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jeudi 4 août 2011

Marine Le Pen à l'école de la République





Marine Le Pen se repose peu. La dernière sortie du "vieux" relative au drame norvégien ayant achevé de gâcher sa villégiature en Bretagne, l’héritière s’est remise au travail. Elle poursuit son œuvre d’exhumation et de remise à la mode des thématiques favorites de ceux que l’on nomme " souverainistes ", mais qui furent plus élégamment baptisés "nationaux-républicains" par Henri Guaino.

Il est vrai que le succès sondagier de "Marine" s’étiole quelque peu ces derniers temps. A-t-elle d’ores et déjà poussé trop loin son travail de dédiabolisation du Front national au point d’en gommer le caractère sulfureux qui fait tout son sel ? Plus simplement, comme le suggérait récemment Pascal Perinneau, s’est-elle lancée trop tôt dans une campagne de longue haleine au risque de lasser par excès d’exposition médiatique ?

Quelle que soit la réponse, Marine Le Pen semble vouloir se renouveler. Après avoir proposé la sortie de l’euro, vilipendé le "mondialisme" comme d’autre réclament la démondialisation, abondamment cité les travaux de Jacques Sapir et s’être approprié ceux d’Emmanuel Todd, la patronne frontiste paraît sur le point de faire sienne un autre volet phare de la doxa républicaine: celui relatif à l’éducation. Ainsi, le 2 aôut, par le truchement de son compte Twitter, M. Le Pen annonçait : "je prononcerai en septembre un discours important sur l’école, entourée de professionnels et de professeurs".

Un grand discours sur l’école, voilà bien la dernière chose à laquelle le FN ancienne formule nous avait habitués. La patronne du Front se prépare-t-elle a faire l’apologie de l’enseignement privé et des écoles confessionnelles pour complaire à la frange "catho-tradi" de son parti ? Abandonnera-t-elle déjà son discours laïc pour affirmer, comme le fit Nicolas Sarkozy au Latran que "dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé " ? Rien n’est moins sûr. En réalité, Marine Le Pen a déjà posé les jalons de sa réflexion sur l’école à l’occasion de son discours du 1er mai aux pieds de la statue de Jeanne d’Arc.

Dans cette harangue dont bien des passages ont laissé de marbre un public manifestement peu préparé, l'oratrice avait en effet glissé un passage sur l’école passé presque inaperçu dans les comptes-rendus médiatiques ayant relayé l’événement. Ainsi, face à une assemblée incrédule, M. Le Pen déclarait-elle, citant Condorcet et de fustigeant les pédagogistes : "l’apprentissage de la liberté se fait, vous le savez, dès l’école (…) l’enfant roi, et toutes les théories dramatiques colportées par les pédagogistes issus de 68, ont ruiné l’école, qui ne transmet plus le savoir comme c’est pourtant son rôle premier. (…) Le redressement de l’école passera par un relèvement des exigences (…): relèvement des exigences de niveau, relèvement des exigences de discipline, relèvement des exigences dans la transmission des valeurs". Voilà une saillie que n’auraient pas reniée les héritiers de Jules Ferry.

"Marine" affirme vouloir s’entourer de  spécialistes  pour nourrir ses réflexions sur l’école. Il semble acquis qu’elle ne jettera pas son dévolu sur un Philippe Meirieu, pédagogiste en chef, par ailleurs déjà préempté -en toute logique- par les bien-pensants d’Europe Ecologie Les Verts. On peut donc gager qu’elle se tournera plus volontiers vers la famille des " old-school ", ces chantres de l’exigence, du travail et du mérite que d’aucuns s’appliquent à ringardiser en les traitant de "nostalgiques des blouses grises". Dans son discours du 1er mai, entre autres intellectuels de talent, l’héritière faisait déjà une OPA aussi inattendue que tactiquement judicieuse sur Natacha Polony. Mais M. Le Pen pourrait également être tentée de s’inspirer du sémillant auteur de " La fabrique du crétin ", Jean-Paul Brighelli, d’ores et déjà suspecté par ses détraceteurs de " crypto-lepénisme ", comme il le déplorait en ces termes sur son blog :  " quand je dénonce la collusion objective des pédagos et des libéraux, tous favorables à l’éclatement du service public d’éducation (…) je fais certainement le jeu du FN ? Quand je déplore la substitution, à l’ambition de transmettre des savoirs, de la constitution de savoir-faire et de savoir-être je fais toujours le jeu du FN ? Dire la vérité, voilà qui fait le jeu du FN ?…"

