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vendredi 24 février 2012

DPDA : Marine Le Pen est une "présidentiable scrogneugneu"



Le 29 septembre 2011, Marine Le Pen tenait un colloque sur le thème « comment redresser l’école ? ». Elle le concluait par quarante minutes d’un discours de bonne facture, que n’auraient pas renié les républicains les plus ombrageux. Elle y listait notamment les mesures de bon sens à prendre pour « restaurer l’autorité des professeurs » selon l’expression consacrée.

Hélas, elle omettait de répondre à la question suivante : « bonnet d’âne ou mise au piquet, quelle attitude adopter face aux élèves boudeurs ? ». On ne l’a jamais tant déploré qu’hier soir, en découvrant stupéfaits, dans l’émission Des Paroles et des Actes (DPDA) de France2, un nouvel archétype de la politique contemporaine : la « présidentiable scrogneugneu ».

Hier 23 février, Marine Le Pen était en effet l’invitée de DPDA. Il est de tradition, dans cette émission, que le politique mis à l’honneur soit confronté à un contradicteur, à l’occasion d’un débat d’une vingtaine de minutes. Face à Marine Le Pen, France2 avait choisi Jean-Luc Mélenchon.

Que la chaîne ait espéré faire le show en réunissant tous les ingrédients d’un combat dans la boue n’est pas contestable : France2 voulait du sang. Par ailleurs, il est devenu classique d’opposer Le Pen et Mélenchon, en traçant entre ces deux-là un insidieux petit signe « égal », et en prononçant le mot magique : populisme.

L’ayant senti, et n’étant pas forcément disposée à jouer la bête de foire, il n’est pas absurde que la présidente du Front national - qui avait par ailleurs déjà débattu avec Mélenchon sur BFM - ait souhaité se voir opposer un autre adversaire. Elle donc exigé - et obtenu - d’être confrontée à cacique de l’UMP, et pour cause : lorsque l’on prétend créer la surprise au premier tour de la présidentielle, lorsque l’on souhaite appraître, non comme un candidat de seconde zone, mais comme un outsider sérieux, c’est bien avec l’un des deux « gros », PS ou UMP, qu’il faut débattre.

Enfin, et elle le savait, c’était pour Le Pen l’occasion de briller. Elle y est d’ailleurs parvenue sans peine face à Henri Guaino, à l’occasion du premier débat de la soirée : il n’était pas très difficile de mettre en difficulté ce national-répubicain brillant, mais qui a renoncé à tout ce en quoi il croit pour se muer en « provider de respectabilité gaullienne » au service de Nicolas Sarkozy.

Pour autant, France2 tenant à son combat de rue, le débat avec Jean-Luc Mélenchon avait été maintenu. Ce sont hélas des choses qui arrivent : il ne suffit pas de tempêter et d’exiger pour obtenir ce que l’on souhaite. Une candidate à l’élection suprême devrait se faire à l’idée : le réel est parfois têtu, et face à lui, on compose.

Cela n’a pas été le choix de Marine le Pen. Opposée au candidat du Front de gauche, celle qui, l’instant d’avant, avait accepté de débattre avec un simple conseiller parce que c’était commode, a préféré…bouder !

Les téléspectateurs de DPDA ont donc assisté, pendant vingt minutes, à un moment de télévision surréaliste, pendant lequel ils ont pu voir une présidentiable éviter systématiquement le regard de son adversaire, et s’adresser à David Pujadas au lieu de répondre à Mélenchon, donnant ainsi l’impression d’être une gamine perdue préférant « tout dire à la maîtresse » plutôt que d’affronter courageusement le garçon qui vient de lui tirer les couettes. La candidate fit même semblant de lire le journal cependant que son contradicteur essayait vainement de lui faire desserrer les dents. Enfin, lorsque, de guerre lasse, il lui suggérait de quitter le plateau, Marine le Pen répondait « c’est un petit peu mon émission ». Elle aurait pu ajouter « c’est toi qui l’as dit c’est toi qui l’es, nananère »,  car on n’était plus à une incongruité près.

