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jeudi 11 mai 2017

Rompre avec la France atlantiste ? - Entretien avec Hadrien Desuin






Ancien élève de l'École spéciale militaire de St-Cyr, Hadrien Desuin est géopoliticien. Il collabore avec plusieurs journaux (Conflits, Figarovox) dans lesquels il commente l'actualité internationale. Il vient de publier La France atlantiste (Le Cerf, avril 2017), un essai à la fois synthétique et complet qui dresse un bilan sévère de la diplomatie sous Nicolas Sarkozy et sous François Hollande. Il y revient aujourd'hui dans L'arène nue. 

***

Dans votre livre, vous décrivez une diplomatie phagocytée, sous Sarkozy puis sous Hollande, par les « néo-conservateurs français », œuvrant avant toute chose à solder l'héritage du "gaullo-mitterrandisme". Pouvez-vous expliquer brièvement qui ils sont et quelle est leur vision du monde?

Les néo-conservateurs français assument rarement cette appellation. Certains sont sortis du bois après le refus de la France de participer à l'expédition américaine en Irak. Autour du cercle de l'Oratoire et de la revue Le meilleur des mondes d'abord. Aujourd'hui leurs bastions se résument à la FRS (Fondation pour la Recherche Stratégique), Terra Nova et la revue La règle du jeu dirigée par BHL. 

Dans l'intervalle, ils ont remporté la bataille des idées, profitant de la rupture annoncée par Nicolas Sarkozy en 2007. Défaits en 2003 sur la question irakienne, les néo-conservateurs sortent grands vainqueurs de la décennie qui suit. Par ailleurs, les printemps arabes ont beaucoup aidé à renouveler l'idée d'imposer par les armes un grand Moyen-Orient démocratique. Notamment au Parti Socialiste. 

Comme aux Etats-Unis, les néo-cons sont d'anciens trotskistes ou maoïstes qui ont dénoncé le dévoiement du communisme par l'Union Soviétique pendant la Guerre froide. Après la tragédie du Vietnam, ils se sont ralliés à la bannière américaine comme étendard de la liberté. Ils veulent répandre la démocratie dans le monde, (c'est ce qu'on a appelé le "nation building") et lutter à la fois contre le djihadisme et la restauration de la puissance russe. Ce sont des wilsoniens qui font la chasse aux Etats-voyous dans les banlieues insoumises de l'Amérique-monde. En France, ils ont démarré dans l'associatif comme Médecins Sans Frontières et Médecins du Monde ou dans les cénacles d'intellectuels libéraux. Après la chute du mur de Berlin, la jonction se fait avec la droite atlantiste et l'appareil militaire, sommé d'appliquer "la guerre humanitaire". Ce sera une suite ininterrompue de fiasco stratégiques : Somalie, Bosnie, Kosovo, Afghanistan, Irak... 

D'autres, plus modérés, tentent même de récupérer le label "gaullo-mitterrandien" grâce à une interprétation alambiquée du terme. Selon eux, de Gaulle aurait toujours été fidèle à l'alliance atlantique. Puis Mitterrand aurait achevé dès les années 80 la normalisation de la diplomatie française. Un retour à l'alignement de la IVème République. C'est en partie vrai mais globalement faux. Certes de Gaulle commence sa présidence par une tentative de relance trilatérale avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni. C'est pourquoi il accélère la décolonisation. Mais il est déçu, notamment par Lyndon Johnson qui succède à Kennedy après sa mort. Son rapprochement avec l'Allemagne échoue aussi en 1963. Ce sont ensuite six ans de tensions très fortes avec l'Amérique et de rapprochement avec les non-alignés voire même l'URSS et ses satellites. La période 1963-1969 est sciemment occultée par les atlantistes.

Ces atlantistes hexagonaux sont-ils si influents que cela ? Emmanuel Macron a-t-il des liens avec certains d'entre eux qui pourraient donner des indices quant à ses futurs choix diplomatiques ?

