Traduire / Translate

Affichage des articles dont le libellé est Valérie Pécresse. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Valérie Pécresse. Afficher tous les articles

mercredi 27 juin 2012

Rigueur de gauche ou austérité de droite : choisis ton camp, camarade !


« Les dépenses de l’Etat seront gelées pendant trois ans ». Telle était l’annonce triomphale qu’on lisait hier dans nombre de journaux, souvent assortie de clichés de ministres souriants. En effet, quand on démontre que, bien qu’étant socialistes, on est avant tout « des gens sérieux », on ne peut qu’arborer une mine réjouie.

Et quand on dit « sérieux », c’est presque un euphémisme. Jugez plutôt : avec des dépenses gelées et un taux d’inflation aux alentour de 2%, les dépenses de l’Etat vont donc baisser chaque année pendant 3 ans. C’est Angela Merkel, qui va être contente !

Heureusement - ouf, sauvés ! - on nous annonce un « effort juste, équilibré, partagé ». Après « l’ordre juste » de Ségolène Royal, voici venir « l’austérité juste » du couple Hollande/Ayrault. Etre juste, répartir équitablement la pauvreté : c’est aussi cela, être de gauche.

D’ailleurs, le journal Libération - qui s’y connaît en matière de gauche - expliquait cela très clairement dans un édito daté du vendredi 21 juin : « une rigueur de gauche est-elle une rigueur de droite qui ne dit pas son nom ? Il faut le dire sans relâche, il n’y a aucune fatalité à ce que ces deux-là se ressemblent ».

C’est vrai, quoi ! Assénons-le, martelons-le, tonitruons-le « sans relâche » : l’austérité de droite et l’austérité de gauche, c’est différent. La preuve : l’une est de droite, ce qui est mal. L’autre est de gauche, ce qui est bien. Et Libé de préciser le fond de sa « pensée » : pour que la rigueur de gauche diffère de celle de droite, il faut qu’un certains nombre de conditions soient réunies. Il convient notamment que « cette rigueur soit assumée, discutée, explicitée et arbitrée à chaque instant dans un esprit de justice et d’effort partagé ».

Une rigueur bien « assumée » : voilà qui est de gauche ! Et « explicitée » aussi. La rigueur, finalement, c’est un peu comme la peste, le choléra, le vol à l’étalage et les coups de fouet. Au départ, on est plutôt tenté d’être contre, mais dès lors que c’est bien « discuté, explicité », on comprend immédiatement tout le bénéfice qu’il y a à en tirer.

En tout cas, quant à l’austérité de gauche et à celle de droite, il est un point sur lequel chacun des deux camps s’accorde volontiers : « il n’y a aucune fatalité à ce que ces deux-là se ressemblent ». D’ailleurs, la toute nouvelle opposition défend « sa » rigueur avec la dernière énergie. Récemment invitée de l’émission Mots croisés, Valérie Pécresse l’a martelé : « la rigueur de gauche sera beaucoup plus brutale que la rigueur de droite ».

En effet, selon l’ancienne ministre, la rigueur de droite, si elle était  moins « explicité » avait au moins un avantage : elle était « tout entière tournée vers la compétitivité, le pouvoir d’achat et l’emploi », quand sa cousine de gauche « se caractérise par des mesures anticoissance et anti-emploi ». Là, on brûle de découvrir dans quels secteurs précis l’austérité de droite a généré de l’emploi, quel type d’emplois, et dans quelles proportions. Las, l’histoire ne le dit pas.

Résumons nous : pour la gauche, la rigueur de droite n’était pas suffisamment « assumée, discutée, explicitée ». A l’inverse, pour la droite, la rigueur de gauche sera « brutale » et « anticroissance ». On voit bien là toute la nuance qu’il y a entre les deux types d’austérité. Chacune est portée par des « gens sérieux », mais leur « nature profonde » diffère dans les grandes largeurs….

René Rémond, dans un ouvrage visant à actualiser ses analyses historiques et intitulée « Les droites aujourd’hui », s’interrogeait sur la pertinence, à l’aube des années 2000, de continuer  distinguer la droite et la gauche. Il admettait que les anciennes lignes de fractures telles l’acceptation de la République, ou la question religieuse, étaient caduques pour départager les deux camps.

Il essayait donc de dégager de nouveaux sujets d’affrontement tels que la décentralisation, l’Union européenne, ou encore la laïcité, mais constatait avec regret que sur ces questions, les positionnements étaient largement trans-clivage : « sur trois des débats de l’heure portant sur des questions de fond et dont la solution façonnera l’avenir, la distinction droite-gauche n’est pas ou n’est plus pertinente ».