Ce non-débat, qui permit au passage à Mélenchon de faire quelques bons mots et de mettre les rieurs de son coté, avait de quoi mettre mal à l’aise. Il n’est jamais agréable d’assister à un crash télévisuel en direct, quelque idée que l’on se fasse de la personnalité qui en est l’objet, et  même s’il a été prémédité : Le Pen n’avait-elle pas assuré, avant l’émission, réserver aux téléspectateurs « une grosse surprise » ?

En tout état de cause, il sera difficile à la frontiste, dans la suite de la campagne, de continuer à se présenter comme une « victime du système médiatique». Celle qui passe son temps à récriminer contre l’intolérable partialité de la télévision publique, a en effet choisi de refuser une tribune qui lui était offerte. Ce faisant, l’autoproclamée « candidate du peuple » s’est permise de prendre en otage des milliers de téléspectateurs qui en conserveront probablement cette certitude : Marine Le Pen a peur de Jean-Luc Mélenchon.

Enfin, en adoptant une attitude de repli boudeur, Marine Le Pen aura probablement écorné sa réputation de duettiste courageuse et combative. Dans l’esprit de beaucoup, l’image de la « présidentiable scrogneugneu » croisant les bras et fronçant le nez comme un écolier privé de dessert, restera gravée pour longtemps.

Désormais, une chose est certaine : la petite Marine est encore un peu jeunette pour être présidente de la République. On mouche son nez, on mange un Kinder, on prend un peu d’âge, de maturité, de sang froid, et on réessaie…en 2022 ?

Lire et relire :
Marine Le pen à l'école de la République  CLICK
Populisme : est-ce que Mélenchon = Le Pen ?   CLACK
A Lille, Marine Le Pen s'enferre à droite  CLOCK
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mardi 3 janvier 2012

Décence ordinaire : tout fout l'Dukan



Pierre Dukan est un médecin, un célèbre nutritionniste. Ayant d’ores et déjà affamé des millions de personnes en les condamnant au jambon blanc sans couenne et à la laitue sans vinaigrette pendant des semaines, il n’a actuellement « ni besoin d’argent, ni de publicité ». C’est en tout cas ce qu’il affirmait dans une interview du 2 janvier accordée au Parisien, et relayée par le blog « Big Browser ».

C’est donc parce qu’il n’a besoin d’aucune publicité que le docteur Dukan [1] a, très naturellement et en toute modestie, rédigé une « Lettre ouverte au futur président de la République », sous forme d’un ouvrage à paraître jeudi. C’est aussi parce qu’il n’a pas besoin d’argent que le philanthrope vendra son opuscule 4 euros, soit deux fois plus cher que la somme indignatoire du célèbre Stéphane Hessel.

Dans son livre, celui qui n’a « besoin de rien, envie de toi » [2] fait des propositions à l’ensemble des zimpétrants chef d’Etat, dans l’optique de lutter contre l’obésité. Il émet notamment quelques avis de très haute tenue en matière d’instruction publique.

Manifestement soucieux de contribuer au redressement de l’école de la République, et de remettre icelle à la hauteur de sa réputation d’excellence, Dukan suggère notamment, pour l’épreuve du Bac, de « mettre en place une notion poids d’équilibre rapportant des points d’option pour ceux qui arrivent à garder un indice de masse corporelle entre 18 et 25 ». Les adolescents pourraient d’ailleurs y parvenir sans effort s’ils choisissaient, en lieu et place de l’horrible MacDo, de boulotter le succulent MacDu du bon docteur, garanti 100% pures galettes de son.

En voilà donc, une riche idée. Dommage que l’humaniste Dukan n’ait pas poussé jusqu’au bout son raisonnement, et proposé que l’on introduise au lycée des modules « popularité », « amour, gloire et beauté », « santé capillaire », voire même un « test d’aryanisme », bien évidemment optionnel.

En tout état de cause, il est heureux que le baccalauréat n’ait pas sanctionné, à l’époque où Pierre Dukan était encore lycéen, des tares telles que le charlatanisme, la fumisterie ou le parfait cynisme. Le jeune Pierre n’aurait sans doute jamais décroché son bachot.

Quoiqu’il en soit, sur ce coup là, la société du spectacle vient une nouvelle fois de battre son propre record. Nous avons à l’évidence de franchi une fois de plus le mur (de la galette) du çon.



