Traduire / Translate

Affichage des articles dont le libellé est Hervé Morin. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Hervé Morin. Afficher tous les articles

lundi 6 février 2012

Micro-trottoir 2012 : Pierre, 20 ans, préfère Morin


[Ce texte est également disponible sur Marianne2]

Cet entretien a été réalisé dans le cadre du micro-trottoir 2012 de l’arène nue. Vous pouvez en consulter ici la rapide description, ainsi que les huit premiers volets (un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit). Je remercie vivement Pierre, mon interlocuteur.

***

Pierre a 20 ans. Il habite l’Ile de France, où il étudie le droit.  Au printemps, il souhaite voter pour le candidat du Nouveau Centre, Hervé Morin.

Vous souhaitez voter pour Hervé Morin au premier tour de l'élection présidentielle. Qu'est-ce qui motive ce choix ?

Si Hervé Morin obtient les cinq cent signatures, je lui apporterai ma voix. Je sais bien qu'il n'a aucune chance d'être élu mais je crois aux idées qui sont exprimées par le Nouveau Centre. Ce sont l'équilibre, la modération. Faire une priorité du désendettement de la France, favoriser l'innovation et le travail, notamment en exonérant totalement de charges sociales patronales pendant un an toute première embauche. C'est le principe de la « société de la reconnaissance ».

C'est-à-dire ?

En résumé, c'est un système tourné vers le mérite où chacun doit trouver sa place quel que soit son rôle. Il ne s'agit pas d'un égalitarisme forcené mais d'une volonté d'adaptation à la réalité des situations rencontrées, d'une juste équité. Une attention particulière est portée aux plus fragiles qui ne peuvent être exclus des décisions qui sont prises. Tel est le message qui est diffusé par cette candidature.

Vous parlez d'équilibre et de modération. En effet, Hervé Morin se présente comme un candidat centriste. Pourquoi lui donnez-vous votre préférence plutôt qu'à François Bayrou, par exemple ?

Entre 1974 et 2007, il y a toujours eu un deuxième parti à droite. L'UDF a ainsi été un parti regroupant des chrétiens-démocrates et des libéraux (Charles de Courson, Christian Blanc, Gilles de Robien, pour ne citer qu'eux).

En 2007, François Bayrou a fait un choix totalement différent. Ce n'était plus celui de la droite. Il a choisi de n’être ni de droite, ni de gauche. Il oubliait ainsi sa participation au gouvernement d'Edouard Balladur comme ministre de l'Éducation nationale. Il reniait aussi le fait que de nombreuses valeurs comme la liberté d'entreprendre ou la liberté d'enseignement à travers l'autonomie des établissements scolaires sont partagées par la droite et non par la gauche. C’est pour cela qu’a été créé le Nouveau Centre: pour perpétuer une tradition abandonnée par Bayrou. Hervé Morin, à travers sa candidature à la présidentielle, en est le candidat naturel.

On ne sait pas réellement quel est le positionnement de François Bayrou même si nous partageons toujours des convictions communes notamment en ce qui concerne la dette publique. Hervé Morin s'inscrit clairement dans la majorité de droite, tel n'est pas le cas de François Bayrou qui reste pour le moins ambigu.

Etes-vous de ceux qui regrettent la non-candidature de Jean-Louis Borloo ?

Absolument pas. Jean-Louis Borloo reste pour moi un personnage énigmatique. Si l'action qu'il a pu mener à Valenciennes semble unanimement saluée, je suis beaucoup plus réservé quant aux réformes réalisées au sein des différents gouvernements. Les maisons à 100 000 euros n'ont pas eu le succès escompté et si on doit faire le bilan des innovations apportées lorsqu'il a été Ministre de l'Ecologie, du Développement durable, des Transports et du Logement, il ne reste pas grand-chose.

Néanmoins, c'est un homme qui a une  image très positive dans l'opinion, bien plus qu'Hervé Morin, même si les raisons qui l'expliquent, restent pour moi, bien mystérieuses.

De l'action d'Hervé Morin au ministère de la Défense, que retenez-vous ?

