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vendredi 21 octobre 2011

Chevènement veut réhabiliter le "roman national"


Sortir la France de l’impasse[1], telle est la proposition de Jean-Pierre Chevènement, dans son livre-programme éponyme paru le 5 octobre. Car pour le « Ché », il n’existe qu’une seule façon efficace de « faire bouger les lignes ». « Y a-t-il d’autres moyens, les institutions de la V° République étant ce qu’elles sont, que de se porter candidat ? », s’interroge-t-il.

L’homme a toutefois adopté une façon originale de faire campagne. Après La France est elle finie ? couronné du prix du livre politique 2011, et son ouvrage d’entretiens avec Luc Chatel sur l’école, il signe son troisième opus en moins d’un an.

On connaît les sujets de prédilection du sénateur de Belfort. Adversaire de toujours du « néo-libéralisme », il avait salué la thématique montebourgeoise de « démondialisation ». Mais sa cible principale demeure « l’Europe de Maastricht », cheval de Troie de la globalisation et du capitalisme financier. La construction européenne que nous connaissons souffre en effet de nombreux vices de conception. Avec l’Acte Unique (1986) et la libéralisation des mouvements de capitaux, concession faite à Mme Thatcher pour arrimer la Grande-Bertagne à l’Europe, Jacques Delors fit le choix d’offrir notre économie à la rapacité des marchés.

Autre vice de conception : celui qui présida à la création de la monnaie unique. La zone euro n’étant pas une « zone économique optimale » telle que définie par Robert Mundell, l’usage d’une même devise par des pays dissemblables ne pouvait qu’accélerer la divergence de leurs économies. C’est le cas aujourd’hui, avec une Allemagne forte de ses excédents commerciaux, à laquelle on demande de payer pour sauver des économies dévastées par la crise, en Grèce, en Irlande, au Portugal, et bientôt en Espagne, en Italie, en France. Nous verrons, dans les prochains jours, comment nos dirigeants viennent à bout des contradictions qui traversent le continent et corrodent toutes les solidarités. L’enchaînement des sommets européens et le G20 des 3 et 4 novembre prochain devraient livrer un aperçu des espoirs qu’il demeure raisonnable de placer dans l’eurozone.

Notre auteur, quant à lui, donne un certain nombre de pistes. Pour lui, mettre fin au séisme économique qui secoue l’Europe passe une réforme du fonctionnement de l’euro. On peut choisir de modifier les statuts de la Banque centrale européenne (BCE), afin que celle-ci cesse enfin de lutter contre une inflation qui n’existe plus pour s’attaquer aux problèmes de la croissance et de l’emploi, bien réels quant à eux. En autorisant la BCE à monétiser massivement la dette des pays en péril, peut-être pourrait-on encore sauver la monnaie unique.

Prudent, Chevènement prévoit toutefois un « plan B ». S’inspirant largement des propositions de  Jacques Sapir, il envisage de transformer l’euro en simple monnaie commune, autrement dit en un « panier des monnaies qui le constituerait ». Utilisable pour les seules transactions externes, garantissant des possibilités d’ajustement des devises nationales, ce système permettrait d’accueillir au sein d’une eurozone au fonctionnement souple, nombre de nouveaux Etats, de la Grande-Betagne aux pays de l’Est.

Le bilan de l’ancien ministre sur l’Europe repose finalement sur un constat : si celle-ci ne fonctionne plus, c’est parce qu’elle fut initialement construite dans une optique fédéraliste de mauvais aloi. Il s’agissait d’effacer l’idée de « nation », trop vite assimilée à sa pathologie, le nationalisme. Il y avait, chez les Pères fondateurs, une bonne dose de cet « antinationisme » diagnostiqué par Pierre-André Taguieff. Et l’auteur de se désoler : « les élites françaises ont rallié de Gaulle en 1944, mais au fond d’elles-mêmes, elle n’ont jamais repris confiance en la France ».