[1] Prononcer « Du-Kang » si vous êtes Nord-Coréen, ou « Dukon » si vous êtes vosgien et/ou furieux.
[2] Comme disaient Peter et Sloane, à ne pas confondre avec les récents légionnés d’honneur Stone et Charden.

Lire ou relire
A l'école, moins d'éducation, plus d'instruction  CLICK
Chatel-Chevènement : dialogue autour de l'école  CLACK
Ecole l'interview de Jean-Paul Brighelli   CLOCK

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mercredi 5 octobre 2011

Jean-Paul Brighelli : « Le vrai collège unique, il est dans les ZEP… »

Entretien réalisé par David Desgouilles et Coralie Delaume



Coralie Delaume. Cette fin de quinquennat est propice aux critiques du bilan de Nicolas Sarkozy, notamment sur l’école. Que pensez vous d’une évolution telle que l’assouplissement de la carte scolaire ?
Jean-Paul Brighelli : Je ne sais — ou je sais trop — ce que Darwin aurait pensé d’une telle « évolution » : qu’elle illustre à merveille la théorie de la survivance des plus aptes. Une telle initiative n’a pour but que d’assouplir jusqu’à l’écartèlement un système qui était peut-être rigide, mais qui justement se maintenait par sa rigidité même. La carte scolaire pouvait être assouplie, mais par une série de vraies initiatives, visant à recréer de la mixité là où, cités et habitudes aidant, on en arrive désormais à des écoles et des collèges chimiquement purs — purs de tout mélange. Le vrai collège unique, il est dans les ZEP, qui ne rassemblent que les enfants des cités. Et, en même temps, au collège Henri-IV, qui s’acharne à suivre scrupuleusement la carte scolaire du Vème arrondissement — un quartier pauvre de la capitale, comme chacun sait.

CD. Même sévérité sur l’autonomie des établissements, je suppose ?
L’autonomie participe de la revanche girondine sur les étatistes jacobins. On donne du pouvoir — en le saupoudrant — aux Régions, aux départements, aux communes. C’est véritablement l’Education Nationale que l’on émiette ainsi, avec d’arrière-pensées budgétaires, l’Etat se déchargeant sur les niveaux intermédiaires pour gérer ce monstre Education qui lui pèse si fort.
Finalement, assouplissement de la carte scolaire et autonomie, profitent toutes deux essentiellement à l’enseignement privé, autorisé désormais à se gérer comme il l’entend, après s’être implanté où il veut.

CD. Pensez-vous que la « réduction du volume horaire imposé aux enfants », comme on dit, ou la possibilité des « mi-temps sportifs », soit une bonne chose. Peut-on véritablement apprendre mieux en travaillant moins ?
On le peut certainement à haut niveau, parce qu’on a alors appris à travailler. Réduire le volume horaire — mais c’est déjà fait, un sortant de Troisième a eu, grâce à la Gauche et à la Droite, près de 800 heures de Français de moins que son homologue des années 1980, ce sont autant de postes économisés —, c’est forcément en rabattre sur les programmes, diminuer les exigences, modifier en profondeur le tissu social, parce qu’à terme, seuls s’en sortiront ceux qui feront des heures sup’ à la maison, grâce à la bibliothèque de papa-maman.
C’est si vrai que les officines de cours privés fleurissent et prospèrent — en vingt ans, Acadomia est passé de presque rien à plus de 100 millions d’euros de chiffres d’affaires en 2006.

CD. Avec bien sûr un accès réservé aux plus aisés…
Justement pas ! Ce sont les plus pauvres, souvent, qui se saignent pour y envoyer leurs enfants. Pour les plus riches, pas de souci majeur, et en cas de besoin, ils n’auront pas recours à un étudiant de Licence à l’orthographe hésitante, mais à un agrégé bien rétribué. Et ami de la famille…

