’est trivial et comme c’est pessimiste !

Et comme c’est évident, en même temps…


mardi 25 juin 2013

Critiquer Barroso : et après ?




« Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes », disait Bossuet. Le Parti socialiste doit beaucoup faire rire Dieu.

Au PS, on a d’abord crié haro sur Angela Merkel, dénonçant son « intransigeance égoïste ». Oh, surprise ! On découvrait incrédule qu’un dirigeant en campagne électorale cherche plus volontiers, dans une Europe qui demeure un agrégat d’entités nationales, à satisfaire ses concitoyens et électeurs qu’à contenter ses voisins !

Mais Angela Merkel n’est pas une cible facile. En tant que « reine d’Europe », elle est tout à fait nulle. Mais en tant que chancelière allemande, il semble qu’elle fasse l’affaire. C’est en tout cas ce que pensent les allemands, qui la reconduiront sans doute en septembre.

On a donc trouvé une autre cible en la personne de Jose Manuel Barroso, qui pour sa part, à la décharge de ceux qui le conspuent, est effectivement nul, et sur à peu près tout. Arnaud Montebourg lui a donc imputé d’être le « carburant du front national », ce qui est lui faire trop d'honneur. Car c'est à la fois un peu vrai et un peu…court.

Tellement court que même Jean Quatremer – cette boussole qui indique le Sud - s’y adonne dans Libération du jour, dépeignant un « Européen pro-américain à veste réversible ». Barroso un atlantiste ? Rhôôô, ben ça alors, c’est vraiment très mal ! On lui rafraîchit la mémoire, concernent feu Jean Monnet, ou le laisse croire que le phénomène est nouveau ?

Surtout, le président de la Commission européenne ne dispose jamais que du pouvoir que les Etats lui ont consenti, à lui et au bidule carcéralo-fédéral dont il est le patron.

François Hollande a fort bien mimé l’étonnement et la colère, au moment de recevoir les recommandations de l’exécutif européen au mois de mai. Il lançait alors, drapé dans une indignation rudement bien interprétée : « la Commission européenne n’a pas à nous dicter ce que nous devons faire ».

Pourtant, il n’y avait rien là que de très prévisible, dans la droite ligne de la série de réformes – six pack, semestre européen, two pack - adoptées par le Parlement européen sans que personne, au sein des États membres, n’y trouve à redire.

De fait, le semestre européen le prévoit explicitement : chaque année, au mois de mai, la Commission adresse aux États des « conseils personnalisés » pour qu’ils puissent répondre aux priorités économiques et budgétaires qu’elle a définies durant les mois précédents.

Le two pack, quant à lui, est entré en vigueur le 30 mai, entrainant ce commentaire sardonique du journal La Tribune : « le gouvernement économique européen est né, et il ne plait pas à François Hollande ». En vertu des deux textes qui composent ce pack, les États devront désormais publier, à l’automne de chaque année, leur projet de budget pour l’année suivante. A charge pour la Commission - celle-là même qui « n’a pas à nous dicter ce que nous devons faire » - d’examiner ces projet et de formuler des observations.

Alors, surpris, messieurs Hollande et Montebourg ? Barroso est-il très très méchant, ou s’est-il simplement saisi des prérogatives qu’on lui a offertes ?

Plus sérieusement, il semble aujourd’hui dérisoire de dénoncer un homme, aussi urticant soit-il, lorsque c’est un ensemble institutionnel qui dysfonctionne. La Commission européenne est un organe à caractère fédéral dans une Europe qui, elle ne l’a jamais été, et l’est de moins en moins, sous l’effet des trajectoires de plus en plus divergentes des Etats-membres.

La droite allemande semble en avoir pris conscience. Le programme électoral de la CDU-CDU plaide en effet pour une Europe de « l’unité dans la diversité » et rejette l’idée d’une Union « organisée et dirigée de manière centralisée ».

On aimerait savoir ce qu’en pense - pour de vrai, pas juste pour déconner - la gauche française.


vendredi 21 juin 2013

Jean-Michel Quatrepoint : « L'accord commercial transatlantique sera une catastrophe pour la France »



Jean-Michel Quatrepoint est journaliste économique et essayiste


Vous affirmez que le futur accord commercial transatlantique de libre-échange (TTIP) sera nécessairement un marché de dupes. Pourquoi ?

Je pense que c’est, pour la France, l’un des sujets les plus importants des années qui viennent. Pour notre pays, c’est une question de survie.

Pour l’Europe, vous voulez dire…

Non, pour la France. Nous avons bien plus à perdre que beaucoup d’autres pays, car nous avons en propre une défense, une diplomatie, une langue dans le cadre de la francophonie…

Pour comprendre ce qui se joue, il faut considérer la genèse du TTIP et se demander pourquoi l’idée de cet accord, qui est ancienne mais avait été enterrée, ressort brutalement.

