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mercredi 31 octobre 2012

La "Une" du Point et ses très grosses ficelles


Le Point roule-t-il pour Jean-François Copé ? On peut se poser la question lorsqu’on regarde sa dernière « Une ».

Si vous avez été absent du Landerneau facebooko-tweetesque au cours des 24 dernières heures et si vous n’avez pas de kiosque dans votre immédiat voisinage, la voici à nouveau :




Peut-être êtes-vous trop âgé. Peut-être n’avez-vous pas eu droit, au collège, à l’apprentissage de cette discipline merveilleuse que l’on nomme « analyse autonome de documents ». Si vous souffrez d’une telle disgrâce, nous allons vous aider à décrypter l’image.

C’est un « islam sans gêne » que désire nous montrer Le Point. Comment s’y prend-il ?
  • Il présente une femme en burqa. Tiens, c’est étrange. C’est encore si répandu que cela ? Pourtant, la loi n° 2010-1192 du 11 octobre 2010 interdit la « dissimulation du visage dans l’espace public ». Or c’est ce vêtement particulier, se souvient-on, que visait principalement ladite loi. Certes, certaines femmes contreviennent à la loi. On ne s’est d’ailleurs pas privé de le déplorer (ICI). Mais enfin, est-ce là le visage – ou plutôt l’absence de visage – que présente majoritairement l’islam en France à l’heure qu’il est ?
  • De cette femme en burqa, on ne voit que les yeux. Or voilà : ils sont bleus. Simple hasard ? Certainement pas. Le Point a voulu signifier ceci : l’islam déferle sur le pays comme la misère sur le monde. C’est une vague, un raz-de-marée, un tsunami. La preuve ? Les femmes « de souche » - comme d’aucuns disent maintenant sans s’embarrasser de guillemets – se convertissent en masse. Regardez celle-là ! Si ça se trouve, sous le voile, elle est blonde comme les blés ! Il ne manque plus, finalement, qu’une légende catastrophiste dans le genre : « ils prennent nos femmes ».
  • La femme voilée semble s’en prendre avec vigueur…à une autre femme. Gendarme, celle-ci :
    • traduction n°1 : voyez, ils s’en prennent aux forces de l’ordre, lequel ordre est bafoué partout, tout le temps, par « eux » : enfer et damnation !
    • traduction n°2 : femme en burqa ou fliquette, c’est à vous de choisir. Soit vous aimez « nos » femmes – libérées, autonomes, assumées, officiers de cavalerie, chefs d’entreprises où, ici, gendarmes – soit c’est la burqa. Alors, que choisissez-vous ?
          • On aime aussi la légende, en bas à gauche de la photo : hôpitaux, cantines, piscines, jupe, programmes scolaires, veaux, vaches, cochons (ah non, pas cochon) : vous voyez bien « qu’ils » sont partout. Et pour faire complètement Copé-style, on aurait pu ajouter à cette liste "sucettes" ou "pains au chocolat"
          • Mention spéciale, enfin, à l’alléchante étude annoncée tout en bas. Rien à voir avec le dossier sur l’islam : c’est plutôt un bonus. Car Le Point propose à ses lecteurs un « spécial placements : comment réduire son impôt sur le revenu ». Et la semaine prochaine, ce sera quoi ? « Spécial exil fiscal : comment gruger le fisc » ?
          On ne niera pas que le voile intégral, ça existe. Pour autant cette "Une" est loin de présenter une image honnête de ce qu'est l'islam majoritaire, en France, au mois de novembre 2012. En revanche, elle donne une assez bonne idée de ce qu’est devenue la droite dite « de gouvernement » et la presse qui l'accompagne. D’accord avec le Front national sur les musulmans, mais reaganienne sur l’économie. Bref, xénophobe et libérale. Une remarquable synthèse du pire.

          samedi 3 septembre 2011

          Voir sans être vue: burqa, acte II



          « Les lois sont faites pour être transgressées », dit on parfois. Il n’aura pas fallu longtemps pour que le soit celle interdisant la burqa, si j’en crois la triste vision qui me tire parfois de mes rêveries au détour d’une promenade dans le quartier cosmopolite où j’ai élu domicile, et où, quoiqu’on imagine, il ne se passe habituellement jamais rien.

          La représentation nationale avait pourtant bien fait les choses. En votant, le 11 octobre 2010, la loi n° 2010-1192 portant « interdiction de la dissimulation du visage dans l’espace public », elle évitait le piège consistant à ne proscrire que le voile intégral. Las, il y aura toujours des contrevenantes qui, non contentes de se voiler la face ont aussi décidé de se boucher les oreilles et de ne pas entendre que « la République se vit à visage découvert ».

          J’ai donc croisé l’une de celles-ci. Une femme, accompagnée d’enfants souriants, mais qui elle, ne sourit pas. Entièrement drapée dans un niqab noir dont l’étoffe faciale a été soigneusement retirée, elle dissimule désormais sa figure derrière…un masque chirurgical.

          Nous nous regardons longuement et je me sens mille fois humiliée.
          En tant que citoyenne, j’ai mal pour la loi de mon pays qu’on bafoue sous mes yeux, quand bien même elle a été soigneusement libellée pour ne « stigmatiser » personne.
          En tant que femme, je suis humiliée de constater que certaines, y compris jeunes, peut-être même belles, ont honte de l’être aussi.
          J’ai mal pour celui qui m’accompagne et dont le regard est par avance supposé impur, ce regard d’homme que je sais si bienveillant, et qui se voit sans raison déclarer suspect.
          Je suis humiliée, enfin, en tant que personne. Car, alors que nous nous observons, et que je lui offre mon visage tout entier, elle me dénie le droit de voir le sien. Et, cependant que ses yeux m’accusent de je ne sais quel crime, elle me voit sans doute pâlir un peu, sans m’octroyer le droit au constat réciproque.

          A ce moment, j’ai totalement oublié la « religion » du spectre noir, et ne me rappelle que cette phrase d’Elisabeth Badinter : « dans cette possibilité d’être regardée sans être vue et de regarder l’autre sans qu’il puisse vous voir, je perçois la satisfaction d’une triple jouissance perverse. La jouissance de la toute-puissance sur l’autre, la jouissance de l’exhibitionnisme, et la jouissance du voyeurisme ».

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