Le mal était profond, à tel point qu’il sévit encore aujourd’hui. Nos élites ne peuvent évoquer l’idée de nation sans se croire immédiatement contaminées par « l’idéologie française », cette maladie imaginaire inventée par Bernard-Henri Lévy. Ainsi, cependant qu’elles se livrent à une course effrénée à la dilution de la France dans l’Union, elles sabotent le cadre national, celui-là même dans lequel s’exerce la démocratie.

Nous quittons alors les sentiers de l’économie pour découvrir les mille autres dommages générés par cette idée libérale que la nation est un monstre, le peuple une engeance brutale et « lepénisée », et qu’à l’acquisition de droits collectifs, mieux vaut préférer l’exaltation de l’individu atomisé et de sa singularité. « C’est désormais l’individu dans ses identités multiples, qui doit être émancipé, et non plus le salarié dans son rapport à la production » écrivait Laurent Bouvet.

Quant au « lion de Belfort », il voit les effets de cet effacement de la démocratie à l’œuvre partout : naufrage de l’école, abandon des « valeurs républicaines », complaisance envers la doxa antiraciste de médias qui « traquent la liberté d’expression dès lors qu’elle mord sur les lignes jaunes du politiquement correct ».

Ainsi Jean-Pierre Chevènement s’aventure-t-il sur des thématiques hélas désertées par sa famille politique, renvoyant dos à dos le « sans-papiérisme » de gauche et le mythe étriqué de l’immigration-zéro. N’hésitant pas à avaliser les thèses injustement controversées d’un Hugues Lagrange[2], plaidant aussi bien pour le refus du communautarisme que pour le rejet du racisme, il passe en revue tous les impensés de la gauche d’accompagnement : intégration, laïcité sans concession, conditions d’acquisition à la nationalité. Il va même jusqu’à pourfendre le droit de vote des immigrés aux élections locales, ce tronçonnage absurde de la citoyenneté, cette appartenance au rabais.

Finalement, Sortir la France de l’impasse mérite davantage que des ajustements économico-budgétaires à la marge. C’est toute une conception du pays qu’il convient de revoir, en lui réapprenant à s’aimer lui-même, afin qu’il sache se faire aimer de ceux qui le choisissent.

Plus que le « rêve français » qu’il conviendrait de « réenchanter », c’est le « roman national » qu’il faut réhabiliter. Non pour se complaire dans la nostalgie pleurnicharde des chantres du rétropédalage, mais parce que du passé, on ne fait jamais table rase. L’assumer, et même l’aimer est encore la meilleure façon d’envisager l’avenir.


[1] Sortir la France de l’impasse, Editions Fayard, 2011 : sommaire ICI
[2] Hugues Lagrange, Le Déni des cultures, Seuil, 2010.

Lire et relire :
Trois présidentiables au chevet de l'euro  CLICK
Chatel-Chevènement, dialogue autour de l'école   CLACK
Chevènement-Montebourg, pas de divergence sur le fond   CLOCK

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mercredi 5 octobre 2011

Jean-Paul Brighelli : « Le vrai collège unique, il est dans les ZEP… »

Entretien réalisé par David Desgouilles et Coralie Delaume



Coralie Delaume. Cette fin de quinquennat est propice aux critiques du bilan de Nicolas Sarkozy, notamment sur l’école. Que pensez vous d’une évolution telle que l’assouplissement de la carte scolaire ?
Jean-Paul Brighelli : Je ne sais — ou je sais trop — ce que Darwin aurait pensé d’une telle « évolution » : qu’elle illustre à merveille la théorie de la survivance des plus aptes. Une telle initiative n’a pour but que d’assouplir jusqu’à l’écartèlement un système qui était peut-être rigide, mais qui justement se maintenait par sa rigidité même. La carte scolaire pouvait être assouplie, mais par une série de vraies initiatives, visant à recréer de la mixité là où, cités et habitudes aidant, on en arrive désormais à des écoles et des collèges chimiquement purs — purs de tout mélange. Le vrai collège unique, il est dans les ZEP, qui ne rassemblent que les enfants des cités. Et, en même temps, au collège Henri-IV, qui s’acharne à suivre scrupuleusement la carte scolaire du Vème arrondissement — un quartier pauvre de la capitale, comme chacun sait.

