mardi 27 janvier 2015
Grèce : au sujet de l'alliance de Syriza avec les Grecs indépendants
Je copie-colle ici, avec son aimable autorisation, un récent post de Simon Fulleda lu sur un rézosico.
Tout y est dit dans cette courte mais vive analyse.
lundi 26 janvier 2015
Dette : la Grèce va-t-elle rembourser la France ?
C’est LA question à la con que se posent désormais, non sans un chouïa de nombrilisme malveillant, ceux qui ont encore un peu de difficultés, même dans la France de 2015, à admettre le principe base de la démocratie qu’on va donc énoncer une nouvelle fois : à l’issue d’un vote, celui qui a remporté le plus grand nombre de suffrages est déclaré vainqueur de l’élection.
Ayant du mal à déglutir sans douleur depuis qu’ils ont appris la spectaculaire victoire de Syriza en Grèce, certains s’interrogent à peu près en ces termes : « mon Dieu, ma pauv’ Lucette, mais combien va-t-il nous coûter l’éventuel défaut grec » ?
C’est vrai : c’est pile le bon moment pour se poser pareille question. C’est élégant comme tout. Et généreux, en plus. Dommage que Margaret Thatcher ne soit plus de ce monde car elle aurait adoré ce bouleversant cri du cœur : « I wan’t my money back » !
Il y a d’abord eu l’autre question, un peu moins vénale : celle de savoir pourquoi et comment il était possible qu’Alexis Tsipras s’aventure à former une coalition avec la droite souverainiste des Grecs Indépendants.
Attention, on va donner la réponse (gratuitement, faut vite en profiter !). Si Tsipras a fait ça, c’est pour manifester un choix clair, pour témoigner qu’il a une priorité, qui consiste à négocier avec l’Europe. En gros, il a compris que toute politique s’inscrit désormais dans un cadre, qui est le cadre européen. Et qu’il faut donc avant toute chose commencer par bousculer le cadre. Le reste, on voit après.
Alors, il est pas beau, le pot-aux-roses ?
Et maintenant, passons à LA question. La Grèce va-t-elle rembourser l’argent qu’elle doit à la France ?
Ah ben zut alors, on ne sait pas encore !!
Mais, petite question subsidiaire, POURQUOI la Grèce doit-elle de l’argent à la France ? Voici quelques éléments de réponse.
Pour mémoire, la dette grecque est évalué à un montant de plus de 300 milliards d’euros, dont environ 70% sont détenus par des créanciers publics qui sont les Etats membres de la zone euro ayant accordé des prêts bilatéraux (53 milliards environ), la Banque centrale européenne, le FMI, le mécanisme européen de stabilité (MES). A noter que les prêts consentis par le MES sont garantis par les Etats en fonction de la taille relative de leur économie. Le Top three des principaux garants est donc dans l’ordre : Allemagne, France, Italie. Ce sont eux qui paieront le plus.
Comment diable en est-on arrivé là ?
C’est assez simple. La Grèce a déjà fait défaut par le passé. A l’époque, ce sont ses créanciers privés qui ont encaissé les pertes. On a appelé ça le « haircut ». C’était normal, c’est le jeu. Quand on est « les marchés » on a un métier qui consiste à prêter « à risques ». Et quand on prête « à risques », cela signifie qu’il y a…. des risques. Mais cette prise de risques est rémunérée par les taux d’intérêts (parfois exorbitants) qu’on exige de ses débiteurs. Quand on est « les marchés », le plus souvent on gagne, mais parfois on perd. Et si on n’est pas d’accord avec cette règle du jeu, on se cherche un autre boulot !
Oui mais voilà. Depuis le « haircut », tout le génie de la technocratie européenne a consisté à sortir la Grèce des marchés et à transférer le risque du secteur privé vers le secteur public. Allez, c'est le moment de claquer un petit extrait de "Europe, les Etats désunis" pour préciser la chose :
![]() |
| Faut double-cliquer sur l'image pour la faire grossir |
Cela a été fait non par inadvertance mais de façon tout à fait volontaire et tous les pays membres de la zone euro ont accepté de jouer à ce petit jeu, notamment en acceptant la mise en place du FESF puis du MES et les modalités de leur fonctionnement. C’est la raison pour laquelle « le contribuable européen » (le fameux) pourrait finir par se voir présenter la facture. C’est sur lui, désormais, que repose le risque qui planait jusque-là (mais contre rétribution) sur la tête « des marchés ».
Alors, il est pas beau, le pot-aux-roses ?
