Traduire / Translate

Affichage des articles dont le libellé est monnaie commune. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est monnaie commune. Afficher tous les articles

lundi 20 avril 2015

«Un défaut partiel de la Grèce est possible» - entretien avec Thanos Contargyris





Thanos Contargyris est économiste et vit à Athènes. Sans être adhérent à Syriza, il est proche de ce parti. Il est membre fondateur d'Attac Grèce. Il a accepté de répondre à quelques questions de L'arène nue. 

***

Alors que les négociations avec l'Union européenne ne semblent aboutir sur rien de décisif, Alexis Tsipras et son gouvernement sont toujours très populaires en Grèce. Comment expliquez-vous une telle confiance, y compris chez les gens qui n'ont pas voté pour Syriza ?

Les négociations semblent effectivement ne pas aboutir. Rien de concret ne filtre quant aux mesures précises sur lesquelles un accord est impossible. Il semble que d'un côté on nomme « réformes » de nouvelles mesures d'austérité et que, de l'autre, on emploie le même mot pour désigner des mesures contre la corruption, la bureaucratie, la fraude et une réforme fiscale. 

Ce qui ressort est que la négociation est dure. C'est ce qui vaut au gouvernement actuel un fort soutien, au delà de son électorat : c'est la première fois qu'on voit un gouvernement grec faire des contre-propositions aux mesures décidées par les créanciers. Les Grecs ont l'impression d'avoir retrouvé leur honneur en voyant que leur gouvernement résiste à de fortes pressions. 

Ce qui explique ce soutien c'est aussi le fait que le gouvernement semble tenir ses promesses sur des dossiers qui font consensus, et donnent une bouffée d'oxygène à la population éprouvée par la crise : lutte contre la pauvreté, protection de l'habitation principale contre des saisies par les banques, étalement des règlements de retard de paiement sur des charges sociales ou des impôts, etc.

Enfin le fait que le gouvernement comprenne des personnalités compétentes comme Varoufakis ou Kotzias (le ministre des affaires étrangères) qui proviennent de plusieurs familles politiques (des socialistes, des écologistes, des personnalités du parti de droite ANEL) et non seulement du Syriza, permet à des électeurs d'autres partis de se reconnaître dans ce gouvernement.

Certains commentateurs semblent espérer secrètement une scission de Syriza, son aile gauche anti-euro quittant le parti, et Tsipras s'alliant, au centre, avec To Potami et le nouveau parti créé par Papandréou. Cela vous semble-t-il possible ? 

Pour conserver sa crédibilité, Tsipras doit obtenir un compromis honorable et donc difficile avec l'Union européenne. To Potami parle aussi de « compromis honorable », mais considère qu'il faut accepter tout ce qui est demandé par les créanciers. Son soutien ne serait pas un gage que le compromis trouvé est « honorable ». ! 

Le cas de Papandréou est différent; il semble soutenir l'effort du gouvernement de trouver un compromis honorable qui soit autre chose qu'une capitulation. Mais il n'a pas de députés pour pouvoir remplacer les éventuelles défections qu'une alliance avec lui pourrait provoquer sur l'aile gauche de Syriza.

Donc tant que les négociations se poursuivent et que l'esquisse d'un « accord honorable » n'est pas connue, tout changement d'alliance est exclu. Ce n'est qu'après, si l'aile gauche se montre trop intransigeante et qu'il apparaît que sa position est excessive, qu'un changement d'alliance est possible. Si l'accord offert semble une réplique de celui qu'aurait signé le gouvernement précédent, sans concession visible, aucun changement d'alliance n'est envisageable...

Alexis Tsipras a rencontré Poutine en Russie, Yanis Varoufakis a rencontré Obama aux États-Unis. Le gouvernement cherche-t-il a faire pression sur l'Europe via des alliés alternatifs ? Quelle vous semble être sa stratégie sur le plan des relations internationales ? 

Le gouvernement grec n'ayant pas trouvé d'alliés au sein de l'UE sur lesquels s'appuyer, il est naturel qu'il essaie de faire pression en cultivant de bonnes relations avec d'autres pays qui comptent, comme les États-unis, la Russie, mais aussi la Chine. C'est ce qui explique son revirement sur la privatisation du port du Pirée, qui n'est finalement pas remise en cause. Ceci a été un signal fort, bien reçu en Chine.

La Grèce est à bout de liquidités. Un défaut partiel sur la dette est-il pour bientôt

Oui un défaut partiel est possible, si la ligne dure persiste du côté européen au delà de la fin de ce mois. Néanmoins vu les montants en jeu en mai (1) il est difficile d'imaginer qu'aucune solution ne soit trouvée. Elle pourrait d'ailleurs être trouvée sans l'UE. Par exemple, par l'introduction d'une monnaie interne (IOU – I owe you), permettant de diminuer les montant globaux dus en euros, et de procéder à certains paiements internes (salaires, pensions, fournisseurs). Les euros ainsi dégagés pourraient alors permettre de faire face aux échéances externes.

Qu'en est-il d'une éventuelle sortie de l'euro ? Yanis Varoufakis a assuré n'y être pas du tout prêt. Par ailleurs, les sondages montrent que la population est très attachée à la monnaie unique. Est-ce toujours le cas ou cela a-t-il évolué ? 

Nul ne peut envisager une sortie désordonnée de l'euro qui serait provoquée par un défaut de paiement portant sur un ou deux milliards d'euros. Ses conséquences seraient trop désastreuses par rapport au fait qui l'aurait généré. Donc elle n'est évoquée, ces jours-ci, que comme un moyen de pression. C'est une arme de dissuasion dans les négociations en cours. 

