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dimanche 12 mai 2013

Crise : l'Etat vend les bijoux de famille





Il n'y a pas de petits profits, surtout quand il s'agit d'atteindre de fort petits objectifs.
 
Ainsi, pour qui n'a pas d'autre dessein que de « résorber les déficits » et d' « arriver à l'équilibre », pour qui rêve de comparaître devant le tribunal de l’Histoire paré du titre glorieux de « bon gestionnaire », qui considère que la « bonne gouvernance » tient lieu de majesté, il n'y a pas d'hésitation à avoir. Il faut tout vendre.
 
On fourguera tout ce qui peut l'être. Tout ce qui a le mauvais goût d'avoir un intérêt dépassant sa stricte valeur d'usage. Ce qui est beau, ce qui est élégant, ce qui est délicat n'a désormais sa place qu'au Mont de Piété. C'est le « réalisme économique » qui l'exige.
 
C'est donc au « réalisme économique » que l'on doit cette belle idée : fin avril, on apprenait la mise en vente, par l’Élysée,d'une partie de sa cave à vins. Et l'AFP de nous indiquer : « quelque mille deux cent bouteilles seront mises aux enchères (...) des bouteilles de Petrus 1990 estimées à deux mille deux cents euros pièce, mais aussi des crus plus modestes à partir de 15 euros figureront dans le lot ».
 
Voilà donc la solution au rétablissement des comptes publics de l’État français : vendre des bouteilles à 15 euros pièce. On se demande bien, du coup, pourquoi la vente devrait se tenir « à l'hôtel Drouot à Paris ». Ça va prendre du temps, et faire bien du dérangement. Sans doute une mise en ligne sur Leboncoin.fr eût-elle suffit. C'eût été « plus efficient », comme disent les RGPPistes de service.
 
Mais ce n'est pas tout. N'écoutant que leur froide raison de « mandarins de la société bourgeoise » (Jacques Mandrin), les énarques de la Cour des comptes ont eu une idée meilleure encore : mettre au pain sec la Garde républicaine.
 
Pas de répit dans la chasse au gaspi ! Les membres de la vénérable institution ont décidé de s'attaquer enfin au nœud du problème Français : la protection des palais nationaux et les quelques 280 millions d'euros qu'elle représente. Waou, ça décoiffe ! Si l'on rapporte ça aux quelques 375 milliards d'euros que l’État prévoit de dépenser en 2013, on saisit tout de suite la portée historique de l'enjeu.
 
Et puis, la Garde républicaine, ça ne sert à rien. Ça répond seulement « à des objectifs de prestige ». C'est dire si c'est has been. D'ailleurs, sur cette judicieuse lancée, que n'en profite-t-on pas pour faire un prix de gros sur le Palais Bourbon et sur celui du Luxembourg, et pour envoyer nos élus anachroniques siéger dans un préfabriqué édifié à cette fin aux abords immédiats de la porte de Pantin ?
 
De façon prémonitoire, Régis Debray s'alarmait, il y a quelques temps déjà, du péril que courait la Garde républicaine, ce « nœud stratégique pour la sauvegarde de l'impalpable face à l'utilitaire », cette « ultime tranchée face aux logiques d'entreprises ». Puis il ajoutait : « l'argent n'a pas besoin de sabre au clair, le politique, oui. Une esthétique lui est indispensable ».
 
Le politique ? Quelle horreur ! Ça génère des passions, et parfois même, ça fait des morts.
 
Le politique : voilà donc ce qu'essaient, au fond, de congédier les petits télégraphistes zélés de la « bonne gouvernance ». En s’attaquant avec soin à tout ce qui contient un peu d'âme, à tout ce qui a un peu de saveur, à tout ce qui relève de l'élégance - jugé désuète - et du panache - cet anachaïsme. Car ils espèrent qu'advienne bientôt cette fin de l'Histoire où seront enfin reconnues à leur juste valeur leur rationalité comptable et leurs aptitudes boutiquières, ces deux facultés propres aux esprits étriqués, aux ventres mous et aux âmes sèches.
 
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