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dimanche 27 mai 2012

La victoire de François Hollande, un cadeau empoisonné ?




Il est sorti le 10 mai, soit quatre jour après l’élection de François Hollande. Pourtant, La Victoire empoisonnée d’Eric Dupin (Seuil, 2012) n’est pas un de ces quick books, écrits à la hâte en deux jours et trois nuits.

On en a l’assurance dès les toutes premières pages : il s’agit là d’un travail patient d’observation, fait de nombreuses rencontres et d’interviews, réalisées au cours d’un authentique Voyage en France, pour reprendre le titre d’un précédent ouvrage du journaliste.

Le récit, présenté de manière chronologique, débute dès le 29 août 2011, et nous invite à remonter le temps, jusqu’au tout début de la primaire socialiste. C’est donc pas moins de 9 mois de notre histoire politique récente que nous parcourons avec l’auteur, qui nous emmène du Nord au Puy de Dôme, de l’Aube à la Drôme, de la Bretagne au Val d’Oise. Chacun peut ainsi espérer croiser, au fil de ces pages, les militants et notables locaux de son bout de France natal.

Car le panel des Français présentés ici est large. On croise des militants, des syndicalistes ou des élus locaux, de gauche, de droite, du centre. On fait la connaissance de simples électeurs, dont la lucidité étonne, en même temps que le faible enthousiasme inquiète. On aborde enfin quelques personnalités politiques de premier plan, jusqu’au candidat Hollande lui-même, à l’occasion d’un déjeuner avec l’auteur qui constitue peut-être le meilleur moment du livre.

C’est une France désabusée que décrit Eric Dupin. Lui-même en vient d’ailleurs à s’y tromper. De retour de ses pérégrinations en Bretagne, où il peine parfois à rencontrer des interlocuteurs enclins à parler politique, il pronostique : « j’ai l’impression que la participation à cette élection présidentielle ne sera pas exceptionnelle ». Nous sommes nombreux à avoir formulé ce présage pessimiste, et il faut bien convenir que le taux de participation élevé, au soir du 22 avril, a surpris.  

La raison de ce sursaut ? L’antisarkozysme y est pour beaucoup. Chez les électeurs de gauche, évidemment, mais aussi chez ceux de droite, qui, à l’orée du scrutin, dissimulent mal leur pessimisme ou leurs doutes. Comme ce député UMP de l’Aube, peu convaincu par la stratégie de campagne adoptée par Sarkozy et qui déplore : « il faudrait qu’il se limite à quelques points forts au lieu de se lancer dans une sorte de course à l’échalote qui part dans tous les sens ». Le même avoue avoir été approché par des électeurs « qui lui avaient timidement demandé de conseiller à Sarkozy de ne pas se représenter pour laisser la place à François Fillon ».

A gauche, on n’est guère plus enthousiaste. On pronostique la victoire sans en concevoir de joie particulière. Un syndicaliste confie ainsi à Dupin : «  là, il ne va rien se passer. On va gagner par défaut en mai 2012 (…) on va être dans un truc à la Edgar Faure ou à la Daladier ». Déjà, pendant la « primaire citoyenne », alors qu’Hollande et Aubry se disputaient les suffrages de quelques 2 millions d’électeurs, une élue locale confiait : « François est le meilleur candidat, mais Martine serait la meilleure présidente ». Un autre, sénateur celui-là, lâche : « je n’y crois plus »…

Mais on découvre au détour de l’ouvrage que François Hollande est parfaitement conscient de tout cela. La perspicacité du candidat, que l’on constate à l’occasion du déjeuner qu’il partage avec Dupin, est frappante. Il sait notamment qu’au delà du simple fait de gagner, les conditions de l’exercice du pouvoir dépendront fortement de celles de la victoire. Hollande sait qu’une victoire dans un mouchoir de poche n’équivaut pas à une victoire franche et massive. Et qu’une élection par défaut n’offre pas les mêmes marges de manœuvre qu’une large adhésion. Le candidat affiche tout à la fois une détermination sans faille, et une prudence sagace : « à la différence de 1981, cette victoire est sans attente immense, c’est quand même un changement considérable » puis d’ajouter : « toute victoire a sa part de poison ».

Les pérégrinations d’Eric Dupin se poursuivent. On rencontre Nathalie Arthaud, Laurent Fabius, Patrick Devedjian et d’autres. On croise des partisans d’EELV, des aficionados de Marine le Pen, des militants mélenchonistes. On lit le témoigne de maires, de conseillers généraux, de parlementaires. On écoute, surtout, ces paroles d’électeurs, qu’ils soient chefs d’entreprise, ouvriers, jeunes en difficulté. Les mots prononcés sont parfois durs, parfois drôles. La spontanéité grinçante des uns nous instruit tout autant que la lucidité désenchantée des autres.

Au bout du compte, c’est une France politisée et intelligente que peint Eric Dupin, mais aussi une France échaudée et circonspecte. Une France paradoxale où l’intérêt pour la campagne le dispute au découragement, et où la passion française pour les joutes et le débat semble avoir été en partie douchée par le quinquennat calamiteux de Nicolas Sarkozy. 

Que pourra faire François Hollande de cette « victoire empoisonnée » et de ces 51,6% qui ne constituent pas, loin s’en faut, un triomphe ?