Je ne suis pas spécialiste en matière de Défense mais si l'on peut retenir  une action d'Hervé Morin, c'est bien celle de la réforme de la carte militaire. Sans faire grand bruit, elle a été appréciée par les observateurs en permettant d'économiser certains postes de dépenses, tout en conservant la qualité de notre armée. Une économie de 1,6 milliards d’euros par an est ainsi réalisée au profit de l’équipement des forces

Votre candidat a-t-il, selon vous, de bonnes chances d'obtenir les 500 signatures d'élus ? A défaut, ne risque-t-il pas de se laisser séduire par l'UMP, qui a déjà tenté quelques appels du pied pour qu'il renonce à se présenter ?

Hervé Morin devra obtenir, outre les cinq-cent signatures, l'aval de son parti. Si cela n'est pas le cas, ça signera l'échec de sa stratégie au profit de celle de François Bayrou, qui aura alors réussi le pari d’incarner "la nouvelle UDF". En toute logique, le président du Nouveau Centre devra alors se rapprocher de l'UMP.

Quelles sont, justement les raisons de la fronde récente des élus du Nouveau Centre contre Morin ? Des désaccords idéologiques ? La perspective des législatives qui suivront la présidentielle ?
   
Depuis plus d'un an, Nicolas Sarkozy et son gouvernement dirigé par François Fillon ont fait des propositions qui sont très proches du programme du Nouveau Centre. On peut ainsi évoquer la suppression du bouclier fiscal, la règle d'or, la plus grande convergence économique avec les pays européens. De plus, Hervé Morin, malgré son programme de qualité, n'a pas su tenir ses troupes. Il n'a pas hésité à critiquer de manière virulente certains membres de son propre parti comme François Sauvadet ou Jean-Christophe Lagarde. Crédité d'un faible score, on sait tous que sa candidature n'est qu'un acte de témoignage. Hervé Morin ne sera jamais Président. Il semble le seul à y croire. Les électeurs qui voteront pour lui le feront car son score sera si faible qu'il n'empêchera pas à Nicolas Sarkozy d'être au second tour. Nous ne sommes pas suicidaires ! 

 Si votre candidat se retirait de la course, que décideriez vous ?

Je prête beaucoup d'attention à certaines valeurs prônées par Christine Boutin qui est une femme courageuse, et je respecte son combat en faveur de la dignité humaine. Malheureusement, je ne crois pas que les idées économiques qu’elle propose soient réalistes et réellement applicables.

Mon choix sera portera donc sur Nicolas Sarkozy. Malgré les critiques qu’on peut lui adresser, il a su faire preuve d'un sang-froid exceptionnel lors des différentes crises. Avec le recul, les réformes qui ont été faites (sur la retraite, l'autonomie de universités) permettent de penser que notre Président si critiqué - je suis d'ailleurs le premier à le faire - l'est certainement de manière démesurée. Il semblerait qu'il soit en train d'écrire un livre sur certaines erreurs qui ont pu être commises. Cela permettra peut-être de mettre fin à des polémiques qui n'ont été que stériles. Je l'espère en tout cas.

Lire et relire :
Micro-trottoir 2012 de l'arène nue : la règle du jeu  CLICK
Micro-trottoir 2012 : Marcella, plutôt de gauche mais très circonspecte  CLACK
Micro-trottoir 2012 : Pour Jérôme, aucun doute, c'est Mélenchon   CLOCK
Micro-trottoir 2012 : Pour Dominique, ce sera sans doute Philippe Poutou  CLOUCK
Micro-trottoir 2012 : A 26 ans, Didier milite pour Villepin   CLUCK
Micro-trottoir 2012 : Pour Stéphane, un seul choix possible : Marine Le Pen  CLECK
Micro-trottoir 2012 : Anne penche pour Chevènement   CLYCK
Micro-trottoir 2012 : Jacques est convaincu par Boutin CLONCK
Micro-trottoir 2012 : Chloé conquise et acquise à Hollande  CLBCK

lundi 7 novembre 2011

UMP : florilège des vidéos les plus mal-à-droite(s)

.
On ne reviendra pas sur le libdup de l'UMP, qui fit suffisamment gloser en son temps. Featuring "tous ceux qui veulent changer le monde" - et nous constatons chaque jour combien notre monde a changé - il fit inévitablement le buzz sur la toile. Il faut dire qu'on n'avait jamais atteint, jusqu'alors, un tel niveau de ridicule.

