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jeudi 5 octobre 2017

V. Giacchè : «Vingt-sept ans après, l'Allemagne de l'Est ne s'est pas remise de son annexion par l'Ouest».



Vladimiro Giacchè


Vladimiro Giacchè est un économiste italien, actuellement président du Centre de recherche européenne de Rome. Fin connaisseur de l'Europe et de l'Allemagne, il est l'auteur d'un ouvrage original et riche sur la réunification allemande, Le second Anschluss – l'annexion de la RDA (édition Delga, 2015). Alors que l'Allemagne vient de voter dans le cadre d'élections législatives dont les résultats fragilisent Angela Merkel et quelques jour après le vingt-septième anniversaire de l'unité du pays, il a bien voulu répondre aux questions de L'arène nue

[Cet entretien a été traduit de l'italien par une fine équipe composée de Luca Di Gregorio, Gilles Tournier et Paul Moesch : un grand merci.]


***


Les résultats des élections législatives en Allemagne ont révélé de profondes divergences entre l'Ouest et l'Est du pays. Dans l'ex-RDA, le parti AfD fait 21,5 %, et est arrivé second. Die Linke y a réalisé ses meilleurs score (16 % contre 9 % au niveau national). J'imagine que vous n'en être guère surpris. Comment l'expliquez-vous ?

Aucune surprise, en effet. C’est la conséquence d’un pays qui reste toujours divisé vingt-sept ans après son unification, en même temps que d’un accroissement des inégalités sociales ces dernières années. Un citoyen qui vit en Allemagne de l’Est a deux fois plus de chances d’être chômeur que s’il vivait à l’Ouest. Et lorsqu’il travaille, il perçoit un salaire inférieur de 25 % à ce que perçoit un travailleur de l’Ouest. 

Cela n'a pas grand chose à voir avec l’incapacité supposée des Allemands de l’Est à travailler (car oui, cet argument a parfois été avancé). C'est au contraire lié aux modalités de l’unification allemande. C’est lié au fait qu’à la nécessité de réaliser rapidement l’unité politique, qu’à la nécessité idéologique de supprimer complètement la RDA, ont été sacrifiées des exigences économiques élémentaires, en particulier celle de sauvegarder autant que possible l’industrie et les emplois des citoyens de l’Est. On a pratiqué la politique de la tabula rasa, en établissant le taux de change à un contre un entre le mark de l’Ouest et le mark de l’Est. Ce faisant, on a mis l’industrie de la RDA hors-jeu. Par ailleurs, l’ensemble du patrimoine industriel de l'ex-RDA a été confié à une société fiduciaire, la Treuhandanstalt, qui l’a liquidé, créant instantanément des millions de chômeurs. Il est beaucoup plus facile de fermer une industrie que de la reconstruire. Mais depuis, on s'est hélas rendu compte que lorsqu’on désindustrialise un pays (la désindustrialisation de la RDA n’a aucun autre exemple en Europe en période de paix) les conséquences peuvent durer des décennies, sinon des siècles. Le «Financial Times Deutschland» du 18 juin 2008 affirmait d'ailleurs que pour aligner complètement les revenus des deux parties de l’Allemagne, il faudrait 320 ans… 

Le plus ridicule est que l’unification de l’Allemagne nous est  présentée aujourd’hui comme une réussite opposable, par exemple, au destin du Mezzogiorno italien. La vérité, c’est que de tous les pays ex-socialistes d’Europe orientale, les territoires de l’Allemagne de l’Est sont ceux qui, en valeur absolue, ont connu le moins de croissance ces 27 dernières années. Il est dès lors normal que les citoyens qui vivent dans ces territoires se sentent abandonnés par la politique, et qu’ils expriment leur protestation par le vote. D'autant que comme on le sait, le pourcentage de pauvres (et de travailleurs pauvres – les working poors) en Allemagne a augmenté partout ces dernières années, et pas seulement à l’Est. C’est aussi le résultat du fameux « Agenda 2010 » de Schröder que Macron, à ce qu’il semble, veut aujourd’hui reproduire en France.


Dans votre livre, « Le second Anschluss » vous expliquez qu'au moment de la réunification, l'ex-RDA a été « criminalisée », que ses élites ont été écartées. Outre les problèmes économiques générés par une unification brutale, tout cela n'a-t-il pas généré également un traumatisme identitaire ?

Oui, c’est un autre aspect considérable et peu connu de cette affaire. L’élite, non seulement politique mais aussi scientifique et culturelle de l'ex-RDA, a été complètement évincée. Aujourd’hui encore, rares sont les professeurs des universités enseignant à l’Est qui ne proviennent pas de l’Ouest. Dans la magistrature et dans l’armée, la proportion des « Ossies » est quasi nulle. Tous les instituts et les académies de l’Est ont été liquidés en un temps record. Certains, tel le juriste et éditorialiste Arnulf Baring, sont même allés jusqu'à écrire des citoyens de l’Est qu’ils avaient été « mentalement altérés » par le « régime collectiviste », et qu’ils étaient donc devenus malgré eux un « élément freinant d’un point de vue systémique». 

Ces pratiques et ces propos ont évidemment contribué à engendrer dans une large frange de la population d’ex-Allemagne de l’Est, la sensation d’avoir été colonisée, et de voir mise en cause sa propre identité. Il est d'ailleurs intéressant d’observer que la population de l’Est ne partage guère l’idée - majoritaire dans le monde politique et dans les médias mainstream – selon lequel tout ce qui existait en RDA, méritait d’être éliminé. Un sondage commandé par le gouvernement à l’institut de recherche EMNID pour le vingtième anniversaire de la chute du Mur a en effet montré que 49% des habitants de l'ex-RDA approuvaient l’affirmation suivante : « la RDA avait plus d'aspects positifs que d'aspects négatifs. Il y avait des problèmes, mais on vivait bien ». Pour les « Ossies », la diabolisation de la RDA a donc largement été perçue comme une mise en cause de leur histoire personnelle et de leur identité.

Vous expliquez que l'unification allemande s'est faite par la monnaie, et que c'était une si mauvaise idée que le patron de la Bundesbank de l'époque, Karl-Otto Pöhl, était contre. Le même fut ensuite un farouche opposant à la mise en place de l'euro. Existe-t-il des similitudes entre l'unification monétaire des deux Allemagnes et la création de la monnaie unique européenne ?

Le témoignage de Karl-Otto Pöhl est très intéressant. Il était en effet opposé, en 1990, à l’unification monétaire immédiate. Celle-ci a cependant été réalisée, de surcroît au taux de 1 Deutschemark contre 1 Ostmark, alors que le taux de change réel dans les relations économiques entre les deux Allemagne était jusque-là de 1 pour 4,44. Du coup, le prix des marchandises produites en RDA s'est trouvé réévalué du jour au lendemain de 350 % ! Deux ans plus tard, Pöhl pouvait affirmer devant une commission d’enquête parlementaire que dans ces conditions « les entreprises de RDA perdraient toute compétitivité », et conclure en disant qu’on avait administré à l'Est « un remède de cheval qu’aucune économie ne pourrait supporter. » À l’époque de cette commission d'enquête, Pöhl n’était plus président de la Bundesbank. Il s’était en effet retiré en 1991, peu de temps après une audition au Parlement européen durant laquelle il avait déjà présenté l’unification monétaire allemande comme « un désastre », et déconseillé à ses auditeurs de ne pas renouveler l'erreur à l’échelon européen. Comme on le sait, il n'a pas été écouté. 

