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mercredi 24 octobre 2012

Des chiffres et des lettres : nouveau combat "féministe"

 



Après les mots, voici les chiffres. C'est Maître Capello qui aurait été fier de nos « féministes » 2.0 !

On se souvient du combat homérique mené en 2011 par le collectif Osez le féminisme contre la présence du très dégradant vocable « Mademoiselle » dans notre langue archéo-française et androcentrée. Par chance, elles avaient vu bondir à leur secours la téméraire présentatrice de télévision Roselyne Bachelot, du temps que celle-ci était encore ministre de Nicolas Sarkozy. Grâce à leur brillante réussite, tout un tas de jouvencelles bénéficient aujourd'hui de l'immense privilège de se voir appeler « les filles » dans la cour du lycée, tandis que leurs camarades mâles ont toujours droit à « messieurs ». On sent qu'on a fait là un grand progrès.

En 2012, les néo-connes1 reviennent et elles ne sont toujours pas contentes. Cette fois-ci, en lieu et place d'OLF, elles ont dépêché le collectif La Barbe, dont les militantes ont pour habitude de revêtir des barbes postiches pour protester contre la malnutrition dans le monde, l'écrasement du salariat par les capitalistes, l'Europe libérale de Maastricht au TSCG, le sexisme insupportable de la Sécurité sociale - laquelle prend quand même en charge nos frais de santé, mais ça doit leur paraître véniel.
 
 
Après que leurs éminentes consœurs d'OLF ont torpillé un mot, leur-e-s successeur-e-s de La Barbe ont décidé quant à elles de dégommer deux chiffres : le 1 et le 2 qui débutent nos numéros de Sécu. On peu lire leur déclaration de guerre ici, sous la plume d'une dénommée Chris Blache, dont les talents « d' ex-conseillère d'Eva Joly » ont abouti, au soir du 22 avril, au résultat que l'on sait.

Dans les colonnes de Libération, cette « activiste » explique en effet : « l'attribution des chiffres 1 ou 2 dans le numéro de la Sécurité sociale impose, dès la naissance, une hiérarchie explicite : en tête, le masculin, en éternel second, le féminin. Cet héritage installe avant même nos premiers pas dans la vie, d’un côté la confiance, de l’autre le doute ».

A titre personnel, ce qui m'installe dans le doute, c'est surtout de me dire que la personne qui écrit ça est sincèrement persuadée de parler en mon nom, puisque je suis étiquetée « 2 » à la Sécu. Et moi qui ai toujours cru que c'était un privilège, vu que « 2 » est l'unique nombre premier qui soit également pair. Ça m'installe même dans l'angoisse, à vrai dire. Et aussi un peu dans la honte. Surtout quand je lis ce qui suit.

Car la militante poursuit : « élaboré en 1934 et mis en place en 1941 à des fins militaires par la Société nationale des statistiques – devenue l’Insee en 1946 – ce numéro de matricule est né asexué, ou plus exactement, masculin ». Oh punaise ! Voilà que déboulent les années 1930/40, ces fameuses « heures les plus sombres de notre histoire ». Avec ça, si le numéro d'Insee n'est pas au moins un peu pétainiste, je ne m'y connais guère...

Il est donc temps, selon Chris Blache, de mettre un terme à cette discrimination d'un autre âge, puisque « nos modes de vie ont remarquablement évolué », en particulier la configuration des ménages. « Solo, homo, en couple, avec ou sans enfants, les individus se marient ou non, se pacsent, divorcent », ce qui prouve bien finalement, qu'il n'y a plus ni hommes ni femmes2.
 
Aujourd'hui, donc, non seulement « on ne naît pas femme », comme disait Simone de Beauvoir, mais on ne le devient pas non plus. Pas plus d'ailleurs qu'on ne devient homme. Nos identités dépassent largement ces « diktats ». Et ouais. Du coup, Chris Blache et La Barbe proposent qu'on supprime enfin les classifications3. Et de rappeler qu'étant toutes et tous en transition, nous sommes finalement « tous des 3 ».

Quant à mon camarade blogueur Alexis M. (CLICK) il propose pour sa part un nouveau motif de mobilisation car il s'insurge : « les femmes sont XX et les hommes XY. Les femmes viennent donc avant les hommes en biologie. C'est un scandale ! Nous sommes tous des ZZ ! ». Un peu comme « zozo » ou comme « double zéro »...

1 À ne pas confondre avec les néo-cons, qui eux-aussi ressemblent beaucoup aux anciens du même nom.
2 Si, si, ça le prouve. Cherchez pas.
3 Perso, je propose qu'on abolisse aussi le groupe sanguin, car ça discrimine vachement, surtout les ultra-minoritaires du groupe « B négatif ». Et tant pis pour les transfusés.

Lire et relire :
Avec Eva Joly, nous sommes toutes des norvégiennes ménopausées  CLICK
"Féminisme" con : infidèles castreuses  CLACK
Valérie Pécresse ou le féminisme à visage humain  CLOCK
Féminisme : les mots et les images  CLOCK
Bruxelles voit la science en rose pour les filles  CLOUCK

jeudi 26 avril 2012

Lionnel Luca : le blaireau de la République.




Pour Lionnel Luca, député UMP et ténor de la Droite populaire, une femme, c’est un peu comme un clébard.

Surtout si elle est la compagne du candidat socialiste. En meeting de soutien à Nicolas Sarkozy mercredi 25, et ainsi que le rapporte Nice Matin, il a vivement moqué « Hollande qui a retrouvé une femme, Valérie Rottweiler. Et c'est pas sympa pour le chien, ça ». L’élu, qui aime la gent canine au point de japper presque aussi bien, parlait évidemment de Valérie Trierweiler.

