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jeudi 30 juin 2016

Brexit : le Parlement européen envoie des cadors pour négocier.



" Ils sont énormes...." 


Face à une situation aussi inédite que le Brexit, qui verra pour la toute première fois un pays membre quitter de l'Union, il était normal que le Parlement européen, haut lieu de la démocratie et de la représentativité communautaire, désigne des hommes neufs pour négocier avec Londres.
L'incertitude, le nécessaire pragmatisme dont il faudra faire preuve pour gérer le départ anglais interdisait en effet que l'on mandate des responsables de ce qu'il faut bien appeler, si l'on est un minimum lucide, le fiasco de l'Europe telle qu'elle est.
C'est pourquoi l'équipe dédiée devrait en principe se composer des eurodéputés suivants :
- Guy Verhofstadt, le président du groupe ALDE (Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe). Pour un Brexit, il fallait bien ça : un fédéraliste. En 2001, l'homme a en effet présidé le Conseil européen de Leaken qui a lui même lancé la Convention sur l'avenir de l'Europe. Laquelle convention a rédigé le projet de Traité constitution européenne (TCE). Bref, l'homme de la situation.
- Elmar Brok. Il était quant à lui président du groupe PPE au sein de la même Convention sur l'avenir de l'Europe. Après le rejet de projet de Constitution par la France et les Pays-Bas en 2005 et alors qu'il fallait rédiger un nouveau traité pour le remplacer, Elmar Brok fut des eurodéputés membres de la CIG (Conférence intergouvernementale) chargée de rédiger ledit nouveau traité. En même temps, c'est un peu normal qu'il ait tout fait, puisqu'il est député européen depuis.... juin 1980. Ce qui ne nous rajeunit pas.
- Roberto Gualtieri, le président de la Commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen. Comme l'économie et la monnaie sont précisément les choses qui marchent le mieux en Europe, ça tombe plutôt bien.
A noter que les trois eurodéputés, Verhofstadt, Brok et Gualtieri ont l'habitude de travailler ensemble. En effet, il s'agit précisément de l'équipe qui a œuvré à concocter le Pacte budgétaire européen (ou TSCG). Celui qui invite les pays membres de l'UE à inscrire une « régle d'or budgétaire » au frontispice de leurs principes constitutionnels.

Ça s'invente pas, tout ça, quand même. 
On ne change pas une équipe qui perd. 

mercredi 27 mai 2015

10 ans : le référendum volé de 2005 ou le passé qui ne passe pas



Et oui, cela fera dix ans demain 29 mai 2015. J'espère qu'on me pardonnera cet accès de feignasserie mais je me contente de reproduire pour l'occasion un morceau du chapitre six de Europe, les Etats désunis. Joyeux anniversaire à tous les démocrates ! 




***


Le « référendum volé » de 2005 ou le passé qui ne passe pas

Le pessimisme hexagonal est partagé, on le sait, par d'autres peuples d'Europe. En France, il existe toutefois une circonstance aggravante. Elle relève de ces événements qui, si on parvient à les mettre entre parenthèse suffisamment longtemps pour les croire oubliés, finissent par se rappeler à notre souvenir faute d'avoir été jamais digérés. Le « référendum volé » de 2005 relatif au projet de traité constitutionnel européen est assurément de cet ordre. Il appartient à ce passé qui ne passe pas car il n'est ni du registre de l'erreur, ni du registre de l'échec, mais de celui de la tromperie. En choisissant d'ignorer le choix fait par le peuple le 29 mai 2005, les dirigeants français ont tout révélé de cette Europe-là. D'abord qu'elle était l'antithèse-même de la démocratie. Ensuite que cela leur convenait et qu'ils étaient décidés à consentir à tout dans le but de préserver cet objet désincarné.

Les Français n'ont pourtant été ni les seuls ni les premiers faire l'amère expérience que leur voix comptait désormais pour presque rien dans l'inexorable déploiement de l'a-démocratie européenne. D'autres peuples se sont vus rabroués par leurs propres mandataires au motif que, décidément, ils n'y comprenaient rien. Le tout généralement enveloppé dans le discours infantilisant d'usage : si les électeurs votent de travers c'est parce que le sujet est « trop compliqué » et qu'on n'a pas suffisamment mis l’accent sur « la pédagogie ». A la bêtise fondamentale de citoyens peu avertis, mieux vaudrait donc opposer la compétence et l'acuité lucide des élites « éclairées », les seules, d'ailleurs, à bénéficier d'une véritable « expérience européenne ». Dormez, braves gens, ou zonez devant des talk-shows. On s'occupe à votre place de concevoir votre Bien.

Chez certains de nos voisins, on a au moins tenté de préserver les apparences. On y a rappelé aux urnes les « mal-votant », comme on appelle les pêcheurs à confesse. A grand peine parfois. En Irlande, par exemple, il a fallu pas moins de quatre votes pour avaliser deux traités. Celui de Nice, d'abord, avait été rejeté par 54 % des électeurs irlandais en juin 2001 avant d'être accepté un an et demi plus tard, à l'occasion d'un second vote. Celui de Lisbonne, ensuite, a également nécessité deux votes. Le premier, en 2008, ayant concentré plus de 53 % de « non », on revota, très favorablement cette fois (67%), en 2009.