On ne peut pas suspecter Emmanuel Todd, Jacques Sapir, Natacha Polony ou Jean-Paul Brighelli de "faire le jeu du FN" ou d’en "décontaminer la pensée" selon une expression désormais très en vogue. Il est facile et malhonnête pour les adversaires de leurs idées de "lepéniser" ces dernières, et de les discréditer au seul motif que Marine le Pen s’en est saisie. Nul ne peut empêcher cette dernière d’avoir les références qu’elle désire. Et l’on ne va tout de même pas se désoler qu’elle ne lise pas Mein Kampf !

Il est également commode et peu efficace de qualifier la doxa mariniste "d’attrape-tout", et de la rejeter en bloc au prétexte qu’elle tiendrait un "double discours", tout en s’entourant d’une garde rapprochée composée de la droite radicale la plus dure. C’est la thèse que défendent Caroline Fourest et Fiammetta Venner dans leur ouvrage, Marine le PenMais comment espérer sérieusement convaincre que la frontiste est insincère, à moins d’être dans sa tête ? Par ailleurs même si elle l’est, combien de politiques peut on gratifier de toujours penser ce qu’ils disent et de toujours faire ce qu’ils promettent ?

La seule question qui vaille d’être posée, à l’aune de l’entrée en campagne, est celle des raisons du succès de Marine le Pen, et d’un Front national que l’on envisage déjà au second tour de la présidentielle. Les thématiques de la démondialisation, de la sortie de l’euro, de la laïcité, et, demain, de l’école, portent Marine le Pen. Pourquoi la laisse-t-on seule s’en emparer ? Ceux, de gauche comme de droite, qui la désignent comme étant le Diable vont-il continuer à lui abonner les meilleurs morceaux comme ils abandonnèrent jadis la Nation et le drapeau à Le Pen père ? C’est hélas possible. Mais alors, si elle venait à gagner et s’il fallait chercher des responsables, nous serions en droit de leur demander des comptes.

Lire ou relire :
A l'école, moins d'éducation, plus d'instruction   CLIK
Front national, le nouveau parti de la liberté ?   CLAK
Biographie : C. Fourest et F. Venner versus Marine Le Pen  CLOK

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dimanche 31 juillet 2011

RGPP : l'été meurtrier des damnés de la LOLF




Lorsque l’on baguenaude ces jours-ci dans les rues de la capitale, qu’on écume les glaciers de l’île de la Cité, ou qu’on s’esbaudisse quelques instants devant l’immense pâté de sable édifié au pied du pont Notre-Dame à la gloire de Mickey Mouse, de Disneyland Paris et de Bertrand Delanoë, une évidence s’impose : tous les autochtones ont quitté ce Luna Park-ci pour un autre.

Tous les autochtones…enfin presque. Car à bien y regarder, on croisera ça et là, à des heures improbables, quelques CSP+ à l’œil chassieux et au teint hâve serrant contre eux une mallette de cuir brun. Ces êtres graves et pâles qui se pressent dans le métro, ces encravatés matinaux privés depuis la mi-juillet de leur « Direct Matin » sont bien plus typiques de notre Douce France que n’importe quelle Edith Piaf de place publique. Ce sont les petits télégraphistes de la RGPP.

Ces jours-ci, pendant que d’autres bronzent, ils se lèvent à l’aube pour aller parfaire leur JPE (justification au premier euro). Car les mois de juillet et d’août sont pour eux primordiaux. C’est là que s’élabore le PLF (projet de loi de finances) de leur Ministère. C’est là que ces braves commis, sourds à l’appel du sable fin et du Monoï tiaré, rédigent en silence le PAP (projet annuel de performance) qui préludera à la construction hivernale du RAP (rapport annuel de performance) exigé par la LOLF (loi organique relative aux loi de finances). Cette loi organique est une belle invention. Son objet est de redonner le pouvoir budgétaire aux élus de la Nation sans renier ni Maastricht ni Lisbonne. Elle garantit à chaque parlementaire une présentation plus claire et une lecture plus facile du budget de l’Etat. Grâce à cette transparence accrue, le pouvoir législatif retrouve enfin l’aptitude décisionnelle qui lui échoit légitimement en démocratie.

