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dimanche 24 mai 2015

Filikí Etería n°9 - la Grèce vue de Grèce – revue de presse






- Billet invité -

Par Cristoballaci El Massaliote
 
Cristoballaci El Massaliote est désormais un spécialiste mondialement connu de l'exégèse de la presse grecque. Cette semaine encore, il répond à toutes les questions brûlantes que nous nous posons, notamment au sujet du sommet européen de Riga, et le l’ébullition de la vie politique grecque actuelle en l'absence d'accord avec les créanciers.


***
 
Alors que la presse française contemplait impuissante la chute de l’ancienne capitale de la Reine Zénobie, la presse grecque s’agitait avant le sommet de Riga. Les tensions internes apparaissaient dans les partis politiques et faisaient écho aux articles assassins de certains éditorialistes d’opposition hellènes. Les événements les plus récents vont sans doute conforter ces dernier, puisque l'on a appris dimanche que faute d'accord à Riga, Athènes risquait de ne pas pouvoir rembourser le FMI début juin. 

1/ Négociations sur la dette : le sommet de Riga 

La presse grecque du vendredi 22 mai se passionnait pour le sommet de Riga de la veille pendant lequel un entretien entre Alexis Tsipras, François Hollande et Angela Merkel semblait prêt de déboucher sur une « conclusion réussie » et préparer un accord final entre les trois institutions partenaires sur le dossier de la dette grecque (Commission européenne, BCE et FMI)

Kathimerini soulignait toutefois que les discussions avaient également porté sur le financement supplémentaire de la période post-mémorandum (après le 30 juin) ainsi que sur la demande de restructuration de la dette grecque. 

Selon Ta Nea, Athènes devrait demander l’organisation d’une réunion extraordinaire de l’Eurogroupe pour aboutir à un accord à la fin mai. Le quotidien souligne que malgré « le climat amical » au cours de l’entretien, Mme Merkel et M. Hollande ont fait clairement savoir qu’il n’y aurait pas d’accord sans la participation du FMI.

2/ Relation avec les USA : Kammenos flirte avec l’OTAN

Le ministre de la défense, M. Kammenos, a annoncé qu’à l’occasion de sa visite à Washington, prévue le 21 mai, il envisageait de proposer aux Etats-Unis la création d’une base aérienne de l’OTAN sur une île du Sud-Est de la mer Egée. Le ministre a en outre ajouté qu’il demanderait le renforcement de la base de l’OTAN à Souda en Crète. 

Reprenant des sources gouvernementales, Kathimérini du 16 mai affirmait déjà que les positions exprimées par M. Kammenos avaient suscité l’embarras du Premier Ministre et d’autres membres du gouvernement. Ceux-ci auraient affirmé que les déclarations unilatérales du ministre de la défense n’exprimaient pas la politique portée par le gouvernement grec. 

3/ Réformes

a/ Nouveau taux de TVA pour faire plaisir à Bruxelles

Ethnos du 21 mai relève que le gouvernement grec a présenté, lors de la réunion du Groupe de Bruxelles une nouvelle réforme de la TVA, proposant un taux principal à 23%, un taux de 14% pour les hôtels, la restauration, le transport, l’électricité, l’eau et le gaz, et un taux réduit à 7% pour certains produits (médicaments, livres, aliments). Kathimerini notait également que l’idée d'introduire une taxe sur les transactions bancaires était sur la table des négociations.

b/ Une esquisse de réforme des retraites sous la pression des créanciers

Ta Nea du 21 mai notait que les exigences des créanciers sur la réforme du système de la sécurité sociale, poussaient le gouvernement grec à étudier une « politique punitive » dans le dossier des départs anticipés à la retraite. Les bénéficiaires auront désormais l’obligation de verser les cotisations d’assurance jusqu’à l’âge de 62 ans même après leur départ anticipé à la retraite. De plus, selon Eleftheros Typos le pécule de départ à la retraite serait réduit de 10%.

