samedi 18 avril 2015

Filikí Etería n°5 : La Grèce vue de Grèce – revue de presse






A l’heure où des rumeurs de versement d'une aide financière russe (à ce stade démenties par Moscou) agitaient le ouèbe, la presse française se passionnait pour l’arrivée du printemps et pour le retour de la paix dans la famille Le Pen. De son côté, la presse grecque de la semaine écoulée a longuement commenté un match passionnant entre les optimistes, les inquiets et les hargneux au sujet des négociations avec l'Europe. Elle s'est aussi penchée sur les pressions américaines et les propositions russes tout en se passionnant pour les réformes du système éducatif et fiscal…

Inquiétudes...

Une partie de la presse grecque se montre inquiète de la dégradation des rapports entre les représentants de l’UE et le ministre des finances Yanis Varoufakis. Dans son édition du 14 avril, le quotidien proche du PASOK To Vima titrait « La musique nous invite à danser » et Sifis Polymilis écrivait : « Depuis deux mois et demi, les membres du gouvernement donnent des conférences sur ce que l'Europe doit faire pour son salut. Ils évitent toutefois de dire ce qu'ils doivent faire eux-mêmes, en leur qualité de gestionnaires du pouvoir. A titre d'exemple, M. Varoufakis, réputé pour son omniscience sauf sur les sujets qui relèvent de sa propre sphère de compétence, a quasiment prononcé l'oraison funèbre de l'U.E. à force d'affirmer qu'elle est une union asymétrique et que les unions asymétriques sont vouées à l'effondrement, tôt ou tard. Ignorance du danger, indifférence, de quoi faudrait-il taxer le ministre des finances qui pratique une philosophie de bas étage alors que le pays se trouve à un pas du précipice ? ».

1/ Les négociations sur la dette toujours aussi difficiles et l’accord prévu le 24 avril pourrait être repoussé

a/ L’impatience des responsables de l’UE

Les conférences téléphoniques du « groupe de Bruxelles » (ex-Troïka) seraient quotidiennes selon Ethnos, Ta Néa et Kathimerini avec pour objectif d’obtenir un accord pour la date du 24 avril. Si cette date fait encore débat, des responsables européens se montrent impatients. Ainsi, la Haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Mme Federica Mogherini a déclaré le 14 avril que « l'Europe doit faire preuve de flexibilité dans ses négociations sur la crise de la dette en Grèce non pas seulement dans le cadre de la solidarité mais pour défendre l'intérêt commun européen ». Cette impatience a été formulée tout autrement par le directeur général du mécanisme européen de stabilité (MES), M. Klaus Regling et par le commissaire européen Pierre Moscovici. Les deux responsables ont parallèlement rappelé : « le gouvernement grec doit soumettre rapidement une liste des réformes précises » . Mme Mogherini avait dépassé l’impatience et les exigences pour faire part de son inquiétude en affirmant que « si un pays tombe, le système entier tombera également ».

b/ La confiance de Tsipras dans un accord fin avril malgré des désaccords avec « les Européens »

Dans une déclaration datée du 16 avril (Reuters, sources Ethnos, Ta Nea, Kathimerini, Avghi, Le Journal des Rédacteurs) Alexis Tsipras s’est montré optimiste en affirmant qu’un accord serait trouvé d’ici la fin du mois d’avril. Le premier ministre a mentionné des « progrès notables » sur les questions de la collecte de l'impôts, de la lutte contre la corruption, de la réforme de l’administration publique ainsi que sur les garanties d’excédent primaire pour 2015. Selon lui, la nouvelle politique fiscale ne doit pas accabler la population, et davantage répartir les charges entre les contribuables (notamment pour ceux « ayant une capacité contributive élevée »). Alexis Tsipras a tout de même évoqué quatre points de désaccord avec l'UE et le FMI (les relations professionnelles, le système de sécurité sociale, la hausse de la TVA et les différences d’appréciation sur la mise en valeur des biens publics) avant d’invoquer des blocages plus « politiques » que techniques. Enfin, il a conclu en affirmant que l'UE ne choisirait pas « la voie du chantage financier déloyal et brutal mais au contraire celui de la recherche du compromis et de la stabilité, au bénéfice de notre avenir commun européen».

Selon Le Journal des Rédacteurs du 17 avril cet interview avait pour but « d'adresser un message aux créanciers en les invitant à cesser les jeux politiques et les chantages ».

c/ Pendant que grondent les créanciers…

Selon la presse grecque du 16 avril (Ethnos, Ta Nea, Kathimerini, Avghi, Le Journal des Rédacteurs) il existe un réel « blocage » dans les négociations entre Athènes et les créanciers. Selon ces journaux, les deux parties restent fermes sur leurs positions, alors qu’en parallèle les médias allemands évoquent à nouveau l’éventualité du « Grexit ». Le journal Ethnos va plus loin et estime que de « vives confrontations » opposent désormais créanciers et gouvernement grec. Son titre « Bras de fer avec les créanciers » permet d’évoquer les menaces exercées par les créanciers qui évoquent le Grexit tout en faisant pression pour obtenir des réductions supplémentaires des salaires et des retraites et des augmentations de taxes.

d/ … les menaces pleuvent à Berlin !!!