Une femme, c’est un peu comme un clébard, donc. Il y a d’ailleurs les femmes « lambda » et les femmes « de race ». Tenez, les Arabes par exemple. Celles-ci se décomposent elles-mêmes en deux catégories : les « bonnasses », et les boudins. Jugez plutôt la teneur en hydrogène sulfuré de cette flatulence verbale : « Fadela Amara, ben moi j'ai toujours préféré Rachida Dati, d'abord parce qu'elle est moins moche et parce qu'elle a fait campagne pour le président ». Prout !

Mais Lionnel [pourquoi tant de  "n" ?] Luca ne s’en tient pas là. Il est soucieux de mener à terme son numéro de bretteur « popu », en vertu des responsabilités « qui lui incombent et qui lui décombent », comme auraient dit les Inconnus. Il s’en prend donc à Nathalie Arthaud, « la bave aux lèvres. Je n'aurai pas aimé être élève dans sa classe » : Prout et re-prout !

En fait, Lionnel [quatre consonnes et trois voyelles] Luca n’aurait pas aimé être élève tout court. Et puis, dans le monde enseignant, comme chacun sait, il n’y a que des feignants syndiqués et des bonnes femmes dépressives. D’ailleurs, ces dernières feraient mieux de s’en retourner à leur cuisine, après avoir reçu la taloche de bon fonctionnement susceptible de les dissuader de l’ouvrir trop souvent. C’est vrai quoi, comment voulez-vous que Super Dupont poursuive sa petite carrière de parlementaire bas du front si les gonzesses viennent se mêler de faire de la politique ?

Enfin, les femmes vieillissent. Or si un homme chauve, ventripotent et rotant de la « Kro »  a toujours la possibilité d’aller au bordel, une femme qui prend de l’âge, elle, va à la poubelle. Et de déclarer au sujet d’Eva Joly : « enfin (elle est)  plutôt mûre. Le seul truc à récupérer chez elle, c'est ses lunettes, elles sont modernes ». Proooout !

Je ne sais pas si Lionnel Luca « se gratte les c… à table en écoutant Laurent Gerra », comme il est dit dans une chanson. Où s’il sort tout droit d’un numéro du « Gros dégueulasse » de Reiser.

En revanche, je ne doute pas un seul instant que quelques obsessionnels de la chasse au « politiquement correct », confondant volontiers « irrévérence » et « cuistrerie », auront tôt fait de classer le présent texte dans la catégorie « pleurnicherie crypto-féministe émanant de la gauche angélique ».

Afin de ne pas prêter le flanc à de si glaçantes critiques, je n’accablerai pas davantage Lionnel Luca. Je me bornerai, tout au contraire, à lui offrir cette chanson, qui, décidemment, lui va si bien.

( Prout ?)


(pour chanter en même temps, cliquez ici : CLICK)



jeudi 19 avril 2012

Avec Eva Joly, nous sommes tous des Norvégiennes ménopausées.



Eva Joly, l’a encore montré hier soir lors de son ultime meeting de campagne au Cirque d’hiver : elle ose tout. Elle ose braver le ridicule en imitant, régionalisme oblige, un accent ch’ti approximatif lorsqu’elle tient meeting dans le Nord. Elle ose, elle, l’ancienne juge, dénoncer « l’instrumentalisation » de la présomption d’innocence, et s’affranchir de cette règle intangible de notre droit, pour porter des accusations lourdes à l’encontre de Nicolas Sarkozy. Elle ose arborer des lunettes qui devraient conduire Alain Afflelou directement en prison, sans même qu’on prenne la peine de s’interroger sur sa possible innocence. Surtout, hier soir, elle a osé la saillie la plus incongrue de toute la campagne présidentielle.

On connaît ses actuels démêlés judiciaires avec Marine Le Pen qu’elle a récemment qualifiée d’héritière d’un « père milliardaire par un détournement de succession ». Poursuivie en diffamation par l’héritière susdite, la candidate écologiste devrait être relaxée dans la journée.

Hier soir, l’égérie des Verts s’en prenait à nouveau à la leader frontiste. Cette dernière avait réuni ses partisans mardi soir au Zénith de Paris, et les avait harangués en ces termes : « c’est parce que vous êtes chez vous que vous avez le droit de ne plus vouloir de ces Franco-Algériens comme Mohamed Merah ! ».

Cela vaut évidemment son pesant de « points Godwins », mais la réponse de Joly bat en la matière tous les records : « nous sommes chez nous, nous, les bretons, les corses, les occitans, nous les polaks, les portos, les ritals, et les espingouins, nous les youpins, les nègres, les bougnoules, et nous…les Norvégiennes ménopausées ! » a-t-elle tonitrué.

On fait parfois grimper les sondages avec tout et n’importe quoi, sans nécessairement s’embarrasser de pudeur : les longs mois de campagne qui s’achèvent nous l’on prouvé. Les origines, les amours, les souffrances, le régime alimentaire, les déceptions, les faiblesses : tout semble bon dans le cochon. Mais faire campagne sur la ménopause, de mémoire de citoyen français, on n’avait encore jamais vu ça. Et l’on attend avec hâte qu’un candidat masculin à la présidence de la République ose faire le « coming out » de ses affres prostatiques pour faire pièce à madame Joly.

Coluche aurait peut-être pu rivaliser. On se rappelle que, candidat en 1981, il en appelait lui aussi à « nous les…. ». Nous, « les fainéants, les crasseux, les drogués, les alcooliques, les pédés, les femmes, les parasites, les jeunes, les vieux, les artistes, les taulards, les gouines, les apprentis, les Noirs, les piétons, les Arabes, les Français, les chevelus, les fous, les travestis, les anciens communistes, les abstentionnistes convaincus ». Las, il avait omis « les Norvégiennes ménopausées »…

« Les Norvégiennes ménopausées », grandes oubliées également des chants de la cavalerie d’Afrique : « c'est nous les descendants des régiments d'Afrique, les chasseurs, les spahis, les goumiers… ». Mais on sait combien Eva Joly se défie de la "militarité", notamment du 14 juillet. Chez les écologistes, rappelons-le, « c’est nous les pacifistes, les humanistes, les idéalistes ».