Ça fait quoi de le découvrir aussi tard ? Pourquoi cela n’a-t-il pas été débattu avant ? Démocratiquement, tout ça ? Pourquoi toute cette cuisine européenne n’est-elle plus transparente ?
C’est peut-être ça, au bout du compte, LA vraie question….
mercredi 14 janvier 2015
Djihadisme : où est Marcel Gauchet ?
Note liminaire : oui, le titre de ce post est un peu étrange. Et alors ? On est vraiment plus à une bizarrerie près, ces jours-ci.
****
Actualité apocalyptique oblige, tout le monde réfléchit intensément à la nature profonde du djihadisme et, plus largement, de l’islamisme radical. Des chercheurs, dont les éclairages sont très bienvenus, sont convoqués dans les médias, comme Gilles Kepel, toujours passionnant, ou Olivier Roy. Marianne a republié une magnifique Lettre ouverte au monde musulman, du philosophe Abdennour Bidar, dont la lecture est un moment de pur bonheur[1].
Des choses moins pertinentes, plus confuses, se répandent également. Un argument utilisé plus que de raison pour tenter d’expliquer le djihadisme, semble tout particulièrement malvenu, qui consiste à assimiler le terrorisme islamiste au nazisme. Et l’on voit fleurir des expressions qui, certes, « sonnent bien », mais éclairent fort mal : « islamonazisme », « fascislamisme » voire « totalitarisme vert ».
Des choses moins pertinentes, plus confuses, se répandent également. Un argument utilisé plus que de raison pour tenter d’expliquer le djihadisme, semble tout particulièrement malvenu, qui consiste à assimiler le terrorisme islamiste au nazisme. Et l’on voit fleurir des expressions qui, certes, « sonnent bien », mais éclairent fort mal : « islamonazisme », « fascislamisme » voire « totalitarisme vert ».
1) parce la tendance actuelle à convoquer sans cesse le fascisme et le nazisme n’est pas une bonne chose. Elle conduit à nier ce que furent les spécificités de ces idéologies. On contribue ainsi « dé-comprendre » un phénomène du passé sans aider pour autant à mieux comprendre un phénomène du présent.
2) parce qu’on donne ainsi à penser que l’histoire se répète, qu’elle radote. Or ce n’est jamais le cas. Certes, tracer un signe d’égalité entre islamisme et nazisme est « tranquillisante » (si l’on peut dire…). En faisant cela, on s’offre le confort qu’autorise le fait de considérer qu’on a déjà à sa disposition toute la panoplie analytique nécessaire pour comprendre. On se dit : « allez hop, je ressors mon petit Hannah Arendt sur l’origine des totalitarismes et le tour est joué ». Pas de chance : ça ne marche pas.
3) parce que si ça ne marche pas, c’est en partie pour la raison suivante. Marcel Gauchet a dit cette chose lumineuse : en leurs temps, les totalitarismes n’ont pu être ce qu’ils furent que parce qu’ils s’appuyèrent sur les masses.
Problème : nous vivons aujourd’hui à l’ère, précisément, de la démobilisation des masses et de l’atomisation des individus. Nous sommes donc loin de la situation qui a amené le totalitarisme. Nous sommes même dans une situation… inverse. Cela se voit, d’ailleurs, jusque dans le mode opératoire des terroristes : des individus seuls, à demi marginaux, ou de très petits groupes. Tout cela est très labile, très insaisissable, très peu charpenté idéologiquement (très faible connaissance de l’islam au final, corpus idéologique bricolé sur Internet, etc.).
Il est donc dommage que l’on n’entende pas davantage Marcel Gauchet sur ces questions car il reste celui qui a théorisé, tout de même, le processus « sortie de la religion ». Evidemment, l’actualité immédiate semble lui donner absolument tort puisqu’on a l’impression d’assister à un retour en force du religieux[2]. Mais justement, rien n’est moins sûr ! Et c’est peut-être même le contraire.
Peut-être pourrait-il le montrer, si toutefois un média voulait bien lui poser des questions dans ce genre-là :
- le processus de « sortie de la religion » a conduit à l’effacement des croyances religieuses au profit de croyances politiques. A l’heure où l’on constate, notamment en Europe, une « dépolitisation » générale, le regain d’intérêt pour la religion, exprimé parfois de manière hystérique, signifie-t-il que le processus est en train de s’inverser ?
