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vendredi 9 novembre 2012

Audace de l'Ayraultisme : deux rapports par semaine, pas moins.

 
 


A force d’entendre parler tous les jours de « rapport », moi, ça m’émoustille. Déjà, avec le « rapport Gallois » : je frétillais doucettement. Mais avec le « rapport Jospin », je suis sur des charbons ardents. Ce doit être l’audace de l’Ayraultisme : deux rapports par semaine, pas moins.
 
D’ailleurs, les rapports, c’est tellement bon qu’on devrait en faire une fête. Après tout, il existe des « journées mondiales enfaveur de l’émail dentaire », des « journées européennes pour l’optimisation du pansage du crin de poney », des « journées nationales de lutte contre la varicelle asymptomatique ». Pourquoi ne pas créer une « journée de la remise officielle du rapport lénifiant rédigé par une commission ad hoc » ?
 
En début de semaine – je le rappelle pour ceux qui étaient ponctuellement morts, qui faisaient un stage « jungle » à Manaus ou qui écopaient aux States le reliquat de la tempête Sandy – nous était dévoilé le rapport Gallois relatif à la compétitivité. Aussitôt, Arnaud Montebourg, n’écoutant que son désir de faire vivre l’imprimerie  Made in France proposait cette chose insolite : « j’ai suggéré au Premier ministre d’en faire un livre de poche pas cher pour que tous les Français puissent le lire ».
 
Las, le ministre oublie que ce rapport est en ligne sur le ouèbe, qu’il appartient à la Documentation française d’archiver les rapports publics et que ceux-ci sont généralement disponibles au bout de ce lien : CLICK.
 
C’est à présent au tour du rapport Jospin d’être livré aux quolibets faciles d’une opinion publique ingrate et à la vindicte imbécile de commentateurs acerbes. 131 pages et 35 propositions, c’est ce que propose Lionel Jospin pour tâcher de « rénover la vie publique », qu’il connait si bien pour l’avoir définitivement quitté en 2002, comme chacun sait.
 
Interdiction du cumul des mandats, introduction d’une dose de proportionnelle aux législatives, réforme des parrainages pour l’élection présidentielle, le « Grand Retiré » et sa commission impeccablement paritaire - tellement plus sexy qu’une banale commission ou mission d’information parlementaire avec plein d’élus du peuple dedans – y sont vraiment allés forts en matière de propositions…qu’on n’attendait pas du tout. On demeure toutefois surpris que l’ancien Premier ministre n’ait pas proposé l’abolition du suffrage universel direct, lui qui en fut, en 2002, un très grave accidenté, à cause notamment de la candidature dissidente de Christiane Taubira, car c’est toujours à cause des autres.
 
On ignore à cette heure si Montebourg proposera de mettre bout à bout tous ces rapports, qui pourraient, à bien y réfléchir, constituer un recueil fort dense. On pourrait même publier le total en collection Pléiade, vu qu’ils ont justement une rubrique « textes sacrés ».
 
A titre personnel, je me réjouis de cette perspective, et je pense que cet ouvrage sera du meilleur effet dans ma bibliothèque, entre La France peut s’en sortir ! de Jean Arthuis et Michel Sapin, et l’émouvant La lettre perdue, le bouquin intimiste de l’abbé Hirsch.
 
Lire et relire :
Si tu avances et tu cumules... CLICK
"Choc de compétitivité" : vous voyez le rapport ? CLACK
François Lenglet m'a fait un choc...de compétitivité  CLOCK
 

dimanche 4 novembre 2012

"Choc de compétitivité" : vous voyez le rapport ?

 

Quand on aperçoit Louis Gallois, on ne se dit pas d’emblée qu’avec lui on va se marrer. Et pourtant, « l’affaire » – car c’en devient une – du rapport que celui-ci doit rendre public le 5 novembre commence à prendre des airs de quasi-comédie. Featuring François Hollande, Jean-Marc Ayrault et un certain nombre de ministres du gouvernement, ce vaudeville mérite d’être considéré dans son ensemble, des prolégomènes annonçant l’incipit à l’épilogue préfigurant la postface. Explications.

D’abord, la préhistoire. Le rapport sur la compétitivité commandé à l’ancien patron d’EADS et de la SNCF, loin d’être le premier dans son genre, est l’héritier d’un nombre conséquent de vénérables ancêtres. On se rappellera notamment – même si ça ne nous rajeunit pas – le rapport Malinvaud remis à Jospin en 1998. A l’époque, quoi que n’ayant eu à subir ni la fronde des « pigeons » ni la lettre au père Noël des patrons de l’Afep, la gauche « sérieuse, responsable et gestionnaire » s’interrogeait déjà sur le coût du travail. Dans ce cadre, le rapport Malinvaud proposait une diminution des charges patronales sur les bas salaires compensable par un « élargissement de l’assiette des cotisations à la valeur ajoutée », ce qui fleurait un peu le « choc de compétitivité » avant l’heure.
 