Mais quelles sont les ressemblances entre les deux unions monétaires ? 

La plus importante tient au fait qu’une monnaie n’est pas simplement une monnaie, mais intègre des rapport juridiques et sociaux. Dans le cas du Deutschemark, il s’agissait de rapports sociaux capitalistes ( ceux de la prétendue « économie sociale de marché » allemande ). Dans le cas de l’euro, il s’agit du néolibéralisme qui inspire le traité de Maastricht et qui se caractérise par l’indépendance de la Banque Centrale par rapport aux gouvernements (ce qui signifie la dépendance de nombreux gouvernements par rapport à cette Banque centrale), dont l'objet unique est la stabilité des prix ( et pas l’emploi ). 

En découle une compétition entre les États est fondée sur le dumping social et fiscal, où celui qui joue le jeu le premier est gagnant. Évidemment, dans le contexte d’une monnaie unique, au sein de laquelle il est par définition impossible d’ajuster les différences de compétitivité par le taux de change, la victoire qui n’admet aucune contestation. L’Allemagne a joué ce jeu avec l’Agenda 2010 de Schröder et une forte réduction des impôts sur les entreprises. Résultat : une énorme croissance de sa balance commerciale, tandis que les autre États de la zone euro étaient en déficit. Du coup dans de nombreux autres pays européens et de la même façon quoi qu’avec une intensité moindre, on a pu observer, après 2008 des phénomènes semblables à ceux qui s’étaient manifestés en Allemagne de l’Est après la réunification : chute du PIB, désindustrialisation, augmentation du chômage, déficit de la balance commerciale, augmentation de la dette publique, émigration. 

Les ressemblances, comme on peut voir, ne sont donc pas négligeables. Mais il y a également des différences, positives ou négatives. Dans l’eurozone, on n'a jamais vu se mettre en place la parité déraisonnable des monnaies comme ça avait été le cas entre le DM et l'Ostmark. En revanche, il n’y a pas eu non plus les transferts de fonds massifs qu’a effectués la RFA au profit de la RDA. L’opposition têtue de l’Allemagne à ce type de transferts démontre que la classe dirigeante de ce pays n’a pas retenu la leçon de l’unification d’un point de vue économique. Cette leçon est la suivante : si tu désindustrialises ton voisin, et si tu veux qu’il continue à acheter tes produits, tu dois financer sa consommation. L’Allemagne espère obtenir le beurre et l'argent du beurre, ce qui ne fait que rendre explosives les contradictions au sein de l’Eurogroupe. 

On a évoqué plus haut la Treuhand, l'outil créé pour privatiser à toute vitesse en Allemagne de l'Est. N'était-elle pas une sorte d'ancêtre de la « Troïka » qui a si durement sévi dans les pays d'Europe du Sud ?

Si, bien sûr ! La réactivation d'une Treuhand pour la Grèce fait partie du train de mesures acceptées par Alexis Tsipras durant l’été 2015. Il s’agit en substance d’exproprier une partie du patrimoine public grec (dans le cas de l’Allemagne de l’Est, il s’agissait de la totalité), et de le confier à une société fiduciaire placée sous le contrôle des créanciers. En octobre 2016, j’ai participé à un congrès à Berlin durant lequel a été mise en évidence la continuité entre les privatisations opérées par la Treuhandanstalt et les mesures imposées par la « Troïka » et l’Eurogroupe à la Grèce. Il est incroyable que ce modèle ait été de nouveau choisi vu le désastre qu’il a provoqué en ex-RDA, c'est à dire la destruction de richesses pour un montant de 900 milliards de DM de l’époque, et l'anéantissement de l’industrie de l’Est. C’est là qu’on voit à quel point il peut être funeste de d'ignorer les leçons de l'histoire. 

Aujourd'hui, vous qui avez écrit tour à tour sur l'Europe et sur l'Allemagne, comment voyez-vous l'avenir de ce pays, et celui de notre continent ?

Je ne suis pas très optimiste. L'Allemagne semble prisonnière de sa politique mercantiliste et incapable de modifier son approche. Chez les autres grands pays européens - à commencer par la France – demeure l’illusion de pouvoir la suivre sur son terrain. Il me semble que ni les classes dirigeantes allemandes ni celles européennes ne soient conscientes des immenses dégâts causés par l'idée de faire de l'union monétaire l'alpha et l'oméga de l'union politique du continent. 

La plus grande promesse de la monnaie unique, celle de promouvoir la convergence entre les économies, a été trahie (et il ne pouvait en aller autrement, à la lumière du contenu du Traité de Maastricht). C’est le contraire qui s’est produit. La conséquence est une instabilité structurelle de la zone euro, mais également une dégradation des relations entre pays d'Europe, un «blame game» («jeu des reproches») continu et réciproque et la fin de toute volonté de solidarité européenne. On l'a parfaitement vu hier au sujet de la Grèce, on le voit encore aujourd'hui au sujet de la crise migratoire. 

Voilà pour les dégâts. Quant aux risques, ils ne sont pas moindres. Le risque majeur est celui de l'explosion non coordonnée de la zone monétaire. La chose la plus raisonnable à faire serait de désamorcer cette bombe, et de le faire tous ensemble, en réfléchissant à la manière d'éliminer l'euro de la façon la moins douloureuse possible. Je constate qu'au contraire, on continue à divaguer sur un surcroît d’intégration européenne. Cette attitude est digne de ceux qui pensent que pour résoudre les problèmes d'un immeuble construit sur de mauvaises fondations il faut ajouter un nouvel étage. En général, dans ces cas-là, les choses ne se terminent pas bien. 



lundi 2 février 2015

« La victoire sans appel de Syriza est une vraie preuve de sang-froid » (interview)

alexis-tsipras
 
 
Interview accordée à l'excellent site Le Comptoir
 
 
Le Comptoir : Beaucoup d’analystes voient dans les annonces faites par le président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi et dans la victoire de Syriza une double défaite pour l’Allemagne. Mais est-ce que les Grecs et les peuples européens en sortiront gagnants ?
 
Coralie Delaume : Il y a eu une double défaite pour l’Allemagne en quelques jours, et même une triple défaite puisque le 13 janvier, la Commission européenne a annoncé un petit assouplissement dans l’interprétation des règles budgétaires. C’est passé un peu inaperçu chez nous mais… je ne doute pas que l’Allemagne, elle, l’ait noté !
 
Ensuite, il y a eu, en effet, l’opération de quantitative easing, lancée par la BCE. Qui est d’ailleurs toute en paradoxes. D’abord, il est probable qu’elle n’aura pas beaucoup d’effets sinon de faire monter les bourses puisque nous sommes dans ce que les économistes appellent une « trappe à liquidités ». Cela fait que la création de monnaie n’a plus d’impact sur l’économie réelle, elle fait simplement grimper le prix des actifs. Bref, dans sa tentative désespérée de prémunir la zone euro contre la déflation, Mario Draghi semble avoir surtout contribué à nourrir une bulle.
 