- le recul de la religion au profit du politique consiste en un passage de l’hétéronomie (les hommes croient que les règles leur sont imposées du dehors/d’en haut) à l’autonomie (les hommes découvrent que ce sont eux qui édictent leurs propres règles). La multiplication des phénomènes de radicalisation individuelle ne montre-t-elle pas qu’on est arrivé à l’étape d’après ? Ne sommes-nous pas en train de passer de l’autonomie à un genre d’anomie ?
- en Europe, l’effacement du religieux au profit du politique a engendré des maladies du politique (fascisme, nazisme, stalinisme). Le djihadisme, au moins dans sa version occidentale, n’est-il pas une maladie à la fois de la dépolitisation et de l’individualisme ?
- dans ce cas, pourquoi existe-t-il aussi (et surtout d’ailleurs) hors du monde occidental ?
- pour l’Europe, le processus de sortie de la religion semble s’être achevé à l’ère moderne. Admettons que le monde musulman soit justement en train d’opérer le sien, mais en pleine postmodernité, à l’heure où tout se déplace très vite (les informations, les images, les hommes). Quelles conséquences ?
Ces questions, on peut se les poser. Mais le mieux, ce serait encore d’essayer d’obtenir des réponses. Alors, où est Marcel Gauchet ? Dans notre petit coeur[3], certes, mais est-ce bien suffisant ? Le débat est ouvert.
[1] Etonnamment, les désormais célèbres « padadalgamistes », qui ont immédiatement bondi pour expliquer fissa que les attentats perpétrés contre Charlie Hedbo et contre l’Hypercasher n’avaient « rien à voir avec l’islam », ne pipent mot. On ignore pourquoi mais ils semblent avoir décidé que, quand bien même Allah et Mahomet n’auraient rien à voir là-dedans, il demeurait tout de même normal qu’on entende partout des spécialistes de ces choses-là. Va comprendre, Charles.
jeudi 18 décembre 2014
Michel Sapin nie être un Fraggle Rock, l'aile gauche du PS sceptique.
![]() |
| Le ministre des finances Michel Sapin |
En dépit de nombreuses allégations, le ministre des Finances Michel Sapin continue à nier tout lien avec les Fraggle Rock et dénonce une entreprise de déstabilisation. A mots couverts, il invoque l'action de la mafia albanaise dans cette ténébreuse affaire.
L'aile gauche du parti socialiste demeure sceptique. L'un de ses représentants, qui a préféré garder l'anonymat, affirme avoir de nombreux indices témoignant que Sapin est un Fraggle.
Des indices ? On se demande bien lesquels....
Comment l'Europe devient un nouvel empire allemand....
« Non
à l’Europe allemande ! ». Cette courte phrase fit un
temps office de formule magique Outre-Rhin, de mantra que
psalmodièrent tour à tour, comme pour éloigner le mauvais œil,
Wolfgang Schäuble, l’ancien président de la République fédérale Richard von Weizsäcker ou le sociologue Ulrich Beck dans un ouvrage court et vigoureux.
Pour
éloigner le mauvais œil ou… pour tenter de nier cette évidence :
l’Union européenne est en train de se muer quasi-empire allemand.
Un empire soft, évidemment. Ou un « empire nonimpérial » selon la formule un jour employée par l’ancienPrésident de la commission européenne José Manuel Barroso. Car les arts marchands ont remplacé l’art martial et le rang
hiérarchique ne se conquiert plus par les armes. Il est directement
indexé sur les succès – ou les infortunes – économiques.
Or les
succès sont germaniques. En dépit des faiblesses qu’on commence à
lui reconnaître et qui ne peuvent manquer d’inquiéter (1)
(extrême dépendance d’une économie exportatrice aux variations
de la demande mondiale, insuffisance des investissements publics qui
augurent mal de l’avenir), l’économie allemande, avec l’aide
d’un euro taillé tout spécialement selon ses besoins, est devenue
si supérieure qu’elle exerce sur ses voisins une authentique
fascination. Dès lors, le modèle austéritaire allemand s’impose
partout. Et l’on ne jure, pour tenter de faire repartir l’économie
européenne, que sur une sorte de « malthusianisme comptable »
qui consiste à ambitionner la baisse continue d’à peu près tout
(le taux d’endettement, les déficits, les salaires…). Or, si la
recette est adaptée à une nation de vieux épargnants soucieuse de
consolider ses excédents de maintenir une inflation faible, elle
s’avère mortifère pour la plupart des « partenaires »
européens de l’Allemagne.