CD. Même sévérité sur l’autonomie des établissements, je suppose ?
L’autonomie participe de la revanche girondine sur les étatistes jacobins. On donne du pouvoir — en le saupoudrant — aux Régions, aux départements, aux communes. C’est véritablement l’Education Nationale que l’on émiette ainsi, avec d’arrière-pensées budgétaires, l’Etat se déchargeant sur les niveaux intermédiaires pour gérer ce monstre Education qui lui pèse si fort.
Finalement, assouplissement de la carte scolaire et autonomie, profitent toutes deux essentiellement à l’enseignement privé, autorisé désormais à se gérer comme il l’entend, après s’être implanté où il veut.

CD. Pensez-vous que la « réduction du volume horaire imposé aux enfants », comme on dit, ou la possibilité des « mi-temps sportifs », soit une bonne chose. Peut-on véritablement apprendre mieux en travaillant moins ?
On le peut certainement à haut niveau, parce qu’on a alors appris à travailler. Réduire le volume horaire — mais c’est déjà fait, un sortant de Troisième a eu, grâce à la Gauche et à la Droite, près de 800 heures de Français de moins que son homologue des années 1980, ce sont autant de postes économisés —, c’est forcément en rabattre sur les programmes, diminuer les exigences, modifier en profondeur le tissu social, parce qu’à terme, seuls s’en sortiront ceux qui feront des heures sup’ à la maison, grâce à la bibliothèque de papa-maman.
C’est si vrai que les officines de cours privés fleurissent et prospèrent — en vingt ans, Acadomia est passé de presque rien à plus de 100 millions d’euros de chiffres d’affaires en 2006.

CD. Avec bien sûr un accès réservé aux plus aisés…
Justement pas ! Ce sont les plus pauvres, souvent, qui se saignent pour y envoyer leurs enfants. Pour les plus riches, pas de souci majeur, et en cas de besoin, ils n’auront pas recours à un étudiant de Licence à l’orthographe hésitante, mais à un agrégé bien rétribué. Et ami de la famille…

CD. L’attractivité du métier d’enseignant semble avoir baissé au point que l’on ne parvient plus à honorer toutes les places au CAPES. Quelles en sont les causes ?
Il y a un fait clair, depuis trois ou quatre ans : en sciences, ce sont les plus mauvais élèves qui se font profs — les autres sont allés en prépas et ont infailliblement réussi une école d’ingénieur qui dans le pire des cas les fait débuter au double du salaire d’un enseignant débutant. En Lettres (au sens large), on assiste à une désaffection des étudiants issus des voies générales, et à une montée en puissance de ceux arrivant des voies technologiques, dont la maîtrise des disciplines fondamentales est plus faible. Ajoutez à cela une féminisation record — près de 90% des profs de Lettres ou de Langues sont des femmes — signe que les sociologues interprètent tous comme une perte de prestige d’une profession vue désormais comme un « second métier » au sein d’un couple. Et c’est si pratique d’avoir le mercredi libre quand on élève des enfants ! Bien loin d’être une chance et une promotion pour les femmes, la féminisation de l’enseignement renforce les stéréotypes — ce n’est pas vrai d’autres professions à forte valeur ajoutée, qu’elle soit financière (médecine, Droit) ou symbolique (l’Armée…).

David Desgouilles. Au-delà de l’image dévalorisée du métier, il y a tout de même la problématique du salaire, relativement faible, proposé aux profs…
La paupérisation des enseignants est le meilleur marqueur de la paupérisation globale des classes moyennes, commencée à la fin des années 1960. Ce qui ne manque pas d’avoir des répercussions politiques — en particulier, la désaffection des enseignants pour la Gauche : en 2007, Ségolène Royal a rassemblé moins de 36% des enseignants. Les autres ont majoritairement voté Sarkozy (15%), Bayrou (25%) et près de 15% des profs ont voté Le Pen ou Villiers — ce que j’interprète comme le résultat d’un sentiment de perte identitaire en tant que classe moyenne. Les profs glissent vers cette semi-pauvreté dont l’extrême-droite fait son terreau depuis l’effondrement du Parti communiste.