Ce qui n’empêche pas l’Allemagne d’avoir peur, comme à son habitude dès qu’on parle de création monétaire. Notre voisin a une forte tradition d’orthodoxie monétaire. Et une phobie de l’inflation si profonde qu’elle persiste… même quand il n’y a plus d’inflation du tout. Il est donc probable que l’Allemagne ait très mal vécu le programme de QE lancé par la BCE. D’ailleurs, Jens Weidmann, président de la Bundesbank et membre du conseil des gouverneurs de la BCE, a clairement fait savoir qu’il avait voté contre.
 
À présent vient la victoire de Syriza. Une victoire éclatante, qui montre que les Grecs n’ont tenu aucun compte des tentatives d’intimidation dont ils ont été l’objet. Pourtant, une grosse pression a été mise sur ces électeurs. D’abord depuis Bruxelles : on se souvient de Jean-Claude Junker, se croyant autorisé à donner son avis au sujet d’un processus électoral en cours et affirmant qu’il préférait voir des « visages amis » arriver au pouvoir à Athènes. Dans la foulée, Pierre Moscovici s’était rué en Grèce dans le but évident de soutenir la candidature à la présidence grecque du représentant de Nouvelle Démocratie, par ailleurs ancien commissaire européen… en vain.
 
Et puis il y a eu les menaces de Berlin. Madame Merkel s’est d’ailleurs loupée en laissant fuiter dans la presse qu’une sortie de la Grèce de la zone euro ne serait pas pour lui déplaire en cas de victoire de Syriza. Aucun dirigeant européen ne l’a suivie sur ce terrain.
 
Les Grecs n’ont pas cédé à ce chantage. Pas plus, d’ailleurs, qu’aux sirènes de l’extrême-droite puisque l’Aube dorée a fait un mauvais score. Les résultats du vote, la victoire sans appel de Syriza, me semblent une vraie preuve de sang-froid, de maturité politique et de dignité. Cela force le respect pour ce peuple qui a été très durement malmené économiquement, et humilié par une véritable mise sous tutelle.
 
Pourtant, leur exemple risque de faire réfléchir pas mal de monde dans les pays voisins. Il n’y a qu’à voir la vague de « syrizophilie » qui a saisi la France pour comprendre que quelque chose d’important vient de se produire. Mais ce n’est pas si surprenant que cela. Comme le dit ici Alexandre Devecchio, c’est un peu le réveil de la « France du non », dont on sait depuis mai 2005 qu’elle est majoritaire dans le pays, et à laquelle on a eu l’insigne arrogance de voler un référendum.
 
Nombreux sont les libéraux, de Laurence Parisot à Jean-Michel Aphatie, en passant par Jean-Claude Junker, qui ont craché sur la victoire de Syriza. N’est-ce pas un signe encourageant que le parti d’Alexis Tsipras est sur la bonne voie ?
 
Il est difficile de dire s’il est sur la bonne voie car il n’a pas encore commencé à agir ! Il faut sans doute attendre un peu. Certaines annonces sont encourageantes, comme l’arrêt immédiat des opérations de privatisation du port du Pirée mais il est un peu tôt pour juger.
 
Concernant les gens dont vous parlez, je pense qu’il y a, chez un certain nombre d’européistes, une véritable aversion pour la démocratie. Qu’un parti de gauche puisse remporter des élections les défrise. Mais ce qui les défrise encore plus, c’est qu’un peuple puisse envoyer le signal qu’il est attaché à sa souveraineté. L’Europe n’est pas seulement un édifice libéral. Elle a été une redoutable machine à détruire la souveraineté des nations, donc des peuples. C’était même ça l’idée de départ, depuis les pères fondateurs, depuis Jean Monnet, l’une des figures les plus surévaluées de l’histoire de France.
 
Il y a aussi la cohorte de ceux qui ont fait des carrières entières autour de l’exaltation et de la défense de cette Europe supranationale. Certains cyniquement, d’autres en y croyant vraiment. Quand ça fait vingt ou trente ans qu’on se plante, le réveil peut-être un peu douloureux. Surtout quand on y a vraiment cru d’ailleurs.
 
La Grèce ne pèse que 1,4 % du PIB européen. Dans ces conditions, Alexis Tsipras a-t-il vraiment le pouvoir d’amorcer une réorientation de la zone euro ?
 
Alexis Tsipras arrive au pouvoir dans un certain contexte, qui dépasse largement le cadre grec. C’est le contexte que je viens de décrire, dans lequel l’austérité budgétaire est un tout petit peu moins à la mode, dans lequel la BCE s’autonomise complètement et se met à mener des politiques qui sortent du cadre de son mandat, et dans lequel l’Allemagne, qui domine l’Union européenne et depuis longtemps, subit des revers.
 
Le quantitative easing de la BCE, pour en revenir à lui, est une vraie petite bombe si on considère les modalités de sa mise en œuvre. Seuls quelques économistes dits « hétérodoxes » l’ont noté, mais les choses vont globalement se passer ainsi : les risques liés au rachat des titres de dette ne seront pris en charge par la BCE qu’à hauteur de 20 %. Les 80 % restants seront eux assumés par les banques centrales nationales. Une sorte de « dé-mutualisation » du risque dont l’économiste Jacques Sapir, par exemple, n’hésite pas à souligner qu’elle « vient d’ouvrir la porte à une renationalisation de la politique monétaire par les pays membres de la zone euro ».
Draghi a consenti à faire cela pour apaiser l’Allemagne, qui est hostile à la mutualisation du risque, et qui avait l’impression de voir entrer par la fenêtre les eurobonds auxquels elle avait fermé la porte. Mais l’un des principaux résultats est que l’eurozone est d’ores et déjà ébréchée.
 
Philippe Séguin disait que « la droite et la gauche sont deux détaillants qui ont le même grossiste : l’Europe ». La volonté de Syriza de s’allier avec l’Anel, parti de droite souverainiste, marque-t-il une prise de conscience de cette réalité ? Est-ce que cela signifie que Syriza met au second plan le sociétal et l’immigration, des sujets sur lesquels les deux partis n’ont aucune convergence ?
 
Avec cette alliance, ce que Tsipras réalise en pratique, c’est un peu ce que Jean-Pierre Chevènement avait essayé lors de la présidentielle de 2002 avec sa tentative d’union des « républicains des deux rives ». Ça n’avait pas du tout fonctionné. Peut-être que les choses n’étaient pas mûres. Elles le sont maintenant, et elles le sont en Grèce parce que ce pays a été martyrisé par l’Union européenne et par la Troïka.
 
En s’alliant avec l’Anel, Syriza envoie en tout cas un signal fort. Il signifie qu’en tout premier lieu, il entend récupérer les instruments de la souveraineté grecque. Pour ce faire, il doit s’attaquer au cadre qui enserre cette souveraineté, c’est-à-dire au cadre européen. Notre Europe n’est pas une structure de coopération de pays souverains. Elle est supranationale. Le cadre européen est en surplomb, et tant qu’on ne fait pas bouger le cadre, on ne peut absolument rien faire.
 