A l'encontre des récalcitrants de 2005, on fut moins scrupuleux. Aux Pays-Bas, on n'osa pas plus qu'en France redonner la parole à des électeurs a priori peu enclins à en faire bon usage. Les Néerlandais subirent à peu près le même traitement que les Français. On s'en souvient, eux aussi avaient vivement rejeté le projet de traité en 2005. A la question « Etes-vous pour ou contre l'approbation par les Pays-Bas du traité établissant une Constitution pour l'Europe ? », plus de 61 % des électeurs avaient répondu par la négative. En 2008, c'est donc au Parlement du pays, bien plus docile, qu'il fut demandé de ratifier Lisbonne.


Un tweet de Nicolas Sarkozy

Lisbonne

Lisbonne : la copie, ou presque, du projet de traité constitutionnel. Un jumeau auquel il ne manque que quelques grains de beauté discrets pour être un clone parfait. Grosso modo, on s'est contenté de gommer le mot « Constitution » pour le remplacer par « traité » et par ôter les éléments à caractère symbolique qui visaient à simuler la création d'un pseudo-Etat. Comme l'hymne, par exemple, ou le drapeau étoilé, ce qui n'empêche nullement ce dernier de flotter partout, puisqu'il est l'emblème des Communautés européennes depuis 1985. Comble de la mièvrerie, la devise « unie dans la diversité » fut évacuée également. La voilà donc à nouveau disponible pour servir de slogan à une future publicité pour les vêtements Benetton. Enfin, le personnage qui devait porter le titre de « Ministre des affaires étrangères » écope de celui de « Haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères », avec le succès que l'on sait : il n'y a pas plus erratique - plus inexistant, même - que la diplomatie européenne.

Outre cela, le contenu est le même. Il est simplement éclaté dans les traités préexistants qu'il amende, de sorte que l'Union est désormais régie par deux textes : le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE), c'est à dire le traité de Rome modifié, et le traité sur l'Union européenne (TUE), soit Maastricht adapté. Une simple réorganisation, donc, mais pas une réécriture. Un juriste, Jean-Luc Sauron, auteur d'un livre intitulé Comprendre le traité de Lisbonne1 expliquait d'ailleurs la chose très simplement. Interrogé sur la question de savoir s'il existait une différence entre le projet constitutionnel et le nouveau traité, il répondait : « Faut-il en chercher une ? Le TCE a été ratifié par une majorité d’États membres représentant 56 % de la population européenne. Pouvait-on, dans ces conditions, gommer ce texte ? »2. C'est vrai, ça ! On avait suffisamment travaillé sur ce projet en 2005, on n'allait tout de même pas, au motif de deux référendums négatifs et France et aux Pays-Bas, s'amuser à tout reprendre. L’Europe, c'est du sérieux ! Elle n'a pas que ça à faire ! Quant à ceux qui réclamaient que le nouveau texte soit à son tour soumis à référendum, le juriste leur répondait : « le référendum, c’est la négation du destin commun. Ce n’est pas Lisbonne que refusent les tenants du référendum, c’est une plaisanterie. Ils refusent l’Union européenne comme elle est, le monde comme il est, le marché comme il fonctionne ». Et refuser le marché comme il fonctionne, ça, vraiment, c’est impardonnable...

Il n'était pas dans les usages de la droite sarkozyste de refuser le marché tel qu'il fonctionne. Le traité de Lisbonne, proposé à la ratification du Parlement, n'avait certainement pas cette ambition. Durant la campagne présidentielle de 2007, la candidate socialiste, elle, avait appelé de ses vœux un texte plus « social ». Surtout, Ségolène Royal avait suggéré que ce nouveau texte soit soumis, comme son prédécesseur de 2005, à un nouveau référendum. Il était en effet de bon aloi de considérer à gauche qu'un traité rejeté par le peuple devait être représenté au peuple même s’il avait changé de contenu. C'est en tout cas ce que défendra longuement le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, Jean-Marc Ayrault, dans un fort beau discours prononcé dans l’hémicycle le 6 février 2008. Il y expliquera notamment combien lui semble mortifère la substitution, pour la première fois dans l'histoire de la République, du Parlement au peuple à la suite d'un échec référendaire. Combien l'Europe, parce qu'elle lui est chère, lui semble mériter une appropriation populaire et combien il lui paraît urgent de l'extirper du giron des spécialistes pour la confier aux soins des citoyens.

Deux hommes que tout sépare....ou pas.
Au moment de voter la révision constitutionnelle préalable à la ratification de Lisbonne, la gauche française, pourtant, reniera sa parole. Au sein du Parlement réuni en Congrès, 142 députés et sénateurs socialistes s'abstiendront. Pis, plus d'une trentaine d'entre eux votera favorablement. C'est cela, ce consentement muet de certains, cette complicité explicite de quelques autres, qui permettra à Nicolas Sarkozy d'obtenir la majorité des trois cinquièmes nécessaire à la ratification du texte – le même texte – rejeté trois ans plus tôt.

