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mercredi 9 mai 2012

Europe : non, François Hollande n'a pas perdu d'avance !




Depuis la victoire de François Hollande, le 6 mai, à l’élection présidentielle, on rencontre, à gauche, divers types de réactions. Parmi les électeurs d’Hollande, deux « familles » s’opposent tout particulièrement.

Les membres du « club des joies simples », dans un premier temps, se pâment de bonheur en continu, et ne cessent d’exprimer à grand bruit un enthousiasme surprenant.

Face à eux, les « on ne nous la fait pas » semblent déterminés à bouder leur plaisir. Ils ont voté Hollande par défaut, pour se débarrasser de Nicolas Sarkozy, mais sans y croire tout à fait, un peu comme on opte pour la peste plutôt que pour le choléra. Mais ils conservent la certitude que le nouveau président va « se planter », notamment dans la réorientation de l’Europe qu’il a promise. Voire qu’il va « encore nous duper ». Ils se souviennent – avec raison – de la "trahison" de François Mitterrand au nom de la construction européenne. Ils se rappellent le virage de 1983, et la fameuse « parenthèse libérale » qui, il est vrai, ne s’est toujours pas refermée.

Le problème des « on ne nous la fait pas », c’est qu’ils ne semblent guère connaître qu’une seule et unique période de notre Histoire, la période 1981-83, et qu’ils pensent pouvoir tout anticiper à cette aune. Sans avoir totalement tort, ils considèrent François Hollande comme un « social libéral » davantage que comme un socialiste authentique. Ils ne voient en lui qu’un rejeton de Jacques Delors, dont ils ont tôt fait de considérer qu’il se couchera devant l’Allemagne.

Nous considérons pour notre part qu’il s’agit là d’une analyse sinon erronée, en tout cas largement tronquée.

Que le président élu soit un « bébé Delors », admettons. Qu’il ait été (ou qu'il demeure) un adorateur de l’Europe de Jean Monnet et de Robert Schuman, c’est probable. En revanche, ce qui est mois judicieux, c’est de penser que seule l’idéologie guide l’action d’un homme, et que celui-ci peut s’affranchir à la fois d’autrui, du réel, et du sens de l’Histoire.

François Hollande n’agira pas forcément comme il l’aurait souhaité s’il eut été seul au milieu d’un désert. Il fera ce qu’il peut – et, espérons, ce qu’il doit – dans le contexte dont il vient d’hériter et dans l’Europe telle qu’elle va. Dès lors, on peut tout à fait concevoir, avec Emmanuel Todd que « la crise va obliger à des réponses inédites (…) ce qui orientera l'action d'Hollande, c'est moins son opinion personnelle que celle des classes moyennes et supérieures ; or elles sont en train de se détourner du libre-échange et peut-être même de l'euro ».

S’il n’y avait que les classes moyennes et supérieures ! Todd écrivait cela dans le Nouvel Observateur un mois avant le premier tour du scrutin présidentiel. Depuis, nous avons vu le Front national, obtenir 18% au premier tour sur des idées éminemment eurosceptiques, sur l’apologie d’un protectionnisme « national » au bien-fondé douteux, et sur la thématique plus générale d’une fermeture étanche des frontières.

Nous avons vu Jean-Luc Mélenchon dépasser 11% des suffrages. Certes, le leader du Front de Gauche n’a jamais fait sienne, à proprement parler, l’idée de « démondialisation », qui avait pourtant valu à Arnaud Montebourg un score inespéré lors de la primaire socialiste. Toutefois, Mélenchon n’a eu de cesse de crier haro sur l’ultralibéralisme tout au long de sa campagne. De plus, il a souvent excipé de son vote défavorable au traité de Lisbonne, et a même concédé que sur Maastricht, « c’est Chevènement qui avait raison ».