Dans un entretien à Mediapart, Emmanuel Macron a révélé beaucoup écouter François Delattre, ancien directeur de cabinet adjoint de Dominique de Villepin. Actuel représentant de la France à l'ONU, il pourrait donner cette touche gaullo-mitterrandienne s'il était nommé conseiller diplomatique du Président. Tandis que Gérard Araud, un temps pressenti, est lui un ultra atlantiste décomplexé. L'entourage diplomatique de Macron se compose également d'Aurélien Lechevallier, un de ses amis rencontré à Sciences Po et devenu diplomate avant de pantoufler à la mairie de Paris pendant la campagne. En tant que conseiller diplomatique du candidat, il a prévenu que suite aux MacronLeaks, la réponse d'Emmanuel Macron à Vladimir Poutine serait extrêmement ferme. La relation franco-russe pourrait donc rester glaciale.  

Le futur Président revendique le fameux héritage "gaullo-mitterrandien", expression popularisée par Hubert Védrine mais qui signifie surtout une forme de transition historique entre le gaullisme d'hier et l'atlantisme d'aujourd'hui. Les atlantistes enragés comme Bruno Tertrais ou Nicolas Tenzer ont ouvertement milité pour la candidature Macron. Pour eux l'ONU n'est pas assez efficace et oblige à discuter avec les russes. Ils préfèrent donc l'OTAN.

Il y a peut-être une volonté chez Emmanuel Macron de revenir aux fondamentaux de la diplomatie française post-gaullienne. En finir avec ce que j'appelle "l'hyper-atlantisme", c'est-à-dire cette manie qu'a eu la France sous Obama de profiter de sa prudence stratégique et de ses réserves pour partir à l'aventure et essayer de devancer Washington dans une forme de surenchère émotionnelle, humanitaire et militaire. En particulier en Libye et en Syrie. 

D'autant plus que la nouvelle administration Trump, plus imprévisible, moins présentable et assez belliqueuse, gêne les partisans de l'atlantisme à outrance. Donald Trump a peiné à masquer son soutien à Marine Le Pen. La diplomatie Macron va sans doute relancer le discours sur l'Europe de la Défense. Une impasse puisque ni les Britanniques ni les Allemands n'en veulent. Pour eux, comme pour les néo-conservateurs français, l'OTAN est la référence de tout.

Vous rappelez que pour le général de Gaulle, « le rôle historique de la France était de réconcilier la Russie avec l'Europe, voire l'Amérique ». Selon vous par ailleurs, « ce que la France a sans doute de meilleur à apporter au monde, c'est la résistance à l'hégémonie ». Mais nous ne sommes plus en période de Guerre froide. Est-il encore temps de jouer aux non-alignés ?

Êtes-vous bien sûr de ne plus être en Guerre froide ? La chasse aux espions russes ramène parfois certains observateurs hexagonaux à une atmosphère quasi McCartyste. On voit des agents du Kremlin partout, les théories du complot fleurissent comme au printemps. On prend vraiment le FSB pour un service de pieds nickelés et d'amateurs. 

Soyons sérieux : bien sûr que le rôle de la France est de ramener la Russie dans le concert européen. De Gaulle parlait de la Russie et non pas de l'URSS car il anticipait déjà sa chute et se souvenait d'où elle venait. Nous devrions regarder la Russie avec ce même souci historique et géographique. La France, grande puissance moyenne de l'Ouest européen, a naturellement besoin de réintégrer la Russie en Europe pour contrebalancer le poids de plus en plus lourd de l'Allemagne. Nous sommes en guerre contre le djihadisme mais nous sommes aussi en guerre économique. Le refus de l'hégémonie, c'est le refus de voir s'installer dans le monde et en Europe une puissance qui dominerait toutes les autres. Et qui la dominerait mal de surcroît. 

Il suffit de regarder un tant soit peu l'Amérique pour comprendre qu'elle ne peut être un modèle pour le monde. La culture française, celle qui a inventé l'art de la diplomatie réaliste avec Richelieu et Mazarin, celle qui a brillamment participé au congrès de Vienne de 1814-1815, doit jouer son rôle. Un rôle de grande embêteuse du monde comme disait Giraudoux, mais aussi un rôle de médiateur et de garant des grands équilibres du monde. Elle n'a pas à jouer les petits soldats des droits de l'Homme à travers la planète. Il suffit de regarder comment a terminé Bonaparte.