4/ Vie politique : l’accord avec les créanciers fissure les différents partis 

Le Journal des Rédacteurs du 19 mai relève à la Une que les différentes fuites dans la presse sur l’accord entre la Grèce et les créanciers provoquaient, avant même la publication du contenu des tensions internes au sein de Syriza et de la Nouvelle Démocratie. 

Ainsi, au sein de Syriza, le « réseau rouge » a organisé une manifestation contre l’accord, tandis que la « plateforme de gauche » exprimait ses objections sur son site internet iskra.gr

Au sein de la Nouvelle Démocratie, il y aurait désormais deux courants différents : celui exprimé par les parlementaires du parti qui seraient favorables au rejet par de accord entre le gouvernement et les créanciers, et le courant autour de la famille Mitsotakis qui est favorable au vote de l’accord estimant que même une solution médiocre sera meilleure que la rupture. 

5/ Sondages : Syriza reste populaire en dépit de doutes sérieux sur la stratégie gouvernementale avant le sommet de Riga

 Selon un sondage du 18 mai (Université de Macédoine /Skaï TV), l’estimation de vote est la suivante : Syriza : 36,5% ; Nouvelle Démocratie : 15,5% ; Aube dorée : 6% ; La Rivière : 6% ; KKE : 4% ; Grecs indépendants : 3% ; PASOK : 3%, autres partis : 7,5% ; indécis : 18%. 

Pour la première fois depuis les élections, la majorité des sondés (41%) estiment que la stratégie suivie par le gouvernement dans les négociations avec les créanciers est erronée, contre 35% qui estiment qu’elle est juste.

6/ Les doutes et les attaques d’une partie de la presse grecque au début de la semaine

L’éditorialiste Antonis Karakoussis signait un article intitulé « Le difficile rendez-vous de M. Tsipras avec l'Histoire » dans le journal de centre gauche To Vima du 18 mai. Son analyse était particulièrement dure : « L'évolution dans le temps en atteste, les dirigeants de la gauche se sont toujours distingués par leurs erreurs politiques infantiles. Le cas le plus caractéristique est celui du lendemain de la libération après l'Occupation nazie. Toute proportion gardée, il manque également dans la conjoncture actuelle les élaborations nécessaires, de même que la souplesse et la compréhension de la complexité du monde moderne, des alliances et des intérêts qui le régissent. Dans le cas de Syriza, il y a même un surplus d'idées obsessionnelles et de dogmatisme, tandis que les approches sont linéaires et simplistes. Dans la situation actuelle, il n'est pas exclu que cette nouvelle opportunité historique soit perdue, encore une fois, pour la gauche ».

Le journaliste Nicos Constantaras signait également un texte acide dans le journal de centre-droit Kathimerini  : « En sa qualité de principal parti de l'opposition depuis 2012, Syriza a choisi la voie facile de la dénonciation de ses adversaires et d'une surenchère de promesses faites à chaque groupe d'électeurs. Il n'a pas su travailler sur les divergences de vues de ses composantes qui sont pourtant importantes. Ce qui unissait son parti était la dénonciation simpliste du mémorandum et les promesses faciles. Lorsqu'il est arrivé au pouvoir, il n'a pas cherché à opérer la synthèse pour aboutir à une position sérieuse et unique. Malheureusement, la coalition avec les Grecs indépendants a renforcé le fantasme selon lequel la Grèce peut imposer sa volonté aux créanciers. La coopération éventuelle avec un autre parti politique aurait pu permettre à Syriza à négocier dans le but de trouver une solution ».   