Mais c'était sans compter la capacité des caciques de la droite à s'autodétruire sous l'oeil impavide d'une caméra, à l'occasion de performances individuelles dont l'inanité et la vulgarité rivalisent aisément avec le clip des "Jeunes Pops". L'arène nue a recensé pour vous ces grands moments d'orgueil réublicain et de dignité gaullienne.

***

Premier nominé, Hervé Morin. On ne sait plus vraiment s'il a rompu -et quand- avec l'UMP, mais il serait dommage de ne pas mentionner le brillant happening dont il est le héros dans la vidéo ci-dessous.

Présentant ses voeux aux adhérants du Nouveau Centre devant un assortiment de casseroles immaculées et rutilantes, l'ancien ministre de la Défense avait expliqué : "mon lieu favori est ma cuisine parce que comme vous le savez, j'aime les bonnes choses, je suis un épicurien. J'aime préparer les repas, et j'aime le bon vin. Bref, je suis français, en quelque sorte".



Il est vrai qu'à reluquer la vidéo de ce "français en quelque sorte", on se pourlèche les babines.  Devant cette collection de poellons et autres faitouts vides, on sent bien que Morin invente un oxymore : l'ascétisme gargantuesque.

Ce  épicurisme hyper-minimaliste n'est pas sans rappeler la notion de "frigidité nymphomane", magistralement interprétée par une ancienne camarade de gouvernement du roi de la Téfal, comme vous pouvez le constater en vous reportant à la vidéo ci-dessous.

***

Soucieuse que nous sommes de ne pas nous répéter, nous vous renvoyons à l'analyse que nous fîmes tantôt de cette belle vidéo. Valérie Pécresse, ministre du Budget en quelque sorte, nous y détaille avec gourmandise les spasmes de ravissement esthétique que lui procure la lecture de "livres de femmes".

***

Mais pour son malheur, Valérie Pécresse compte désormais une rivale sérieuse dans la réalisation de "one woman shows" ayant pour vocation d'accéler le processus de mort politique de leurs protagonistes. Car c'est au tour de Nora Berra, cette semaine, de s'auto-immoler par le ridicule en contribuant à une vidéo à la gloire des "Jeunes Pops".

Dans ce petit film, celle qui est en quelque sorte sous-ministre aux zénés, et dont la France entière découvre pour la première fois l'existence et le visage, rattrappe largement l'une de ses prestations précédentes. Elle affirme avec chaleur : "les Jeunes Pops, c'est une vraie histoire entre nous. Il y a quelques années, ils étaient à mes côtés. Ils ont fait campagne pour me faire élire au Perlement européen, ils étaient présents aux régionales, et à d'autres échéances électorales, toujours partants, toujours mobilisés, toujours sur le terrain " !




Palsambleu ! Les "Jeunes Pops" connaissaient donc l'existence de ce diamant de la vie politique française qu'est Nora Berra, et nous l'avaient cachée ? Cruels UMPistes ! Heureusement qu'ils rattrapent le coup, avec l'élégance et le talent cinématographique qu'on leur connaît.

***

Hélas, parmi ces joyaux de la vidéo politique française, nous ne sommes parvenus à trouver aucune oeuvre qui rende hommage à Claude Guéant comme il le mériterait.

Pour y remédier nous conseillons vivement au "premier flic de France" d'élaborer une rapide chorégraphie sur la chanson ci-dessous. Avec Morano au micro, ce sera parfait.


 _________________________

dimanche 10 avril 2011

Valérie Pécresse, ou le féminisme à visage humain






« Dans ma bibliothèque » est un petit blog vidéo dont l’objet est de faire découvrir aux internautes les goûts littéraires et musicaux de personnalités. C’est là que je suis tombée, sidérée, sur cette caricature d’autopromotion par la vacuité mettant en scène Valérie Pécresse « dans sa bibliothèque ». Le spectacle d'un ministre de la République se prêtant sans vergogne au simagrées inventées par quelques communicants manifestement pervers pose en effet quelques questions sur la manière dont les  grands commis de l'État envisagent désormais "l'incarnation" de leur fonction.

Accueillant une petite équipe vidéo dans la fausse intimité d’un intérieur désincarné, la ministre tirée à quatre épingles enfile les poncifs comme des perles, en nous présentant ses lectures très « romantico-popu », dans une attitude hyper-empruntée que l’on eût volontiers attribué, de prime abord, à une grande bourgeoise ne s’encanaillant jamais au-delà de la lecture d’un Jane Austen.

