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jeudi 10 mars 2016

La revue de presse de L'arène nue - du 7 au 12 mars 2016







Quelques articles qu'on pourra lire / vidéos que l'on pourra écouter pour faire le tour de l'actualité européenne de la semaine. 
Les passages les plus alléchants sont mis en exergue. C'est pour faire saliver : miam. 

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1/ "Pour que l'Europe soit sauvée, il faut lever le tabou sur les nations" - Wolfgang Streeck, Le Monde, 2 mars 2016 (article de la semaine précédente donc, mais à lire) 

"Après les polémiques obligées sur le traitement de faveur que réclament éternellement les Britanniques, alors que toutes les nations européennes rêvent depuis belle lurette d’en réclamer autant, on est passé à la procédure bruxelloise classique : la négociation d’un bon vieux communiqué grâce auquel tous les gouvernements concernés ainsi que l’eurocratie peuvent croire et faire croire qu’ils ont eu gain de cause. L’établissement de tels textes, où de grands thèmes se trouvent émiettés en petits détails technocratiques incompréhensibles pour le profane, est désormais un art développé à la perfection par Bruxelles ; peut-être son seul art et, en tout cas, de loin le plus marquant. Le problème, qui n’a pourtant jamais gêné les responsables politiques européens, c’est que, régulièrement, l’accord ainsi atteint perd sa substance au bout de quelques mois et exige alors une nouvelle révision collective, une nouvelle pseudo-solution. Mais en attendant, on a obtenu le calme, et tant qu’au round suivant nul ne se souvient du dernier, le travail sur ce qu’on ose appeler l’idée européenne peut tranquillement se poursuivre. "

= => Pour lire la suite, c'est ici


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2/ "L'Allemagne a la croissance qui flanche", Alexandre Milicourtois, Xerfi canal, 8 mars 2016

" L’Allemagne, pays vieillissant vit aujourd’hui les vicissitudes d’un créancier dans un environnement de rendements en berne et de prix d’actifs de plus en plus instables. Bref, le pays, qui n’a de cesse de provisionner pour ses retraites, voit sa rente de plus en plus menacée (…) Créancière du reste du monde, l’Allemagne est de fait exposée aux risques des autres. Risque financier d’abord : les banques allemandes ont subi de lourdes pertes sur les marchés américains lors de la crise des subprimes ou sur le marché immobilier espagnol, qui se complique maintenant d’un risque juridictionnel, lié aux procédures engagée par les clients. Risque de croissance aussi avec la panne du commerce mondial. Jusqu’en 2014, l’Allemagne avait été servie par l’histoire. L’émergence synchrone de grandes économies en voie d’industrialisation rapide très demandeuses de biens d’équipements comme la Chine ou le Brésil et l’ouverture de vastes marchés à la consommation avides du made in Germany comme la Russie poussaient les exports. Et peu importe la panne de la zone euro, car le jeu s’était déplacé ailleurs. Oui mais le jeu est cassé. Le Brésil et la Russie ont décroché et la Chine a brutalement atterri. La concurrence s’est aussi durcie avec les industriels japonais qui ont profité de la baisse du yen et les entreprises du Sud de l’Europe devenues plus compétitives avec l’écrasement de leurs coûts de production ". 

= => Pour mater la vidéo, c'est là. 

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3/ "L'Allemagne redécouvre l'extrême-droite" Le Point, 9 mars 2016. 

" Est-ce la fin de l'exception allemande ? Alors que les partis d'extrême droite ont pignon sur rue dans la plupart des pays européens, l'Allemagne se distinguait jusqu'à ce jour par l'absence d'une force politique bien implantée à la droite de la droite démocratique. Les petites formations d'extrême droite se contentaient de faire des poussées de fièvre aux régionales avant de disparaître à nouveau. Jamais un parti d'extrême droite n'a passé la porte du Bundestag, le Parlement allemand. Le tabou moral imposé par la catastrophe nazie, la bonne santé économique du pays faisaient rempart aux populistes et aux démagogues. Mais l'afflux de réfugiés et les craintes qu'il a fait naître sont-ils en train de faire sauter ce verrou ? "

= => Vous êtes à un click de la suite, qui est ici
==> Pour aller plus loin : un long (et bon) article (en anglais) sur le parti AfD est disponible sur le Spiegel Online, là. 