« Les Norvégiennes ménopausées », exclues enfin de la poésie, y compris des poèmes qui s’intitulent de façon presque prémonitoire "Le jugement des juges" : c’est nous, « ceux qu’on enferme dans le froid, sous les serrures solennelles, ceux qu’on a de bure vêtus, ceux qui s’accrochent aux barreaux, ceux qu’on jette la chaîne aux pieds dans les cachots sans soupiraux, ceux qui partent les mains liées, refusés à l’aube nouvelle, ceux qui tombent dans le matin, tout disloqués à leur poteau… ».

En même temps, citer Robert Brasillach en meeting, ça a déjà été testé. Et, si ça fait tout autant gloser que « Les Norvégiennes ménopausées », il n’est pas totalement certain que ce soit bien plus habile….

Lire et relire :
Micro-trottoir 2012 : Yann aime sa région et Eva Joly  CLICK
Accord PS-Vert : incident nucléaire en trompe l'oeil   CLACK
Marine Le Pen est-elle écolo ?   CLOCK
Eva, reste avec nous !  CLOUCK
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mardi 28 février 2012

Présidentielle : oui, les "vrais gens" sont intelligents !



Au soir du lundi 27 février, François Hollande était l’invité de la seconde édition de Parole de candidat, la nouvelle émission de TF1 dédiée à l’avant-présidentielle. Il y a répondu aux questions d’un « panel représentatif de Français », selon l’expression consacrée.

Le « format de l’émission » ne donne pas le choix aux candidats: pas question pour eux de briller à l’occasion d’une harangue vibrante et inspirée. Nous ne sommes pas là à un meeting, pas même devant un débat : nous assistons à un spectacle. Les présidentiables doivent y parler chirurgie dentaire avec les dentistes, élevage bovin avec les agriculteurs, brushing et bigoudis avec les coiffeurs, dépression nerveuse avec les enseignants. Ils ne sont pas là pour s’adresser à des citoyens, mais pour bavarder avec de « vrais gens ». Et les « vrais gens », ils veulent qu’on soit proche d’eux : c’est TF1 qui nous l’assure.

Force est de l’admettre, François Hollande a bien réussi l’exercice. Lui-même s’est montré un « vrai gens » tout à fait acceptable, un de ceux avec lesquels on irait volontiers boire un café. Ainsi que l’explique ici Gérald Andrieu, le candidat socialiste « se sera comporté en parfait Monsieur Dugenou, se montrant conscient des problèmes des Français, maîtrisant du moins assez bien ses dossiers pour ne pas avoir à faire des effets de manche ».

François Hollande a donc été bon. Et pourtant….

Pourtant, en ce qui me concerne, je n’ai pas réussi à regarder l’émission jusqu’au bout. Pas plus que je n’y étais parvenue la semaine dernière alors que François Bayrou et Eva Joly en étaient les invités. Je n’impute pas à Hollande le fait de m’être sentie accablée par l’ennui lorsqu’il s’est agi de débattre du tarif des Lucky Strike avec un « vrai gens » réellement buraliste. Dès lors, je vous conjure, quant à vous, de ne pas imputer ce symptôme à mon « pédantisme élitiste putatif de plumitive pathétiquement parisianocentrée ». Je suis moi aussi un « vrai gens », et je le revendique. J’ai des tas de « vrais problèmes » qui vont du prix du chauffage au gaz à celui du dentifrice, en passant par la surpopulation dans les transports en commun, l’implantation des antennes-relai et la crainte de manger des organismes mi-halals, mi-génétiquement modifiés.

Pourtant, durant de longs passages de Parole de candidat, je me suis sentie « non concernée ». Et pour cause : donner la parole à un panel, ce n’est rien d’autre que présenter la somme compacte de préoccupations individuelles. Or cela ne suffit en aucun cas à refléter l’état de la « vraie France », pas plus que la somme des intérêts particuliers ne suffit à constituer l’intérêt général.

Ainsi, l’émission de TF1 est sans doute la tribune rêvée pour celui qui souhaite tout à la fois faire la preuve de sa dextérité intellectuelle, de sa facilité à passer du coq à l’âne en passant par les veaux, vaches et autres cochons, et de sa proximité avec « le peuple ».

Las, le peuple est bien plus qu’un conglomérat de situations particulières. A vouloir conforter chacun dans l’idée que ses problèmes personnels intéressent tout le monde, on flatte le nombrilisme de l’individu, mais on ne nourrit pas la réflexion du citoyen. On m’objectera sans doute que les « vrais gens » s’intéressent peu aux « grands problèmes ». C’est bien mal les connaître, et fort peu les estimer ! Certes, lorsqu’on donne à la plèbe du pain et des jeux, elle sait s’en satisfaire. Mais, si l’on donne à l’assemblée des citoyens des nourritures spirituelles, on peut légitimement espérer qu’elle saura s’en saisir.

L’Europe ? Qu’on nous explique, nous comprendrons ! La domination mondiale de la « Chinamérique » ? Qu’on nous en parle et nous écouterons ! Les grandes problématiques industrielles, du nucléaire à l’avion Rafale ? Informez-nous, nous apprendrons !

Le philosophe Alain disait : « désespérer de quelqu’un, c’est le désespérer ». Autrement dit, il est facile de claquemurer chacun dans ses préoccupations égoïstes : nous sommes ainsi faits que nous savons, quand il le faut, nous contenter de fort peu. Mais qu’on se mette à croire que le peuple est intelligent, que l’action collective l’intéresse, et à envisager que les « vrais gens » soient capables de sortir d’eux-mêmes pour se projeter dans un avenir commun. On sera alors surpris.