Que Tsipras l’ait compris est une excellente nouvelle. Il a déterminé des priorités et elles me semblent être les bonnes. Et puis, comme le dit ici Simon Fulleda, le KKE, le parti communiste grec, a refusé toute alliance. Il préfère la pureté idéologique. C’est sûr que comme ça, on ne risque pas de se salir les mains. Mais on ne risque pas de beaucoup avancer non plus. Or en Grèce, il y a urgence !
Pour ce qui est de l’immigration, la sous-ministre chargée de la question aurait annoncé dès à présent son intention de faciliter la naturalisation de nombreux jeunes d’origine étrangère nés en Grèce. On a vu pire, en termes de conservatisme !
 
La victoire de Syriza peut-elle avoir des retombées positives sur les autres partis de gauche radical européens, comme Podemos en Espagne, le Front de gauche en France, ou Die Linke en Allemagne ?
 
Pour Podemos c’est très possible. Il est dans une bonne dynamique. Il va maintenant avoir tout le loisir d’observer comment les choses se passent en Grèce.
 
Pour Die Linke, je n’y crois pas du tout. Je crois plutôt, à l’inverse, à une poussée de l’AfD, le parti de droite eurosceptique très critique envers l’idée de « payer pour le Sud » et soucieux de préserver « le contribuable allemand ».
 
À mon avis, plus Tsipras sera ferme sur ses positions, plus cela va donner du grain à moudre à l’AfD. Et plus l’AfD aura le vent en poupe, plus la CDU d’Angela Merkel sera obligée de droitiser son discours. Ou alors, l’Allemagne fera des concessions à la Grèce et cela renforcera d’autant l’AfD.
 
On a beaucoup dit qu’Angela Merkel était une « pragmatique ». Mais il y a un moment où ça ne suffit plus. Aujourd’hui, elle affronte des contradictions presqu’inextricables. L’appartenance à la zone euro doit désormais paraître bien coûteuse aux Allemands. Reste à savoir où est le point de rupture, et à quel moment ils diront « stop ».
 
La Grèce ne souhaite pas véritablement sortir de la zone euro. Ce n’est pas du tout dans le programme de Syriza. Pour l’Allemagne et pour des raisons historiques, c’est compliqué. Il lui est très délicat de prendre sur elle la responsabilité d’un échec du « projet européen ». Pourtant, on imagine sans peine qu’elle doit y songer chaque jour un peu plus…

 

jeudi 29 janvier 2015

Victoire de Syriza : vers l'auto-destruction de la zone euro ?

 
 
Article publié le 26 janvier 2015 dans le Figarovox
 
 
«Ce n'est pas la fin. Ce n'est même pas le commencement de la fin. Mais c'est peut-être la fin du commencement». Cette phrase de Churchill pourrait presque s'appliquer à l'Union européenne telle qu'issue des traités de Maastricht et Lisbonne tant une succession d'événements récents semble la placer à la croisée des chemins.
 
En Grèce, avec 36,5 % des suffrages et une possible majorité absolue au Parlement, la victoire de Syriza est sans appel. On a tout entendu au sujet de ce parti. Qu'il était trop ceci, pas assez cela et que, dans un cas comme dans l'autre, il avait tort. Un jour il était dangereusement radical et c'était terrible car il allait ruiner l'Europe. Le lendemain, il n'était finalement que le tenant d'une sociale-démocratie pâlichonne dont la victoire n'aurait pour conséquence que de décevoir les naïfs. Alexis Tsipras a mis beaucoup d'eau dans son vin nous dit-on. Nul n'ignore qu'il désire demeurer dans l'euro. Et puis, même s'il sortait, quelle importance? Aucune contagion n'est plus à craindre. Qu'on se rassure: il n'y a plus de «risque systémique» lié à un éventuel «Grexit».
 
Évidemment, personne ne sait ce qui se passe vraiment dans la tête de Tsipras. Ni les angoissés d'un retour putatif du bolchevisme, ni ceux qui tiennent pour se rassurer un discours conjuratoire, ni même les enthousiastes et autres syrizophiles. Mais ce n'est peut-être pas l'essentiel.
 
Ce qui importe en revanche, c'est le contexte dans lequel prend place cette accession au pouvoir de la «gauche de la gauche» grecque. Un contexte où l'on voit s'affermir, d'une part, la détermination contestataire d'une Europe du Sud éreintée par des années de crise. Mais un contexte, aussi, dans lequel l'Allemagne, qui domine l'Union d'une tête et lui imposait jusque-là ses recettes austéritaires, connaît quelques sérieux revers.
 
En Europe méditerranéenne, la fatigue est patente et l'on ne peut qu'être surpris par la patience, la résignation même, dont ont fait preuve jusque-là des populations passablement malmenées. A cet égard, la victoire de Syriza marque une étape. Elle signe un changement d'attitude du peuple grec, décidé à ne plus s'en laisser compter et à passer à autre chose. Une détermination d'autant plus saillante que les Grecs ont su résister aux tentatives d'intimidation, y compris celles d'une Allemagne au sommet de son arrogance, qui leur promettait une sortie contrainte de l'euro s'ils «votaient mal» . Quelques soient les difficultés auxquelles se heurtera le nouveau gouvernement grec dans ses négociations avec l'Union européenne, il bénéficera d'une puissante légitimité démocratique pour les affronter. C'est bien là la nouveauté.
 
Une autre nouveauté réside dans la capacité d'entraînement que cette élection pourrait avoir. La Grèce n'est peut-être plus un «risque systémique» du point de vue économique. Du point de vue politique, c'est autre chose. On le sait, Pablo Iglesias, chef de file du parti de gauche espagnol Podemos, était à Athènes pour soutenir Syriza le 22 janvier. «D'abord nous prenons Athènes, ensuite nous prenons Madrid», s'était alors amusé Tsipras. De fait, Podemos a le vent en poupe en Espagne, où les sondages le créditent d'excellents scores. Or l'année 2015 sera également celles des législatives espagnoles.....
 
Ce n'est pas tout. Cette poussée anti-austéritaire au Sud de l'Europe prend place au cœur d'une tectonique des plaques plus ample. Au rang des événements significatifs, l'on trouve ainsi les récentes déconvenues infligées à la très rigoriste Allemagne par la Banque centrale européenne. Par l'un des ces hasards chargés de sens dont l'histoire a le secret, le scrutin grec livre ses résultats au moment précis où Mario Draghi, aux termes d'un bras de fer avec une Allemagne qui a résisté jusqu'au bout, lance une vaste opération de rachat des dettes souveraines, un «quatitative easing» (QE) via lequel plus de 1100 milliards d'euros seront injectés dans l'économie européenne.
Cette opération, mais plus encore les modalités de sa mise en œuvre, sont à considérer avec d'autant plus d'attention qu'ils sont porteurs d'un paradoxe. Et ce paradoxe plaide dans le sens d'une évolution des rapports de force au sein de l'eurozone. Pour faire bref, l'Allemagne a simultanément perdu et gagné. Mais ce que Berlin gagne, c'est l'ensemble de l'eurozone qui le perd.
 