Il y a encore deux ou trois ans, on ne parlait plus que de la « Chinamérique ». On nous expliquait que la Chine et l’Amérique faisaient alliance, et que le centre du monde se déplaçait dans le Pacifique.

Mais il se produit un évènement qui entraîne un changement radical de la politique américaine. En décembre 2011, la Chine et le Japon signent un accord monétaire. Ils s’engagent à libeller une part de leur commerce bilatéral dans leurs monnaies respectives, en se passant du dollar. La banque de Chine autorise la banque du Japon à acheter des bons du Trésor chinois. Autrement dit, les Chinois commencent à tenter de faire du yuan une monnaie de transaction internationale, concurrente du dollar. Et le Japon, chasse gardée américaine, bascule dans le giron chinois, ce qui est un évènement majeur.

S’y ajoute un autre évènement : au même moment, la Chine inaugure son premier porte-avion. Les Américains s’avisent alors que dans cette « Chinamérique », les Chinois ne se contenteront pas de la seconde place…

C’est alors que ressurgit, étonnamment, la querelle sino-japonaise sur les iles Senkaku.

Vous sous-entendez que les Etats-Unis se sont arrangés pour raviver cette querelle ?

Je l’ignore, mais elle intervient à point nommé pour les Américains ! Car la tension entre Chine et Japon monte alors très violemment, ramenant le Japon dans le giron américain.

Lorsque Shinzo Abe arrive au pouvoir fin 2012, des manœuvres militaires communes nippo-américaines sont lancées dans le Pacifique. Puis Abe opère un virage radical dans la politique économique traditionnelle du Japon. Avec l’accord des Américains – qui obligeaient le Japon, depuis les accords du Plaza, à avoir une monnaie très forte – Abe fait fonctionner la planche à billets et le yen se dévalue.

Les américains utiliseraient donc le Japon contre le Chine ? Finie la « Chinamérique » ?

Oui : aujourd’hui et de récente date, les Américains tentent d’organiser un containment de la Chine. Cela se fait progressivement. D’abord, ils ont sorti la Birmanie du giron chinois. Ensuite, ils ont lancé un partenariat transpacifique - un marché commun - sans la Chine. Tout en multipliant les procédures antidumping contre la Chine, et en incitant leurs multinationales à relocaliser aux Etats-Unis une partie de leurs activités.

Après l’accord transpacifique à l’Est, pour revenir au centre du jeu mondial, il ne manque plus aux Etats-Unis qu’à relancer la vieille idée – qu’ils avaient eux-mêmes enterrée - du partenariat transatlantique à l’Ouest. Comme l’écrit Zaki Laïdi dans Le Monde, l’objectif des Américains est de « mettre en place deux mâchoires puissantes couvrant 60% du commerce américain, l’une avec l’Europe, l’autre avec l’Asie mais sans la Chine, et en plaçant la barre des négociations de l’accord partenarial transpacifique suffisamment haut pour dissuader Pékin d’y venir ».

Voilà donc Obama exhumant la vieille idée d’un partenariat transatlantique dans son discours sur l’état de l’Union en février 2013. Evidemment, comme on pouvait s’y attendre, Barroso et la Commission européenne lui emboitent le pas.

Le même Barroso dont Le Monde expliquait dans un récent éditorial qu’il a des intérêts personnels aux Etats-Unis…

… et qui rêve de se recaser, une fois son mandat à la Commission terminé, soit au secrétariat général de l’OTAN, soit à celui de l’ONU.

Il veillera donc à satisfaire les principales puissances concernées par l’accord transatlantique, quitte à faire passer celui-ci au forceps. Il contentera prioritairement les Etats-Unis, l’Angleterre et l’Allemagne.

Qu’attend l’Angleterre du TTIP ?

C’est très simple : elle souhaite que la City puisse se développer davantage sur le marché américain d’une part, et, d’autre part, que son transport maritime bénéficie de l’accroissement du commerce sur l’Atlantique. Les Anglais partagent d’ailleurs ce dernier objectif avec le Danemark et avec la Suède.

Et l’Allemagne ?

Ce qui compte pour elle, c’est l’industrie. Les industriels allemands ont intérêt à cet accord transatlantique.

Actuellement, les droits de douane ont presque disparu entre l’Europe et les Etats-Unis. Ils ne dépassent pas 3%. En revanche, il y a des règles différentes, ce qu’on appelle les « normes non tarifaires ».