En revanche, une sortie de l'euro programmée, négociée et provisoire après l'actuelle période de négociations (qui se termine en juin) (2) , est une hypothèse qui ne peut être complètement écartée si aucun refinancement et aucune restructuration de la dette grecque (promise par les partenaires européens à la Grèce et au FMI en Décembre 2012) ne s'avère possible tout en restant dans l'eurozone.

(1)  En mai, la Grèce doit trouver environ 800 millions pour rembourser le FMI, environ 400 millions pour les intérêts de sa dette, et environ 2,5 milliards pour des bons du Trésor arrivant à échéance. 
(2)  Le 30 juin prend fin le second plan d'aide à la Grèce, d'un montant de 130 milliards, qui court depuis mars 2012. Et après ?....


jeudi 2 avril 2015

« Sortons de la BCE sans sortir de l'euro ! » - entretien avec Guillaume Sarlat





Guillaume Sarlat est inspecteur des Finances et conseil de grandes entreprises, européennes et des pays émergents. Il publie aujourd'hui-même En finir avec le libéralisme à la Française (Albin Michel). Il a accepté de dévoiler quelques-unes de ses propositions sur L'arène nue. Une occasion de reparler de la Grèce et de certaines propositions qui ont été faites par ce pays à ses partenaires européens sur la question de la dette. Des propositions que Guillaume Sarlat soutient.

***

On entend que la Grèce est désormais gouvernée par la « gauche radicale ». Pourtant, les propositions du pays n'ont rien de subversif. Par exemple, quant à la dette, il ne propose pas d'annulation pure et simple, de défaut partiel. En revanche, le ministre des finances Yanis Varoufakis évoque l'idée assez neuve de convertir une partie de cette dette en « dette perpétuelle ». Une idée que vous-même défendez dans votre livre. En quoi cela consiste-t-il ?

Une précision d’abord. Lorsque je défends dans mon livre la mise en place d’une dette publique perpétuelle, c’est dans le cas de la France. L’explosion en France de la dette publique ces trente dernières années est hélas venue principalement des dépenses courantes (administrations, services publics, dépenses sociales). Pour limiter les dégâts sociaux du libéralisme économique, l’État s’est en effet positionné en SAMU social, prenant en charge les laissés-pour-compte, toujours plus nombreux, du libéralisme. Dans ce contexte, une dette publique perpétuelle, dédiée aux investissements de long terme, permettrait de redonner des marges de manœuvre pour les dépenses d’avenir.

La situation de la Grèce est donc différente. Là, on ne cherche pas à proprement parler des solutions de long terme...

Non, au contraire : il s’agit de trouver dans l'urgence une solution pour les remboursements de dette très importants auxquels le gouvernement grec doit faire face à court terme. La dette publique perpétuelle peut apparaître ici comme une solution élégante pour diminuer la charge pour le gouvernement grec, sans formellement faire défaut ni annuler une partie de la dette. Il faudra toutefois s’assurer qu’il ne s’agit pas d’une fuite en avant et que cette dette perpétuelle viendra bien financer, au moins dans un second temps, essentiellement des investissements de long terme. En outre, une conversion en dette perpétuelle n’évitera pas que les créanciers constatent une perte sur la dette qu’ils détiennent.

Ceci étant précisé, en pratique, une dette perpétuelle est une dette dont le débiteur paye les intérêts, comme pour toute dette, mais dont il ne rembourse a priori jamais le capital. Alors qu’une dette à échéance fixe, par exemple à sept ans ou à dix ans, implique que le débiteur ait remboursé le capital emprunté à l’issue de cette période.

Beaucoup de grandes entreprises européennes, notamment dans le secteur de l’énergie et des services financiers, ont émis de la dette perpétuelle ou quasi perpétuelle (100 ans), au cours des dernières années.

L’État français a également émis à de nombreuses reprises des dettes perpétuelles dans son histoire. C’est ce que l’on appelait autrefois la « rente », qui permettait aux épargnants créanciers de l’État de financer leur retraite, et pouvait ensuite être transmise aux enfants. C’est en fait l’ancêtre de l’assurance-vie !

La première dette publique émise par l’État français, en l’espèce par François Ier en 1535, était une dette perpétuelle. Au XIXe siècle, l’essentiel de la dette publique était perpétuelle, et il y a eu des émissions de ce type de dette jusqu’à l’immédiat après-guerre. Toutes ont été rachetées par l’État, soit parce qu’il s’est désendetté, soit parce qu’il a voulu les refinancer à des taux plus faibles.

Au Royaume-Uni en revanche, il reste aujourd’hui plus de 2 milliards de livres de dette perpétuelle émise pour financer l’effort de guerre durant la Première Guerre Mondiale, et qui continuent à payer des intérêts à leurs porteurs. Le gouvernement britannique en a d’ailleurs repayé une partie en novembre 2014.

Mais.... quelle est la différence avec la situation actuelle où les États réempruntent sans cesse pour rembourser leurs titres de dette arrivés à échéance ? Les dettes publiques, finalement, ne sont-elles pas déjà perpétuelles ?

Effectivement, aujourd’hui, en pratique, les obligations souveraines sont déjà des dettes perpétuelles, au sens où les États, et notamment la France, réempruntent pour rembourser le capital à échéance.

Mais juridiquement, la dette publique n’est pas de la dette perpétuelle. Les États doivent donc revenir très régulièrement devant les marchés pour refinancer leur dette, sans garantie certaine qu’ils vont trouver un refinancement. Ceci les fragilise et les rend très sensibles à l’évolution des taux d’intérêt et de la liquidité.