Coralie Delaume. Mais alors, comment faut-il s’y prendre pour que la carrière d’enseignant redevienne attractive ?
 Même si les salaires de départ doivent impérativement être réévalués, c’est moins en misant sur la quantitatif que sur la qualitatif que l’on parlera aux enseignants une langue qu’ils comprennent. En repensant complètement les programmes dans le sens d’une plus grande rigueur. En donnant aux établissements des moyens, coercitifs si nécessaire — en imposant pendant un temps la tolérance zéro. En cessant aussi de donner systématiquement raison aux gros effectifs (les parents et leurs rejetons) contre les enseignants. En cessant de démissionner — tout cela supposerait un « plus d’Etat » très improbable. Le reste, c’est effets d’annonces et poudre aux yeux.

CD. « Tolérance zéro »…cela me fait penser à cet ouvrage d’entretiens dans lequel Luc Chatel et Jean-Pierre Chevènement s’accordent tous deux pour restaurer « l’autorité des maîtres »… 
C’est une tarte à la crème ! Et j’ai peur que les deux interlocuteurs ne mettent pas exactement la même chose sous les mêmes mots. La réalité, c’est qu’un maquis de consignes interdit pratiquement toute sanction. La réalité, c’est qu’une avocate vient de sortir un livre proposant aux parents des modèles de lettres de plainte et de récriminations ! De surcroît, quels enseignants sont effectivement formés à exercer une réelle discipline — seule condition pour transmettre les disciplines ? Ceux qui se présentent aux concours de recrutement sont les enfants de la réforme Jospin, du collège unique, du lycée light. Ils n’ont connu que ça. Et ils le reproduisent — en savonnant eux-mêmes la planche sur laquelle on les a installés.

CD. Luc Chatel ne cesse de dire qu’il faut « individualiser » les parcours scolaires. Il est inévitable que les institutions publiques tendent à s’adapter à la société - plus individualiste - qui les environne. Si « individualiser » signifie « aider davantage les élèves les plus faibles », ne peut-on pas envisager que Chatel ait raison ?
L’Ecole forme des individus. Elle les reçoit à l’état larvaire, à l’état de nature — et la nature doit être civilisée, redressée, transformée en jardin… à la française. L’individu, c’est ce qui devrait sortir de l’Ecole — et en prétendant respecter ce qu’ils ne sont pas encore, on lâche les élèves en état de semi-barbarie. L’un des effets à mon sens le plus significatif du libéralisme avancé, c’est qu’il feint de respecter l’individu, pour mieux l’assujettir (à la consommation, entre autres), pour mieux l’abolir. Homo festivus, disait avec un grand sens de la formule Philippe Muray — l’étape qui renvoie Homo sapiens au néant. Qu’ils chantent, pourvu qu’ils paient, disait Mazarin. Qu’ils dansent, pourvu qu’ils consomment, dit le libéralisme mondialisé. Enfin — ce n’est pas une raison pour ne pas se battre. Quitte à y rester. Après les Thermopyles, il y a Salamine et Platées. Après Alamo, il reste toujours la possibilité de remporter San Jacinto.

David Desgouilles. Fin septembre, les enseignants du public et ceux du privé sont descendus dans la rue main dans la main. Une telle unité peut-elle faire avancer les choses ?
Une manifestation n’a jamais rien fait avancer. Les manifs unitaires encore moins que les autres, parce que pour arriver à cette unité, chaque syndicat fait des concessions qui vident l’ensemble de tout contenu réel. En gros, cette fois, les suppressions de postes.