Proposez-nous des talk-shows télévisés à consommer mollement un paquet de chips à portée de main et une binouze au bord des lèvres : le 6 mai prochain, nous élirons sans enthousiasme celui qui se sera montré le meilleur acteur.

Donnez-nous du fond, du vrai, même (et surtout) si c’est difficile. Alors, nous élirons…un Président !

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dimanche 12 février 2012

Micro-trottoir 2012 : Yann aime sa région...et Eva Joly !



Cet entretien a été réalisé dans le cadre du micro-trottoir 2012 de l’arène nue. Vous pouvez en consulter ici la rapide description, ainsi que les dix premiers volets (un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix). Je remercie vivement Yann, mon interlocuteur.

***

Yann a 35 ans. Il est contractuel dans l'éducation nationale, après avoir été 10 ans médiateur du patrimoine, là encore en vacation. Il habite Lorient (Bretagne), où il est impliqué dans les travaux  du conseil municipal.

Vous comptez accorder votre suffrage à Eva Joly lors du premier tour de l'élection présidentielle. Quelles sont vos principales motivations ?

Je regarde les programmes des candidats sous trois angles : le retour à un esprit de justice sociale et territoriale, la reterritorialisation de l'économie, et l'articulation entre un renforcement de l'Europe politique, que la crise de l'euro impose, et la proximité citoyenne d'un niveau pertinent pour agir : les régions.

Certains candidats (JL Mélenchon, N. Sarkozy, M. Le Pen) propagent le mythe selon lequel l'Etat peut tout. C'est un mythe agité par ceux qui flattent les élans nostalgiques des électeurs qui regardent dans le rétroviseur. Au final, ces attitudes renforcent la défiance envers le politique, car dans les faits chacun voit bien qu'on ne fera pas l'avenir avec les recettes d'hier et que l'Etat est dans l'incapacité d'assurer l'égalité des citoyens.  Nos gouvernements sont toujours prompts à s'inspirer du voisin allemand. Ils oublient que ce pays s'appuie sur un dialogue social fort, une confiance dans les Länders, une habitude de penser en réseau autour des "régions" et des PME.

En clair, pour moi le prochain Président ne devra pas être dans l'action personnelle et directe. Il devra libérer le dialogue social et démocratique à tous les niveaux, et laisser les régions, périmètre d'action de demain, gérer ce qui leur est propre et leurs atouts. Qui mieux que la région Bretagne s'impliquera dans une véritable politique maritime, dans la protection de l'eau, dans l'utilisation de ses atouts énergétiques ?

Vous êtes donc pour une décentralisation bien plus poussée. En quoi la candidate écologiste vous semble-t-elle la mieux à même de porter ce projet ?

Eva Joly a bien compris cet enjeu moderne, en déclarant publiquement à plusieurs reprise qu'elle inclut l'autonomie politique des régions dans son projet de VI° République sur le modèle du Pays de Galle ou des Länders allemands. Je crois que Mme Joly est la mieux à même de défendre cette vision, du fait de son parcours personnel. Elle connait très bien la France, mais n'a pas été formatée par les grands corps de notre administration. Elle est celle qui peut le mieux dire que le siècle des identités uniques est terminé, que chacun d'entre nous porte des identités plurielles.
Parmi les identités portées par chacun, l'identité régionale à une place importante, en plus de l'identité française, européenne ou d'un pays d'origine. Mme Joly défend la place des langues régionales dans les politiques publiques comme une richesse supplémentaire. Elle est donc une candidate de gauche, écologiste, et inscrite dans la modernité du XXI° siècle d'une démocratie renouvelée.
François Hollande est aussi un candidat de gauche, qui s'est prononcé en faveur de la défense des langues régionales dans son programme, et qui est favorable à davantage de décentralisation. Pourquoi Joly plutôt qu'Hollande ?

Certes, une victoire finale d’Hollande serait déjà une bonne nouvelle pour tous ceux qui comme moi ont le sentiment d'avoir subi le détricotage de leurs droits sociaux depuis 2002, c'est à dire depuis que la droite gouverne. Effectivement, l’une des mesures du programme d’Hollande concerne les langues régionales. Toutefois, cette mesure ne s'accompagne pas des réformes constitutionnelles qui la rendent possible. Pour l'heure, cela s'apparente aux déclarations non appliquées de Mitterrand en 1981.

Quant à la décentralisation vue par François Hollande, il reste beaucoup d'ambiguïtés, notamment parce que le vocable à la mode au PS est le « renforcement des territoires », concept vague, qui permet de conserver toutes les couches d’un mille-feuille administratif indigeste, de la commune à l'Europe, en passant par les intercommunalités, les pays, les départements, les régions et la kyrielle de syndicats mixtes qui les accompagnent.

La France a l'habitude de faire monter en puissance des nouveaux niveaux (intercommunalités et régions aujourd'hui) sans supprimer les anciens. La rationalisation de la dépense publique locale comme la clarté du système pour les citoyens impose de supprimer des couches, comme le conseil général, institution désuète. Sur ce point, je fais plus confiance aux Verts, dont le parti - je n’en suis pas membre - est organisé sur la base des régions, et non des départements. Dans un discours de Mme Joly prononcé cet été à l'Université de Régions et Peuples Solidaires, elle a employé l’expression de « fédéralisme différencié » : il s’agit d'adapter les réformes des collectivités aux souhaits et aux réalités locales. C'est je crois la posture adaptée au temps, car on ne peut envisager de chausser toutes les pointures avec le même chausse-pieds.

Par ailleurs, des parlementaires Verts, François de Rugy en tête, ont été les premiers, à gauche, à prendre des initiatives en vue de la réunification de la Bretagne et en vue du retour de Nantes en Bretagne. C’est un dossier auquel je suis sensible non pas par nostalgie historique, mais parce que je crois que les régions ont besoin d'être identifiables clairement. Une Bretagne entière, c'est une Bretagne « projet », en phase avec le vécu économique de notre région maritime, et c'est un espace perçu comme cohérent par le citoyen et qui favorise donc la participation civique aux débats régionaux.