Ainsi, à l’heure du grand chassé-croisé des juillettistes et des aoûtiens, une armada de fonctionnaires pédale dans l’ombre pour remplir d’impressionnants volumes -à faire pâlir de jalousie le premier Breivik venu-  regorgeant de tableaux, graphiques et autres diagrammes en bâtons. C’est ainsi qu’à la rentrée, l’administration mettra une batterie de « PAP » de 500 pages chacun à disposition de tous nos députés et sénateurs, qui liront tout, bien évidemment. Tout ça pour plus de transparence, d’efficacité et surtout, d’efficience.

Une question demeure cependant : lorsque l’escadrille des faiseurs de « PAP » fera place à l’escouade des spécialistes du « RAP », des contrôleurs de gestion, des mesureurs d’écarts et des préposés à la tenue des  indicateurs-qualité , combien toute cette « performance » nous aura-t-elle coûté ?


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RGPP : la complainte du fonctionnaire modernisé   CLICK

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lundi 18 juillet 2011

Les Verts n'ont jamais aimé le kaki




L’affaire Joly-Fillon a sans doute été l’un des derniers "buzz" avant la traditionnelle atonie estivale. De fait, il a fort bien rempli son office en animant le week-end prolongé du 14 juillet, habituellement trop calme. Chacun s’y est tenu à sa juste place. Dans le rôle de la gauchiste libérale-libertaire à la limite de l’irresponsabilité militarophobe, la verte Eva Joly proposa d’abord la suppression du défilé militaire du 14 juillet. Faisant fi de toute décence, elle vilipenda la "France guerrière" à l’heure même où nous déplorions six morts en Afghanistan. Dans le rôle du "dedroite" tendance "France moisie" et congédiant toute prudence, François Fillon mit immédiatement en cause la bi-nationalité de la pasionaria franco-norvégienne, en émettant des doutes sur l’authenticité de sa "francité". Enième épisode de notre saga nationale préférée: Superdupont contre l’Anti-France.

Mais il est une autre séquence dont curieusement, on a peu reparlé. Car en remontant le temps de 365 jours, on s’aperçoit que les écolos n’en sont pas à leur coup d’essai. Certes, nul candidat à la magistrature suprême n’était impliqué à l’époque. Néanmoins, les élus Verts de Paris s’étaient fait remarquer à la veille du 14 juillet 2010 en faisant parvenir au président de la République le "vœu" d’une suppression du défilé militaire, jugé trop coûteux et trop…polluant. Eva Joly a eu le bon goût de nous épargner au moins cela, mais les écolos parisiens n’avaient pas craint d’oser le ridicule en affirmant: "(le défilé) n’est pas seulement un gaspillage financier, c’est également une aberration écologique. La quantité de produits polluants, de CO2 et de décibels relâchés dans l’atmosphère est en effet considérable".

Les décibels lâchés à l’époque pour riposter contre cette inénarrable billevesée étaient essentiellement venus de petites formations politiques. Chasse, pêche, nature et traditions (CPNT) avait dénoncé une "bobo écologie verte". L’ancien ministre Georges Sarre du Mouvement républicain et citoyen (MRC), avait renchéri : "cette part de la "gauche", qui n’en a que le nom(…) vise, une fois de plus, la Nation, à travers ce qui n’est, bien sûr, que l’un de ses symboles".

Loin d’être un stigmate de la "norvégité", une tare propre à l’âme nordique ou un travers réservé aux binationaux, il semble bien que la défiance envers l’idée de Nation citoyenne et le mépris pour ce que la révision générale des politiques publiques (RGPP) nous a laissé des "ors de la République", soit plutôt une constante de l’ADN écolo. Tenons-nous le pour dit.


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Fête nationale, la gravité au centre   CLICK

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dimanche 10 juillet 2011

Fiers de nos rondelles !


En général, quand vient l’été, la presse à l’unisson nous parle « mode » : beauté, minceur, sport, look et cancer de la peau. Cette année, grâce aux primaires socialistes, l’été sera plus show que les autres : on y parlera aussi politique. Mais quoi de plus ludique qu’une Star-Academy grandeur nature ? Et quoi de plus « mode » que les nouveaux objets de promotion que l’on voit fleurir sur tous les Facebook-walls : les pin’s de supporters.