Pourquoi est-il utile de revenir sur cet événement aujourd'hui vieux de plusieurs années et qui fut largement commenté en son temps ? Simplement parce qu'il s'agit d'un séisme antidémocratique qui connaît aujourd'hui des répliques. Parce que cette maladie du politique qui consiste à ne jouer la comédie d'une démocratie strictement procédurale que pour mieux vider de sa substance la démocratie réelle, produit aujourd'hui des symptômes.

« L'épisode Lisbonne », qui a consisté, pour la première fois, à transformer les représentants du peuple en censeurs de celui-ci était appelé à avoir des répercutions de long terme. Il a révélé un large consensus dans la classe politique, non plus seulement pour fabriquer une Europe techno-libérale mais également pour transformer les Assemblées en instances de reformulation d'une parole populaire dont on admettait clairement, désormais, qu'on la trouvait impropre. On est au-delà de l’œcuménisme pro-européen décrit supra3. Ici, le consensus ne se fait plus sur la physionomie et sur l’orientation que l’on souhaite donner à l’Union européenne. Il se fait sur les moyens qu'on est prêt à employer pour parvenir à poursuivre l’intégration. Ces moyens sont lourds puisqu'ils consistent à transformer le statut-même du Parlement. Celui-ci cesse d'être le lieu privilégié d'expression de la volonté populaire, pour devenir, purement et simplement, le lieu de son invalidation.

A cet égard, « l'épisode TSCG » n'est que la toute petite réplique d'un séisme antérieur. Le retournement de point de vue d'un seul est même homme, François Hollande, en l'espace de quelques semaines et l’enterrement rapide d’une promesse de campagne paraît presque véniel. Le candidat Hollande avait assuré, lors de la campagne présidentielle de 2012, qu'il renégocierait, sitôt élu, le « traité Merkozy » hérité de son prédécesseur. Il n’avait pas dû lui échapper que le TSCG et sa règle d’or constituaient des dispositions supplémentaires en faveur d’une austérité dont on peine toujours à comprendre que la gauche puisse s’en accommoder. Le président Hollande a choisi de répudier son engagement et d’opter, à la place, pour un colifichet - la négociation d'un « Pacte de croissance » dont on n'a plus, depuis, aucune nouvelle -. Ce faisant, il a confirmé une chose à laquelle, cette fois-ci, beaucoup le monde s'attendait : il n'existe, concernant ce qu'il est convenu d'appeler « la réorientation de l'Europe », pas l'ombre d'un projet véritable. Surtout, il n’existe pas l'ombre d'une volonté solide.

1 Jean-Luc Sauron, Comprendre le traité de Lisbonne, Gualino éditeur, décembre 2007.
2 Jean-Luc Sauron, « le traité de Lisbonne est un simple aménagement du règlement intérieur de l’Union », interview publié sur le blog Coulisses de Bruxelles, 25 février 2008.
3 Va falloir acheter le livre !    

Ce qui est bien c'est que les choses ont changé depuis.... ;-)


jeudi 18 octobre 2012

Budget 2013 : V comme Viviane Reding

 
 
 
 
 
Les voilà, ils débarquent ! Qui ça ? Les envoyés de Bruxelles ! Au début de la semaine, ils venaient jeter un œil amical et désintéressé aux orientations budgétaires françaises retenues dans le cadre du projet de loi de finance pour 2013. Plus exactement, ils venaient s’enquérir de « la prise en compte des orientations budgétaires européennes » par le PLF. Dans ce cadre, ils étaient accueillis en guest stars à l’Assemblée nationale, avec un mélange de respect et de crainte, comme on accueille les vainqueurs quand on a soi-même capitulé.
 
À leur tête, Viviane Reding, commissaire européen à la Justice, à la Citoyenneté et aux Droits fondamentaux – fermez le ban – qu’on avait davantage l’habitude d’entendre nous tancer sur notre gestion du « problème Rom », et qui vient de se découvrir, en tant que vice-présidente de la Commission, un talent inopiné pour les finances publiques.
 
Cette fois, celle qui le fait pourtant si bien, n’a vilipendé personne. Au contraire, elle a vivement flatté notre douce France, car rien ne marche mieux que la carotte, même quand on préfère manier le bâton. Reding a donc salué un « projet de loi de finance ambitieux » et dit qu’elle mesurait « l’effort qui est demandé au peuple français ». Avec quoi l’a-t-elle mesuré ? Avec sa réglette graduée spéciale « efforts demandés aux peuples » ? L’histoire ne le dit pas.
 
Mais elle était avenante, la commissaire. Mémère était venue avec plein de su-sucres à distribuer sans compter. Elle a même réussi à faire croire à Pierre Moscovici, qui, jappant d’orgueil, l’a répété partout, que « la voix de la France pèse dans le débat ». Quel débat, déjà ? On ne sait pas trop. Dans l’immédiat, l’heure est aux babillages auto-satisfaits.
 
