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dimanche 22 mars 2015

Filiki Etaria - La Grèce vue de Grèce - revue de presse





 - Billet invité -
Cristobalacci El Massaliote


Le texte ci-dessous est une revue de la presse grecque des derniers jours, réalisée par Cristobalacci El Massaliote pour L'Arène nue, et dont on espère qu'elle permettra de donner quelques éléments d'ambiance relatifs au déroulement des négociations entre Athènes et l'Union européenne. 


***

Le nouveau gouvernement Tsipras tente d’appliquer des réformes sociales courageuses à l’intérieur de son pays tout en affrontant la politique d’austérité prônée par "l’axe 2B" (Bruxelles-Berlin).  Un espoir, peut être ? En provenance de Paris, Washington ou…Moscou ?...


Des tensions avec les partenaires européens. 

Les négociations et les relations entre Athènes et ses partenaires (UE, Eurogroupe,..) s’étaient particulièrement tendues depuis début mars. Le journal Ethnos, prenant en compte les récentes crispations de responsables européens jusqu’alors relativement « modérés », avait même qualifié ces relations de « dramatiques ». Ta Néa (19 mars) s’étonnait également des positions récentes de messieurs Juncker et Moscovici qui n’hésitaient plus à évoquer un scénario de sortie de l’euro pour la Grèce.

Ein Gross tension avec Berlin

Les relations avec l’Allemagne demeurent, quant à elles, particulièrement tendues. Même si une visite d’Alexis Tsipras est prévue pour le lundi 23 mars, le dégel semble encore difficile. En effet, Kathiremini (17/03) révélait l’amplification des tensions nées dès l’arrivée de Syriza au pouvoir, en reprenant les paroles prononcées par le ministre fédéral des finances, Wolfgang Schäuble : « le nouveau gouvernement grec a détruit la confiance construite dans le passé ».


Tsipras, seul mais déterminé 

Alexis Tsipras semblait donc relativement seul, face à des responsables européens apparemment déterminés à étouffer l’initiative politique du gouvernement SYRIZA/ANEL sous le « nécessaire travail des équipes techniques ». Tsipras, afin de prouver sa bonne volonté, s’était pourtant déclaré favorable à de nouvelles réformes et privatisations tout en réaffirmant son opposition à de nouvelles mesures d’austérité.

 Le bout du tunnel de la réunion du 19 mars ? 
 
La réunion du 19 mars, aurait toutefois permis, selon la presse grecque d’élaborer un « engagement politique » permettant le maintien de la Grèce dans la zone euro tout en mettant en œuvre de l’accord conclu lors de l’Eurogroupe du 20 février. 

Ta Nea du 20 mars souligne que la « rencontre marathon » de la veille ne s’est pas déroulée dans un climat de confrontation mais au contraire dans un climat positif. Le journal estime ainsi qu’une « convergence a pu être trouvée au cours de la rencontre » offrant une « une lueur d’espoir » pour la sortie de la Grèce de l’impasse. Selon des informations du journal, les créanciers envisageraient de verser à la Grèce la somme de 1,9 milliards d’euros au titre des bénéfices réalisés par la BCE sur ses avoirs en titres grecs et d’augmenter de 5 milliards d’euros le plafond des émissions de bons du Trésor grecs. De plus, les partenaires sembleraient prêts à accepter un objectif prévoyant un excédent primaire de 1,5% du PIB. Ces décisions seraient prises à condition que la Grèce procède à la mise en œuvre des réformes, à l’augmentation de certains taux de TVA et à la privatisation de certains organismes publics.

Le rôle de Paris ? 

Évoquant des sources gouvernementales grecques, le journal Ta Nea a révélé le «rôle spécial » joué par le Président français, M. Hollande, dans le rapprochement entre le gouvernement grec et les partenaires au cours des négociations d’hier.

Ou les pressions américaines ? 
 
