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jeudi 28 avril 2016

Montée des «populismes», Brexit, migrants : par quel bout l'Europe va-t-elle exploser ?





Après le « non » au référendum néerlandais du 6 avril, qui avait rendu « triste » le très émotif président de la Commission Jean-Claude Juncker, les chroniqueurs du GEE (Grand effondrement européen) font aujourd'hui la part belle à un autre référendum, celui à venir en Grande-Bretagne. En effet, le risque du Brexit est a priori le plus immédiat d'entre ceux qui pèsent sur l'Union. Toutefois, un rapide tour d'horizon a tôt fait de montrer qu'il est loin d'être le seul. Au point où l'on en est, on ne se demande plus si l'UE – et en son sein la zone euro – survivra à tout cela. On se demande simplement de quelle plaie elle périra, et quand.

Le risque du Brexit

La « campagne Brexit » a officiellement débuté vendredi 15 avril, avec la désignation, par la commission électorale britannique des deux camps en présence. Ainsi, The In Campaign, emmené par un authentique homme du peuple en la personne de Lord Stuart Rose, ancien PDG de Marks & Spencer, sera opposée jusqu'au 23 juin à Vote Leave, regroupant le camp des partisans de la sortie.

En France, certains se donnent beaucoup du mal pour tenter de peser sur le scrutin. Le ministre Emmanuel Macron, par exemple, a récemment expliqué que si la Grande-Bretagne quittait l'UE, elle serait « tuée » - rien que ça - dans les négociations commerciales mondiales . En mars dernier, le même avait déjà prévenu les Anglais qu'en cas de Brexit, la France ne retiendrait à plus à Calais les migrants désireux de traverser la Manche. Bien sûr, il s'était abstenu de préciser que les modalités de contrôle de la frontière franco-britannique sont actuellement régies par l'accord bilatéral du Touquet (février 2003), d'ailleurs très désavantageux pour la France, mais qui n'a pas grand chose à voir avec l'appartenance de l'un et l'autre pays à l'Union européenne.

Il faudra encore un peu de patience pour savoir si les rodomontades hexagonales - et peut-être aussi celles de Barack Obama.... - sont parvenues à impressionner les électeurs d'Albion. Si les sondages indiquent plutôt, à ce stade, une avance des partisans du maintien, le résultat pourrait toutefois être serré.

On l'avait oubliée : revoilà la crise grecque

Mais le Brexit n'est évidemment pas le seul risque auquel soit confrontée l'Union européenne. Avec une économie effondrée, une dette insoutenable, l'omniprésence d'une ex-Troïka exigeant des réformes sans cesse plus dures et confrontée à des flux migratoires inédits, il était évident que la Grèce referait parler d'elle.

C'est le cas, alors que se profile une nouvelle échéance pour le pays. Celui-ci devra rembourser plus de 3 milliards d'euros d'emprunts (450 millions au FMI et 2,3 milliards à la BCE) entre le 13 et le 20 juillet. Ce remboursement ne sera possible que grâce au versement d'une fraction du plan d'aide de 86 milliards voté à l'été 2015, pour l'obtention duquel Alexis Tsipras a tout de même consenti à oublier le programme sur lequel Syriza s'était fait élire, et à s’asseoir sur le résultat d'un référendum. Actuellement, le pays surnage encore sans déblocage d'argent frais. Mais c'est avant tout, comme expliqué ici, parce que le gouvernement accable les Grecs d'impôts.

En juillet, cela ne suffira plus. C'est pourquoi il est urgent que les créanciers de la Grèce procèdent au versement d'une partie de l'aide promise, d'autant que ces 86 milliards sont presque exclusivement destinés à rembourser les prêteurs, certainement pas à adoucir les vie des gens. Problème : si Tsipras a consenti à signer le « troisième mémorandum » sous le joug duquel vit actuellement le pays, c'était pour obtenir la restructuration d'une dette - 180 % du PIB - dont tout le monde sait qu'elle ne sera jamais payée. De cette restructuration, l'Allemagne ne veut à aucun prix. Le FMI, lui, en veut bien, mais à condition de réformes d'une dureté impitoyable : poursuite du rabotage des retraites (alors que le minimum retraite a déjà été abaissé de 18 % en un an), de la hausse des impôts, augmentation du montant des excédents budgétaires à dégager, etc.

Entre une dette incommensurable, des demandes de réformes invraisemblables, des « partenaires » divisés mais intraitables, on pourrait rapidement en revenir à une situation proche de celle du printemps 2015, avec des blocages épars et un pays sans cesse au bord de la faillite. Le tout sur fond de rumeurs d'exfiltration possible d'Alexis Tsipras, d'organisation éventuelle d'élections anticipées, en somme, de turbulences politiques.

La crise des migrants, toujours en fond de tableau

Ce serait d'autant plus grave que la Grèce fait face à un défi migratoire d'une ampleur inédite. Elle abrite un nombre record de personnes bloquées sur son territoire depuis que la « route des Balkans » a été fermée. Ces migrants sont plus de 11 000 à s'entasser dans le camp d'Idomeni, où les heurts et les tensions s'accumulent. Le 10 avril, par exemple, 250 d'entre eux ont été blessés par des tirs de gaz lacrymogènes de la police macédonienne, alors qu'ils tentaient de franchir la frontière.

De telles tensions dans ce coin fragile d'Europe du Sud ne sont certainement pas une bonne nouvelle pour l'UE, quand bien même elle tente de mettre un mouchoir dessus. Comme l'explique ici le spécialiste Amaël Cattaruzza, « les Balkans sont un thermomètre de l'Europe (…) ils révèlent les faiblesses de l'Union européenne ». Dans un ouvrage de référence, l'historien Olivier Delorme, rappelle quant à lui que c'est précisément dans cette région que se prépara le Premier conflit mondial, avec, en guise de prolégomènes, les deux guerres balkaniques de 1912 et 1913. Dans La Grèce et les Balkans (Gallimard 2013, tome II p. 780) il va jusqu'à qualifier la Grande Guerre de « troisième guerre balkanique ».

Le problème des banques italiennes

En tant que pays méditerranéen, l'Italie prend elle aussi plus que sa part dans la gestion de la crise migratoire. Il semble d'ailleurs que le nombre des arrivées y augmente depuis que l'accord UE-Turquie du 18 mars dernier rend plus difficile l'entrée dans Schengen via la Grèce.

