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samedi 12 janvier 2013

Zorro est arrivé : Demorand sauve la banlieue.


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Sous ce masque impénétrable, Nicolas Demorand
 
Cet article a été rédigé pour le magazine Ragemag

Comme les choses semblent simples quand on lit un texte de Nicolas Demorand ! On devrait le consulter plus souvent en haut lieu. Car il possède la solution pour régler la « crise des banlieues. » C’est simple, ça tient en cinq mots et ça claque comme un slogan publicitaire : il faut « passer au Kärcher les préjugés. »
 
Ceux qui ont des préjugés versus ceux qui s’en gardent bien
 
Dans son édito de jeudi, sobrement intitulé « Préjugés » – et non Kärcher : ouf ! – ce journaliste qui, pour sa part, n’a jamais aucun préjugé, propose un plan. D’abord, il faut « lire les sociologues et les (rares) journalistes qui font du terrain dans les banlieues. » Sans doute parle-t-il d’or lorsqu’il écrit « les rares journalistes qui font du terrain. »

Accordons-lui au moins ceci : en général, c’est vrai, il vaut mieux lire. Et si possible, pas du prêt-à-penser. Comme l’explique très bien Demorand, il convient d’éviter « les clichés », les « discours normatifs », les arguties de tous ceux qui « parlent la même langue. » Là encore, le patron de Libération, quotidien sans doute le plus représentatif de ce que les marxistes (brrr !) appelleraient « l’idéologie dominante », sait de quoi il parle.

Vingt-deux, v’là les fachos

Poursuivons la lecture de l’édito. En principe, c’est maintenant qu’on se fait traiter de fachos… Bingo !

Pour Nicolas Demorand, les difficultés des banlieues tiennent au fait que la France – où prévaut depuis toujours le droit du sang, comme chacun sait – est un pays de gros racistes. Et quand l’éditorialiste dit ça, c’est vraiment sans « préjugé » : il le dit pour faire le Bien. Abjurons, donc, puisque nous sommes découverts. Expions, salauds nous-mêmes : il nous sera beaucoup pardonné.

Il faut donc, on l’aura compris, « désamorcer le racisme institutionnel. » Comment ? C’est simple : on arrête de compter les Noirs et les Arabes. Les autres, on peut. On dresse des listes – de collaborateurs ministériels, par exemple – on appelle ça « Les cabinets blancs de la République », emballé, c’est pesé. Et puis, quand c’est Libération qui le fait, ce n’est pas du tout « institutionnel » : c’est underground.

Étape numéro 2 : donner le droit de vote aux étrangers non-communautaires aux élections locales. Ça, c’est sûr, ça aiderait les banlieues. Car leurs habitants sont tous des étrangers, tout le monde le sait, suffit de les regarder.

L’acmé du texte se trouve à l’étape 3. Attention, on ne rit pas. C’est plutôt triste, d’ailleurs. Pour régler le mal-être des banlieues, il faut… « légaliser le cannabis. »

Oui, on a bien bien lu. Pas question de mener une politique de la ville susceptible de désenclaver nos ghettos avec, notamment, la mise en place des services publics qui conviennent. Pas question de mener une politique scolaire exigeante susceptible de tirer vers le haut les élèves les plus en difficulté. Pas question non plus de battre en brèche un chômage qui ronge les quartiers populaires. Non : il faut « légaliser le cannabis. » Pour donner à « ces gens » la liberté de s’adonner en toute quiétude au loisir qu’ils ont en partage et à ce qu’ils méritent : la fumette.

Demorand / Zemmour : les noces barbares

Dans son souci de concision, l’éditorialiste, on le regrettera, omet de proposer qu’on construise, en banlieue, davantage de terrains de basket et de salles de musculation. C’est dommage : on sait depuis longtemps que le sport, qui permet de « se défouler », règle tout dans ces coins-là.