C’est vraiment bête que Rémond n’ait pas tenté d’appliquer sa grille d’analyse à « la rigueur ». Sur ce point, aurait été immédiatement convaincu du caractère irréfragable de la partition gauche/droite. Et il aurait pu s’écrier comme nous le fîmes de bonne foi au soir du 6 mai : « le changement, c’est maintenant ! »

_____________________________

lundi 7 novembre 2011

UMP : florilège des vidéos les plus mal-à-droite(s)

.
On ne reviendra pas sur le libdup de l'UMP, qui fit suffisamment gloser en son temps. Featuring "tous ceux qui veulent changer le monde" - et nous constatons chaque jour combien notre monde a changé - il fit inévitablement le buzz sur la toile. Il faut dire qu'on n'avait jamais atteint, jusqu'alors, un tel niveau de ridicule.

Mais c'était sans compter la capacité des caciques de la droite à s'autodétruire sous l'oeil impavide d'une caméra, à l'occasion de performances individuelles dont l'inanité et la vulgarité rivalisent aisément avec le clip des "Jeunes Pops". L'arène nue a recensé pour vous ces grands moments d'orgueil réublicain et de dignité gaullienne.

***

Premier nominé, Hervé Morin. On ne sait plus vraiment s'il a rompu -et quand- avec l'UMP, mais il serait dommage de ne pas mentionner le brillant happening dont il est le héros dans la vidéo ci-dessous.

Présentant ses voeux aux adhérants du Nouveau Centre devant un assortiment de casseroles immaculées et rutilantes, l'ancien ministre de la Défense avait expliqué : "mon lieu favori est ma cuisine parce que comme vous le savez, j'aime les bonnes choses, je suis un épicurien. J'aime préparer les repas, et j'aime le bon vin. Bref, je suis français, en quelque sorte".



Il est vrai qu'à reluquer la vidéo de ce "français en quelque sorte", on se pourlèche les babines.  Devant cette collection de poellons et autres faitouts vides, on sent bien que Morin invente un oxymore : l'ascétisme gargantuesque.

Ce  épicurisme hyper-minimaliste n'est pas sans rappeler la notion de "frigidité nymphomane", magistralement interprétée par une ancienne camarade de gouvernement du roi de la Téfal, comme vous pouvez le constater en vous reportant à la vidéo ci-dessous.

***

Soucieuse que nous sommes de ne pas nous répéter, nous vous renvoyons à l'analyse que nous fîmes tantôt de cette belle vidéo. Valérie Pécresse, ministre du Budget en quelque sorte, nous y détaille avec gourmandise les spasmes de ravissement esthétique que lui procure la lecture de "livres de femmes".

***

Mais pour son malheur, Valérie Pécresse compte désormais une rivale sérieuse dans la réalisation de "one woman shows" ayant pour vocation d'accéler le processus de mort politique de leurs protagonistes. Car c'est au tour de Nora Berra, cette semaine, de s'auto-immoler par le ridicule en contribuant à une vidéo à la gloire des "Jeunes Pops".

Dans ce petit film, celle qui est en quelque sorte sous-ministre aux zénés, et dont la France entière découvre pour la première fois l'existence et le visage, rattrappe largement l'une de ses prestations précédentes. Elle affirme avec chaleur : "les Jeunes Pops, c'est une vraie histoire entre nous. Il y a quelques années, ils étaient à mes côtés. Ils ont fait campagne pour me faire élire au Perlement européen, ils étaient présents aux régionales, et à d'autres échéances électorales, toujours partants, toujours mobilisés, toujours sur le terrain " !




Palsambleu ! Les "Jeunes Pops" connaissaient donc l'existence de ce diamant de la vie politique française qu'est Nora Berra, et nous l'avaient cachée ? Cruels UMPistes ! Heureusement qu'ils rattrapent le coup, avec l'élégance et le talent cinématographique qu'on leur connaît.

***

Hélas, parmi ces joyaux de la vidéo politique française, nous ne sommes parvenus à trouver aucune oeuvre qui rende hommage à Claude Guéant comme il le mériterait.

Pour y remédier nous conseillons vivement au "premier flic de France" d'élaborer une rapide chorégraphie sur la chanson ci-dessous. Avec Morano au micro, ce sera parfait.


 _________________________

dimanche 10 avril 2011

Valérie Pécresse, ou le féminisme à visage humain






« Dans ma bibliothèque » est un petit blog vidéo dont l’objet est de faire découvrir aux internautes les goûts littéraires et musicaux de personnalités. C’est là que je suis tombée, sidérée, sur cette caricature d’autopromotion par la vacuité mettant en scène Valérie Pécresse « dans sa bibliothèque ». Le spectacle d'un ministre de la République se prêtant sans vergogne au simagrées inventées par quelques communicants manifestement pervers pose en effet quelques questions sur la manière dont les  grands commis de l'État envisagent désormais "l'incarnation" de leur fonction.