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4/ La recette du miracle allemand ? Un marché du travail moins flexible qu'en France, Guillaume Duval, Alternatives économiques (c'est une reprise, mais qui s'insère idéalement dans le débat sur la "loi travail") 


"Entre la France et l’Allemagne, il n’y a pas photo : les salariés allemands restent sensiblement mieux protégés contre les licenciements que leurs homologues français. Un constat qui peut sembler contre-intuitif : les réformes menées au début des années 2000 par le chancelier social-démocrate Gerhard Schröder sont en effet souvent accusées d’avoir libéralisé à l'excès le marché du travail allemand.  Ces réformes ont en effet entraîné un développement spectaculaire de la précarité outre-Rhin. Multipliant le nombre des personnes qui ne bénéficient pas de ces protections réservées aux seuls salariés en CDI. Mais les différentes formes d’emploi précaire n’en restent pas moins sensiblement moins fréquentes en Allemagne que chez nous, où elles sont de longue date très répandues : en 2014, l’emploi précaire touchait ainsi selon Eurostat 16 % des salariés français, contre 13,1 % des Allemands". 

= => La suite se trouve là.

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5/ Will Italian banks spark another financial crisis ? Global Risk Insights, 7 mars 2016

"Some have compared the risk of an escalating financial crisis in Italy to the seemingly perennial debt crisis in Greece that has ravaged European markets and tested European unity several times since 2008 as investors and EU members alike feared uncontrollable contagion. This has resulted in the multiple EU bail outs granted since then.However, judging by the numbers it is clear that the financial risks posed by Italy are not comparable to Greece – they are far worse.While Greece holds the top spot in the EU for the worst debt-to-GDP ratio, Italy comes in second place with a debt-to-GDP ratio greater than 132% according to Eurostat. So what makes Italy so much worse?  While Greece has more than once brought the global financial markets to the brink, it is only the 44th largest economy in the world.  Italy represents the 8th largest economy in the world.A deteriorating financial crisis in Italy could risk repercussions across the EU exponentially greater than those spurred by Greece" .  

= => Yes, yes, I know it's in English, fuck yeah !


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6/ Interview de Marcel Gauchet sur France Inter pour la sortie de son nouveau livre, 11 mars 2016.

- Et si toutes les nations européennes se mettaient à se comporter comme les Anglais ?
- Marcel Gauchet : et bien ce serait un progrès (...) et c'est comme ça que ça va se passer. Je pense que l’épisode de la négociation avec les Britanniques est le premier acte d'une série de remaniements qui vont profondément modifier la physionomie de la construction européenne. C'est d'ailleurs ce que nous pouvons souhaiter de mieux, plutôt qu'une sortie brutale qui aurait une allure de catastrophe.

= => La suite de l'interview est ici . 


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7/ Interview de Jean-Pierre Chevènement sur l'accord UE-Turquie sur les migrants, RFI, 11 mars 2016. 

"Madame Merkel a annoncé qu'elle allait accueillir un million de réfugiés en faisait fi du principe de Dublin qui prévoit que c'est dans le pays d'enregistrement que l'asile doit être accordé, donc c'est tout le système européen qui a été déséquilibré. Ce n'est pas sans conséquences, et même sans conséquences fâcheuses. Nous sommes à la veille d'élections allemandes dans les Länder du Sud-Ouest et de la Saxe-Anhalt, donc Mme Merkel fait aujourd'hui le contraire de ce qu'elle avait annoncé puisqu'elle vient de conclure directement avec le Premier ministre turc un accord de réadmission (…) nous avons été placés devant le fait accompli. "

= => Pour aller plus loin tout en ménageant sa monture, c'est là. 
= => Un article paru sur L'arène nue et qui rejoint ce point de vue ici



mercredi 9 mars 2016

Crise des migrants : unilatéralisme allemand ?




