Ce n’est pas un polar scandinave, c’est un ouvrage d’économie lusitanien. Au Portugal, il fait un tabac. Porque devemos sair do Euro (Pourquoi nous devons quitter l’euro), de l’économiste João Ferreira do Amaral, est un best-seller dans le pays. En tête des ventes, il détrônerait certaines semaines « 50 Nuances de Grey », affirme le Wall Street journal.
La thèse de l’essai est la suivante : les cures d’austérité imposées au Portugal sont sans fin. Le pays a beaucoup perdu en compétitivité, et n’a aucune chance de remonter la pente avec l’euro, une « monnaie trop forte pour l'industrie portugaise ».
C’est d’ailleurs vrai : à environ 1,3 dollars pour un euro, l’euro est une monnaie trop chère. Trop chère par rapport à la monnaie américaine, évidemment. Mais aussi par rapport au yuan – arrimé au dollar par la seule volonté des dirigeants chinois – et, depuis peu, au yen, car le Japon mène de récente date une politique monétaire très expansionniste.
D’où la solution préconisée par João Ferreira do Amaral : revenir à l’escudo pour pouvoir enfin dévaluer. Une idée classique, pour un résultat en librairie qui l’est moins : le livre est sorti début avril, mais a déjà été réimprimé… quatre fois.
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Un tel évènement « littéraire » est le premier du genre au Portugal, mais n’est pas le premier en Europe.
En Allemagne, le très controversé Thilo Sarrazin, ancien membre de la Bundesbank dont il avait dû démissionner en septembre 2010 après avoir été accusé de racisme, publiait en mai 2012 un brulot anti-euro, l’Europe n’a pas besoin de l’euro.
Il s’y insurgeait tout à la fois contre l’entêtement d’Angela Merkel à sauver la monnaie unique, et contre la proposition française de mutualiser les dettes publiques sous la forme d’eurobonds. Il concluait en fustigeant le…« chantage à l’Holocauste » réalisé, selon lui, par les autres pays pour contraindre l’Allemagne à demeurer dans l’euro.
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Rien de tout ça dans Faut-il sortir de l’euro, du Français Jacques Sapir. Publié en janvier 2012, cet ouvrage est en tout cas le tout premier du genre.
Si l’auteur y fait valoir clairement sa préférence pour un abandon de la monnaie unique, le livre a l’avantage de présenter l’option d’un euro devenu « monnaie commune européenne ».
Cette devise - commune et non plus unique - serait utilisée pour les seules transactions financières extra-européennes, cependant qu’en interne, les États reviendraient à leurs monnaies nationales. Les parités de ces monnaies seraient fixées de manière concertée. Cette solution présenterait deux avantages : d’une part, l’euro protégerait les monnaies nationales des attaques spéculatives externes, seul l’euro-monnaie-commune ayant vocation à « voyager ». D’autre part, les différents pays retrouveraient la possibilité d’ajuster leurs taux de change réciproques en fonction de leurs différentiels de compétitivité.
Cette option est également défendue par Jean-Michel Quatrepoint et Jean-Luc Gréau.
Elle vient d’être reprise par Frédéric Lordon.
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