Le journal pro-PASOK  Ethnos, enfin, contenait un article assassin intitulé « Marcher droit vers le précipice et sans sherpa ». Le journaliste écrivait : « La première des deux semaines nécessaires, selon le ministre Varoufakis, pour parvenir à un accord avant que la Grèce ne se retrouve dans une impasse financière, s'est déjà écoulée. Et pourtant, personne ne sait encore ce qui va se passer. Au-delà de déclarations d'autosatisfaction, les négociations stagnent. Les questions épineuses restent entières, le gouvernement ne semble pas capable de surmonter ses lourdeurs idéologiques, ni les résistances internes de ses composantes extrémistes. L'incertitude augmente plutôt que de baisser ». 


samedi 18 avril 2015

Filikí Etería n°5 : La Grèce vue de Grèce – revue de presse






A l’heure où des rumeurs de versement d'une aide financière russe (à ce stade démenties par Moscou) agitaient le ouèbe, la presse française se passionnait pour l’arrivée du printemps et pour le retour de la paix dans la famille Le Pen. De son côté, la presse grecque de la semaine écoulée a longuement commenté un match passionnant entre les optimistes, les inquiets et les hargneux au sujet des négociations avec l'Europe. Elle s'est aussi penchée sur les pressions américaines et les propositions russes tout en se passionnant pour les réformes du système éducatif et fiscal…

Inquiétudes...

Une partie de la presse grecque se montre inquiète de la dégradation des rapports entre les représentants de l’UE et le ministre des finances Yanis Varoufakis. Dans son édition du 14 avril, le quotidien proche du PASOK To Vima titrait « La musique nous invite à danser » et Sifis Polymilis écrivait : « Depuis deux mois et demi, les membres du gouvernement donnent des conférences sur ce que l'Europe doit faire pour son salut. Ils évitent toutefois de dire ce qu'ils doivent faire eux-mêmes, en leur qualité de gestionnaires du pouvoir. A titre d'exemple, M. Varoufakis, réputé pour son omniscience sauf sur les sujets qui relèvent de sa propre sphère de compétence, a quasiment prononcé l'oraison funèbre de l'U.E. à force d'affirmer qu'elle est une union asymétrique et que les unions asymétriques sont vouées à l'effondrement, tôt ou tard. Ignorance du danger, indifférence, de quoi faudrait-il taxer le ministre des finances qui pratique une philosophie de bas étage alors que le pays se trouve à un pas du précipice ? ».

1/ Les négociations sur la dette toujours aussi difficiles et l’accord prévu le 24 avril pourrait être repoussé

a/ L’impatience des responsables de l’UE

Les conférences téléphoniques du « groupe de Bruxelles » (ex-Troïka) seraient quotidiennes selon Ethnos, Ta Néa et Kathimerini avec pour objectif d’obtenir un accord pour la date du 24 avril. Si cette date fait encore débat, des responsables européens se montrent impatients. Ainsi, la Haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Mme Federica Mogherini a déclaré le 14 avril que « l'Europe doit faire preuve de flexibilité dans ses négociations sur la crise de la dette en Grèce non pas seulement dans le cadre de la solidarité mais pour défendre l'intérêt commun européen ». Cette impatience a été formulée tout autrement par le directeur général du mécanisme européen de stabilité (MES), M. Klaus Regling et par le commissaire européen Pierre Moscovici. Les deux responsables ont parallèlement rappelé : « le gouvernement grec doit soumettre rapidement une liste des réformes précises » . Mme Mogherini avait dépassé l’impatience et les exigences pour faire part de son inquiétude en affirmant que « si un pays tombe, le système entier tombera également ».

b/ La confiance de Tsipras dans un accord fin avril malgré des désaccords avec « les Européens »

