vendredi 27 juillet 2012

Ségolène Royal est-elle devenue "diversitaire" ?



« Elle s'appellerait Claudine Dupont, elle ne serait peut-être pas là ». Cette phrase, décochée par Ségolène Royal en direction de Najat Vallaud-Belkacem [NB : un démenti est à signaler], mériterait de figurer au palmarès des meilleures citations d’une éventuelle Claudine Du-con, si elle existait.

En sous-entendant que la ministre du Droit des femmes ne l’est devenue que par la grâce de ses origines et via les lois pernicieuses de la discrimination positive, Royal inflige une gifle à son ancienne protégée, ainsi qu’à tous ceux qui, républicains convaincus, croient encore que le mérite surpasse de très loin « l’appartenance minoritaire » dans la hiérarchie des bonnes raisons d’entrer au gouvernement.

Ségolène Royal devrait le savoir mieux que personne, elle qui fut ministre pour la première fois au début des années 1990. A moins bien sûr qu’elle n’ait été nommée que parce qu’elle était femme, ce qu’on a presque envie d’insinuer perfidement, tant la pasionaria du Poitou est habile à user la bienveillance qu’on aimerait lui accorder, et à réduire en charpie le capital de sympathie dont elle jouit.

Hélas, Ségolène Royal va plus loin encore. Elle ajoute ainsi que Najat Vallaud-Belkacem «  doit assumer son identité et en être fière ». D’abord, on se demande bien ce qu’il y a à « assumer » dans une identité. Y en a-t-il qui soient spécialement honteuses pour qu’on ait à enjoindre autrui « d’assumer » ? Quant à en être fière, admettons. Mais cela s’applique-t-il seulement aux natifs du Maroc, ou les Ardéchois et  les Berrichons ont-il le droit de revendiquer la même « fierté » ?

Finalement, que faut-il comprendre lorsque Royal affirme que « Najat doit être là pour ça » ? Qu’elle est la basanée de service et qu’elle est priée de s’en tenir là quant à ses ambitions ?

Décidément, c’est avec la lourdeur de l’éléphant que « Ségolène » s’effondre dans le piège de la « gauche diversitaire ». Cette gauche qui - tout comme son négatif photographique, la droite identitaire - assigne à résidence communautaire, réduit, écrase alors qu’elle prétend « libérer ». Cette gauche qui conspue Les cabinets blancs de la République cependant que de l’autre côté, on compte les Noirs et les Arabes. Cette gauche qui, avec les meilleures intentions du monde - celles-là mêmes dont l’Enfer est pavé - valide l’utilisation ad nauseam du critère ethnique, se comportant ainsi comme « l'idiote utile » d'une droite différentialiste qu'elle croit combattre.

Surtout, ce que l’ancienne candidate à la présidentielle ne peut ignorer pour l’avoir elle-même « lancée » en 2007, c’est que la porte-parole du gouvernement fait parti de cette poignée d’enfants d’ouvriers passés par Sciences-Po. Ils étaient 4,5% en 2011. C’est peu. Mais alors que Najat Vallaud-Belkacem achevait ses études, ils étaient…trois fois moins. De cela, il est certain qu’elle peut s’enorgueillir, car ça s’appelle le mérite et ça doit bien plus au talent et au travail qu’au hasard des origines.

Voilà qui tend en tout cas à prouver que l’école de la République, quoiqu’elle soit un peu cassée ces dernières années, a pu rendre en son temps de bons et loyaux services. Il ne fait guère de doute que les heureux bénéficiaires de cette Institution parviennent sans peine à « l’assumer » et à « en être fiers ».

Car la pente est plus raide pour les enfants du peuple que pour les héritiers, quelle que soit le pays natal des uns et les origines ethniques des autres.  En général, ceux qui la gravissent en dépit des obstacles sont taillés pour la course. Du coup, ils sont vraiment « là pour ça ».

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mardi 3 juillet 2012

Politique : les "femmes de", alliées objectives du machisme ordinaire ?



Valérie Trierweiller, Cecila Attias et Carla Bruni

Valérie Trierweiler ne twitte plus depuis le 12 juin, ce qui est une excellente nouvelle. Hélas, quoiqu’on ne nous ait jamais consultés quant à son omniprésence dans la vie publique, la girlfriend-in-chief continue à causer, à faire un peu gloser, et pas mal se gausser.