Cette présence bruxelloise au sein du palais Bourbon n’est pas une conséquence de l’adoption par le Parlement du traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG). Elle est une anticipation de son entrée en vigueur : on est des types sérieux, en France. On prend de l’avance.
 
Le TSCG, vous savez ? Ce traité dont on nous a dit et redit qu’il n’aurait aucune conséquence réelle et qu’il n’ajouterait rien aux instruments de torture préexistant tels le « six pack » (plait-il ?), le « two pack » (comment ?) et autres joyeusetés déjà votées et dont chaque citoyen a été dûment informé du contenu et des conséquences, n’est-ce pas ? Car nous sommes tout de en même en démocratie, palsambleu !
 
Le TSCG, donc, qui ne sert à rien. Tout le monde l’a dit : ce texte inapplicable demeurera inappliqué. Un peu, comme l’affirme ici Emmanuel Todd, comme si l’on avait voté « la diminution de la distance entre la Terre et la Lune ou l’inversion du cours de la Seine ». Du coup, on se dit au passage que ça commence bien : prétendre maîtriser les dépenses publiques en faisant siéger le Parlement pour des prunes, c’est le top niveau de l’efficience budgétaire !
 
Le TSCG, ainsi, qui ne sert à rien. Et au nom de ce « rien », les députés et sénateurs français ont accepté de se départir d’une large part leurs pouvoirs en matière budgétaire. Comme s’ils en avaient le droit. Comme s’ils ne représentaient qu’eux-mêmes. Comme si la démocratie et les prérogatives budgétaires n’étaient pas intimement liées et comme s’il n’était pas inscrit, au cœur même de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (article 14) : « les citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi, et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée ».
 
Le TSCG, toujours lui, qui ne sert à rien. On espère que ceux qui ont martelé cela ne se sont pas trompés et qu’il restera lettre morte. En attendant, ce texte est au minimum symbolique. Donc éminemment politique, tant il est vrai que la politique est faite de symboles, et cela depuis que Cro-Magnon a zigouillé Neandertal.
 
La venue de Viviane Reding à l’Assemblée nationale non plus, ne servait à rien. La brave n’a pas fait modifier une traître ligne de PLF 2013, qu’elle a trouvé fort à son goût. Mais, la commissaire l’a dit elle-même, cette visite était « très spéciale ». En effet, elle était symbolique, donc éminemment politique.
 
Politique comme le fut aussi – un peu – le fait que les débats entre responsables européens et députés français se soient déroulés dans les sous-sols de l’Assemblée : on ne deale jamais mieux que dans les caves. Politique, comme le fut aussi – beaucoup – le fait que les députés désireux de questionner l’équipe bruxelloise n’aient obtenu que deux minutes de temps de parole : tout ce qui se conçoit mal s’énonce hâtivement.
 
S’adressant, ravie, aux représentants de la nation, Viviane Reding a en tout cas espéré que sa visite serait « suivie d’autres expériences ». De Folamour à Frankenstein, nul doute qu’elle a d’abominables idées plein la tête. Puis de citer le père fondateur : « Jean Monnet disait : ”les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise” ». Là-dessus donnons raison à Monnet aussi bien qu’à Reding. La crise, en effet, est drôlement installée. Et de menus changements, il risque d’y en avoir. Mais pas forcément ceux que vous espérez, madame la commissaire. Alors accrochez-vous : d’après la météo, ça va secouer.
 
 
Lire et relire sur l'arène nue:
Référendum sur l'Europe : et si on faisait comme Ayrault a dit ? CLICK
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L'Europe : du baratin de Monnet au baragouin sur la Monnaie CLECK
Entretien avec Jacques Sapir sur l'Europe, la crise, la BCE 1/2 puis 2/2
Pacte budgétaire européen : LOLons avec Elisabeth Guigou  CLONCK

 

mercredi 19 septembre 2012

Pacte budgétaire européen : « LOLons » avec Elisabeth Guigou.

 


Elisabeth Guigou est une « europtimiste ». D'aucuns – mais ils sont méchants – diraient une « eurobéâte » ou une « quiche européiste ». Nous n'irons pas jusque là, la solidarité féminine – qui n'a pourtant jamais existé – nous incitant à retenir nos coups.

Elisabeth Guigou est « europtimiste » et puisque Libération a décidé ce jour de lui donner la parole (quelle idée ?...), elle en profite pour le prouver.

Pour l'ancienne Madame LA ministre (elle tenait beaucoup à ce qu'on lui donne le « LA » ), l'Europe techno de l'Acte unique à nos jours, c'est trop de la balle. C'est d'ailleurs pour cela qu'elle votera le Pacte budgétaire avec un entrain guilleret. Wesh wesh.