CD. L’attractivité du métier d’enseignant semble avoir baissé au point que l’on ne parvient plus à honorer toutes les places au CAPES. Quelles en sont les causes ?
Il y a un fait clair, depuis trois ou quatre ans : en sciences, ce sont les plus mauvais élèves qui se font profs — les autres sont allés en prépas et ont infailliblement réussi une école d’ingénieur qui dans le pire des cas les fait débuter au double du salaire d’un enseignant débutant. En Lettres (au sens large), on assiste à une désaffection des étudiants issus des voies générales, et à une montée en puissance de ceux arrivant des voies technologiques, dont la maîtrise des disciplines fondamentales est plus faible. Ajoutez à cela une féminisation record — près de 90% des profs de Lettres ou de Langues sont des femmes — signe que les sociologues interprètent tous comme une perte de prestige d’une profession vue désormais comme un « second métier » au sein d’un couple. Et c’est si pratique d’avoir le mercredi libre quand on élève des enfants ! Bien loin d’être une chance et une promotion pour les femmes, la féminisation de l’enseignement renforce les stéréotypes — ce n’est pas vrai d’autres professions à forte valeur ajoutée, qu’elle soit financière (médecine, Droit) ou symbolique (l’Armée…).

David Desgouilles. Au-delà de l’image dévalorisée du métier, il y a tout de même la problématique du salaire, relativement faible, proposé aux profs…
La paupérisation des enseignants est le meilleur marqueur de la paupérisation globale des classes moyennes, commencée à la fin des années 1960. Ce qui ne manque pas d’avoir des répercussions politiques — en particulier, la désaffection des enseignants pour la Gauche : en 2007, Ségolène Royal a rassemblé moins de 36% des enseignants. Les autres ont majoritairement voté Sarkozy (15%), Bayrou (25%) et près de 15% des profs ont voté Le Pen ou Villiers — ce que j’interprète comme le résultat d’un sentiment de perte identitaire en tant que classe moyenne. Les profs glissent vers cette semi-pauvreté dont l’extrême-droite fait son terreau depuis l’effondrement du Parti communiste.

Coralie Delaume. Mais alors, comment faut-il s’y prendre pour que la carrière d’enseignant redevienne attractive ?
 Même si les salaires de départ doivent impérativement être réévalués, c’est moins en misant sur la quantitatif que sur la qualitatif que l’on parlera aux enseignants une langue qu’ils comprennent. En repensant complètement les programmes dans le sens d’une plus grande rigueur. En donnant aux établissements des moyens, coercitifs si nécessaire — en imposant pendant un temps la tolérance zéro. En cessant aussi de donner systématiquement raison aux gros effectifs (les parents et leurs rejetons) contre les enseignants. En cessant de démissionner — tout cela supposerait un « plus d’Etat » très improbable. Le reste, c’est effets d’annonces et poudre aux yeux.

CD. « Tolérance zéro »…cela me fait penser à cet ouvrage d’entretiens dans lequel Luc Chatel et Jean-Pierre Chevènement s’accordent tous deux pour restaurer « l’autorité des maîtres »… 
C’est une tarte à la crème ! Et j’ai peur que les deux interlocuteurs ne mettent pas exactement la même chose sous les mêmes mots. La réalité, c’est qu’un maquis de consignes interdit pratiquement toute sanction. La réalité, c’est qu’une avocate vient de sortir un livre proposant aux parents des modèles de lettres de plainte et de récriminations ! De surcroît, quels enseignants sont effectivement formés à exercer une réelle discipline — seule condition pour transmettre les disciplines ? Ceux qui se présentent aux concours de recrutement sont les enfants de la réforme Jospin, du collège unique, du lycée light. Ils n’ont connu que ça. Et ils le reproduisent — en savonnant eux-mêmes la planche sur laquelle on les a installés.

