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vendredi 17 juillet 2015

Pourquoi l'euro est-il l'instrument de la domination allemande ?



Il n'est pas utile de revenir sur le détail de l'accord effroyable conclu entre le Grèce et ses créanciers le week-end dernier. Tout en a été dit ou presque. Il vient d'être voté à l'unisson par les différents parlements nationaux, alors même que tout le monde, d'Alexis Tsipras à Wolfgang Schäube en passant par le FMI et des économistes du monde entier, s'accorde à dire qu'il n'est pas viable. C'est d'ailleurs bien normal puisqu'il ne s'agit pas d'un véritable accord pour secourir la Grèce. Il s'agit au contraire de la mise en coupe réglée d'un pays vaincu, auquel on souhaite ne laisser aucune chance de rétablissement. Paradoxal, en plein cœur de « l'Europe-c'est-la-Paix ». Mais le ministre slovaque des finances Peter Kažimír a imprudemment vendu la mèche sur Twitter en avouant - avant d'effacer son tweet – que si l'accord obtenu était particulièrement dur pour Athènes, c'était parce qu'il venait sanctionner le « Printemps grec ». Pas d'accord donc, mais un châtiment. Une expédition punitive conduite par des idéologues violents. Par des « terroristes » avait lancé Yanis Varoufakis. Cela avait provoqué un tollé. On sait désormais qu'il exagérait à peine.


Il peut être utile, en revanche, de revenir sur les enseignements que cet « accord » a livrés. Il est désormais clair, par exemple, que le projet d'Alexis Tsipras consistant à combiner la réhabilitation de la démocratie en Grèce, la fin de l'austérité et le maintient dans l'euro relevait de la quadrature du cercle. En refusant d'envisager le Grexit, le premier ministre hellène se condamnait mécaniquement à renoncer à ses deux autres ambitions.  

Extrait d'un article paru sur le Figarovox. Pour lire la suite, CLICK


lundi 20 avril 2015

«Un défaut partiel de la Grèce est possible» - entretien avec Thanos Contargyris





Thanos Contargyris est économiste et vit à Athènes. Sans être adhérent à Syriza, il est proche de ce parti. Il est membre fondateur d'Attac Grèce. Il a accepté de répondre à quelques questions de L'arène nue. 

***

Alors que les négociations avec l'Union européenne ne semblent aboutir sur rien de décisif, Alexis Tsipras et son gouvernement sont toujours très populaires en Grèce. Comment expliquez-vous une telle confiance, y compris chez les gens qui n'ont pas voté pour Syriza ?

Les négociations semblent effectivement ne pas aboutir. Rien de concret ne filtre quant aux mesures précises sur lesquelles un accord est impossible. Il semble que d'un côté on nomme « réformes » de nouvelles mesures d'austérité et que, de l'autre, on emploie le même mot pour désigner des mesures contre la corruption, la bureaucratie, la fraude et une réforme fiscale. 

Ce qui ressort est que la négociation est dure. C'est ce qui vaut au gouvernement actuel un fort soutien, au delà de son électorat : c'est la première fois qu'on voit un gouvernement grec faire des contre-propositions aux mesures décidées par les créanciers. Les Grecs ont l'impression d'avoir retrouvé leur honneur en voyant que leur gouvernement résiste à de fortes pressions. 

Ce qui explique ce soutien c'est aussi le fait que le gouvernement semble tenir ses promesses sur des dossiers qui font consensus, et donnent une bouffée d'oxygène à la population éprouvée par la crise : lutte contre la pauvreté, protection de l'habitation principale contre des saisies par les banques, étalement des règlements de retard de paiement sur des charges sociales ou des impôts, etc.

Enfin le fait que le gouvernement comprenne des personnalités compétentes comme Varoufakis ou Kotzias (le ministre des affaires étrangères) qui proviennent de plusieurs familles politiques (des socialistes, des écologistes, des personnalités du parti de droite ANEL) et non seulement du Syriza, permet à des électeurs d'autres partis de se reconnaître dans ce gouvernement.

Certains commentateurs semblent espérer secrètement une scission de Syriza, son aile gauche anti-euro quittant le parti, et Tsipras s'alliant, au centre, avec To Potami et le nouveau parti créé par Papandréou. Cela vous semble-t-il possible ? 

Pour conserver sa crédibilité, Tsipras doit obtenir un compromis honorable et donc difficile avec l'Union européenne. To Potami parle aussi de « compromis honorable », mais considère qu'il faut accepter tout ce qui est demandé par les créanciers. Son soutien ne serait pas un gage que le compromis trouvé est « honorable ». ! 

Le cas de Papandréou est différent; il semble soutenir l'effort du gouvernement de trouver un compromis honorable qui soit autre chose qu'une capitulation. Mais il n'a pas de députés pour pouvoir remplacer les éventuelles défections qu'une alliance avec lui pourrait provoquer sur l'aile gauche de Syriza.

Donc tant que les négociations se poursuivent et que l'esquisse d'un « accord honorable » n'est pas connue, tout changement d'alliance est exclu. Ce n'est qu'après, si l'aile gauche se montre trop intransigeante et qu'il apparaît que sa position est excessive, qu'un changement d'alliance est possible. Si l'accord offert semble une réplique de celui qu'aurait signé le gouvernement précédent, sans concession visible, aucun changement d'alliance n'est envisageable...

Alexis Tsipras a rencontré Poutine en Russie, Yanis Varoufakis a rencontré Obama aux États-Unis. Le gouvernement cherche-t-il a faire pression sur l'Europe via des alliés alternatifs ? Quelle vous semble être sa stratégie sur le plan des relations internationales ? 

Le gouvernement grec n'ayant pas trouvé d'alliés au sein de l'UE sur lesquels s'appuyer, il est naturel qu'il essaie de faire pression en cultivant de bonnes relations avec d'autres pays qui comptent, comme les États-unis, la Russie, mais aussi la Chine. C'est ce qui explique son revirement sur la privatisation du port du Pirée, qui n'est finalement pas remise en cause. Ceci a été un signal fort, bien reçu en Chine.

La Grèce est à bout de liquidités. Un défaut partiel sur la dette est-il pour bientôt

Oui un défaut partiel est possible, si la ligne dure persiste du côté européen au delà de la fin de ce mois. Néanmoins vu les montants en jeu en mai (1) il est difficile d'imaginer qu'aucune solution ne soit trouvée. Elle pourrait d'ailleurs être trouvée sans l'UE. Par exemple, par l'introduction d'une monnaie interne (IOU – I owe you), permettant de diminuer les montant globaux dus en euros, et de procéder à certains paiements internes (salaires, pensions, fournisseurs). Les euros ainsi dégagés pourraient alors permettre de faire face aux échéances externes.

Qu'en est-il d'une éventuelle sortie de l'euro ? Yanis Varoufakis a assuré n'y être pas du tout prêt. Par ailleurs, les sondages montrent que la population est très attachée à la monnaie unique. Est-ce toujours le cas ou cela a-t-il évolué ? 

Nul ne peut envisager une sortie désordonnée de l'euro qui serait provoquée par un défaut de paiement portant sur un ou deux milliards d'euros. Ses conséquences seraient trop désastreuses par rapport au fait qui l'aurait généré. Donc elle n'est évoquée, ces jours-ci, que comme un moyen de pression. C'est une arme de dissuasion dans les négociations en cours. 