Vous parlez assez peu d’écologie

Justement, si. Je crois qu'Eva Joly représente le rassemblement de ceux qui préparent la reterritorialisation de l'économie et le dossier de l'énergie en est la preuve. Mieux vaut se mettre tout de suite à utiliser les atouts énergétiques de nos régions (soleil, marée, vents, etc) que de continuer à faire vivre le gouffre financier du nucléaire qui ne produit des emplois que dans des lieux très ciblés. L'accident nucléaire au Japon, il y a près d'un an, comme le récent rapport de la Cour des comptes sur le nucléaire montrent l'urgence à lancer un vaste de plan de recherche et de soutien à toutes les alternatives au nucléaire. Mieux vaut des petites unités de productions qui créent de l'emploi partout avec les énergies naturelles qu'un EPR potentiellement dangereux qui concentre l'emploi en un point.

Eva Joly semble en mauvaise posture dans les sondages. En êtes vous inquiet ? Comment l'expliquez-vous ?

Elle représente des courants de pensée écologistes, fédéralistes qui ont toujours plus de facilité avec les scrutins de liste.

Eva Joly porte l'analyse de ceux qui disent que la crise écologique ne se résoudra que par la mobilisation de la société dans son ensemble, que la crise du politique se résoudra par la facilitation de l'implication citoyenne et la responsabilisation des échelons régionaux et locaux, et qu'en matière social la norme doit reposer sur les remontées du dialogue des acteurs. Bref, c'est une candidature qui porte la complexité des enjeux, pas une candidature qui dit "je suis celui/celle qui résoudra tout à la tête d'un Etat fort".

Or la mécanique politique et médiatique de la présidentielle favorise beaucoup les candidats tribuns, se posant comme la solution individuelle aux problèmes collectifs. C'est d'ailleurs une situation qu'on ne retrouve qu'à la présidentielle. Aux élections locales et régionales ou aux élections européennes, élections d'équipe où le collectif a une valeur centrale, les différents courants que je retrouve derrière Mme Joly s'en sortent nettement mieux.

Pour autant, si la faiblesse du score d'Eva Joly dans les sondages me désole, elle ne m'inquiète pas. L'élection qui fera le prochain gouvernement, ce n'est pas la présidentielle. Ce sont les législatives.

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Micro-trottoir 2012 de l'arène nue : la règle du jeu  CLICK
Micro-trottoir 2012 : Marcella, plutôt de gauche mais très circonspecte  CLACK
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Micro-trottoir 2012 : Pour Dominique, ce sera sans doute Philippe Poutou  CLOUCK
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Micro-trottoir 2012 : Louis-Alexandre croit en Corinne Lepage  CLNCK
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vendredi 10 février 2012

Micro-trottoir 2012 : Louis-Alexandre croit en Corinne Lepage



Cet entretien a été réalisé dans le cadre du micro-trottoir 2012 de l’arène nue. Vous pouvez en consulter ici la rapide description, ainsi que les huit premiers volets (un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf). Je remercie vivement Louis-Alexandre, mon interlocuteur.

***

Louis-Alexandre a 29 ans. Il est actuellement « intermittent » du journalisme, tout en préparant un concours de la fonction publique. Il habite Clichy. Soucieux de l’environnement, il votera en avril pour la candidate écologiste de Cap21, Corinne Lepage.

Pour la présidentielle de 2012, vous donnez votre préférence à Corinne Lepage. Quelles sont vos principales motivations ?

L'environnement. Nous n'avons pas compris que la crise économique vient se greffer sur la crise environnementale. Elle l'aggrave: à court de moyens, nous faisons tourner avec l'énergie du dernier souffle notre modèle économique dépassé. Elle en résulte: la fin des matières premières abondantes et bon marché coïncide avec le début de l'endettement de nos Etats. Que l'on songe un instant à tout cet argent : si seulement un dixième de la dette avait été dédié à la transition énergétique du pays, nous serions moins dépendants de ressources risquées sur le plan sanitaire et sur le plan géopolitique (uranium, pétrole). Et nous disposerions de fleurons industriels d'avenir.

La confiance. La crise est aussi une crise de confiance: les taux auxquels banques et Etats échangent sont élevés, c'est le signe d'une crise de confiance dans notre société. On ne parie plus sur nous-mêmes. Or, Corinne Lepage par son travail inlassable aux côtés de la société civile, et ses combats victorieux en tant qu'avocat (Erika) ou parlementaire européen (sécurité alimentaire) est toujours dans le réalisable, pas dans les incantations électoralistes. C'est la recette pour retrouver la confiance.

Certes, mais votre candidate n'est pas la seule à se préoccuper des questions d'environnement. Pourquoi Corinne Lepage et non Eva Joly ?

Deux candidatures écologistes ne seront pas de trop. Sans perspective de score significatif aux présidentielles, il faut poursuivre la seule stratégie de long terme qui vaille: changer les mentalités. C'est mieux à deux voix plutôt qu'à une seule.

Comme en plus la candidature Europe-Ecologie-les-Verts s'ensable sur des thématiques qui ont peu à voir avec l'environnement, mais plus avec du clientélisme d'extrême-gauche, Corinne Lepage porte seule la voix de l'écologie. Sans clins d'oeil partisans, qui clivent inutilement l'écologie. Corinne Lepage propose un projet avec la société civile, toute la société civile. C'est autour de ce choix qu’est fondé CAP21, que j'entends primer par mon suffrage.

Vous reprochez à EELV de "s'ensabler" sur des thématiques autres que l'environnement. Mais l'écologie peut-elle constituer à elle seule un programme présidentiel ?