CD. Luc Chatel ne cesse de dire qu’il faut « individualiser » les parcours scolaires. Il est inévitable que les institutions publiques tendent à s’adapter à la société - plus individualiste - qui les environne. Si « individualiser » signifie « aider davantage les élèves les plus faibles », ne peut-on pas envisager que Chatel ait raison ?
L’Ecole forme des individus. Elle les reçoit à l’état larvaire, à l’état de nature — et la nature doit être civilisée, redressée, transformée en jardin… à la française. L’individu, c’est ce qui devrait sortir de l’Ecole — et en prétendant respecter ce qu’ils ne sont pas encore, on lâche les élèves en état de semi-barbarie. L’un des effets à mon sens le plus significatif du libéralisme avancé, c’est qu’il feint de respecter l’individu, pour mieux l’assujettir (à la consommation, entre autres), pour mieux l’abolir. Homo festivus, disait avec un grand sens de la formule Philippe Muray — l’étape qui renvoie Homo sapiens au néant. Qu’ils chantent, pourvu qu’ils paient, disait Mazarin. Qu’ils dansent, pourvu qu’ils consomment, dit le libéralisme mondialisé. Enfin — ce n’est pas une raison pour ne pas se battre. Quitte à y rester. Après les Thermopyles, il y a Salamine et Platées. Après Alamo, il reste toujours la possibilité de remporter San Jacinto.

David Desgouilles. Fin septembre, les enseignants du public et ceux du privé sont descendus dans la rue main dans la main. Une telle unité peut-elle faire avancer les choses ?
Une manifestation n’a jamais rien fait avancer. Les manifs unitaires encore moins que les autres, parce que pour arriver à cette unité, chaque syndicat fait des concessions qui vident l’ensemble de tout contenu réel. En gros, cette fois, les suppressions de postes.

DD. Justement ! Un candidat à la primaire socialiste, François Hollande,  propose de recréer les 60 000 postes que la droite a supprimés…
Alors, quand j’entends cela, je me dis qu’il a pris des leçons chez Pasqua — « les promesses n’engagent que ceux qui y croient ». Imaginons un instant que qu’on revienne sur ces suppressions létales. Qui mettrait-on  en face des élèves ? Plus de mille postes prévus au budget n’ont pas été remplis cette année par les jurys de concours, devant le niveau déprimant des candidats !

DD. Les candidats à la primaire socialiste sont-ils tous influencés par l’idéologie pédagogiste ? Qui serait à votre avis le meilleur candidat –ou le moins mauvais- sur le thème de l’école ?
À gauche ? Mélenchon, peut-être — en dehors de questions de représentativité personnelle qui n’ont rien à faire ici. Mais personne au PS. Je me suis expliqué aussi clairement que possible sur mon blog Bonnet d’âne à ce sujet. Je vous renvoie donc à l’article « Etat d’urgence », rédigé début septembre.

DD. Il nous a semblé que vous vous étiez rapproché François Bayrou. Son bilan rue de Grenelle, au cœur des années 90, si funestes pour l’école, ne vous a pas rendu méfiant ?
Au catholique qu’il est — et que je ne suis pas — je dirais « à tout pécheur miséricorde ». Bayrou tient depuis 2007 un discours plus jacobin que tous les autres — c’est peut-être de l’opportunisme béarnais, mais c’est un revirement significatif pour un centriste. C’est la raison pour laquelle tant d’enseignants ont voté et fait voter pour lui il y a quatre ans. Par ailleurs, il commence à apporter des réponses réelles aux questions de politique générale — ma foi, combien le font ? Il a certainement, parce qu’il a mûri, l’étoffe d’un homme d’Etat. Après tout, Chevènement lui-même, que vous encensez l’un et l’autre volontiers, n’a pas été toujours exemplaire quand il a été ministre de l’Education : les « 80% d’élèves au Bac », c’est lui ! On apprend en faisant des erreurs…

Coralie Delaume. Marine Le Pen a organisé le 29 septembre un meeting sur l’école. Elle y a tenu un discours que nombre de « Républicains » ne renieraient pas. Elle a notamment appelé à faire de l’école un « sanctuaire » dont on chasserait les pédagogistes à la Meirieu et les résidus du « jacklangisme ». Que pensez-vous de la mue amorcée sur ces thèmes par le Front national ?
J’ai été approché par le Front National, et j’ai évidemment refusé leurs offres de service, parce qu’un discours sur l’Ecole, quel qu’il soit, n’efface pas un discours sur la sécurité ou l’Europe absolument révoltant de bêtise. Le FN a dragué des chevènementistes…

CD. Ils sont deux. Deux parfaits inconnus.  Ce sont des aventures individuelles…
Peut-être. Mais ils ont cru bon d’utiliser leurs convictions au service d’une femme qui manifestement n’en a pas, à part l’opportunisme. Marine Le Pen s’est fait (ou on lui a fait) une collection de mots à caser dans tout discours sur l’Education, de même dans tout discours sur l’immigration, etc.
Meirieu, lui, est partiellement revenu de ses vieilles lunes — au grand dam de ses affidés, comme je l’explique dans la dernière livraison de mon blog.
Quant à Jack Lang, c’est une antiquité, mais qui marque bien l’encroûtement du PS sur des convictions pédagogiques létales. Manuel Valls vient d’ailleurs d’en remettre une couche dans le même esprit.