Du sommet UE-Turquie du 7 mars, il se dit que la plupart des propositions significatives - dont la légalité est d'ailleurs contestée par plusieurs juristes, en particulier le renvoi vers la Turquie de Syriens entrés dans Schengen via des réseaux de passeurs - ont été faites par Angela Merkel et par le Premier ministre Néerlandais Mark Rutte. Certains vont même jusqu'à considérer que la rupture entre la France et l'Allemagne sur le sujet est « consommée », la France ayant été complètement tenue à l'écart de la préparation du somment.

Dans ce cadre, il m'a semblé utile de reproduire ici une partie d'un article de la spécialiste de l'Allemagne Anna-Marie Le Gloannec intitulé La puissance allemande : effet d'optique ou réalité structurelle ? Et paru dans Le Débat n°187. L'intégralité de cet excellent article est accessible ici.

Cet extrait figure au sein d'une partie traitant de l'unilatéralisme allemand. Il y est d'abord question de la crise grecque, de la diplomatie allemande et de la décision unilatérale de sortir du nucléaire. Vient ensuite la question migratoire.
[Les notes de bas de page ne proviennent pas de l'article mais sont des ajouts que je fais pour expliquer certains points, ou tenter de mettre à jour du fait de l'actualité récente].

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« L'annonce faire par Angela Merkel d'ouvrir la porte aux réfugiés syriens, en particulier lors d'un sommet réunissant, le 27 août 2015, la chancelière allemande, le chancelier autrichien et le Premier ministre serbe (...) était également unilatérale, et elle a eu des incidences non négligeables sur les pays voisins, méridionaux, limitrophes ou non.

Certes, l'annonce d'Angela Merkel n'était pas tout à fait imprévisible. Elle se situait à la confluence de trois logiques. Premièrement, l'Allemagne est devenue un pays d'immigration. Selon les statistiques de l'OCDE, 400 000 immigrants s'y installaient durablement en 2012 et faisaient de l'Allemagne le deuxième pays d'immigration derrière les États-Unis, qui attiraient alors un million d'individus. Il s'agit d'une évolution récente car en 2009, elle ne détenait que la huitième place. En 2012 cependant, il s'agissait essentiellement d'une migration intra-européenne, les immigrants venant de pays de l'Est et du Sud du continent. La chancelière avait enregistré ses évolutions. Alors que son parti avait longtemps refusé la perspective ou la réalité des flux migratoires, Angela Merkel déclarait en octobre 2014 que l'Allemagne était bien un pays d'immigration.

Deuxièmement, alors que la Libye s'installait dans le chaos et que la Syrie s'enfonçait dans une terrible guerre civile, Berlin restait dans l'expectative, refusant d'envisager toute intervention ou toute frappe militaire. En revanche, elle ouvrait sa porte aux migrants. Cette politique n'était pas sans rappeler le début des années 1990et l'éclatement de la fédération yougoslave. L’Allemagne réunifiée avait cru réinventer une politique étrangère - une certaine hubris régnait alors à Bonn -, notamment dans les rangs des partis conservateurs. Elle poussait à la reconnaissance des Républiques qui pensaient à s'émanciper du joug de Slobodan Milosevic, sans pour autant avoir les moyens ou la volonté de les défendre. En revanche, ce fut l'Allemagne qui accueillit le plus grand nombre de réfugiés (350 000), c'est à dire le double de ce que l'ensemble des pays de l'Union européenne acceptèrent sur leur territoire.

Enfin, en ouvrant ses portes aux réfugiés, le gouvernement allemand prenait tout simplement en compte les dysfonctionnements, voire la faillite des règlements dits « de Dublin ». Selon Dublin II (2003) et III (2013), notamment, un demandeur d'asile dépose sa demande dans le premier État partie prenante du dispositif sur le territoire duquel il pénètre, en clair, le plus souvent, l'Italie ou la Grèce, voire la Bulgarie. De fait, comme il s'agit d’États dont les capacités de réception des demandeurs d'asile et de traitement des demandes sont relativement limitées1, à la fois en raison de faibles moyens financiers ou en personnel, et de l'afflux considérable d'immigrés, en particulier depuis le début de la décennie et des révoltes arabes, comme aussi les demandeurs d'asiles préfèrent des pays réputés plus prospères comme destination finale et ne peuvent ni ne veulent s'y faire enregistrer, le règlement de Dublin III n'est pas ou mal appliqué2.

