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lundi 13 février 2012

Admin@France : voyage en Absurdie



Ce matin, alors que je baguenaudais dans quelque local administratif fleurant bon le Personal Computer en surchauffe et l’encre de photocopieur, un petit homme chenu, triste et poussiéreux, l’œil légèrement absent, l’haleine un peu fiévreuse et quelques rides d’amertume zébrant le coin de son museau bistre, un petit homme fatigué, donc, et qui se prétendait mon « chef », me remit un document  intitulé « Lettre de mission », par lequel il m’invitait à devenir « actrice de la réforme » en ces termes abstrus : 

« Vous êtes désignée comme chef du projet « simplification, information, formation ». A ce titre, vous êtes responsable de la conduite du changement dans le cadre de la lutte contre la sur-administration.

Vous assurerez la maîtrise d’ouvrage (MOA) du projet sus-cité. Vous veillerez à vous adjoindre un « chef de projet fonctionnel », qui, en tant que responsable de l’assistance à la maîtrise d’ouvrage (AMOA) sera chargé de l’information haute en direction du COPIL (comité de pilotage).

Préalablement au lancement de votre projet, vous mènerez une étude visant à établir les indicateurs adéquats de résistance au changement. Vous évaluerez le degré de criticité de ces risques et en rendrez compte au CODIR (comité de direction) et au COEX (comité exécutif).

Une fois le projet mené à bien, vous serez en charge du RETEX (retour d’expérience) afférant. Vous formulerez toute proposition que vous jugerez nécessaire afin de mesurer les écarts-types entre les objectifs initiaux et les livrables terminaux. Vous veillerez également à consigner les modalités de généralisation des bonnes pratiques que vous aurez pu identifier.

Afin de mener à bien votre mission, vous formulerez au préalable toutes les demandes qui vous sembleront opportunes en matière de ressources informationnelles ».

L’espace d’un instant, je me demandais si je n’avais pas été téléportée au siège de la Banque Centrale Européenne (BCE), où le technocrate Mario Draghi aurait fomenté un bizutage spécialement dédié à ma malheureuse personne, pour se venger de tout le mal que j’avais pu dire de lui jusqu’alors.

Après avoir tourné et retourné ma « Lettre de mission » en tous sens puis lancé alentour un regard affolé mais néanmoins circulaire, je m’aperçus que je venais de reprendre du service au sein de l’administration française, et qu’il allait falloir que je m’y fasse : il est grand temps pour moi de ne plus « résister au changement », et d'embrasser à pleines mains la « gestion de projet ».

Qu’avez-vous prévu, ce soir ?
Pour ma part, je compte regarder une émission sur mon écran plat, peut-être en Podcast, certainement en Dolby Surround. Peut-être live-twitterai-je, d’ailleurs, une partie de cette émission ?
Après cela, je mangerai une petite salade de diodes et une soupe d’électrodes en compagnie de Nono le Robot, mon nouveau petit ami.
Puis j’irai vite au lit pour pouvoir me lever demain à l’aube, car  je ne sais pas vous, mais moi, j’ai une RGPP (révision générale des politiques publiques) à mettre en œuvre !

Puisqu'on vous dit que notre civilisation est plus évoluée que les autres….


Lire et relire :
RGPP : l'été meurtrier des damnés de la LOLF  CLICK
RGPP : la complainte du fonctionnaire modernisé  CLACK
Papademos, Monti, Draghi : vive la "techno"-parade européenne  CLOCK

mercredi 23 novembre 2011

Toi aussi, fais-toi tutoyer par la BCE et occis la méchante inflation !

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A mesure qu'arrivent les premières griffures de l'âge comme autant de rides, ridules et ridelettes se formant au coin du nez, on se met à "vieuxconniser". Ce faisant, on commence aussi à culpabiliser. On s'interroge en effet : "suis-je devenue rabat-joie?", "ai-je perdu mon sens de l'humour", "toute légèreté m'a-t-elle définitivement abandonnée" ?

Tenez ! C'est exactement ce que j'ai ressenti la semaine dernière en découvrant le clip créé par de gentils saltimbanques post-modernes à l'occasion de la journée internationale des toilettes. Je me suis demandée, perplexe, si mon second degré s'en était allé pour toujours, avec mes derniers boutons d'acnée et les vestiges écornés de mes illusions perdues. Jugez plutôt :



A bien y réfléchir, j'ai fini par me dire que le problème ne venait ni de moi, ni du laps de temps qui me sépare du jour où mon père, les yeux humides d'émotion parentale, fonça à l'état civil pour y prétendre - sans avoir sérieusement vérifié - que j'étais bel et bien son enfant.

Non. Le problème est tout autre. En fait, le monde est en train de se payer notre tête. La mienne, la votre. J'ai compris ça aujourd'hui en me faisant tutoyer par la Banque centrale européenne, et en me voyant proposer par des personnages de manga grossièrement bruxellisés de "m’asseoir dans le fauteuil de Mario Draghi et de prendre en main la politique monétaire de la zone euro ". 

L'objectif ? Lutter contre le "monstre de l'inflation" (bouh qu'il est vilain), et de "maintenir l'augmentation des prix en dessous de la barre des 2%". Démonstration :



Désormais, je ne crains plus qu'une chose : qu'un communicant abâtardi officiant chez Euro RCSG viennent me babiller à l'oreille d'une petite voie sucrée: "toi aussi, viens t'asseoir avec tous tes amis dans le fauteuil du président de la République, et joue à lutter contre le chômage". En effet, "si le chômage dépasse la barre des 10%, le monstre de la pauvreté viendra, et il y aura tout plein de smicards épuisés, de précaires harassés, de travailleurs pauvres sous contrats aidés, et de sans-abris frigorifés".

Ah, mince, j'avais oublié ! Ce jeu là, on y a déjà joué en vrai. Et je crois me souvenir qu'on a perdu.

Lire et relire :
Inflation allemande : terreur atavique ou erreur historique ?  CLICK
Papademos, Monti, Draghi, vive la "techno" parade européenne   CLACK
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