Guillaume Sarlat
Par ailleurs, les investisseurs qui ont des engagements à très long terme, comme les assureurs vie ou les fonds de pension, recherchent des placements qui soient juridiquement de très long terme pour y investir leurs primes. Ils seront donc intéressés par une dette perpétuelle, beaucoup plus que par une dette à court terme, même si celle-ci est renouvelée régulièrement.

Une remarque en passant : en remboursant leurs dettes par de nouvelles dettes, les États brouillent les messages adressés aux acteurs économiques.

Sur la maturité de leur dette : dans le cas de l’État français, cette dette est-elle en moyenne à 7 ans, comme le prétend l’Agence France Trésor, sur la base du droit, ou est-elle de fait perpétuelle, comme vous le faites justement remarquer ? 

Les États, par ce comportement, perturbent également la courbe des taux. Les taux des obligations d’État, aux différentes maturités, constituent la « courbe des taux sans risques », qui sert ensuite de référence pour toute l’analyse financière et notamment pour les calculs de coût du capital et de rentabilité du secteur privé. Mais si toute la dette de l’État est en fait une dette perpétuelle, que faut-il penser ? C’est donc l’ensemble des décisions d’investissement de l’économie qui sont perturbées par cette gestion de sa dette par l’État.

Pourquoi les titres de dette publique ne peuvent-ils plus, aujourd'hui, être acquis par des particuliers ? Pourquoi s'en remet-on totalement aux marchés financiers, les laissant ainsi totalement libres de fixer des taux d'intérêt prohibitifs et, in fine, de dicter pour ainsi dire la politique économique des États ?

A ma connaissance, en France tout au moins, les titres de dette publique peuvent être acquis directement par des particuliers, comme toute valeur mobilière. Par ailleurs, les Français détiennent beaucoup de dette publique indirectement, au travers de leur assurance-vie.

Ceci étant dit, il est clair qu’une dette perpétuelle cessible serait beaucoup plus intéressante pour les particuliers. Ce serait un bon moyen de renouveler l’éternel débat sur la retraite par capitalisation ou par répartition… Mais ce ne serait pas très bon pour les banques et les assureurs, qui trouveraient plus difficilement de raison de faire payer des commissions !

Et comme vous le soulignez, cela rendrait les États beaucoup moins sensibles aux taux d’intérêt de court terme. Cette sensibilité n’est pas absurde pour ce qui est du financement des dépenses publiques de court terme ; en revanche, elle est très contre-productive pour les investissements de long terme, qui ont besoin de visibilité sur leurs moyens de financement.

Une dette perpétuelle laisserait-elle malgré tout à la Grèce quelque possibilité de se désendetter si elle renoue avec la croissance ? Comment se débarrasse-t-on d'une dette perpétuelle ?

Bien sûr, la Grèce le pourrait. Dans une dette perpétuelle, le débiteur dispose en général d’une option de rachat, c’est-à-dire qu’il peut rembourser sa dette au moment où il le souhaite, ce qui peut être très utile lorsque les taux d’intérêt baissent.

Par ailleurs, ce que propose le gouvernement grec, et ce que je propose également pour la France dans mon livre, c’est d’indexer le paiement des intérêts sur la croissance économique du pays.

Cela rend d’abord la charge de la dette beaucoup plus soutenable pour le débiteur. Par ailleurs, cela change la relation entre l’État et l’investisseur : une dette dont les intérêts sont indexés sur la croissance peut en effet être assimilée à une action et à des dividendes. L’investisseur se retrouve en quelque sorte actionnaire de l’État, et donc intéressé à se réussite.

A votre avis, pourquoi « les Européens », comme on dit pour désigner les créanciers, ne s'emparent-ils pas de ces proposions innovantes et raisonnables faites par par Athènes ?

Dette perpétuelle, indexation des intérêts sur la croissance : en effet, il s’agit de propositions raisonnables, innovantes certes mais qui ont déjà été mises en œuvre par le passé pour des États ainsi que pour des entreprises, et qui sont aujourd’hui soutenues par des économistes de renommée internationale.

Le problème aujourd’hui, c’est que le débat n’est pas structuré de cette manière, malgré les efforts du gouvernement grec. Les Européens et les institutions internationales sont dans une négociation « aide financière contre réformes », dans laquelle seules comptent le contenu des réformes, et le montant des aides.

Dans ce cadre, pas de place pour des mesures qui sont vues comme des outils techniques, des modalités pratiques, comme la dette perpétuelle et l’indexation des intérêts sur la croissance économique. Au surplus ces mesures doivent faire face à un préjugé négatif car elles sont souvent interprétées comme des échappatoires pour le gouvernement grec, pour alléger le fardeau.

Pourtant, à mon sens, il ne s’agit pas de modalités techniques mais de mesures extrêmement structurantes qui peuvent changer le rapport de l’État grec à ses créanciers et à ses contribuables, et le conduire à modifier en profondeur la façon dont il gère son budget, tout en lui donnant du temps pour agir.

Cela peut-il finir par conduire la Grèce à quitter la zone euro ? Dans votre livre, vous jugez que le démontage de l'euro n'est pas souhaitable, quand bien même celui-ci n'a pas concouru à faire converger les économies de la zone. Des pays aux structures économiques fondamentalement différentes peuvent-ils raisonnablement s’accommoder d'une même devise ? Vous proposez pour votre part de conserver la monnaie unique tout en renationalisant une partie de la politique monétaire, et de « sortir de la BCE » sans sortir de l'euro. En quoi cela consisterait-il ?