L'Autriche, déjà à l'origine de la décision de fermer la route des Balkans, envisage de transformer l'essai et de faire de l'Italie un nouveau piège à migrants. En effet, elle a annoncé sa volonté de renforcer les contrôles à la frontière entre les deux pays, et il est même question de la construction d'une clôture « symbolique » au niveau du col du Brenner, une idée que ne renierait sans doute pas le parti de la liberté d'Autriche (FPÖ). Pour le coup, celui-ci est arrivé très largement en tête du premier tour de l'élection présidentielle de ce dimanche avec plus de 35 % des suffrages, en éliminant au passage la droite et la gauche traditionnelles.

Mais ce n'est pas le seul défi auquel l'Italie ait à faire face, loin de là. Ses banques, on le sait, sont dans un état d'extrême fragilité, qui inquiète la planète finance. On se souvient de leur plongée vertigineuse en bourse (-40%) au tout début de l'année 2016, cependant qu'elles ploient sous 200 milliards d'euros de créances douteuses. Du coup, entre autres tentatives de colmatage, le gouvernement italien a annoncé la semaine dernière la création d'un fonds spécial pour soutenir les banques transalpines. D'un fonds doté de... 5 milliards d'euros, soit moins de 3 % du total des prêts non performants. Apparemment amusé, le site spécialisé en finances Zero Hedge qualifie l'initiative de « blague de la semaine » .

Toutefois, même si elles sont loin d'être sorties de l'auberge, le zoom sur les banques italiennes ne doit pas faire oublier combien vont mal certaines banques allemandes ( notamment la première d'entre elles, la Deutsche Bank), les banques grecques (évidemment), ou à négliger cette information : l'Autriche (tiens, tiens...) vient tout juste d'inaugurer le premier bail in européen (sauvetage d'une banque à partir de l'argent des actionnaires et des déposants, sans usage d'argent public) d'une banque en faillite, Hypo Alpe Adria.

L'Espagne, toujours sans gouvernement

Quant à l'Espagne, si la situation économique y reste difficile avec un taux de chômage à 21%, le second plus haut de l'Union européenne, c'est surtout à une crise politique qu'elle est actuellement confrontée. Le pays se trouve sans gouvernement depuis quatre mois. En effet, les élections générales du 20 décembre 2015 y ont fait voler en éclat un bipartisme très installé qui opposait traditionnellement le Parti populaire (PP) aux socialistes du PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol). Elles ont introduit brutalement dans le jeu Ciudadanos (C's), un parti de droite libérale « espagnoliste », et Podemos, le parti de gauche anti-austéritaire.

Depuis lors, le blocage est total. Aucune coalition ne parvient à se former. On a bien cru, l'espace d'un moment, qu'un ménage à trois se révélerait possible, que le socialiste Pedro Sanchez réussirait à unir la carpe et le lapin, et à former autour de lui un gouvernement allant de C's à Podemos. Les militants de ce dernier en ont décidé autrement. Alors que Pablo Iglesias a fait le choix de les consulter pour qu'ils adoubent ou repoussent le « pacte Rivera-Sanchez », c'est à dire l'accord de gouvernement signé entre le patron du PSOE et celui de Ciudadanos, les militants l'ont très massivement rejeté. Le 18 avril, plus 88 % d'entre eux disaient « non » à ce pacte économiquement très orthodoxe.

Désormais, le pays s'achemine vers une dissolution du Parlement le 2 mai, puis vers la tenue d'élections anticipées le 26 juin. L’Espagne demeurera-t-elle ingouvernable après cela ? Impossible à prévoir. La seule chose que l'on saura à cette date, puisque les Anglais auront voté trois jours avant, c'est si la Grande-Bretagne poursuit la croisière infernale ou si elle quitte enfin le bord.

Les relations tendues de l'Allemagne et de la BCE

Ce panorama d'apocalypse ne serait toutefois pas complet si l'Allemagne n'était pas là pour jeter quelques hectolitres d'huile dans la fournaise. Aussi le ministre des finances Wolfgang Schäuble a-t-il jugé le moment opportun pour critiquer la politique actuelle, certes très accommodante, de la Banque centrale européenne (taux nuls voire négatifs, quantitative easing étendu au rachat d'obligations de certaines entreprises), et pour lui attribuer les succès obtenus en mars par l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) lors des scrutins régionaux du Bade-Wurtemberg, de Rhénanie-Palatinat et de Saxe-Anhalt.

Que l'AfD ait, suite à des bisbilles internes et à un changement de leader, mis en sourdine sa rhétorique anti-euro pour se consacrer exclusivement à la question migratoire, n'y change rien. Que la BCE n'ait plus que peu de marge de manœuvre, qu'elle soit obligée d'agir ainsi pour éviter que les économies du Sud de la zone euro ne soient emportées par un tourbillon déflationniste, non plus. Les largesses monétaires ne sont pas du goût des Allemands, et ne l'ont jamais été.

Quant à la monnaie unique et aux modalités de sa gestion par une Banque centrale fédérale, elles ne peuvent pas convenir à tout le monde. Du coup, elles finissent par ne plus convenir à personne. En juin 1992, des économistes allemands l'annonçaient déjà dans un « Manifeste des 60 contre Maastricht ». Ils y écrivaient : « l'introduction précipitée d'une union monétaire va soumette l'Europe à des tensions économiques intenses qui, à bref délai, peuvent conduire vers l'épreuve d'un déchirement. L'union monétaire pourrait menacer par là l'objectif d'intégration ». Nous y sommes.

Et nous y sommes à un point tel que l'on ne se demande plus si l'Union européenne – et en son sein la zone euro – survivra à tout cela. On se demande simplement de quelle plaie elle périra, et on se demande quand. 


Article initialement paru dans le Figarovox


mardi 26 avril 2016

Monnaie hélicoptère : la BCE va-t-elle verser de l'argent sur nos comptes ?






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La Banque centrale européenne mène des politiques de plus en plus hétérodoxes. Le but est de réintroduire de l'inflation dans l'économie de la zone euro parce oui, il en faut un peu ! Taux d'intérêts nuls ou négatifs, quantitative easing, LTRO... rien n'y fait. Alors, on évoque depuis quelques temps dans les cénacles spécialisés l'idée que la BCE pourrait recourir à la "monnaie hélicoptère", son "arme ultime", grâce à laquelle elle verserait des sommes d'argent directement sur les comptes bancaires des citoyens européens. Possible, un truc pareil ? Et comment cela marcherait-il ? Explications :
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Par Steve Ohana 


Dans certaines circonstances, l’économie n’arrive pas à converger vers le plein emploi après un « choc négatif de demande ». 