Wolfgang Schäuble fait jaillir un arc-en-ciel
 
La presse grecque du 16 avril (Ethnos, Ta Nea, Kathimerini, Eleftheros Typos) reprenait les déclarations du ministre allemand des finances, M. Schäuble. Celui-ci a estimé qu’une solution ne serait pas trouvée d’ici le 24 avril avant de qualifier la situation en Grèce de «très difficile» et d’affirmer que le nouveau gouvernement de Syriza avait « détruit l’œuvre du gouvernement précédent et sapé toutes les hypothèses sur lesquelles se basait le redressement des finances du pays ». Toujours sur le même ton, Wolgang Schaüble a poursuivi en déclarant qu’« il n’y a pas un besoin de plus d'argent, mais un besoin de plus de réformes ». Le ministre allemand s’est d’ailleurs senti autorisé de préciser que « le problème n’était pas la dette mais le manque de compétitivité ».

Selon Ethnos du 17 avril, le ministre Schäuble aurait fini par légèrement s’assouplir en évoquant la possibilité d’un décaissement de la prochaine tranche du prêt sans la mise en application à 100% des réformes. Il a en effet déclaré le 16 avril lors de son discours de l’Institut Brookings aux États-Unis que « les institutions ne demandent pas la mise en application des réformes à 100% mais d’une grande partie d’entre elles, ce qui permettra le décaissement de la prochaine tranche du prêt ».

e/ L’accord reporté au 11 mai ?

De son côté, le gouvernement grec se déclare déterminé à ne pas franchir de lignes rouges (sources gouvernementales, 15 avril). Malgré ses propos rassurants, Ta Nea souligne qu’une solution sera difficilement trouvée d’ici l’Eurogroupe du 24 avril et estime que l’éventuel accord devrait être reportée à l’Eurogroupe du 11 mai.

f/ ou reporté à une prochaine confetti party ?

Lors de sa conférence de presse interrompue par une militante anti-BCE, le président de la BCE, Mario Draghi, a pu déclarer (malgré les confettis) que la poursuite des financements d'urgence à la Grèce dépendait uniquement de la bonne volonté du gouvernement hellène, tout en refusant de considérer l’éventualité d’un Grexit, (Ethnos, Avghi, Eleftheros Typos du 16 avril) .

g/ Heureusement en France, l’austérité sent le Sapin…

Le journal Kathimerini titrait le 16 avril « La France dit non aux recommandations de la Commission en faveur de l’austérité » et commentait les propos du ministre français des finances, Michel Sapin qui venait de déclarer que « l'application stricte de certains aspects de la recommandation de la Commission sur la réduction du déficit français aurait fait chuter la croissance et augmenter le chômage ». Michel Sapin, emporté par une fièvre anti-austérité tout à fait inhabituelle, a même poursuivi en affirmant qu’«une autre voie est possible » . Le journal grec prédit de vives réactions à Bruxelles, où un délai supplémentaire de deux ans vient d’être accordé à la France pour réduire son déficit sous la barre des 3%.

II/ Relations internationales : entre Washington et Moscou, mon cœur balance…

1/ La visite de Varoufakis aux États-Unis

Selon la presse du 17 avril, la visite du ministre Varoufakis aux États-Unis a donné lieu à plusieurs événements. D’abord, lors de son discours à l’Institut Brookings, sur le thème « L’économie grecque et ses partenaires européens », M. Varoufakis a souligné que le gouvernement grec était prêt à faire un compromis honorable avec ses partenaires, y compris en prenant des décisions politiques difficiles sur la base d’un paquet de 7 réformes, tout en excluant l’adoption de mesures récessives. Le ministre a défendu la souveraineté de la Grèce avant de préciser : « nous avons le droit de nous faire entendre et de remettre en question la logique d’un programme qui a échoué » (Ethnos, Avghi, Ta Nea, Kathimerini, Le Journal des Rédacteurs).

De plus, plusieurs journaux (Ethnos, Kathimerini) ont commenté l’entretien extraordinaire du 16 avril entre M. Varoufakis et la directrice générale du FMI, Mme Lagarde. Selon Kathimerini, il a été décidé d’accélérer les procédures afin d’aboutir le plus rapidement possible à un accord sur la dette grecque.

2/ Les lendemains de la visite de Tsipras à Moscou

Alors que certains journalistes grecs s’interrogeaient sur les tensions possibles à l’intérieur du gouvernement Syriza-ANEL et estimaient que « l’objectif de la visite au Kremlin était d’augmenter la popularité d’Alexis Tsipras en vue d'un nouveau recours aux urnes » (Notis Papadopoulos), des sources du Palais Maximos affirmaient qu’Alexis Tsipras faisait bien l'objet de pressions tant à l'intérieur du parti (groupe Lafazanis, etc.) qu'à l'étranger (Berlin, Bruxelles, FMI).