En revanche, une sortie de l'euro programmée, négociée et provisoire après l'actuelle période de négociations (qui se termine en juin) (2) , est une hypothèse qui ne peut être complètement écartée si aucun refinancement et aucune restructuration de la dette grecque (promise par les partenaires européens à la Grèce et au FMI en Décembre 2012) ne s'avère possible tout en restant dans l'eurozone.

(1)  En mai, la Grèce doit trouver environ 800 millions pour rembourser le FMI, environ 400 millions pour les intérêts de sa dette, et environ 2,5 milliards pour des bons du Trésor arrivant à échéance. 
(2)  Le 30 juin prend fin le second plan d'aide à la Grèce, d'un montant de 130 milliards, qui court depuis mars 2012. Et après ?....


samedi 18 avril 2015

Filikí Etería n°5 : La Grèce vue de Grèce – revue de presse






A l’heure où des rumeurs de versement d'une aide financière russe (à ce stade démenties par Moscou) agitaient le ouèbe, la presse française se passionnait pour l’arrivée du printemps et pour le retour de la paix dans la famille Le Pen. De son côté, la presse grecque de la semaine écoulée a longuement commenté un match passionnant entre les optimistes, les inquiets et les hargneux au sujet des négociations avec l'Europe. Elle s'est aussi penchée sur les pressions américaines et les propositions russes tout en se passionnant pour les réformes du système éducatif et fiscal…

Inquiétudes...

Une partie de la presse grecque se montre inquiète de la dégradation des rapports entre les représentants de l’UE et le ministre des finances Yanis Varoufakis. Dans son édition du 14 avril, le quotidien proche du PASOK To Vima titrait « La musique nous invite à danser » et Sifis Polymilis écrivait : « Depuis deux mois et demi, les membres du gouvernement donnent des conférences sur ce que l'Europe doit faire pour son salut. Ils évitent toutefois de dire ce qu'ils doivent faire eux-mêmes, en leur qualité de gestionnaires du pouvoir. A titre d'exemple, M. Varoufakis, réputé pour son omniscience sauf sur les sujets qui relèvent de sa propre sphère de compétence, a quasiment prononcé l'oraison funèbre de l'U.E. à force d'affirmer qu'elle est une union asymétrique et que les unions asymétriques sont vouées à l'effondrement, tôt ou tard. Ignorance du danger, indifférence, de quoi faudrait-il taxer le ministre des finances qui pratique une philosophie de bas étage alors que le pays se trouve à un pas du précipice ? ».

1/ Les négociations sur la dette toujours aussi difficiles et l’accord prévu le 24 avril pourrait être repoussé

a/ L’impatience des responsables de l’UE

Les conférences téléphoniques du « groupe de Bruxelles » (ex-Troïka) seraient quotidiennes selon Ethnos, Ta Néa et Kathimerini avec pour objectif d’obtenir un accord pour la date du 24 avril. Si cette date fait encore débat, des responsables européens se montrent impatients. Ainsi, la Haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Mme Federica Mogherini a déclaré le 14 avril que « l'Europe doit faire preuve de flexibilité dans ses négociations sur la crise de la dette en Grèce non pas seulement dans le cadre de la solidarité mais pour défendre l'intérêt commun européen ». Cette impatience a été formulée tout autrement par le directeur général du mécanisme européen de stabilité (MES), M. Klaus Regling et par le commissaire européen Pierre Moscovici. Les deux responsables ont parallèlement rappelé : « le gouvernement grec doit soumettre rapidement une liste des réformes précises » . Mme Mogherini avait dépassé l’impatience et les exigences pour faire part de son inquiétude en affirmant que « si un pays tombe, le système entier tombera également ».

b/ La confiance de Tsipras dans un accord fin avril malgré des désaccords avec « les Européens »

Dans une déclaration datée du 16 avril (Reuters, sources Ethnos, Ta Nea, Kathimerini, Avghi, Le Journal des Rédacteurs) Alexis Tsipras s’est montré optimiste en affirmant qu’un accord serait trouvé d’ici la fin du mois d’avril. Le premier ministre a mentionné des « progrès notables » sur les questions de la collecte de l'impôts, de la lutte contre la corruption, de la réforme de l’administration publique ainsi que sur les garanties d’excédent primaire pour 2015. Selon lui, la nouvelle politique fiscale ne doit pas accabler la population, et davantage répartir les charges entre les contribuables (notamment pour ceux « ayant une capacité contributive élevée »). Alexis Tsipras a tout de même évoqué quatre points de désaccord avec l'UE et le FMI (les relations professionnelles, le système de sécurité sociale, la hausse de la TVA et les différences d’appréciation sur la mise en valeur des biens publics) avant d’invoquer des blocages plus « politiques » que techniques. Enfin, il a conclu en affirmant que l'UE ne choisirait pas « la voie du chantage financier déloyal et brutal mais au contraire celui de la recherche du compromis et de la stabilité, au bénéfice de notre avenir commun européen».

Selon Le Journal des Rédacteurs du 17 avril cet interview avait pour but « d'adresser un message aux créanciers en les invitant à cesser les jeux politiques et les chantages ».

c/ Pendant que grondent les créanciers…

Selon la presse grecque du 16 avril (Ethnos, Ta Nea, Kathimerini, Avghi, Le Journal des Rédacteurs) il existe un réel « blocage » dans les négociations entre Athènes et les créanciers. Selon ces journaux, les deux parties restent fermes sur leurs positions, alors qu’en parallèle les médias allemands évoquent à nouveau l’éventualité du « Grexit ». Le journal Ethnos va plus loin et estime que de « vives confrontations » opposent désormais créanciers et gouvernement grec. Son titre « Bras de fer avec les créanciers » permet d’évoquer les menaces exercées par les créanciers qui évoquent le Grexit tout en faisant pression pour obtenir des réductions supplémentaires des salaires et des retraites et des augmentations de taxes.

d/ … les menaces pleuvent à Berlin !!!


Wolfgang Schäuble fait jaillir un arc-en-ciel
 
La presse grecque du 16 avril (Ethnos, Ta Nea, Kathimerini, Eleftheros Typos) reprenait les déclarations du ministre allemand des finances, M. Schäuble. Celui-ci a estimé qu’une solution ne serait pas trouvée d’ici le 24 avril avant de qualifier la situation en Grèce de «très difficile» et d’affirmer que le nouveau gouvernement de Syriza avait « détruit l’œuvre du gouvernement précédent et sapé toutes les hypothèses sur lesquelles se basait le redressement des finances du pays ». Toujours sur le même ton, Wolgang Schaüble a poursuivi en déclarant qu’« il n’y a pas un besoin de plus d'argent, mais un besoin de plus de réformes ». Le ministre allemand s’est d’ailleurs senti autorisé de préciser que « le problème n’était pas la dette mais le manque de compétitivité ».