Certes, Anglela Merkel et la Bundesbank ont dû s'incliner face à la détermination de Draghi de tenter une ultime action pour éloigner le spectre la déflation. Certes, notre voisin germain a dû, de très mauvaise grâce (Jens Weidmann, président de la Bundesbank et membre du conseil des gouverneurs de la BCE, a d'ailleurs voté contre) mettre un mouchoir sur son hostilité de principe à toute création monétaire. Mais si l'Allemagne a cédé, c'est parce qu'elle a arraché un compromis.
 
Or ce compromis porte les germes d'une autodestruction de la zone euro. De fait, celle-ci est ébréchée puisque les choses se présentent ainsi: les risques liés au rachat des titres de dette ne seront pris en charge par la BCE qu'à hauteur de 20 %. Les 80 % restant seront eux assumés... par les banques centrales nationales. Une sorte de «dé-mutualisation» du risque dont l'économiste Jacques Sapir n'hésite pas à souligner qu'elle «vient d'ouvrir la porte à une renationalisation de la politique monétaire par les pays membres de la zone euro».
 
Telle est la conjonction des événements récents. Une zone monétaire qui se lézarde à bas bruit. Une Allemagne soumise au supplice de concessions en totale contradiction avec sa tradition d'orthodoxie monétaire, et à laquelle le prix à payer pour la survie de l'euro doit commencer à paraître bien lourd. Une large victoire de la «gauche de la gauche» en Grèce, qui en appelle peut-être d'autres.
 
Quelque chose est en train de frémir au cœur de cette Europe comptable sous imperium allemand. Ce n'est sans doute pas la fin, ni même le commencement de la fin. Mais la démocratie est peut-être en train de reprendre ses droits, et la technique sèche, désincarnée, absurde, de lui céder le pas.
 

lundi 20 mai 2013

« Les Français ont été les cocus de l’Europe ! » : entretien avec Jean-Michel Quatrepoint



Jean-Michel Quatrepoint est journaliste économique et essayiste

 
Dans votre livre Mourir pour le yuan (Bourin Editeur, 2011), ouvrage sur la Chine, vous consacrez un chapitre entier à l'Allemagne. Vous identifiez des similitudes entre ces deux pays. Quelles sont-elles ?
 
Tout d’abord, ce sont deux pays qui ont une revanche à prendre. C’est le cas de la Chine, qui, au XVIIIe siècle, était encore la première puissance économique, avec pas moins de 35% du PIB mondial. Puis vient le siècle de l’humiliation, qui débute avec sa défaite dans la guerre de l’opium, et ne s’achève que lorsqu’elle recouvre son indépendance avec Mao en 1949.
 
Depuis lors, via une stratégie mêlée de capitalisme dans le domaine économique, de communisme dans le domaine politique et, au final, de nationalisme, elle cherche à retrouver son premier rang mondial.
 
L’Allemagne, elle, a évidemment une revanche à prendre sur sa défaite de 1945. Elle n’a bien sûr aucune envie de nouvelles aventures militaires. Mais elle prend cette revanche sur les plans économique et politique. En effet, elle entend imposer sa façon de concevoir l’Europe en construction. D’ailleurs, le centre de gravité de l’Europe est désormais à Berlin.
 
Autre similitude entre la Chine et l’Allemagne : ce sont tous deux des pays mercantilistes, dont le modèle économique privilégie les exportations. Pour l’Allemagne, c’est une stratégie qui remonte à Bismarck. Elle s’explique notamment par le fait qu’historiquement, les Allemands ont beaucoup émigré. Bien plus que les Français, par exemple. Ils ont ainsi disposé rapidement de nombreuses diasporas servant de relais à leurs exportations.
 
Vous dites que l’Allemagne a une revanche à prendre. Pourtant, en œuvrant pour construire l’Europe, elle accepte un partage, même très partiel, de souveraineté…
 
On ne peut pas dire ça. Il faut raisonner en deux temps : avant et après la réunification de 1989. Premier temps : après 1945, le modèle allemand va se développer autour de trois piliers : la Bundesbank (Buba), pilier de la politique monétaire. Les Länder, puissants et possédant un système bancaire propre, les Landesbank. Enfin, les grands groupes industriels, patriotes et habitués à œuvrer dans l’intérêt général allemand.

S’appuyant sur ces acteurs, les Allemands vont s’attacher à faire exactement le contraire de ce qu’avaient fait la République de Weimar d’une part, Hitler d’autre part. En souvenir de l’hyperinflation qui avait régné sous Weimar, ils érigent l’inflation en mal absolu. Lutter contre cette dernière devient un horizon indépassable. Avec, pour mener cette politique, la Bundesbank indépendante.
 
L’orthodoxie libérale, c’est donc pour empêcher le retour de l’inflation qui a mis Hitler au pouvoir ?
 
Ce n’est justement pas l’inflation qui a causé Hitler. L’hyperinflation est antérieure. C’est pendant la République de Weimar que le mark a perdu 90% de sa valeur, jusqu’à ce que le banquier Hjalmar Schacht parvienne à mettre fin à cette hyperinflation en 1923, en créant une nouvelle monnaie, le rentenmark. Ça a ruiné au passage les épargnants allemands, mais en tout cas, à partir de cette date-là, le problème de l’inflation était réglé. En revanche, un autre problème est apparu immédiatement après : celui de la déflation.
 
Avant le krach de 1929, en effet, l’Allemagne remonte progressivement la pente. Mais le krach boursier se répercute sur elle. Elle subit une série de faillites bancaires. C’est alors que le chancelier Brüning décide de mener une politique qui ressemble à s’y méprendre à celle exigée par Angela Merkel aujourd’hui pour les pays du Sud de l’Europe, faite d’austérité à tout prix. Le chômage explose, Hitler gagne les élections de janvier 1933 et arrive au pouvoir. Puis il fait repartir l’économie en faisant tourner la planche à billets, grâce à une banque centrale aux mains du pouvoir politique et en refusant de payer la dette du pays.
 
L’attachement à une Buba indépendante, le refus de l’inflation, ce serait donc en partie pour prendre le contre-pied de la politique économique d’Hitler ?
 
Oui. Mais ça ne s’arrête pas là. Sur le plan de l’organisation politique également, on prend le contre-pied. Ça consiste notamment à casser l’État central. Sur le modèle de ce qu’étaient la Prusse et les principautés voisines au XIXe siècle, on décentralise. On fait de l’Allemagne un pays fédéral, avec des Länder autonomes et puissants. Et l’on implante la capitale à Bonn, ville tout à fait secondaire.
 
Forte de sa politique monétaire menée par la Buba, de ses Länder et des choix opérés par ses grands groupes, l’Allemagne connaît une croissance comparable à celle des Trente glorieuses en France, mais avec une inflation moindre. C’est d’ailleurs pour cela, pour maintenir sa compétitivité par rapport à l’Allemagne, que la France dévalue régulièrement sa monnaie par rapport au mark.
 
