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mardi 1 novembre 2011

Halloween grec : l'Europe a la (ci)trouille...




J’ai toujours pensé que la fête d’Halloween était une funeste importation en provenance des Etats-Unis d’Amérique. Tant qu’à s’imprégner de la « culture US », je considère qu’il vaut mieux lire William Faulkner que d’apprendre à introduire des bougies à l’intérieur de cucurbitacées évidées. Enfin, c’était mon avis…jusqu’à hier.

Parce qu’hier, un heureux alignement des astres semble avoir permis une belle coïncidence. Le petit pays du Sud de l’Europe qui a inventé la démocratie a rendu un hommage singulier au grand pays d’outre-Atlantique qui aime à l’exporter par les armes. De fait, après l’annonce par George Papandréou d’un référendum sur le nouveau plan européen, certains ont dû passer une nuit d’Halloween plus terrifiante que nature, entre stupeur, tremblements, et sueurs froides.

Ce matin, le réveil a été douloureux pour ceux qui considèrent le peuple comme un horrible monstre et la démocratie comme l’incarnation du mauvais œil. Le politologue Dominique Reynié, par exemple, semble avoir eu le sabbat difficile, qui nous annonçait dès pot(i)ron-minet sur Twitter un déferlement de sorcières sur l’Europe : « Papandreou vient de rendre un immense service à tous les populistes européens et au FN en particulier à quelques mois de 2012 ».

Il est vrai que George Papandréou n’a guère songé au Front national ni à l’élection présidentielle française lorsqu’il a annoncé sa stupide intention de consulter son peuple souverain. C’est dire s’il est mauvais camarade !

D’aucuns saisissent immédiatement l’occasion pour nous rappeler que la Grèce, en plus d’être peuplée de feignants et autres fraudeurs, n’aurait jamais dû entrer dans l’euro. Ah ! Si Mario Draghi, le directeur flambant neuf de la BCE, ne l’avait pas aidée à maquiller ses comptes quand il officiait chez  Goldman Sachs !

En tout cas, et puisque qu’il est question de l’euro, risquons-nous à pronostiquer qu’il est désormais sous respiration artificielle. Ce qui tombe plutôt bien : demain, c’est la fête des morts.

Lire et relire :
Europe : un sauvetage tiré par les cheveux  CLICK
L'Europe à la veille du Grand Soir ?   CLACK
Nicolas Dupont-Aignan est un mauvais voyagiste   CLOCK
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19 commentaires:

  1. Pour prolonger brièvement notre échange sur Twitter:

    1. Le référendum me choque en ce qu'il est la défausse du Premier Ministre Papandréou. La gauche grecque se fait élire sur un programme de relance, succédant à la droite des comptes truqués et de l'austérité. Evidemment, arrivé au pouvoir, virage à 180 degrés. Il négocie alors avec l'Europe, au nom de son peuple qui ne le soutient pas. Là, il aurait du demander référendum, pour obtenir mandat du peuple pour négocier.

    2. Aujourd'hui, le peuple grec est acculé. Non pas par l'Europe, non pas par la finance, mais par ses gouvernants. Il y a deux ans, ils avaient deux choix: austérité avec l'aide de l'Europe, ou sortie de l'Euro pour permettre de nouvelles marges de manoeuvre. Ils ne se sont pas donné les moyens de faire le premier choix. Ils sont amenés de force à faire le second, mais en entraînant le Portugal, l'Espagne, l'Italie et la France. En douleur, pas en transition programmée parfaitement légitime.

    3. Pour avoir laissé croire à ses partenaires européens qu'il était capable et légitime pour affronter la première solution (problème similaire pour l'Italie et le Portugal, mais pas pour l'Irlande), la Grèce a progressivement révélé la fragilité de toute l'Europe, fragilité politique plus qu'économique. Le cumul des difficultés est devenu explosif. (l'Europe a ses reponsabilités, je partage en général vos remarques sur ce point). Aujourd'hui, le Front National, pour avoir prévu le pire, semble avoir eu raison avant tout le monde. Tous les gouvernements européens ont beaucoup fait pour confirmer les cassandres frontistes...