Vous semblez rejoindre le spécialiste de la Russie Jean-Robert Raviot, qui expliquait ici-même que selon lui, la Russie ne poursuivait nullement d'ambition impériale à l'Est. Mais alors que veut-elle, notamment en Ukraine ?

Vous avez raison de citer les fructueuses analyses de Jean-Robert Raviot. Cela étant, François Hollande lui même disait que la Russie de Poutine était une force conservatrice et stabilisatrice plutôt qu'un danger: "D’une certaine façon, c’est vrai, la Russie n’est pas une puissance agressive. C’est un pays qui est pour le statu quo, pour le maintien des régimes, y compris les plus dictatoriaux lorsque ça peut être un élément de stabilité, mais il ne menace pas notre propre sécurité." confiait-il à Gérard Davet et Fabrice Lhomme (Un président ne devrait pas dire çà). La menace russe est surtout un chiffon rouge qui fait le bonheur des grands titres des journaux.

La Russie tente depuis trente ans de sauver les meubles de son ancien empire soviétique. Empire qui datait de plus loin que l'URSS. La Crimée avait été annexée par Catherine II. Poutine a réagi avec beaucoup de modération en Ukraine tandis que Kiev s'enfermait dans une surenchère nationaliste. Poutine s'est gardé d'annexer le Donbass, de le renforcer militairement afin de pousser son avantage vers Marioupol et pourquoi pas Odessa. L'annexion de la Crimée doit beaucoup à la population russe de la presqu’île, à l'interdiction votée par la Rada de la langue russe dans les rapports sociaux et bien sûr à sa position stratégique pour la flotte de Sébastopol. Il était impensable pour Moscou d'abandonner la Crimée et donc la mer Noire au régime de Kiev. Poutine cherche actuellement à profiter de sa position dans le Donbass pour faire revenir Kiev à la raison. L'hypothèque stratégique saisie à Donetsk et Lougansk agit comme un garde-fou contre l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN et donc à l'Union Européenne. Sans l'Ukraine, la Russie cesse d'être un Empire, chose qui reste pourtant indispensable.

Il est tout aussi important pour l'indépendance de la France de se tourner vers le Sud que de regarder vers l'Est. Vous déplorez pourtant l'état de ce qui fut jadis « la politique arabe de la France » et expliquez que celle-ci est désormais écrite depuis Riyad. Comment faire pour sortir notre pays de sa dépendance, commerciale notamment, vis-à-vis de l'Arabie Saoudite et plus globalement des pétromonarchies ?

C'est une chose de vendre des matériels, c'en est une autre d'aligner sa politique arabe sur la diplomatie saoudienne. Quand on regarde précisément la nature des contrats et les résultats obtenus par d'autres nations industrielles, on n'observe pas une telle symétrie. Les pays du Golfe sont des clients très exigeants et de redoutables négociateurs. Ils cherchent des matériels performants avant tout. Le problème est qu'ils ont une culture du cadeau. Cela infuse dans toute la classe politique française, comme l'ont bien montré Christian Chesnot et Georges Malbrunot. Le complexe militaro-industriel français a cruellement besoin de ces commandes. Ce qui passe par une commande nationale conséquente. La course à l'export ne doit pas perdre de vue l'intérêt national. Mieux vaut perdre un contrat que perdre son âme auprès de missionnaires du wahhabisme.

La politique arabe de la France jusqu'à Jacques Chirac s'adressait à tous les pays du Moyen-Orient, pas seulement à quelques monarques enrichis. La France a retiré son ambassade à Damas et s'est exclue toute seule du Levant. L'Iran nous fait payer cet alignement sur Riyad. Or, on ne peut pas peser sur le règlement du conflit israélo-palestinien en défendant la position des pétromonarchies. Lesquelles sont favorables au statu quo avec Israël. Face à la montée de l'islamisme, il faudrait que la France soutienne davantage les partisans d'un Etat séculier en lutte contre l'influence des Frères musulmans.

Donald Trump, que tout le monde attendait dans le rôle du « républicain isolationniste » a décidé des frappes sur la Syrie en avril. Que s'est-il passé ? Selon vous, où va la diplomatie américaine à ce stade et comment la France devrait-elle se positionner par rapport aux Etats-Unis de Trump ?