Le réseau social vient en effet de mettre sur le marché un gadget virtuel qui connaît déjà un franc succès : les badges de fans. Personne n’en avait besoin, mais tout le monde se les arrache. Mark Zuckerberg connaît bien la loi de Say : « toute offre créée sa propre demande ».

C’est particulièrement vrai chez les militants socialistes, dont chacun arbore désormais son petit cercle coloré à la boutonnière. Sur Facebook, les montebourgeois, les aubrystes et autres hollandais rivalisent d’une coquetterie qui n’est pas sans rappeler un  meeting de campagne américain façon Arnorld Schwarzenegger.




La vague de la rondelle militante semble avoir épargné les partisans de Ségolène Royal, ce qui ne laisse de surprendre.

En revanche, elle touche aussi les écolos, qui non contents d’organiser eux aussi des primaires, sont tout de même à la pointe de la mouvemence « alter-créative », comme le rappelle le sociologue Erwan Lecoeur [1].


Le fan-badge de Joly pousse donc très loin le raffinement puisqu’il permet d’utiliser un « vecteur de notoriété » (le pin’s) pour promouvoir un autre « vecteur de notoriété » (les lunettes).
Mais il paraît que derrière les lunettes qui sont dans le badge se trouve une candidate, et que dans la candidate se cachent des idées.  Si, si !


Aujourd’hui, grâce au réseau social Facebook, et à l’application Picbadges , nous pouvons enfin « faire de la politique autrement », et assouvir tout à la fois notre appétit démocratique, notre besoin d’appartenance groupale, et notre regret de n’avoir pas embrassé plus tôt une carrière d’homme-sandwich.

Avec Facebook et Picbadges, devenons tous des pages de pub !












[1] Erwan Lecoeur, Des écologistes en politique, Lignes de repère, 2011.

vendredi 1 juillet 2011

Violer une menteuse, qui le croirait ?



Coup de théâtre dans "l’affaire DSK": la victime putative serait une affabulatrice doublée d’une quasi-trafiquante de drogue !

La justice américaine, hier conspuée, devient soudain un modèle d’équité. Car le procureur Cyrus Vance, propulsé tout à trac en tête du "Top Ten" des parangons de vertu, a eu le bon goût de faire son travail. En enquêtant à charge, mais aussi à décharge, il a conçu des doutes sur la crédibilité de la douce "Ophélia". Voilà qui doit revigorer les inconditionnels français de la mise au rebut du juge d’instruction.

Quant aux quelques strausskahniens, demeurés fidèle à leur douzième imam, tout espoir leur est désormais permis : l’homme providentiel sera bientôt de retour. Auréolé du prestige de ceux qui ont souffert pour rien, il renverra le couple Ghesquière-Taponier et leurs 18 mois de détention aux oubliettes de l’histoire. On lui fera des excuses, et on criera –certains ont pris de l’avance- à "l’affaire Dreyfus-bis". Quant au dédommagement pour le "meurtre médiatique d’un homme", nul doute qu’il sera à la hauteur du préjudice subi, et l’on se demande déjà si une élection à la présidence de la République française pourra suffire.

Ainsi, pour nombre de "commentateurs", l’affaire est entendue: Nafissatou Diallo est une délinquante à peine présumée, donc le viol n’a pas eu lieu. Nonobstant les traces d’ADN découvertes sur sa personne, qui plaident sans l’ombre d’un doute pour la fameuse "relation consentie".

Exit, donc, toute idée de culpabilité de l’ex patron du FMI. Apparemment, le viol d’une menteuse semble tout à fait inenvisageable. A moins qu’il soit supposé…tolérable ?

Voilà en tout cas une paire de questions dont les féministes tendance de Haas devraient rapidement se saisir, sous peine d’être disqualifiées au sein de ce débat. Quitte à remballer promptement plumeaux et clito.


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Les féministes contre DSK, infortunes de la fausse vertu   CLIK
L'animal, la morale, et la "normale"   CLAK
Affaire DSK, ne perdons pas la bataille de la morale   CLOK
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samedi 25 juin 2011

Afghanistan : deux présidents, une stratégie ?