Malgré
tout, lesdits « partenaires » persistent dans une rigueur
mimétique qui en dit long sur l’ascendant psychologique exercé
par Berlin et sur la servilité du reste de l’Europe. Par ailleurs,
non contents de singer benoitement le grand voisin, nombre de pays
européens consentent également à payer l’impôt habituellement
prélevé par les empires sur leurs populations pacifiées. Ils le
payent en argent : il n’y a qu’à voir les excédents
commerciaux engrangés par Berlin sur ses voisins pour s’en
convaincre. Et ils le payent en hommes. Car l’Allemagne, qui
s’était déjà spécialisé dans l’usage à son profit de la
main d’œuvre à bas coûts des pays de son hinterland
d’Europe de l’Est, importe également, désormais, des
travailleurs d’Europe du Sud fuyant la crise, qui aident à pallier
le déficit démographique germanique.
Il faut
dire qu’en bâtissant cet entrelacs d’institutions techniques que
constitue l’Union européenne, on a offert à l’Allemagne un
redoutable accélérateur de puissance. Au gré des différentes
étapes que constituèrent la réunification, la création de la
monnaie unique puis la crise de l’eurozone, la République fédérale
a lentement étendu son pouvoir sur l’Europe institutionnelle, au
cours d’un processus où l’on peine à faire la part des choix
volontaires et du simple enchaînement déterministe des causes et
des effets.
Quoiqu’il
en soit, au terme de ce que Tony Corn, un rien provocateur, appelle
un « Anschluss aimable et doux » les intérêts de l’Union européenne et ceux de l’Allemagne
se trouvent désormais superposés. Ce pays domine d’une tête le
Parlement européen dont le Président, son directeur de cabinet et
le secrétaire général sont allemands. Tout comme le président de
la Banque européenne d’investissement (BEI) et le directeur
général du Mécanisme européen sont allemands (MES). Ailleurs, ce
sont des représentants de la zone d’influence immédiate de
l’Allemagne qui ont été imposés par Angela Merkel : le
polonais germanophone Donald Tusk à la présidence du Conseil et le
luxembourgeois Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission
européenne. La France, elle, a dû se contorsionner pour réussir à
fourguer Pierre Moscovici à la Commission. Encore est-il flanqué de
deux supérieurs hiérarchiques respectivement originaires d’Europe
de l’Est (Vladis Dombrovskis, Lettonie) ou du Nord (Jyrki Katainen,
Finlande)….
Economie
de restrictions tous azimuts qui semble partie pour engendrer une
longue et sévère période déflationniste, crise politique profonde
liée à l’enserrement des souverainetés nationales dans un
écheveau institutionnel sur lequel l’Etat le plus puissant a
réalisé une OPA, l’Union européenne s’est muée en véritable
trou noir économique et démocratique. Il ne lui reste plus, pour
parfaire le tableau, qu’à devenir un trou noir géopolitique.
Ce
funeste défi, elle semble en passe de relever en se brouillant avec
de larges parties du monde. C’est déjà le cas à l’Est :
la gestion erratique des relations avec la Russie contribue déjà à
convaincre ce pays, déjà bien installé dans des cénacles tels que
l’Organisation de coopération de Shanghai ou l’Apec, que sa
vocation est asiatique plus qu’Européenne. Et cela se fera
d’autant plus facilement que le dynamisme de l’Asie est autrement
plus engageant que la progressive fossilisation de l’Europe. Mais
ce pourrait finir par être également le cas à l’Ouest. Car les
Etats-Unis, qui ont renoué avec la croissance, ne peuvent manquer de
pâtir, à terme de la stagnation européenne. Les Américains ont
d’ailleurs été les premiers à s’alarmer, dès 2013, des
excédents commerciaux allemands. Ils n’ont de cesse, depuis, de
demander à la République fédérale de relancer sa demande
intérieure. En vain.
Les
responsables politiques français, eux, se montrent sans cesse plus
empressés d’avaliser cet état des choses, enfermant l’Hexagone
dans le rôle humiliant de « poltron décisif » (Lordon)
ou de de « poule mouillée de l’Allemagne » (Steve Ohana). C’est en Allemagne – et non à Bruxelles – qu’on se
rend pour défendre les choix économiques français, pour obtenir
des indulgences sur le projet de budget français bref, pour faire
allégeance. Le très europhile Jean Quatremer s’en désole en ces termes : "en ignorant Bruxelles, Paris reconnait tout simplement que la réalité du pouvoir est désormais à Berlin. Une étrange capitulation qui n'est pas sans risque pou l'avenir de l'Europe".