Devant l'afflux croissant de demandeurs d'asile venus de Syrie – mais aussi d’Érythrée ou d'Afghanistan, par exemple, et de migrants dits économiques fuyant la pauvreté des Balkans en particulier -, la chancelière suspendit, implicitement, l'application du règlement en autorisant l'examen des demandes d'asile en Allemagne qui, depuis la première convention de Dublin (1990) consécutive à la création de l'espace Schengen et les premier accords de réadmission, c'est-à-dire le renvoi d'individus ayant illégalement passé les frontières, était théoriquement à l’abri de flux migratoires non désirés, protégée par une barrière d’États dits « sûrs ». Angela Merkel inversait ainsi la politique officielle des années 1990 et 2000. Elle suscitait cependant l'espoir de demandeurs d'asile, dont le départ de Syrie ou d'Irak s'accélérait, précipité par ce que dans les années 1950 et 1960 les Allemands avaient appelé « Torschlusspanik », la peur que la brèche (alors entre les deux Allemagne) ne se referme. Enfin, au lieu de soulager les premiers pays d'accueil, la décision de la chancelière a pour effet pervers de faire porter le poids du transit, des contrôles -ou non – et de la réception de dizaines de milliers de personnes à des pays pauvres, comme la Croatie, ou en tout cas hostiles, comme la Hongrie, tout en se coordonnant avec sa voisine autrichienne3. Elle démontrait aussi que l'Allemagne n'a pas pensé tous les aspects de sa politique, pas plus en Allemagne que hors de ses frontières. L'office fédéral chargé des migrants et réfugiés n'a ni les ressources en personnel ni les ressources financières pour traiter de nombreuses nouvelles demandes, sans parler des anciennes. Elle démontrait enfin la fragmentation d'une Europe théoriquement unie par Schengen et Dublin, alors que les espaces nationaux déterminent les stratégies migratoires. Effet pervers ? Peut-être, mais dont toute l'Union et l'Europe sont responsables à force d'incohérence et d'imprévision.

Toujours est-il qu'Angela Merkel imposait à l'UE les conséquences des ses décisions et qu'elle ne craignait pas pas contradictions. Constatant l'incapacité matérielle de gérer un tel afflux de réfugiés en un temps aussi bref, prenant également en compte les contestations et critiques de l'opinion publique et des partis conservateurs ainsi que la montée de l'opposition, elle proposait, en octobre 2015, l'ouverture de nouveaux chapitres dans la saga des négociations d'adhésion, alors qu'elle n'avait jamais voulu de la Turquie dans l'Union. L'objectif est de traiter la Turquie comme un pays sûr – ce qu'elle n'est pas étant donné l'autoritarisme du régime et sa politique d'attisement des conflits - et de constituer un sas entre la Syrie et l'Europe. Autant de principes erronés....


1C'est spécialement vrai de la Grèce, tenue d'appliquer des mesure d'austérité qui détruisent peu à peu l’État grec. Il y a évidemment un lien entre les politiques économiques imposées au nom de la pérennité de l'union monétaire, qui rongent peu à peu toutes les marges de manœuvre des États, et la difficulté de certains pays à faire face à l'afflux de migrants.

2 En réalité, les accords de Dublin II prévoient une « clause de souveraineté », c'est à dire la possibilité, pour un pays qui n'est pas le pays d'entrée, d’assumer volontairement la responsabilité du traitement des demandes d'asile pour lesquels il est pas géographiquement responsable. Ceci dit, cela n'avait pas encore été joué réellement. 

3 - Ce n'est plus le cas aujourd'hui. L’Autriche a décidé, lors d'un sommet organisé le 24 février avec les pays des Balkans mais sans l'Allemagne, d'instaurer un quota de migrants accueilli quotidiennement. Le chancelier autrichien a demandé le 5 mars à l'Allemagne d'établir à son tour un quota annuel d'accueil.