Enfin, nous avons vu un Nicolas Sarkozy se muer brutalement en thuriféraire de la « France du non », piller et détourner un ouvrage de Régis Debray pour se lancer dans un Eloge des frontières d’une mauvaise foi à rester coi, et proposer de « revoir les statuts de la Banque centrale européenne », comme s’il s’apercevait, au bout de cinq ans de cécité, qu’il serait judicieux d’autoriser celle-ci à prêter aux Etats et non plus aux seules banques.

Au cours de la campagne, faire la cour aux « nonistes » de 1992 (Maastricht) et de 2005 (TCE) sera donc devenu un sport national. Si les « petits » candidats eurosceptiques ne sont pas parvenus à percer, leurs idées se sont peu à peu diffusées partout. Et si le désir de sortir de l’euro n’est pas au rendez-vous, si les Français semblent peu tentés par un isolationnisme total, force est d’admettre que le souhait d’une « réorientation de la construction européenne » est quant à lui bien présent. François Hollande l’a compris. Mieux : il l’a promis.

Certes, les « on ne nous la fait pas » pourront toujours objecter, avec toute l’originalité que révèle cette assertion, que « les promesses n’engagent que ceux qui les croient ». Pour autant, il est une chose qui engage quant à elle infiniment plus que les promesses : le réel.

Or le réel, au sein de l’Union européenne, est en train de prendre une bien étrange tournure. En Grèce, une crise économique dévastatrice vient de conduire à un blocage politique complet. A la suite des élections législatives, qui ont vu le bipartisme voler en éclat et plusieurs formations euro-contestataires entrer en masse au Parlement, la formation d’un nouveau gouvernement est impossible. Le leader du parti de droite Nouvelle Démocratie n’y est pas parvenu, non plus que le chef du parti de la gauche radicale Syriza. Or, si aucun exécutif n’est mis sur pied, de nouvelles élections législatives pourraient avoir lieu en juin.

En attendant, il est fort peu probable que les Grecs s’attèlent à une mise en œuvre des injonctions de la diabolique « Troïka », laquelle devrait alors décider, en toute logique, de bloquer la prochaine tranche d’aide prévue pour le pays. Elle priverait alors ce dernier de quelques 31 milliards d’euros. Quant à la suite, on l’anticipe aisément. Aujourd’hui même, Le Monde, qu’on ne peut guère soupçonner d’euroscepticisme, n’hésite pas à titrer : « La Grèce hors de l’euro : l’hypothèse revient en force ».

Comme si cela ne suffisait pas, l’Espagne suffoque. Nicolas Sarkozy nous l’a assez dit pendant la campagne, brandissant l’anti-modèle espagnol comme un épouvantail, au mépris de la plus élémentaire des délicatesses. En récession, le pays ne cesse de multiplier les mesures d’austérité qui ne font que fragiliser davantage le malade au lieu de le soigner. De plus, ne doutons pas que si la Grèce venait à quitter l’eurozone, les marchés auraient tôt fait d’aller appliquer les bienfaits de leur « nervosité » dans les autres pays d’Europe du Sud.

L’Espagne fiévreuse, la Grèce au tapis, bref, si François Hollande avait besoin d’arguments autres que le simple bon sens pour convaincre le partenaire Allemand de réorienter la construction européenne, voici le nouveau président copieusement servi.

D’autant que….l’Allemagne elle-même commence à pâtir des effets de la crise en Europe ! 19 000 chômeurs supplémentaires au mois d’avril, stagnation des exportations pourtant si indispensables à la croissance outre-Rhin, tel est le payer par le « modèle allemand » pour l’intransigeance et l’aveuglement des dirigeants de cette nation. C’était difficilement évitable, pour un pays qui réalise 60 % de ses exportations au sein d’une Union où la demande ne cesse de se contracter.

L’Allemagne conserve certes quelques marges de manœuvres. Elle peut, par exemple, lâcher du lest sur des salaires, gelés depuis longtemps et envisager de miser sur un surcroît de demande intérieure. Mais une telle solution est-elle viable à long terme, pour un pays isolé au centre d’un continent gangréné par la crise ?