L’industrie automobile allemande produit déjà aux Etats-Unis, où elle possède des usines modernes, et bénéficie de coûts du travail plus faibles. Elle gagne beaucoup d’argent, en utilisant les normes américaines. Son but est donc d’obtenir une uniformisation des normes non tarifaires pour pourvoir exporter ces voitures des Etats-Unis vers l’Europe, voire vers l’Asie. Exportations qui se feraient alors en dollar, ce qui permettrait d’être totalement exempté des inconvénients d’un euro trop fort.

L’Allemagne espère, via ce partenariat, se redéployer. Elle n’espère plus rien tirer de l’Europe, où elle a déjà fait le plein. Elle y a pris toutes les parts de marché qu’il y avait à prendre, et cherche à se réorienter désormais hors de la zone euro, spécialement vers les pays émergents et les Etats-Unis.

Et les Etats-Unis, qu’est-ce qui les intéresse plus spécifiquement ?

L’agriculture, l’agroalimentaire, la santé, les industries de défense et les industries culturelles. Dans ces domaines, les normes non tarifaires européennes sont plus contraignantes. Ils attendent donc que nous alignions nos normes sur les leurs, et qu’on accepte, par exemple, leurs « poulets chlorés ».

Concernant les industries culturelles, ce qui les intéresse, c’est de pouvoir développer leurs géants de l’Internet, comme Google par exemple. Ils veulent pouvoir diffuser, sur leurs plateformes numériques, des biens culturels sans payer de TVA ou d’impôt sur les sociétés en Europe. Loin d’être un combat « réactionnaire » comme le dit Barroso, la bataille pour l’exception culturelle est une bataille pour le futur. Il nous faut absolument préserver nos patrimoines numérisés.

Sur ce dernier point, François Hollande a donc remporté une victoire…

Oui, une petite victoire. Toutefois, d’ores et déjà, le commissaire Karel de Gucht annonce que la Commission européenne se réserve le droit de remettre le sujet sur la table des négociations si elle l’estime nécessaire.

On voit bien poindre le danger : les ambitions des Anglais et celles des Allemands seront préservées lors des discussions avec les Etats-Unis. Mais il faudra donner des contreparties aux Américains. Et nos partenaires entendent bien que ce soient les Français qui les donnent en renonçant à défendre leurs propres intérêts !

L’exception culturelle, ce sera un peu comme les traités européens : vous dites « non », vous fermez la porte, mais ça revient par la fenêtre ! Cet accord sera une catastrophe pour la France, qui y perdra tout ce qui demeure : industries culturelles, agriculture, agroalimentaire et industries de défense.

N’y a-t-il donc rien à gagner ?

Que voulez-vous qu’on gagne ? Le libre-échange, ce n’est jamais « gagnant-gagnant ».

Depuis le début de cette affaire, on fait tourner les supposés « modèles ». On nous explique que l’accord euro-américain va créer 400 000 emplois de part et d’autre de l’Atlantique. Que ça va générer 119 milliards de dollars pour de PIB supplémentaire pour l’Union européenne, et 95 milliards pour les Etats-Unis. Mais ces chiffres sont fantaisistes. Ils viennent de nulle part !

L’attitude allemande reste paradoxale. Si l’accord transatlantique est conclu, la Chine se sentira exclue. Or l’Allemagne est soucieuse de ses relations avec Pékin. Comment va-t-elle concilier cela ?

L’Allemagne ménagera la chèvre et le chou. Elle ménagera la Chine, mais elle désire le partenariat transatlantique, plus qu’elle ne souhaite faire progresser l’Europe.

Ne serait-ce que pour sa défense, l’Allemagne souhaite s’en remettre totalement à l’Amérique. C’est pour cela qu’elle n’a jamais voulu de l’Europe de la défense. L’Allemagne se vit comme une grande Suisse. Elle s’interdit d’avoir des ambitions militaires, non plus que diplomatiques. C’est un géant géoéconomique, mais en aucun cas géopolitique. En Europe, l’Allemagne a acquis, par le fait de la faiblesse de ses partenaires, une position de domination. Mais elle n’a jamais vraiment désiré ce leadership.

Que peut faire la France ?

Elle doit s’interroger : veut-elle garder une diplomatie et un outil de défense autonomes, ceux-là mêmes qui ont permis, par exemple, l’intervention au Mali, et permettent d’avoir une politique ouverte vers l’Afrique et le monde arabe ?

Ou veut-elle abandonner sa défense aux Américains, sa diplomatie à Bruxelles et son industrie à l’Allemagne, pour devenir simplement une vaste place touristique, vendant deux ou trois produits de luxe ?

C’est la réponse à ces questions qui conditionnera l’attitude française dans les négociations transatlantiques.

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