En attendant, derrière la litanie des poncifs exposés par Libé, on reconnaît, une fois de plus, cette alliance contre-nature des tenants de la « gauche diversitaire » et des adeptes de la « droite identitaire. » Car entre un Zemmour, qui associe volontiers « Noirs », « Arabes » et « prison », et un Demorand qui voit derrière chaque banlieusard un chichonneur congénital, il y a, finalement, plus de points communs que de différences. Les deux cèdent à la facilité de la caricature et de la généralisation. Les deux tendent à enfermer autrui dans des identités préconçues. Finalement, les deux sont essentialistes.

Avec la confusion qui caractérise la pensée hémiplégique des essentialistes, lesquels veulent pouvoir trier le « bon » peuple et le mauvais, l’authentique et l’imitation. Pour Demorand, c’est tranché : le peuple se trouve dans les banlieues. Il en appelle donc à améliorer « la vie quotidienne des classes populaires » de ces quartiers. Et pour celles qui résident ailleurs, on fait comment ? On serait tenté de dire : « On fait pareil. » Car ce qui pourrait être utile – vraiment utile : on ne parle pas du bédo – pour les banlieues le serait aussi pour les campagnes : lutte contre le chômage, contre l’échec scolaire, contre l’effacement des services publics ou en faveur (eh oui) d’une plus grande sécurité au quotidien.

Un peu comme si le peuple ne se découpait pas en rondelles. Comme s’il était solidaire. Comme s’il était, tout comme la République, un et indivisible.

mercredi 31 octobre 2012

La "Une" du Point et ses très grosses ficelles


Le Point roule-t-il pour Jean-François Copé ? On peut se poser la question lorsqu’on regarde sa dernière « Une ».

Si vous avez été absent du Landerneau facebooko-tweetesque au cours des 24 dernières heures et si vous n’avez pas de kiosque dans votre immédiat voisinage, la voici à nouveau :




Peut-être êtes-vous trop âgé. Peut-être n’avez-vous pas eu droit, au collège, à l’apprentissage de cette discipline merveilleuse que l’on nomme « analyse autonome de documents ». Si vous souffrez d’une telle disgrâce, nous allons vous aider à décrypter l’image.

C’est un « islam sans gêne » que désire nous montrer Le Point. Comment s’y prend-il ?
  • Il présente une femme en burqa. Tiens, c’est étrange. C’est encore si répandu que cela ? Pourtant, la loi n° 2010-1192 du 11 octobre 2010 interdit la « dissimulation du visage dans l’espace public ». Or c’est ce vêtement particulier, se souvient-on, que visait principalement ladite loi. Certes, certaines femmes contreviennent à la loi. On ne s’est d’ailleurs pas privé de le déplorer (ICI). Mais enfin, est-ce là le visage – ou plutôt l’absence de visage – que présente majoritairement l’islam en France à l’heure qu’il est ?
  • De cette femme en burqa, on ne voit que les yeux. Or voilà : ils sont bleus. Simple hasard ? Certainement pas. Le Point a voulu signifier ceci : l’islam déferle sur le pays comme la misère sur le monde. C’est une vague, un raz-de-marée, un tsunami. La preuve ? Les femmes « de souche » - comme d’aucuns disent maintenant sans s’embarrasser de guillemets – se convertissent en masse. Regardez celle-là ! Si ça se trouve, sous le voile, elle est blonde comme les blés ! Il ne manque plus, finalement, qu’une légende catastrophiste dans le genre : « ils prennent nos femmes ».
  • La femme voilée semble s’en prendre avec vigueur…à une autre femme. Gendarme, celle-ci :
    • traduction n°1 : voyez, ils s’en prennent aux forces de l’ordre, lequel ordre est bafoué partout, tout le temps, par « eux » : enfer et damnation !
    • traduction n°2 : femme en burqa ou fliquette, c’est à vous de choisir. Soit vous aimez « nos » femmes – libérées, autonomes, assumées, officiers de cavalerie, chefs d’entreprises où, ici, gendarmes – soit c’est la burqa. Alors, que choisissez-vous ?
          • On aime aussi la légende, en bas à gauche de la photo : hôpitaux, cantines, piscines, jupe, programmes scolaires, veaux, vaches, cochons (ah non, pas cochon) : vous voyez bien « qu’ils » sont partout. Et pour faire complètement Copé-style, on aurait pu ajouter à cette liste "sucettes" ou "pains au chocolat"
          • Mention spéciale, enfin, à l’alléchante étude annoncée tout en bas. Rien à voir avec le dossier sur l’islam : c’est plutôt un bonus. Car Le Point propose à ses lecteurs un « spécial placements : comment réduire son impôt sur le revenu ». Et la semaine prochaine, ce sera quoi ? « Spécial exil fiscal : comment gruger le fisc » ?
          On ne niera pas que le voile intégral, ça existe. Pour autant cette "Une" est loin de présenter une image honnête de ce qu'est l'islam majoritaire, en France, au mois de novembre 2012. En revanche, elle donne une assez bonne idée de ce qu’est devenue la droite dite « de gouvernement » et la presse qui l'accompagne. D’accord avec le Front national sur les musulmans, mais reaganienne sur l’économie. Bref, xénophobe et libérale. Une remarquable synthèse du pire.