    4. Dans mon esprit, je ne préjuge pas de celui de Dominique Reynié, dire que l'on fait le jeu du Front National n'est pas un subterfuge moralisateur. Si pour les uns cette reductio ad hitlerum sert à délégitimer toute proposition commune au Front National, pour ma part, comme une Elisabeth Badinter injustement accusée(ce fut très révélateur), c'est pour inciter à se bouger les neurones. De même, juger populiste une attitude ou une proposition n'est pas non plus une disqualification d'office. Vous concorderez avec moi sur ce point: Chevènement reste proche des préoccupations populistes, mais les reformule avec toute son intelligence. Tribuns de la plèbe et tribuns des patriciens sont complémentaires, en démocratie. Et un aspirant président doit en être la synthèse. C'est le populisme sans lendemains, l'appel au référendum par défaut, les louanges de la rue contre les parlements qui sont le poison de la démocratie, de pair avec leur contraire, l'oubli du peuple.

    5. Ici, je ne vois rien de positif à ce référendum grec. Convoquer des élections, c'est tout autant légitime. Et cela porte aux responsabilités les bonnes personnes, pas les traîtres à leur peuple et à leurs partenaires européens.

    6. Je renouvelle ma sincère appréciation pour vos notes inspirées.

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  2. L'utilisation du terme "populiste" masque assez mal un mépris du peuple (assez répandu parmi les "élites", les "experts" et leurs admirateurs) et, à travers lui, de la démocratie.

    Derrière ce mot se cache en réalité l'idée que les citoyens ne sont pas assez intelligents pour décider par eux-mêmes de leur avenir. Il convient en conséquence de passer outre leur avis de benêts incapables et obscurantistes pour se fier aux remarquables intuitions de nos élites éclairées.

    Le problème avec ce raisonnement, c'est que l'on peut observer aujourd'hui les conséquences des brillantes décisions prises par cette "expertocratie", qui préfère se vendre à la Chine plutôt que de reconnaître ses erreurs et de remettre en cause ses dogmes.

    Alors pardonnez-nous de préférer, après une intense réflexion (c'est difficile de réfléchir pour nous, vous savez), la démocratie.

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  3. Hum, saignant ce billet ! Tout cela me rappelle furieusement le référendum de mai 2005 et VGE, pater dignitas de la constitution qui s'égosillait à l'idée qu'on la soumette au peuple, ces veaux...
    Nos démocraties occidentales sont malades et ce n'est pas être populiste que de dire que les ploutocraties aux pouvoirs qui se cooptent joyeusement en exerçant une danse macabre au dessus des dettes publiques devrait être condamnées...
    "La démocratie, c'est la République quand on a éteint les lumières" pensait finement Régis Debray. A jouer aux cons dans le noir, pas étonnant que certains se fassent peur et d'autre très mal...

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  4. En juin 2011, Papandréou avait dit qu'il y aurait référendum, il a finalement tenu sa promesse.
    http://blogs.rue89.com/yeti-voyageur/2011/06/08/la-grece-vers-un-referendum-sur-lausterite-victoire-des-indignes-208292

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  5. @laalciator : Papandréou semble s'être rendu compte un peu tard que le énième plan de rigueur demandé par l'Europe ne passerait pas auprès d'un peuple épuisé.

    Alors qu'il perdait sa majorité au Parlement, sans doute a-t-il réalisé qu'il ne pourrait plus rien faire voter par cette Assemblée, qu'il n'obtiendrait pas le vote de confiance attendu, et qu'il n'y aurait plus qu'à convoquer des élections vouées à être perdues par son parti.

    Finalement, il a dû arbitrer entre des élections et le référendum, mais a s'est avisé qu'il n'échapperait pas au couperet de la démocratie, ce qui est plutôt rassurant !

    Merci pour votre fidélité à l'arène...

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  6. A Yohann

    Sans absoudre la technocratie des ses erreurs innombrables, on peut se poser certaines questions en ce qui concerne le peuple.

    La première concerne la responsabilité. De tous les souverainistes que je peux lire sur Internet, pas un, mais alors pas un seul, ne se pose la question de la responsabilité dudit peuple en cas de conséquence négative des choix faits. Pour le cas de la Grèce, il est évident que sur la question "Approuvez-vous le plan européen?", un vote négatif conduirait immédiatement à la fermeture des robinets de financement et donc les Grecs à végéter sur leur montagne de dettes. A qui la faute alors? Au peuple bien sûr! Quand on décide, on assume. Mais ca, les populistes se gardent bien de le crier haut et fort.