Si par exemple, un secteur de l’économie est très endetté et commence à épargner pour rembourser sa dette (ménages ayant souscrit des emprunts supbprime aux Etats-Unis à partir de 2007, entreprises et ménages dans les pays périphériques de la zone euro après 2008), la baisse de consommation qui en découle produit un « choc négatif de demande ». Celui-ci est difficile à absorber par l’économie. En effet, quand trop d’acteurs surendettés cherchent à épargner en même temps, la baisse de demande provoque mécaniquement celle des prix (des biens mais également des actifs comme par exemple l’immobilier et les actions), qui en retour amplifie généralement le problème d’endettement du secteur surendetté et donc renforce le problème de demande. S'installe alors un cercle vicieux. 

Il y a deux réponses de politique économique possibles à un déficit de demande dans l’économie : la relance monétaire et la relance fiscale. 

1) La relance monétaire :

** Elle consiste à baisser les taux d’intérêt (1a). La Banque centrale européenne l'a fait à plusieurs reprises et depuis début mars, son principal taux directeur est à zéro. 

**Justement, lorsque les taux deviennent nuls et que cela reste insuffisant pour ramener l’économie au plein emploi, la Banque centrale peut chercher à baisser les taux réels en augmentant les anticipations d’inflation par l’achat d’actifs sur les marchés (elle émet de la monnaie pour acheter par exemple des obligations d’État (1b). Cela aussi, la BCE le fait depuis 2015 dans le cadre de ce qu'on appelle le quantitative easing (QE). Depuis mars 2016, elle a même élargi le champ d'action de ce QE. Alors qu'elle n'achetait jusque-là que de la dette publique, elle achète désormais aussi des obligations d'entreprises de bonne qualité. En tout état de cause, il s'agit bien là d'un échange. Ainsi, la Banque centrale émet de la monnaie pour acquérir des actifs déjà en circulation. Elle les conserve à son bilan. 

** Dans les deux cas, 1a comme 1b, la baisse des taux réels aura pour effet de décourager l’épargne - puisque l'argent épargné est moins bien rémunéré lorsque les taux réels sont bas - donc soutenir la consommation et l’investissement privés. 

** L’inconvénient est que les politiques d’achat d’actifs peuvent se traduire par la création de bulles sur les seuls marchés d’actifs (en somme, ça fait monter le prix des actifs de façon déconnectée de la croissance des bénéfices des entreprises ou de l’inflation), sans se traduire par une augmentation significative de la demande de biens dans l’économie dite « réelle ». 

** C'est le cas lorsque personne ne veut consommer. Les acteurs surendettés ne le veulent pas en raison de leur surendettement. Les acteurs peu endettés préfèrent continuer à épargner car ils ont des anticipations négatives sur les perspectives de l’économie réelle.

2) La relance fiscale : 

** Elle consiste, pour le gouvernement, à émettre de la dette pour financer des dépenses publiques (par exemple, d’infrastructures), qui vont avoir pour impact une hausse de la demande réelle. Cet impact est déterminé par ce que les économistes appellent le « multiplicateur fiscal » : une hausse des dépenses publiques (ou une baisse des impôts) provoque une augmentation du revenu disponible des ménages, dont une partie sera consommée, cette hausse de la demande se traduisant par des revenus supplémentaires dont une partie sera à nouveau consommés etc. En période de récession, le multiplicateur fiscal est nettement supérieur à son niveau en période normale car l’économie est en surcapacité : la hausse de la demande ne provoque pas de hausse de l’inflation donc pas de hausse des taux d’intérêt par la Banque Centrale qui décourageraient l’investissement.

** Ainsi, le désir d’épargne du secteur privé trouve un débouché où s’investir, à savoir les déficits publics. 

** Le principal obstacle à cette politique est l’augmentation de la dette publique. Ainsi, la dette publique japonaise atteint aujourd’hui le niveau de 250% de son PIB suite à plusieurs décennies de relance fiscale consécutives à l’éclatement de sa bulle d’endettement privé en 1990. Par  ailleurs, au sein de la zone euro, les possibilités d'endettement sont en principe limitées par les « critères de convergence », même si personne ne les respecte, et le montant des dettes publiques des États membres est surveillé par la Commission de Bruxelles. 


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La monnaie hélicoptère

Ce qu’on appelle « Helicopter Money » est une solution hybride entre les solutions 1b (achat d’actifs par la Banque centrale) et 2 (relance fiscale, ou financement de dépenses publiques par l’émission de dette).

** Quand la Banque centrale achète des actifs sur les marchés (1b), elle ne rend pas immédiatement plus riche le secteur privé puisque comme on l'a vu, il s’agit juste d’un échange d’actifs entre la Banque centrale et les investisseurs privés. Les investisseurs privés détenaient par exemple des obligations d’État, qu’ils échangent contre du cash mis en réserve à la Banque centrale. Le but est d’inciter les investisseurs à investir ensuite ce cash dans des actifs plus risqués (dette d’entreprises, actions, devises étrangères…) et ainsi de stimuler l’investissement et la prise de risque via la hausse du prix des actifs risqués. 

** Le secteur privé s’enrichira donc, si la politique est couronnée de succès, à travers la hausse du prix des actifs (effet richesse). Mais cet effet richesse concernera essentiellement les détenteurs d’actifs, pas les agents économiques dans leur ensemble. De plus, son effet sur la demande est incertain, les détenteurs d’actifs pouvant être tentés d’épargner la richesse créée plutôt que de consommer ou d’investir.

** Quand le gouvernement émet de la dette publique pour financer des dépenses publiques (solution 2 : relance fiscale), alors le secteur privé s’enrichit immédiatement mais, dans le même temps, le secteur public voit sa dette augmenter. 

** Dans la solution hybride de la monnaie hélicoptère, la Banque centrale envoie directement un chèque à chaque individu. Chaque individu aura sur son compte en banque une somme par exemple de 1000 euros (plus 1000 euros pour chaque enfant à charge) et sa banque aura également un dépôt de 1000 euros à la Banque centrale. Avec des sommes de cet ordre, la zone euro comptant 340 millions d’habitants, cela correspondrait à une dépense de 340 milliards d’euros, soit en gros l’équivalent du plan Juncker, sauf que ce dernier est un objectif d’investissement sur une durée de trois ans. 

** Ce procédé s'apparente à une relance fiscale, car ce chèque n’est pas un achat d'actif par la Banque centrale. Il n'y a pas un échange mais bel et bien un « don ».