Cela dépendra de nombreux paramètres. Du contexte européen, tout d’abord. Car rien ne sera possible en France si rien n’est possible en Europe. A cet égard, mille scénarios sont envisageables. Si l’apparent isolement de la très austère chancelière allemande autorise un espoir, la situation dramatique dans laquelle se trouvent la Grèce, l’Espagne et d’autres ont tôt fait de faire refluer l’enthousiasme. 

Cela dépendra aussi de la configuration de la majorité qu’obtiendra le nouveau président aux termes des élections législatives des 10 et 17 juin. Hollande a beau souhaité « avoir une majorité solide », celle-ci ne lui est pas acquise.

Cela dépendra enfin de la capacité du chef de l’Etat à répondre aux sollicitations du réel. Eric Dupin note à juste titre une grande « plasticité » du nouvel élu. Cela se révèlera-t-il une qualité, le rendant apte au compromis, ou un défaut, le conduisant au renoncement ?

Il est évidemment trop tôt pour répondre à ces questions. Mais La victoire empoisonnée a le mérite de les poser toutes. Et de nous permettre de comprendre, surtout, dans quel contexte ces interrogations prennent place. Comment gouverne-t-on un peuple passionnément politisé, mais qui semble avoir cesser d’y croire ? Tel est l’enjeu du quinquennat qui s’ouvre.

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mercredi 25 avril 2012

Ecoute de la (gauche) pop', François Hollande !

Par Benjamin Sire

[ Benjamin Sire est musicien, et tient le blog Wuyilu. Il est membre du collectif « Gauche populaire ». Il est aujourd'hui l'invité de l'arène nue ].



Quelques jours après le premier tour de la présidentielle, tout le monde aura noté la première place historique de François Hollande, seul challenger à avoir obtenu cette position face à un président sortant au cours de la Vème République.

Une fois dit cela, il faut regarder ailleurs et s'inquiéter un peu, non seulement d'un second tour pouvant encore échapper au PS, mais surtout, une fois de plus, du sens que revêt le score obtenu par Marine Le Pen et de l'apparition d'une nouvelle sociologie dans son électorat.

Quand plus d'un large tiers des électeurs se prononce en faveur de candidats « radicaux », de gauche comme de droite, quand aucun des deux favoris, largement portés par les médias, ne parvient à susciter de véritable élan (pas plus qu’en 2002), il convient de développer d'autres arguments que ceux qui se bornent à accuser l'UMP d'avoir labouré les terres du Front national pendant cinq ans. Reprocher au parti présidentiel ses errements idéologiques, notamment la stigmatisation de certaines populations, lorsque l’on choisit soi-même d’occulter le sujet, ne fait qu'alimenter le phénomène.

La réalité de ce que l'on appelle le « vote protestataire » n'est pas seulement affaire d'idéologie mais aussi de rapport à une certaine morale. La dénonciation de la « lépénisation des esprits », date déjà de la présidentielle de 1988 et procède d'une culpabilisation fainéante. Quant au sentiment de « coupure entre les élites et les petits » et de « perte identitaire », mieux vaudrait les comprendre au lieu de les brocarder. Il y a là autant le reflet de l'évolution de la construction européenne que du comportement de la classe politique majoritaire et des médias (voire l'explosif referendum sur le traité de Maastricht, puis sur celui sur le traité de Lisbonne, dont le résultat fut confisqué).

Dès 1988, des enquêtes[1] révèlent que, pour les sondés, « le seul but du politique est la domination, celui de  la finance, la possession et celui des médias l'éblouissement de lui-même par lui-même ». Déjà, ces études témoignent que la principale préoccupation du peuple est un fort désir de « protection ». Or, il est évident que dans les faits, si les le pouvoir financier et le pouvoir médiatique ont poursuivi leurs buts jusqu'à l'indécence, le peuple, lui, n'a cessé d'être trahi, tant la notion de protection implique celle de confiance, et cette confiance une forme de respect de la parole donnée.

Hélas, la perte du sens de la parole donnée s'est poursuivie sans relâche depuis le début des années 1990, tant à droite qu'à gauche, favorisant les réflexes du vote « extrémiste ». Celui-ci s’étend aujourd’hui bien au-delà du socle électoral naturel des partis « radicaux » et fédère un nombre croissant de citoyens de bonne volonté,  exaspérés jusqu'au dégoût par l'observation du politique, et chaque jour plus fragilisés par les conséquences de ses actions.

A gauche, sous les coups de boutoir conjugués de Rocard, de Delors et de leurs enfants, on n’a cessé d’escamoter les notions de « peuple », de « République » et de « nation », comme s’il s’agissait de gros mots malodorants. La droite, elle, s'est emparée de ces termes comme de concepts marketing utilisables à de seules fins électorales.

On l'a vu avec la « fracture sociale » de 1995, qui marque la première utilisation des thèses d’Emmanuel Todd à des fins politiques. Mais cette « fracture » est oubliée dès l'élection de Jacques Chirac. A nouveau à gauche, le renoncement de Jospin sur le cas Vilvoorde en 1997 puis l'inclinaison du parti socialiste à privilégier le sociétal par rapport au social, la minorité par rapport au peuple, le désir individuel par rapport au dessein collectif, ont fait bien des dégâts. Par la suite, la campagne diablement populaire - et non populiste - de Nicolas Sarkozy en 2007 réussira brièvement à ramener le Front National à son étiage électoral et idéologique naturel."