          lundi 25 juin 2012

          Revendications identitaires : « la discrimination positive est une escroquerie »

          - Entretien avec Jean-Loup Amselle -

          
          
          Jean-Loup Amselle est anthropologue.
          Il est Directeur d’études à l’école des hautes études en sciences sociales (EHESS).
          Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont l’Ethnicisation de la France, lignes, 2011.


          Votre dernier livre s’intitule l’Ethnicisation de la France. Pensez vous qu’il existe, en France, un accroissement des revendications identitaires ?

          Je crois qu’il se produit un phénomène double de revendication identitaire. Comme je le montre dans mon livre, des revendications symétriques se font jour.

          D’une part, montent des revendications minoritaires, de la part de groupes qui s’estiment discriminés, opprimé, marginalisés : les « blacks », les « beurs », mais également toute la mouvance LGBT, et même, aujourd’hui, les handicapés.

          Conjointement, nous assistons à un phénomène de captation de ces revendications par ce que j’appelle des « entrepreneurs d’ethnicité et de mémoire ». Ils parlent au nom de ces groupes qu’ils constituent eux-mêmes, et dont ils s’instituent en porte-parole, de façon à monopoliser à leur profit des revendications au départ peu formalisées et disséminées. En effet, qu’il s’agisse de catégories ethniques ou de phénomènes de « genre » les « membres » de ces groupes supposés ne se revendiquent pas en permanence comme leur appartenant. Un « black » ou un « beur » ne se définit pas constamment comme tel. L’identité est multiple, elle est fonction du contexte d’interlocution, de celui ou celle avec lequel vous dialoguez. A l’inverse, les revendications monopolisées par ces entrepreneurs d’ethnicité et de mémoire enferment les acteurs sociaux dans des mono-identités.

          De l’autre côté du spectre, existe la revendication de ce qu’on appelle les « Français de souche », revendication formatée par le Front national et/ou la Droite populaire – voire de l’UMP dans son ensemble, étant donné l’actuel phénomène de radicalisation de la droite.

          Là aussi on tâche d’enfermer les individus dans une mono-identité « de souche », mais qui est reprise en symétrique par la gauche multiculturelle et post-coloniale. Il n’est qu’à voir l’exemple paradigmatique des Indigènes de la République, qui utilisent de manière frappante le terme « souchien », soit l’exact pendant de « Français de souche ».

          Finalement, entre ces deux tendances, on assiste à une sorte de backlash, d’effet en retour : à mesure que ces identités minoritaires se durcissent, de l’autre côté s’établit aussi un durcissement de l’identité blanche et catholique.