David Desgouilles. Outre François Bayrou, donc, voyez-vous dans le spectre politique français d’autres candidats capables de porter un discours sur la conception que vous vous faites de l’école ?
Non, aucun.

DD. Verra t-on un jour Jean-Paul Brighelli en politique ?
Non plus. Je suis un électron libre, et je tiens à le rester. Dans ces temps de mort de l’individu, c’est une forme de luxe, ou de dandysme.

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jeudi 4 août 2011

Marine Le Pen à l'école de la République





Marine Le Pen se repose peu. La dernière sortie du "vieux" relative au drame norvégien ayant achevé de gâcher sa villégiature en Bretagne, l’héritière s’est remise au travail. Elle poursuit son œuvre d’exhumation et de remise à la mode des thématiques favorites de ceux que l’on nomme " souverainistes ", mais qui furent plus élégamment baptisés "nationaux-républicains" par Henri Guaino.

Il est vrai que le succès sondagier de "Marine" s’étiole quelque peu ces derniers temps. A-t-elle d’ores et déjà poussé trop loin son travail de dédiabolisation du Front national au point d’en gommer le caractère sulfureux qui fait tout son sel ? Plus simplement, comme le suggérait récemment Pascal Perinneau, s’est-elle lancée trop tôt dans une campagne de longue haleine au risque de lasser par excès d’exposition médiatique ?

Quelle que soit la réponse, Marine Le Pen semble vouloir se renouveler. Après avoir proposé la sortie de l’euro, vilipendé le "mondialisme" comme d’autre réclament la démondialisation, abondamment cité les travaux de Jacques Sapir et s’être approprié ceux d’Emmanuel Todd, la patronne frontiste paraît sur le point de faire sienne un autre volet phare de la doxa républicaine: celui relatif à l’éducation. Ainsi, le 2 aôut, par le truchement de son compte Twitter, M. Le Pen annonçait : "je prononcerai en septembre un discours important sur l’école, entourée de professionnels et de professeurs".

Un grand discours sur l’école, voilà bien la dernière chose à laquelle le FN ancienne formule nous avait habitués. La patronne du Front se prépare-t-elle a faire l’apologie de l’enseignement privé et des écoles confessionnelles pour complaire à la frange "catho-tradi" de son parti ? Abandonnera-t-elle déjà son discours laïc pour affirmer, comme le fit Nicolas Sarkozy au Latran que "dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé " ? Rien n’est moins sûr. En réalité, Marine Le Pen a déjà posé les jalons de sa réflexion sur l’école à l’occasion de son discours du 1er mai aux pieds de la statue de Jeanne d’Arc.

Dans cette harangue dont bien des passages ont laissé de marbre un public manifestement peu préparé, l'oratrice avait en effet glissé un passage sur l’école passé presque inaperçu dans les comptes-rendus médiatiques ayant relayé l’événement. Ainsi, face à une assemblée incrédule, M. Le Pen déclarait-elle, citant Condorcet et de fustigeant les pédagogistes : "l’apprentissage de la liberté se fait, vous le savez, dès l’école (…) l’enfant roi, et toutes les théories dramatiques colportées par les pédagogistes issus de 68, ont ruiné l’école, qui ne transmet plus le savoir comme c’est pourtant son rôle premier. (…) Le redressement de l’école passera par un relèvement des exigences (…): relèvement des exigences de niveau, relèvement des exigences de discipline, relèvement des exigences dans la transmission des valeurs". Voilà une saillie que n’auraient pas reniée les héritiers de Jules Ferry.