Il existe donc bien un « peuple » chaque fois célébré à droite puis chaque fois trahi - et comme jamais depuis 2007 . Mais à gauche, il est chaque fois ignoré. Dès lors, il ne faut pas être surpris qu’il se « venge » en se détournant de cette famille politique qui devrait pourtant être la sienne. Le retour au « peuple » est ainsi la clef et l'enjeu réel du second tour de la présidentielle.

La classe politique l'a bien compris : nous avons vu combien la droite a fait usage du concept de « peuple », s'appuyant notamment sur les travaux du géographe Christophe Guilluy[2]. Pendant ce temps, le PS, récupérait Emmanuel Todd - davantage comme un trophée que comme un outil - et tolérait de se laisser aiguillonner par la Gauche Populaire de Laurent Bouvet[3], Gaël Brustier[4] et d'autres, dont les thèses ont affleuré dans un discours du Bourget, hélas sans suite remarquable.

A l’occasion du premier tour, presque tous les candidats, de Nicolas Sarkozy à François Bayrou, en passant par Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Nicolas Dupont-Aignan, Nathalie Arthaud et Philippe Poutou, se sont réclamés du peuple et, par extension, de « l'anti-système ». Pour certains, tel Sarkozy, cet exercice confinait à la schizophrénie, voire à la duplicité. Surtout, cette manœuvre a été pour la première fois éventée avant que de porter ses fruits, sauf pour la candidate du Front national, qui peut se prévaloir de n'avoir jamais été aux responsabilités. Quant au score décevant - bien qu'inespéré en début de campagne - de Jean-Luc Mélenchon il s'explique en partie par son paradoxe personnel d'ancien apparatchik socialiste soudainement reconverti en candidat « populiste ».

Les deux seuls candidats qui se sont le moins réclamés du « peuple » sont à l’évidence François Hollande et Eva Joly. Hollande a néanmoins pris soin de s'inscrire dans un discours de dignité et de rassemblement, dans lequel, la référence à la « République » demeurait omniprésente. Quant à Eva Joly, elle doit sa gifle monumentale à une campagne durant laquelle elle s'est évertuée à expliquer que tout ce qui faisait la France et sa tradition méritait d'être voué aux gémonies, cependant qu’elle délaissait presque complètement le terrain écologiste.

Cette idée de mépris ou d’ignorance du peuple par les « élites » est aujourd'hui fortement inscrite dans le code génétique de l'électeur habitué des campagnes. Dire, comme certains, que « Marine Le Pen est une enfant de Sarkozy », en considérant le seul versant idéologique du Front national, est une excuse facile, même si le discours sarkozyste a encouragé la décomplexion vis-à-vis de Marine Le Pen. Finalement, peu d’électeurs adhèrent à la totalité du marigot idéologique du FN, dans lequel surnagent des thématiques ultra-minoritaires, de celles chères aux catholiques extrémistes à celles héritées du MNR de Bruno Mégret.

En fin de compte, c’est davantage l'immense trahison dont s’est rendu coupable le Président sortant qui a nourri le vote FN. Ainsi, ce n'est certainement pas en insultant, en méprisant ses électeurs, parmi lesquels  figurent - et c'est nouveau - nombre de primo-votants, que l'on accomplira l'œuvre de réconciliation nationale qui s'impose.

Aujourd'hui, puisque les urnes en ont ainsi décidé, la confrontation sera celle de François Hollande et de Nicolas Sarkozy. Il s’agira donc de choisir entre un rassembleur, indiscutablement humaniste, bien qu’aux idées encore incertaines et un cynique, opportuniste jusqu'à la folie. Le choix en faveur du premier s'impose donc comme une évidence.

Toutefois, s'il s'agit dans un premier temps de se débarrasser du plus nuisible des Présidents de la Vème République, il faut garder ceci en mémoire : le quinquennat qui s'annonce pourrait avoir des conséquences plus graves encore que l'actuel si le candidat socialiste ne s'imposait, au-delà du simple discours, une véritable prise en considération d'un peuple dont la défiance n'attend que d'être apprivoisée.

Nous serons plusieurs à le lui rappeler tout au long des dix jours que durera encore la campagne ; quoique nous soyons déjà assurés de glisser dans l'urne un bulletin à son nom, sans l'ombre d'une hésitation.

Écoute de la (gauche) pop’ François Hollande !


[1] Etude de l'agence « Temps Public » 1988
[2] Christophe GUILLUY,  Fractures françaises, François Bourin éditeur, 2010.
[3] Laurent BOUVET, Le sens du peuple, Gallimard 2012.
[4] Gaël BRUSTIER et Jean-Philippe HUELIN, Recherche le peuple désespérément, François Bourin éditeur 2009.
                                    
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jeudi 19 avril 2012

Avec Eva Joly, nous sommes tous des Norvégiennes ménopausées.



Eva Joly, l’a encore montré hier soir lors de son ultime meeting de campagne au Cirque d’hiver : elle ose tout. Elle ose braver le ridicule en imitant, régionalisme oblige, un accent ch’ti approximatif lorsqu’elle tient meeting dans le Nord. Elle ose, elle, l’ancienne juge, dénoncer « l’instrumentalisation » de la présomption d’innocence, et s’affranchir de cette règle intangible de notre droit, pour porter des accusations lourdes à l’encontre de Nicolas Sarkozy. Elle ose arborer des lunettes qui devraient conduire Alain Afflelou directement en prison, sans même qu’on prenne la peine de s’interroger sur sa possible innocence. Surtout, hier soir, elle a osé la saillie la plus incongrue de toute la campagne présidentielle.