** Toutefois, contrairement à la relance fiscale stricto sensu, il n’y a pas ici d’augmentation de la dette publique, simplement augmentation de la « base monétaire » (la base monétaire est la somme des billets en circulation et de l’argent déposé par les banques commerciales à la Banque Centrale). 

** Sur le plan monétaire, cette opération est équivalente à la séquence suivante :
==> Le gouvernement émet de la dette pour financer des dépenses publiques (cas 2)
==> La banque centrale rachète immédiatement cette dette aux investisseurs privés qui l’ont acquise (cas 1b) puis « efface » cette dette de son bilan. Elle a donc créé de la monnaie sans détenir d’actifs en contrepartie. 

Cette séquence correspond à ce que l'on appelle « financement monétaire » ou « monétisation » des déficits publics, c’est-à-dire que les déficits publics, au lieu de se traduire par l’augmentation de la dette publique, se traduisent par l’augmentation de la base monétaire. La monétisation des déficits publics est interdite par traité dans la plupart des pays avancés : quand la Banque centrale achète de la dette publique sur les marchés comme le fait aujourd'hui la BCE dans le cadre du quantitative easing, elle ne l’efface jamais. Elle la conserve à son bilan, dans le but de la revendre ultérieurement.

L'helicopter money est strictement équivalente à une monétisation des déficits publics sur le plan monétaire. Mais la différence est importante sur les plans économique et politique :

** Ainsi,  quand la Banque centrale finance directement les déficits publics (comme c’était le cas en France jusqu’au début des années 70), elle perd son indépendance vis-à-vis des gouvernements dans la poursuite de son objectif d’inflation. 

** Dans la monnaie hélicoptère, les gouvernements sont transparents. Ce sont les agents privés qui décideront quel type de dépenses ils désirent faire. 

** Au contraire, dans le cas de la monétisation des déficits publics par la Banque Centrale, c’est l’Etat « stratège » qui sera responsable de l’allocation des ressources (par exemple, en décidant d’investir dans la transition écologique et énergétique, dans le numérique etc.).  

** Une autre différence importante est que la monétisation des déficits publics se traduit par une baisse immédiate du chômage dans le pays où elle est implémentée (le gouvernement recrute ou provoque des recrutements dans les entreprises nationales dont il devient le client) tandis que l’helicopter money, plus « aveugle » sur la destination des dépenses, peut finalement se traduire par une stimulation des importations…


Les obstacles à la mise en oeuvre 

Il y a plusieurs types d’obstacles à l’helicopter money. C'est d'ailleurs pourquoi Mario Draghi explique ici (vidéo ci-dessous) qu'elle était un « concept intéressant » actuellement étudié dans des cénacles académiques, mais qu'il n'avait jamais réellement parlé de l'utiliser. 

1) Le premier obstacle est juridique : la Banque Centrale n’a pas le mandat pour mener une monétisation des déficits qui s’apparente en réalité à une politique fiscale. Un changement du cadre institutionnel s’imposerait pour pouvoir faire cela.

2) Le second obstacle est politique : une telle action se heurterait immédiatement à l’opposition politique de pays comme l’Allemagne, qui pourraient la considérer comme un cadeau de plus aux nations dépensières (ce qui ne serait pas le cas au sens strict car la répartition serait totalement équitable entre pays européens) et y voir les prémisses d’une inflation non maîtrisée en zone euro (ce qui ne serait pas le cas non plus si le « cadeau » est correctement calibré). 





** On peut retrouver Steve Ohana sur son blog ici

** Sur les questions monétaires et en particulier sur la Banque centrale européenne, on peut lire une interview du politiste Clément Fontan ici 


mercredi 20 avril 2016

Brexit : cinq idées imparables pour l'empêcher.







Le référendum organisé le 23 juin en Grande-Bretagne pourrait bien aboutir à un Brexit, une sortie pure et simple de pays de l'Union européenne. Les sondages donnent en effet un résultat serré. Certains donne même le « out » vainqueur

Par chance, certains ont des idées imparables pour éviter cette issue fatale. 
Tour d'horizon des cinq meilleures initiatives.


Les idées de la Commission européenne

Deux excellentes idées avancées par la Commission européenne consistent à renoncer à des projets d'ampleur, de ceux dont on se dit qu'ils sont vraiment à la hauteur des défis de notre temps. 

1- Ainsi, pour ne pas entrer en conflit avec « l'obsession britannique » pour ce type d'ustensiles, Bruxelles a temporairement renoncé à interdire certaines bouilloires, pourtant jugées trop gourmandes en énergie. 
Il fallait y penser ! Non seulement à y renoncer, mais déjà, à l'envisager. Félicitations à la Commission ! 

2 - Mais que serait une non-interdiction de bouilloires qui ne serait pas accompagnée d'une non-interdiction concomitante de grille-pains ? On se le demande ! Par chance, l'exécutif européen a également pensé à différer sa « loi grille-pains ». La liberté de toaster son pain comme on l'entend étant quand même un droit de l'Homme, on respire.... 


Les initiatives citoyennes

Comme chacun sait, les initiatives citoyennes ont vocation à « faire de la politique autrement ». Avec le cœur par exemple, et en introduisant « de l'horizontalité ». 

3 - Afin de « faire quelque chose de positif, qui aille au-delà des directives et des réglementations européeennes… », qu'elles concernent les bouilloires ou les grille-pains, une jeune allemande nommée Katrin Lock, a ainsi lancé la campagne « Hug a Brit ». 
Le concept est simple : il s'agit de trouver un britannique - on a tous ça sous la main non ? - vivant ou mort - statues acceptées -, de l'enlacer, de faire un selfie et de poster ça sur les réseaux sociaux. Le tout pour témoigner à nos amis britannique de l'amour qu'un leur porte et d'un désir ardent de les garder dans l'UE. 
Dans la même optique paneuropéenne et en toute « horizontalité », on attend avec impatience la campagne « Fuck a Brit », et la mise en ligne des sex-tapes afférentes. 