Pour l'avenir de l'Europe et... pour celui de la France. Car le jugement de l'Histoire, on l'a parfois vu, peut être assez dur pour les capitulations.
(1) On
pense notamment au livre de l’économiste Marcel Fratzscher, Die
Deutschland illusion
(Allemagne,
l’illusion), paru
il y a quelques semaines.
vendredi 5 décembre 2014
Entretien sur le site Philitt
Voici un entretien réalisé avec le site PHILITT et dont je reproduis ici le début.
***
PHILITT : Les instances européennes ont plusieurs fois dénigré la démocratie. Qu’est-ce que cela nous dit de la nature du pouvoir supra-national ?
Coralie Delaume : Au lieu de dire que les instances européennes « dénigrent » la démocratie, sans doute est-il plus juste d’exprimer les choses ainsi : la manière dont est organisée l’Europe institutionnelle est contraire aux principes de la démocratie. Pour plusieurs raisons. La première relève d’une logique enfantine : si « démocratie » signifie « pouvoir du peuple », alors on ne peut avoir une démocratie que si on a un peuple. Ce qui n’est pas du tout le cas en Europe aujourd’hui. Il n’y a pas un peuple européen mais 28…. D’ailleurs, lesdits peuples ont bien conscience du caractère étrange de notre Union européenne. Ils ne se sentent absolument pas représentés par le Parlement de Strasbourg par exemple. Les taux d’abstention relevés lors du dernier scrutin européen en témoignent, plus encore que le bon score des partis dits « eurosceptiques ». Il faut dire que l’Assemblée de Strasbourg est un curieux ersatz. Outre le fait qu’elle ne représente personne, elle ne dispose même pas, à l’inverse des Parlements véritables, de l’initiative des lois européennes.
Il y a ensuite les autres institutions. La Banque centrale européenne, par exemple, est une banque de type fédéral, mais dont la particularité est de n’être adossée à aucun État fédéral. Elle échappe donc à tout contrôle démocratique puisqu’elle n’est pas aux ordres du politique. Son président Mario Draghi conduit de manière autonome la politique monétaire de la zone euro, en fonction d’objectifs qu’il se fixe à lui-même. Pour tout ce qui concerne la monnaie, ce ne sont donc pas des élus qui décident, c’est un banquier…
De la Commission européenne, il est dit dans les traités qu’elle représente « l’intérêt général européen ». Quel est-il ? Si l’on appartient au club des joies simples et que l’on se réfère aux canons de la philosophie rousseauiste, on aura bien du mal à répondre. Car l’intérêt général, en principe, c’est celui d’un peuple. Et c’est la délibération démocratique qui permet de le formuler, cette délibération ayant généralement lieu dans une Assemblée. Non dans une structure technique comme la Commission qui demeure, qu’on le veuille ou non, une grosse administration. Quand il n’y a ni peuple ni délibération, l’intérêt général, on peut le chercher longtemps !
Quant à la Cour de justice de l’Union, elle s’occupe d’émettre du droit jurisprudentiel, qu’elle invente tranquillement dans son coin, sans que les citoyens la dérangent beaucoup. Puis les États membres doivent appliquer ce droit. Or, quelle est la légitimité de ce droit, qui n’émane pas d’un législateur (d’une Assemblée représentative) mais, là encore, d’une administration supranationale ?
Il y a donc un problème démocratique évident au sein de l’Union européenne. Un très gros problème, même, dont je m’étonne qu’il n’affole pas davantage les responsables politiques nationaux !
La suite ICI....
lundi 6 octobre 2014
Si la Commission européenne retoquait le budget 2015 de la France....
Jadis, il se disait que
le consentement à l'impôt était au principe même de la
démocratie. De même, en ces temps reculés, alors qu'on circulait
encore à cheval, que les princes charmants combattaient encore des dragons et qu'on utilisait le Minitel pour draguer en ligne, beaucoup
de gens croyaient que le vote du budget de l’État était l'une des
principales prérogatives des représentants de la nation, c'est à
dire du Parlement.
Mais ça, comme dirait
l'autre, c'était avant.
Maintenant c'est
différent. On a modernisé ces vieilles pratiques car elles
sentaient la poussière. Elles n'étaient pas très fun,
elles n'étaient pas très wizzz, elles n'était pas très
« my government is pro-business ». Par chance,
l'Union européenne vint, qui nous aida à venir à bout de ces
rigidités.
