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samedi 25 juin 2016

Elections générales: le Brexit peut-il influencer le vote des Espagnols ?










L’événement spectaculaire de la semaine, la victoire du Brexit au Royaume-Uni, ne doit pas faire oublier que se tiennent dimanche 26 juin des élections générales en Espagne... pour la seconde fois en 6 mois. En effet, le pays a échoué à se doter d'un gouvernement à l'issue du scrutin du 20 décembre 2015. Les Espagnols retournent donc aux urnes. Spécialiste de l'Espagne et auteur de Podemos, pour une autre Europe (Cerf, 2015), Chritophe Barret revient pour L'arène nue sur les enjeux du scrutin. 





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Par Christophe Barret 



Mariano Rajoy a été le premier chef de gouvernement a réagir, après l'annonce des résultats du référendum sur le Brexit. Devant les caméras, dans la matinée de ce vendredi 24 juin, il a appelé les Espagnols au calme et à plus de « sérénité ». Il est vrai que le Royaume-Uni est un partenaire particulier, pour nos voisin d'outre-Pyrénées : de très nombreux jeunes actifs s'y sont expatriés ; les entreprises de l'IBEX 35 (le CAC40 ibérique) ont plus à y souffrir que d'autres de l’ajustent des flux financiers avec Londres – selon l'agence de notation Standard & Poor's. Dans la Péninsule, les retraités britanniques font vivre de nombreux service sur la côte méditerranéenne et l'on parle du vieux conflit territorial relatif à Gibraltar… Mais le Premier ministre espagnol sortant s'inquiète-t-il aussi, et surtout, de ce que les électeurs pourraient être, à la manière des Britanniques, de sanctionner leurs élites.


De fait, l'alliance Unidos Podemos conclue entre Podemos et Izquierda Unida (IU) – héritière du vieux Parti Communiste Espagnol (PCE) – est bien l'arme la plus efficace dont les Espagnols disposent pour changer la donne européenne. Et le vote pour le parti de Pablo Iglesias est toujours vu comme subversif. Quand bien même le jeune leader ait fait campagne contre le Brexit, aux côtés de Jeremy Corbyn et des dirigeants du Labour qui lui sont proches. Le communiqué de presse qui a fait suite au Brexit a réaffirmé la volonté de Podemos de changer les institutions européennes de l'intérieur. Il s'agit de « défendre la démocratie, les droits sociaux et la fraternité entre les peuples du continent », face à une Europe « affectée par un énorme déficit démocratique, appliquant aveuglément les politiques d'austérité, tournant le dos à des millions de citoyens condamnés à l'exclusion et à la pauvreté ». L'Espagnol de la rue, toujours europhile, peut se reconnaître dans ce discours.


Mais les derniers sondages indiquent que la plupart des électeurs s'apprête à faire à peu près exactement le même choix qu'il y a six mois. La pasokisation du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol – c'est-à-dire son dépassement par l'alliance Unidos Podemos – qu'ils annoncent n'est qu'une conséquence arithmétique de l'addition des votes de deux partis qui s'étaient présentés séparément lors des précédentes élections législatives. À moins que les résultats du référendum britannique en convainque les électeurs espagnols de s'adresser, eux-aussi par leur vote, à l'Europe toute entière.


De fait, la situation reste très ouverte et trois scenarii peuvent être envisagé. Le premier verrait une grande coalition à l'allemande entre le Parti Populaire (PP) de Mariano Rajoy et le PSOE de Pedro Sánchez. La probabilité de ce scénario est aujourd'hui renforcée par la crainte des élites politiques européennes du pays de voir éclater un nouveau coup de tonnerre européen. En effet, le secrétaire général du parti socialiste espagnol pourrait être tenté d'oublier les mots très durs qu'il a eu à l'encontre du Premier ministre : « soutenir un gouvernent PP serait trahir les électeurs » a-t-il, par exemple, déclaré. 


Deuxième scenario possible : un gouvernement en minorité du PP avec ou sans participation de Ciudadanos (C's), le Podemos de droite. Quand bien-même cette majorité resterait fragile et pourrait nous rapprocher du spectre de troisièmes élections législatives. Il est vrai qu'entre 1918 et 1920, l'Espagne a déjà exploré ce scenario…


L'hypothèse la plus innovante pourrait être une alliance Unidos Podemos – PSOE. Les sondages publiés ces jours derniers montrent qu'à eux deux, ces deux forces pourraient disposer d'une majorité absolue. Mais on sait que la conclusion d'un accord butte encore sur deux écueils. La question du nationalisme catalan est le premier. Le PSOE se refuse d'envisager un référendum régional d'auto-détermination. La Constitution l'interdit. Cependant, les dirigeants de Podemos aiment à rappeler qu'un socialiste de renom, Francisco Camaño l'avait un temps envisagé. 


Le second obstacle tient aux différences existant entre les programmes économiques des deux partenaires potentiels. Qui existent d'ailleurs déjà au sein même d'Unidos Podemos. Sur le plan économique, le PCE, composante principale d'Izquierda Unida, est bien plus radical que le parti d'Iglesias. Il ne propose pas moins que la rupture avec les institutions européennes… et l'abandon de l'euro ! A l'exact opposé, le PSOE,  se refuse quant à lui à assouplir la fameuse règle d'or relative au 3 % de déficits tolérés inscrite dans la Constitution espagnole. Or il s'agit là d'un casus belli pour Podemos.


Même si Pablo Iglesias est récemment allé jusqu'à déclarer que le socialiste José Luis Rodriguez Zapatero avait été le meilleur Premier ministre de l'histoire de la démocratie, il semble donc bien que quelques des obstacles restent à vaincre pour que soit portée au pouvoir une « gauche plurielle » à l'espagnole. Dans un contexte aussi incertain, le Brexit pourrait au servir d'argument aux uns ou aux autres pour tenter de faire changer la donne en leur faveur.



On peut lire un entretien avec Christophe Barret sur Podemos ICI.