Selon Ethnos du 17 avril, le ministre Schäuble aurait fini par légèrement s’assouplir en évoquant la possibilité d’un décaissement de la prochaine tranche du prêt sans la mise en application à 100% des réformes. Il a en effet déclaré le 16 avril lors de son discours de l’Institut Brookings aux États-Unis que « les institutions ne demandent pas la mise en application des réformes à 100% mais d’une grande partie d’entre elles, ce qui permettra le décaissement de la prochaine tranche du prêt ».

e/ L’accord reporté au 11 mai ?

De son côté, le gouvernement grec se déclare déterminé à ne pas franchir de lignes rouges (sources gouvernementales, 15 avril). Malgré ses propos rassurants, Ta Nea souligne qu’une solution sera difficilement trouvée d’ici l’Eurogroupe du 24 avril et estime que l’éventuel accord devrait être reportée à l’Eurogroupe du 11 mai.

f/ ou reporté à une prochaine confetti party ?

Lors de sa conférence de presse interrompue par une militante anti-BCE, le président de la BCE, Mario Draghi, a pu déclarer (malgré les confettis) que la poursuite des financements d'urgence à la Grèce dépendait uniquement de la bonne volonté du gouvernement hellène, tout en refusant de considérer l’éventualité d’un Grexit, (Ethnos, Avghi, Eleftheros Typos du 16 avril) .

g/ Heureusement en France, l’austérité sent le Sapin…

Le journal Kathimerini titrait le 16 avril « La France dit non aux recommandations de la Commission en faveur de l’austérité » et commentait les propos du ministre français des finances, Michel Sapin qui venait de déclarer que « l'application stricte de certains aspects de la recommandation de la Commission sur la réduction du déficit français aurait fait chuter la croissance et augmenter le chômage ». Michel Sapin, emporté par une fièvre anti-austérité tout à fait inhabituelle, a même poursuivi en affirmant qu’«une autre voie est possible » . Le journal grec prédit de vives réactions à Bruxelles, où un délai supplémentaire de deux ans vient d’être accordé à la France pour réduire son déficit sous la barre des 3%.

II/ Relations internationales : entre Washington et Moscou, mon cœur balance…

1/ La visite de Varoufakis aux États-Unis

Selon la presse du 17 avril, la visite du ministre Varoufakis aux États-Unis a donné lieu à plusieurs événements. D’abord, lors de son discours à l’Institut Brookings, sur le thème « L’économie grecque et ses partenaires européens », M. Varoufakis a souligné que le gouvernement grec était prêt à faire un compromis honorable avec ses partenaires, y compris en prenant des décisions politiques difficiles sur la base d’un paquet de 7 réformes, tout en excluant l’adoption de mesures récessives. Le ministre a défendu la souveraineté de la Grèce avant de préciser : « nous avons le droit de nous faire entendre et de remettre en question la logique d’un programme qui a échoué » (Ethnos, Avghi, Ta Nea, Kathimerini, Le Journal des Rédacteurs).

De plus, plusieurs journaux (Ethnos, Kathimerini) ont commenté l’entretien extraordinaire du 16 avril entre M. Varoufakis et la directrice générale du FMI, Mme Lagarde. Selon Kathimerini, il a été décidé d’accélérer les procédures afin d’aboutir le plus rapidement possible à un accord sur la dette grecque.

2/ Les lendemains de la visite de Tsipras à Moscou

Alors que certains journalistes grecs s’interrogeaient sur les tensions possibles à l’intérieur du gouvernement Syriza-ANEL et estimaient que « l’objectif de la visite au Kremlin était d’augmenter la popularité d’Alexis Tsipras en vue d'un nouveau recours aux urnes » (Notis Papadopoulos), des sources du Palais Maximos affirmaient qu’Alexis Tsipras faisait bien l'objet de pressions tant à l'intérieur du parti (groupe Lafazanis, etc.) qu'à l'étranger (Berlin, Bruxelles, FMI).

Ce « printemps russe » a été largement commenté par la presse grecque. Certains journaux réduisaient la visite à un événement symbolique, notamment pour la réaffirmation de la souveraineté nationale grecque, mais qui n’aurait permis aucun véritable engagement (To Vima du 14 avril). D'autres quotidiens y voyaient la confirmation de choix stratégiques s’inscrivant dans le long terme. (Kathimerini parle de « printemps prolongé »).

Révolutionnaire ou pas, cette visite a donné lieu à une déclaration commune des deux dirigeants qui ont souhaité lever toute inquiétude sur une hypothétique mise en place d'un axe stratégique concurrent à l'U.E. Selon To Vima du 14 avril, M. Poutine a même nié vouloir se servir de la Grèce comme d'un cheval de Troie au sein de l'U.E. avant de rappeler que la Grèce relève d'un « autre territoire géopolitique » que celui de la Russie.

Symbolique ou pas, cette visite a surtout donné lieu à des accords concrets qui devraient aboutir bientôt (gazoduc « Turkish Stream » pour 2 milliards d’euros financé par les Russes mais soumis à un accord Turc, privatisation des rails grecs et du port de Thessalonique, hydrocarbures en mer Égée et en Crète, limitation de l’embargo russe sur les produits agricoles grecs).

Le ministre de la Défense, Panos Kamménos, s’est rendu à Moscou le 14 avril (il y retournera d’ailleurs le 09 mai pour la commémoration de la victoire sur le nazisme – fêtée le 09, et non le 08 mai par les Russes ) pour traiter de questions de défense. Les entreprises du secteur de l’armement allemand s’inquiètent d’ailleurs de la signature de prochains contrats avec les russes (modernisation avec armes russes, privatisations de l’industrie grecque de défense, etc.). Pour autant, les relations bilatérales ont été renforcées et une coopération internationale face à la menace de terrorisme islamique aurait été lancée.

III/ Politique intérieure

1/ Éducation : tension avec les étudiants anarchistes et réformes progressistes.

L’occupation, par des étudiants, de l’université d’Athènes devrait prendre fin bientôt.

En même temps, le gouvernement Syriza-ANEL met en place un projet de loi progressiste pour les étudiants (retour de l’asile universitaire, participation des étudiants aux élections, suppression de l’évaluation systématique des professeurs, fin du délai obligatoire d’études).

2/ Immigration : vague migratoire et peur d’un tsunami de réfugiés…

Selon Kathimérini du 14 avril, les garde-côtes grecs ont secouru prêt de 10 500 ressortissants étrangers au premier trimestre 2015 (trois fois plus que sur la même période en 2014). Le même journal reprend des informations selon lesquelles 2, 5 millions de réfugiés se trouveraient sur les côtes turques, prêts à entrer en Grèce et dans l’UE. Cette vague migratoire inquiète les autorités et les habitants des îles de l’Égée orientale alors que s’ouvre la saison touristique.

Les autorités grecques tentent de répondre aux problèmes des locaux pour accueillir ces migrants en ouvrant des stades, des bâtiments de l’armée et en les déplaçant vers le continent et soulèvent la question du cofinancement de la politique migratoire au niveau européen. De son côté, le maire d’Athènes, M Kaminis s’est entretenu avec d’autres maires de capitales concernés par la question de l’accueil des réfugiés (Mme Hidalgo pour Paris et M. Marino pour Rome).

Ces questions devraient être traitées lors d’un prochain sommet de l’UE.