DD. Justement ! Un candidat à la primaire socialiste, François Hollande,  propose de recréer les 60 000 postes que la droite a supprimés…
Alors, quand j’entends cela, je me dis qu’il a pris des leçons chez Pasqua — « les promesses n’engagent que ceux qui y croient ». Imaginons un instant que qu’on revienne sur ces suppressions létales. Qui mettrait-on  en face des élèves ? Plus de mille postes prévus au budget n’ont pas été remplis cette année par les jurys de concours, devant le niveau déprimant des candidats !

DD. Les candidats à la primaire socialiste sont-ils tous influencés par l’idéologie pédagogiste ? Qui serait à votre avis le meilleur candidat –ou le moins mauvais- sur le thème de l’école ?
À gauche ? Mélenchon, peut-être — en dehors de questions de représentativité personnelle qui n’ont rien à faire ici. Mais personne au PS. Je me suis expliqué aussi clairement que possible sur mon blog Bonnet d’âne à ce sujet. Je vous renvoie donc à l’article « Etat d’urgence », rédigé début septembre.

DD. Il nous a semblé que vous vous étiez rapproché François Bayrou. Son bilan rue de Grenelle, au cœur des années 90, si funestes pour l’école, ne vous a pas rendu méfiant ?
Au catholique qu’il est — et que je ne suis pas — je dirais « à tout pécheur miséricorde ». Bayrou tient depuis 2007 un discours plus jacobin que tous les autres — c’est peut-être de l’opportunisme béarnais, mais c’est un revirement significatif pour un centriste. C’est la raison pour laquelle tant d’enseignants ont voté et fait voter pour lui il y a quatre ans. Par ailleurs, il commence à apporter des réponses réelles aux questions de politique générale — ma foi, combien le font ? Il a certainement, parce qu’il a mûri, l’étoffe d’un homme d’Etat. Après tout, Chevènement lui-même, que vous encensez l’un et l’autre volontiers, n’a pas été toujours exemplaire quand il a été ministre de l’Education : les « 80% d’élèves au Bac », c’est lui ! On apprend en faisant des erreurs…

Coralie Delaume. Marine Le Pen a organisé le 29 septembre un meeting sur l’école. Elle y a tenu un discours que nombre de « Républicains » ne renieraient pas. Elle a notamment appelé à faire de l’école un « sanctuaire » dont on chasserait les pédagogistes à la Meirieu et les résidus du « jacklangisme ». Que pensez-vous de la mue amorcée sur ces thèmes par le Front national ?
J’ai été approché par le Front National, et j’ai évidemment refusé leurs offres de service, parce qu’un discours sur l’Ecole, quel qu’il soit, n’efface pas un discours sur la sécurité ou l’Europe absolument révoltant de bêtise. Le FN a dragué des chevènementistes…

CD. Ils sont deux. Deux parfaits inconnus.  Ce sont des aventures individuelles…
Peut-être. Mais ils ont cru bon d’utiliser leurs convictions au service d’une femme qui manifestement n’en a pas, à part l’opportunisme. Marine Le Pen s’est fait (ou on lui a fait) une collection de mots à caser dans tout discours sur l’Education, de même dans tout discours sur l’immigration, etc.
Meirieu, lui, est partiellement revenu de ses vieilles lunes — au grand dam de ses affidés, comme je l’explique dans la dernière livraison de mon blog.
Quant à Jack Lang, c’est une antiquité, mais qui marque bien l’encroûtement du PS sur des convictions pédagogiques létales. Manuel Valls vient d’ailleurs d’en remettre une couche dans le même esprit.

David Desgouilles. Outre François Bayrou, donc, voyez-vous dans le spectre politique français d’autres candidats capables de porter un discours sur la conception que vous vous faites de l’école ?
Non, aucun.

DD. Verra t-on un jour Jean-Paul Brighelli en politique ?
Non plus. Je suis un électron libre, et je tiens à le rester. Dans ces temps de mort de l’individu, c’est une forme de luxe, ou de dandysme.

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mardi 30 août 2011

Chevènement – Montebourg, « pas de divergence sur le fond »




« Voici venu le temps des jeunes lions ! » s’était exclamé Arnaud Montebourg un jour de juin 2007, alors qu’il s’envisageait déjà en socialiste « nouvelle formule ».