    Ensuite sur la cohérence. Un peuple voulant retrouver sa souveraineté (et votant donc non au TCE en 2005) peut-il encore voter PS/UMP/Modem/etc? Il faudrait peut-être dire au peuple de savoir ce qu'il veut et voter de manière constante. Mais là encore, silence radio total de la part des souverainistes.

    Enfin sur la logique. La plupart de ceux qui ont voté sur TCE (que ce soit oui ou non) n'ont rien lu du Traité. Est-ce bien normal de se prononcer, dans ce cas? Le fait que certains parlementaires n'en aient rien lu (et l'argument vaut aussi pour eux) ne rend pas ce point moins valable.

    Mais nulle part ces arguments ne sont soulevés, aussi bien chez NDA qu'au FN, que chez Chevènement ou autres De Villiers. Pour ne pas s'alièner des voix aux prochaînes élections?

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  7. Nicolas040
    Au cas où cela vous aurez échappé, le peuple est toujours responsable dans le sens où il supporte les conséquences des choix qui sont faits. Y a-t-il plus grande responsabilité ?
    Aujourd’hui on pourrait même dire le peuple responsable des décisions prises par les experts.
    Et ces experts quelles conséquences supportent ils ?

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  8. Nicolas040

    "un vote négatif conduirait immédiatement à la fermeture des robinets de financement et donc les Grecs à végéter sur leur montagne de dettes"

    Végéter, c'est vous qui le dites. C'est votre avis, il n'est pas partagé par tous. Pour la dette, elle ne sera pas remboursée intégralement, quoiqu'il arrive, donc je ne vois pas très bien où vous voulez en venir. L'Argentine et l'Islande ont rencontré quelques problèmes ces dernières années, mais leur économie a fini par redémarrer. C'est peut-être préférable à une austérité à perpétuité.
    Sur le principe, maintenant : le peuple grec a-t-il été directement consulté, ne serait-ce qu'une fois dans son histoire, sur la question de "l'intégration européenne" ? Non. Vous trouvez cela normal ? Pas moi.

    "Quand on décide, on assume."

    Oui. Encore faut-il *pouvoir* décider. C'est, précisément, tout ce que l'on demande.

    "Un peuple voulant retrouver sa souveraineté [...] peut-il encore voter PS/UMP/Modem/etc?"

    Nous avons vu en 1992 et en 2005 que la question européenne dépassait complètement les clivages traditionnels.
    Par ailleurs, il ne vous aura pas échappé que les programmes politiques ne portent pas uniquement sur l'Europe. La question de "l'intégration européenne" n'est qu'une question parmi d'autres. Lorsque les citoyens votent (en dehors du référendum), ils se prononcent pour un programme d'ensemble.
    Pour obtenir une réponse claire, indiscutable, limpide, la moins parasitée possible, sur un seul sujet (en l'occurrence le fédéralisme européen), le référendum est la solution idéale. La seule, à vrai dire.

    "La plupart de ceux qui ont voté sur TCE (que ce soit oui ou non) n'ont rien lu du Traité."

    Affirmation que vous ne pouvez pas prouver. Ce que j'ai vu en 2005, personnellement, c'est un débat fascinant et passionné, avec une population qui s'est vraiment intéressée au sujet, et qui, malgré un véritable tir d'artillerie médiatique, a su résister et dire non.
    Vous avez perdu, soyez beau joueur. Vous parliez "d'assumer", plus haut. Je vous renvoie cette injonction.
    De plus, ce que vous dites là serait valable pour toute élection, en réalité. Certaines personnes votent sans s'intéresser aux programmes, aux débats, aux idées. Selon cet argument, il faudrait donc abolir le droit de vote dans son ensemble ? Remarquez, c'est ce qu'il vient de passer aujourd'hui en Grèce. Vous pouvez donc de nouveau respirer.

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  9. A Yohann

    Pour ce qui est de la dette grecque, qui vivra verra comme on dit. Mais si vous aviez l'amabilité de m'expliquer comment l'État grec fera fonctionner ses services (le secteur public représente 40% de la population active) alors que la fraude fiscale, surtout au sommet, bat son plein, que l'Église est exemptée d'impôts et se bat pour le rester, que certains restaurants veulent être payés en liquide et ne délivrent pas de recu.. bref, financer un tel secteur sans apports financiers extérieurs, car personnellement, je ne vois pas... mais peut-être que les fonctionnaires grecs accepteront d'être payés en olives..