Malgré sa belle prospérité, l’Allemagne accepte l'intégration dans l'Europe Pourquoi ? N’a-t-elle pas à y perdre ?
 
Elle a trouvé des intérêts dans le marché commun. Par exemple, après la guerre, l’Allemagne n’avait plus le droit de posséder certaines industries. Je pense notamment à l’aéronautique. Or, très habilement, elle se glisse derrière les Français pour récupérer progressivement des pans d’industrie. De fait, l’Allemagne est parvenue à revenir dans le secteur aéronautique grâce à Airbus puis EADS, ou dans le secteur de l’espace à travers Arianespace. Des entreprises binationales de ce type leur ont permis de se respectabiliser.
 
Mais l’Europe telle qu’elle se construit avant la réunification allemande est différente de celle que nous connaissons aujourd’hui. À l’époque, aucun pays ne pèse réellement plus que les autres. Grosso modo, France, Allemagne et Italie pèsent le même poids. Mieux : si vous regardez une carte, vous vous apercevez que, jusqu’en 1989, le centre de gravité géographique de l’Europe… c’est la France.
 
À partir de 1989, ce centre de gravité bascule vers l’Allemagne. Pour deux raisons : d’abord parce qu’elle se réunifie, ensuite parce qu’elle impose l’élargissement à l’Est.
 
D’ailleurs, il faut se rappeler qu’en Grande-Bretagne, Margaret Thatcher était opposée à la réunification. En bonne nationaliste anglaise, elle a senti venir le basculement de l’Europe vers l’Est. C’est la raison pour laquelle les Anglais, en 1993, décident de sortir du SME (système monétaire européen). Aujourd’hui, vous le savez, ils ne sont pas dans la zone euro.
 
À vous écouter, on a l’impression que les Anglais ont joué leur partition, que les Allemands ont imposé leurs vues. Et les Français, dans tout ça ?
 
Les Français ont été les cocus de l’Europe ! Pourtant, c’est Mitterrand lui-même qui a imposé l’euro au chancelier Kohl, qui n’en voulait pas. Mais c’était une grave erreur. Il s’est fait avoir !
 
Mitterrand s’est fait avoir ?
 
Bien sûr ! Il s’est même fait avoir deux fois. La création de l’euro était une erreur historique, mais il en avait déjà commis une première, en mai 1981, en refusant absolument de dévaluer le franc. Pourtant, ils ont été nombreux à le lui conseiller : Michel Jobert, Michel Rocard, Jean-Pierre Chevènement… Mais Mitterrand avait un programme de largesses, de redistribution. Or, dans ces conditions, dévaluer n’a pas de sens. Cela n’en a que si la dévaluation s’accompagne d’une politique rigoriste.
 
Toujours est-il que, faute d’avoir dévalué dès le départ, il devra le faire par trois fois dans le cadre du SME, pour pallier l’écart de compétitivité avec l’Allemagne qui ne cesse de se creuser. En revanche, Mitterrand n’a jamais réellement menacé de sortir du SME. Il ne voulait pas menacer de rompre…
 
ustement : récemment, des socialistes français ont fait connaître leur désir de se confronter à Angela Merkel. Ont-ils raison ? Que peut-on espérer dans une négociation quand, de toute façon, on sait qu’on n’ira jamais jusqu’à la rupture ?
 
Je suis partisan depuis longtemps d’un dialogue avec l’Allemagne. On devrait se mettre face-à-face, toutes forces politiques confondues, et réfléchir à ce que l’on veut vraiment faire ensemble. Si l’on veut poursuivre sur la voie du rapprochement, cela implique des concessions de part et d’autre. Et que l’on invente un modèle nouveau. Pas que l’un des pays accepte de se laisser imposer le modèle de l’autre !
 
Malheureusement, jusqu’à la fin des années 1990, les élites françaises se sont imaginé qu’elles parviendraient à transposer le modèle français à toute l’Europe. Illusion ! Au lieu de ça, la France s’est retrouvée coincée entre Anglais et Allemands. Tout en ne parvenant pas à s’attacher le soutien des autres pays de l’Union. C’est comme ça que la France a peu à peu perdu son influence.
 
Il faut donc une confrontation avec l’Allemagne, comme le dit Claude Bartolone ?
 
Une confrontation, c’est avant tout un débat. Le mot confrontation n’est pas un gros mot. Ce qu’il faut, c’est se mettre autour d’une table et essayer de comprendre, chacun de son côté, ce que veut l’autre. La première question à se poser ensemble est la suivante : jusqu’où veut-on aller dans l’intégration ? Veut-on une Europe fédérale ? Si on veut cela, ça implique de gros sacrifices de part et d’autre. De plus, c’est sans doute plus évident pour les Allemands que pour nous. Comme l’explique Guillaume Duval dans Made in Germany, l’Allemagne a déjà une tradition fédérale. Ce qui n’est pas le cas de la France. Et on ne peut pas gommer un millénaire de notre histoire.
 
Sans aller jusqu’à la question du fédéralisme, on pourrait négocier avec les Allemands un sauvetage enfin définitif de cet euro perpétuellement crise. En envisageant notamment une modification des statuts de la Banque centrale européenne, pour que celle-ci mène une vraie politique monétaire, et ne se focalise pas sur la seule lutte contre l’inflation.
 
Pour quoi faire ? Même si la BCE monétisait massivement nos dettes, ça ne modifierait pas les différentiels de compétitivité entre les différents pays d’Europe.
 
Pourtant, tout le monde n’est-il pas d’accord sur le fait que « le problème, c’est la dette » ?
 
La dette n’est pas un problème dès lors qu’en face, il y a des actifs. Et en France, on a ces actifs. L’épargne privée abonde. Elle pourrait d’ailleurs financer largement la dette, pour peu qu’on accepte de re-nationaliser celle-ci, comme ça se fait au Japon.
 
Le vrai problème, ce n’est donc pas la dette. Ce sont les comptes extérieurs. Regardez les différentes balances des paiements dans le monde : les pays mercantilistes (la Chine, par exemple) ne cessent d’accumuler des excédents. Les autres accumulent des déficits. Les États-Unis les premiers, mais pour eux, c’est égal. Ils battent la monnaie librement, et leur monnaie se trouve être la monnaie des transactions internationales.

Quant à la zone euro, sa balance des transactions courantes est globalement équilibrée. Elle est même en léger excédent. L’Allemagne est excédentaire, tous les autres sont déficitaires. Mais l’équilibre global explique que l’euro soit une monnaie forte par rapport au dollar et au yuan. Et au yen, puisque les Japonais viennent de décider de laisser filer le cours du yen.
 
Voilà un argument à opposer à l’Allemagne : seule bénéficiaire de toute la zone euro, elle voit ses voisins — donc les futurs clients de ses exportations — s’appauvrir.
 
Elle le sait. D’ailleurs, la stratégie allemande consiste désormais à trouver des clients ailleurs. Ce n’est pas pour rien que la chancelière se rend tous les ans en Chine. Et quand elle y va, elle y reste une semaine.
 