3/ l’Eglise Orthodoxe devrait contribuer davantage au remboursement de la dette

Selon le Journal des Rédacteurs, l’archevêque d’Athènes, Mgr Iéronymos aurait proposé au gouvernement de « mettre à profit les biens de l’église dans le but de rembourser la dette ». Une société commune qui vient d’être créée par la loi devrait permettre, via la mise en valeur du patrimoine ecclésiastique, d’orienter des futures recettes vers le remboursement de la dette.

4/ Taux d’imposition particulièrement haut et note abaissée par Standard and Poor’s

Ta Néa commentait la dernière publication de l’OCDE et qui plaçait la Grèce en tête des 36 pays étudiés en terme d’imposition des ménages ( 43, 4% pour la Grèce, contre une moyenne de 27% pour l’OCDE, loin devant la Belgique et ses 40,6% ou la France et ses 40,5%).

De son côté, l'agence Standard and Poor's poursuivait son travail d’expert en abaissant la note de la dette grecque d'un cran (à CCC+). L’agence a souligné dans son communiqué du 15 avril que cette décision s’appuyait sur le fait que les conditions économiques et financières nécessaires à la solvabilité de la Grèce se sont détériorées, en raison de l'incertitude entourant les négociations prolongées entre le gouvernement grec et ses créanciers (Sources : Ethnos, Kathimerini).

 

jeudi 16 avril 2015

La Grèce va-t-elle faire défaut le 24 avril ?




La Grèce va-t-elle finir par faire défaut ? C'est bien possible. Car le silence coupable de la France sur ce dossier et l'interlude marqué à l'occasion des fêtes de Pâques n'empêchent pas les choses de suivre leur cours et d'aller tranquillement.... dans le mur. 

Prochaine étape : l'Eurogroupe qui doit se tenir le 24 avril à Riga. Évidemment, les « partenaires » de la Grèce vont l'y sommer une fois de plus de franchir ce que son gouvernement considère comme des « lignes rouges » : baisse des retraites et nouvelles encoches dans le droit du travail essentiellement. Tsipras ne semble pas prêt à céder là-dessus. Et l'Allemagne ne paraît pas disposée à lui faire quelque cadeau sur le sujet. Du coup, la situation pourrait demeurer bloquée. Le très souple et très conciliant ministre allemand des Finances Wolfgang Schauble a d'ailleurs eu ces mots récents : « personne ne dispose du moindre indice laissant espérer que nous parviendrons à un accord sur un programme ambitieux ». Bref, la Grèce ne semble pas prête de recevoir la tranche d'aide de 7 milliards d'euros qu'elle espère...

En attendant : 

- Après la visite très commentée de Tsipras à Moscou, c'est au tour de Yanis Varoufakis de se rendre aux États-Unis. Il se dit qu'il y rencontrerait Barack Obama. Dans l'espoir que celui-ci mette un coup de pression amicale à son allié allemand ? On sait le Président américain est attentif à l'évolution de la situation depuis le début. « On ne peut pas continuer à pressurer des pays qui sont en pleine dépression » avait-il affirmé dès le début du mois de février, faisant allusion à la Grèce. 

- Hier, Standard and Poor's a dégradé la Grèce. La note de sa dette a été abaissée d'un cran,  à CCC+ assortie d'une perspective négative.

- L'idée de mettre en circulation une « double monnaie » (voir explications ici) pour payer les traitements des fonctionnaires et les retraites, est de plus en plus souvent évoquée, que ce soit dans la presse grecque ou dans la presse britannique. 

- Celle qu'un défaut partiel de la Grèce pourrait intervenir immédiatement après l'échec - prévisible - des négociations de Riga, fait elle aussi son chemin, tant le pays commence à être à sec. Ce défaut, d'ailleurs, n’entraînerait pas forcément une expulsion de la zone euro. Et pour cause : rien, dans les traités, ne rend cette exclusion possible. Les créanciers du pays - essentiellement des acteurs publics depuis que l'UE, en 2010, a généreusement aidé les banques françaises et allemandes à se dégager du bourbier et que le risque a été transféré vers les États-membres, le MES et la BCE - en seraient alors pour leurs frais. Et une crise politique majeure s'ouvrirait en Europe. 

Bref, le calendrier est chargé. On attendant les prochaines péripéties, je mets à disposition ci-dessous la traduction d'un article de l'excellent Paul Mason, qui suit tout cela attentivement sur son blog de Channel 4. 

Dans cet article, le journaliste anglais développe deux idées particulièrement intéressantes : celle d'un éventuel défaut, donc. Mais aussi celle d'une possible scission de Syriza et d'un recentrage de Tsipras, qui s'allierait alors avec To Potami et le nouveau parti fondé par Papandréou sur les ruines du PASOK. Évidemment, ce ne sont-là qu'hypothèses et supputations. Mais c'est dense et informé ! 

***


Ce texte est la traduction d'un article initialement paru ici

J'ai reçu un mail cette semaine, où on me prédit que la Grèce va faire face à une « rapture » (à un enlèvement, en fait. C'est un jeu de mots en anglais) avec la BCE dès le 24 Avril. En fait, mon informateur voulait dire «rupture», mais plus nous approchons de l'événement, plus je pense que le mot « rapture » décrit mieux ce qui peut désormais se produire. 

Si le gouvernement de gauche radicale se retrouve effectivement dans une impasse avec ses créanciers à la fin du mois et que cela conduit à un défaut puis à une éjection éventuelle de la zone euro, alors la « rapture » telle que prévue par les fondamentalistes chrétiens - une journée apocalyptique durant laquelle la moitié du genre humain est brutalement propulsée vers les cieux - pourrait être une métaphore appropriée. 

Pour une partie de Syriza, cela apparaîtrait comme une validation. Pour les autres, comme une damnation. Pour le peuple grec, dont 80 % veut rester dans l'euro à tout prix, cela pourrait ressembler à quelque chose comme la fin du monde tel qu'ils le connaissent.

Mais après trois semaines d'intenses négociations, le 24 avril commence à ressembler à une date limite. Nikos Theocharakis, responsable de la politique fiscale au ministère des Finances grec, aurait dit aux négociateurs de l'Eurogroupe que la Grèce se trouverait à court de liquidités après cette date. 

Commençons par examiner les chiffres. La Grèce ne peut pas emprunter beaucoup d'argent sur les marchés, parce que sa dette de 320 M€ est considérée - à juste titre, je pense – comme insoutenable. Aucune politique d'austérité supportable par la société grecque ne suffirait à rembourser cette dette.

Donc, la Grèce essaie actuellement de survivre en dégageant un léger excédent budgétaire. Chaque année, le gouvernement tente d'être en excédent à hauteur de 1,5 % du PIB en dépensant moins qu'il ne perçoit en taxes. 

Le principal problème est que ce résultat a été obtenu juste avant les élections. Or les chiffres affiché par le gouvernement conservateur précédent se sont avérés être inexacts. 

Problème numéro deux : avec la fuite des capitaux générée par la fermeture de l'accès aux liquidités décidée par la BCE, l'activité économique est à l'arrêt, et le commerce extérieur s'effondre. Les recettes fiscales ont baissé en janvier-février, et bien qu'elles semblent être remontées en mars, cela tient principalement à un compromis : paiement rapide de traites sur les arriérés d'impôts et instauration d'une taxe forfaitaire par les banques. Mais semaine après semaine, l’État grec doit faire face au paiement des salaires et des pensions à partir d'un minuscule excédent de trésorerie. Il est contraint de faire main basse sur les réserves de trésorerie de divers organismes publics afin de se maintenir à flots.