    "Par ailleurs, il ne vous aura pas échappé que les programmes politiques ne portent pas uniquement sur l'Europe. La question de "l'intégration européenne" n'est qu'une question parmi d'autres. Lorsque les citoyens votent (en dehors du référendum), ils se prononcent pour un programme d'ensemble."

    Tout à fait. Mais si, comme le martèlent à répétition les souverainistes, tout se décide à Bruxelles et plus à Paris, de quel programme d'ensemble parlez-vous? La priorité des priorités serait de retrouver sa souveraineté, non? À moins que les États aient encore pas mal de prérogatives dans des domaines clés (ce qui est le cas, soit-dit en passant, les politiques industrielle, économique, fiscale (à quelques exceptions), de défense et de sécurité, scolaire et universitaire, tout celà se décide dans les différentes capitales européennes, me semble-t-il). Auquel cas les souverainistes mentent au peuple.

    "Ce que j'ai vu en 2005, personnellement, c'est un débat fascinant et passionné, avec une population qui s'est vraiment intéressée au sujet, et qui, malgré un véritable tir d'artillerie médiatique, a su résister et dire non."

    C'est cà, les populistes. Le peuple est toujours formidable quand il vote dans votre sens et manipulé dans le cas contraire. Bref, jamais la faute du peuple. Il était bien manipulé, au moment du référendum de Maastricht, non? Pas stupide..

    Ce que j'ai personnellement constaté, ce sont des sondages qui au début donnait le "oui" gagnant, puis où le non a petit à petit commencé à grimper. Curieux revirement de la part d'un peuple éclairé qui bien évidemment s'est documenté sur le sujet en question avant de répondre aux sondeurs, non? J'ai entendu aussi certains de mes proches me dire avoir lu le traité sans y comprendre goutte. J'ai entendu aussi le procureur Eric de Montgolfier dans l'emission "Chez FOG" dire qu'il lui avait fallu plus d'une heure pour comprendre le traité. S'il faut autant de temps à un juriste confirmé, qu'ont pu y comprendre des non-juristes?

    "Vous avez perdu, soyez beau joueur. Vous parliez "d'assumer", plus haut. Je vous renvoie cette injonction."

    J'aurais plutôt gagné, vu que l'essentiel du TCE est en application. Pour la sanction, j'attend les prochaînes élections ("Encore faut-il *pouvoir* décider", dites-vous? Il me semble que les élections servent à cà). Si le peuple renouvelle leurs mandats aux "traîtres", la conclusion sera simple: les Francais acceptent le Traité de Lisbonne, ou tout du moins, ils considèrent que c'est un moindre mal au vu de la "politique d'ensemble" dont vous parlez. Eh oui, c'est celà, assumer.

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  10. @Nicolas 040 :

    Vous dites "J'aurais plutôt gagné, vu que l'essentiel du TCE est en application".

    Non,en 2005, votre camp n'a pas gagné. Il a triché. C'est différent. Ce n'est pas très fair play que de s'en réjouir !

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  11. A Coralie

    Ayez l'honnêteté de reconnaître qu'il y a eu des mensonges et des manipulations dans les deux camps. Je reconnais volontiers que côté oui, on a promis monts et merveilles irréalisables (paix, prospérité etc). Sans oublier l'inénarrable Jack Lang affirmant que voter non, c'était voter comme Le Pen, etc.

    Côté non, en revanche, j'ai beaucoup entendu dire que le Traité imposait l'ouverture totale des frontières, ce qui était un mensonge éhonté. D'une part, il ne parlait que d'économie de marché et de "concurrence libre et non faussée" (ce qui faisait pousser les haut cris à certains, à tort selon moi, car ce principe permet de récuser le commerce avec des pays comme la Chine). La politique douanière restait du domaine des négociations entre États membres et du vote. Ensuite, et celà a figuré dans tous les Traités, en cas de menace à l'ordre public ou à la santé publique, chaque État pouvait rétablir les contrôles et filtres aux frontières. Donc, pas vraiment la passoire que les tenants du non décrivait. Et puis, cette fameuse pute slovaque d'Attac (totalement fictive), qui parlait d'Europe des trafiquants! Donc, pour ce qui est des mensonges et manipulations, 15-15, comme au tennis.

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  12. Nicolas040

    "mais peut-être que les fonctionnaires grecs accepteront d'être payés en olives.."