Seule, non ! Jeudi 27 janvier, la première chaîne privée a diffusé un reportage où Corinne Lepage présente son projet en faveur des PME. L'Etat français est exsangue d'avoir aidé ses champions industriels. Il le fallait: la colonne vertébrale économique de notre pays est portée par une quinzaine de grands groupes. Mais on a privilégié les créateurs de valeur ajoutée aux créateurs d'emplois que sont les PME.

Réformer la fiscalité, les démarches administratives, est une urgence si l'on veut avoir une chance de repartir après la crise. On est quand même dans le pays où Total ne paie quasiment pas d'impôts ! Cela ulcère bon nombre de petits patrons, qui doivent quémander au fisc des reports de délais.

Outre ses propositions sur les PME, quelles sont les autres thématiques développées par Corinne Lepage et qui vous séduisent ?

La grande réflexion qu’elle porte sur les moyens de revivifier la démocratie. Donner aux citoyens un droit d'initiative (référendum, proposition de loi), constitutionnaliser et démocratiser le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel, reconnaître l'indépendance du pouvoir judiciaire, ouvrir des charges publiques à toutes les situations professionnelles... notre pays souffre d'un déficit de pluralisme qui mine la légitimité des institutions.

Actuellement, quand gauche ou droite parlent de société civile, elles n'envisagent que celle qui vit de subventions publiques, leur assurant un retour électoral. La ville où je vis, Clichy, s'en est fait une spécialité à tel point qu'au bord de la faillite, elle assure par courrier que le prochain exercice budgétaire ne touchera pas les associations !

Corinne Lepage, elle, veut changer l'ossature institutionnelle du pays. A bien des égards, elle adhère aux propositions du philosophe Dominique Bourg. Je conseille à tous la lecture de son dernier opus: "Pour une VI° République écologique".

En tout cas, ces deux exemples (PME, institutions) montrent bien qu'avec Corinne Lepage nous avons affaire à une candidate au service des citoyens, et pas à une courtisane du palais.

Les sondages donnent Corinne Lepage à 0,5% d'intentions de vote environ. Comment expliquez-vous qu'elle ne "décolle" pas ?

CAP21, son mouvement, n’a presque pas de salariés, et l'esprit de sacrifice des militants ne compense pas leur faiblesse numérique !  Il n'y a pas de carriéristes, tous ont une vie en dehors qui se concilie mal avec un engagement politique de tous les instants, surtout quand survient la campagne présidentielle. Alors, hormis les observateurs attentifs de la vie politique, la notoriété du mouvement est faible, et si les Français se souviennent d'une candidature qui en 2002 avait atteint presque 2%, ils ne situent pas bien le contenu de sa candidature.

Comme pour d'autres « petits » candidats, le lancement de la campagne officielle permettra d'utiliser les médias pour atteindre les Français. A ce moment, les électeurs constateront immédiatement que Corinne Lepage n'est la copie de personne, l'obéissante copine de personne.

Si toutefois votre candidate ne parvenait pas à mener sa campagne à son terme, à qui cette ancienne proche de François Bayrou pourrait-elle apporter son soutien ? Seriez vous prêt à la suivre ?

A mon avis les parrainages seront au rendez-vous ! Bien sûr, grâce à ses qualités intrinsèques. Mais aussi pour des raisons de tambouille politicienne: l'UMP a intérêt à diviser l'électorat potentiellement attiré par Bayrou.

Au profit de qui se désister ? Si EELV n'est pas sa tasse de thé, Eva Joly fut quand même, avant de se faire mener en bateau par les lieutenants de Cécile Duflot, une personnalité libre, proche du centre-gauche. Pour la femme, Corinne Lepage pourrait avoir quelques mots gentils.

François Bayrou, en dépit de la présence à ses côtés de deux figures historiques des Verts (Jean-Luc Bennhamias, Yann Wehrling), n'a toujours rien compris aux enjeux de l'environnement, ce qui, couplé à une incompatibilité caractérielle, exclut un nouveau rapprochement.

L'électeur que je suis ira là où ses convictions le mènent. Et je ne crois pas un seul instant que Corinne Lepage s'imagine disposer de ses électeurs. Elle a une toute autre conception du sens civique !

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vendredi 13 janvier 2012

Micro-trottoir 2012 : pour Jérôme, aucun doute, c'est Mélenchon.



[ ce texte est également disponible sur Marianne2 ]

Cet entretien a été réalisé dans le cadre du micro-trottoir 2012 de l’arène nue. Vous pouvez en consulter ici la rapide description, ainsi que le premier volet. Je remercie vivement Jérôme, mon interlocuteur.
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Jérôme a 47 ans. Après avoir enseigné vingt ans dans une ZEP, il est aujourd’hui écrivain, et vit dans le Nord-Pas-de-Calais. Militant de longue date, il a d’ores et déjà arrêté son choix : en 2012, il votera pour le candidat du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon.

Coralie Delaume. Votre choix en faveur de Jean-Luc Mélenchon semble ferme et définitif. Qu’est-ce qui le motive ?

Jérôme. Je suis adhérent au Parti communiste français (PCF). Je suis juste un militant de base et j'ai fait partie de ceux qui, au sein du parti communiste, ont milité pour une stratégie unitaire, celle du programme partagé avec les autres composantes du Front de Gauche (FDG) : le Parti de Gauche (PG) de Mélenchon ou encore Gauche Unitaire.

La stratégie du FDG a d'ailleurs plutôt bien fonctionné depuis 2009 en affirmant la présence d'un pôle de « la gauche de la gauche » aux Européennes, aux Régionales et aux Cantonales où il a tout de même frôlé les 10% dans une relative indifférence médiatique.

Pour ces présidentielles, qui sont - et je le déplore - des élections personnalisées à l'extrême, il me semble que Mélenchon, avec ses qualités de débatteur et d'orateur est le mieux à même de porter le programme du FDG.