Je ne pense pas que la Grèce sorte de l’euro. Personne n’y a intérêt. Pour la Grèce, quitter l’euro en pleine crise de confiance avec ses créanciers, et au moment où son gouvernement tente de mettre en place une autre politique, serait catastrophique : ses taux d’intérêt augmenteraient très fortement, elle aurait de grande difficulté à stabiliser son taux de change, les fuites de capitaux seraient massives. Et pour le reste de la zone euro, ce serait prendre la responsabilité de créer en Grèce une grande instabilité économique et politique, sans doute pour de nombreuses années.

Donc sortir la Grèce de l’euro, ou même seulement la laisser sortir, est une très mauvaise idée. Après, fallait-il intégrer la Grèce à la zone euro ? C’est une autre question, mais qui pour moi est désormais derrière nous.

Je pense que le débat sur l’euro est victime d’une grande confusion : entre monnaie unique et politique monétaire unique.

Avoir une monnaie unique est une chose. Qui produit des avantages certains : taux de change fixes entre les pays favorisant les échanges, meilleur accès aux marchés financiers, taux d’intérêt plus faibles pour les petits pays.

Avoir une politique monétaire commune, c’est autre chose. Qui, elle, n’est pas sans inconvénients : comme vous le faites remarquer, comment avoir une même politique monétaire, c’est-à-dire les mêmes modalités de refinancement bancaire, les mêmes politiques sur le crédit, les même normes prudentielles de contrôle des banques, dans des pays où les structures économiques et les situations conjoncturelles n’ont rien à voir ? Comment la même politique monétaire par exemple aujourd’hui dans deux pays, l’Espagne et l’Allemagne, où l’industrie, la consommation ou encore le marché immobilier sont dans des situations diamétralement opposées ?

C’est pourquoi je propose de rester dans l’euro, mais de sortir de la BCE, c’est-à-dire de renationaliser au maximum les politiques monétaires, notamment la politique de crédit et le contrôle des banques. Le fait d’avoir une monnaie unique n’empêche pas les banques centrales nationales de piloter activement le crédit pour l’orienter plus ou moins vers certains actifs (immobilier, grandes entreprises, PME, particuliers, crédit à la consommation, etc.).

Si elle assumait cette responsabilité, la France éviterait la formulation de nouvelles bulles financières, et retrouverait un levier de politique économique majeur qu’elle a complètement perdu. Malheureusement, c’est l’inverse qui est fait aujourd’hui, avec les pouvoirs accrus qui sont donnés à la BCE et notamment l’Union bancaire, qui est une absurdité.

Renationaliser les politiques monétaires serait un virage politique majeur, qui permettrait de sortir du corner dans lequel nous sommes, entre ceux qui proposent de sortir de l’euro, ce qui n’est pas réaliste, et ceux qui ne veulent rien changer, ce qui n’est pas souhaitable. Et en plus, il n’y aurait sans doute pas besoin de renégocier les Traités européens…!


Pour moi, il n’est pas besoin d’aller aussi loin. C’est la politique monétaire menée par la BCE, uniforme et donc inadaptée à la plupart des États membres, qui ose problème. C’est pourquoi je propose de renationaliser la politique monétaire.

Pourquoi en plus revenir à des monnaies nationales pour les échanges internes, et ainsi réintroduire du risque de change entre les pays, et sans doute également de la spéculation de la part de tous ceux qui voudront tester la volonté de chaque banque centrale de maintenir la parité fixée, comme cela a été le cas à plusieurs reprises dans les années 1990 ? C’est inutile.

En pilotant le crédit et les banques sur une base nationale, de fait vous pilotez la compétitivité de vos entreprises et le pouvoir d’achat de vos consommateurs vis-à-vis de l’extérieur, de la même manière que si vous avez une monnaie nationale que vous pouvez dévaluer ou réévaluer.


Encore une fois, je ne suis pas en train de dire que la création de l’euro était, au moment où elle a été prise, une décision excellente. Je dis simplement que maintenant que cette décision a été prise, il faut en tirer le meilleur parti, en fonction des avantages, certains, qu’elle procure, en utilisant les souplesses qu’elle permet, souplesses nombreuses mais que nous n’utilisons par aujourd’hui, et en tenant compte également du coût prohibitif de revenir à la situation antérieure.


samedi 28 mars 2015

La Grèce en route vers la « double monnaie » ?






Olivier Delorme, historien et spécialiste de la Grèce, vient de repérer une information intéressante sur le site grec To Pontiki. Des responsables européens auraient récemment évoqué, en cas d'échec des négociations entre la Grèce et l'Eurogroupe sur le sujet des réformes et d'impossibilité pour Athènes de faire face à ses dépenses courantes, de mettre en place provisoirement une « double monnaie ».

Idée farfelue ?

Ce créatif individu, répondant au doux patronyme de Thomas Meyer, avait expliqué ceci : le gouvernement hellène étant sur le point de se trouver à court d'argent pour payer les traitement des fonctionnaires et les retraites - et faute de disposer d'une banque centrale nationale pouvant émettre des euros - il pourrait être amené à imprimer des reconnaissances de dette ou « IoU » («I owe you» ). Peu à peu, ces IoU se multiplieraient et finiraient par devenir une monnaie en tant que telle, que l'ont pourrait baptiser « Geuro ». Ce « Geuro » cohabiterait avec « l'euro-sans-G », l'un n'étant utilisé qu'en interne, l'autre pour les échanges commerciaux entre pays. Le « Geuro » pourrait - et même devrait - être sensiblement dévalué par rapport au « sans-G», ce qui ne manquerait pas de rendre à l'économie grecque sa compétitivité, notamment parce que le coût du travail s'en trouverait abaissé. La Grèce finirait ainsi par être remise sur pieds et, selon Thomas Meyer, par réintégrer l'euro-sans-G.