"Marine" affirme vouloir s’entourer de  spécialistes  pour nourrir ses réflexions sur l’école. Il semble acquis qu’elle ne jettera pas son dévolu sur un Philippe Meirieu, pédagogiste en chef, par ailleurs déjà préempté -en toute logique- par les bien-pensants d’Europe Ecologie Les Verts. On peut donc gager qu’elle se tournera plus volontiers vers la famille des " old-school ", ces chantres de l’exigence, du travail et du mérite que d’aucuns s’appliquent à ringardiser en les traitant de "nostalgiques des blouses grises". Dans son discours du 1er mai, entre autres intellectuels de talent, l’héritière faisait déjà une OPA aussi inattendue que tactiquement judicieuse sur Natacha Polony. Mais M. Le Pen pourrait également être tentée de s’inspirer du sémillant auteur de " La fabrique du crétin ", Jean-Paul Brighelli, d’ores et déjà suspecté par ses détraceteurs de " crypto-lepénisme ", comme il le déplorait en ces termes sur son blog :  " quand je dénonce la collusion objective des pédagos et des libéraux, tous favorables à l’éclatement du service public d’éducation (…) je fais certainement le jeu du FN ? Quand je déplore la substitution, à l’ambition de transmettre des savoirs, de la constitution de savoir-faire et de savoir-être je fais toujours le jeu du FN ? Dire la vérité, voilà qui fait le jeu du FN ?…"

On ne peut pas suspecter Emmanuel Todd, Jacques Sapir, Natacha Polony ou Jean-Paul Brighelli de "faire le jeu du FN" ou d’en "décontaminer la pensée" selon une expression désormais très en vogue. Il est facile et malhonnête pour les adversaires de leurs idées de "lepéniser" ces dernières, et de les discréditer au seul motif que Marine le Pen s’en est saisie. Nul ne peut empêcher cette dernière d’avoir les références qu’elle désire. Et l’on ne va tout de même pas se désoler qu’elle ne lise pas Mein Kampf !

Il est également commode et peu efficace de qualifier la doxa mariniste "d’attrape-tout", et de la rejeter en bloc au prétexte qu’elle tiendrait un "double discours", tout en s’entourant d’une garde rapprochée composée de la droite radicale la plus dure. C’est la thèse que défendent Caroline Fourest et Fiammetta Venner dans leur ouvrage, Marine le PenMais comment espérer sérieusement convaincre que la frontiste est insincère, à moins d’être dans sa tête ? Par ailleurs même si elle l’est, combien de politiques peut on gratifier de toujours penser ce qu’ils disent et de toujours faire ce qu’ils promettent ?

La seule question qui vaille d’être posée, à l’aune de l’entrée en campagne, est celle des raisons du succès de Marine le Pen, et d’un Front national que l’on envisage déjà au second tour de la présidentielle. Les thématiques de la démondialisation, de la sortie de l’euro, de la laïcité, et, demain, de l’école, portent Marine le Pen. Pourquoi la laisse-t-on seule s’en emparer ? Ceux, de gauche comme de droite, qui la désignent comme étant le Diable vont-il continuer à lui abonner les meilleurs morceaux comme ils abandonnèrent jadis la Nation et le drapeau à Le Pen père ? C’est hélas possible. Mais alors, si elle venait à gagner et s’il fallait chercher des responsables, nous serions en droit de leur demander des comptes.

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A l'école, moins d'éducation, plus d'instruction   CLIK
Front national, le nouveau parti de la liberté ?   CLAK
Biographie : C. Fourest et F. Venner versus Marine Le Pen  CLOK

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dimanche 1 mai 2011

Front national, le nouveau parti de la liberté ?



Aux Pays-Bas, il existe un parti populiste de droite, dont le leader est un quarantenaire très blond, dynamique, et résolument moderne. Ce parti s’appelle le « Partij voor de Vrijheid », soit en français « Parti pour la liberté ». En France, il existe un parti populiste de droite, dont la leader est une quarantenaire très blonde, dynamique, et résolument moderne. Ce parti s’appelle le Front national.