Justement, la présidentielle étant autant le choix d'un homme que celui d'un programme, ne craignez vous pas que le caractère emporté de Mélenchon n'éloigne de lui bon nombre d'électeurs potentiels ? N'en fait-il pas un peu trop ?

Je ne crois pas. Les médias dominants ont tendance à caricaturer les candidats qui soutiennent des programmes réellement alternatifs. Je me souviens notamment d'un véritable choc frontal entre Jean-Michel Aphatie et Mélenchon sur RTL, à propos de la réforme des retraites. Aphatie était tout surpris de se retrouver avec, en face de lui, un homme qui osait dire, et de manière argumentée, chiffrée, qu'il y avait d'autres solutions que celles présentées comme allant de soi et allant évidemment dans le sens d'une régression sociale.

De toute façon, quand on porte un programme comme celui du FDG à la fois radical et réaliste, il faut être très combatif. Que ce soit Mélenchon ou les militants.

On constate actuellement un gros succès de Marine Le Pen auprès des couches populaires. Comment expliquez-vous que l’audience de votre candidat soit moindre que la sienne auprès de cet électorat ?

Je pense que vous posez la question centrale. Si le FDG entame une lente mais régulière montée dans les sondages, on reste très loin des scores du FN. Et pourtant, de fait, son électorat est potentiellement le nôtre. Je dirais même que Marine Le Pen nous l'a en grande partie piqué. Pas elle seule, mais le FN, depuis le déclin électoral du PCF, notamment.

Les socialistes ayant dans leur grande majorité fait le deuil de cet électorat là, les Verts ne s'y étant jamais intéressés, il ne reste que Mélenchon et le FDG pour le reconquérir et faire comprendre aux couches populaires que ce n'est certainement pas le voisin arabe qui a décidé de délocaliser l'usine du coin.

Et qu'au bout du compte, si le FN est un jour en position d’entrer dans un gouvernement, ce ne sera certainement pas dans un gouvernement de gauche... Je persiste à penser que le Front « marinisé » et « social » est le faux nez  temporaire d'une droite dure.

Certes. Mais, si ce n'est pas le voisin arabe qui fait délocaliser les usines, il demeure que des électeurs, de plus en plus nombreux, éprouvent un sentiment "d'inquiétude culturelle". Ne pensez-vous pas qu'à vouloir ignorer cela et à préconiser la régularisation de tous les travailleurs sans-papiers, Mélenchon se barre la route d'un vote massif en sa faveur ?

C'est un vieux débat, finalement. D'une part, je pense que l'inquiétude culturelle - que je ne nie pas ou plus - est la conséquence de l'inquiétude sociale. Les réflexes de panique identitaire, aujourd'hui, outre qu'ils sont savamment entretenus par un Claude Guéant, par exemple, dont le discours est de la pure provocation, sont ceux de gens qui ont tout perdu, économiquement mais aussi, justement, culturellement, comme une certaine fierté ouvrière qui était celle - qui est celle encore aujourd'hui - de ma région, le Nord-Pas-de-Calais.

Alors on peut focaliser sur un islam intégriste ultraminoritaire dans les cités, ou sur des truands armés de kalachnikovs pour faire oublier que le problème aujourd'hui, c'est que dans un pays aussi riche que la France, les inégalités se sont creusées, que des millions de Français vivent en dessous du seuil de pauvreté et se rationnent sur les soins. 

Rétablir l'ordre et la sécurité, c'est à dire la justice, c'est aussi le programme du FDG. Seulement ça ne passe pas par les indécents tableaux de chasse du ministère de l'Intérieur sur les expulsions. Au contraire. Un tel système ne peut prospérer que sur la peur et les enfermements communautaristes qu'on feint de combattre mais qu'on entretient comme repoussoir. 

Etre républicain de gauche, c'est-à-dire, aujourd'hui, voter FDG, ce n'est pas être contre la burqa seulement. C'est être contre la burqa ET estimer qu'un SMIC à 1700 euros brut tout de suite est indispensable. C'est articuler, précisément, les réponses aux inquiétudes économiques et culturelles.

Même Guéant a reconnu que l'immigration et l'insécurité n'étaient plus la première peur des français. La première peur des Français, c'est survivre dans une crise financière qu'on leur fait payer en démantelant l'Etat providence. Et le seul candidat, s'il était élu, qui a compris cela et agirait en conséquence, c'est Mélenchon.

En 2007, Ségolène Royal avait plaidé pour un SMIC à 1500 euros. Par la suite, elle a convenu elle-même qu’elle n'y croyait pas...N'est-ce pas là une proposition purement démagogique ?


Le SMIC à 1700 euros est une proposition parmi d'autres. La différence entre Ségolène Royal et nous, c'est que nous, nous sommes de gauche. Et comme le dit fort justement notre économiste Jacques Généreux, "nous savons faire".

Là aussi, c'est une question de volonté politique. Par exemple, le SMIC à 1700 euros brut devient tout à fait réaliste si, dans le même temps, la loi sur un salaire maximum est votée.

Vous dites qu'être républicain de gauche aujourd'hui, c'est voter Front de Gauche. Voter socialiste serait donc antirépublicain et de droite ?

Sûrement pas. Les électeurs et même nombre d'élus socialistes sont respectables. Très même. Le problème est que voter socialiste aujourd'hui, c'est prendre le risque de cautionner, avec un peu de sucre autour (et encore), la même politique libérale et européiste qui a conduit à la situation que nous connaissons.

En revanche quand Eva Joly commence à proposer des jours fériés pour de nouvelles fêtes religieuses, juives ou musulmanes, là, on est franchement dans une certaine haine du modèle républicain français.

Dans l'hypothèse où votre candidat ne serait pas au second tour, s’il appelle à voter pour François Hollande, le suivrez-vous ?