    Sauf votre respect, cette remarque est (au mieux) totalement grotesque. Vous savez, la Grèce a eu sa propre monnaie pendant plus de 150 ans avant de connaître l'euro. Le monde n'a pas été créé le 1er Janvier 2002 : il y a eu une vie avant l'euro, il y en aura une après. Les discours selon lesquels les dix plaies d'Egypte vont s'abattre sur les grecs s'ils sortent de la zone euro, on entendait à peu près les mêmes quand il s'agissait de dissuader les français de voter non en 2005. Pas vu d'invasions de sauterelles pour autant.

    "La priorité des priorités serait de retrouver sa souveraineté, non?"

    Absolument. D'ailleurs, en dépit de moyens médiatiques incomparables (cf. 2005), l'idée fait son chemin tranquillement. Ne soyez pas impatient !

    "C'est cà, les populistes. Le peuple est toujours formidable quand il vote dans votre sens et manipulé dans le cas contraire."

    On connait la chanson. Votre haine du peuple transpire de chacun de vos messages.
    Cependant, contrairement à vous, je n'ai jamais remis en question une décision émanant de lui, y compris à la suite du référendum de 1992.
    Contrairement à vous, je n'ai jamais applaudi le viol de la démocratie qu'a représenté la ratification du traité de Lisbonne.
    Tout simplement car, contrairement à vous, je respecte les décisions prises par le peuple, et par voie de conséquence, la démocratie.

    "J'aurais plutôt gagné, vu que l'essentiel du TCE est en application."

    Vos idées sont en application en effet, et on en voit le résultat, malheureusement ! Si la misère, la négation de la démocratie et la lente mais sûre détérioration de l'idée même d'Europe vous conviennent, je ne peux qu'en prendre acte. A vrai dire, je me réjouis en lisant vos discours, car ce sont les fanatiques comme vous et Quatremer qui font progresser nos idées.
    Vous pensez que l'on peut faire avancer "l'intégration européenne" en s'opposant aux peuples et niant la réalité de l'existence des nations ? Nous verrons qui aura raison sur le long terme, pas simplement sur une élection ou deux : ce n'est qu'à la fin du bal qu'on paie les musiciens.

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  13. A Yohann

    La Grèce peut effectivement faire tourner la planche à billets pour payer ses fonctionnaires, mais vous en connaissez les conséquences, une inflation débridée qui limitera nettement leur pouvoir d'achat (d'autant que la Grèce, pays sans tradition industrielle, importe beaucoup). Surtout avec une drachme en chute libre à laquelle une telle politique contribuera. Donc, les capitaux étrangers seront indispensables pour maintenir ne serait-ce qu'un semblant de niveau de vie.

    "On connait la chanson. Votre haine du peuple transpire de chacun de vos messages."

    Demander au peuple de prendre ses responsabilités, c'est le haïr? Alors oui, je hais le peuple. Plus sérieusement, si vous aviez lu cette ligne attentivement, c'est au populistes que je m'en prends et à leur flatterie (le peuple est toujours formidable et ce n'est jamais sa faute, même quand il fait des choix catastrophiques).

    "Cependant, contrairement à vous, je n'ai jamais remis en question une décision émanant de lui, y compris à la suite du référendum de 1992."

    Vous êtes sûr? Ce référendum impliquait la monnaie commune, que vous voulez abolir sans référendum. Curieux respect de la volonté populaire. En ce qui concerne la démocratie, vous savez ce qu'en disait Churchill ("le pire des systèmes à l'exception de tous les autres"). Et encore, je pourrais citer Platon, pour qui seule la tyrannie était pire. C'est pourquoi je m'en tiendrai aux recommendations de Montesquieu (le peuple choisit ses représentants, mais doit leur obéir pendant leur mandat, cf. De l'Esprit des lois).

    Mais rassurez-vous, je ne suis pas ce monstre que vous décrivez. En effet, moi aussi je souhaite parfois que vos idées entrent en application, et ce pour deux raisons: la première est que je n'ai aucun doute sur leurs conséquences et que la preuve en sera ainsi faite publiquement; la deuxième est que la France retrouvant l'intégralité de sa souveraineté, on ne pourra plus accuser Bruxelles ni l'Euro, ni même l'immigration ou la mondialisation, le pays redevenant maître de ses frontières. Sans bouc émissaire, les Francais devront se rendre à l'évidence: comme dit Bayrou, les problèmes sont chez nous..