Sauf que.... sauf qu'on voit mal pourquoi elle ferait ça, la Grèce. Pourquoi renoncerait-elle à une santé économique tout juste retrouvée ? Pourquoi retourner en enfer alors qu'on vient juste d'en revenir ?

C'est absurde, et il est certain que le voyage vers la « double monnaie » serait un aller simple. C'est pourquoi d'autres économistes proposent de transformer l'euro en monnaie commune - et non plus unique – de manière définitive. Et non pas seulement pour la Grèce mais pour tout le monde !

C'est ce qu'envisageait encore récemment Jean-Michel Naulot ici, sur L'arène nue. Il conviendrait, disait-il « de tester la mise en place d’un système de monnaie commune : conserver l’euro pour les transactions extérieures et permettre des ajustements réguliers pour l’euro-drachme. Les dirigeants européens auraient-ils oublié que de 1999 à 2002 les pays de la zone euro ont déjà vécu avec ce système ? Les monnaies nationales étaient utilisées pour les transactions internes, l’euro pour les transactions externes. La seule différence, c’est qu’à l’époque les parités nationales étaient figées, non ajustables ». Ici, on le voit, la seconde monnaie, celle qui n'est utilisée qu'en interne, est nommée « euro-drachme ». Mais si on décide de l'appeler « Geuro ».... ça marche aussi.

Idée farfelue ?
Pas forcément. En tout cas pas aux yeux de Harold James, professeur à Princeton, qui écrivait dans La Tribune en....2011 : « la dualité monétaire, qui a déjà existé au XIXème siècle, permettrait à des pays comme la Grèce de regagner en compétitivité ». Et le bougre de rappeler: «il est possible que les deux monnaies ne convergent pas et soient amenées à coexister durant une longue période. Ce n'est pas une idée nouvelle. Lors des discussions sur l'union monétaire au début des années 1990, on avait envisagé que la monnaie commune ne soit pas une monnaie unique. Il y a vingt ans, cette éventualité ne constituait pas une construction théorique limitée à des discussions marginales. C'était une véritable alternative historique ».

Et oui, l'idée fut discutée. Très sérieusement même. Elle fut notamment défendu au début des année 1990 par l'Angleterre de John Major, lequel avait proposé de donner à cette monnaie commune le nom de « hard ecu ».


John Major propose le "hard ecu"


***

Bref, les « responsables européens » cités par le site grec To Pontiki n'ont certainement inventé ni le fil à couper le beurre, ni l'eau chaude. En revanche, ils nous proposent de réinventer la roue. C'est déjà pas si mal.  



dimanche 15 mars 2015

L'euro en crise permanente... jusqu’à quand ?






      Tribune invité 
- Jean-Michel NAULOT -



Jean-Michel Naulot a été banquier pendant 37 ans et membre du Collège de l'autorité des marchés financiers (AMF) de 2003 à 2013. Il a témoigné de son expérience dans un livre intitulé Crise financière : pourquoi les gouvernements ne font rien, Seuil, octobre 2013. On peut le retrouver sur son blog. Dans le texte ci-dessous, il rappelle les raisons de la crise de l'euro qui semblait inévitable, et qui risque de se poursuivre.... à moins d'opter pour la transformation de la monnaie unique en monnaie commune. 


****


Depuis l’origine, depuis sa conception même, l’euro est en crise. Dès le début des années quatre-vingt-dix, lorsque les autorités françaises décidèrent de défendre à tout prix la parité monétaire du franc avec le deutschemark pour préparer l’avènement de la monnaie unique, ce que l’on a appelé la politique du franc fort, la France a connu la crise. Tout au long de ces années, elle se tiendra à l’écart de la reprise économique mondiale. La politique de taux élevés pratiquée par la Banque de France cassera la croissance et, ce que l’on a tendance à oublier, fera exploser la dette publique. Pendant les années Bérégovoy - Balladur - Juppé (1992-1997), la croissance sera ainsi en moyenne de 1,5%, au lieu de 3,5% aux Etats-Unis, et la dette publique passera de 36% du PIB à 60%. Et pourtant, les premiers ministres de l’époque n’avaient pas la réputation d’être particulièrement dépensiers ! Le bond en avant de la dette publique française date de ces années-là. Lorsque la croissance n’est plus là, la dette augmente. La dette publique progressera à nouveau de manière spectaculaire dans la période récente en liaison avec les deux crises financières des subprimes et de l’euro (de 64% du PIB en 2007 à 95% en 2014).

D’une crise souterraine à une crise économique, sociale et politique


Au cours des années 2000, la zone euro connaîtra une crise qui pourrait être qualifiée de souterraine. La politique de taux unique mise en place par la nouvelle Banque centrale européenne se révèlera inadaptée à des pays qui connaissent des évolutions conjoncturelles et structurelles divergentes. La réunification allemande exigeait des taux bas, la flambée immobilière espagnole exigeait des taux plus élevés. Des taux d’intérêt inadaptés ne peuvent que générer des bulles financières et des investissements malheureux. L’euphorie de l’argent bon marché - une période éthylique aurait dit Jacques Rueff - a conduit à la crise des marchés du printemps 2010. Cette crise était une crise de la dette privée. Les dirigeants européens ont nié que cette crise puisse être liée à la monnaie unique, tant cela était contraire à tout ce qu’ils avaient annoncé. Ils ont donc déclaré que l’on était en face d’une crise de la dette publique et décrété l’austérité.