          Un peu comme si les crispations identitaires de droite étaient nourries par une sorte de « racisme de gauche » ?

          Non, je n’appellerais pas cela un racisme. C’est plutôt un différentialisme, un singularisme, une attitude anti-universaliste. Je ne crois pas, pour ma part, à l’existence du « racisme anti-blancs » que certains dénoncent. En revanche, le discours public est littéralement infesté par le culturalisme, avec une tendance à l’assignation identitaire qui me semble très dommageable.

          Pourquoi ces revendications minoritaires se sont-elles multipliées ces derniers temps ?

          C’est lié au déclin du social. Ce déclin – avec celui de l’universalisme – est continu depuis mai 1968. C’est un phénomène lent, qui procède également de la disqualification de la  grille d’analyse marxiste, le marxisme étant considéré comme lié au totalitarisme.

          Ce discrédit du marxisme a permis, dans la conjoncture post-soixante-huitarde, post-moderne, post-coloniale, de substituer, à une analyse en termes horizontaux et de classes, une façon de découper la société en tranches fragmentaires, ce que j’appelle les « entailles verticales ». Cette thématique des « fragments », de la multitude, a été notamment formalisée par Toni Negri, mais aussi par tout le courant appelé « French Theory ».

          Ces identités verticales (black, beur, LGBT) sont vécues comme plus « glamour » que les identités horizontales de classe. Il suffit de lire un journal comme Libération, qui est tout à fait emblématique. Ce quotidien a complètement déserté le social, pour se consacrer au sociétal. Il ne se passe pas un jour sans qu’il promeuve quelque « minorité ».

          Au plan politique, ces thématiques sont essentiellement reprises par Terra Nova, qui prône un abandon des classes ouvrières, lesquelles auraient disparu ou seraient définitivement passées au FN. Cette gauche « ethno-éco-bobo » leur préfèrera donc les couche urbaines, les jeunes, les minorités, etc.

          Malgré tout, ces « entrepreneurs d’ethnicité et de mémoire » que vous décrivez, n’ont-ils pas une utilité ? Les discriminations existent bel et bien…

          Oui, c’est l’argument qu’on m’oppose généralement. Je ne le nie absolument pas. Evidemment que les discriminations existent ! Mais que doit-on mettre au premier plan ? Ces discriminations ou la question sociale ?

          Pour ma part, je pense que la « discrimination positive », cette transcription française et incertaine de « l’affirmative action » américaine, est une escroquerie. Ce qui est fondamental à l’échelle mondiale et spécialement dans les pays développés, c’est l’accroissement des inégalités. Les riches sont de plus en plus riches, les pauvres de plus en plus pauvres, et la « classe moyenne » se rétrécit comme une peau de chagrin. C’est ce qu’Alain Lipietz appelait autrefois la « société en sablier », avec un phénomène de déclassement de la classe moyenne inférieure, notamment dans la France périurbaine.

          Les discriminations sont loin d’être un phénomène négligeable, mais j’y vois pour ma part un phénomène second, que l’on se plait à mettre en avant pour masquer les inégalités de revenus croissantes au sein des pays développés. La discrimination positive, qui vise à contrebalancer les discriminations, est d’ailleurs parfaitement compatible avec l’économie libérale.

          D’ailleurs, cela va de pair avec la montée des phénomènes de marketing ethnique. On le sait, le marché ne s’adresse pas à des individus atomisés mais à des catégories de clientèles. Les entreprises savent très bien qu’il faut segmenter le marché. Ainsi ont-elles créé un marché de cosmétiques en directions des blacks, un marché du hallal en direction des musulmans, un marché en direction des gays, etc.

          Vous pensez vraiment qu’en lissant les inégalités économiques, on ferait disparaître les discriminations ?