4 - C'est sans doute l'un des trollages les plus efficaces jamais commis : une personne s'est empressée, pour pourrir la campagne des pro-Brexit sur le web, d'acheter deux des noms de domaines qu'ils auraient pu acquérir. 
Ainsi, lorsque l'on se rend sur « voteleave.co.uk » ou que l'on clique « voteleave.com », on tombe sur.... ça : www.voteleave.com


Les initiatives domestiques

5 - Pour finir, il y a aussi les idées made in UK, y compris celles initialement mises en euvre dans le but de promouvoir le Brexit. Mais quand on regarde la vidéo ci-dessous, diffusée par le UKIP, la formation de Nigel Farage et intitulée « Britain’s coming home » (« la Grande-Bretagne rentre à la maison »), on peut tout a fait envisager que ça ait précisément l’effet inverse. Jugez plutôt : 





lundi 18 avril 2016

Nuit debout : lettre ouverte à Frédéric Lordon



Frédéric Lordon place de la République



Par Pascale Fourier 



La Nuit debout à Paris, partie de la contestation de la loi El Khomri, s'enlise dans la multiplication de luttes partielles, sans parvenir à se hisser à la cohérence d'une analyse systémique. Union Européenne, libre-échange, euro, autant de mots inconnus des jeunes participants qui lui préfèrent le mot de « décroissance », notamment. Aller vers une cohérence et une analyse systémique devient urgent.

***

Cher Frédéric Lordon, 

Je reviens de la « Nuit debout » à Paris, suivie par intermittence pour pouvoir aussi me laisser aller aux joies des retrouvailles avec un camarade pas vu de longue date. Il a été question d'actions à amplifier après celle menée contre un Mac Do dans le coin, d'actions à mener devant les commissariats où sont emmenés les interpellés, de la responsabilité de la France dans le génocide du Rwanda, d'appel de la « Commission internationale » à ce que tous, de tous les pays, rejoignent la Nuit debout dans quinze jours et développent le mouvement sur toutes les places du monde. On a aussi voté sur un texte de la « Commission média » tendant à prendre des distances avec les actions violentes menées par des casseurs, les soirs, et que reprennent à l'envi les médias pour délégitimer le mouvement. La majorité a voté pour le texte proposé, mais certains se sont opposés à certaines formules du texte, cherchant à mettre en avant les violences policières. Le mot d'ordre « recherche de consensus » est lancé... Et ça s'enlise : pas de communiqué ce soir donc, on va retravailler le texte – et tant pis si demain, France 2 et TF1 ne parlent du mouvement que par ses dérives... 

Par terre étaient assis des centaines de jeunes. Autour, des jeunes également, mais aussi de plus vieux, venus sentir le vent, sans doute, comme nous.

Deuxième partie de soirée, on innove : plus de paroles libres, mais un thème qui sera traité parmi les dix qui émergeront de l'assemblée. On tend le bras là ou là. « Comment faire converger les luttes », «  Actions non-violentes et violentes », « Union Européenne, réformable ou pas » réussis-je à lancer, « décroissance »... On vote, ça cafouille un peu... et c'est « décroissance », qui incontestablement a eu le plus de mains levées, qui est choisie.

Frédéric – je t'appelle par ton prénom et te tutoie parce qu'on se connaît, parce que dans une émission que j'avais faite avec toi, tu m'as aussi dit « tu » ( c'était malin, hein, de briser ainsi les conventions !) -, interviens ! Oui, je sais bien que tu ne veux pas apparaître comme la figure de proue de ce mouvement, mais toi, un autre, une flopée de « vieux », intervenez, intervenons, parce que ce qui se passe là, nous qui sommes vieux, nous l'avons déjà vécu.

Je ne sais pas si tu te souviens de ce qu'était Attac, dans sa belle période, entre 1996 et 2005, ce mouvement né pour la taxation des mouvements financiers et devenu le fer de lance de la critique du néolibéralisme ( du capitalisme actionnarial, du « nouveau cours du capitalisme, appelons-le comme nous voudrons ), puis devenu au fil des ans usine à gaz de toutes les contestations ( décroissance - déjà -, sans-papiers, lutte contre tel ou tel barrage, telle ou telle ligne de TGV ou tunnel, AMAP, etc...), perdant de vue l'analyse systémique de ce à quoi nous étions confrontés. 

Un sursaut : la lutte contre le Traité constitutionnel européen, avec cette victoire du "non", qui devait tant au travail de fourmis des militants. Et puis la mort. L'inaudibilité de ce mouvement au moment-même où la crise de 2008 validait toutes ses thèses. Tu sais probablement comme moi qu'il ne faisait pas bon, même à la « belle époque d'Attac », critiquer l'Union européenne ( une autre Europe est possible, devait-on dire....), et encore moins oser le mot de « Nation » : ça sentait déjà un peu son facho... Peace and love, nous étions tous frères...Les mouvementistes ( pour ne pas dire les trotskystes) l'ont finalement emporté – réduisant à l'impuissance de fait ce mouvement qui avait déclenché le coup de tonnerre de 2005 ( qu'ont enterré conjointement et Hollande et Sarkozy).

Et nous rejouons la même pièce ! Partis de la contestation de la réforme El Khomri, qui ne peut pas ne pas amener à se poser la question du « coût du travail » comme élément essentiel d'un capitalisme mondialisé (délibérément mondialisé, parce qu'il n'est pas dans l'essence du capitalisme, sous certaines conditions, qu'il le soit), on en arrive à un embrouillamini de luttes partielles, de la convergence desquelles est supposé advenir un bouleversement. Les jeunes de Nuit debout n'ont pas tort dans chacune de leurs revendications ! Ce qu'ils disent n'est pas faux. Mais c'est inefficient dans la lutte contre ce à quoi nous sommes confrontés - et que tu définirais mieux que moi.

Toi, moi, d'autres, nous sommes vieux. Attac était un mouvement d'éducation populaire – et c'était ça, sa vraie grande mission : retisser le lien entre les générations, passer le flambeau de cette aptitude à l'analyse systémique qu'avait méprisée les héritiers de Mai 68, jetant par dessus bord leur jeunesse si pleine d'espérances et d'erreurs, et la mémoire qu'ils se devaient de nous transmettre des luttes et des analyses de nos aînés : après nous le déluge, nous nous sommes bien amusés ! Quant à nous, il nous faut retisser le lien avec les jeunes, leur montrer que notre génération a aussi déjà pensé, difficilement et malgré cet abandon de nos aînés, dans la douleur et la joie. Nous devons leur transmettre le flambeau de notre expérience. Sinon, tout est toujours à recommencer...

Et toi, Frédéric, ce que tu as montré de majeur, c'est qu'il ne peut y avoir d'évolution sans penser le « cadre »Parce que oui, Hollande, s'il accepte le « cadre », ne peut proposer aucune autre politique que celle qu'il propose. Et oui, la loi El Khomri est absolument cohérente avec la nécessité de baisser le coût du travail dans un environnement de libre-échange intégral prôné par toutes les instances internationales et inter-gouvernementales ( faut-il rappeler aux jeunes que l'un des enjeux majeurs à venir, c'est la lutte contre le TAFTA, cet accord de libre-échange entre les USA et l'Union Européenne négocié dans le dos des peuples- et même de leurs représentants nationaux, députés et sénateurs pour la France ?).