Dans une déclaration datée du 16 avril (Reuters, sources Ethnos, Ta Nea, Kathimerini, Avghi, Le Journal des Rédacteurs) Alexis Tsipras s’est montré optimiste en affirmant qu’un accord serait trouvé d’ici la fin du mois d’avril. Le premier ministre a mentionné des « progrès notables » sur les questions de la collecte de l'impôts, de la lutte contre la corruption, de la réforme de l’administration publique ainsi que sur les garanties d’excédent primaire pour 2015. Selon lui, la nouvelle politique fiscale ne doit pas accabler la population, et davantage répartir les charges entre les contribuables (notamment pour ceux « ayant une capacité contributive élevée »). Alexis Tsipras a tout de même évoqué quatre points de désaccord avec l'UE et le FMI (les relations professionnelles, le système de sécurité sociale, la hausse de la TVA et les différences d’appréciation sur la mise en valeur des biens publics) avant d’invoquer des blocages plus « politiques » que techniques. Enfin, il a conclu en affirmant que l'UE ne choisirait pas « la voie du chantage financier déloyal et brutal mais au contraire celui de la recherche du compromis et de la stabilité, au bénéfice de notre avenir commun européen».

Selon Le Journal des Rédacteurs du 17 avril cet interview avait pour but « d'adresser un message aux créanciers en les invitant à cesser les jeux politiques et les chantages ».

c/ Pendant que grondent les créanciers…

Selon la presse grecque du 16 avril (Ethnos, Ta Nea, Kathimerini, Avghi, Le Journal des Rédacteurs) il existe un réel « blocage » dans les négociations entre Athènes et les créanciers. Selon ces journaux, les deux parties restent fermes sur leurs positions, alors qu’en parallèle les médias allemands évoquent à nouveau l’éventualité du « Grexit ». Le journal Ethnos va plus loin et estime que de « vives confrontations » opposent désormais créanciers et gouvernement grec. Son titre « Bras de fer avec les créanciers » permet d’évoquer les menaces exercées par les créanciers qui évoquent le Grexit tout en faisant pression pour obtenir des réductions supplémentaires des salaires et des retraites et des augmentations de taxes.

d/ … les menaces pleuvent à Berlin !!!


Wolfgang Schäuble fait jaillir un arc-en-ciel
 
La presse grecque du 16 avril (Ethnos, Ta Nea, Kathimerini, Eleftheros Typos) reprenait les déclarations du ministre allemand des finances, M. Schäuble. Celui-ci a estimé qu’une solution ne serait pas trouvée d’ici le 24 avril avant de qualifier la situation en Grèce de «très difficile» et d’affirmer que le nouveau gouvernement de Syriza avait « détruit l’œuvre du gouvernement précédent et sapé toutes les hypothèses sur lesquelles se basait le redressement des finances du pays ». Toujours sur le même ton, Wolgang Schaüble a poursuivi en déclarant qu’« il n’y a pas un besoin de plus d'argent, mais un besoin de plus de réformes ». Le ministre allemand s’est d’ailleurs senti autorisé de préciser que « le problème n’était pas la dette mais le manque de compétitivité ».

Selon Ethnos du 17 avril, le ministre Schäuble aurait fini par légèrement s’assouplir en évoquant la possibilité d’un décaissement de la prochaine tranche du prêt sans la mise en application à 100% des réformes. Il a en effet déclaré le 16 avril lors de son discours de l’Institut Brookings aux États-Unis que « les institutions ne demandent pas la mise en application des réformes à 100% mais d’une grande partie d’entre elles, ce qui permettra le décaissement de la prochaine tranche du prêt ».

e/ L’accord reporté au 11 mai ?

De son côté, le gouvernement grec se déclare déterminé à ne pas franchir de lignes rouges (sources gouvernementales, 15 avril). Malgré ses propos rassurants, Ta Nea souligne qu’une solution sera difficilement trouvée d’ici l’Eurogroupe du 24 avril et estime que l’éventuel accord devrait être reportée à l’Eurogroupe du 11 mai.

f/ ou reporté à une prochaine confetti party ?