On évoquera également le rapport Camdessus, de 2004, intitulé Vers une nouvelle croissance pour la France, qui prônait, quant à lui, non un « choc », mais un « sursaut ». Enfin, en 2008, le rapport Attali suggérait de « libérer » la croissance française, dont nous savons tous qu’elle est prisonnière de l’archaïsme hexagonal, de la frilosité des gouvernants et des rigidités d’un modèle social mal adapté à un monde qui bouge. On le voit, la commande de rapports relève pour partie du réflexe conditionné, ce qui tend à overbooker un peu La documentation Française, chargée de publier ces textes et de les archiver.
 
Reste ensuite à déterminer que faire du kilogramme de papier livré par « l’expert ». Car un bon rapport est un rapport qu’on escamote, tout en affirmant doctement qu’on l’étudie, voire qu’on s’en inspire. Avant même d’être officiellement rendu public, le rapport Gallois a déjà eu droit à tout ça. Il est même déjà mort plusieurs fois pour mieux ressusciter, évoquant tout à la fois le phénix, le serpent de mer et celui qui se mord la queue.

Ainsi la semaine dernière a-t-elle été ponctuée de fuites relatives au mystérieux document, accompagnées de commentaires gouvernementaux subséquents et souvent flous, si ce n’est contradictoires. On a commencé par enterrer le texte quoique pas tout à fait, avant que de l’exhumer quoique pas entièrement.

S’exprimant le premier, Michel Sapin affirmait ainsi : « le rapport Gallois est un élément, et qui sera extrêmement sérieux (…) mais ce n’est pas le seul point de vue qui compte ». Immédiatement, le ministre du Travail était partiellement contredit par celui de l’Économie. Et Pierre Moscovici d’assurer : « ce rapport n’est pas enterré, nous l’attendons », tout en tempérant : « en même temps, c’est un rapport ». Dans la foulée, Jean-Marc Ayrault jurait ne pas vouloir faire fi du document dont « beaucoup de choses [seraient] reprises ». Puis François Hollande fermait le bal en proposant une motion de synthèse : certes que le gouvernement travaillera « sur la base des propositions du rapport de M. Gallois ». Pour autant, celui-ci n’engage « que son auteur ». Que le premier qui a compris lève le doigt…
 
Reste désormais à savoir si on aura un « choc », des « pistes», un « pacte », un roc, un pic, un cap ou une péninsule. Car on est passé tour à tour de l’idée d’un « choc de compétitivité » à celle d’une « trajectoire de compétitivité » puis à celle d’une « stratégie de compétitivité ». On attend désormais l’inévitable « contrat de compétitivité » qui devrait précéder un souhaitable « accord de compétitivité », lequel semble une bonne alternative au « programme de compétitivité » sans pour autant se substituer au « plan de compétitivité ». Et vice-versa.

On en viendrait presque à souhaiter sa sortie, au dit rapport, quoiqu’il puisse raconter. Au moins la discussion sur le fond des propositions permettrait-t-elle de chasser un temps l’écume communicationnelle qui accompagne les fuites et les rumeurs. Louis Gallois préconise-t-il vraiment un transfert de cotisations sociales de 30 milliards d’euros ? Veut-il ouvrir les professions réglementées, des taxis aux notaires en passant par les huissiers ? Souhaite-t-il torpiller les 35 heures ? Désire-t-il manger tout crus les petits enfants, cambrioler les grand-mères et égorger des chatons ? Le suspense est à peine tenable…
 
Le hic, c’est que l’épilogue a beau être prévu pour le lundi 5 novembre, l’affaire n’est pas près de prendre fin pour autant. Car il faudra aussi compter avec les conclusions du Haut Conseil de financement de la protection sociale, énième instance superfétatoire et méconnue qui réfléchit aux même choses que Gallois, mais en parallèle de Gallois. Sauf que le Haut Conseil, lui, est autorisé à dégoupiller deux fois : d’abord il pause un diagnostic, sous forme de rapport. Et ce n’est qu’en janvier 2013, qu’il formulera des propositions à l’occasion… d’un rapport.
 
De quoi contribuer de manière tangible à déforestation de l’Amazonie. Mais cela n’aura pas été vain. Car s’il restait à découvrir une ressource à la fois non-rare et parfaitement renouvelable, la voilà mise à jour : la « concertation ». Au point qu’on pourrait presque envisager de faire passer la production de rapports en mode industriel. Une fois de plus, le schmilblick risque de connaître une spectaculaire avancée…
 
Lire et relire :
François Lenglet m'a fait un choc...de compétitivité  CLICK