Quelque chose se passe, disais-tu ? Rien ne se passera si l'analyse n'est pas systémique, si n'est pas mise en cohérence le poids et l'importance des firmes multinationales ET l'extension du libre-échange, ET le rôle de l'Union européenne, construction ordo-libérale par essence, ET le rôle de l'euro, ET la précarisation du travail, et le chômage, et la casse des services publics, qui n'en sont que les conséquences.

La différence avec 1996-2005, c'est qu'il n'y avait pas de date-butoir apparente pour nos espérances, sinon celui que mesurait le tempo lent, mais inexorable de l'avancée des « forces de l'argent ». Là, l'échéance est claire : 2017, et Marine Le Pen à l'horizon. Et si ce n'est en 2017, ce sera en 2022. Il n'est plus temps d'avoir des préventions, de donner le temps au temps, de se perdre dans des luttes vaines. « Décroissance », qu'ils disaient. Vais-je aller chez les prolos qui déjà tirent le diable par la queue pour leur dire : « Eh, gars, convergence des luttes : tu es dans la mouise, mais est-ce que tu as déjà pensé à la décroissance ? Viens à Nuits debout ! ». Le gars en question, qui galère ou n'a plus de boulot, il n'a pas fait cette analyse, mais lui, il a compris que c'était le « cadre » qui l'amenait à cette situation. Et la contestation du cadre, on l'a abandonnée au Front National. Le FN y croit-il, n'y croit-il pas ? On s'en moque ! Seule la parole est efficiente pour le vote ! Et le gars dont je te parle, lui, il votera FN. C'est cohérent.

Alors toi Frédéric, ou moi, ou nous, vieux - ou riches de notre expérience -, il faut qu'on se bouge, qu'on fasse masse aussi place de la République, qu'on transmette nos analyses et notre expérience. La convergence des luttes n'a jamais eu lieu sans analyse systémique. Et cette analyse systémique passe par l'analyse du cadre dans lequel se déploie la forme de capitalisme - et qui n'en est qu'une forme - à laquelle nous sommes confrontés. Lutter contre cela sans parler de libre-échange, d'Union et d'euro ne mènera nulle part. Sinon, à terme, dans les bras de Marine Le Pen. Alors, on fait quoi ? On attend que les jeunes le comprennent, en leur laissant toute la place alors même qu'ils ne sont qu'une fraction du peuple, ou on se décide à s'en mêler ?


*** Ce texte est initialement paru sur C'est pas moi qui l'dis, et est reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur. 

*** Un autre texte convergent (sauf sur la décroissance), paru chez Ludvine Bénard, à lire aussi.

*** Autre article sur Nuit debout paru sur L'arène nue à lire ici



dimanche 17 avril 2016

La revue de presse de L'arène nue - du 11 au 17 avril 2016







Quelques articles qu'on pourra lire / vidéos que l'on pourra écouter pour faire le tour de l'actualité européenne de la semaine. 
Les passages les plus alléchants sont mis en exergue. C'est pour faire saliver : miam, miam, miam. 


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1 / L’Autriche inaugure le premier “bail-in” européen d’une banque en faillite, Express.be11 avril 2016. 


Depuis le 1er janvier de cette année, en effet, le sauvetage des banques avec l’argent des contribuables (“bail-out”) est donc – en théorie – proscrit. Désormais, il est prévu d’effectuer un “bail-in”, c’est à dire de mettre à contribution les actionnaires, puis les détenteurs d’obligations, et enfin, les déposants qui détiennent au moins 100.000 euros (le montant du dépôt garanti) sur des comptes ouverts auprès de l’institution en faillite. C’est la Heta Asset Résolution AG, la structure de defaisance (“bad bank”) issue de la faillite d’Hypo Alpe Adria, qui inaugure donc le recours à cette réglementation. Cette banque est confrontée à un déficit de 7,5 milliards d’euros (...) Ce “bail-in” autrichien est une première, et dans un contexte de secteur bancaire européen sous-capitalisé et vulnérable en raison de son exposition à des produits dérivés et des problèmes de liquidité, il ne devrait pas rester un cas isolé. 

= => Plus de détails ici

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2 / L’Italie met en place un Fonds pour sauver ses banques, Les Echos, 12 avril 2016.

Mieux vaut un bon fonds d’investissement qu’une bad bank refusée par Bruxelles pour améliorer l’état de santé du système bancaire italien. Le gouvernement a donc mis sur pied un Fonds d’Investissement Alternatif (FIA) baptisé Atlante, en référence à Atlas, le Titan grec portant sur ses épaules la voûte céleste. Il devra dans les faits aider les instituts de crédit à ne pas ployer sous les 200 milliards d’euros brut de créances douteuses qui grèvent leur bilan et contribuer à la recapitalisation de ceux qui sont en difficulté.

= => Pour en savoir plus sur cette solution miracle : 


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3 / Dialogue de sourds entre la Grèce et ses créanciers, Le Monde11 avril 2016.


C’est un scénario mille fois éprouvé depuis le début de la crise qui se joue de nouveau en Grèce, ces dernières semaines. Avec, d’un côté, le gouvernement grec qui souhaite boucler au plus vite la mission visant à juger de l’état d’avancement des réformes menée par des représentants de ses créanciers, et ces mêmes créanciers (Banque centrale européenne , Mécanisme européen de stabilité, Fonds monétaire international ), qui repoussent de mois en mois l’échéance. Lundi 11 avril, les négociations continuaient après un week-end interminable de rencontres à l’Hôtel Hilton d’Athènes (…). Athènes redoute de devoir accepter des mesures plus dures si elle se retrouve dos au mur en juillet. Car elle aura alors 3,5 milliards d’euros à rembourser à la Banque centrale Européenne et au Fonds Monétaire International, paiements qu’elle ne peut honorer sans avoir touché auparavant une nouvelle tranche (un peu plus de 5 milliards d’euros attendus) des 86 milliards de prêts prévus dans le cadre du troisième plan d’aide au pays signé à l’été 2015. 

= => pour conforter l'impression qu'on n'est pas sorti des ronces, c'est là


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4 / Grèce : le retour de la crise ? La Tribune, 13 avril 2016.