Telle est la question que pourrait poser François Hollande à la chancelière allemande lorsque celle-ci le recevra « à bras ouverts » le 16 mai prochain. Cette question-là, et aussi celle-ci : qui continuera de payer pour la Grèce, puis qui paiera pour l’Espagne, pour l’Italie, pour la France, lorsqu’il il s’agira de voler au secours de tous ces pays-là ?

Non, sur l’Europe, François Hollande n’a pas encore échoué. N’en déplaise aux dubitatifs, aux scrogneugneux,  aux « lucides » autoproclamés et autres membres de la guilde des « on ne nous la fait pas », il aura, s’il souhaite tenir sa promesse de « réorienter l’Europe », une source intarissable d’arguments à sa disposition.

Et s’il ne le souhaite pas, le réel l’y forcera. N’a-t-il pas forcé de Gaulle à restituer l’Algérie ? On croit que les hommes font l’Histoire, quand, bien souvent, c’est l’Histoire qui fait les hommes. Ceux qui savent prendre le train de l’Histoire en marche – et dans le bon sens – deviennent, a posteriori et souvent sans l’avoir cherché, de « grands hommes ».

Cela n’est évidemment pas gagné pour François Hollande, mais c’est très loin d’être perdu. Et c’est bien mal connaître le passé que de passer son temps à insulter l’avenir.

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lundi 9 janvier 2012

« Toutes les fautes de l’UE en matière financière sont parties de la City ! »

   - Entretien avec Hervé Juvin - 

Hervé Juvin est est économiste et essayiste
 Il est notamment l'auteur de « Le renversement
                 du monde », Gallimard 2010.
 Son site : juvin2012.com


Coralie Delaume. L’euro vient d’avoir dix ans mais cet anniversaire a été célébré dans l’inquiétude plus que dans la joie. Pourtant, le dernier « sommet de la dernière chance » a abouti a un accord dit « 17 + », qui semblait porteur d’espoir. Cet accord est-il une réelle avancée dans la voie du sauvetage de notre monnaie, ou est-ce un leurre ?

Hervé Juvin. Les sommets dits «  de la dernière chance » se suivent et se ressemblent… et la presse anglo-américaine n’a pas tort de considérer qu’aucun sommet n’a apporté la solution à la crise de l’euro ! Pourquoi ? Parce que ce qu’il est convenu d’appeler la crise de l’euro est un effet de la crise américaine et de l’insoutenable explosion financière anglo-américaine.

Il n’y a donc pas crise européenne à proprement parler ?

Disons qu’il y a bien un problème d’excès de dépenses publiques en Europe. De même, il y a  bien un problème avec l’euro-mark, surévalué pour les pays du Sud. Mais cela seul ne justifie pas la crise actuelle.

Pour les « eurosceptiques », le mal est dans le principe même de l’Union monétaire, qui serait proche de l’explosion. C’est ce que répètent semaine après semaine les grands quotidiens et magazines anglo-américains, avec une constance qui relève de l’idéologie, ou du rideau de fumée. En réalité, la décomposition politique américaine est probablement bien plus avancée et plus grave que la crise européenne, et les banques américaines bien plus en risque que leurs homologues européennes : si elles avaient à faire jouer les CDS (credit default swap) [1], la totalité du système bancaire américain exploserait.

Pour les « euroconfiants », l’Europe progresse à son rythme et selon ses règles, en prenant son autonomie à l’égard des modèles, des systèmes et des diktats anglo-américains. Si Hermann van Rompuy peut dire que l’année 2011 fut « mirabilis annus » pour l’UE, c’est parce qu’il juge que l’accord de décembre engage celle-ci sur la voie de la convergence fiscale, de la cogestion budgétaire, redonne aux pays fondateurs leur rôle, assure peu à peu l’autonomie de l’Europe à l’égard des agences de notation, des marchés anglo-américains, et éloigne de l’Union les prédateurs comme la Grande-Bretagne, la Tchéquie et quelques autres inféodés à Washington. Crier ainsi victoire demeure toutefois prématuré. Nous verrons en 2012. Car ce qui se joue ici n’est pas économique mais politique.