C’est avec un autre lion, le « vieux lion de Belfort » que le candidat à la primaire socialiste débattait mardi 30 août à l’occasion d’un colloque intitulé : « L’Europe dans la mondialisation : que faire ? ». Loin de l’atmosphère « cimetière des éléphants » qui semble se dégager parfois des symposiums rochelais de la famille socialiste, ce numéro de duettistes correspondait enfin à ce que l’on serait en droit d’attendre de véritables primaires : on y parla politique, et pas seulement stratégie individuelle.

L’un pourtant des protagonistes ne participera pas aux primaires. Il ne souhaite en aucune façon s’engager dans ce processus qui contraindra les vaincus à adouber le vainqueur. Les militants du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) font d’ailleurs circuler une brochure rédigée par le « Ché » : « pourquoi je serai candidat ». Comme en 2007, le sénateur de Belfort se réserve la possibilité « d’y aller ». Sans accepter pour autant de lever le doute, il affirme avoir pour ambition principale de "peser dans le débat".

Le colloque commence par une mise en bouche assurée par l’économiste Jacques Sapir, auteur de La démondialisation, le journaliste économique Jean-Michel Quatrepoint (Mourir pour le yuan), et le président du think tank Terra Nova, que Montebourg finira d’ailleurs par moucher en ces termes « Alain Minc est désormais plus à gauche qu’Olivier Ferrand ».

La présence de ce dernier, toutefois, permit un échange musclé, Ferrand recyclant l’antienne selon laquelle « l’euro nous protège », et les deux économistes lui portant une contradiction sans concession. Ce débat comme il n’y en a que trop rarement, souligne sans simagrées des désaccords profonds entre ce que l’on peut désormais appeler les « deux gauches ». L’une interventionniste et volontariste est souvent nommée « souverainiste ». L’autre, plus libérale que sociale, conserve une foi intacte dans les bienfaits du « doux commerce » et dénonce le « protectionnisme bestial » - rien que ça. On se surprend à se demander si ces deux gauches seront un jour réconciliables, et même à douter de la pertinence du clivage droite-gauche.  La véritable ligne de démarcation ne serait-elle pas aujourd’hui entre libéraux-vaguement-sociaux et  nationaux-républicains ? La confrontation des « experts » eut le mérite immense de soulever cette question.

Avec les deux vedettes de la soirée, Jean-Pierre Chevènement et Arnaud Montebourg, il fut aussi question de politique. Mais de débat, il n’y en eut guère. Car les deux hommes semblent aujourd’hui d’accord sur bien des choses, et l’on assistait davantage au scellement d’une entente qu’à une confrontation.

Pour le belfortain, la question prioritaire aujourd’hui est celle de la monnaie unique. Invité sur Europe1 lundi 29 août, celui-ci déplorait qu’à La Rochelle, « aucun des candidats n’ait abordé la question centrale » de l’euro. On ne présente d’ailleurs plus les thèses de l’ancien ministre, rendu fort injustement célèbre pour son euroscepticisme supposé.

Pourtant, Chevènement n’est pas de ceux qui réclament une mise à mort immédiate de l’euro. Il en propose au contraire une dévaluation propre à sauver l’eurozone qu’une appréciation excessive face au dollar et au yuan asphyxie. Il se pose également en apôtre de la monétisation des dettes publiques, et salue le récent rachat, par la Banque Centrale Européenne, de titres de dette italienne et espagnole. Pour Chevènement, sauver la monnaie unique est donc le « plan A », dont le retour aux monnaies nationales et la transformation de l’euro en simple monnaie commune signerait un regrettable échec.