La guerres d'Afghanistan et de Libye en témoignent : le propre d'une Nation est de toujours privilégier ses intérêts stratégiques. C'est vrai pour l'hyperpuissante et guerrière Amérique dont le président cherche à solder les conflits hérités de son prédécesseur, et dont l'engagement en Libye s'est fait du bout des lèvres. Mais c'est aussi vrai pour la France « RGPPisé ». Bien qu'elle détricote jour après jour son outil de défense  pour faire des économies, son président n'en a pas moins voulu sa guerre. Nicolas Sarkozy fut donc moteur dans le déclenchement des hostilités en Libye.

Le Français, comme l’Américain, privilégie ses intérêts de puissance. Hélas, la France a parfois du mal à faire prévaloir les siens, logiquement situés sur la rive Sud de la méditerranée. Car bien qu’ayant d’autres fers au feu, Sarkozy semble avoir définitivement opté pour une stratégie afghane calquée sur celle d'Obama.

Ce dernier, quoique n’ayant pas choisi le conflit Afghan, a décidé de l’assumer. En 2009 il mit en œuvre un « surge », qui conduisit au déploiement de 30 000 GI’s supplémentaires en Asie centrale : on ne gagne jamais mieux « les cœurs et les esprits » que par l’usage de la force. Ce président, parfois jugé trop faible, devait montrer son opiniâtreté face à l’islamisme et sa détermination à lutter contre des talibans supposés liés à al-Qaida.

Depuis, l’impavide Obama peut se targuer d’avoir réussi là où le martial Georges W. Bush avait échoué. Si l’exécution d’Oussama Ben Laden n’a pas éradiqué la nébuleuse al-Qaida, elle a considérablement changé le regard que l’on porte sur le conflit afghan. Car après avoir découvert l’ennemi public numéro un vivant en toute quiétude dans une villa d’Abbottabad, il n’est plus interdit de dire aujourd’hui que le problème est surtout pakistanais. D’ailleurs, les plus vindicatifs d’entre les talibans sont certainement ceux du Tehrik-e-taliban-Pakistan (TTP), et non leurs homologues afghans, plus préoccupés par des objectifs nationaux que par des affaires de guerre sainte. Pour le spécialiste français d’al-Qaida Jean-Pierre Filiu, Ben Laden parvenait à cultiver chez les sicaires du TTP une volonté d’exporter le djihad largement émoussée chez leurs homologues afghans, bien plus concentrés sur l'impératif de reconquête de leur territoire.

Surtout, à un an de l’échéance de 2012, Barack Obama doit lui aussi se concentrer sur son propre territoire. Confronté à une crise de la dette sans précédent, il a désormais du mal à justifier la poursuite d’une guerre de plus en plus contestée par le Congrès, et qui engloutit deux milliards de dollars par semaine. Aussi déclarait-il mercredi 22 juin depuis la Maison Blanche : « il est temps de se concentrer sur le nation building ici, chez nous ». Et de présenter sa stratégie de sortie du conflit afghan, qui prévoit un retrait de 10 000 hommes dès 2011, puis de 23 000 en 2012.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la réintégration par la France de la structure militaire intégrée de l’OTAN la prédispose moins que jamais à l’indépendance. Deux heures à peine après le discours de la Maison Blanche, l’Elysée annonçait à son tour un retrait graduel d’Afghanistan, et l’on apprenait que 1 300 soldats français seraient désengagés d’ici 2012, sur les 4 000 actuellement déployés.

Il est dommage d’avoir opté pour un alignement aussi explicite : on sait depuis longtemps que le dispositif français doit se resserrer sur une seule province afghane, la Kapisa, et quitter définitivement le district de Surobi en 2012.  

Mais il est plus regrettable encore de ne prendre en ce domaine qu’une demi mesure, tant il devient difficile de déterminer quels sont les intérêts de la France dans ces montagnes d’Asie centrale où 63 soldats français ont déjà laissé la vie, cependant que nos otages ont le mauvais goût de préférer mourir au Sahel.

Le conflit afghan présente en outre l’inconvénient majeur de nuire à « l’économie des moyens » et à « la concentration des efforts » chères aux lecteurs de Clausewitz. C’est une très mauvaise idée, à l’heure où nos intérêts sont essentiellement menacés en Afrique du Nord, notamment par AQMI, dont « l’émir » Abdelmalek Droukdal, rêve depuis fort longtemps de frapper le sol français.