Pourtant, Madame LA a de la peine. Elle sent bien qu'un vague truc coince. Qu'un petit caillou dans la chaussure empêche l'Union de marcher droit. Ça la rend triste mais elle l'analyse froidement, car il faut avoir le courage de la lucidité. Elisabeth Guigou l'affirme donc sans ambages : si un désamour généralisé frappe les questions européennes, c'est parce qu'il y a trop de conservatisme libéral, et pas assez de libéralisme progressiste : « il y a une grande différence entre l'Europe des conservateurs et celle voulue par les sociaux-démocrates. Or nous ne sommes pas capable de le montrer en France ». Et ouais : entre la droite de droite et la gauche de droite, tout est différent, rien n'est pareil. Ce qui est ballot, c'est que ça ne se voit pas....

Dans le même temps, on reste un peu sans voix lorsque Guigou ajoute l'air de rien, au sujet d'une idée de réforme peu sexy mais qui ne mange pas de pain, et qui consisterait à faire élire le président de la Commission par le Parlement européen : « je vois avec plaisir qu'elle a été reprise par Jose Manuel Barroso ». Avoir des convergences avec Barroso, c'est sûr que ça pose son social-démocrate, pas vrai ?

Quand au traité sur la convergence machin-chose (TSCG), Madame LA y croit à fond. Même que s'il était rejeté - ça n'arrivera pas, c'est juste pour vous faire peur - elle prévoit le pire : « dire non conduirait à un chaos généralisé. Tous les éléments de compromis comme le Pacte de croissance (…) partiraient en brioche ». C'est vrai qu'un si beau Pacte de croissance (à peine 120 milliards pour toute l'Europe), ce serait dommage de le saboter. Et puis le peuple, surtout quand il commence à manquer de pain, n'aime pas quand ça « part en brioche ».

J'ai bien LOLé, moi, en lisant du Guigou. On n'en lit pas assez. Je ne regrette pas d'avoir acheté Libé et non Charlie Hebdo ce matin. Franchement, cette dame est bien plus drôle qu’une poignée de caricatures redondantes qui peinent à rester subversives.
 
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vendredi 14 septembre 2012

Avec Hollande, "le jeu est encore très ouvert"


Entretien avec Didier Motchane


Didier Motchane a co-fondé le CERES avec JP Chevènement, P. Guidoni et A. Gomez.
Il est notamment l'auteur de :
- Voyage imaginaire à traver les mots du siècle, Fayard, 2010
- Les années Mitterrand, Bruno Leprince , 2011
 


Quelle est votre appréciation des 100 premiers jours de François Hollande et du gouvernement Ayrault ?
 
Par la force des choses, dans les premières semaines de l'entrée en fonction d'un nouveau gouvernement, le jeu se situe essentiellement sur le domaine du symbolique. C'est essentiellement à partir de maintenant que la plupart des décisions annoncées sont susceptibles d'être prises. A quelques exceptions près, comme notamment le relèvement du plafond du Livret A - décision significative qui affecte une masse importante de l'épargne au logement social - les actions ont été surtout d'affichage. Mais on sait combien les symboles sont importants en politique.
 
Quant à la suite, il me semble que le jeu est encore très ouvert, d'autant plus que le président de la République s'est essentiellement cantonné, pour l'heure, à des déclarations de principe. De plus, lorsqu'on observe les gens qui constituent son entourage, on constate une assez grande diversité des profils.
 
Pour ma part, je crois que ne pourront être considérées comme significatives que les mesures qui porteront atteinte aux inégalités. Je pense en particulier à la mesure la plus facile et rapide à mettre en œuvre : la réforme de la fiscalité. Si la réforme fiscale promise est importante, si elle marque un virage net, elle aura un caractère décisif. Elle donnera véritablement sa couleur au quinquennat.
 
Vous ne rejoignez donc pas les critiques virulentes du Front de gauche ?
 
Je me retrouve dans un certain nombre des thèmes chers au Front de gauche. Pour autant, je ne partage pas la tendance à l'imprécation – parfois précipitée – de Jean-Luc Mélenchon. La manière tonitruante dont il exprime son désaccord a sans doute de bonnes raisons rhétoriques, mais je préfère être attentif à ce qu'il propose plus qu'à ce qu'il dénonce. Il est plus utile et plus efficace de dire, de répéter, d'expliquer ce que l'on se proposerait de faire que de demeurer dans la « critique vertueuse ».
 
Mais il arrive à Mélenchon de proposer...il propose notamment que le gouvernement organise un référendum sur le Pacte budgétaire européen...
 
Il pourrait en effet sortir beaucoup de choses d'un tel référendum...Tout dépend des conditions dans lesquelles il serait organisé : il faudrait que ce soit là l'occasion d'un débat préalable, et d'un débat de qualité. Ce pourrait être l'occasion de poser un certain nombre de questions dans le débat public. A condition bien sûr de s'en donner le temps, et de ne pas organiser une telle consultation à la va-vite...et de ne pas flouer, comme cela fut le cas une première fois lors du référendum de 2005, le verdict populaire.
 
N'est-il pas trop tard pour une telle consultation ?
 