Personnellement, j'avais alerté dès le printemps 2016 sur le fait que Trump ne serait pas isolationniste. Tout dans la psychologie du personnage indiquait le contraire. L'histoire américaine depuis 1945 en dit long également. L'isolationnisme n'est plus une option pour l'Amérique depuis Pearl Harbour. Par ailleurs si l'on observe les changements progressifs dans l'entourage de campagne puis à la Maison-Blanche, on voit bien que les faucons du parti républicain ont peu à peu repris la main. Le général Mattis, le général Mc Master, Reince Priebus, Mike Pompeo, Jared Kushner sont désormais aux commandes. La diabolisation de Trump passait par son rattachement voire sa soumission supposée à Vladimir Poutine. Ce qui était grotesque. Donald Trump a passé toute sa campagne à déclarer qu'Obama avait été trop faible face à l'Iran mais aussi face à la Russie. S'il disait que l'OTAN étais obsolète, c'était aussi pour dire que les européens devaient davantage financer leur défense américaine. 

Face à Donald Trump, la France doit retrouver sa posture de 2003, une alliance avec l'Allemagne, la Russie et la Chine pour imposer à l'Amérique une gestion multipolaire du monde: un concert mondial des nations.





jeudi 11 octobre 2012

De quoi le manque absolu d’imagination est-il le nom ?

 
 


J’ai beau n’avoir pas ouvert le bouquin, j’imagine qu’il était drôlement bien, si j’en crois le torrent d’autrui qui s’empresse d’en plagier le titre. Le truc, c’est que je ne risque plus de lire « De quoi Sarkozy est-il le nom ? » publié par Alain Badiou en 2007. Et pour cause : ses émules ont eu ma peau.

De fait, « De quoi machin-chose est-il le nom » est devenu le poncif le plus vendeur sur le marché du titre à la noix. Il est vrai que ça se met à toutes les sauces, et qu’on n’a guère besoin de se fouler.

Vous voulez savoir de quoi un match OM-PSG est le nom ? Cliquez ici.
De quoi le Conseil constitutionnel est le nom ? Cliquez encore.
De quoi le bouton « like » de Facebook est le nom ? Cliquez toujours.
De quoi Mélenchon, Jonathan Littell, Mohamed Merah, et le Racing Club de Strasbourg son le nom ? Cliquez à en crever !

Si ce n’était pas devenu si redondant que c’en est presque drôle, on pourrait décliner à l’infini et s’interroger, la mine inspirée : de quoi la grue qui surplombe l’immeuble qui jouxte le mien est-elle le nom ? De quoi les traces de doigt dégueulasses laissées par mon petit frère sur mon écran tactile sont-elles le nom ? De quoi le fait que Doliprane soit plus efficace codéiné est-il le nom ? De quoi le léger retard du bus 68 qui m’a fait rater le début de ma réunion est-il le nom ?

Bref, on n’en peut plus. Et l’on en vient bien légitiment à se demander : « de quoi le manque absolu d’imagination est-il le nom ? ».

Faute de pouvoir répondre à cette question essentielle, nous nous contenterons pour l’heure de proposer quelques variantes aux intituleurs compulsifs mais en manque d’inspiration. Pour commencer, que pensez-vous de ces quatre-là :
Europe :« TSCG : de quoi le oui est-il le non ? »
Arts de la table : « condiments : de quoi l’ail est-il l’oignon ? »
Musique : « Beatles : la rétrospective, ou de quoi John est-il Lenon ? »
                 « Gainsbourg : la rétrospective, ou de quoi Incest est-il Lemon ? »
 
 

vendredi 27 janvier 2012

Micro-trottoir 2012 : Anne penche pour Chevènement



[Ce texte est également disponible sur Marianne2]

Cet entretien a été réalisé dans le cadre du micro-trottoir 2012 de l’arène nue. Vous pouvez en consulter ici la rapide description, ainsi que les cinq premiers volets (un, deux, trois, quatre, cinq). Je remercie vivement Anne, mon interlocutrice.