          Non, je ne dis pas cela. Encore une fois, le racisme et les discriminations existent. Le fait que des blacks ou des beurs se voient interdire l’entrée dans certaines boites de nuit, personne ne le nie…Simplement, c’est bien contre le racisme qu’il faut lutter, contre ceux qui discriminent. Et cela ne se fera pas en essayant de promouvoir l’identité supposée de « groupes » constitués.

          Cette gauche que vous appelez « multiculturaliste et post-coloniale » n’est-elle pas en train de revenir, peu à peu, de ses errements sociétalistes ?

          Ils finiront par y être obligés ! Le Front national, même s’il n’a que deux députés, a obtenu des scores significatifs aux législatives partout où il y a eu affrontement entre un candidat PS et un candidat FN. Pour lui faire barrage, il faudra bien que la gauche se mette à nouveau à s’occuper des « petits blancs », comme on dit.

          La montée du FN exprime-t-elle, pour vous, une montée du racisme, ou peut-on y voir d’autres causes ?

          Je pense qu’il faut réfléchir à l’échelle européenne. Il y une montée généralisée du populisme. Ce phénomène est lié au fait que l’Europe se ferme, notamment face aux migrations. Elle devient une forteresse, et se dote d’une identité que j’appellerais « civilisationnelle » : l’identité blanche et chrétienne. La peur face à la mondialisation fait que l’on se raccroche à ces racines supposées. Et cette Europe sécrète un rejet de tout ce qui n’est pas elle, en particulier de l’Islam. L’identité de l’Europe aujourd’hui est presque une identité négative, de rejet du monde musulman. On a beaucoup critiqué Huntington, mais il a largement anticipé le « choc des civilisations » qui se produit réellement.

          Que répondez-vous à ceux qui considèrent que le racisme viendrait du haut, qu’il serait insufflé au peuple par les « élites » ?

          Je ne suis pas du tout d’accord avec ça. De quelles élites parle-t-on ? Si on parle de l’élite politique, on peut en effet constater une radicalisation de la droite, notamment avec Nicolas Sarkozy. Mais cette droitisation a été rendue possible par plusieurs facteurs. D’abord par l’éloignement du souvenir de la Seconde guerre mondiale et le fait que le gaullisme n’existe plus. Ensuite parce que le discrédit jeté sur le communisme et le marxisme a privé la gauche de son rôle de véritable contre-modèle. Quant à la gauche multiculturelle et postcoloniale il faut bien dire qu’elle nourrit le phénomène.

          Existe-t-il en France un authentique risque communautariste. En somme, le modèle américain est-il transposable ?

          Je ne le pense pas. Il y a une grande différence entre la France et les Etats-Unis. Il existe en France une domination de la religion catholique, au contraire des Etats-Unis où c’est l’émiettement qui prévaut, y compris chez les protestants. La société américaine, composée de couches de migrants successives, est par essence communautariste. Surtout, aux Etats-Unis, le social a été éliminé depuis les années 1950, soit depuis beaucoup plus longtemps qu’en France.

          Ce qui prouve bien, une fois de plus, l’urgence de se départir des pansements sociétaux et de revenir au social. Il convient d’adapter mais néanmoins de réhabiliter le marxisme d’une part, et de renouer d’autre part avec l’universalisme.

          Lire et relire :
          Droite identitaire et gauche "diversitaire" : même combat ?  CLICK

          Retrouvez les entretiens de l'arène nue :
          Entretien avec Catherine Kintzler sur la laïcité   CLACK
          Entretien avec Jean-Paul Brighelli sur l'école, l'éduction   CLOCK
          Entretien avec Hervé Juvin sur l'économie, l'Europe   CLOUCK
          Entretien avec Laurent Bouvet sur "la gauche et le peuple" 1/2 puis 2/2
          Entretien avec Sylvain Crépon sur le Front national   CLYCK
          Entretien avec Eric Dupin sur les législatives 2012  CLICK
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          mercredi 11 avril 2012

          Un clandestin dans ton quartier ? Dénonce-le sur Internet !