Non...la décision de voter ce traité ne me fait pas plaisir, et je pense qu'il aurait été très encourageant et très manifeste d'un changement politique si on ne s'y était pas résigné.
 
Evidemment, on peut dire – et on ne s'en prive pas- que le traité a été signé et que la parole de la France est engagée. Toutefois, on sent bien qu'en France, comme dans les pays alentours, le « fond de l'air », autrement dit l'idéologie dominante, commence à changer. Lentement, mais nettement. Regardez comme on se croit obligé, désormais, pour faire passer la ratification du traité, de le flanquer d'un « Pacte de croissance ». De pur affichage, certes, mais qui montre qu'on est désormais contraint de tenir compte, au moins dans les apparences, des doutes nouveaux et nombreux qui s'expriment ça et là. A cet égard, il sera très intéressant de voir quel sera le nombre des parlementaires de gauche qui ne le voteront pas.
 
François Hollande vous semble-t-il avoir la possibilité d'infléchir significativement les positions allemandes ?
 
Ça, c'est une bonne question....A mon sens, il en a la possibilité. Mais ça dépendra beaucoup de l'évolution du climat en Allemagne et du jeu des rapports de force au sein de ce pays.
 
D'autre part, ça dépendra de la détermination française et de la volonté personnelle d'Hollande. Il faut dire que l'idée de calquer la politique française sur l'allemande fonctionne de plus en plus comme une sorte de garde-fou, de garantie de la poursuite de cette politique inaugurée dans les années 1990 avec le « franc fort », reposant sur l'idée que la parité entre le franc et le mark étaient immuable. L’Allemagne apparaît à beaucoup comme un rempart, une garantie de survie du social-libéralisme.
 
Social-libéralisme...que vous définissez comment ?
 
Disons que ça consiste à ne pas chercher de véritable mise en cause des inégalités, à ouvrir chaque jour davantage les voies « aux marchés » et à donner une priorité absolue à la réduction des déficits budgétaires. Autrement dit, on considère qu'il faut absolument diminuer la dépense publique quelle qu'elle soit, sans jamais considérer qu'une proportion importante de la dépense publique devrait au contraire augmenter : celle qui est consacrée à l'investissement. Je pense en particulier à l'éducation, à l'école, à la recherche, à la santé, à la culture.
 
Sans doute une modification des rapports de forces en Europe peut-elle aider ? Plusieurs pays auront des élections dans les deux ans à venir...
 
Oui, cela peut permettre d'aider à la lente modification du « fond de l'air ». De petites secousses de ce type ne semblent pas encore de nature à déplacer beaucoup de convictions ni de détermination. Mais à ces petites secousses peuvent s'ajouter prochainement de plus grandes. D'autant plus que l'on va probablement vers un certain nombre de crises sociales importantes. Le chômage croissant en est le signe annonciateur.
 
Imaginez-vous que certains pays du Sud, sous l'effet de cette crise, justement, puissent quitter la zone euro ?
 
Ce n'est pas impossible si s’accroît l'intolérance sociale aux mesures d'austérités que subissent les populations pour maintenir leur pays dans l'eurozone.
 
C'est d'autant plus plausible que dans les pays du Nord de l'Europe, l'opinion est de plus en plus défavorable à cette solidarité qu'on leur impose avec le Sud, et qui leur semble désormais trop coûteuse.
 
Finalement, ce que la crise montre, c'est que l'idée d'imposer l'uniformité d'une monnaie unique à des sociétés profondément différentes par la culture, par les habitudes, par l'économie était une grande erreur. Et cette erreur est de plus en plus remise en cause, comme en témoignent les nombreux craquement auxquels nous assistons, non seulement en Grèce, en Italie, en Espagne, mais également en Allemagne.
 
Alors bien sûr, l'euro n'éclatera pas du jour au lendemain. Mais rien n'interdit d'envisager qu'il finisse par se scinder. Soit que certains pays s'en détachent purement et simplement, soient que le Nord et le Sud de la zone décident de se séparer.
 
Un tel partage en deux vous semble jouable ?..
 
La question est de savoir si le contraire – c'est à dire le maintien en l'état de la zone euro – restera, lui, indéfiniment jouable !
 
Mario Draghi semble se montrer offensif et pragmatique. Que peut véritablement la Banque centrale européenne ?
 
C'est difficile car on tend à attendre de la Banque centrale qu'elle prenne des décisions qui devraient en fait relever d'un Etat fédéral. Lequel n'existe pas.
 
L'euro, en principe, supposerait un fédéralisme autorisant les transferts budgétaires, seule solution pour pallier l'impossibilité de jouer de l'outil monétaire. Or ce fédéralisme est politiquement impossible, tant il est peu souhaité par la majorité des européens. Comme vous le savez, le budget de l'Union européenne est aujourd'hui négligeable
 
Revenons-en un instant au Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TCSG). Imaginons que les députés de gauche à ne pas le voter soient nombreux. Quelles en seraient les conséquences ?
 