Ce « printemps russe » a été largement commenté par la presse grecque. Certains journaux réduisaient la visite à un événement symbolique, notamment pour la réaffirmation de la souveraineté nationale grecque, mais qui n’aurait permis aucun véritable engagement (To Vima du 14 avril). D'autres quotidiens y voyaient la confirmation de choix stratégiques s’inscrivant dans le long terme. (Kathimerini parle de « printemps prolongé »).

Révolutionnaire ou pas, cette visite a donné lieu à une déclaration commune des deux dirigeants qui ont souhaité lever toute inquiétude sur une hypothétique mise en place d'un axe stratégique concurrent à l'U.E. Selon To Vima du 14 avril, M. Poutine a même nié vouloir se servir de la Grèce comme d'un cheval de Troie au sein de l'U.E. avant de rappeler que la Grèce relève d'un « autre territoire géopolitique » que celui de la Russie.

Symbolique ou pas, cette visite a surtout donné lieu à des accords concrets qui devraient aboutir bientôt (gazoduc « Turkish Stream » pour 2 milliards d’euros financé par les Russes mais soumis à un accord Turc, privatisation des rails grecs et du port de Thessalonique, hydrocarbures en mer Égée et en Crète, limitation de l’embargo russe sur les produits agricoles grecs).

Le ministre de la Défense, Panos Kamménos, s’est rendu à Moscou le 14 avril (il y retournera d’ailleurs le 09 mai pour la commémoration de la victoire sur le nazisme – fêtée le 09, et non le 08 mai par les Russes ) pour traiter de questions de défense. Les entreprises du secteur de l’armement allemand s’inquiètent d’ailleurs de la signature de prochains contrats avec les russes (modernisation avec armes russes, privatisations de l’industrie grecque de défense, etc.). Pour autant, les relations bilatérales ont été renforcées et une coopération internationale face à la menace de terrorisme islamique aurait été lancée.

III/ Politique intérieure

1/ Éducation : tension avec les étudiants anarchistes et réformes progressistes.

L’occupation, par des étudiants, de l’université d’Athènes devrait prendre fin bientôt.

En même temps, le gouvernement Syriza-ANEL met en place un projet de loi progressiste pour les étudiants (retour de l’asile universitaire, participation des étudiants aux élections, suppression de l’évaluation systématique des professeurs, fin du délai obligatoire d’études).

2/ Immigration : vague migratoire et peur d’un tsunami de réfugiés…

Selon Kathimérini du 14 avril, les garde-côtes grecs ont secouru prêt de 10 500 ressortissants étrangers au premier trimestre 2015 (trois fois plus que sur la même période en 2014). Le même journal reprend des informations selon lesquelles 2, 5 millions de réfugiés se trouveraient sur les côtes turques, prêts à entrer en Grèce et dans l’UE. Cette vague migratoire inquiète les autorités et les habitants des îles de l’Égée orientale alors que s’ouvre la saison touristique.

Les autorités grecques tentent de répondre aux problèmes des locaux pour accueillir ces migrants en ouvrant des stades, des bâtiments de l’armée et en les déplaçant vers le continent et soulèvent la question du cofinancement de la politique migratoire au niveau européen. De son côté, le maire d’Athènes, M Kaminis s’est entretenu avec d’autres maires de capitales concernés par la question de l’accueil des réfugiés (Mme Hidalgo pour Paris et M. Marino pour Rome).

Ces questions devraient être traitées lors d’un prochain sommet de l’UE.


3/ l’Eglise Orthodoxe devrait contribuer davantage au remboursement de la dette

Selon le Journal des Rédacteurs, l’archevêque d’Athènes, Mgr Iéronymos aurait proposé au gouvernement de « mettre à profit les biens de l’église dans le but de rembourser la dette ». Une société commune qui vient d’être créée par la loi devrait permettre, via la mise en valeur du patrimoine ecclésiastique, d’orienter des futures recettes vers le remboursement de la dette.

4/ Taux d’imposition particulièrement haut et note abaissée par Standard and Poor’s

Ta Néa commentait la dernière publication de l’OCDE et qui plaçait la Grèce en tête des 36 pays étudiés en terme d’imposition des ménages ( 43, 4% pour la Grèce, contre une moyenne de 27% pour l’OCDE, loin devant la Belgique et ses 40,6% ou la France et ses 40,5%).

De son côté, l'agence Standard and Poor's poursuivait son travail d’expert en abaissant la note de la dette grecque d'un cran (à CCC+). L’agence a souligné dans son communiqué du 15 avril que cette décision s’appuyait sur le fait que les conditions économiques et financières nécessaires à la solvabilité de la Grèce se sont détériorées, en raison de l'incertitude entourant les négociations prolongées entre le gouvernement grec et ses créanciers (Sources : Ethnos, Kathimerini).

 

1 commentaire:

  1. Cela m'aurait étonnée que "To Vima" soit rempli d'indulgence envers Varoufakis. Que ce soit la presse liée au PASOK ou celle liée à Nea Democratia (I kathimerini) les critiques se succèdent et l'entreprise de démolition envers le gouvernement SYRIZA continue telle qu'il avait commencé avant le 25 janvier !

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