Les dernières effusions médiatiques en date concernent bien sûr l’inénarrable livre de campagne François Hollande président dont elle a légendé les photos, avec des répliques amenées à devenir aussi cultes que celles du film La cité de la peur. Ainsi, par exemple, cette saillie glacée : « oui, l’homme que j’aime a eu une femme avant moi. Il se trouve qu’elle a été candidate à l’élection présidentielle. Je fais avec ».

Du coup, ça discute et ça dégoise dans la presse people. Le magazine Elle se demandait encore récemment : « Valérie Trierweiler pourra-t-elle rebondir ? ». La question mérite peut-être d’être posée. Mais celles-ci le méritent encore davantage: nous, les « non-femmes-de », pourrons nous rebondir ? Nous, les femmes « lambdas », saurons-nous nous défaire de l’image déplorable de la gent féminine donnée par Madame Trierweiler et par toutes ses semblables ?

En effet, laquelle d’entre nous n’a pas d’ores et déjà entendu, autour d’un café au bureau ou à l’occasion d’un dîner de famille que l’affaire du « tweetgate » n’était jamais « qu'une affaire de bonne-femmes » ? Laquelle n’a pas eu à essuyer ce grand classique de la bêtise universelle: « de toutes façon, les femmes, entre vous, c’est le crêpage de chignon assuré ». C’est bien connu : un conflit entre hommes, c’est un débat d’idées. Mais un conflit entre femmes, c’est une crise d’hystérie.

Sauf que là, pour le coup, de l’hystérie, on n’est pas loin. Avec les caprices de Valérie Trierweiler, le cliché de la femelle incontrôlable a encore de beaux jours devant lui. De même, on aura tôt fait de voir ressortir du fond des années 1950 de vieilles répliques bien de chez nous comme celle-ci: « ben alors, le père Hollande, il ne peut pas tenir sa femme ? »

« Tenir sa femme ». Oui, parce que voyez-vous, comme dans le bon vieux temps, il faut à nouveau les « tenir ». D’ailleurs, si Trierweiler a ouvert une brèche, d’autres n’ont pas tardé à s’engouffrer dedans, à l’instar de Cécilia Attias, accordant un long entretien au Monde du week-end dernier sur le thème « Première dame est un rôle ambigu ». C’est sans doute vrai. Il est probable que ce ne soit pas une position [et non un statut] facile. Mais sachez, mesdames qui aimez tant vous gargariser de votre « indépendance », que, pour celles qui trouveraient le métier de « femme de » trop éreintant, il doit rester quelques poste plus préservés à pourvoir dans ce pays : prof dans le secondaire, gendarme, vendeuse de vêtements milieu de gamme, et tout un tas d’autres choses beaucoup moins « ambigües ».

En attendant, « Carla Sarkozy et Cécilia Attias épinglent Valérie Trierweiler ». Ce n’est pas Gala qui nous le dit, c’est Le Figaro du 28 juin. Le « crêpage de chignon » se poursuit. Elles sont de plus en plus nombreuses, celles que leurs hommes devraient « tenir ».

Il n’y a d’ailleurs pas que celles qui se conspuent. Il y a aussi celles qui se comparent. Vendredi dernier, c’était Madame Valls, violoniste de longue date et « femme de » de souche récente qui s’y collait dans Le Parisien. Elle y affirmait notamment, au sujet de l’épouse du premier Ministre : « musicienne, c’est un peu plus glamour que Brigitte Ayrault, prof d’allemand dans la banlieue de Nantes ». C’est sûr : enseignante en Province, c’est vraiment un boulot qui craint. Avec un pareil job, on peut même s’attendre à ce que Brigitte Ayrault ne s’épile même pas sous les bras.

Ainsi donc, après la « plus belle », en la personne de l’ex-mannequin Carla Bruni, nous découvrons la « plus glamour » : la musicienne. Nous attendons avec impatience qu’on nous désigne « le plus beau c** » ou « la plus forte poitrine ». Car ça, c’est vraiment de nature à faire avancer à grands pas la cause des femmes. Pour cette réelle contribution à l’advenue de l’égalité, nous remercions d’ailleurs au premier chef celles d’entre elles qui se disent « de gauche ».

Pour ce qui nous concerne, il va falloir choisir : d’un côté, nous avons les chiennes de garde puritaines et coincives d’Osez le féminisme qui, telles de Caroline de Haas, apportent au cœur des cabinets ministériels leur longue expérience de la détestation des mâles, leur obsession du viol conjugal, et leur vif désir « d’oser le clitoris ». De l’autre, nous avons une poignée de Desperate Housewives snobs, capricieuses et autocentrées.

Autrement dit, il nous reste à opter entre les pestes et le choléra.

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