Quant à Arnaud Montebourg, il ne dit pas autre chose lorsqu’il affirme : « un responsable politique peut craindre l’écroulement de l’euro, mais il ne peut pas parier là-dessus (…) je défends une stratégie de monétisation de la dette  ». Il semble donc que les secousses estivales générées par la « nervosité des marchés » et par le second plan de sauvetage de la Grèce aient décillé celui dont Daoud Boughezala disait ici même avec raison : « Montebourg ne remet jamais explicitement en cause l’indépendance de la Banque Centrale Européenne. La responsabilité des gouvernements européens coupables d’une surévaluation de l’euro par rapport au dollar et au yuan n’est pas évoquée »

Tâcher de sauver l’euro en contraignant la BCE à intervenir quitte à violer de façon consciente et assumée les traités de Maastricht et de Lisbonne, tel semble être le principal point d’accord auquel ont abouti le jeune et le vieux lion. Auparavant, ils avaient d’ailleurs posé le même diagnostic : l’euro n’est pas une monnaie économique. Elle souffre d’un vice de conception qui a fait diverger gravement les économies de la zone, et la situation est aujourd'hui périlleuse. Toutefois, en tant que monnaie politique et quoiqu’il ne nous protège en rien, l'euro mérite d’être sauvé.

D’autres points de convergences se font jour entre le sénateur et le député. S’il n’est guère surprenant d’entendre Chevènement réaffirmer la nécessité, pour la France, d’une Défense indépendante, il est rassérénant d’écouter Montebourg déplorer « l’abaissement des fonctions régaliennes de l’Etat ».  

On comprend, dans ces conditions, que l’aîné assure son cadet de son « estime », et qu’il ajoute : « il fraye les chemins de l’avenir ». On demeure un peu surpris lorsque ledit cadet se paye le luxe d’exhorter l’assemblée à « voter Jean-Pierre Montebourg » au premier tour de la primaire. Voici une héritage arraché de manière bien cavalière des mains de celui qui allait le donner. Pour autant, on aura compris combien les deux leaders entendent désormais faire front commun contre la mondialisation et le système néolibéral. Et l'on ne sera pas surpris, dans les jours qui viennent, d’entendre murmurer « Chevènement soutient Montebourg ».

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La folle semaine de la gauche lib-lib   CLACK
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vendredi 6 mai 2011

Ringardisez-moi !



Les néo-réacs…tout le monde ces derniers temps ne parle que d’iceux. Ils ont eu droit à un dossier dans l'Obs, et à une pleine page dans Le Monde. Même la presse féminine s’engouffre dans la brèche. Le magasine Elle, par exemple, propose un test réservé aux femmes : « quelle néo-réac êtes vous » ? Cela me semblait tomber plutôt bien, étant donné que le microcosme néo-réac ne compte quasiment que des « mâles blancs ». Je pensais donc que la réalisation de ce rapide quizz conjuguée à l’application stricte d’un cœfficient pondérateur de parité (CPP) me placerait d’emblée dans la catégorie des « rétro-réacs ». Las, j’ai eu beau dévoiler que je préférais la blanquette de veau à la quiche au soja bio, je demeure reléguée dans la catégorie « bobo-réac », ce qui est toujours mieux que « réac mais pas trop », mais néanmoins en deçà d’« archéo-réac ».

Toujours côté presse féminine, c'est désormais le magazine Grazia s’y est mis. Grazia, c’est le magazine « de la mode, de la beauté, des people et du luxe », absolument indispensable pour découvrir sans plus tarder « comment porter le bermuda ». Il vous décille enfin sur le pedigree de Catherine Middelton [1], « cette roturière pas comme les autres » et vous immunise…contre les néo-réacs. Mais, même à bien feuilleter Grazia, je ne vois pas mon nom dans la liste.

Pourtant, elle est à géométrie variable, la liste. Certes, il y a quelques piliers, des indéboulonnables, des permanents. Ce sont les néo-réacs « du socle », qui caracolent toujours en tête de la black list [2]. Evidemment, je ne prétends aucunement me hisser à leur niveau. Ils sont hyper entraînés : ce sont des coureurs de fond. Ils ont percé à jour « la gabegie des accords de Schengen », pourfendent les errements orwelliens de la « modernité hyperfestive » et s’accordent à vilipender tout à la fois « les impérities de la droite mainstream » et la « mièvrerie compassionnelle de la gauche d’accompagnement »[3].

