vendredi 9 décembre 2011

Europe: la méthode des cercles excentriques



[ce texte est également disponible sur Causeur.fr ]

Voilà : le sommet européen de tous les dangers est terminé. Il devrait nous assurer des vacances sereines. On nous annonce, au cas où, un possible huitième « sommet de la dernière chance » avant les fêtes, histoire de garantir que tout le monde digère correctement la dinde de Noël et la cuite du Nouvel an.

Loin d’avoir été triomphal, ce sommet n’en a pas moins été distrayant. Au moins confirme-t-il l’hypothèse « Lordonnienne » du comique comme remède à la crise. Et puis, il a fait bouger les lignes.

Les chefs d’Etats et de gouvernements se sont en effet accordés sur l’idée d’une solution à « 17-plus ». Cette solution concerne les 17 membres de l’eurozone, auxquels il convient d’ajouter six pays non-membres, et une poignée d’Etats qui réservent leur réponse. Nous avons donc là un exemple typique de la « solution 17 + 6 + X », dont on espère qu’elle fera date.

Dans le même temps, la Grande-Bretagne a décidé de faire cavalier seul, nous faisant basculer sans transition de l’ère de « l’ignominie germanophobe », vivement condamnée par les médias mainstream, à celle de « l’anglophobie nauséabonde », vivement condamnée par personne. Pourtant, la « britannophobie » nous rappelle elle aussi quelques unes des « heures les plus sombres de notre histoire ». Sauf que pour le coup, il faut être capable de remonter un peu au-delà de 1940 dans l’histoire du continent, ce qui semble provoquer une épidémie de KO techniques, y compris chez les commentateurs les plus avertis.

Quoiqu’il en soit, cette fois-ci, la messe est dite : l’épopée des Vingt-sept, c’est fini. Et c’est une Europe à « 27-moins » qui vient de se mettre d’accord sur une solution à « 17-plus ».

Pour autant, n’imaginons surtout pas que l’histoire s’arrête là ! On vient d’apprendre que l’adhésion de la Croatie à l’Union avance à grands pas, et qu’elle devrait bientôt être effective ! Ainsi, l’Europe à « 27-moins » qui vient d’adopter une solution à « 17 + 6 + X » n’est ni plus ni moins qu’une future Europe à « 26-plus » !

Vous n’avez rien compris ? Bravo : vous êtes normal. Surtout, pas d’inquiétude : de très nombreux « experts » modélisent d’ores et déjà les algorithmes appropriés.

Nous voulions l’Europe à « géométrie variable ». Nous avons une Europe incurable à géométrie instable.

Lire et relire:
L'Europe à l'aube du septième jour  CLICK
Dr Angela et Mrs Merkel, Janus allemand   CLICK
Inflation allemande : terreur atavique ou erreur historique ?  CLACK
Euro : la mutation ou l'explosion CLOCK
Fais-toi tutoyer par la BCE et occis la méchante inflation  CLOUCK

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5 commentaires:

  1. Oh mais l'anglophobie était bien présente en France, dans les années 1940 - 1944 ! Mais, évidemment, elle était du côté des “méchants”, donc on fera aussi bien de l'oublier…

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  2. Tu le prends à la rigolade mais le retrait britannique me semble très important. On peut donc abandonner l'Europe facilement, je ne serais pas étonné que se soit le début de la fin.

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  3. Réponse à Jardidi:
    Pas du tout:la GB n'abandonne pas l'Europe.Simplement,une fois de plus elle se fait exonérer de ce qui ne lui convient pas.

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  4. Quand on dit "l'Europe" on ne sait pas ce qu'on dit. Ce n'est pas nouveau. Europe à 6, 9, 12, 15, 27, 34 ou plus, ou maintenant moins ? Nul ne le sait. Union, fédération, confédération, association, club ? Nul ne le sait. Union européenne, Conseil de l'Europe, union douanière, espace Schengen, AELE, eurozone ? L'ambiguité est à chaque fois de rigueur. Nous de bien curieux architectes. Depuis plus de 50 ans nous construisons mais nous ne savons pas ce que nous construisons. Ne nous étonnons pas que l'édifice présente quelques lézardes.

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  5. Que le Royaume-Uni ne veuille pas participer à tous les processus européens, ce n'est pas nouveau.
    C'est le cas depuis son entrée en 1972 (1). Et c'est ce que prévoyait déjà De Gaulle, hostile à l'entrée de ce pays dans la CEE.

    L'attitude du Royaume-Uni a un côté sympathique et un côté qui l'est beaucoup moins.
    - Côté peu sympathique : c'est dans l'intérêt de la City, autrement dit de la haute finance.
    - Côté qui l'est plus : il existe un mouvement de l'opinion britannique qui en a assez du pouvoir qu'on a donné à des organismes supra-nationaux (en particulier les cours de justice et des droits de l'homme). Ces organismes empêchent les parlements nationaux de prendre des décisions souhaitées par la grande majorité de la population (je pense au combat contre l'insécurité).

    Soyons clairs : avec la supra-nationalité que les "cabris" (cf expression de De Gaulle) imposent depuis quelques décennies (sans consulter les peuples ou en méprisant leur vote), les nations (donc la démocratie) perdent toute souveraineté.

    Sur un autre point : ai-je mal compris ?
    J'ai cru comprendre à la suite du dernier "accord" qu'on parlait d'élargir encore la zone euro.
    Là, je ne comprends plus. Sarkozy n'a-t-il pas dit récemment qu'il n'aurait pas fallu laisser entre la Grèce dans cette zone ?
    Une fois de plus, "amuserait-on la galerie" ?

    (1) Le président Pompidou organisa tout de même un référendum. Oh, il n'était pas sans arrière-pensées car le PCF et le PS étaient en train de négocier leur programme commun (signé quelques semaines plus tard). Or, le PCF était contre l'entrée du Royaume-Uni dans la CEE et le PS était pour.

    Le PCF appela à voter "non" ainsi que quelques gaullistes.
    Le PS appela à l'abstention pour des raisons tactiques.
    L'UDR (ancien nom du RPR) et les centristes appelèrent à voter "oui".

    Résultat (23/04/72) : Abstentions + blancs ou nuls = 39,76 + 7 = 46,76%.
    Par rapport aux exprimés :
    Oui = 68,32%.
    Non = 31,68%.

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