Des différences, il y en a pas mal. Le PVV se caractérise essentiellement par son discours anti-musulmans, et Girt Wilders s’est surtout rendu célèbre en réclamant l’interdiction du Coran et en réalisant le documentaire islamophobe Fitna. Rien de commun, a priori, avec le discours prononcé ce 1er mai par Marine le Pen place des Pyramides, qui eût pu prétendre à un brevet de républicanisme mention « assez bien », s’il n’eût été émaillé de quelques saillies anti-immigration propres à réveiller un public manifestement plus enclin à scander le nom de « Jean-Marie » qu’à s’enthousiasmer pour la sortie de l’Euro ou à conspuer le libre échange.

Des points de communs, il y en a aussi. Et depuis ce dimanche, l’exaltation de la « liberté » en fait partie. Les badauds croisant le défilé du « Front » ont dû être quelque peu surpris en voyant s’étaler partout ces drapeaux bleu et blanc estampillés « liberté » qui, presque plus nombreux que les étendards tricolores et les bannières régionalistes, donnaient l’impression de se trouver au cœur d’une manifestation de partisans de l’Union des familles laïques ayant forcé sur les psylocibes.




Par la suite, la « liberté » a émaillé l’ensemble du discours d’une Marine le Pen apparemment désolée qu’il lui faille commémorer Jeanne d’Arc quand elle eût préféré célébrer Spartacus, plus illustratif en effet de l’exhortation au « peuple de France » à « se défaire des chaînes qui l’entravent ».

Il est vrai que la liberté, c’est consensuel. Ca fait bien moins peur que l’égalité, et ça ratisse plus large que la fraternité. Et puis, ça s’adapte à peu près à tout. Ca permet de célébrer tout à la fois « l’indépendante détermination du général de Gaulle », d’exalter « la souveraineté, c'est-à-dire notre liberté collective », et de vouer aux gémonies la libre circulation des personnes et l’immigration, « cet esclavage des temps modernes, (qui autorise) le transfert de populations d’un continent à l’autre, constituant ainsi l’armée de réserve du capitalisme qui permet aux grands patrons d’exploiter les travailleurs français ».

Ca permet également de se muer en égérie d’une « liberté de la presse (qui) doit être rétablie », parce qu’il y en a vraiment marre du « maccarthysme », du règne sans partage du « Big Brother d’Orwell » et de la prolifération de tous ces « petits Torquemada des temps modernes » qui empêchent nos journaux de diffuser des sondages plaçant Marine le Pen en tête du premier tour à l’élection présidentielle, de la sacrer championne du vote ouvrier ou de relayer quelque classement du Time lui offrant le 71ème rang mondial des personnalités les plus influentes.

La liberté, toutefois, c’est quelque chose qui s’apprend. Or « l’apprentissage de la liberté se fait dès l’école ». Et Marine le Pen de se lancer dans une diatribe inattendue contre « les théories dramatiques colportées par les pédagogistes issus de 68 ». On admettra que la promotion de l’école de Condorcet et de Jules Ferry manquait au logiciel mariniste. Il convenait de rajouter d’urgence cette nouvelle strate  pour décrocher son brevet de « national-républicanisme ». Car tout n’est pas qu’économie, et crier haro sur l’ultralibéralisme, sur Maastricht et sur l’Euro ne fait pas un programme. Il ne suffisait donc pas de s’approprier Emmanuel Todd et Jacques Sapir : voilà Natacha Polony embarquée nolens volens sur le paquebot.

Il ne manque à Marine le Pen, pour parfaire sa panoplie de parfaite républicaine, qu’à débusquer un bon spécialiste de relations internationales. Pour bien faire, il faudrait qu’il prône une coopération renforcée avec la Russie pour contrebalancer la « Chinamérique », une politique de co-développement euro-Méditerranée, qu’il ait vigoureusement condamné la seconde guerre du Golfe, mais pourquoi pas la première également, et bien sûr qu’il se soit prononcé contre la réintégration de la France dans le commandement intégré de l’OTAN.  

En principe, à la prochaine grand-messe frontiste, nous devrions avoir le nom de l’heureux géopoliticien choisi, et partant, une liste quasi exhaustive des intellectuels qui, même sans le faire exprès, permettent à quiconque s’en inspire de s'élever en toute liberté dans les sondages. Avis aux amateurs.