Lors de sa conférence de presse interrompue par une militante anti-BCE, le président de la BCE, Mario Draghi, a pu déclarer (malgré les confettis) que la poursuite des financements d'urgence à la Grèce dépendait uniquement de la bonne volonté du gouvernement hellène, tout en refusant de considérer l’éventualité d’un Grexit, (Ethnos, Avghi, Eleftheros Typos du 16 avril) .

g/ Heureusement en France, l’austérité sent le Sapin…

Le journal Kathimerini titrait le 16 avril « La France dit non aux recommandations de la Commission en faveur de l’austérité » et commentait les propos du ministre français des finances, Michel Sapin qui venait de déclarer que « l'application stricte de certains aspects de la recommandation de la Commission sur la réduction du déficit français aurait fait chuter la croissance et augmenter le chômage ». Michel Sapin, emporté par une fièvre anti-austérité tout à fait inhabituelle, a même poursuivi en affirmant qu’«une autre voie est possible » . Le journal grec prédit de vives réactions à Bruxelles, où un délai supplémentaire de deux ans vient d’être accordé à la France pour réduire son déficit sous la barre des 3%.

II/ Relations internationales : entre Washington et Moscou, mon cœur balance…

1/ La visite de Varoufakis aux États-Unis

Selon la presse du 17 avril, la visite du ministre Varoufakis aux États-Unis a donné lieu à plusieurs événements. D’abord, lors de son discours à l’Institut Brookings, sur le thème « L’économie grecque et ses partenaires européens », M. Varoufakis a souligné que le gouvernement grec était prêt à faire un compromis honorable avec ses partenaires, y compris en prenant des décisions politiques difficiles sur la base d’un paquet de 7 réformes, tout en excluant l’adoption de mesures récessives. Le ministre a défendu la souveraineté de la Grèce avant de préciser : « nous avons le droit de nous faire entendre et de remettre en question la logique d’un programme qui a échoué » (Ethnos, Avghi, Ta Nea, Kathimerini, Le Journal des Rédacteurs).

De plus, plusieurs journaux (Ethnos, Kathimerini) ont commenté l’entretien extraordinaire du 16 avril entre M. Varoufakis et la directrice générale du FMI, Mme Lagarde. Selon Kathimerini, il a été décidé d’accélérer les procédures afin d’aboutir le plus rapidement possible à un accord sur la dette grecque.

2/ Les lendemains de la visite de Tsipras à Moscou

Alors que certains journalistes grecs s’interrogeaient sur les tensions possibles à l’intérieur du gouvernement Syriza-ANEL et estimaient que « l’objectif de la visite au Kremlin était d’augmenter la popularité d’Alexis Tsipras en vue d'un nouveau recours aux urnes » (Notis Papadopoulos), des sources du Palais Maximos affirmaient qu’Alexis Tsipras faisait bien l'objet de pressions tant à l'intérieur du parti (groupe Lafazanis, etc.) qu'à l'étranger (Berlin, Bruxelles, FMI).

Ce « printemps russe » a été largement commenté par la presse grecque. Certains journaux réduisaient la visite à un événement symbolique, notamment pour la réaffirmation de la souveraineté nationale grecque, mais qui n’aurait permis aucun véritable engagement (To Vima du 14 avril). D'autres quotidiens y voyaient la confirmation de choix stratégiques s’inscrivant dans le long terme. (Kathimerini parle de « printemps prolongé »).

Révolutionnaire ou pas, cette visite a donné lieu à une déclaration commune des deux dirigeants qui ont souhaité lever toute inquiétude sur une hypothétique mise en place d'un axe stratégique concurrent à l'U.E. Selon To Vima du 14 avril, M. Poutine a même nié vouloir se servir de la Grèce comme d'un cheval de Troie au sein de l'U.E. avant de rappeler que la Grèce relève d'un « autre territoire géopolitique » que celui de la Russie.

Symbolique ou pas, cette visite a surtout donné lieu à des accords concrets qui devraient aboutir bientôt (gazoduc « Turkish Stream » pour 2 milliards d’euros financé par les Russes mais soumis à un accord Turc, privatisation des rails grecs et du port de Thessalonique, hydrocarbures en mer Égée et en Crète, limitation de l’embargo russe sur les produits agricoles grecs).