C’est une plus mauvaise idée encore au moment où la guerre en Libye, celle dans laquelle Nicolas Sarkozy s’est lancé peut-être un peu par calcul, mais sans doute aussi par devoir, prend une tournure nouvelle, où l’on est ostensiblement passé de la protection des civils à un objectif de « regime change » et où chacun se demande s’il ne faudra pas à terme déployer des troupes aux sol, quoique la résolution 1973 l’ait exclu au départ.

Les stratèges de comptoirs se plaisent souvent à dire qu’il est « plus facile de commencer une guerre que de la finir ». Ce doit être un peu vrai, tant la France semble avoir du mal à décider son retrait définitif d’Afghanistan. Ne serait-il pas temps, pourtant, de porter le regard et l’effort là où l’histoire et la géographie ont placé à la fois les intérêts de la France et les menaces qui pèsent sur elle : au Nord de l’Afrique ?

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lundi 6 juin 2011

Biographie : Caroline Fourest et Fiammetta Venner versus Marine le Pen.


Le moment était bien choisi. Entre l’accession de Marine le Pen à la présidence du Front national, une élection qui la verra briguer la présidence de la République et une panoplie de sondages qui lui promettent un score étincelant, il semblait nécessaire de décortiquer la stratégie de l’héritière. C’est le défi que se sont lancées Caroline Fourest et Fiammetta Venner, observatrices de longue date du Front national, dans un ouvrage paru le 1er juin, Marine le Pen.

Plus qu’une biographie, ce livre dense de 400 pages se veut une mise à nu de ce qu’il est convenu d’appeler « le processus de dédiabolisation ». En se plongeant dans l’histoire personnelle de la patronne frontiste, en auscultant ses réseaux de sympathie et les nouveaux aspects de son discours, les auteures tâchent de mettre à jour la réalité de ce Front national new look, dont les nouveaux thèmes de prédilection et la modernité affichée ne cessent de nous surprendre.

De fait, le livre parvient globalement à convaincre. Mais davantage par la continuité qu’il révèle dans l’histoire du FN que par la mise en défaut de sa nouvelle doxa. En insistant sur le lien indéfectible entre « Marine » et son père, en s’attardant sur le pedigree de  ses amis actuels, Fourest et Venner pointent du doigt la rémanence de la dangerosité du FN, et son inextinguible ancrage à l’extrême droite. Hélas, un parti pris très « deuxième gauche » et une lecture volontiers sociétaliste du corpus mariniste nuit à la démonstration. Les raisons de l’irrésistible succès de Marine le Pen, notamment auprès des couches populaires, sont quant à elles passées sous silence. La conclusion de ce long ouvrage quant à l’attitude à adopter vis-à-vis de l’électorat du FN se révèle quant à elle presque surréaliste.

Rupture ou continuité ?

« Fille de, et victime », tel est l’intitulé fort à propos de la première partie. Très narratif, ce début est en grande partie tiré d’une analyse du livre autobiographique de Marine le Pen, A contre flots[1], texte tantôt sincère et touchant, tantôt franchement lacrymal. Sans nier la dureté de certains évènements vécus par la famille le Pen, tel l’attentat de la rue Poirier en 1976, les auteures dénoncent la posture volontiers auto-victimaire adoptée par Marine le Pen. En expliquant comment elle fut sans cesse « discriminée » en raison de son nom, cette dernière parvient en effet à se présenter comme l’éternel bouc émissaire d’un « système » inique, et tente de retourner à son profit ces réflexes anti-discriminatoires qui sont habituellement l’apanage de l’antiracisme.

Vient ensuite l’analyse des rapports avec le patriarche. Marine le Pen dévoile un attachement très fort de la part d’une fille cadette demeurée sans ciller du côté de son père quelles que soient les épreuves, notamment lors de la scission du FN sous l’impulsion des mégrétistes. Il en demeure un véritable « contrat moral » entre le père et la fille, et la volonté farouche de la seconde de réhabiliter le nom du premier, quitte à réécrire en partie l’histoire du FN. Quoiqu’elle s’en défende, Marine le Pen a hérité d’un parti politique à l’organisation clanique comme d’autres héritent de l’entreprise familiale. Se devant de faire prospérer le fond de commerce de ce « front familial », elle s’interdit toute rupture véritable.