Rien de très « british gentry », pourtant, dans la bibliothèque de Valérie Pécresse. Ce qui n’empêche pas que l’on y trouve avant tout, comme elle nous l’annonce satisfaite, « des livres de femmes ». Et d’apprendre, un peu incrédule, qu’ils « la racontent ». « N’en déduisez pas que je suis féministe, vous auriez raison » prévient l’hôtesse : ça promet d’être bigrement subversif !...

Parmi ces ouvrages « un barrage contre le Pacifique » de Margueritte Duras, hommage à « l’esprit de résistance », dont on imagine combien il doit être familier à Mme Pécresse. Celle-ci décrit l’ouvrage comme une sorte de « mythe de Sisyphe vu par les femmes » dont on restera longtemps à se demander en quoi il peut bien différer du mythe de Sisyphe « lambda », vu par les hommes. Vient ensuite « le bébé » de Marie Darrieussecq, qui exalte « la maternité comme on la voit toutes, c'est-à-dire cette merveille », quoiqu’en puissent dire les Badinter de tout poil et autre pisse-froid qui nous rebattent les oreilles avec les nausées du premier mois, les douleurs de l’accouchement et les vergetures post-gestation. Enfin, « la joueuse de Go » de Shan Sa, est l’un des innombrables livres étrangers qui témoignent s’il en était besoin de l’ouverture d’esprit de Valérie Pécresse : éprise de world-culture, cette aventurière de la première heure avoue raffoler de « l’exotisme ». Surtout lorsqu’il est vécu loin des dangers du paludisme et des Jivaro coupeurs de têtes, même si « rien n’est jamais plus beau qu’une touriste blonde (…) juste avant que sa tête dans la jungle ne tombe » (Muray).

Féministe ? Assurément. Ce n’est pas Pécresse qui nous recevrait dans sa cuisine au milieu de sa batterie de casseroles comme le fit "l'épucurien" Hervé Morin le 1er janvier. Pourtant, il n’y a pas que des « écrivaines » dans la bibliothèque de la ministre.  Il y a aussi des hommes. « J’en ai retrouvé », jubile-t-elle en brandissant…des CD de musique ! Chez les Beauvoir du XXI° siècle, l’humanité est en effet coupée en deux. Les femmes, tendres et rêveuses se languissent en écrivant des vers pour exprimer le trouble qui les étreint au doux soleil de la fin du jour. Les hommes, solides et rugueux braillent en jouant de la gratte. Et comme « sans la voix des hommes, on n’y arriverait pas », Pécresse a choisi Léonard Cohen et sa « voix de basse exceptionnelle ». Pas bégueule, elle a aussi choisi Renaud, ce motard tatoué qui aimait Mitterrand et conspuait Thatcher : on vous avait prévenu que ce serait subversif.

Arrivent enfin les films, au premier rang desquels « le père Noël est une ordure », qu’on regarde en famille chez les Pécresse et dont on récite les dialogues par cœur. Ah, que ça fait chaud au cœur ce côté « comme tout le monde » ! Suffisamment « popu » pour nous venter les mérites d’un film « franchouillard » avec l’Encyclopédia Universalis arrière plan quand nous nous attendions plutôt à l’œuvre complète de Fellini avec le Littré en toile de fond. Suffisamment trans-générationnelle pour avoir fait l’impasse sur le trop récent « bienvenue chez les Chtis », mais pas suffisamment « plouc » pour avoir déballé ses « bronzés font du ski »…

On poursuit la séquence sur « Casablanca », « THE film d’amour » parce que, personnalité dense et complexe, traversée de contradictions et de combats intérieurs, l’oratrice est « féministe, mais romantique ». Puis on achève sur « vas, vis et deviens », « beau film sur la tolérance » et sur « la différence » qui narre l’histoire d’un « petit africain » se faisant passer pour un juif : pour le couplet sur l’exotisme, voir supra.

Avant que la caméra ne s’éteigne laissant le spectateur plongé dans un abîme de perplexité, on apprendra que Valérie Pécresse rêve quant à elle de découvrir la bibliothèque de Luc Besson. Ce qui témoigne combien la ministre n’a pas feint, et combien elle possède l’authentique imagination des vrais artistes : pour concevoir que Besson puisse posséder une bibliothèque, il faut avoir une certaine appétence pour la fable.