Le ministre de la Défense, Panos Kamménos, s’est rendu à Moscou le 14 avril (il y retournera d’ailleurs le 09 mai pour la commémoration de la victoire sur le nazisme – fêtée le 09, et non le 08 mai par les Russes ) pour traiter de questions de défense. Les entreprises du secteur de l’armement allemand s’inquiètent d’ailleurs de la signature de prochains contrats avec les russes (modernisation avec armes russes, privatisations de l’industrie grecque de défense, etc.). Pour autant, les relations bilatérales ont été renforcées et une coopération internationale face à la menace de terrorisme islamique aurait été lancée.

III/ Politique intérieure

1/ Éducation : tension avec les étudiants anarchistes et réformes progressistes.

L’occupation, par des étudiants, de l’université d’Athènes devrait prendre fin bientôt.

En même temps, le gouvernement Syriza-ANEL met en place un projet de loi progressiste pour les étudiants (retour de l’asile universitaire, participation des étudiants aux élections, suppression de l’évaluation systématique des professeurs, fin du délai obligatoire d’études).

2/ Immigration : vague migratoire et peur d’un tsunami de réfugiés…

Selon Kathimérini du 14 avril, les garde-côtes grecs ont secouru prêt de 10 500 ressortissants étrangers au premier trimestre 2015 (trois fois plus que sur la même période en 2014). Le même journal reprend des informations selon lesquelles 2, 5 millions de réfugiés se trouveraient sur les côtes turques, prêts à entrer en Grèce et dans l’UE. Cette vague migratoire inquiète les autorités et les habitants des îles de l’Égée orientale alors que s’ouvre la saison touristique.

Les autorités grecques tentent de répondre aux problèmes des locaux pour accueillir ces migrants en ouvrant des stades, des bâtiments de l’armée et en les déplaçant vers le continent et soulèvent la question du cofinancement de la politique migratoire au niveau européen. De son côté, le maire d’Athènes, M Kaminis s’est entretenu avec d’autres maires de capitales concernés par la question de l’accueil des réfugiés (Mme Hidalgo pour Paris et M. Marino pour Rome).

Ces questions devraient être traitées lors d’un prochain sommet de l’UE.


3/ l’Eglise Orthodoxe devrait contribuer davantage au remboursement de la dette

Selon le Journal des Rédacteurs, l’archevêque d’Athènes, Mgr Iéronymos aurait proposé au gouvernement de « mettre à profit les biens de l’église dans le but de rembourser la dette ». Une société commune qui vient d’être créée par la loi devrait permettre, via la mise en valeur du patrimoine ecclésiastique, d’orienter des futures recettes vers le remboursement de la dette.

4/ Taux d’imposition particulièrement haut et note abaissée par Standard and Poor’s

Ta Néa commentait la dernière publication de l’OCDE et qui plaçait la Grèce en tête des 36 pays étudiés en terme d’imposition des ménages ( 43, 4% pour la Grèce, contre une moyenne de 27% pour l’OCDE, loin devant la Belgique et ses 40,6% ou la France et ses 40,5%).

De son côté, l'agence Standard and Poor's poursuivait son travail d’expert en abaissant la note de la dette grecque d'un cran (à CCC+). L’agence a souligné dans son communiqué du 15 avril que cette décision s’appuyait sur le fait que les conditions économiques et financières nécessaires à la solvabilité de la Grèce se sont détériorées, en raison de l'incertitude entourant les négociations prolongées entre le gouvernement grec et ses créanciers (Sources : Ethnos, Kathimerini).

 

samedi 28 mars 2015

Filikí Etería – La Grèce vue de Grèce : revue de presse




- Billet invité -
Cristobalacci El Massaliote


Cependant que la Grèce se prépare à présenter à Bruxelles, lundi, une liste de réformes supposées amadouer ses créanciers et les conduire à débloquer une tranche d'aide au profit du pays, Cristobalacci El Massaliote revient, comme la semaine dernière, sur l'actualité du pays. Cette revue de presse a été réalisée à partir de la presse grecque de la semaine


***


Loin de Paris et de ses journalistes spécialistes de tout, de rien et surtout des clichés sur Syriza, il existe un pays où la presse traite de sujets aussi sérieux que l’Europe, la crise, la lutte contre la corruption et la "liste Lagarde". Ce pays se nomme la Grèce.