Cela nous rapprocherait du moment, dont je crois que la survenue est possible et même probable, où l'on se rendra compte que l'idéologie européiste est condamnée à mort. Ce qui ne veut pas dire du tout que l'Europe l'est également. C'est l'européisme qui est dépassé, et ce que l'on fait actuellement de l'Europe.
 
D'ailleurs, ce que l'on fait de cette Europe est très vague. Si on demandait aux gens de définir en deux phrases ce qu'est, pour eux, l'Europe, beaucoup seraient incapables de répondre. On nous dit que l'Europe, c'est « l'avenir ». Autrement dit, c'est une idée qui remplace ce que fut jadis la « divine providence ». Il y a quelque chose de religieux dans l'idéalisme européiste.
 
Tout de même, pour faire face à la montée des grands pays émergents, il nous faut bien acquérir, en nous associant, une certaine taille. Et ça ce n'est pas religieux...
 
Voilà qui est fort vague ! Pour faire face à quoi exactement ? Pourquoi voulez-vous « faire face » ? La dimension, évidemment, est un élément qui compte. Mais il est loin d'être le seul. La cohérence politique n'est nullement proportionnelle à la dimension d'un pays. Concernant l'Europe, elle est même plus difficile que dans un cadre national, car l'Europe est un conglomérat de sociétés dont les habitudes, les représentations, la mémoire et, pour une part, l'horizon, sont différents les uns des autres.
 
En France, il a fallu un temps très long, plusieurs siècles, pour constituer une nation, autrement dit un espace pleinement civique. Alors, peut-être que dans plusieurs siècles, l'espace civique ne sera plus national mais supranational. Mais pour l'instant et pour encore longtemps, ce n'est pas le cas. Une association ponctuelle et transnationale de la volonté des citoyens ne suffit pas encore à constituer cet espace pleinement civique, autrement dit un espace dans lequel la solidarité est quasiment sans limite, au point qu'on peut aller jusqu’à donner sa vie pour cela.
 
En tout état de cause, pour l'heure, l'européisme n'est rien d'autre qu'une idéologie de rechange utilisée par des socialistes qui ont entrepris de se muer en libéraux. Le socialisme qu'ils appelaient de leur vœux étant mort à leurs yeux depuis l'expérience soviétique, ils l'ont tout bonnement troqué.
 
Peut-on encore être socialiste ?
 
Bien sûr. Mais en gardant les pieds sur terre. Il est vrai que les expérience de socialisme déclaré, et qui ont défiguré le socialisme, ont échoué. Il faut désormais réfléchir aux conditions qui permettraient de faire renaître des convictions de type socialiste aujourd'hui. Cela me semble passer avant tout par par la correction -notamment via la fiscalité - de ces inégalités devenues bien trop grandes et trop nombreuses dans notre pays.
 
 
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dimanche 26 août 2012

Référendum sur l’Europe : et si on faisait comme Ayrault a dit ?




« Les techniciens tendent toujours à se rendre souverains, parce qu’il sentent qu’ils connaissent leur affaire ; et c’est tout à fait légitime de leur part. La responsabilité du mal qui, lorsqu’ils y parviennent, en est l’effet inévitable, incombe exclusivement à ceux qui les ont laissé faire ». Simone Weil écrivait cela en 1943. Nous sommes en 2012 et les techniciens se sont faits technocrates. Est-on sûr de vouloir leur laisser les clés de l’Europe ?

***

« L’Europe est la mère de toutes les batailles ». C’est Arnaud Montebourg qui disait cela sur BFMTV un soir de mai, quelques jours avant de devenir ministre. Il avait évidemment raison. La crise tous azimuts que traverse le continent ne peut permettre à la France de se redresser seule. On pourra bien sûr multiplier les mesures curatives et d’urgence, mais dans quelle mesure et jusqu’à quand ?

Certes, on sent chez le nouveau gouvernement un souci sincère de rupture, même si d’aucuns tendent à trouver que « le changement, c’est lentement ». Un certain nombre coups de barre à gauche, modestes mais utiles, ont été donnés : hausse de l’allocation de rentrée scolaire ou (très légère) du Smic, annonce d’une action (ponctuelle et modérée) sur les prix de l’essence, annonce d’une prochaine réforme fiscale dans un sens plus juste. Pour autant, la simple distribution de richesses qui s’amenuisent peut-elle pallier longtemps l’absence de croissance et d’emploi ? Peu probable. Peu probable également que la croissance revienne chez nous alors qu’elle semble avoir définitivement déserté tout le Sud du continent et qu’elle tend même, désormais, à fuir l’Allemagne, où la hausse au PIB a été d’à peine 0,3% au second trimestre 2012, chiffre abusivement présenté comme une performance…

Les vacances, la canicule et l’affaire des Pussy Riot étant à présent derrière nous, le temps est donc venu qu’on la mène, cette mère des batailles, et que l’on s’attaque à la crise de la monnaie unique, donc au problème des dettes souveraines, donc à celui de la divergence croissante de nos économies, donc à la crise de compétitivité qui frappe l’eurozone….