Revenons à cet « excès de dépenses publiques en Europe » que vous pointez du doigt. Comment analysez-vous la crise européenne de la dette ?

Les Américains ne veulent pas payer l’impôt, les Européens ne peuvent plus payer l’impôt ! La fuite en avant des dépenses publiques (folie des collectivités territoriales en France, suradministration, multiplication des assistances inconditionnelles, etc.) est insoutenable.

Elle ne suffit pourtant pas à expliquer la crise de la dette, d’autant que, à la différence de la Grèce, dans la plupart des pays européens, et notamment en France, la machine fiscale fonctionne, et fonctionne bien : peu d’argent échappe à l’impôt.

Folie dépensière, donc. Mais alors, comment expliquez-vous qu’un pays aussi endetté que le Japon, par exemple, ne connaisse pas les mêmes problèmes que l’Europe ?

Prenons l’exemple de la France. Deux erreurs y ont été commises. D’abord, celle du recours massif aux capitaux extérieurs pour financer la dette. L’Agence France Trésor s’est félicitée que 70 % de la dette publique de la France soit détenue à l’étranger ! C’est oublier qu’une dette détenue par les nationaux n’est rien d’autre qu’un impôt différé, et que l'inflation peut la réduire. A l’inverse, une dette détenue majoritairement à l'extérieur reste une dette, et le défaut est le seul moyen de la diminuer vraiment [2].

En interdisant à nos résidents d’acheter des titres de dette publique, nous avons bradé la souveraineté nationale pour quelques points de base de taux d’intérêt en moins ! Le Japon, bien plus endetté [3], n’a pas de problème parce que 90 % de sa dette publique est détenu par ses propres résidents !

Seconde erreur : l’achat de la paix sociale par l’argent public, non contrôlé et non administré, comme le démontre la politique du financement associatif aussi bien que celle de l’assistance, avec les effets de rente auxquels les deux donnent lieu, et qui vont être, plus que la dette, à l’origine de la grande colère des classes moyennes à venir.

Comment doit-on interpréter l’attitude du Royaume-Uni lors du dernier sommet européen : son comportement de « cavalier solitaire » est-il le fait d’un égoïsme condamnable, ou ce pays défend-il légitimement ses intérêts nationaux ?

David Cameron a été élu avec l’argent de la City, notamment des hedge funds, et défend des intérêts particuliers qui se confondent de moins en moins avec ceux de la Grande-Bretagne : ceux de la minorité dont l’argent décide des élections.

Toutes les fautes commises par les pays de l’Union en matière financière sont parties de la City, à commencer par les fameux « trois D » - déréglementation, désintermédiation, décloisonnement – du Big Bang de 1986 [4], qui ont détruit les institutions boursières continentales, et avec elles la confiance des investisseurs. La City est un lieu funeste où la finance criminelle a libre cours, et qui n’a pas sa place en Europe.

Dans le même temps, la politique traditionnelle anglaise reprend son cours. Elle a toujours consisté à briser tout projet d’union de l’Europe continentale, considéré comme une menace pour l’indépendance britannique. Avec le concours intéressé des Etats-Unis, elle est toujours parvenue à casser l’unité de l’Europe. Nous verrons bientôt si elle y parvient une fois encore.

Cette attitude a priori égoïste des anglais ne témoigne-t-elle pas d’un échec patent de l’Europe post-nationale ? De manière paradoxale, n’assiste-t-on pas, à mesure que celles-ci se départissent de pans entiers de leur souveraineté (monétaire, budgétaire), à un réveil des nations d’Europe ?

Le mouvement est en effet contradictoire, et les débats qui ont pris un tour imprévu autour du « directoire allemand » imposé à l’Union par la seule puissance qui affirme avec constance une stratégie d’autonomie à l’égard de la finance anglo-américaine, sont frappants.