Modestement, j’aspire seulement à faire partie des néo-réacs conjoncturels. Je m’emploie pour cela à dévoiler avec une parcimonie perfide mais avec une constance pluriannuelle que j’aime bien Jean-Pierre Chevènement, en dépit de la pluie de quolibets que me renvoient sans ménagement les adorateurs résolument progressistes de l’hyper-décontractée Eva Joly.

Par ailleurs, je ne répugne pas à vouer régulièrement aux gémonies « Le rappel à l’ordre », ce petit livre sot et désormais presque oublié de Daniel Lindenberg, qui me semble mériter amplement une seconde jeunesse. J’en suggère donc la lecture immédiate aux chasseurs de néo-réacs. Ils y trouveront matière à allonger indéfiniment leur liste, qui pourra aller du néo-reac stricto sensu au néo-con façon Bush, en passant par le crypto-stalinien momifié : tout un panel de nouvelles perspectives !....

Par ailleurs, je me pique volontiers d’avoir lu l’œuvre complète de Philippe Muray, ce qui n’est bien évidemment pas vrai. A l’inverse, je me targue d’avoir achevé le dernier roman de cet auteur magistral qu’est Michel Houellebecq, ce qui est vrai, mais ventrebleu que j’ai peiné !

Question « presse », j'exècre Télérama et abhorre les Inrockuptibles, ces organes de presse de la boboïtude germanopratine et écolo-compabible. Je n’aime pas non plus Rue89, et ses articles dégoulinant d’un jeunisme sirupeux traitant de sujets aussi essentiels que l’épilation intégrale, avec clip à l’appui pour témoigner en images que « quand mon minou est tout doux, il aime être caressé partout ».




Par ailleurs, je signale à bon entendeur que le recours incessant au champ lexical et à l’iconographie des « heures les plus sombres de notre histoire » me met absolument hors de moi. Et si j’ai horreur de la censure et préfère naturellement la liberté d’expression et le débat d’idées, je demeure tout de même consternée que l’on puisse écrire des livres pratiquant la reductio ad hitlerum sur la personne de « Schtroumps nazis ».

Pour finir, je n’ai rien contre les catholiques à particule et je n’ai pas dit « pas étonnant » au sujet de Xavier Dupont de Ligonnès. Je ne me suis pas du tout intéressée à l’affaire des supposés quotas de la FFF, mais je suis néanmoins persuadée qu’il s’agit d’une manipulation médiacratique de l’artificieux Edwy Plenel. Je suis vigoureusement opposée à toute espèce de simplification de la langue française, surtout si elle est appuyée par des pédagogistes. J’ai voté « non » au referendum de 2005 a l’instar d'une certaine droite, ce qui me rend passible de complicité avec l’antienne populiste du « ni-droite, ni gauche ».

Pour toutes ces raisons, si quelqu’un d’entre mes chers lecteurs rencontre un jour Marine le Pen, peut-on lui dire qu’elle n’hésite pas à me donner contre mon gré et à mon insue le baiser de la mort ? Certes, elle ne sait pas qui je suis. Mais je ne suis pas convaincue qu’elle connaisse parfaitement tous ceux qu’elle adoube publiquement. A tout hasard, qu’on lui dise que je suis journaliste. Elle croit que Luc Ferry et Emmanuel Todd le sont, alors après tout, pourquoi pas moi ?


[1] A l’attention des lecteurs de Point de Vue , je précise qu’il s’agit bien évidement de son Altesse royale la princesse William Arthur Philip Louis, duchesse de Cambridge. A l’attention de ceux de Voici, je précise qu’il s’agit grave de Kate’ (LOL).
[2] Black list que je m’engage à livrer à la vindicte de la meute hurlante aussitôt qu’elle sera stabilisée.
[3] Je signale que ces citations, bien qu’elles visent à reproduire la quintessence de la doxa néo-réac, sont de moi. L’usage de mots volontairement compliqués ne vise qu’à mettre en exergue le snobisme verbeux de mon parisianisme impénitent.