Face à une Allemagne toujours inflexible, le président Obama s’est entretenu avec la chancelière allemande, le 18 mars sur le  dossier grec. Washington, partenaire d’Athènes sur les questions stratégiques et énergétiques a notamment souligné l’importance de trouver un accord assurant le maintien de la Grèce dans la zone euro.
Mais toujours sous l’œil de Moscou…
De son côté, Athènes poursuit son rapprochement avec Moscou. En attendant la rencontre Tsipras/Poutine prévue le 08 avril, le ministre délégué à la défense nationale, M. Isssichos s’est déplacé en Russie. Selon Katherimini , il aurait été question du dossier du gazoduc turc, mais surtout d’un futur appui russe à la demande de réparation allemande qu’Athènes s’apprête à déposer.
 La question des réparations allemandes
Dans son édition du 20 mars, Ta Nea notait que la question des réparations allemandes à la Grèce venait juste d’être évoquée la veille au parlement allemand. Les députés sociaux-démocrates, la gauche et les verts ont ainsi affirmé  la nécessité de l’ouverture d’un dialogue avec la Grèce sur cette question. M. Thomas Oppermann, président du groupe SPD au Bundestag, a ainsi déclaré que « les crimes des nazis n’ont pas de date d’expiration », avant d’ajouter que «l’Allemagne a pleinement conscience de sa responsabilité».
La politique intérieure grecque : se battre contre l’austérité et assurer la justice fiscale .
Le gouvernement Tsipras poursuit sa politique de réforme fiscale et sociale. Le projet de loi sur la crise humanitaire et la lutte contre la corruption a été présenté le mercredi 18 mars . Ce document, a été uniquement rédigé en grec (c’est une première en quatre ans) et a été conçu sans accord avec les créanciers.
Selon Avghi (18/03), Alexis Tsipras serait prêt à poursuivre sur cette voie de la souveraineté nationale, en présentant une nouvelle loi que les créanciers non consultés qualifient « d’unilatérale ». Il envisagerait de déposer une loi permettant d’utiliser les fonds issus des privatisations pour financer la sécurité sociale au bénéfice du peuple grec et non plus pour le remboursement de la dette.
Un climat de gravité.
Il est à noter que certains journaux grecs (To Vima, Free Sunday), s’interrogent sur les futures conséquences de la politique menée par le gouvernement Syriza/ANEL. La peur du Grexit, du retour à la drachme voire de l’ «  effondrement économique » (Free Sunday) agitent certains éditorialistes opposés à une politique qu’ils qualifient de populiste ou de radicale. 
Il semble bien que la devise de la Grèce, Ελευθερία ή θάνατος (Filiki Etaria, « La liberté ou la mort »), née lors de la révolution nationale de 1821 reste donc d’une actualité criante. 
Tag non traduit et incompréhensible pour le créancier moyen 

mercredi 4 mars 2015

La Commission européenne est forte avec les faibles et faible avec les forts




Article pour le Figaro du 3 mars 2014




Tu veux ou tu veux pas ? » : telle est la question qu'on aimerait parfois poser aux indécis de la Commission européenne. Qui risqueraient fort de nous répondre ceci : « p'têt ben qu'oui, p'têt ben qu'non ». Car voilà un moment qu'ils tergiversent. Vont-ils sanctionner la France pour cause de déficit budgétaire excessif ? Pas encore semble-t-il. Aux termes d'atermoiements, Bruxelles a décidé la semaine dernière d'accorder un délai de deux ans à notre pays pour qu'il ramène son déficit sous la barre des 3 %.

La France ne sera pas sanctionnée mais elle continue d'être suivie de près. Attention toutefois à ne pas se méprendre. Comme Pierre Moscivici l'a affirmé, « il ne s'agit absolument pas d'une surveillance ». Juste d'une attention appuyée. En outre, il ne s'agit pas non plus d'une punition car « l'Europe n'est pas faite pour punir, pour contraindre ». Non, le Commissaire à l'économie l'assure : il s'agit seulement d'amicales « incitations ».

Comment se traduisent ces « incitations » ? Essentiellement par une injonction contradictoire, qui rend illusoire toute perspective de réussite. En effet, Paris se voit invitée à respecter dans le même temps des objectifs de déficit nominal et des objectifs de déficit structurel. Pour le déficit nominal, il est demandé qu'il soit ramené à 4% du PIB en 2015, puis à 3,4 % en 2016 et à 2,8 % en 2017. En termes structurels, Bruxelles déplore des efforts de réduction insuffisants et souhaite qu'ils soient d'au moins 0,5 points de PIB.