          Filip Dewinter, du Vlaams Belang

          « Fellation + délation = bonne promotion », dit un adage populaire trop injustement méconnu. Et apparemment fort mal compris, puisque certains l’ont interprété comme suit : « délation tout court = solution contre l’immigration ». C’est le cas, par exemple, d’un parti « populiste » belge, le Vlaams Belang, qui par la voix de son leader Filip Dewinter, prône de depuis longtemps déjà une séparation des riches Flamands d’avec les pégreleux de la Belgique francophone.

          Depuis, hier, toutefois, les locuteurs wallons de la langue de Molière, de René Descartes et du groupe Sexion d’Assaut, ont cessé d’être la principale cible du Vlaams Belang, celui-ci ayant décidé de se lancer dans la lutte contre « les illégaux », selon un mode très participatif. La droite radicale du Plat Pays vient en effet de mettre à disposition de ses concitoyens un site internet sur lequel ces derniers sont invités à dénoncer des faits qui seraient liés à la présence d'illégaux: abus de sécurité sociale, travail au noir ou criminalité… avec promesse de transmettre les faits ainsi recensés à la police.

          Particulièrement discriminatoire, ce site a le mauvais goût d’être intégralement en hollandais, de sorte que les Belges de langue française ne peuvent pas jouer à « balance un clandé » avec leurs compatriotes néerlandophones, ce qui est, convenons-en, parfaitement dégueulasse.

          Non content d’avoir mis en place cet abominable outil, Filip Dewinter a le mauvais goût d’être un plagiaire. Car finalement, il n’a fait que reprendre l’idée originale d’un délateur plus créatif que lui : le néerlandais Geert Wilders.

          Le PVV  (Partij Voor de Vrijheid) présidé par Wilders, avait en effet généré un tollé au Pays-Bas et dans l’Union européenne en ouvrant, au mois de février, un site dédié à la dénonciation des « nuisances » occasionnées par les populations originaires d’Europe de l’Est, notamment en matière de logement ou de concurrence sur le marché du travail. Les internautes bien intentionnés suspectant quelque plombier polonais peu ragoutant et patibulaire de s’être glissé dans leur voisinage étaient invités à répondre à des questions aussi peu orientées que « vous cause-t-il des problèmes ? » ou encore « avez-vous perdu votre emploi au bénéfice d'un Polonais, d'un Bulgare, d'un Roumain ou d'un autre citoyen d'Europe centrale ou orientale ? »

          A l’époque, le commissaire européen Viviane Reding, chargée « des droits fondamentaux et de la citoyenneté » s’était, comme à son habitude, fâchée tout rouge. Elle avait tonitrué en ces termes, en roulant des yeux furibards: « les citoyens des 27 Etats membres doivent se sentir chez eux où qu'ils décident de migrer ».

          Ah ! La sacro-sainte « liberté des biens, des personnes et des capitaux » ! La voilà, la solution que l’on cherchait pour lutter contre le racisme ! Se comporter comme un parfait sagouin et avoir une âme de garde-chiourme, passe encore. Pourvu qu’on ne porte pas atteinte à « l’ouverture des frontières » !

          On vous l’a déjà dit, mais on vous le répète : l’Europe sans frontières, c’est la paix ! La mise en concurrence de travailleurs aux niveaux de vie très disparates, c’est la paix ! La libéralisation de tout, de la transhumance humaine à l’utilisation d’un web sans entrave qui permet l’expression sans honte de nos plus bas instincts, c’est la paix !

          C’est aussi ça, la modernité : il est permis d’une part d’épier et de délatter son prochain, d’autre part de condamner cette délation en arborant des mines scandalisées. En revanche, il demeure interdit d’interdire.