Vous allez vous faire traiter de germanophobe
 
C’est absurde. Je dis juste que l’Allemagne joue, en toute logique, sa partition. Elle n’a pas fait les mêmes erreurs que la France. Chez nous, depuis vingt ans, on détruit des emplois dans le secteur privé, le seul qui rapporte de l’argent au pays. Et l’on compense cela par du chômage, ou par des emplois publics et parapublics, notamment dans les collectivités locales ou dans l’associatif.
 
Donc, lorsque Hollande mène une politique favorable aux entreprises, vous lui donnez raison ?
 
Il a raison. Ce qu’il ne fait pas, c’est distinguer les différents types d’entreprises. S’il y a bien un scandale, c’est la manière dont on a laissé les multinationales échapper à tout contrôle. On ne s’est jamais attaqué à elles, encore moins aux paradis fiscaux. De sorte qu’aujourd’hui — c’est un comble ! — ce sont les anglo-saxons qui mènent l’offensive contre les paradis fiscaux. Ne serait-ce que parce que Cameron et Obama rencontrent de gros problèmes de recettes budgétaires, et qu’ils cherchent de l’argent là où il se trouve !
 
L’erreur des socialistes français, c’est de n’avoir fait aucune nuance. Ils se sont trompés de cible. Ils ont visé des individus, les riches, mais ne se sont pas attaqués autrement qu’en paroles aux multinationales et à leur optimisation fiscale. Ils n’ont pas remis en cause le pouvoir de la finance et ne se sont pas attaqués à la citadelle de Bercy, cette machine à fabriquer de la complexité inutile lui permettant de justifier les emplois de ses fonctionnaires.
 
Le CICE (crédit impôt compétitivité emploi), décidé suite au rapport Gallois, c’est une bonne chose ?
 
Le principe est bon mais c’est une usine à gaz, typique des inventions de Bercy. En plus, on a plafonné les crédits d’impôt aux salaires inférieurs à 2,5 fois le SMIC. Ce sont donc La Poste et la grande distribution qui seront les principaux bénéficiaires. C’est-à-dire les entreprises qui, précisément, ont beaucoup de salariés peu formés et mal payés.
 
Ces choix de Hollande relèvent d’une politique de l’offre. N’y a-t-il pas plutôt un problème de demande, en France ?
 
On ne peut pas faire une politique de demande aujourd’hui. En économie ouverte, ça ne favorisera que les importations. Sauf si on installe des barrières douanières… mais il faudra qu’on m’explique où on est supposé les mettre, alors même que nous sommes intégrés dans le marché commun.
 
Finalement, quelle solution voyez-vous ?
 
Nous avons quelques vrais atouts. Je propose par exemple qu’on augmente le budget de la Défense, au lieu de le laisser s’éroder du montant de l’inflation, comme cela vient d’être décidé pour le budget 2014. Un jour ou l’autre, l’Europe va se réveiller et se souvenir qu’elle a besoin d’être défendue. La France est en bonne position pour pouvoir assumer ce rôle pour toute l’Union. Mais cela doit se faire à une condition : sortir le budget de la Défense du calcul du déficit budgétaire.
 
Autre proposition : se mettre d’accord avec les Allemands sur la question de l’énergie. Se répartir les tâches. L’Allemagne ne veut plus fabriquer d’énergie nucléaire, faisons-le. À nous le nucléaire, à eux la production d’énergie éolienne et solaire. Enfin, nous devons retrouver une diplomatie dynamique indépendante. Tisser des relations avec la Chine, avec la Russie, avec l’Algérie. Mais sans le clamer. De la même manière qu’Angela Merkel soigne, de manière feutrée et en toute autonomie, la relation germano-chinoise.
 
Pas de grande réforme fiscale ?
 
Quelle réforme fiscale voulez-vous faire ? L’impôt sur le revenu rapporte peu. Et 55% de personnes ne payent pas cet impôt. On ferait mieux d’aller chercher de l’argent du côté des multinationales. En taxant le chiffre d’affaires qu’elles réalisent en France, de sorte qu’elles soient assujetties à cet impôt sur le CA quand bien même elles parviendraient à ne pas payer d’impôt sur les sociétés en France. Là, je vous assure qu’il y a de l’argent à récupérer. Beaucoup d’argent.
 
Lire et relire :
Europe : est-ce vraiment l'Allemagne qui paie  CLICK
Chinallemagne : mourir pour le yuan ou pour l'euro ?  CLACK
Protectionnisme : Pascal lamy bientôt journaliste au Monde ? CLICK
Compétitivité : ils vont nous faire le coup de l'Espagne ! CLACK
François Lenglet m'a fait un choc...de compétitivité CLOUCK
J'ai lu un édito eurosceptique dans Le Monde CLONCK
Libération de la parole eurosceptique : voici Quatremer ! CLOUCK
 

lundi 10 septembre 2012

Jacques Sapir : "dévaluer permettrait de redistribuer la richesse"



Jacques Sapir est économiste, et directeur d'études à l'EHESS
Il est notamment l'auteur de
- La démondialisation, Seuil, avril 2011 (click)
- Faut-il sortir de l'euro ? Seuil, janvier 2012

 
Dans la première partie de cet entretien, à lire ICI, Jacques Sapir exprimait ses doutes quant aux chances de réussite du "plan Draghi" annoncé jeudi. La suite ci-dessous :
 
Comme vous l'êtes de longue date, vous demeurez donc très pessimiste quand à la pérennité même de l'euro ?
 
Tout à fait. Mais il faut bien savoir qu'aujourd'hui, il n'y a plus que les politiques et les journalistes pour penser que la monnaie unique ait un avenir. Pas un banquier français, anglais, allemand ou suisse ne croit encore à sa survie ! Cette conversion des banquiers s'est pour ainsi dire jouée entre décembre 2011 et mai 2012. Auparavant, les banques mettaient pas mal d'espoirdans les LTRO (long term refinancing operations), qui ont consisté, pour la BCE, à refinancer les banques privées au taux de 1 %. Mais ce plan a échoué.
 
Comment pourrait se passer fin de l'euro ?
 
J'envisage deux scénarios possibles. Première hypothèse : la Grèce sort, suivie dans un délai de un à deux ans par un, deux ou trois autres pays, et la zone euro se délite. Seconde hypothèse : nous prenons la décision commune de dissoudre la zone. Cette dernière solution aurait de nombreux avantages. Elle permettrait de maintenir un système de coordination entre les monnaies, rendu impossible en cas de sorties au compte-goutte.
 
En revanche, je ne vois pas de troisième solution. Certes, on parle beaucoup de faire un « saut fédéral ». Mais il faut se rendre compte de ce que cela implique. Ça contraindrait les régions riches à payer pour les régions pauvres. Autrement dit, il faudrait que l'Allemagne paye pour la Grèce, pour l'Espagne, pour le Portugal, puis pour l'Italie et pour la France. Une telle option nécessiterait que l'Allemagne y consacre chaque année entre 8 et 12 % de son PIB ! Je n'imagine pas une minute que cela soit crédible !
 
Payer pour la France...pour l'heure, il nous arrive d'emprunter à des taux négatifs. Il semble que la France soit encore en partie préservée.
 