Problème : ces objectifs simultanés entrent en conflit. Le ratio de 3 % de déficit public fait partie des célèbres « critères de convergence » de Maastricht. La notion de « déficit structurel », quant à elle, est plus récente. L'incapacité de nombreux pays à maîtriser leurs finances publiques a amené l'Europe à concéder ceci : l'environnement dégradé, conséquence de la crise de 2008-2010, rend le rétablissement des économies difficile. Il a donc été décidé de s'attacher au « déficit structurel », notion statistique un peu floue, mais qui a le mérite de tenir compte des effets de la conjoncture. En principe, on s'abstient de contraindre un État à davantage d'austérité s'il n'est pas responsable du non respect de ses objectifs, et si un environnement globalement défavorable l'a entravé dans ses efforts.

C'est là que le bât blesse. Vouloir réduire les deux déficits à la fois, le structurel et le conjoncturel, contrevient à toute logique. C'est vouloir une chose et s'efforcer de la rendre impossible. C'est dire qu'il est à la fois important de prendre en compte la conjoncture, et urgent de l'ignorer. Un peu comme si on expliquait au pilote d'un véhicule que le meilleur moyen de tourner à droite, c'est de continuer tout droit. On s'assure ainsi qu'il va dans le mur...

Outre cela, comme tous les autres pays, l'Hexagone a fait l'objet d'une analyse de ses « déséquilibres macroéconomiques », autre nouveauté introduite en 2011. Cette procédure conduit la Commission européenne à suivre non plus les seules dettes et déficits publics des États membres, mais un tableau de bord composé d’indicateurs divers, assortis de seuils. Si l'un des seuils est dépassé, on considère que le pays concerné risque de déstabiliser toute l'économie de l'Union. Parmi ces indicateurs figure - c'est une bonne nouvelle - le solde de la balance courante. Celui-ci ne doit pas dépasser 6 % du PIB pendant trois années consécutives. Pour le dire simplement, un État ne peut avoir un commerce extérieur trop florissant sans que cela ne pénalise toute l'UE. C'est la moindre des chose : en régime de monnaie unique, un pays qui engrange des excédents sans que l'appréciation de sa monnaie de vienne jouer de rôle correctif, le fait forcément au détriment de ses voisins. Dans la zone euro, les excédents des uns sont les déficits des autres.

Pourtant, il se trouve qu'un État membre a depuis longtemps crevé le plafond, avec un excédent régulièrement supérieur à 7% de son PIB. Ce pays a le plus fort excédent courant au monde - devant la Chine - et son surplus commercial bat des records chaque année (217 milliards d'euros en 2014 soit 11 % de mieux qu'en 2013). L’Allemagne, car bien sûr il s'agit d'elle, est systématiquement hors des clous fixés par Bruxelles. Et pour cause : le pays n'investit pas. Ce faisant, il ne dépense rien, mais déstabilise toute l'eurozone et hypothèque son propre avenir.

C'est pour cela que dès 2013, José Manuel Barroso avait envisagé de sanctionner la République fédérale. Bien sûr, l'idée a vite été remisée et la mise en œuvre du volet coercitif du dispositif sur les « déséquilibres macroéconomiques » n'est plus d'actualité. Ce n'est que du bout des lèvres que la Commission sollicite auprès de Berlin quelques corrections. Car il est bien plus facile d'incriminer la France pour son déficit...ou la Grèce pour sa dette. Quant à l'Allemagne, on ne saurait lui imposer quoique ce soit, et surtout pas des « réformes de structure». Après tout, comme le dit Pierre Moscovici, « l'Europe n'est pas faite pour punir, pour contraindre ».

Si c'était tout, ce serait déjà beaucoup. Mais il y a une cerise sur ce gâteau. Au rang des ratios visant à mesurer les grands déséquilibres figure un indicateur relatif au chômage. En principe nul État ne doit avoir un chômage supérieur à 10 % en moyenne sur trois ans. En Grèce, le taux de chômage est de 26 %, en Espagne de 24 %, au Portugal de 13 %, en Italie de 11 %. La moyenne de la zone euro est elle-même supérieure à 11 %. Et que fait-on ? On prescrit aux pays en crise des mesures d'austérité dont la particularité.... est d’accroître le chômage. Mais on ne va pas se plaindre car ça pourrait être pire. Ces pays pourraient en effet faire l'objet de sanctions pour de tels dérapages. On a finalement de la chance, car comme le dit Pierre Moscovici « l'Europe n'est pas faite pour punir, pour contraindre ». Et comme le disait George Orwell dans 1984, « l'Oceania a toujours été en guerre contre l'Estasia ».