Problème numéro trois : même s'il dégage un petit excédent chaque mois, l’État grec doit « faire rouler » près de 15 milliards de dette cette année, en grande partie sous la forme de bons à court terme que les banques du pays devraient en principe acheter. Mais leur capacité à le faire est plafonnée par la BCE . 

Un terrain d'entente ?

Depuis le début, le temps a travaille en faveur des créanciers de la Grèce et des adversaires de Syriza. 

Lorsque la BCE, en février, a fermé à la Grèce l'accès aux liquidités normales et plafonné celui aux liquidités d'urgence, il était évident que cela allait accélérer le bank run amorcé durant le dernier mois de règne du gouvernement précédent. Cela a en partie - mais en partie seulement - contraint le ministre des Finances Yanis Varoufakis à une reculade à l'occasion de l'Eurogroupe du 20 février. 

Depuis lors, le principal objectif de Varoufakis est d'essayer de prouver qu'il existe une version de gauche et anti-austéritaire des « réformes structurelles » qui soit acceptable par les créanciers, et les convaincrait d'accorder les 7 Mds d'aide qu'ils bloquent actuellement. Mais même un déblocage de cette aide ne constituerait qu'une prémisse à d'autres négociations, portant  sur la manière dont pourrait être rééchelonnée une dette de 320 milliards. La dernière mouture des propositions grecques - un document de 26 pages en anglais - a été considérée comme passible d'un tel accord. Mais la question va bien au-delà de la crédibilité budgétaire d'Athènes. 

La majorité pro-euro au sein de Syriza a, semble-t-il, mal calculé la force de l'opposition à laquelle elle serait confrontée au sein de la zone euro. Certes, elle a l'appui des États-Unis. Et la France et l'Italie émettent de petits gazouillis sympathiques. Mais tout cela est contrebalancé par une coalition de pays pro-austérité rangés derrière l'Allemagne, qui bloquent toute tentative de la Commission européenne de négocier un compromis. Dès lors, chaque fois qu'un accord semble se dessiner, l'Allemagne et un groupe d'alliés qui lui sont proches depuis la seconde guerre mondiale, bloquent toute avancée, que ce soit au sein de la BCE ou de l'Eurogroupe.

Impasse

La profondeur de l'attachement de Syriza à l'euro a été démontrée lorsque l'économiste-gourou du parti, Euclid Tsakalotos, s'est adressé aux députés à Westminster le mois dernier. Face aux encouragements à quitter l'euro venus de députés travaillistes de l'aile gauche, Tsakalotos est revenu sur les expériences tentées par les gauches britannique et française dans les années 1980, soldées par ce qu'il appelle « l'impasse » de solutions économiques nationales. 

Ainsi, la direction de Syriza est marié à la zone euro, mais la zone euro est actuellement formatée pour écraser Syriza. Avec le ralentissement de la croissance et des recettes fiscales artificiellement soutenues par des taxes exceptionnelles, cela ne peut durer éternellement.

Les grandes entreprises, en Grèce, sont loin d'être aussi hostiles à Syriza qu'on pourrait le penser. Beaucoup d'hommes d'affaire voient ce parti aux « mains propres » comme le seul capable de s'attaquer au népotisme et à la corruption qui ont ruiné l'économie grecque pendant des décennies. Ajouté à cela, il y existe une frange de conservateurs grecs réunis autour de la dynastie Karamanlis qui serait, m'a assuré un ex-député proche d'eux, « prête à aider » Syriza.

Si vous ajoutez à cela le petit parti de centre-gauche Potami  et le nouveau parti formé par l'ancien Premier ministre George Papandreou, il y existe incontestablement une base pour un « gouvernement de centre-gauche » dirigé par Syriza, qui agirait comme un « gouvernement d'unité nationale », appliquerait un programme essentiellement dictée par Berlin, mais avec certains aménagements pour apaiser les membres et les électeurs de Syriza. 

Ceci, en tout cas, constitue la nouvelle stratégie des milieux d'affaires vaguement de centre gauche - et leur souhait de la voir mettre en œuvre a été aiguisé par le fait que Syriza semble poussé vers une collaboration économique avec la Russie, l'Iran, l'Azerbaïdjan et la Chine.

Encourager une scission 

Mais la gauche de Syriza est forte. La Plateforme de gauche, dirigée par le ministre de l'énergie Lafazanis, est fortement anti-euro et se sent légitimée par les événements. Elle se compose essentiellement d'anciens du communisme traditionnel et constitue l'extrême-gauche à l'intérieur de Syriza. Mais elle a été rejointe lors du dernier vote interne au parti par une franche plus moderniste et par les tenants d'une gauche plus « horizontale », jusqu'à atteindre 41% des voix contre l'accord conclu par Varoufakis le 20 février.

Il existe donc une pression croissante, exercée de l'intérieur et de l'extérieur du parti, qui pousse vers une scission au sein Syriza et un départ de la Plateforme de gauche du groupe parlementaire. Tsipras serait alors contraint de s'appuyer sur de le centre-gauche et sur les conservateurs de l'aile Karamanlis au sein du Parlement grec. Toutefois, il y existe une troisième force que les éditorialistes des journaux financiers ont tendance à oublier cependant qu'ils contemplent une Grèce ballottée entre Berlin et Moscou : le peuple grec lui-même.

Jusqu'à présent, il a été très calme. Les « mouvements sociaux » - les syndicats, les groupes anti-fascistes, les banques alimentaires, les assemblées locales et autres - étaient, ainsi qu'un vieux militant me l'a expliqué, « épuisés » au moment où Syriza est arrivée au pouvoir. Ensuite, ils ont été comme fascinés par l'apparition soudaine d'une nouvelle pratique de la politique au sein du Parlement : la mise au jour de plus de 100 cas de corruption, la mise en place d'un comité chargé d'apprécier la légalité du plan de sauvetage de 2011, la disparition soudaine des gaz lacrymogènes de la panoplie de la police anti-émeutes, la libération progressive de migrants qui étaient retenus dans des camps de l'armée.

Frustration croissante

Les personnes auxquelles j'ai parlé ce mois-ci évoquent une frustration croissante des militants et sympathisants de Syriza face au le drame feutré qui se joue à Bruxelles. Pendant ce temps-là, dans les différents ministères, les dirigeants de Syriza ont encore du mal à asseoir leur autorité et même obtenir des informations précises. 

Dans ces moments historiques, le choses se cristallisent parfois sur des individus. Varoufakis – orienté US, formés à l'ouest et même pas membre de Syriza - sera, comme son bras-droit me l'a dit en février, le « dernier à quitter l'euro ». Si arrive le moment où il doit passer de la conciliation à la simple survie, vous pouvez être sûrs que tous les moyens auront été épuisés. Cependant, ainsi qu'il me l'a dit juste avant les élections, il considère qu'un euro non réformé ne peut que s'effondrer dans les deux ans.