Pas du tout. D'une part, il ne s'agit là que des taux à très courts termes (trois mois). Ensuite, il s'agit de liquidités que des entreprises, qui font du commerce avec la zone euro, sont obligées de placer en euros. Pour autant, il n'est plus question pour elles d'acquérir des bons du Trésor espagnol ou italiens, qui ne sont plus sûrs. Ces entreprises se rabattent donc sur des bons allemands et français. Cela témoigne bien plus d'un dysfonctionnement global de l'eurozone que de d'une bonne santé de l'économie française.
 
Finalement, que peut encore faire le gouvernement français ?
 
Le problème du gouvernement, c'est qu'il va être confronté à une monté explosive du chômage. Ce printemps, nous étions sur un rythme moyen de 20 000 chômeurs de plus par mois. A partir de cet été, nous sommes passés à un rythme de 40 000 chômeurs par mois. D'ici juin prochain, nous devrions donc avoir 500 000 chômeurs supplémentaires si le rythme se maintient.
 
En réalité, le chômage va augmenter beaucoup plus vite que cela. En effet, l'économie française va se trouver en récession à partir de la fin de cette année, de même que l'an prochain. Aujourd'hui, le consensus des économistes situe le repli du PIB entre – 0,2 et – 0,3 % pour 2013. Je considère quant à moi qu'on descendra jusqu'à – 0,5 %. Ce qui devrait nous amener à 700 000 chômeurs supplémentaires d'ici juin 2013.
 
Le gouvernement devrait commencer à agir...en n'agissant pas. Il peut ainsi laisser le déficit public repartir à la hausse, et annoncer qu'en raison de la réalité économique, il renonce au retour à l'équilibre en 2017. Il peut aussi décider, à un moment donné du mandat, de procéder à un ajustement budgétaire brutal et sévère. Là, on ignore ce qui pourrait advenir du chômage. Certaines estimations – par exemple celles de Patrick Artus (Natixis) – le placent jusqu'à 20 % en 2014.
 
Cependant, la situation politique pourrait rapidement devenir très différente de ce qu'elle est actuellement, avec le durcissement des oppositions qui apparaissent d'ores et déjà au sein même de la gauche. Une solution raisonnable, pour le gouvernement, pourrait consister alors à demander, purement et simplement la dissolution de l'euro...
 
Peu crédible si l'on considère que toute la construction européenne s'est construite autour de la monnaie unique...
 
Pourquoi donc ? Les choses changent. Le tabou a déjà sauté. Il existe déjà un pays, la Finlande, qui a admis qu'il se porterait sans doute beaucoup mieux sans l'euro. Quand aux pays d'Europe hors zone, notamment ceux de l'Est, ils ne désirent plus adopter cette monnaie. Nous sommes donc à un moment de bascule. Reste à savoir quand les dirigeants français intégreront cela à leur raisonnement. Vont-ils attendre le dernier moment ou accepter de le planifier ? Tout est possible...
 
Évidemment, si l'euro doit disparaître, il vaut mieux que cela soit décidé par les européens de manière coordonnée. On pourrait alors créer un nouveau SME, au sein duquel on fixerait d'un commun accord les parités et les marges de fluctuation des nouvelles monnaies nationales.
 
On sait d'ores et déjà dans quelles proportions les pays devraient dévaluer ou réévaluer leur monnaie nationale pour retrouver les niveaux de compétitivités relatifs qui prévalaient en 1999-2000. La France, notamment, devrait dévaluer de 20 à 22 % par rapport à l'Allemagne.
 
Là, on se heurte à ce problème sans cesse soulevé par nos politiques : si notre monnaie, le « nouveau franc », est dévaluée, notre dette, qui est libellée en euros, explosera.
 
Ca, c'est une blague ! C'est l'argument qu'on agite pour effrayer les gens ! Si l'euro est dissout, toutes les dettes, publiques, mais aussi privées, seront immédiatement relibellées dans les nouvelles monnaies nationales. La dette ne peut pas croître puisqu'elle est strictement proportionnelle à notre richesse à un moment donné. Un retour au franc ne changerait rien au rapport dette / PIB. Les seuls perdants éventuels ne seraient les créanciers étrangers de la France !
 
On serait donc gagnants ?
 
Oui, bien sûr. Cela se passe toujours ainsi : tout excès d'endettement finit toujours par se défaire au détriment des créanciers. Et c'est sans compter les effets bénéfiques qu'aurait, sur le commerce extérieur et sur l'activité économique interne, une dévaluation par rapport à l'Allemagne. Quand bien même nous subirions une réévaluation par rapport à la Grèce, à l'Espagne et à l'Italie.
 
Il y a aussi le problème du dollar...
 
Oui : le « nouveau franc » devrait logiquement perdre 10 % par rapport au dollar. Nos importations libellées en dollar seraient donc renchéries de 10 %. De même pour nos importations en marks, si l'Allemagne réévalue de 20 %.
 
Sachant que les importations, en France, représentent environ la moitié du PIB et que, sur cette moitié se trouvent 10 % du PIB pour l'énergie (libellé en dollar) et 10 % en provenance d'Allemagne, nous aurions respectivement 2 % de hausse liée au renchérissement des produits allemands, et 1 à 2 % lié à nos achats énergétiques. Si l'on ajoute cela à notre taux d'inflation actuel, on peut compter que le choc d'inflation post-dévaluation se situerait autour de 6 à 7 %. Uniquement, bien sûr, pour la première année, puisque le scénario de la dévaluation ne se joue qu'une fois. C'est loin d'être dramatique.
 
Ça peut l'être pour les ménages. Notamment pour les personnes à petits revenus qui verront leurs dépenses, par exemple d’essence, croître brutalement.
 
Je ne dis pas qu'il ne se posera aucun problème. Mais ce que fait actuellement le gouvernement sur les prix de l'essence peut tout à fait être revu. D'ailleurs, la petite baisse des prix récemment décidée n'est pas du tout équitable. Elle subventionne au même niveau le possesseur d'une Porsche et celui d'une Logan...C'est le chèque-essence, tenant compte des niveaux de revenus mais aussi de la distance entre le domicile et l’emploi, qui devrait être préféré.
 
Pour le reste, il y aura évidemment un choix à faire : veut-on des produits bon marché, ou veut-on de l'emploi ? Il sera difficile d'avoir les deux. Dans ce cadre, la dévaluation monétaire se révélerait une politique efficace de redistribution de la richesse. Car elle sera surtout coûteuse pour ceux qui voyagent beaucoup à l'étranger et qui désirent acheter une Mercédès ou une Audi !
 
En conséquence, je pense qu'un processus de dissolution concerté de l'euro ne devrait pas être traumatique.
 
En revanche, si l'on est dans une logique d’effilochement progressif de l'eurozone, le choc sera bien plus grand, économiquement et politiquement. On ignore alors quel pourrait être la dureté des conflits entre les différents pays, et même entre régions d'un même pays, de l'Espagne à la Belgique.
 
Poursuivre dans la voie actuelle, c'est prendre le risque d'un délitement qui ne s'attaque pas seulement à la devise, mais à l'existence même de l'Union européenne comme construction politique.
 
Relire la première partie de l'entretien : CLICK
 
 
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