On connaît ses actuels démêlés judiciaires avec Marine Le Pen qu’elle a récemment qualifiée d’héritière d’un « père milliardaire par un détournement de succession ». Poursuivie en diffamation par l’héritière susdite, la candidate écologiste devrait être relaxée dans la journée.

Hier soir, l’égérie des Verts s’en prenait à nouveau à la leader frontiste. Cette dernière avait réuni ses partisans mardi soir au Zénith de Paris, et les avait harangués en ces termes : « c’est parce que vous êtes chez vous que vous avez le droit de ne plus vouloir de ces Franco-Algériens comme Mohamed Merah ! ».

Cela vaut évidemment son pesant de « points Godwins », mais la réponse de Joly bat en la matière tous les records : « nous sommes chez nous, nous, les bretons, les corses, les occitans, nous les polaks, les portos, les ritals, et les espingouins, nous les youpins, les nègres, les bougnoules, et nous…les Norvégiennes ménopausées ! » a-t-elle tonitrué.

On fait parfois grimper les sondages avec tout et n’importe quoi, sans nécessairement s’embarrasser de pudeur : les longs mois de campagne qui s’achèvent nous l’on prouvé. Les origines, les amours, les souffrances, le régime alimentaire, les déceptions, les faiblesses : tout semble bon dans le cochon. Mais faire campagne sur la ménopause, de mémoire de citoyen français, on n’avait encore jamais vu ça. Et l’on attend avec hâte qu’un candidat masculin à la présidence de la République ose faire le « coming out » de ses affres prostatiques pour faire pièce à madame Joly.

Coluche aurait peut-être pu rivaliser. On se rappelle que, candidat en 1981, il en appelait lui aussi à « nous les…. ». Nous, « les fainéants, les crasseux, les drogués, les alcooliques, les pédés, les femmes, les parasites, les jeunes, les vieux, les artistes, les taulards, les gouines, les apprentis, les Noirs, les piétons, les Arabes, les Français, les chevelus, les fous, les travestis, les anciens communistes, les abstentionnistes convaincus ». Las, il avait omis « les Norvégiennes ménopausées »…

« Les Norvégiennes ménopausées », grandes oubliées également des chants de la cavalerie d’Afrique : « c'est nous les descendants des régiments d'Afrique, les chasseurs, les spahis, les goumiers… ». Mais on sait combien Eva Joly se défie de la "militarité", notamment du 14 juillet. Chez les écologistes, rappelons-le, « c’est nous les pacifistes, les humanistes, les idéalistes ».

« Les Norvégiennes ménopausées », exclues enfin de la poésie, y compris des poèmes qui s’intitulent de façon presque prémonitoire "Le jugement des juges" : c’est nous, « ceux qu’on enferme dans le froid, sous les serrures solennelles, ceux qu’on a de bure vêtus, ceux qui s’accrochent aux barreaux, ceux qu’on jette la chaîne aux pieds dans les cachots sans soupiraux, ceux qui partent les mains liées, refusés à l’aube nouvelle, ceux qui tombent dans le matin, tout disloqués à leur poteau… ».

En même temps, citer Robert Brasillach en meeting, ça a déjà été testé. Et, si ça fait tout autant gloser que « Les Norvégiennes ménopausées », il n’est pas totalement certain que ce soit bien plus habile….

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dimanche 15 avril 2012

Sarkozy à la Concorde : c'était gratiné !


Entre Vincennes et la Concorde, ce dimanche, j’ai fait mon choix. Je me suis rendue sur cette place restée fameuse pour avoir vu la tête du roi de France rouler dans une corbeille, à l’endroit où se dressait jadis un engin de mort, et où un obélisque dardait aujourd’hui son optimisme impuissant vers un ciel triste : l’endroit idéal, me semblait-il, pour assister à une fin de règne.

L’envie n’y étant qu’à moitié, j’arrivais en retard. Pourtant, il ne fut guère difficile d’accéder au lieu de la sauterie présidentielle : les rues adjacentes étaient plus que praticables. Je débouchais facilement sur une « place de la Concorde loin, très loin, des 100 000 personnes annoncées par les organisateurs », comme l’indique ici Laureline Dupont. Et cette image en témoigne : il y avait du monde, mais ce n’était pas bondé. Il fallait vraiment porter le regard jusqu’au pied de l’estrade pour voir cette « marée de drapeaux bleu, blanc, rouge » signalée par Le Point, et qui présente toutes les caractéristiques de la marée descendante.

Une "marée de drapeaux" : on sent monter une vague....

Le public est relativement placide. Et pour cause. Voilà à quoi ressemble « la France qui se redresse, la France qui s'engage, la France qui s'enthousiasme » chère au cœur de Jean-François Copé.



Un « jeune avec Sarkozy » interpelle une journaliste : « vous ne vous occupez que des sondages ! ». C’est vrai qu’ils ne sont pas bons, mais force est d’admettre qu’elle n’y peut pas grand-chose. Une dame à l’allure « respectable » explique à ses amis qu’elle ressent le besoin « d’un ancrage », et combien elle espère le trouver que chez « Sarkozy, un homme courageux qui a mérité cinq ans de plus ». « On est obligé de le garder » confirme une comparse bien mise.