Publiquement, vis-à-vis de la zone euro, Varoufakis a adopté le ton non seulement de la conciliation, mais aussi de la reconstruction. En privé toutefois, ses conseillers - ce sont pourtant quelques-unes des personnes les plus centristes dans l'entourage de Syriza – se disent choqués par le niveau d'hostilité auquel ils se sont trouvés confrontés au sein de la zone euro. 

Cette aile de Syriza, qui est essentiellement social-démocrate, était pourtant très fortement attachée à l'euro. Du coup, leur foi dans l'euro est ébranlée. Et le danger, pour la zone euro est évidemment qu'une telle évolution des mentalités puisse gagner le peuple entier si la preuve est administrée qu'on ne peut rien faire à l'intérieur de l'euro. 

Poussé au bord du précipice - soit par l'échec d'un placement de dette à court terme soit par une simple pénurie recettes - Varoufakis n'aura aucun mal à justifier la mise en place d'un contrôle des capitaux, d'une fiscalité d'urgence sur les grandes entreprises, et l'inauguration d'une double monnaie.

Une économie dans la tourmente

À ce stade, il ne tient qu'à la zone euro de réagir. Mais si elle fait monter les enchères, il reste des armes puissantes dans l'arsenal de la Grèce : les 80 milliards qu'elle doit la zone euro via le système Target 2 qui, comme le souligne Ambrose Evans-Pritchard, ne sont pas protégés. Ensuite, les sommes qu'elle doit la BCE.

La Grèce tenterait, au début, de faire défaut sur sa dette sans avoir à quitter la zone euro. Mais le défaut plongerait l'Europe dans le chaos, politiquement et économiquement. La zone euro, déjà semi-stagnante, ferait face à une période de 12 à 18 mois  d'arrêt complet de son économie jusqu'à ce que son système bancaire ait absorbé le défaut grec. 

Ainsi, au cours des deux prochaines semaines il y a un risque accru de « Grexident » - de défaut partiel causé non par calcul de la part de Syriza, mais par une mauvaise estimation, par la BCE du débit du filet d'oxygène financière indispensable aux banques grecques pour survivre, ou par une semaine de recettes trop faibles. 

Les Grecs, ce week-end, ont afflué vers leurs églises pour célébrer la Pâques orthodoxe. Alexis Tsipras, dont la côte de popularité est toujours de 71 %, a saisi l'occasion pour parler de renaissance et de renouveau. Certains, en réponse à l'exclamation traditionnelle « le Christ est ressuscité », ont alors plaisanté : « Envoyez-le à Bruxelles pour négocier ! ». 

Après la pause pour les fêtes de Pâques, pourtant, les négociations s'approchent d'un moment critique. Si la Grèce est contrainte à un défaut accidentel, le dommage causé au projet de l'euro et à l'image de l'UE sera profond. Surprise à contribuer à la faillite des banques qu'elle est censée superviser, suspecte de travailler à briser une union monétaire supposée être sa raison d'être, la BCE verrait sa réputation ternie pour une décennie.



jeudi 2 avril 2015

« Sortons de la BCE sans sortir de l'euro ! » - entretien avec Guillaume Sarlat





Guillaume Sarlat est inspecteur des Finances et conseil de grandes entreprises, européennes et des pays émergents. Il publie aujourd'hui-même En finir avec le libéralisme à la Française (Albin Michel). Il a accepté de dévoiler quelques-unes de ses propositions sur L'arène nue. Une occasion de reparler de la Grèce et de certaines propositions qui ont été faites par ce pays à ses partenaires européens sur la question de la dette. Des propositions que Guillaume Sarlat soutient.

***

On entend que la Grèce est désormais gouvernée par la « gauche radicale ». Pourtant, les propositions du pays n'ont rien de subversif. Par exemple, quant à la dette, il ne propose pas d'annulation pure et simple, de défaut partiel. En revanche, le ministre des finances Yanis Varoufakis évoque l'idée assez neuve de convertir une partie de cette dette en « dette perpétuelle ». Une idée que vous-même défendez dans votre livre. En quoi cela consiste-t-il ?

Une précision d’abord. Lorsque je défends dans mon livre la mise en place d’une dette publique perpétuelle, c’est dans le cas de la France. L’explosion en France de la dette publique ces trente dernières années est hélas venue principalement des dépenses courantes (administrations, services publics, dépenses sociales). Pour limiter les dégâts sociaux du libéralisme économique, l’État s’est en effet positionné en SAMU social, prenant en charge les laissés-pour-compte, toujours plus nombreux, du libéralisme. Dans ce contexte, une dette publique perpétuelle, dédiée aux investissements de long terme, permettrait de redonner des marges de manœuvre pour les dépenses d’avenir.

La situation de la Grèce est donc différente. Là, on ne cherche pas à proprement parler des solutions de long terme...

Non, au contraire : il s’agit de trouver dans l'urgence une solution pour les remboursements de dette très importants auxquels le gouvernement grec doit faire face à court terme. La dette publique perpétuelle peut apparaître ici comme une solution élégante pour diminuer la charge pour le gouvernement grec, sans formellement faire défaut ni annuler une partie de la dette. Il faudra toutefois s’assurer qu’il ne s’agit pas d’une fuite en avant et que cette dette perpétuelle viendra bien financer, au moins dans un second temps, essentiellement des investissements de long terme. En outre, une conversion en dette perpétuelle n’évitera pas que les créanciers constatent une perte sur la dette qu’ils détiennent.

Ceci étant précisé, en pratique, une dette perpétuelle est une dette dont le débiteur paye les intérêts, comme pour toute dette, mais dont il ne rembourse a priori jamais le capital. Alors qu’une dette à échéance fixe, par exemple à sept ans ou à dix ans, implique que le débiteur ait remboursé le capital emprunté à l’issue de cette période.

Beaucoup de grandes entreprises européennes, notamment dans le secteur de l’énergie et des services financiers, ont émis de la dette perpétuelle ou quasi perpétuelle (100 ans), au cours des dernières années.

L’État français a également émis à de nombreuses reprises des dettes perpétuelles dans son histoire. C’est ce que l’on appelait autrefois la « rente », qui permettait aux épargnants créanciers de l’État de financer leur retraite, et pouvait ensuite être transmise aux enfants. C’est en fait l’ancêtre de l’assurance-vie !

La première dette publique émise par l’État français, en l’espèce par François Ier en 1535, était une dette perpétuelle. Au XIXe siècle, l’essentiel de la dette publique était perpétuelle, et il y a eu des émissions de ce type de dette jusqu’à l’immédiat après-guerre. Toutes ont été rachetées par l’État, soit parce qu’il s’est désendetté, soit parce qu’il a voulu les refinancer à des taux plus faibles.

Au Royaume-Uni en revanche, il reste aujourd’hui plus de 2 milliards de livres de dette perpétuelle émise pour financer l’effort de guerre durant la Première Guerre Mondiale, et qui continuent à payer des intérêts à leurs porteurs. Le gouvernement britannique en a d’ailleurs repayé une partie en novembre 2014.

Mais.... quelle est la différence avec la situation actuelle où les États réempruntent sans cesse pour rembourser leurs titres de dette arrivés à échéance ? Les dettes publiques, finalement, ne sont-elles pas déjà perpétuelles ?