La résurgence des sentiments nationaux est brutale, notamment en France à l’égard et de l’Allemagne – Bismarck, les casques à pointe – et de l’Angleterre – Jeanne d’Arc, Toulon. Ceci devrait conduire à réfléchir davantage ceux qui saluent la sortie de l’Angleterre de l’Union et accueillent avec plaisir l’ordre allemand en Europe continentale. Les Français sont-ils gouvernables comme les Allemands ? Il y a quelques raisons d’en douter. Il y a quelques raisons d’estimer que nous nous trouvons devant des choix historiques, devant lesquels nos dirigeants, hommes de tactiques et d’habiletés plus que de vision et de conviction, sont singulièrement démunis.

Il y a aussi quelques raisons de considérer que l’état d’apesanteur politique dans lequel la naïveté mondialiste et sans-frontièriste a tenu la majorité des européens - le monde est une grande famille, et autres poncifs -  ne va pas n’aidera guère à répondre à des questions dont il a été répété sur tous les tons qu’elles ne se  posaient pas - par exemple, celles de la souveraineté nationale.

Eh bien si, ces questions se posent ! Et nous n’en avons pas fini avec notre condition politique, malgré les sottises déversées depuis des décennies sur l’unité planétaire et la démocratie mondiale !

Mais comment l’Europe peut-elle encore renouer avec sa condition politique ? N’est-il pas trop tard, et ne sommes nous pas d’ores et déjà en train de « sortir de l’Histoire » ?

Les épreuves, les crises, les guerres, rappellent toujours que l’homme ne vit pas seul et que l’individu n’est rien sans l’infrastructure omniprésente des institutions et des systèmes qui assurent sa survie. C’est le point aveugle de l’idéologie des Droits de l’homme : l’homme moderne est certes un homme qui a des droits, mais encore faut-il dire qui assure ces droits, qui organise et qui paie.

La vérité est que ces droits lui sont assurés par la société politique dont il est membre, dans un cadre défini dans l’espace par la frontière, et dans le temps par l’identité.

L’Europe, en devenant la zone la plus ouverte du monde à tous les courants de capitaux, de biens, de services et d’hommes, a voulu rompre avec sa condition politique, refuser de se donner une frontière et d’affirmer son identité. Quel exemple significatif que ces billets sans visage pour l’euro !

Pourtant l’histoire est en marche. L’Europe va devoir, très vite maintenant, dire ce qu’elle est, et ce qu’elle n’est pas. Et, selon l’intuition du philosophe Rémi Brague, elle se fera bien davantage en se séparant de ce qui n’est pas elle, qu’en s’unissant à l’intérieur. C’est le défi d’une citoyenneté européenne à venir.
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[1] Un Credit Default Swap (CDS) est un contrat de protection. Il doit en principe être déclenché pour protéger les souscripteurs de titres de dette des pertes générées par un « évènement de crédit » (un défaut).
[2] Voir Hervé Juvin, « Retrouver l’autonomie politique de la France », Le Monde du 29/09/2011.
[3] La dette publique du Japon équivaut à 200% de son PIB, soit la proportion la plus importante parmi les pays développés.
[4] L’expression « Big Bang » désigne l’ensemble des mesures de libéralisation des marchés financiers anglais décidées en 1986 par l’administration Thatcher.

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samedi 19 novembre 2011

Inflation allemande : terreur atavique ou erreur historique ?


« L’Allemagne souffre d’une peur historique de l’inflation, qui amena Hitler au pouvoir », nous dit-on depuis longtemps. Ces jours-ci, l’antienne connaît d’ailleurs un vif surcroît de succès.

C’est en son nom que l’on justifie en effet un alignement mécanique de la politique monétaire française sur les choix allemands. Il ne faudrait point contredire lesdits choix, sous peine d’éveiller chez nos cousins germains le souvenir douloureux de leurs « heures les plus sombres ». Qui furent aussi un peu les nôtres, mais passons. L’Allemagne, lorsqu’elle plaide pour une « monnaie stable », un « euro fort » ou une « Banque centrale indépendante », ne défend pas du tout ses intérêts de puissance - ce qu’on ne saurait, au demeurant, lui reprocher - mais lutte contre une « phobie atavique ». Voilà qui nous oblige à un silence grave, voire au renoncement pur et simple à la défense de nos intérêts propres. Préservons sans ciller un « euromark » surévalué, quitte à aligner comme des perles les plans de rigueur. D’ailleurs, opposer une résistance, ce serait être « germanophobe », et ça, c’est vraiment très mal.