L’étude du noyau dur et des amitiés marinistes, enfin, ne laisse guère d’illusion sur l’ancrage à l’extrême droite du FN relooké. Moins portée que son père aux synthèses acrobatiques, Marine le Pen n’hésite pas utiliser l’acrimonie et la défiance qu’elle inspire aux branches traditionalistes et intégristes du parti, et profite du départ de certains caciques comme Bernard Antony, Roher Holeindre Karl Lang pour donner l’image d’un Front « dépoussiéré », même si pour l'heure il semble plutôt décimé. De plus, ceux dont elle s’entoure aujourd’hui appartiennent à la frange nationale-radicale[2] de l’extrême-droite. Qu’ils soient anciens « gudards », mégrétistes rentrés au bercail ou nationaux-révolutionnaires, ils ne sont pas les moins virulents.

Le hold-up pseudo laïc

Vient ensuite l’analyse du discours mariniste, notamment de « l’OPA sur la République et la laïcité ». En militantes laïques de longue date, Fourest et Venner connaissent bien ces questions. Elles montrent comment la référence réitérée à la laïcité, dont Marine le Pen se fait désormais la porte-parole inconditionnelle, est inhabituelle au sein d’un FN qui se prononça en 2004, contre la loi interdisant les signes religieux ostentatoires à l’école publique.

Surtout, les enquêtrices révèlent la duplicité et l’opportunisme de la leader frontiste en ces domaines, montrant comment celle-ci défend une « laïcité à tête chercheuse visant uniquement l’islam ». Comme une sorte de réponse d’extrême droite à la montée d’un islam politique concurrent de l’intégrisme catholique, le Front national aurait découvert sur le tard une laïcité visant à combattre « l’islamisation », terme préféré à « islamisme », puisqu’il suggère une invasion, voire une nouvelle forme d’« occupation ».

Les diverses polémiques générées par Marine le Pen à ce sujet auraient d’ailleurs comme conséquence directe de réactiver les réflexes anti-laïques. Par exemple, sa saillie remarquée contre les prières de rue auraient remis en selle les tenants de la « laïcité positive ». Pour ces derniers, la solution à ce phénomène passe par la promotion du financement de mosquées sur les deniers publics, au mépris de la loi de séparation de 1905.

Sur ces thématiques, l’ouvrage montre bien équilibrisme auquel Marine le Pen est contrainte, tiraillée entre ses intégristes catholiques de l’intérieur, et les ultra-laïques et autres Identitaires de l’extérieur, tentant de dépasser le FN sur sa droite via l’organisation d’« apéros saucisson pinard » ou d’ « assises sur l’islamisation ».

Sur la bonne volonté des partis politiques « républicains », en revanche, Fourest et Venner pêchent par optimisme. Tout en reconnaissant l’effectivité du phénomène des prières de rue et la nécessité d’y porter remède, elles hésitent à dénoncer l’immobilisme et la complaisance d’autorités ayant laissé s’installer cette situation. Elles considèrent qu’« au fond, c’est le jeu démocratique. Le FN crie au loup, les autres partis cherchent des solutions. Mais parfois, le fait que le FN crie au loup de façon excessive (…) suscite un tel rejet que tous les partis avançant vers des solutions se figent ». Or les « autres partis à la recherche de solutions » étaient figés bien avant la mue laïco-lepéniste, et l’on peut s’interroger sur les raisons de ces réticences de longue date à régler un problème qui ne concerne même pas la laïcité stricto sensu, mais bien plus le maintien de l’ordre public.


La critique du discours « attrape-tout »

Mais la principale faiblesse du livre réside dans l’analyse d’autres pans de la doxa mariniste. Elle est pourtant passée en revue sans rien omettre : programme économique, choix sociétaux, conception de l’école…Le caractère « attrape tout » du programme est parfaitement mis en exergue. Toutefois, en cédant à leur propre tropisme sociétaliste, les auteures nuisent à l’acuité de leur démonstration. Ainsi, la dénonciation de l’homophobie du Front national est davantage développée que la proposition d’une sortie de l’Euro, les biographes s’étonnant que le Front national ne soit pas favorable au mariage homosexuel. Pire, elles le soupçonnent d’être « nataliste » (ce qui semble à leurs yeux le comble de l’horreur) et de ne pas souhaiter « repeupler la Nation française en autorisant les homosexuels à adopter ou des couples à avoir recours à la gestation pour autrui ». Un discours « modernisant » assez peu efficace si l’objectif est de révéler un ancrage à l’extrême droite. Car ces thématiques sont plus à même de séduire les bourgeois libertariens proche de Terra Nova que de « responsabiliser les électeurs du FN », comme les deux journalistes l’appellent pourtant de leurs vœux.