Effectivement, aujourd’hui, en pratique, les obligations souveraines sont déjà des dettes perpétuelles, au sens où les États, et notamment la France, réempruntent pour rembourser le capital à échéance.

Mais juridiquement, la dette publique n’est pas de la dette perpétuelle. Les États doivent donc revenir très régulièrement devant les marchés pour refinancer leur dette, sans garantie certaine qu’ils vont trouver un refinancement. Ceci les fragilise et les rend très sensibles à l’évolution des taux d’intérêt et de la liquidité.

Guillaume Sarlat
Par ailleurs, les investisseurs qui ont des engagements à très long terme, comme les assureurs vie ou les fonds de pension, recherchent des placements qui soient juridiquement de très long terme pour y investir leurs primes. Ils seront donc intéressés par une dette perpétuelle, beaucoup plus que par une dette à court terme, même si celle-ci est renouvelée régulièrement.

Une remarque en passant : en remboursant leurs dettes par de nouvelles dettes, les États brouillent les messages adressés aux acteurs économiques.

Sur la maturité de leur dette : dans le cas de l’État français, cette dette est-elle en moyenne à 7 ans, comme le prétend l’Agence France Trésor, sur la base du droit, ou est-elle de fait perpétuelle, comme vous le faites justement remarquer ? 

Les États, par ce comportement, perturbent également la courbe des taux. Les taux des obligations d’État, aux différentes maturités, constituent la « courbe des taux sans risques », qui sert ensuite de référence pour toute l’analyse financière et notamment pour les calculs de coût du capital et de rentabilité du secteur privé. Mais si toute la dette de l’État est en fait une dette perpétuelle, que faut-il penser ? C’est donc l’ensemble des décisions d’investissement de l’économie qui sont perturbées par cette gestion de sa dette par l’État.

Pourquoi les titres de dette publique ne peuvent-ils plus, aujourd'hui, être acquis par des particuliers ? Pourquoi s'en remet-on totalement aux marchés financiers, les laissant ainsi totalement libres de fixer des taux d'intérêt prohibitifs et, in fine, de dicter pour ainsi dire la politique économique des États ?

A ma connaissance, en France tout au moins, les titres de dette publique peuvent être acquis directement par des particuliers, comme toute valeur mobilière. Par ailleurs, les Français détiennent beaucoup de dette publique indirectement, au travers de leur assurance-vie.

Ceci étant dit, il est clair qu’une dette perpétuelle cessible serait beaucoup plus intéressante pour les particuliers. Ce serait un bon moyen de renouveler l’éternel débat sur la retraite par capitalisation ou par répartition… Mais ce ne serait pas très bon pour les banques et les assureurs, qui trouveraient plus difficilement de raison de faire payer des commissions !

Et comme vous le soulignez, cela rendrait les États beaucoup moins sensibles aux taux d’intérêt de court terme. Cette sensibilité n’est pas absurde pour ce qui est du financement des dépenses publiques de court terme ; en revanche, elle est très contre-productive pour les investissements de long terme, qui ont besoin de visibilité sur leurs moyens de financement.

Une dette perpétuelle laisserait-elle malgré tout à la Grèce quelque possibilité de se désendetter si elle renoue avec la croissance ? Comment se débarrasse-t-on d'une dette perpétuelle ?

Bien sûr, la Grèce le pourrait. Dans une dette perpétuelle, le débiteur dispose en général d’une option de rachat, c’est-à-dire qu’il peut rembourser sa dette au moment où il le souhaite, ce qui peut être très utile lorsque les taux d’intérêt baissent.

Par ailleurs, ce que propose le gouvernement grec, et ce que je propose également pour la France dans mon livre, c’est d’indexer le paiement des intérêts sur la croissance économique du pays.

Cela rend d’abord la charge de la dette beaucoup plus soutenable pour le débiteur. Par ailleurs, cela change la relation entre l’État et l’investisseur : une dette dont les intérêts sont indexés sur la croissance peut en effet être assimilée à une action et à des dividendes. L’investisseur se retrouve en quelque sorte actionnaire de l’État, et donc intéressé à se réussite.

A votre avis, pourquoi « les Européens », comme on dit pour désigner les créanciers, ne s'emparent-ils pas de ces proposions innovantes et raisonnables faites par par Athènes ?

Dette perpétuelle, indexation des intérêts sur la croissance : en effet, il s’agit de propositions raisonnables, innovantes certes mais qui ont déjà été mises en œuvre par le passé pour des États ainsi que pour des entreprises, et qui sont aujourd’hui soutenues par des économistes de renommée internationale.

Le problème aujourd’hui, c’est que le débat n’est pas structuré de cette manière, malgré les efforts du gouvernement grec. Les Européens et les institutions internationales sont dans une négociation « aide financière contre réformes », dans laquelle seules comptent le contenu des réformes, et le montant des aides.

Dans ce cadre, pas de place pour des mesures qui sont vues comme des outils techniques, des modalités pratiques, comme la dette perpétuelle et l’indexation des intérêts sur la croissance économique. Au surplus ces mesures doivent faire face à un préjugé négatif car elles sont souvent interprétées comme des échappatoires pour le gouvernement grec, pour alléger le fardeau.

Pourtant, à mon sens, il ne s’agit pas de modalités techniques mais de mesures extrêmement structurantes qui peuvent changer le rapport de l’État grec à ses créanciers et à ses contribuables, et le conduire à modifier en profondeur la façon dont il gère son budget, tout en lui donnant du temps pour agir.

Cela peut-il finir par conduire la Grèce à quitter la zone euro ? Dans votre livre, vous jugez que le démontage de l'euro n'est pas souhaitable, quand bien même celui-ci n'a pas concouru à faire converger les économies de la zone. Des pays aux structures économiques fondamentalement différentes peuvent-ils raisonnablement s’accommoder d'une même devise ? Vous proposez pour votre part de conserver la monnaie unique tout en renationalisant une partie de la politique monétaire, et de « sortir de la BCE » sans sortir de l'euro. En quoi cela consisterait-il ?

Je ne pense pas que la Grèce sorte de l’euro. Personne n’y a intérêt. Pour la Grèce, quitter l’euro en pleine crise de confiance avec ses créanciers, et au moment où son gouvernement tente de mettre en place une autre politique, serait catastrophique : ses taux d’intérêt augmenteraient très fortement, elle aurait de grande difficulté à stabiliser son taux de change, les fuites de capitaux seraient massives. Et pour le reste de la zone euro, ce serait prendre la responsabilité de créer en Grèce une grande instabilité économique et politique, sans doute pour de nombreuses années.

Donc sortir la Grèce de l’euro, ou même seulement la laisser sortir, est une très mauvaise idée. Après, fallait-il intégrer la Grèce à la zone euro ? C’est une autre question, mais qui pour moi est désormais derrière nous.

Je pense que le débat sur l’euro est victime d’une grande confusion : entre monnaie unique et politique monétaire unique.

Avoir une monnaie unique est une chose. Qui produit des avantages certains : taux de change fixes entre les pays favorisant les échanges, meilleur accès aux marchés financiers, taux d’intérêt plus faibles pour les petits pays.