Accueillant une petite équipe vidéo dans la fausse intimité d’un intérieur désincarné, la ministre tirée à quatre épingles enfile les poncifs comme des perles, en nous présentant ses lectures très « romantico-popu », dans une attitude hyper-empruntée que l’on eût volontiers attribué, de prime abord, à une grande bourgeoise ne s’encanaillant jamais au-delà de la lecture d’un Jane Austen.

Rien de très « british gentry », pourtant, dans la bibliothèque de Valérie Pécresse. Ce qui n’empêche pas que l’on y trouve avant tout, comme elle nous l’annonce satisfaite, « des livres de femmes ». Et d’apprendre, un peu incrédule, qu’ils « la racontent ». « N’en déduisez pas que je suis féministe, vous auriez raison » prévient l’hôtesse : ça promet d’être bigrement subversif !...

Parmi ces ouvrages « un barrage contre le Pacifique » de Margueritte Duras, hommage à « l’esprit de résistance », dont on imagine combien il doit être familier à Mme Pécresse. Celle-ci décrit l’ouvrage comme une sorte de « mythe de Sisyphe vu par les femmes » dont on restera longtemps à se demander en quoi il peut bien différer du mythe de Sisyphe « lambda », vu par les hommes. Vient ensuite « le bébé » de Marie Darrieussecq, qui exalte « la maternité comme on la voit toutes, c'est-à-dire cette merveille », quoiqu’en puissent dire les Badinter de tout poil et autre pisse-froid qui nous rebattent les oreilles avec les nausées du premier mois, les douleurs de l’accouchement et les vergetures post-gestation. Enfin, « la joueuse de Go » de Shan Sa, est l’un des innombrables livres étrangers qui témoignent s’il en était besoin de l’ouverture d’esprit de Valérie Pécresse : éprise de world-culture, cette aventurière de la première heure avoue raffoler de « l’exotisme ». Surtout lorsqu’il est vécu loin des dangers du paludisme et des Jivaro coupeurs de têtes, même si « rien n’est jamais plus beau qu’une touriste blonde (…) juste avant que sa tête dans la jungle ne tombe » (Muray).

Féministe ? Assurément. Ce n’est pas Pécresse qui nous recevrait dans sa cuisine au milieu de sa batterie de casseroles comme le fit "l'épucurien" Hervé Morin le 1er janvier. Pourtant, il n’y a pas que des « écrivaines » dans la bibliothèque de la ministre.  Il y a aussi des hommes. « J’en ai retrouvé », jubile-t-elle en brandissant…des CD de musique ! Chez les Beauvoir du XXI° siècle, l’humanité est en effet coupée en deux. Les femmes, tendres et rêveuses se languissent en écrivant des vers pour exprimer le trouble qui les étreint au doux soleil de la fin du jour. Les hommes, solides et rugueux braillent en jouant de la gratte. Et comme « sans la voix des hommes, on n’y arriverait pas », Pécresse a choisi Léonard Cohen et sa « voix de basse exceptionnelle ». Pas bégueule, elle a aussi choisi Renaud, ce motard tatoué qui aimait Mitterrand et conspuait Thatcher : on vous avait prévenu que ce serait subversif.

Arrivent enfin les films, au premier rang desquels « le père Noël est une ordure », qu’on regarde en famille chez les Pécresse et dont on récite les dialogues par cœur. Ah, que ça fait chaud au cœur ce côté « comme tout le monde » ! Suffisamment « popu » pour nous venter les mérites d’un film « franchouillard » avec l’Encyclopédia Universalis arrière plan quand nous nous attendions plutôt à l’œuvre complète de Fellini avec le Littré en toile de fond. Suffisamment trans-générationnelle pour avoir fait l’impasse sur le trop récent « bienvenue chez les Chtis », mais pas suffisamment « plouc » pour avoir déballé ses « bronzés font du ski »…

On poursuit la séquence sur « Casablanca », « THE film d’amour » parce que, personnalité dense et complexe, traversée de contradictions et de combats intérieurs, l’oratrice est « féministe, mais romantique ». Puis on achève sur « vas, vis et deviens », « beau film sur la tolérance » et sur « la différence » qui narre l’histoire d’un « petit africain » se faisant passer pour un juif : pour le couplet sur l’exotisme, voir supra.

Avant que la caméra ne s’éteigne laissant le spectateur plongé dans un abîme de perplexité, on apprendra que Valérie Pécresse rêve quant à elle de découvrir la bibliothèque de Luc Besson. Ce qui témoigne combien la ministre n’a pas feint, et combien elle possède l’authentique imagination des vrais artistes : pour concevoir que Besson puisse posséder une bibliothèque, il faut avoir une certaine appétence pour la fable.