« C’est en cours » nous répondra-t-on. Reste à savoir…en cours de quoi ? Après que le Conseil constitutionnel l’a jugé suffisamment sexy pour ne point mériter qu’on dérange la Constitution de la V° République pour si peu, le « paquet européen » (et pourquoi pas « le tas », « l’amas », le « fatras »), comprenant le traité de stabilité budgétaire (TSCG) sera présenté au Parlement fin septembre. Traité qui devait être renégocié, au nom du « changement », au nom du « maintenant »….

L’a-t-il été ? On nous dira que « oui, évidemment ». François Hollande s’étant montré « inflexible » sur ce point, un « volet croissance » y a été ajouté : 120 milliards d’euros…dont la majeure partie (50M€) ne correspond qu’à un recyclage de fonds européens non encore utilisés, et qui devra suffire à relancer l’économie de l’ensemble de pays de la zone. Autant dire qu’avec des sommes si modestes, pour le « choc de croissance », on repassera…

La règle d’or, elle, sera votée. Angela Merkel en est si assurée qu’elle se projette déjà à l’étape suivante et vient de proposer un nouveau traité (elle est accro ou quoi ?) pour faire « avancer » l’intégration communautaire.

La règle d’or sera votée. Mais non sans peine, si l’on en croit l’émoi que suscite déjà cette perspective au sein de la majorité. Au Front de gauche, sans grande surprise, mais également chez les écologistes, et à la gauche du Parti socialiste. Un peu comme si renaissait de ses cendres le vieux clivage de 2005, celui qui, à l’occasion du référendum sur le traité constitutionnel européen, avait fracturé l’un et l’autre camp, la droite comme la gauche.

A cet égard, Jean-Marc Ayrault, en chef de la majorité qu’il est, a tenté de resserrer les boulons le 22 août, sur les ondes de RMC : « quand on est dans la majorité et qu’on soutient le président de la République, on doit être solidaire (…) j’espère que ces députés [ceux qui envisagent de ne pas voter le traité budgétaire] prendront leurs responsabilités. Ils savent bien qu’ils ont été élus après l’élection de François Hollande et qu’ils lui doivent aussi leur élection ».

Certes. Mais nous, nous savons bien  que François Hollande a été élu par le peuple français. Le même peuple qui avait clairement voté « non » en 2005 et auquel on a confisqué le résultat d’un référendum où il fut jugé qu’il avait « mal voté ». A l’époque, cette confiscation avait pris pour nom « traité de Lisbonne ». A l’occasion de l’examen d’icelui par l’Assemblée nationale, Jean-Marc Ayrault alors patron des députés socialistes avait déposé une motion visant à solliciter l’organisation d’un nouveau référendum. Ainsi s’exprimait-il un jour de février 2008 : « cette motion référendaire est une exigence démocratique. Parce que l’Europe le vaut bien. Parce que c’est le droit des Français (…)  Je veux une Europe au grand jour. Une Europe sincère et populaire. Une Europe dont on soit fier. C’est à force de dissimuler l’Europe, de la rendre incompréhensible qu’on a fini par en détourner notre peuple. C’est en masquant la réalité de ses acquis et de ses insuffisances qu’on a construit la défiance envers elle ».

Certes, dans l’idée de l’Ayrault d’alors, il convenait de faire approuver par le peuple un traité fort semblable à celui que le peuple avait rejeté. Ce n’est pas le cas du Pacte budgétaire qui lui - et c’est heureux - n’est semblable à rien de connu. Pour autant, vouloir une Europe « sincère et populaire » semble plus que jamais d’actualité. Pourquoi, dans ces conditions, à présent que M. Ayrault en a véritablement la possibilité, ne pas consentir enfin à ce référendum qui, de volé en 2005 demeura un vœux pieux en 2008 ? Après tout, même la droite allemande, en la personne du ministre des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, se pose désormais ouvertement la question !

On nous objectera que débuter un quinquennat sur un référendum perdu est de fort mauvais aloi. Certes, mais qu’en sera-t-il si le traité négocié par le couple « Merkozy », amendé à l’ultra-marge par un par un mini-volet-croissance, est voté au Parlement grâce aux voix de l’UMP, mais sans celles de l’ensemble des députés et sénateurs de gauche

On nous objectera également qu’il y a urgence pour l’Europe et que l’organisation d’un référendum est chose longue. Las, la crise et là depuis longtemps et semble déterminée à rester. L’Europe peut bien attendre un peu. Hormis ceux qui piaffent d’impatience et crient aux « 100 jours pour presque rien », les autres patienteront quelques semaines encore : désormais, plus grand monde n’est à cela près.

En février 2008, le député Ayrault haranguait le Premier ministre d’alors, François Fillon, en ces termes : « vous n’avez pas compris cette aspiration participative des citoyens au débat européen. Vous en êtes resté à la conception des années 60 où l’Europe était considérée comme un sujet trop complexe pour intéresser les citoyens. C’est un archaïsme ».

Mais, si l’on s’entête dans de tels archaïsmes, le « vrai » changement, c’est pour quand ?

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