***
Le six pack (oh
yeah) et le two pack (come on babe) sont une série
de textes votés par le Parlement européen en 2011 et 2013 et qui
ont largement accru les prérogatives de la Commission européenne en
matière budgétaire. En vertu de ces directives et règlements,
celle-ci peut désormais poser son regard velouté de jeune biche sur
les projets de loi de finances des différents États-membres, avant
même que lesdits projets aient été examinés par les Parlements
nationaux. Ceci constitue, chacun s'en doute, un grand pas en faveur
de « la démocratisation des institutions européennes »
et du « rapprochement de l'Union et des citoyens » tant
désirés par les Bruxello-militants.
C'est à ce petit jeu
intrusif que se livre actuellement la Commission. Et c'est à la
faveur de ces pouvoirs flambant neufs qu'elle devrait, apprend-on, demander à la France :
- de corriger son projet
de budget,
- à défaut, de payer
une amende pouvant aller jusqu'à 4 milliards d'euros,
- et pour finir, pan-pan
cucu, un suppo et au dodo.
***
Par chance, en termes
d'affront, la France a pu bénéficier d'un entraînement préventif
taillé sur mesure : elle a d'abord dû supplier pour parvenir à
caser un Français – Pierre Moscovici – à un poste économique
au sein de l'exécutif européen. Puis elle a dû accepter qu'il soit flanqué de deux supérieurs hiérarchiques1,
tous deux conservateurs et respectivement issus des Pays Baltes et
d'Europe du Nord. Elle le verra peut-être enfin se faire recaler malgré tout, après qu'il se fût prêté à une audition devant les
parlementaires européens jugée peu convaincante par iceux.
Bien sûr, ce ne sont là
que vétilles comparé à l'impact qu'aurait une censure du projet de
loi de finances, qui constituerait un viol caractérisé des
prérogatives du Parlement français. Que
ceci soit tacitement
accepté par avance
et par tout le monde, qu'on
ne se rappelle avoir entendu personne protester contre l'adoption des
six
et two packs n'y
change rien.
L'humiliation
serait totale.
***
Surtout,
cela constituerait un magnifique « deux poids, deux mesures »
dans la
manière dont les
experts-comptables de
Bruxelles mènent
leurs expéditions punitives.
En effet, la Commission n'est pas censée
sanctionner les seuls déficits, mais
l'ensemble des déséquilibres macroéconomiques.
Dont
les excédents excessifs font évidemment partie puisqu'ils
contribuent également
à
déstabiliser
l'économie de la zone euro. En principe, il est donc interdit à un
pays membre d'afficher un solde de ses
comptes extérieurs courants supérieur
à
6 % de
son PIB
pendant plus de trois ans.
Un pays, pourtant,
s'affranchit de cette règle dans l’allégresse et dans la longue
durée. Il s'agit bien sûr de l'Allemagne, qui détient - devant la
Chine - le record du monde en matière de surplus commerciaux et qui
devrait afficher un excédent courant de 7,2 % de son PIB cette année. Un chiffre qui alarme beaucoup de monde puisque les États-Unis s'en sont émus dès 2013, suivis du Fonds monétaire
international. Même l'austère patron de la Banque centrale
allemande, Jens Weidmann, semble avoir plaidé un temps pour en
rabotage de la compétitivité allemande relative, puisqu'il
proposait en juillet dernier que les salaires soient augmentés de
3 % dans son pays.
La Commission Barroso, quant à elle, envisagea furtivement des sanctions à l'encontre de Berlin. Depuis, on n'a guère de nouvelles, au point qu'on a envie
d'oser cet audacieux questionnement : « outé sanctions,
outé ? ».
Las, on peut s'autoriser
à douter que Jean-Claude Juncker qui doit son poste de président de
la Commission à Angela Merkel tout comme il lui doit la
possibilité-même d'y avoir été candidat2,
se hasarde à exhumer cet épineux dossier. Et l'on s'interroge
derechef : outé, impartialité, outé ?
1 Les
deux patrons de Pierre Moscovici sont le Finlandais Jyrki
Katainen, désormais
vice-président de
la Commission chargé de
l'emploi et de la croissance, et
le Letton Vladis Dombrovskis, vice-président chargé de l'euro et
du... dialogue social (si, si....).
2 Angela
Merkel a d'abord imposé que Jean-Claude Junker soit le candidat du
PPE au poste de Président de la Commission car elle ne voulait en
aucun cas de Michel Barnier. Elle a ensuite imposé que Junker soit
effectivement nommé, en dépit de l'opposition farouche de la
Grande-Bretagne.
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