Le temps joue donc contre le gouvernement grec. Plus on se rapproche de l'été, plus le besoin d'argent va se faire sentir pour Athènes qui a des échéances importantes de 4 milliards d'euros à honorer en juillet. Là aussi, les fuites de Wikileaks ont révélé une potentielle stratégie du FMI visant à exercer la pression sur la Grèce et les créanciers européens en faisant traîner la revue du programme. Or, après deux semaines de pause pour Pâques, les discussions ont encore été suspendues mardi 12 avril pour permettre aux représentants du FMI de tenir conseil avec leurs supérieurs en fin de semaine à Washington. Comme rien ne semble devoir avancer, le risque de voir les créanciers jouer la montre était donc patent. D'où la décision grecque de passer en force pour contraindre les créanciers de la zone euro à prendre une décision.

= => Pour découvrir ébahis qu'il y a encore une crise en Grèce, cliquez


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5 / Les Balkans, thermomètre de l'Europe, France Inter, 13 avril 2016.




Les Balkans, souvent méprisés par l'Europe, sont pourtant le véritable thermomètre du continent. Analyse avec Amaël Cattaruzza, expert en géopolitique balkanique.

= => Pour écouter la douce voix de l'expert, c'est au bout de ce lien
= => Et pour en savoir plus sur la région, le livre de référence, c'est celui-ci



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6 / Pourquoi l'Ukraine s'éloigne un peu plus de l'Union européenne, Figarovox, 12 avril 2016.


A force de s'élargir, l'Union européenne est devenue obèse et n'arrive plus à avancer, même vers l'Est. A 28, l'Europe est paralysée, il n'est plus question d'aller plus loin. Même l'OTAN l'a compris. L'ironie de l'Histoire veut que plus de deux ans après Maïdan, l'accord d'association qui a déclenché la révolte est rejeté par un référendum d'initiative populaire aux Pays-Bas. Jean-Claude Juncker et Donald Tusk font discrètement pression sur Mark Rutte afin qu'il ne suive pas cet avis consultatif. Au risque d'aggraver l'euroscepticisme de la population néerlandaise mais aussi la défiance face à la coalition libérale au pouvoir. On voudrait que Geert Wilders arrive aux manettes qu'on ne s'y prendrait pas autrement. Onze ans après le refus franco-néerlandais à la Constitution Giscard, et sa ratification à Lisbonne en 2009, on a le sentiment que les institutions européennes veulent s'imposer contre la volonté des peuples.Au risque d'aggraver l'euroscepticisme de la population néerlandaise mais aussi la défiance face à la coalition libérale au pouvoir. On voudrait que Geert Wilders arrive aux manettes qu'on ne s'y prendrait pas autrement.

= => Ça c'est la fin du texte. Le début est à un click de là


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7 / Whole of Europe risks spinning into crisis if leaders mishandle Brexit, The Telegraph, mars 2016.


"A UK departure would have repercussions for the whole continent," says Professor Otmar Issing, the founding chief economist of the European Central Bank.  He dismisses the analogy with Norway and Switzerland as "misguided". They do not shape EU affairs in any meaningful way. Britain most certainly does. The eye-opener of my five years at the coal face in Brussels was to discover the pivotal role played by the UK in the EU machinery.

= = > follow the link
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8 / La Grande-Bretagne peut-elle être européenne ? La vie des idées, article de 2015.


La Grande-Bretagne se trouve aujourd’hui dans une crise politique aiguë qui pourrait entraîner la désintégration du pays et sa sortie de l’Union européenne. Après la parution d’un manifeste célébrant l’exceptionnalisme britannique, le débat s’enflamme parmi les historiens, dans la bataille pour ou contre l’Europe.

= => querelle d'historiens à découvrir ici


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9 / Humour allemand : la chanson par laquelle le scandale est arrivé. 






vendredi 15 avril 2016

Jean versus Jean : Jean Gabin contre l'Europe de Jean Monnet







C'est une vidéo assez connue que ce passage du film Le Président (1961), où Jean Gabin fustige ceux qui veulent faire « L'Europe de la fortune contre celle du travail, l'Europe de l'industrie lourde contre celle de la paix ». 

C'est assez étourdissant de lucidité, mais aussi d'actualité. Tout y passe : la dénonciation de l'Europe de l'argent, celle des lobbies, celle des abandons de souveraineté... on jurerait être en 2016.  
Le Chalamont vilipendé ici a également tout d'un Jean Monnet, n'ayant pas fait la guerre mais ayant fait banquier, pensant certes à l'Europe mais y pensant de loin, « Européen à texte d'explorateur » habitué à vivre « au-delà des mers, c'est à dire partout... sauf en Europe ». 

Voici une version courte et, dessous, le texte rédigé  : 






« Messieurs,

Monsieur Chalamont vient d'évoquer en termes émouvants les victimes de la guerre. Je m'associe d'autant plus volontiers à cet hommage qu'il s'adresse à ceux qui furent les meilleurs de mes compagnons. 
Au moment de Verdun, Monsieur Chalamont avait dix ans... ce qui lui donne par conséquent le droit d'en parler... Etant présent sur le théâtre des opérations, je ne saurais prétendre à la même objectivité. On a une mauvaise vue d'ensemble quand on voit les choses de trop près. Monsieur Chalamont parle d'un million cinq cent mille morts. Personnellement, je ne pourrais en citer qu'une poignée, tombés tout près de moi.  
J'ai honte, Messieurs. Mais je voulais montrer à Monsieur Chalamont que je peux moi aussi faire voter les morts. Le procédé est assez méprisable, croyez moi. 

Moi aussi, j'ai un dossier complet : trois cent pages ! Trois cent pages de bilans et de statistiques que j'avais préparés à votre intention. Mais en écoutant Monsieur Chalamont je viens de m'apercevoir que le langage des chiffres a ceci de commun avec le langage des fleurs, qu'on lui fait dire ce que l'on veut. Les chiffres parlent mais ne crient jamais. C'est pourquoi ils n'empêchent pas les amis de monsieur Chalamont de dormir. Permettez-moi, Messieurs, de préférer le langage des hommes. Je le comprends mieux. 

Pendant toutes ces années de folie collective et d'autodestruction, je pense avoir vu tout ce qu'un homme peut voir. Des populations jetées sur les routes, des enfants jetés dans la guerre, les vainqueurs et les vaincus finalement réconciliés dans les cimetières, que leur importance à élevés au rang de curiosité touristique. 
La paix revenue, j'ai visité les mines. J'ai vu la police charger les grévistes. Je l'ai vue aussi charger les chômeurs. J'ai vu la richesse de certaines contrées, et l'incroyable pauvreté de certaines autres. Et bien durant toutes ces années, je n'ai jamais cessé de penser à l'Europe ! 
Monsieur Chalamont, lui, a passé une partie de sa vie dans une banque, à y penser aussi . Nous ne parlons forcément pas de la même Europe. 