Pendant les deux années qui ont suivi, des pare-feux ont été mis en place : fonds européens (FESF, MES), interventions de la BCE (OMT : achats de dettes publiques conditionnés par des réformes de structures), financements de l’Eurosystème (Target2 : soldes de la Bundesbank vis-à-vis des pays périphériques), Union bancaire (Fonds de résolution mutualisé de 55 milliards d'euros). Ces pare-feux peuvent être efficaces pour calmer les incendies dans les pays de taille modeste (Grèce, Portugal, Irlande, Chypre) mais leur coût est élevé. Dans le cas de la Grèce, les contribuables français sont engagés pour une cinquantaine de milliards d’euros. En cas de défiance spéculative à l’égard de la France ou de l’Italie, ces pare-feux seraient impuissants.



" L'amitié franco-allemande était plus forte il y a
quelques dizaines d'années" ...
Depuis deux ans, la crise de l’euro a pris une dimension nouvelle, beaucoup plus inquiétante. Nous sommes face à une crise économique, sociale et politique très profonde qui touche beaucoup plus directement les peuples. Chômage de masse, notamment chez les jeunes, désindustrialisation, régions entières transformées en ateliers de sous-traitance ou carrément désertées, croissance économique anémique et très inégale selon les pays (en moyenne autour de zéro au lieu de 2 à 2,5% aux Etats-Unis), montée des populismes et tensions européennes fortes. En portant l’euro sur les fonds baptismaux, les pères de la monnaie unique avaient cru renforcer l’idée européenne. Ils ont provoqué le mouvement inverse. L’amitié franco-allemande était plus forte il y a quelques dizaines d’années lorsque De Gaulle s’adressait à la jeunesse allemande (1962), lors de la poignée de mains Mitterrand-Kohl à Verdun (1984) ou plus tard lors de la chute du Mur de Berlin (1989). Ce sont les peuples qui faisaient l’Europe et l’émotion était là. Aujourd’hui, les nombreux sommets sur l’interprétation des « règles » des traités ne sont pas le moyen le plus efficace de construire l’Europe ! Au contraire, en multipliant les contraintes, on a multiplié les sources de conflit.

Les hommes d’Etat sont ceux qui font face à l’inquiétude de leur peuple

Un degré de plus a été franchi dans la crise depuis les élections européennes. Le vote populiste est devenu le seul moyen de dire non à des dirigeants qui s’obstinent et à des partis traditionnels qui tiennent à quelques nuances près le même discours. En guise de réponse, les dirigeants européens ont nommé Jean-Claude Juncker à la Présidence de la Commission, lui qui rédigeait le Traité de Maastricht il y a vingt-cinq ans ! Face à la montée des populismes, les propos alarmistes du Premier ministre résonnent comme ceux du Maréchal de Mac Mahon face aux inondations :« Que d’eau, que d’eau ! »…


Donner le sentiment de l’impuissance face à des évènements graves est le moyen le plus sûr d’attiser l’incendie. Dans son livre Le temps des incertitudes, Galbraith écrivait à propos de la crise des années trente : « Le président Hoover n'était pas sot. [...] Mais il était incapable de regarder en face le désastre économique de son époque. [...] Roosevelt, lui, ne permit à personne d'en douter : il allait consacrer toute son énergie aux malheurs économiques de son temps ». Galbraith ajoutait : « Tous les hommes d'Etat ont possédé une caractéristique en commun : consentir à faire face sans équivoque, en leur temps, à l'inquiétude majeure de leur peuple ».


Le biais inégalitaire de la zone euro

Le constat est clair : depuis sa création, l’euro n’a pas tenu ses promesses, ni en termes de prospérité, ni en termes de rapprochement des peuples. Il aurait fallu un miracle, celui du fédéralisme, pour qu’il en soit autrement. Depuis qu’existe la pensée économique, nous savons qu’une zone monétaire est indissociable de la souveraineté, Etat ou fédération. Sans cette condition, une zone monétaire ne peut fonctionner que de manière sous-optimale. Robert Mundell, Michel Aglietta et tant d’autres économistes avaient très bien montré avant l’arrivée de l’euro que sans transferts financiers massifs, sans une solidarité équivalente à celle qui existe entre l’Etat de New-York et celui de Californie, une zone monétaire se traduit par le renforcement des plus forts et l’affaiblissement des plus faibles. Le risque lié à la modification de la parité n’existant plus, les capitaux vont vers les zones géographiques les plus rentables. C’est exactement ce que l’on observe depuis la création de l’euro. L’évolution de la production industrielle est à cet égard éloquente : depuis 2000, elle a augmenté de 33% en Allemagne, diminué de 12% en France et de 20% en Italie. On veut bien croire que la France et l’Italie gèrent mal leur économie mais, tout de même, pour que de telles divergences existent, il doit y avoir un biais quelque part !

Le moteur de la croissance constamment bridé

Une zone monétaire sans solidarité fédérale, de surcroît sans convergence des politiques fiscales, sociales, énergétiques, avance non seulement avec un biais inégalitaire mais aussi avec un moteur économique bridé. La coexistence d’une monnaie unique et des souverainetés nationales ne peut que générer des dysfonctionnements. Depuis l’origine, le taux de croissance de la zone euro est inférieur à la moyenne internationale. Entre la zone euro et les Etats-Unis, le différentiel de croissance est de l’ordre de 1% (croissance du PIB de 1% en moyenne en zone euro, de 2% aux Etats-Unis).

