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jeudi 26 janvier 2012

Même bêtement, le changement...c'est maintenant !




[Ce texte est également disponible sur Causeur.fr]

J’avoue avoir été quelque peu dubitative lorsque j’ai découvert le signe de ralliement du Parti socialiste, qui consiste à faire un grand mouvement de ciseau avec ses bras en prononçant la formule magique suivante : « le changement, c’est maintenant ».

Que quelques citoyens concernés et autres artistes engagés tels Gérard Darmon ou Benjamin Biolay, s’adonnent à ce jeu, passe encore. Mais lorsqu’il s’agit de ministres, qu’ils soient anciens ou zimpétrants, il n’y rien à faire, ça me dérange.  Un peu moins lorsque c’est Jack Lang. Après tout, c’est très « teuf de la zik’ », ce bidule. Mais les autres…

Ma première réaction fut donc l’abattement, même si je n’eus pas eu le cœur de blâmer les militants socialistes, dont je comprends assez bien le désir de changement. Par ailleurs, je crois qu’il faut enfin accéder au désir le plus cher de Nicolas Sarkozy, et lui rendre sa liberté d’aller « gagner de l’argent » sous d’autres cieux, ainsi qu’il en a récemment exprimé le désir dans Le Monde. Pour ma part, si j’avais dû faire un clip appelant au changement, j’aurais volontiers réalisé une petite animation sympa mettant en scène quelques bougres paupérisés armés de tronçonneuses et de crocs de bouchers. Mais bon, le socialisme est un humanisme.

Je n’en ai pas voulu aux socialistes, disais-je, mais plutôt à l’époque, à l’air du temps, à ce moment régressif de l’Histoire où l’on n’a plus jamais le droit de devenir adulte, et où l’on est sommé de demeurer un grand enfant sous peine d’être immédiatement rangé dans la catégorie des « pas cools ». Cette époque imbécile où l’on vous tutoie jusque dans les musées par le truchement d’audioguides formatés pour sous susurrer : « tu as vu ce beau tableau ? ». Cette époque consternante où votre coiffeur vous demande « quel est ton prénom ? » lorsque vous prenez un rendez-vous, et où des post-quarantenaires titulaires d’un quadruple Bac +5 se sentent obligés de s’y prendre « com sa kan ils tap un sms ».

Je suis revenue à de meilleurs sentiments. Finalement, après Hervé Morin présentant ses vœux 2011 devant sa batterie de cuisine, après Nora Berra célébrant en vidéo l’anniversaire des « Jeunes Pop’s » et, surtout, après le lipdub de l’UMP, il est normal que le camp adverse s’autorise tous les coups. Et, même si je demeure convaincue que l’on devrait découper le quinquennat qui s’achève à la scie sauteuse ou lui rafaler dans le cornet au mini uzi, j’accorde volontiers à Romain Pigenel qu’un « gimmick universellement repris (…) que chacun peut s’approprier », demeure à la fois plus raisonnable, et probablement moins salissant.

A cet égard, et parce qu’il parait que la musique adoucit les mœurs, j’envisage même d’apporter ma contribution à l’opération de communication socialiste, en proposant au PS d’adapter cette chanson, afin de composer un hymne de campagne :




lundi 17 octobre 2011

Féérie socialiste et novlangue du progrès



La primaire socialiste s’achève et l’on oscille déjà entre nostalgie et soulagement. Et pas seulement parce que cette séquence politique inédite nous aura familiarisés avec le novlangue du progrès.

Nostalgie, parce que nous nous sommes attachés aux figures de proue de cette « révolution citoyenne ». François, Martine, Ségolène ou Arnaud ont su imposer un « processus résolument moderne » et une « autre façon de faire de la politique ». Dans une optique « collective et participative » visant à « remettre l’électeur au centre du système », ils sont parvenus à susciter « l’implication responsable » de 2,7 millions de français.

Nous éprouvons aussi du soulagement. Faisant mentir les prophètes de malheur, et évitant avec brio « le piège de la cacophonie », les caciques socialistes se sont immédiatement rangés derrière leur champion, communiant dans la joie œcuménique « des idées et des rêves ». Voici donc venu le temps du « rassemblement des forces de progrès ». François Hollande aura besoin de toutes les bonnes volontés pour insuffler au « peuple de gauche » un « désir d’avenir » et une "éthique du dialogue".

En prenant massivement part à la primaire « citoyenne », militants et sympathisants ont en effet exprimé leur volonté de « changer la vie ». Voici donc les socialistes devant un défi historique. Car, comme le disait le généticien Axel Kahn, soutien de Martine Aubry, « réenchanter le progrès c’est le refonder ».

« Quand donc la politique prendra-t-elle en considération l'immense besoin d'amour de l'espèce humaine perdue dans le cosmos ? » se demandait Edgar Morin dans une convulsion poétique. Il semble bel et bien que ce temps soit advenu, ce temps de « l’espérance » et de « la magie du changement », qui sont bien sûr « à réinventer ».


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