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  14. "mais vous en connaissez les conséquences"

    J'avoue avoir un peu de mal à lire dans le marc de café, c'est une de mes lacunes.
    Cependant, la prédiction que vous nous faites avec une détermination PacoRabannesque ne fait pas l'unanimité, c'est le moins que l'on puisse dire.

    "Ce référendum impliquait la monnaie commune, que vous voulez abolir sans référendum"

    Monnaie unique, pas commune (et c'est bien là le problème).
    20 ans, ça me semble être un bon délai pour remettre un vote au goût du jour ; disons que ça laisse le temps de voir. Et effectivement : on a vu. C'est toujours mieux que 3. Ou que 1, dans le cas irlandais. Vous voulez un référendum ? D'accord, allons-y.
    Cela dit je ne suis pas un fervent opposant à l'euro en tant que tel. Si on réforme la façon dont il est géré, sa viabilité peut se discuter. Je n'écarte aucune hypothèse, je ne suis pas arc-bouté sur un dogme.

    Pour le reste, si je résume un peu votre propos, pour vous, si on est contre cette Europe-là, c'est à dire : libérale, fédéralisante, dont les décisions sont prises sans l'aval des peuples et dont l'objectif est de devenir "post-démocratique", on est pour le renfermement sur soi ? L'autarcie à l'albanaise ?

    Vous ne trouvez pas ça un tout petit peu simpliste, quand même ? C'est sans doute sa seule qualité, mais Jean Quatremer est décidément un très bon professeur.

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  15. A Yohann

    Pour le cas de la Grèce, comme je disais plus haut, qui vivra verra. Pour le moment, je m'en tiens au récent sondage qui donnait 80% de Grecs favorables au maintien de leur pays dans la zone euro. Je sais bien que l'on peut truquer les sondages par différents moyens, on peut tout de même en conclure que la majorité des Grecs (ne serait-ce que 51%) penchent de ce côté, non? Bon, ceci dit, ce n'est certainement pas par europhilie, plutôt la peur de se retrouver seuls en cas de faillite.

    "Pour le reste, si je résume un peu votre propos, pour vous, si on est contre cette Europe-là, c'est à dire : libérale, fédéralisante, dont les décisions sont prises sans l'aval des peuples et dont l'objectif est de devenir "post-démocratique", on est pour le renfermement sur soi ? L'autarcie à l'albanaise ?"

    Pas du tout! Personnellement, je serais pour instaurer la réciprocité dans les échanges commerciaux, notamment avec la Chine, le Japon et les USA qui sont protectionnistes à outrance. Simplement, je constate que si vous menacez ces pays de leur fermer l'accès un un marché de 65 millions de personnes s'ils continuent, ils vont vous rire au nez. Si par contre vous les excluez d'un marché de 500 millions de personnes, ils vont commencer à réfléchir. Mais celà implique que tous les États européens s'engagent à maintenir cette réciprocité (ou ce protectionisme). Ou alors expliquez-moi comment cela peut fonctionner si un seul État, sous couvert de souveraineté nationale, décider d'importer massivement en Europe des produits made in China.

    "Cela dit je ne suis pas un fervent opposant à l'euro en tant que tel. Si on réforme la façon dont il est géré, sa viabilité peut se discuter. Je n'écarte aucune hypothèse, je ne suis pas arc-bouté sur un dogme."

    Vous n'allez certainement pas me croire, mais je suis à 100% d'accord avec vous sur ce point. L'euro est mal géré. Et je dirais même qu'il a été adopté trop tôt, alors qu'il n'y a en Europe que des sentiments d'appartenance à des nations, et pas à un destin commun entre européens, ce qui serait un minimum pour une monnaie unique. Et adopter une monnaie unique quand l'Allemagne se méfie des "pays du club Med", celà relève de la gageure. Si je suis pour l'euro, c'est que maintenant, il est là, il faut faire avec, et qu'on ne saute pas par le hublot quand l'avion est en l'air, dixit Chevènement. Et l'euro peut effectivement être protecteur s'il est correctement manié.

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  16. A Yohann (suite)

    "20 ans, ça me semble être un bon délai pour remettre un vote au goût du jour ; disons que ça laisse le temps de voir. Et effectivement : on a vu. C'est toujours mieux que 3. Ou que 1, dans le cas irlandais. Vous voulez un référendum ? D'accord, allons-y."