***

Anne a 38 ans. Elle est fonctionnaire et occupe un poste à responsabilité dans le domaine des Ressources Humaines.

Coralie Delaume. A 90 jours de l’élection présidentielle, pour quel candidat envisagez-vous de voter ?

Anne. La question est encore un peu difficile car la multiplicité des candidats déclarés ou supposés rend le choix complexe, sauf sans doute pour les militants et les adhérents des différents partis, dont je ne suis pas.

Par ailleurs, un choix trop anticipé pourrait être rendu rapidement caduc par un trop faible nombre de signatures, un abandon ou un ralliement. Cependant, son expérience et ses propositions me portent à m’intéresser particulièrement à Jean-Pierre Chevènement.

C’est une candidature que l’on n’attendait pas forcément. Comment avez-vous réagi à son annonce ? L’espériez-vous ? Suivez-vous Jean-Pierre Chevènement depuis longtemps ?

Je crois avoir été marquée par sa démission – dont j’ai compris plus tard qu’elle était la seconde avant de devenir ensuite la deuxième – du poste de ministre de la Défense lors de la première guerre du Golfe. J’avais alors hésité entre lâcheté devant l’épreuve ou courage pour faire valoir son opinion et ses valeurs. Sa constance, les suites de cette intervention et les explications qu’il a pu ensuite fournir m’ont convaincue qu’il s’agissait bien là de courage, bien rare dans la classe politique.

J’avoue ne pas être une si grande connaisseuse de la vie politique ou une telle admiratrice de Chevènement pour avoir espéré ou avoir conçu de grands sentiments à son annonce. Sa candidature me paraît simplement s’inscrire dans la suite d’une vie courageuse et droite au service d’une conception de la France sans doute disparue en 1969 et qu’il souhaite encore représenter ou au moins rappeler aux électeurs et autres candidats.

1969…pour vous, la candidature de Chevènement est donc une candidature gaulliste avant d’être une candidature de gauche ?

Oui, et c’est en grande partie pour cela que j’envisage de la soutenir par mon vote au printemps. Elle est probablement d’autant plus gaulliste qu’elle ne s’en réclame pas à longueur d’interviews comme continuent à le faire de trop nombreux candidats qui en trahissent par ailleurs le fond après avoir abandonné tout espoir d’en atteindre l’excellence de la forme.

Il est vrai que la référence au gaullisme est devenue très « tendance ». A quel(s) usurpateur(s) pensez-vous en particulier ?

J’aurais tendance à dire : tous ceux qui s’en réclament, en tout premier lieu Nicolas Sarkozy, et cette UMP qui se targue d’avoir encore des représentants du gaullisme (de Fillon à Juppé), alors qu’il n’en est rien. Ces derniers, sans la moindre hésitation, ont permis à l’économie de sortir de son rôle de service de la communauté pour lui abandonner le pouvoir (cette fameuse intendance qui devait suivre dans l’esprit de de Gaulle) ou ont dilué – voire dissout – la souveraineté de la France et la certaine idée que l’on pouvait s’en faire, la réduisant à l’impuissance et bientôt à l’impotence.

Quid de « petits » candidats tels Dominique de Villepin ou Nicolas Dupont-Aignan, qui se réclament également – en particulier le second – du gaullisme ?

Dominique de Villepin a trop longtemps servi des gouvernements tels que je les ai décrits avant de s’en détacher pour des questions de querelles personnelles plus que de vision du monde, même s’il convient de porter à son crédit son action aux Nations Unies avant l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis.

En revanche, la prise de distance déjà ancienne et assumée de Nicolas Dupont-Aignan avec l’UMP et son discours  méritent un réel intérêt. Je ne sais pas ce que penseraient celui-ci et Jean-Pierre Chevènement si je parlais de proximité de leurs analyses et de leur propositions. J’aimerais croire que cette proximité, malgré leurs positionnements de part et d’autre de l’échiquier politique, est le fruit d’un nouveau clivage, désormais plus pertinent et peut-être plus productif que le simple gauche – droite : celui qui sépare les libéraux, économiques et ou sociétaux, et les souverainistes républicains.