Les négociations avec l’UE : une liste des réformes contre la poursuite de l’aide financière.

Alors que le week-end dernier, les journaux To Vima et Ta Néa avaient peur des conséquences d’une “perte de temps” dans l’application de l’accord du 20 février et qui auraient pu provoquer un échec ou une rétrogradation de la Grèce, il semble que la rencontre Tsipras/Merkel de lundi 23 ait rassurée les lecteurs et les électeurs grecs.

En effet, une liste de réformes, attendue notamment par l’Eurogroupe et le président de la commission européenne Jean-Claude Juncker doit être présentée ce lundi 30 mars par Athènes. Selon Ethnos (26 mars), cette liste devrait comprendre plusieurs volets (réformes fiscales, privatisations, etc.) et serait le fruit d’un accord permettant de débloquer des fonds pour la Grèce (une annonce est prévue à ce sujet pour mardi 31 mars).


Les relations Berlin-Athènes : entre doigt d’honneur, retour aux réalités et détente…

Selon Kathiremini (23 mars), les relations des ministres des finances grec (Y. Varoufakis) et allemand (W. Schäuble) seraient particulièrement tendues et auraient même atteint « un point limite ».

Il faut dire que la lettre qu’Alexis Tsipras avait adressée à Angela Merkel le 15 mars avait de quoi tendre les relations entre les deux pays. Le premier ministre grec invitait la chancelière allemande à ne « pas laisser un problème mineur de liquidité (…) se transformer en problème majeur pour la Grèce et l’Union ». Comme pour mieux clarifier sa position, Tsipras avait même fini par indiquer que s’il devait choisir entre remboursement des dettes et paiement des salaires et des retraites, il ne pourrait que choisir la seconde solution.

La rencontre du 23 mars entre Angela Merkel et Alexis Tsipras semble donc avoir rétabli la confiance et assuré une « dé-escalade de la tension » (Kathiremini). Angela Merkel a ainsi indiqué que les décisions sur la Grèce ne pouvaient être prises que par l’Eurogroupe, tout en rappelant que les réformes internes restaient du ressort du gouvernement grec.

Ou un bras de fer avec de triple biceps…

Pour autant, le gouvernement grec semble toujours vouloir poursuivre le bras de fer avec Berlin et utiliser plusieurs cartes.

1 - Les réparations de guerre

La première carte, celle des réparations allemandes sur les crimes de guerre a encore été brandie par le ministre des affaires étrangères grec, M. Kotsias dans une interview dans un journal allemand. Il a insisté en affirmant qu’une solution politique, et non seulement juridique devait être trouvée. Manolis Glézos, député SYRIZA ethéros de la résistance grecque a, quant à lui « adouci » les positions du parti en distinguant, d’une part, le peuple allemand et dirigeants allemands actuels et, d’autre part la culpabilité du IIIème Reich.

2 - Le scandale Siemens

La seconde carte, celle des éclaircissements sur le scandale Siemens (l’entreprise allemande pourrait être exclue des marchés grecs – voire européens – si les pratiques illégales et les « transactions frauduleuses prouvées » étaient finalement avérées) a été brandie par Alexis Tsipras lui même lors de sa visite à Berlin. En déclarant « nous devons éclaircir le passé (…) c’est une question d’éthique », Tsipras englobait, à la fois le dossier des réparations et celui du scandale Siemens.