Un "jeune avec Sarkozy"

Le discours et rebattu. Il est fait de bric et de broc. Exit le « modèle allemand » tant vanté hier encore. Aujourd’hui, c’est « la Nation » que célèbre le candidat, et bien d’autres choses encore : un « nouveau modèle de croissance », la « promotion sociale par la formation et par l’instruction », un « protectionnisme économique raisonné », la « révolution numérique », puis, en vrac, veaux, vaches, cochons, Molière, Voltaire, Chateaubriand, Napoléon, de Gaulle, Jean Monnet, Zola, Hugo, et… « les chrétiens d’Orient », dont on ne s’attendait pas – eux non plus sans doute – à ce qu’ils soient de la fête.

On croise malgré tout quelques jeunes : un couple de chouans clownesques de « la Vendée forte » tout de rouge vêtus : peut-être ne leur a-t-on pas dit que Jean-Luc Mélenchon, c’était hier à Marseille ? Une poignée de bretons venus bretonner à la capitale brandissent également leur étendard régionaliste au moment même où leur champion  revendique pour la France « le droit de défendre ses valeurs, sa culture, sa langue ». Sa culture ? Késaco ? Sa langue ? Kénavo !




A la fin de la harangue, qui se conclut par la désormais célèbre exhortation « aidez-moi ! », la Marseillaise est lancée. Puis retentit à son tour la musique de campagne du candidat Sarkozy. La Concorde se vide rapidement : vingt minutes suffisent pour faire place nette. Par chance, comme dans tous les meetings y compris quand ils sont tristes, il y a toujours moyen de grignoter un casse-dalle. Néanmoins, il faut bien l’avouer : cette France forte, elle est gratinée !


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Concorde versus Vincennes : une seule question, une seule réponse.


@fhollande samedi 14 avril soir sur Twitter " A demain à 12h30 sur l'esplanade du château de #Vincennes pour un grand rassemblement festif et populaire "

@NicolasSarkozy dimanche 15 avril matin sur Twitter " Mes chers amis, je vous invite, d’où que vous soyez, à me rejoindre, aujourd'hui à 14h, place de la #Concorde à Paris -NS "

D'ores et déjà, malgré le spectre de la pluie qui plane sur la capitale, les supporters de chacun des deux candidats se tiennent prêt à leur soutien inconditionnel à son champion en des termes qui pourraient se s'apparenter à cela :




En effet, en ce dernier dimanche de campagne, Nicolas Sarkozy et François Hollande ont tout à prouver. En fin de soirée, au terme de ce duel de bretteurs, les électeurs devront en effet pouvoir répondre à la question suivante, la seule, finalement, qui mérite d'être posée :



Qui, de François Hollande ou de Nicolas Sarkozy, oui qui a les plus grosses maracas ?

(Mais vous pouvez aussi lire de la poésie, en cliquant ici )

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lundi 9 avril 2012

Je monte le chon, je tombe le caleçhon et je vote Mélenchon.


Ceux qui pratiquent les réseaux sociaux connaissent sans doute le collectif « l’humour de droite » et ses plaisanteries souvent caustiques.
Avec la montée inexorable de Jean-Luc Mélenchon dans les sondages, voici venir le temps de « l’humour de gauche », qui se déploie sur la Toile.

Depuis une semaine circule en effet sur Facebook et sur Twitter un montage anonyme, mais potentiellement attribuable à des militants du Front de gauche : quelques jeunes femmes pulpeuses, que l’on suppose entièrement nues, tâchent de préserver leur vertu en dissimulant leurs opulents atours derrière une large pancarte proclamant : « si tu veux voir nos nichons, vote Mélenchon ».



Vous avez l’impression d’avoir déjà vu cette image ? C’est normal : plusieurs journaux, en relayant « l’affaire », nous en indiquent la source. En réalité, ces sylphides à la silhouette préraphaélite sont les cinq membres d'un groupe de  R&B, Danity Kane. Muses de l’association américaine PETA, qui milite pour la défense des animaux et contre le port du vison naturel, elle proclamaient à l'origine : "plutôt à poil qu'en fourrure".

Largement relayé, ce détournement publicitaire a été qualifié par certains de « dérangeant » : quoiqu’il soit sans doute plus confortable de mener une carrière de chanteuse ou de mannequin que d’être caissière à Prisu, il est toujours de bon ton de proclamer qu’une « famapouale » est nécessairement une « femme objet ». L’unpolitically correctness de la plaisanterie a donc été signalé ça et là par quelques féministes engagées, citoyens conscientisés, ou quidams se disant que même si in petto ils trouvaient ça fort drôle, « on ne sait jamais ».

En dépit de l’effort manifeste des trafiquants d’affiche pour respecter comme il se doit la « diversité », il a pourtant fallu donner quelques gages aux enragés de la lutte contre « toutes les formes de discriminations ». Et les plaisantins d’un donner à ces bégueules pour leur indignation :




Au delà de ces images éminemment troublantes et qui « nous questionnent quelque part », le candidat du Front de gauche avaint déjà inspiré. Ainsi le groupe Psychonada - qui sort un album de soutien à la campagne de « Méluche » - avait récemment détourné le délirant « Louxor j’adore » de Philippe Katerine, pour en livrer une version intitulée « Je re-Mélenchon » :




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mercredi 4 avril 2012

Faut-il occire les « petits » candidats ?...