Jean-Pierre Chevènement l’a déjà fait savoir : pour lui, le clivage droite-gauche est encore valide, et lui-même se réclame sans ambiguïté de la gauche. Si, au second tour, Chevènement appelait à voter pour François Hollande, seriez-vous prêt à le suivre ?

En aucun cas. A moins peut-être que des engagements majeurs soient pris par le candidat du Parti socialiste  qui reprendraient les objectifs principaux de Jean-Pierre Chevènement sur l’école, la défense, la ré-industrialisation de la France et bien évidemment l’Europe et sa monnaie. Rien n’est pour l’instant moins sûr.

Le récent discours du Bourget prononcé par François Hollande, loué de toute part, ne m’a nullement convaincue. Je crois me souvenir qu’il nous a épargné la légalisation du cannabis, mais, il est revenu sur ces obsessions sociétales de la gauche, telles le mariage homosexuel et, surtout, cette aberration que me semble constituer le vote des étrangers aux élections locales. Il ne me semble pas, pour ma part, que l’on m’ait jamais proposé de voter en Thaïlande ou au Gabon. L’aurait-on fait que je ne m’en serais pas senti la légitimité.

Enfin, Chevènement a une autorité et une aura que lui vaut sa très grande expérience. Il a une stature d’homme d’Etat qu’Hollande - pardonnez-moi – ne me semble pas posséder.

Le sénateur de Belfort est donc expérimenté mais pas trop vieux, selon vous ?

Il n’est certes pas jeune. Mais personne ne glose sur l’âge de Ron Paul, candidat à la primaire républicaine aux Etats-Unis, et âgé de 74 ans.

En effet, sur ce point, il est vrai qu’en France, on ne glose guère ! Pour qui avez-vous voté en 2007 ?

En France, on sait ce qu’il a coûté à Lionel Jospin de gloser sur l’âge de Chirac !
En 2007, j’ai voté pour Nicolas Sarkozy, à l’époque sans hésiter. Même si je répugne à me dire « de droite » puisque comme je vous l’ai dit, je considère le clivage gauche/droite dépassé, je demeure relativement conservatrice. En tout cas, j’aimerais que l’on conserve ce qui mérite de l’être.

Par ailleurs, je ne me voyais pas accorder mon suffrage à Ségolène Royal, dont je doutais vraiment de la capacité à diriger un pays. Enfin, j’avoue avoir un peu cru à l’image que renvoyait Sarkozy, de même qu’à son discours. Cinq ans plus tard, hélas, continuer à y croire relèverait d'une naïveté coupable.

Lire et relire :
Micro-trottoir 2012 de l'arène nue : la règle du jeu  CLICK
Micro-trottoir 2012 : Marcella, plutôt de gauche mais très circonspecte  CLACK
Micro-trottoir 2012 : Pour Jérôme, aucun doute, c'est Mélenchon   CLOCK
Micro-trottoir 2012 : Pour Dominique, ce sera sans doute Philippe Poutou  CLOUCK
Micro-trottoir 2012 : A 26 ans, Didier milite pour Villepin   CLUCK
Micro-trottoir 2012 : Pour Stéphane, un seul choix possible : Marine Le Pen  CLECK

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vendredi 20 janvier 2012

Ecologie: halte aux pandas chinois, vive l'oryctérope belge !




[Ce texte est également disponible sur Causeur.fr]

Décidément, on nous aura saturé le bulbe cognitif avec l’affaire des « pandas-Sarkozy ». Ces deux bouffeurs de bambous, transférés de la Chine à la France à bord du Boeing « panda express » pour la modique somme de 750 000 euros, vont désormais mâchonner de la verdure dans nos contrées hostiles.

Le côté pompidolien de notre président de la République et son aptitude à s’accorder les faveurs d’une Chine dont on espère qu’elle finira par prendre en charge notre colossale dette publique, s’en trouve conforté. En effet, nous dit Le Monde, « Yuan Zi et Huan Huan sont les premiers pandas accueillis en France depuis 1973, quand la Chine maoïste avait offert un couple à la France de Georges Pompidou ».