          Lire et relire :
          - Violence du racisme, indécense de l'antiracisme   CLICK
          - Pierre-André Taguieff revisite le polulisme  CLACK
          - L'immigration n'est ni une chance ni une menace
          mais une question politique (entretien) CLOCK
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          mardi 20 mars 2012

          Violence du racisme, indécence de " l'antiracisme "




          Hier soir, une marche a réuni des milliers de personnes dans les rues de Paris. Des milliers d’anonymes émus, choqués, inquiets, après le meurtre spectaculaire de trois militaires, de trois enfants et d’un professeur, bref, de sept Français, abattus en plein jour dans les rues de Toulouse et de Montauban, sans doute parce qu’ils étaient un peu trop juifs, un peu trop musulmans, un peu trop arabes.

          Cette marche était silencieuse, car c’est le moins que l’on puisse faire quand il n’y a pas de mot. Pas de mot pour exprimer la condamnation, bien sûr. Mais pas de mot non plus pour exprimer l’effarement face à cette énigme : qui est cet homme casqué qui tue de sang froid d’autres humains en pleine rue ? Qui est ce semblable si dissemblable ?

          Le silence, donc, parce que parfois, il s’impose. Question de tact. Question de dignité. D’ailleurs, les candidats à l’élection présidentielle ont interrompu leur campagne l’espace de 48 heures, et annulé leurs diverses activités.

          Il en est d’autres, en revanche, qui n’ont rien annulé du tout. Quelques petites célébrités, quelques affamés de micros, quelques avides de caméras. Eux n’ont pas jugé bon de garder le silence, non. Cependant que d’autres marchaient vers la Bastille sans un mot, le jury des « Y’a bon awards 2012 » a préféré mener jusqu’au bout sa sinistre entreprise de lynchage symbolique au milieu du tapage boboïde du Cabaret Sauvage.

          Les « Y’a bon awards », c’est un petit symposium dégoûtant organisé depuis quatre ans sous la houlette des Indivisibles, l’officine qui s'autoproclame « antiraciste », qui a pour égérie Rokhaya Diallo et qui prétend lutter contre « les préjugés ethno-raciaux et en premier lieu, celui qui nie ou dévalorise l’identité française des Français non-Blancs ».

          Au cours de la cérémonie des «Y’a bon awards », cette bande de joyeux drilles décerne des trophées de xénophobie à des personnalités qu’elle juge racistes, en vertu du pouvoir qu’elle s’autoconfère. Pour ce faire, un « jury » sorti de nulle part établit une liste de « racistes », et leur impute des fautes plus ou moins graves : pour les Indivisibles comme pour tous les lyncheurs, « Y’a bon les listes ».

          Lundi 19 mars 2012, donc, alors que toute la France s’offrait une pause, les militants de la « France non-Blanche » désignaient leur poignée de victimes expiatoires, à l’issue « d’une soirée où l’humour avait toute sa place » et « sous les rires du public », parce que décidément, c’était vraiment le soir idéal pour se marrer entre potes.

          Parmi les « racistes » d’hier soir figuraient donc l’écrivain Richard Millet, la sénatrice PRG Françoise Laborde, le patron de l’Express Christophe Barbier, ou encore…Caroline Fourest. Cette dernière était jugée coupable d’avoir dénoncé « les associations qui demandent des gymnases pour organiser des tournois de basket réservés aux femmes voilées ». C’est vrai, on avait oublié : la pratique du sport dans des lieux non-mixtes est le nec plus ultra de l’antiracisme, et la stricte séparation des hommes et des femmes représente une grande avancée des valeurs universelles. Merci aux Indivisibles pour ce rappel nécessaire.

          A la fin du prospectus présentant leur petite sauterie, les amuseurs publics de la diversité stipulent, feignant la surprise : « pourtant invités, aucun des lauréats n’a répondu aux Indivisibles, ni n’est venu chercher son trophée ».

          Permettons-nous ici une hypothèse : hier soir à 20h00, peut-être ces « lauréats » étaient-ils quelque part entre la place de la République et celle de la Bastille, en train de participer…à une marche silencieuse ?

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