Il est intéressant de remarquer que si la Chancelière a répondu que « le dossier des réparations de guerre (était) politiquement et juridiquement clos », elle a en revanche refusé d’évoquer la question du scandale Siemens, selon les deux journaux Avghi et Ethnos. Ce silence s’est installé au moment où le premier ministre grec venait de réclamer « l’aide de l’Allemagne pour faire la lumière sur le scandale Siemens » (Avghi). L’explication a peut être été apportée par Ta Néa qui croit savoir que cette question agite actuellement un patronat allemand craignant l’ouverture d’une enquête.

3 - L’industrie d’armement allemande bientôt visée ?

Selon Ethnos (26 mars), le grand perdant de la dégradation des relations entre Athènes et Berlin risque d’être l’industrie de défense allemande. En effet, d’autres pays, comme les Etats-Unis, la Russie, la France ou la Norvège se seraient déjà positionnés sur ce marché important dans un pays paradoxalement en crise (voir paragraphe suivant).

D’ailleurs, un autre scandale de corruption concernant la vente de sous-marins allemands à la Grèce en 2000 ( 60 millions d’euros de commissions pour un marché de 2,4 milliards d’euros) serait en cours d’examen. 

Terrible menace : L’industrie allemande risque de perdre
le monopole sur les pompons des evzones! 



Relations internationales : États-Unis, Chine et Russie. 

Des États-Unis inquiets et impliqués 

Selon plusieurs journaux, (Avghi, Eleftheros Typos) les États-Unis continuent de faire part de leur « inquiétude sur l’économie de l’UE et sur l’économie mondiale ». En effet, le porte-parole de la maison blanche, M. Ernest a souligné que « le règlement des différends et la fin de l’instabilité au sein de l’UE étaient de l’intérêt des États-Unis et de l’économie américaine » avant d’ajouter que « les États-Unis étaient en contact étroit avec les alliés et partenaires européens dans le but de mettre fin à l’insécurité économique mondiale ».

Selon Ethnos, la visite prochaine du ministre de la défense grec (M. Kammenos, ANEL) aux États-Unis devrait permettre de faire aboutir des signatures de contrats d’armement (470 millions d’euros). 

La Chine : un rapprochement pour préparer le long terme ? 

Le vice Premier ministre et le ministre des affaires étrangères (M Kotsias) se sont déplacés à Pékin pour préparer la visite d’Alexis Tsipras prévue au mois de mai. Il a également été question de politique (revalorisation des relations bilatérales, projet commun pour 2015-2017), d’économie (exportations de produits agricoles grecs, tourisme, investissement chinois et règlement à l’amiable du problème de la privatisation du port du Pirée) et de stratégie (renforcement de la coopération, rôle positif de la Grèce dans les relations Chine/UE). 

Pâques à Moscou…

Selon Ethnos, le ministre de la défense, M. Kammenos devrait se rendre en Russie pour Pâques (principale fête pour les orthodoxes) pour traiter de questions d’armements (remise à niveau de matériels voire acquisitions). 

Politique intérieure : réformer toujours dans la douleur... et dans l’euro ! 

En attendant la liste des réformes promises à l’Eurogroupe, le gouvernement Syriza/ANEL travaille sur plusieurs projets (assurances, retraites, réformes fiscales) et poursuit sa lutte contre la fraude fiscale en rencontrant les responsables suisses afin de traiter le problème révélé par la « liste Lagarde » (2000 grecs ayant des comptes à l’étranger). 

Il faut noter que Syriza reste toujours aussi populaire chez les électeurs comme le révèle un récent sondage (Syriza 40,2% ; Nouvelle démocratie : 21% ; KKE 4,9% ; Aube dorée 4,8% ; ANEL 4,5% ; la Rivière 4,3%, Pasok 2,5%.). D’autre part, le même sondage (sondage MARC pour la chaîne Alpha) rappelle que le peuple grec préfère, à l’heure actuelle rester dans l’euro. Souffrir pour se libérer du carcan ou continuer à subir les politiques d’austérité, voici donc l’affreux dilemme d’une Grèce cherchant à se faire entendre à Bruxelles, Berlin, Moscou ou Pékin...