François Hollande, Nicolas Sarkozy, Jean-Luc Mélenchon, François Bayrou, Marine Le Pen…

…puis une nouvelle pincée de François Hollande, suivi d’un zest de Nicolas Sarkozy. Parfois même, les deux ensemble, comme dans Le Figaro de ce jour, qui, visionnaire comme à son habitude, nous annonce avec trois semaines d’avance : Hollande-Sarkozy, un duel sans merci. Pourtant, un récent sondage montre que 53% des Français ne veulent pas de cette affiche de second tour. Mais les sondages, il est convenu qu’il faut en penser beaucoup de mal, et les considérer « avec précaution ».

Deux candidats, c’est donc l’idéal. Cinq, c’est déjà beaucoup. Mais dix, cela semble ingérable. Dès lors, Lesmédias[1] s’efforcent de n’évoquer les « petits » candidats qu’en filigrane : leur ombre plane sur la campagne, mais leur personne de chair et d’os est éclipsée et leur programme presqu’ignoré. Philippe Cohen a certes noté que durant une semaine, « les candidats majeurs se sont éclipsés, en principe pour faire du terrain, tandis que les radios et télévisions profitaient de ce trou d’air pour inviter les petits candidats ». Cet aparté n’aura tout de même duré que fort peu de temps.

Si la couverture médiatique de la campagne présidentielle dysfonctionne, d’éminents représentants de Lesmédias possèdent nombre d’explications. On peut les découvrir en consultant le blog du précieux Laurent de Boissieu. Ce dernier, note, à très juste titre, qu’« il existe tous les cinq ans une période dans la vie politique française où toutes les opinions politiques disposent des mêmes chances : le temps de la campagne officielle, du deuxième lundi au vendredi précédant le premier tour de scrutin présidentiel ». Mais c’est pour déplorer immédiatement : « cette courte période de respiration démocratique semble encore trop grande pour l'oligarchie politico-médiatique ».

Et le journaliste de mettre en ligne, non sans colère, deux textes en provenance des hautes sphères de Lesmédias. Ces textes permettent d’appréhender enfin les raisons d’une mise en œuvre très approximative du principe d’égalité de traitement des candidats.

« Les règles du CSA sont inapplicables ! ». Tel est le cri du cœur avec point d’exclamation attenant des médiateurs de presse de La Dépêche du Midi, de Radio France, de RFI, du Monde, de France Télévision, de Sud Ouest, de TF1, et de la Nouvelle République du Centre-Ouest dans une tribune parue le 15 mars. « Nos publics nous demandent de traiter de la même manière les propositions ou les programmes des candidats à l'élection présidentielle » semblent-ils découvrir benoitement, pour répliquer immédiatement que d’abord c’est infaisable, et qu’ensuite c’est inopportun : « les règles d'égalité telles qu'elles ont été édictées par le CSA [sont] discutables, car comment justifier devant le public citoyen que l'on consacre autant d'attention à ceux qui peuvent prétendre diriger notre pays pendant cinq ans et à ceux qui n'y songent même pas ? 

Les médiateurs de presse ont bien raison de s’interroger de la sorte. Nous savons tous que « quelque part », certains candidats ne croient pas du tout à leurs chances d’être élus. D’aucuns sont même suspects de n’y même pas penser le matin en se rasant. Aussi, pourquoi s’embarrasser de la couverture de leur inutile campagne de témoignage ? D’autant que le « public citoyen » - dont on sait parfaitement lire dans la conscience lorsqu’on est médiateur de presse - n’a pas du tout envie qu’on lui parle des « petits » candidats. Quand bien même on expliquerait à cet idiot de peuple que, s’il y a dix impétrants, c’est parce que des élus de la République ont décidé sciemment de leur offrir leurs parrainages, les « vrais gens », ces imbéciles incurables dont on ne finira jamais de maudire le jour funeste où ils ont acquis le droit de vote, ne comprendraient même pas.  

Mais ce n’est pas tout. Les choses - qui sentaient déjà pas mal le roussi - se mettent à fleurer carrément la défaite lorsque le patron du CSA lui-même, Michel Boyon, autorité administrative indépendante de son état et garant, dans son domaine, du bon déroulement de la campagne, affirme au Monde : « une trop longue période d'égalité est un risque d'appauvrissement du débat politique ». Non, vous ne rêvez pas. Oui, vous avez bien lu : le pluralisme appauvrit le débat politique. Le débat est sclérosant. Et, tant que nous y sommes, la démocratie est une vieille lune et le suffrage universel une grave erreur, qui autorise une palanquée d’andouilles à voter pour une poignée d’ahuris.

On était habitué à se faire voler le premier tour. Cela est arrivé plus d’une fois, et on en connaît la principale bénéficiaire : elle s’appelle « l’abstention ».

Proposons à présent que l’on nous vole l’élection dans sa totalité, histoire de voir ce qui se passe. Tirons le vainqueur à pile ou face, rétablissons le suffrage censitaire, voire la monarchie de droit divin.

Faites donc vos propositions, messieurs les « médiateurs de médias» et autres « présidents d’autorités administratives indépendantes » ! Ayez de l’audace ! Vous venez de prouver que vous osez tout. C’est d’ailleurs à cela qu’on vous reconnaît…

Il convient toutefois de noter l’organisation, par France2, les 11 et 12 avril, de deux soirées politiques dédiées avec cinq candidats chacune. Ils s’exprimeront à tour de rôle, sans débat, car l’info, point trop n’en faut. Elles seront suivies d’une édition spéciale de « Mots croisés » qui aura lieu le 16 avril, mais en deuxième partie de soirée : l’info, point trop n’en faut. Cette fois-ci les dix candidats ou leurs soutiens sont conviés. Ô surprise, pour l’heure, seuls quatre ou cinq « petits » candidats se sont annoncés en personne. En revanche, les deux « gros » ont décliné : l’un a piscine, l’autre a poney.