    Tout à fait. Surtout que certains qui ont voté 20 ans plus tôt sont morts et que d'autres ont acquis le droit de vote depuis. Sauf que quand une crise majeure passe par là, on peut être amener à réfléchir plus vite. Quant au référendum, on doit toujours informer les peuples des conséquences de leur décision. Quelques exemples:

    1) Un référendum en Grèce sur la sortie de l'euro. Trouvez-vous anormal que l'on dise au Grecs que, l'essentiel de leur dette étant contractée en euros, une dévaluation de la drachme entraînerait une augmentation du fardeau de la dette? Que la conversion "souveraine" et unilatérale du montant de cette dette en drachmes impliquerait une perte de confiance vis-à-vis des créanciers étrangers, et donc l'apport des capitaux plus difficile? Ces point sont difficilement contestables, ce me semble.

    2) Un référendum en France sur la sortie de l'UE. Est-ce manipulateur de dire qu'une sortie de l'Union permettrait aux autres pays européens de remettre des droits de douane sur leurs importations venant de France, et donc de freiner les exportations francaises?

    Et d'ailleurs, on ne doit jamais utiliser le référendum quand la situation du pays est catastrophique. Vous imaginez un référendum en France en 1945 sur la réconciliation franco-allemande?

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  17. "on peut tout de même en conclure que la majorité des Grecs (ne serait-ce que 51%) penchent de ce côté, non?"

    Le sondages ne sont que des sondages. De plus, on ne connait rien de la question posée, ni de la méthodologie. Il se disait qu'une large majorité aurait voté non au référendum sur le "plan d'aide". Par ailleurs, l'opinion peut évoluer quand le débat se lance et que les arguments prennent le pas sur les préjugés (cf. 2005).

    "je serais pour instaurer la réciprocité dans les échanges commerciaux"

    C'est ce qu'on appelle le protectionnisme, inutile de tourner autour du pot : ce n'est pas un gros mot, personne ne vous grondera si vous l'utilisez. Je sais bien que ça fait de vous un nazi si on suit le raisonnement de certains, mais n'ayez pas peur : nous sommes entre nous.

    "si vous menacez ces pays de leur fermer l'accès un un marché"

    Qui parle de "fermer le marché" ? Un peu de protectionnisme, c'est "fermer le marché" ? Je comprends mieux votre opposition à ce concept, mais je suis au regret de vous dire que vous faites fausse route. Pour ce qui est de l'argument du petit pays nécessairement impuissant, je vous renvoie à un très bon article de Laurent Pinsolle : http://bit.ly/rYt8RL

    "on ne saute pas par le hublot quand l'avion est en l'air"

    Certes non, sauf si l'avion explose en vol, ce qui est quand même un risque non négligeable à l'heure actuelle. Dans tous les cas, l'objectif sur le long terme reste de faire atterrir l'avion (i.e. quitter la monnaie unique).

    Votre raisonnement sur la question de la dette grecque est biaisé, puisque vous partez du principe qu'elle sera remboursée. La majorité de celle-ci ne le sera pas, selon toute vraisemblance (le dernier "plan d'aide" prévoit de larges abandons de créances, d'ailleurs). Le problème n'est donc pas aussi insoluble que vous le laissez entendre.

    Sur la sortie de l'UE, je ne crois pas qu'un référendum sur ce sujet soit à l'ordre du jour. Pour plus d'efficacité, mieux vaut rester à l'intérieur, quitte à désobéir pour faire bouger les choses. Mais pour répondre à cette remarque :

    "une sortie de l'Union permettrait aux autres pays européens de remettre des droits de douane sur leurs importations venant de France"

    Je m'étonne de cette idée, puisqu'il est actuellement impossible d'établir un protectionnisme européen. Je ne vois pas en quoi la "sécession" d'un pays rendrait l'impossible possible par un claquement de doigts. De plus, il me semble improbable que nos voisins se détournent d'un de leurs partenaires historiques. Vous agitez un épouvantail, là encore. A moins que vous n'envisagiez une dislocation totale de l'UE ? Mais dans ce cas, la France dispose d'assez d'atouts pour tirer son épingle du jeu. Quoiqu'il arrive, cela tuerait pour de bon l'idée d'une Europe faite "pour la paix" et "pour la solidarité". Mais je le redis, cela me semble relever de la science fiction à l'heure actuelle.

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  19. Désolée pour la fausse manip!
    Je me demandais qui, dans ce grand carnaval, tenait le rôle du fossoyeur des valeurs démocratiques...

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