L’ordolibéralisme qui inspire la politique allemande depuis le lendemain de la seconde guerre mondiale, de Ludwig Erhard à Angela Merkel, a présidé à cette construction monétaire. Des règles budgétaires rigoureuses, une concurrence forte, une grande flexibilité des facteurs de production, une indépendance de la Banque centrale sans équivalent dans le monde, telles sont les clés de ce système qui convient aux bons élèves, plutôt en tête de classe et disciplinés. Les autres risquent de rester sur le bord de la route. Dans ce système, comme l’avait précisé Mundell, tout choc asymétrique est mal venu. Or, entre Etats souverains, les occasions ne chocs asymétriques ne manquent pas ! Par exemple une élection en Grèce, portant au pouvoir une équipe qui soutient une politique économique différente de celle qui est décidée à Bruxelles… Par exemple, une résistance de la France, attachée à défendre un modèle social qui est peu compatible avec l’option du tout libéral… D’où la réflexion quasi-monarchique de Jean-Claude Juncker : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens ».

Le bilan de plus en plus sévère des économistes

Les économistes sont nombreux aujourd’hui à faire un bilan sévère de tous les dysfonctionnements de la zone euro. Il y a presque consensus. Mais ils se séparent toujours en deux camps sur les remèdes. Les uns plaident pour la patience, avec l’espoir qu’à terme les thèses allemandes soient moins influentes, notamment si la zone euro évolue vers le fédéralisme, une orientation qui semble pourtant de plus en plus rejetée par les peuples. Les autres plaident pour des évolutions plus radicales, considérant qu’après quinze ans d’échecs répétés l’organisation monétaire de la zone euro doit être revue en profondeur.

Les politiques, eux, ne contribuent pas franchement pas à faire avancer le débat. En politique, il est devenu rare de douter, surtout depuis que le quinquennat a placé la France, comme les Etats-Unis, en campagne électorale permanente. Lorsque le débat existe, les arguments échangés sont à peu près les mêmes qu’il y a vingt ans. Ces dernières semaines, on a pu entendre des dirigeants, et non des moindres, affirmer qu’en cas de sortie de la France de l’euro, la dette publique exploserait, qu’une dévaluation de 25% se traduirait par une amputation de 25% des économies des ménages, que le PIB de la Grèce avait certes diminué de 25% en six ans mais qu’une dévaluation de la drachme aurait abouti au même résultat ! Comme ceux qui tiennent ces propos sont d’anciens élèves de l’ENA, on a du mal à croire que la démonstration soit vraiment innocente.

Si la zone euro reste le maillon faible, comment faire face à une nouvelle crise financière ?

En attendant, nos citoyens souffrent et l’Europe régresse. Si demain survient une nouvelle crise financière internationale, dans quelle situation de faiblesse sera la zone euro alors que le taux de croissance y est déjà très faible ? Les instruments de la politique monétaire et des finances publiques utilisés en 2008 ne pourront plus être utilisés. Depuis six ans, la planche à billets fonctionne en effet à plein régime. Comment faire plus ? Quant à la relance par les déficits publics, des déficits dont on nous explique tous les matins qu’il s’agit là d’un péché mortel, comment les creuser à nouveau ? Alors que fera-t-on ?

" L'arrivée d'une nouvelle crise financière n'a rien d'improbable (...)
Alors que fera-t-on ? "
Il faut tout faire, dès maintenant, pour que la zone euro ne soit plus le maillon faible de la croissance mondiale. L’arrivée d’une nouvelle crise financière, à échéance rapprochée, n’a en effet rien d’improbable. Depuis la crise de 2007, les gouvernements occidentaux n’ont réalisé qu’une petite partie des réformes sur lesquelles ils s’étaient engagés. Les Etats-Unis ont accompli le quart de la feuille de route établie lors du G20 de Londres d’avril 2009, l’Europe le tiers. L’administration Obama a plié sous l’influence des lobbies dès le lendemain du vote de la loi Dodd Franck, en juillet 2010. Quant à l’Europe, elle vient de décréter une pause dans la régulation financière avec l’arrivée du nouveau commissaire aux marchés financiers, Jonathan Hill. La crise systémique de 2007-2009 n’a décidément pas servi de leçon.

La capture de l’autorité politique par la finance : plus que jamais une réalité

La capture de l’autorité politique par la finance qui s’est amplifiée aux Etats-Unis à partir des années quatre-vingt est plus que jamais une réalité. Les citoyens le savent, le dénoncent, et rien ne change. On a pu le mesurer en France en 2013 avec une loi bancaire qui avait pour seul but de donner l’illusion du changement. Sept ans après la crise financière, l’Europe s’interroge toujours sur le point de savoir si elle doit interdire les opérations spéculatives aux banques ! Les G20 ont décidé de concentrer le risque systémique des produits dérivés autour de chambres de compensation mais la BCE n’a toujours pas expliqué comment, en cas de crise, elle pourrait apporter de la liquidité en euros à ces chambres qui sont situées à Londres ! La finance de l’ombre, cette partie de la finance qui est peu ou pas réglementée, avait été vigoureusement dénoncée, mais les banques centrales américaine et anglaise ont annoncé récemment qu’elles allaient apporter des liquidités à ces marchés ! Le trading à haute fréquence, des ordres envoyés par des robots, une pratique quasiment inexistante en 2007, n’est toujours pas encadré alors qu’il représente la moitié des transactions de marché en Europe et aux Etats-Unis !

La crise grecque pourrait être l’occasion de repenser la zone euro

Les dirigeants européens mesurent-ils la responsabilité qu’ils prennent en ne voulant rien changer en zone euro alors que tant de nuages sont à l’horizon ? La crise grecque pourrait pourtant être l’occasion de faire bouger les lignes. Il a fallu que ce soit Valéry Giscard d’Estaing, à 89 ans, lui qui a été un des promoteurs de la monnaie unique, qui brise le tabou : oui, unesortie de l’euro est possible ! Hommage soit rendu à son discours courageux !