Autre faiblesse du livre, la déconstruction du discours économique. Pour contrer le caractère gauchisant de l’économisme mariniste, Fourest et Venner ne trouvent pas meilleurs arguments que la panoplie complète utilisée par les sociaux-libéraux pour expliquer sans cesse qu’il n’y a « pas d’autre politique possible » : la sortie de l’Euro serait la preuve d’un repli nationaliste, elle ferait exploser le coût de la vie et gonflerait la dette. La mise en place d’un « protectionnisme hors sol » serait impossible, et de toute façon, il faut arrêter avec ces vieilles lunes puisque « l’époque de la dynamique industrielle et du plein emploi est révolue ». Caroline Fourest et Fiammetta Venner nous expliquent-elle là qu’il convient de s’accommoder d’une désindustrialisation que finira par faire de la France un « pays du Club Med » et se consoler d’un chômage de masse désormais structurel ?

Il faut dire que les tenants d’une « autre politique » ne recueillent guère la sympathie des deux journalistes, qui semblent voir des « souverainistes » à l’œuvre partout. Certes, elles concèdent qu’il ne faut pas « tout mélanger, les nationalistes xénophobes et les souverainistes ». Pour autant, leur présentation de l’entourage officieux de « Marine » conduit à se demander combien de « chevènementistes repentis » s’y retrouvent. Paul-Marie Coûteaux, par exemple, est présenté comme l’un d’entre eux. Mais elles oublient de préciser qu’après avoir effectivement soutenu la candidature de Jean-Pierre Chevènement en 2002, il fut exclu du Pôle républicain pour n’avoir pas appelé à voter Chirac au second tour. De même, s’appuyant tour à tour sur un article de Marianne[3] puis du Parisien[4], elles notent la présence de deux énarques et « ex-chevènementistes » désireux de devenir à terme directeurs de cabinet de Marine le Pen…sans envisager que le « Bernard » de Marianne et « l’Adrien » du Parisien puissent éventuellement être le même homme…

Une conclusion de style « sophia-aramiste »

Outre ces imprécisions, que l’on ne saurait imputer à une quelconque mauvaise foi mais qui nous rappellent combien le biographe, même en faisant un effort sincère d’objectivité, demeure lui aussi prisonnier de sa propre idéologie, c’est sa conclusion que l’on reprochera à l’ouvrage.

Caroline Fourest et Fiammetta Venner ont choisi de ne pas s’appesantir sur les raisons profondes du succès du Front national. Dans un épilogue intitulé « comment résister au nouveau FN », elles proposent une sorte de rééducation des électeurs frontistes, qu’il ne faut en aucun cas « déculpabiliser ». Sans aller jusqu’à à les traiter de « gros cons » façon Sophia Aram, elles leur trouvent « une pointe d’infantilisme dans le cœur », et proposent : « ceux qui veulent envoyer un message n’ont qu’à militer dans des associations ».

On se désole que cet ouvrage pourtant passionnant du point de vue factuel, et sans doute nécessaire sans être suffisant s’achève sur une cette fausse note, à la limite du surréalisme. Et l’on souhaite vivement aux auteures de découvrir sans délai les thèses du sociologue Alain Mergier. Car celui-ci affirme très justement : « l’intention de vote (pour le FN) n’est plus aujourd’hui motivée en terme de vote-sanction, de vote de colère (…) ce vote est devenu un vote positif ».

« Marine le Pen est dans nos vies pour quelques décennies » se désolent les enquêtrices. C’est probable en effet. Le temps est peut-être venu de se demander pourquoi. L'abandon respectif de la Nation et du peuple par le droite de gouvernement et la gauche d'accompagnement constitue le début d'une réponse.


[1] Marine le Pen, A contre flots, Grancher, 2006
[2] La catégorie des nationaux-radicaux est l’une de celles choisies par Fiammetta Venner pour classifier les différentes obédiences de l’extrême droite dans Extrême France, Grasset, 2006.
[3] P. Cohen et L. Dupont, « A Montretout, les réunions du cabinet secret de Marine le Pen », Marianne 12-18 mars 2011
[4] O. Beaumont, « Adrien, haut fonctionnaire à Bercy et conseiller de Marine le Pen », Le Parisien, 8 avril 2011.

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