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dimanche 15 avril 2012

Sarkozy à la Concorde : c'était gratiné !


Entre Vincennes et la Concorde, ce dimanche, j’ai fait mon choix. Je me suis rendue sur cette place restée fameuse pour avoir vu la tête du roi de France rouler dans une corbeille, à l’endroit où se dressait jadis un engin de mort, et où un obélisque dardait aujourd’hui son optimisme impuissant vers un ciel triste : l’endroit idéal, me semblait-il, pour assister à une fin de règne.

L’envie n’y étant qu’à moitié, j’arrivais en retard. Pourtant, il ne fut guère difficile d’accéder au lieu de la sauterie présidentielle : les rues adjacentes étaient plus que praticables. Je débouchais facilement sur une « place de la Concorde loin, très loin, des 100 000 personnes annoncées par les organisateurs », comme l’indique ici Laureline Dupont. Et cette image en témoigne : il y avait du monde, mais ce n’était pas bondé. Il fallait vraiment porter le regard jusqu’au pied de l’estrade pour voir cette « marée de drapeaux bleu, blanc, rouge » signalée par Le Point, et qui présente toutes les caractéristiques de la marée descendante.

Une "marée de drapeaux" : on sent monter une vague....

Le public est relativement placide. Et pour cause. Voilà à quoi ressemble « la France qui se redresse, la France qui s'engage, la France qui s'enthousiasme » chère au cœur de Jean-François Copé.



Un « jeune avec Sarkozy » interpelle une journaliste : « vous ne vous occupez que des sondages ! ». C’est vrai qu’ils ne sont pas bons, mais force est d’admettre qu’elle n’y peut pas grand-chose. Une dame à l’allure « respectable » explique à ses amis qu’elle ressent le besoin « d’un ancrage », et combien elle espère le trouver que chez « Sarkozy, un homme courageux qui a mérité cinq ans de plus ». « On est obligé de le garder » confirme une comparse bien mise.

Un "jeune avec Sarkozy"

Le discours et rebattu. Il est fait de bric et de broc. Exit le « modèle allemand » tant vanté hier encore. Aujourd’hui, c’est « la Nation » que célèbre le candidat, et bien d’autres choses encore : un « nouveau modèle de croissance », la « promotion sociale par la formation et par l’instruction », un « protectionnisme économique raisonné », la « révolution numérique », puis, en vrac, veaux, vaches, cochons, Molière, Voltaire, Chateaubriand, Napoléon, de Gaulle, Jean Monnet, Zola, Hugo, et… « les chrétiens d’Orient », dont on ne s’attendait pas – eux non plus sans doute – à ce qu’ils soient de la fête.

On croise malgré tout quelques jeunes : un couple de chouans clownesques de « la Vendée forte » tout de rouge vêtus : peut-être ne leur a-t-on pas dit que Jean-Luc Mélenchon, c’était hier à Marseille ? Une poignée de bretons venus bretonner à la capitale brandissent également leur étendard régionaliste au moment même où leur champion  revendique pour la France « le droit de défendre ses valeurs, sa culture, sa langue ». Sa culture ? Késaco ? Sa langue ? Kénavo !




A la fin de la harangue, qui se conclut par la désormais célèbre exhortation « aidez-moi ! », la Marseillaise est lancée. Puis retentit à son tour la musique de campagne du candidat Sarkozy. La Concorde se vide rapidement : vingt minutes suffisent pour faire place nette. Par chance, comme dans tous les meetings y compris quand ils sont tristes, il y a toujours moyen de grignoter un casse-dalle. Néanmoins, il faut bien l’avouer : cette France forte, elle est gratinée !


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