"La Grèce peut sortir de l'euro de manière organisée, amicale"
La Grèce peut sortir de l’euro, de manière organisée, amicale, le contraire même de ce qu’envisagent Wolfgang Schäuble et Jean-Claude Juncker qui ne savent raisonner qu’en termes de rapports de force à partir du moment où l’on s’éloigne des Tables de la loi. Oui, au-dessus des traités européens, il y a place pour la démocratie et la solidarité européenne. Une sortie de la Grèce de la zone euro, couplée à un abandon partiel des avances des Etats, serait incontestablement « la » solution pour la Grèce. Le coût pour les contribuables de la zone euro serait certes élevé mais la responsabilité en incombe en grande partie aux dirigeants européens qui ont imposé à la Grèce une politique d’austérité déraisonnable. Avec une dette publique ramenée autour de 120% du PIB et une flexibilité monétaire, la Grèce pourrait envisager un redressement durable et même faire face aux échéances de la dette détenue par les investisseurs privés qui ont déjà fait leur part d’effort en 2012.

Tester la monnaie commune qui a existé de 1999 à 2002

La résolution de la crise grecque, en profondeur et non par des artifices du type nouvel abandon des intérêts sur la dette ou bien dette perpétuelle, pourrait être l’occasion de tester la mise en place d’un système de monnaie commune : conserver l’euro pour les transactions extérieures et permettre des ajustements réguliers pour l’eurodrachme. Les dirigeants européens auraient-ils oublié que de 1999 à 2002 les pays de la zone euro ont déjà vécu avec ce système ? Les monnaies nationales étaient utilisées pour les transactions internes, l’euro pour les transactions externes. La seule différence, c’est qu’à l’époque les parités nationales étaient figées, non ajustables.

Redonner de la flexibilité à la zone monétaire en offrant la possibilité d’ajuster de manière régulière et concertée les parités, assouplir les critères budgétaires, des critères que nous sommes les seuls dans le monde à pratiquer, seraient les deux moyens d’atténuer la crise de la zone euro, d’optimiser son fonctionnement. Mais cela exige de réfléchir en termes économiques au lieu d’être sans cesse dans la posture électorale.


jeudi 30 mai 2013

Au Portugal, un livre anti-euro fait un tabac


Ce n’est pas un polar scandinave, c’est un ouvrage d’économie lusitanien. Au Portugal, il fait un tabac. Porque devemos sair do Euro (Pourquoi nous devons quitter l’euro), de l’économiste João Ferreira do Amaral, est un best-seller dans le pays. En tête des ventes, il détrônerait certaines semaines « 50 Nuances de Grey », affirme le Wall Street journal
 

La thèse de l’essai est la suivante : les cures d’austérité imposées au Portugal sont sans fin. Le pays a beaucoup perdu en compétitivité, et n’a aucune chance de remonter la pente avec l’euro, une « monnaie trop forte pour l'industrie portugaise ».

C’est d’ailleurs vrai : à environ 1,3 dollars pour un euro, l’euro est une monnaie trop chère. Trop chère par rapport à la monnaie américaine, évidemment. Mais aussi par rapport au yuan – arrimé au dollar par la seule volonté des dirigeants chinois – et, depuis peu, au yen, car le Japon mène de récente date une politique monétaire très expansionniste.

D’où la solution préconisée par João Ferreira do Amaral : revenir à l’escudo pour pouvoir enfin dévaluer. Une idée classique, pour un résultat en librairie qui l’est moins : le livre est sorti début avril, mais a déjà été réimprimé… quatre fois.

***

Un tel évènement « littéraire » est le premier du genre au Portugal, mais n’est pas le premier en Europe.

En Allemagne, le très controversé Thilo Sarrazin, ancien membre de la Bundesbank dont il avait dû démissionner en septembre 2010 après avoir été accusé de racisme, publiait en mai 2012 un brulot anti-euro, l’Europe n’a pas besoin de l’euro.

Il s’y insurgeait tout à la fois contre l’entêtement d’Angela Merkel à sauver la monnaie unique, et contre la proposition française de mutualiser les dettes publiques sous la forme d’eurobonds. Il concluait en fustigeant le…« chantage à l’Holocauste » réalisé, selon lui, par les autres pays pour contraindre l’Allemagne à demeurer dans l’euro.

***

Rien de tout ça dans Faut-il sortir de l’euro, du Français Jacques Sapir. Publié en janvier 2012, cet ouvrage est en tout cas le tout premier du genre. 




Si l’auteur y fait valoir clairement sa préférence pour un abandon de la monnaie unique, le livre a l’avantage de présenter l’option d’un euro devenu « monnaie commune européenne ».

Cette devise - commune et non plus unique - serait utilisée pour les seules transactions financières extra-européennes, cependant qu’en interne, les États reviendraient à leurs monnaies nationales. Les parités de ces monnaies seraient fixées de manière concertée. Cette solution présenterait deux avantages : d’une part, l’euro protégerait les monnaies nationales des attaques spéculatives externes, seul l’euro-monnaie-commune ayant vocation à « voyager ». D’autre part, les différents pays retrouveraient la possibilité d’ajuster leurs taux de change réciproques en fonction de leurs différentiels de compétitivité.

Cette option est également défendue par Jean-Michel Quatrepoint et Jean-Luc Gréau.
Elle vient d’être reprise par Frédéric Lordon


Lire et relire sur L'arène nue :
"Les Français ont été les cocus de l'Europe", entretien avec JM Quatrepoint CLICK
Le plan B de Chevènement pour "sauver" l'euro   CLONCK
Europe : est-ce vraiment l'Allemagne qui paie ? CLACK
J'ai lu un édito eurosceptique dans Le Monde CLONCK
Faut-il en finir avec l'Europe ?  CLOUCK