[1] Lesmédias est une entité mystérieuse et intrinsèquement malveillante. Elle est peuplée d’éditocrates.

Lire et relire:
Présidentielle : oui, les "vrais gens" sont intelligents  CLICK
RTL : à quoi sert le pluralisme  CLACK

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dimanche 1 avril 2012

Sarkozy, le pape et Molière



Nicolas Sarkozy n’est ni « une momie », ni « un robot », ni « un automate »: il l’a rappelé samedi après-midi dans son discours aux jeunes. Son cœur d’homme sensible palpite pour « la jeunesse de France », et on le sent se consumer d’humanisme et de bonté. Car Sarkozy sent venir «un désir nouveau de fraternité» et même «un besoin d’amour». Il l’a affirmé dans sa harangue de la porte de Versailles, mi christique, mi extatique. Alléluia : le bon Dieu semble s’être s’est penché sur sa couche pour insuffler au président sortant un supplément de générosité et « d’amour du prochain ». Amen.

C’est que, voyez-vous, notre pays a beau être une République laïque, et on a beau le répéter sur tous les tons lorsqu’il s’agit de lutter contre « les communautarismes », ce n’est pas une raison pour omettre, une fois de temps en temps, d’appeler à la rescousse le petit Jésus.

Sarkozy y tient beaucoup, en digne promoteur des « racines chrétiennes de la France » qu’il est devenu lors de son célèbre discours du Latran. Laïcité, oui, pourvu qu’elle soit « de collaboration », « ouverte », « positive », ou qu’un quelconque adjectif puisse lui être accolé, de manière à pouvoir tout à la fois, dans un numéro d’équilibriste digne des plus adroits saltimbanques, fustiger « les fondamentalismes » et affirmer sans ciller que « l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur ».

Hier, s’adressant aux « Jeunes Pops », Nicolas Sarkozy est donc passé à la vitesse supérieure. En effet, l’homme est pressé : il est déterminé à vivre « trois semaines à fond » puis encore « deux semaines à fond », ainsi qu’il l’a rappelé en fin de discours. C’est donc « à fond » qu’il a remisé le gentil pasteur pour mettre carrément l’artillerie lourde en batterie : le curé c’est bien, mais l’ancien pape, c’est mieux. Et le candidat UMP de parvenir à caser, quelque part entre l’irremplaçable général de Gaulle et les inévitables rescapés d’Auschwitz, un hommage vibrant à…Jean Paul II.

Ainsi, après avoir rappelé à une jeunesse UMPiste manifestement férue de belle architecture si l’on en juge par ses hourras enthousiastes, que son « identité », « elle est dans nos cathédrales », le président candidat formula ce conseil : « vous êtes à l’âge où l’on veut fuir, tenter l’aventure. Partez à la conquête du monde, n’ayez pas peur. C’est un grand homme qui a dit ça au début des années 80, un grand pape, Jean-Paul II », se référant ainsi au « n’ayez pas peur ! » prononcé en 1978 par le tout nouveau Saint-Père, inaugurant de ses mots son pontificat.

Ah, quel homme pieux, ce Nicolas Sarkozy ! Ou…quel imposteur : chacun jugera. Mais force est de croire que celui qui se plait à traiter régulièrement son rival socialiste de « Tartuffe » et qui, samedi encore, citait Molière comme l’un des grands auteurs du patrimoine culturel français, sait très exactement de quoi il parle.

En attendant, il reste devant nous quelque cinq semaines à vivre « à fond ».
Vive la France à fond, vive la République à fond, et vive l’Eglise à fond !

Lire et relire :
L'étrange débat de Nicolas Sarkozy   CLICK
Sarkozy : France d'en bas ou France dans l'eau ? CLACK
Sarkozy : un sale gosse en pré-retraite  CLOCK
Entretien avec Catherine Kintzler autour de la laïcité  CLOUCK
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samedi 10 mars 2012

Micro-trottoir 2012 : Jean s'abstiendra



Cet entretien est le dernier du micro-trottoir 2012 de l’arène nue, dont vous pouvez en consulter ici la rapide description, ainsi que les seize précédents volets (un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, onze, douze, treize, quatorze, quinze, seize). Je remercie vivement Jean, mon interlocuteur.

***

Jean a 38 ans. Il est fonctionnaire et vit en région parisienne. Il a parfois voté par le passé, mais est fermement décidé à s’abstenir cette fois-ci.

Vous ne voterez pas à l’élection présidentielle des 22 avril et 6 mai. Pourquoi ?

La première raison est plutôt conjoncturelle : aucun des programmes proposés par les candidats déclarés ne correspond pleinement à ma vision du monde et à ce que je pourrais penser juste, efficace ou cohérent.

La seconde est plus de principe : je ne suis pas sûr de croire à la réalité et à la légitimité de la démocratie. Le principe selon lequel l’avis de citoyens, plus ou moins éclairés et de toute façon largement incompétents pour juger de problématiques aussi larges et complexes que celles de la conduite d’un pays, est pertinent et prend force de vérité parce qu’il est collectif me paraît absurde et mensonger. Bien évidemment, je me compte parmi ces « incompétents ».