Notons au passage que les Chinois sont drôlement coquins : quand ils nous offrent  (ou louent) des ursidés, ils nous fournissent systématiquement « un couple ». Notons également que l’amitié franco-chinoise prime ici le souci d’intégration de ces bestioles immigrées : Yuan Zi et Huan Huan, ça sonne tout de même un peu moins français que Jean-Claude et Odette, par exemple.

Bref, on a fait grand cas de l’arrivée sur notre sol de ces placides herbivores diplomatiques. Mais ce faisant, nous avons omis un évènement bien plus singulier. Car pendant que la France devenait la meilleure amie du Parti communiste chinois, le royaume de Belgique, demeurait ce qu’il a toujours été, y compris dans le domaine animalier : le pays du surréalisme.

C’est en effet dans la plus grande indifférence que la Belgique a vu naître en captivité, le 6 janvier 2012, un petit oryctérope. Nuru – oui, je sais : ça sonne moins belge qu’André – né au zoo d’Anvers, est seulement le dixième spécimen de son espèce en cinquante ans à venir au monde au sein du parc animalier. De surcroît, on apprend que la plupart de ses aînés ont crevé, ce qui n’est pas tellement étonnant. Avec la tête qu’ils ont, on doute que ces abominables petits êtres soient véritablement adaptés à la vie sur la planète Terre.

L’oryctérope est en effet une bestiole à peine imaginable. Chantant les louanges d’Alexandre Vialatte dans le magazine Causeur de novembre 2011, François-Xavier Ajavon [1] nous rappelle ces mots de l’auteur : « cette chronique a toujours fait le plus grand cas de l’oryctérope (…) il a un groin de cochon et des pieds de kangourou, des oreilles d’âne et une mâchoire de crocodile. Sa chair sent la fourmi ».

A lui tout seul, l’animal de nuit est en effet une ode à ce que la laideur peut compter de plus invraisemblable, de plus fascinant, de plus hypnotisant. Regarder un oryctérope, son museau de porc, ses oreilles de lièvre, sa peau plissée et glabre, c’est assurément ne plus pouvoir en détacher le regard. La bête concentre en elle le comble de la disgrâce et la douceur touchante de l’immense fragilité. On pourrait d’ailleurs croire que cet être constitue une Error 404 de la part de notre créateur. A moins que ce ne soit un trait d’esprit, une farce, une mise à l’épreuve. Pourtant, on ne peut s’empêcher d’éprouver une immense bouffée de tendresse pour cette chose ignoble, langoureusement abandonnée dans les bras d’un zoologue belge et stupidement confiante dans la capacité de l’homme à assurer son inutile survie.

Souhaitons à l’atroce Nuru une bonne arrivée sur le sol européen. Puisses-tu, sale bête, croître et devenir adulte. Ta simple apparence suffit à prouver que « Dieu est humour ». J'espère te rencontrer un jour, monstruosité polymorphe. Je te cajolerai alors de tout mon cœur d’être humain imbécile.


[1] François-Xavier AJAVON, Alexandre le grand, Causeur – novembre 2011

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samedi 25 juin 2011

Afghanistan : deux présidents, une stratégie ?



La guerres d'Afghanistan et de Libye en témoignent : le propre d'une Nation est de toujours privilégier ses intérêts stratégiques. C'est vrai pour l'hyperpuissante et guerrière Amérique dont le président cherche à solder les conflits hérités de son prédécesseur, et dont l'engagement en Libye s'est fait du bout des lèvres. Mais c'est aussi vrai pour la France « RGPPisé ». Bien qu'elle détricote jour après jour son outil de défense  pour faire des économies, son président n'en a pas moins voulu sa guerre. Nicolas Sarkozy fut donc moteur dans le déclenchement des hostilités en Libye.

Le Français, comme l’Américain, privilégie ses intérêts de puissance. Hélas, la France a parfois du mal à faire prévaloir les siens, logiquement situés sur la rive Sud de la méditerranée. Car bien qu’ayant d’autres fers au feu, Sarkozy semble avoir définitivement opté pour une stratégie afghane calquée sur celle d'Obama.