Tout le monde parle de l'Europe ! Mais c'est sur la manière de faire cette Europe que l'on ne s'entend plus ! C'st sur les principes essentiels que l'on s'oppose. 
Pourquoi croyez vous, messieurs, que l'on demande au gouvernement de retirer son projet d'Union douanière ? Parce qu'il constitue une atteinte à la souveraineté nationale ? Non, pas du tout ! Simplement parce qu'un autre projet est prêt. Un projet qui vous sera présenté par le prochain gouvernement. Et ce projet, je peux d'avance vous en dénoncer le principe : la constitution de trusts horizontaux et verticaux et de groupes de pression qui maintiendront sous leur contrôle, non seulement les produits du travail, mais les travailleurs eux-mêmes ! On ne vous demandera plus, messieurs, de soutenir un ministère, mais d'appuyer un gigantesque conseil d'administration ! 
(...)

Si cette Assemblée avait conscience de son rôle, elle repousserait cette Europe des maîtres de forges et des compagnies pétrolières, cette Europe qui a l'étrange particularité de vouloir se situer au-delà des mers, c'est à dire partout, sauf en Europe ! Car je les connais, moi, ces Européens à têtes d'explorateurs ! (....) Et je comprends très bien que le passif de ses entreprises n’effraie pas une Assemblée où les partis ne sont plus que des syndicats d'intérêts ! ». 

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Une version un peu plus longue de la même vidéo est disponible ici.
Et le film dans son intégralité est posé là, comme ça. 


jeudi 14 avril 2016

Avant de devenir maraîcher bio, il propose d'interdire les référendums en Europe






Avec cette histoire de « référendum Brexit », on en était presque venus à croire que les Britanniques étaient tous démocrates. 

C'était oublier un peu vite : 
** que si l'attachement très fort au principe de « souveraineté parlementaire » prédispose les Anglais à un souverainisme ombrageux, il invite moins évidemment à une passion pour la pratique référendaire. Comme le dit la spécialiste Pauline Schnapper, « à l'origine, l'idée même de consultation populaire était totalement étrangère à l'esprit de la Constitution britannique, fondée sur la démocratie représentative et la souveraineté parlementaire, et non sur la démocratie directe »,
** qu'il existe des andouilles polydécérébrées dans tous les pays. En général, leur cas ne s'arrange pas lorsqu'un trop long passage par les instances communautaires vient adjoindre à leur tare originelle un bon vieux syndrome de Stockholm.

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Parmi ces derniers, il semble que l'on en tienne un bon. « Fraser Cameron est Britannique et réside à Bruxelles. Il a été diplomate au service de Sa Majesté pendant quinze ans, puis a travaillé à la Commission européenne de 1990 à 2002 », indique sa biographie publiée ici

Douze ans de Commission européenne : voilà de quoi détruire un homme, fût-il solide. De fait, la quasi simultanéité de ces deux événements que sont le « non » au référendum d'initiative populaire du 6 avril aux Pays-Bas et la tenue prochaine, dans son propre pays, de la consultation sur le Brexit (dont les sondages commencent à indiquer une avance des partisans de la sortie), plonge Monsieur Cameron dans une angoisse à l'extrême limite du stress post-traumatique. 

Aussi l'ex-eurocrate éprouve-t-il le besoin de prendre la plume pour essayer tout à la fois de colmater son ulcère et de trouver des solutions « pragmatiques », comme on dit. 

Il écrit : « Les référendums deviennent un énorme problème pour l'Europe. Le dernier qui s'est tenu aux Pays-Bas au sujet de l'accord d'association avec l'Ukraine a sans doute donné le pire des résultats possibles. Si le taux de participation avait été inférieur à 30%, le gouvernement néerlandais aurait pu ignorer le vote en toute sérénité. Mais avec un peu plus de 30% de participation et la victoire du non à 64 %, le gouvernement devra consulter le Parlement sur les suites à donner ». 

« Consulter le Parlement » ? Quelle funeste perspective ! « Ignorer le vote en  toute sérénité » : voilà qui eût été bien plus adéquat. En plus, le gouvernement hollandais est désormais contraint de « réfléchir », ce qui n'est qui n'est pas le moindre des inconvénients. « Ce qui apparaît clairement, c'est que le résultat négatif constitue un grand embarras pour le gouvernement, d'autant qu'il assure actuellement la présidence tournante de l'UE. Le Premier ministre néerlandais Rutte doit maintenant réfléchir à ce qu'il faut faire », explicite notre client. La tuile, quoi.... 

Dès lors, comment procéder ? Comment œuvrer de manière à ce que les gouvernements n'aient plus à « réfléchir », ni les Parlements à être « consultés » ? La question se pose avec d'autant plus d'acuité qu'on en a désormais la preuve : « les référendums n'atteignent jamais leur but » car « les politiciens anti-UE utilisent le référendum pour soulever des questions tout autres que la question véritablement posée ». Si l'on ajoute à cela que les électeurs, méchants comme des teignes, jouent  le jeu des « politiciens anti-UE » et votent en réalité "non" à l'Union européenne, il faut quand même avouer qu'on l'a un peu dans l'os. 

Par chance, pour se le sortir de l'os, Fraser Cameron a une solution, simple et de bon goût. Et il la pose là, sans faire de manières. « Peut-être est-il temps que l'Union européenne bannisse les référendums ? » suggère-t-il. 

Diable, en voilà, une riche idée ! D'abord, ça permettrait de confirmer que, comme l'avait affirmé le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker dans une formule qui passera à la postérité, « il ne peut y avoir de vote démocratique contre les traités européens ». Ensuite, ça dispenserait le même Juncker d'être « triste », le pauvre, comme il a avoué l'être après le scrutin néerlandais du 6 avril. 

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Sinon - mais curieusement cela n'est pas évoqué dans la tribune de Fraser Cameron - une autre solution, très simple, très « pragmatique », consisterait à supprimer la Commission européenne, et à envoyer tous ceux qui y ont travaillé pendant plus de dix ans cultiver des potagers éco-responsables dans des villages à repeupler

Le tout dernier référendum de l'histoire de l'UE devrait d'ailleurs porter là-dessus. Dans ce cas, c'est sûr, il ne risquerait pas d'y avoir méprise sur le sens de la question posée. Et l'on n'aurait guère à « réfléchir » sur le sens de la réponse obtenue. 


Pour lire la tribune entière de Monsieur Cameron, c'est ici.