De plus, recourir à cet avis tous les cinq et bloquer ainsi toute action ou initiative du gouvernement me semble particulièrement handicapant et nuisible à toute vision de long terme.

Votre première raison me surprend. Les candidats en lice sont nombreux. A défaut du candidat idéal, beaucoup d’électeurs optent pour « le moindre mal »…

Oui, mais cela n’en reste pas moins un « mal ». Et aucun candidat ne représente un « bien » suffisamment grand pour valoir la caution que mon vote apporterait au système électif moderne que je réfute.

Permettez-moi d’insister : qui pourrait être, malgré tout, ce « moindre mal » ?

En fait, j’accorde une importance particulière à plusieurs points : la restauration de la souveraineté de la France dans les domaines économiques, financiers et internationaux ; la volonté de remettre l’économie au service des hommes ; la préservation de valeurs traditionnelles structurantes telle que la famille, la culture et la tradition … une sorte de restauration ou, disons le mot, de réaction. Je ne suis pas sûr que Nicolas Dupont-Aignan ou Marine Le Pen, qui semblent porter un discours en ce sens, apprécieraient cette définition !

Venons-en à votre seconde raison de vous abstenir : vous ne souhaitez pas cautionner le système électif moderne. Vous n’êtes donc démocrate ?

Non, vraiment pas. Je considère que la démocratie moderne, pratiquée à large échelle et donc non comparable à la démocratie de la cité grecque, est un système absurde, mensonger et paralysant.

Absurde car fonder la légitimité du pouvoir sur le simple consentement et l’« intelligence » collective d’individus réputés éclairés me paraît tout aussi idéologique ou fabuleux – et en tout cas pas plus démontré par la raison – que de s’appuyer sur une révélation divine ou sur la tradition ancestrale.

Mensonger car faire croire au peuple qu’il a la capacité de comprendre, voire simplement de savoir, et donc de déterminer son bien commun et qu’il maîtrise sa destinée est un leurre qui ne fait que masquer le rôle dominant et exclusif d’une autre élite, bourgeoise et non plus aristocratique, et d’autres puissances (technocratiques, a-nationales et / ou économiques). Des exemples récents, du projet de Constitution européenne à la genèse et à la gestion de la crise actuelle, renforce cette appréciation.

Paralysant car les élections présidentielles et législatives désormais renouvelées tous les cinq ans, interfèrent avec le fonctionnement de l’Etat et nuisent, en cas d’alternance réputée souhaitable, à la continuité et à la cohérence de son action au long terme.

Vous ne croyez pas à l’intelligence collective du peuple. Par quoi faudrait-il remplacer la démocratie ?

Sans doute par ce qu’elle a remplacé : une monarchie de droit divin.

J’ai bien conscience de la quasi-folie qu’une telle idée peut avoir et du peu de réalisme d’une telle proposition après deux siècles et à notre époque. Je n’ai pas non plus d’illusion sur la perfection d’un tel système. Les Mémoires du cardinal de Retz illustrent bien les jeux de pouvoirs, les intrigues et le cynisme dont cette époque n’était pas moins marquée que notre XXIème siècle. Ils montrent également, cependant, que l’implication du peuple dans la vie politique et son influence sur le gouvernement étaient loin d’être nulles.

J’adhère ainsi à la vision historique de Jacques Bainville qui démontre comment une monarchie héréditaire, légitimité – et limitée – par la foi et des lois fondamentales finalement très contraignantes a permis la construction progressive d’un pays à la fois unifié et respectueux des espaces de liberté « de proximité », ces corps intermédiaires dont la campagne actuelle déplore l’affaiblissement et le remplacement par les « communautés ».

Malgré tout - vous le dites vous même - cela est bien utopique. Une monarchie de droit divin afort peu de chance d'advenir. Ne pensez-vous pas plus judicieux de faire avec le réel tel qu'il est, puisque le vote vous donne une occasion de l'infléchir ?

Je n’avais pas entendu qu’un candidat quelconque proposât une réelle inflexion ! Choisir un « moindre mal » comme nous l’évoquions tout à l’heure reviendrait à adhérer au système électif en reconnaissant implicitement par le fait de me déplacer sa capacité à faire évoluer la France dans le bon sens.

Quelle est l’offre de ce qui est devenu un « marché électoral » ?
Un binôme PS / UMP, symboles de cette bourgeoisie parvenue et auto-reproduite qui ne diffèrent que par l’inflexion hypocrite de leurs discours respectifs vers une droite et une gauche plus sincères et donc extrêmes dont ils briguent les seuls suffrages.

Une gauche plus radicale, du Front de gauche à Lutte ouvrière en passant par le NPA, dont je ne méconnais pas la préoccupation sociale mais au matérialisme athée et révolutionnaire desquels je ne saurais souscrire.

Un MoDem porteur d’un certain bon sens et d’une volonté d’efficacité et de cohésion mais dont je ne peux accepter le libéralisme honteux et l’européanisme béat.

Un FN assez tentant je l’avoue mais dont le caractère composite ne m’inspire qu’une confiance limitée.

Un DLR également tentant mais dont la portée est si faible que déroger à mon principe de non-soutien aux élections n’aurait pas d’intérêt.

Donc, non vraiment, pas d’espoir. Un peu d’espérance encore tout de même !

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