Ce dernier, quoique n’ayant pas choisi le conflit Afghan, a décidé de l’assumer. En 2009 il mit en œuvre un « surge », qui conduisit au déploiement de 30 000 GI’s supplémentaires en Asie centrale : on ne gagne jamais mieux « les cœurs et les esprits » que par l’usage de la force. Ce président, parfois jugé trop faible, devait montrer son opiniâtreté face à l’islamisme et sa détermination à lutter contre des talibans supposés liés à al-Qaida.

Depuis, l’impavide Obama peut se targuer d’avoir réussi là où le martial Georges W. Bush avait échoué. Si l’exécution d’Oussama Ben Laden n’a pas éradiqué la nébuleuse al-Qaida, elle a considérablement changé le regard que l’on porte sur le conflit afghan. Car après avoir découvert l’ennemi public numéro un vivant en toute quiétude dans une villa d’Abbottabad, il n’est plus interdit de dire aujourd’hui que le problème est surtout pakistanais. D’ailleurs, les plus vindicatifs d’entre les talibans sont certainement ceux du Tehrik-e-taliban-Pakistan (TTP), et non leurs homologues afghans, plus préoccupés par des objectifs nationaux que par des affaires de guerre sainte. Pour le spécialiste français d’al-Qaida Jean-Pierre Filiu, Ben Laden parvenait à cultiver chez les sicaires du TTP une volonté d’exporter le djihad largement émoussée chez leurs homologues afghans, bien plus concentrés sur l'impératif de reconquête de leur territoire.

Surtout, à un an de l’échéance de 2012, Barack Obama doit lui aussi se concentrer sur son propre territoire. Confronté à une crise de la dette sans précédent, il a désormais du mal à justifier la poursuite d’une guerre de plus en plus contestée par le Congrès, et qui engloutit deux milliards de dollars par semaine. Aussi déclarait-il mercredi 22 juin depuis la Maison Blanche : « il est temps de se concentrer sur le nation building ici, chez nous ». Et de présenter sa stratégie de sortie du conflit afghan, qui prévoit un retrait de 10 000 hommes dès 2011, puis de 23 000 en 2012.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la réintégration par la France de la structure militaire intégrée de l’OTAN la prédispose moins que jamais à l’indépendance. Deux heures à peine après le discours de la Maison Blanche, l’Elysée annonçait à son tour un retrait graduel d’Afghanistan, et l’on apprenait que 1 300 soldats français seraient désengagés d’ici 2012, sur les 4 000 actuellement déployés.

Il est dommage d’avoir opté pour un alignement aussi explicite : on sait depuis longtemps que le dispositif français doit se resserrer sur une seule province afghane, la Kapisa, et quitter définitivement le district de Surobi en 2012.  

Mais il est plus regrettable encore de ne prendre en ce domaine qu’une demi mesure, tant il devient difficile de déterminer quels sont les intérêts de la France dans ces montagnes d’Asie centrale où 63 soldats français ont déjà laissé la vie, cependant que nos otages ont le mauvais goût de préférer mourir au Sahel.

Le conflit afghan présente en outre l’inconvénient majeur de nuire à « l’économie des moyens » et à « la concentration des efforts » chères aux lecteurs de Clausewitz. C’est une très mauvaise idée, à l’heure où nos intérêts sont essentiellement menacés en Afrique du Nord, notamment par AQMI, dont « l’émir » Abdelmalek Droukdal, rêve depuis fort longtemps de frapper le sol français.

C’est une plus mauvaise idée encore au moment où la guerre en Libye, celle dans laquelle Nicolas Sarkozy s’est lancé peut-être un peu par calcul, mais sans doute aussi par devoir, prend une tournure nouvelle, où l’on est ostensiblement passé de la protection des civils à un objectif de « regime change » et où chacun se demande s’il ne faudra pas à terme déployer des troupes aux sol, quoique la résolution 1973 l’ait exclu au départ.

Les stratèges de comptoirs se plaisent souvent à dire qu’il est « plus facile de commencer une guerre que de la finir ». Ce doit être un peu vrai, tant la France semble avoir du mal à décider son retrait définitif d’Afghanistan. Ne serait-il pas temps, pourtant, de porter le regard et l’effort là où l’histoire et la géographie ont placé à la fois les intérêts de la France et les menaces qui pèsent sur elle : au Nord de l’Afrique ?

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