Avoir une politique monétaire commune, c’est autre chose. Qui, elle, n’est pas sans inconvénients : comme vous le faites remarquer, comment avoir une même politique monétaire, c’est-à-dire les mêmes modalités de refinancement bancaire, les mêmes politiques sur le crédit, les même normes prudentielles de contrôle des banques, dans des pays où les structures économiques et les situations conjoncturelles n’ont rien à voir ? Comment la même politique monétaire par exemple aujourd’hui dans deux pays, l’Espagne et l’Allemagne, où l’industrie, la consommation ou encore le marché immobilier sont dans des situations diamétralement opposées ?

C’est pourquoi je propose de rester dans l’euro, mais de sortir de la BCE, c’est-à-dire de renationaliser au maximum les politiques monétaires, notamment la politique de crédit et le contrôle des banques. Le fait d’avoir une monnaie unique n’empêche pas les banques centrales nationales de piloter activement le crédit pour l’orienter plus ou moins vers certains actifs (immobilier, grandes entreprises, PME, particuliers, crédit à la consommation, etc.).

Si elle assumait cette responsabilité, la France éviterait la formulation de nouvelles bulles financières, et retrouverait un levier de politique économique majeur qu’elle a complètement perdu. Malheureusement, c’est l’inverse qui est fait aujourd’hui, avec les pouvoirs accrus qui sont donnés à la BCE et notamment l’Union bancaire, qui est une absurdité.

Renationaliser les politiques monétaires serait un virage politique majeur, qui permettrait de sortir du corner dans lequel nous sommes, entre ceux qui proposent de sortir de l’euro, ce qui n’est pas réaliste, et ceux qui ne veulent rien changer, ce qui n’est pas souhaitable. Et en plus, il n’y aurait sans doute pas besoin de renégocier les Traités européens…!


Pour moi, il n’est pas besoin d’aller aussi loin. C’est la politique monétaire menée par la BCE, uniforme et donc inadaptée à la plupart des États membres, qui ose problème. C’est pourquoi je propose de renationaliser la politique monétaire.

Pourquoi en plus revenir à des monnaies nationales pour les échanges internes, et ainsi réintroduire du risque de change entre les pays, et sans doute également de la spéculation de la part de tous ceux qui voudront tester la volonté de chaque banque centrale de maintenir la parité fixée, comme cela a été le cas à plusieurs reprises dans les années 1990 ? C’est inutile.

En pilotant le crédit et les banques sur une base nationale, de fait vous pilotez la compétitivité de vos entreprises et le pouvoir d’achat de vos consommateurs vis-à-vis de l’extérieur, de la même manière que si vous avez une monnaie nationale que vous pouvez dévaluer ou réévaluer.


Encore une fois, je ne suis pas en train de dire que la création de l’euro était, au moment où elle a été prise, une décision excellente. Je dis simplement que maintenant que cette décision a été prise, il faut en tirer le meilleur parti, en fonction des avantages, certains, qu’elle procure, en utilisant les souplesses qu’elle permet, souplesses nombreuses mais que nous n’utilisons par aujourd’hui, et en tenant compte également du coût prohibitif de revenir à la situation antérieure.


jeudi 19 mars 2015

L'Europe des doigts d'honneur

 
 
 
 
 
Jeu de mains, jeu de vilains. Et jeu de doigts, beaucoup d'émoi.
 
Bref, on a appris ce matin que conformément aux dénégations de l’intéressé, la vidéo datant de 2013 et montrant Yanis Varoufakis en train de faire un doigt d'honneur à l'Allemagne était un montage. Un gag imaginé par un humoriste allemand, Jan Böhmermann, et qu'on lui pardonne bien volontiers. Il ne manquerait plus que dans la France de « Je suis Charlie » et de « l'esprit du 11 janvier », on édicte des fatwas contre les auteurs de blagues potaches !
 
Plus difficilement pardonnable en revanche est la manière dont une certaine presse allemande considérée, elle, comme sérieuse, a relayé l'affaire. Certes, comme expliqué ici, le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung eu la présence d'esprit de s'étonner. Car la vidéo où l'on voit jaillir le doigt de la discorde est subitement apparue sur Youtube en février dernier, alors que la conférence de Varoufakis incriminée a deux ans d'âge. Pour autant, c'est une émission politique tout ce qu'il y a de plus « respectable » diffusée par la chaîne ARD qui a donné au fake son plus large écho. Et, cette fois, sans trop se poser de questions. Ou alors, pas les bonnes....
 
Il faut croire que monter en épingle cette – décidément très digne – affaire de doigt présentait pour certains quelque intérêt. Comme l'explique en effet Romaric Godin dans La Tribune, en s'échinant à « faire passer le gouvernement grec pour une équipe de clowns dignes du cirque Bouglione (...) on confirme le storytelling ou scénarisation de l'information engagée depuis le 25 janvier : Syriza n'a pas de programme réaliste, preuve ultime de l'absence d'alternatives à la politique de la troïka ». Et si, au passage, accréditer l'idée que les Grecs sont des goujats, c'est du bonus ! Incompétents, c'est bien. Incompétents et irrespectueux, c'est mieux. Comme ça, s'il venait à se produire un « Grexident »selon la formule de Wolfgang Schäuble, autrement dit un glissement malencontreux de la Grèce hors de la zone euro, on saurait qui sont les rustres à accabler !
 
 
 
 Il faut dire aussi qu'une trop vieille habitude du doigt d'honneur peut laisser des traces. Il paraît que quand on y a goûté, on ne peut plus s'en passer.
 
Or il semble que les médias allemands soient désormais des habitués. On s'en souvient, l'hebdomadaire Focus avait publié, en 2010, un numéro assorti d'une « Une » exceptionnellement délicate prétendant révéler des « trahisons dans la famille de l'euro ». L'illustration en était une Vénus de Milo brandissant le majeur. Alors, qui est-ce qui a commencé ??
 
 
 
 
 
 
En tout cas, on n'en finit plus de s'étonner de la capacité de «l'Europe-c'est-la-Paix » à promouvoir la compréhension mutuelle, la tolérance et l'amitié entre les peuples.
 
On n'en finit pas non plus de constater avec quelle vigueur les nations d'Europe, qu'on avait voulu faire disparaître en les ensevelissant sous des monceaux de règles et de procédures pseudo-fédérales, refont surface. Car de l'Europe, on ne voit pas trace dans cette affaire symbolique. Il y a d'une côté la nation allemande, défendant avec beaucoup d'agressivité ses intérêts, ou ce qu'elle considère comme tel. Et il y a la nation grecque, qui s'ébroue après des années de mise sous tutelle, et aspire à recouvrer tout à la fois sa dignité et sa souveraineté.
 
En attendant qu'elle y parvienne - ce qui a peu de chance de se produire tant qu'elle ne consentira pas au Grexit – nous aurons des doigts d'honneur. Non pas de part et d'autre, mais de part tout court. Car il faut y insister : tout les majeurs qu'on a vu se tendre jusque-là, celui de Jan Böhmermann comme celui de Focus, étaient made in Germany.
 
Quoiqu'il en soit, on ne peut qu'espérer que cela prendra vite fin. Après l'Europe du fric, la dernière chose dont on ait besoin est une Europe du fist.