Pourtant, à réécouter Jacques Sapir, invité de Ce soir ou jamais le 15 novembre dernier, on peut concevoir quelques doutes. L’homme semble en effet se souvenir que l’hyperinflation allemande fut observée non au début des 1930, mais dix ans plus tôt, et que le mark fut stabilisé dès 1924. Quant à la situation allemande de 1930 à 1932, il nous la rappelle en ces termes « un gouvernement dirigé par un économiste de centre-droit, Heinrich Brüning (…) a essayé de sauver la situation par des plans d’austérité qui sont grosso modo ceux qu’on impose à nos pays. Certes, il a sauvé les banques, mais le taux de chômage en Allemagne est passé de 12% à 37%, la demande intérieure s’est contractée de 44%, et quand Brüning est tombé en 1932, la voie était libre pour l’arrivée au pouvoir de von Papen, et après, d’Adolf Hitler ».

Un gouvernement dirigé par un « expert », une vaste entreprise de recapitalisation des banques, une politique déflationniste sans cesse plus rigoureuse,  cela ne vous rappelle rien ? Une demande intérieure atone, un chômage qui explose sur fond de montée inexorable des « populismes », cela ne vous rappelle rien ?

Le taux d’inflation moyen dans la zone euro est actuellement de 3%, mais le taux de chômage lui, y dépasse 10%. Il existe donc, si l’on y tient absolument, d’excellentes raisons d’éprouver des « peurs historiques ».

En revanche, rien ne nous oblige à continuer systématiquement à nous tromper de « phobie ».

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mercredi 19 octobre 2011

Jean « démondialisator » Leonetti, ministre moderne



Remporter une victoire, ce n’est pas seulement gagner une élection. Imposer dans le débat public un concept est assurément une gageure. Exhumer une idée que l’on croyait reléguée au rang de vieille lune et obtenir qu’on en débatte est une belle réussite. Aussi Arnaud Montebourg peut-il se féliciter d’avoir gagné son pari démondialisateur. Si l’on ne sait pas ce que deviendra l’homme, ni quelle sera sa place dans la campagne socialiste, l’avenir du protectionnisme en tant qu’idée est quant à lui assuré.

De cela, on peut être certain lorsqu’on constate que tous, y compris les adversaires politiques de « l’impétrant », se voient contraints de se positionner sur un thème devenu « fashion ». Que Jean-Claude Trichet soit hostile à la démondialisation n’est pas très étonnant. Mais qu’il ressente l’urgence de l’exprimer est loin d’être anodin.

Que dire, dès lors, lorsque le ministre des affaires européennes du gouvernement Fillon se lance dans vibrant « éloge des frontières », et conseille à une poignée de parlementaires éberlués la lecture du livre éponyme de Régis Debray ?

Cette scène n’est ni le fruit d’une élucubration, ni un morceau choisi du dernier roman d’anticipation à la mode. Elle s’est produite au Palais Bourbon le 5 octobre. Jean Leonetti, alors auditionné par la commission des affaires européennes de l’Assemblée y affirma : « l’Europe doit désormais se construire différemment. Elle doit respecter ses frontières (…) dans les échanges commerciaux, la réciprocité doit s’imposer. Nous ne pouvons plus tolérer que certains ne respectent pas les règles sociales et environnementales en vigueur sur le marché européen, et que la réciprocité ne s’applique pas ».

Encore un petit effort, Monsieur le Ministre. A la prochaine audition, rappelez que l’Europe est une association de Nations souveraines, et que cette souveraineté appartient aux peuples. Vous entrerez alors pour de bon dans la modernité.

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