Mon principal souci sera de battre la droite libérale, en tout cas, celle qui propose de continuer sur la même voie sans issue. D’ailleurs, ce sera plus facile de voter pour Hollande  que ce l'aurait été pour Dominique Strauss-Kahn.

Ensuite, voter pour Hollande au second tour avec un Mélenchon à 7%, 9% ou 15% n'aura pas du tout la même signification. Plus le score du FDG sera haut, plus cela signifiera que le candidat socialiste devra faire avec nous et nos propositions s'il veut un report indispensable à sa victoire. Pour faire vite, en votant Mélenchon au premier tour, même si on est socialiste par exemple, on est dans le vote utile puisqu'on oblige la gauche à être plus...de gauche.

Lire et relire :
Micro-trottoir 2012 de l'arène nue : la règle du jeu  CLICK
Micro-trottoir 2012 : Marcella, plutôt de gauche mais très circonspecte  CLACK

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mardi 10 janvier 2012

Micro-trottoir 2012 : Marcella, plutôt de gauche, mais très circonspecte



[ ce texte est également disponible sur Marianne2 ]

Cet entretien a été réalisé dans le cadre du micro-trottoir 2012 de l’arène nue. Vous pouvez en consulter ici la rapide description. Je remercie vivement Marcella, mon interlocutrice.

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Marcella a 65 ans. Elle est désormais à la retraite, après avoir été directrice d’études dans le marketing. Ayant une sensibilité de gauche et de longue date, elle s’interroge désormais sur ce point, et peine à déterminer pour qui elle votera à l’élection présidentielle de 2012.

Coralie Delaume. A cinq mois de l'élection présidentielle, pour quel candidat actuellement en lice envisagez-vous de voter ?

Marcella. A vrai dire, pour l'instant je suis totalement indécise. Je suis déterminée à voter mais n’ai pas encore décidé pour qui. J'ai toujours voté, et toujours à gauche. Mais là, quelque chose ne passe plus, et je ne suis plus du tout sûre de faire ce choix. Je ne supporte plus les discours lénifiants sur le "bonheur de vivre ensemble".

Pourtant, j’ai participé aux primaires du Parti socialiste. J’y ai voté pour François Hollande. Mais certaines choses m’ont rebutée pendant la campagne des primaires, notamment ce mantra de Martine Aubry : "on va changer la France". Changer la France ? Mais pour la remplacer par quoi ? Horreur aussi pour moi que cette alliance avec les Verts représentés par Eva Joly, cette femme qui veut que nous nous haïssions nous-mêmes.

C'est justement votre candidat, François Hollande, qui a remporté les primaires socialistes, et non Martine Aubry. Vous hésitez malgré tout à voter pour lui au printemps ?

Oui, j'hésite. J'ai voté aux primaires un peu à contrecoeur, comme si j'y étais amenée par la force de l'habitude : la crainte peut-être de franchir un pas, de lâcher ma position "de gauche" que j'entretiens depuis de très longues années. Pas facile de renoncer à ça.

En plus, depuis son élection aux primaires, je ne peux pas dire que François Hollande m'ait rassurée. Et il y a cet accord électoral avec les Verts qui me défrise. J'aimerais bien y croire encore, mais j'ai de plus en plus de mal.

Un autre candidat, plus à gauche, pourrait-il vous séduire, comme par exemple Jean-Luc Mélenchon ?

Non. Mélenchon m'est parfois sympathique. C'est un vrai orateur qui manie très bien la langue, ce qui me plaît, mais il est trop à gauche pour moi. Je le perçois trop comme un révolutionnaire emporté.

Vous semblez très hostile à l'accord PS-Verts. Jean-Pierre Chevènement l'est aussi, notamment parce qu'il est défavorable à la sortie du nucléaire. Que pensez-vous de sa candidature ?

Chevènement aurait pu me plaire comme candidat souverainiste. Malheureusement, il m'est très antipathique. Son contentement de soi me le rend suspect. J'emploie à dessein les mots "plaire" et "antipathique", donc le registre de l'émotion et des sentiments. Je ne pourrais jamais voter pour un candidat qui ne m'est pas un tout petit peu sympathique. C'est d'ailleurs l’un de mes problèmes avec Hollande, qui, lui, justement, m'est sympathique.

Outre la sympathie, quels sont les thèmes que doit impérativement aborder un candidat pour obtenir votre suffrage, et que vous ne trouvez pas à gauche pour l'instant ?

La première chose qui me vient à l'esprit, c'est l'éducation. Ou plutôt, l'instruction, la transmission du savoir. Je ne sais pas du tout s'il existe des solutions viables au(x) problème(s) de l'école, mais il me semble absolument indispensable et urgent de travailler là-dessus.

Ensuite, l'économie. Mais comme je n'y connais pas grand-chose... Des termes comme « réindustrialisation », « produire en France », « relocalisation », etc, me "causent". Mais comment fait-on ça ? Est-ce que je pourrais faire confiance aux candidats qui revendiquent ces thèmes pour être capables de les mettre en œuvre ? Je n'en sais fichtre rien…

J'ai aussi un problème avec ce que je perçois, à tort ou à raison, comme un risque de perte, de dissolution de la culture française. "France, mère des arts, des armes et des lois...", c'est un peu mon truc. La laïcité aussi est importante pour moi. Je pense que la religion doit rester dans la sphère privée.

Vous semblez tenir là un discours très républicain. Seriez-vous prête à tourner le dos à la gauche pour vous rendre de l'autre côté du spectre si vous y trouviez un candidat qui réponde à vos attentes ?

Oui, tout à fait. Je me sens très républicaine, en effet. Et j'aimerais beaucoup trouver un tel candidat. Je crois que je franchirais le pas avec bonheur si tel était le cas.

Pensez-vous, comme certains déçus de la gauche, que Marine Le Pen – si tant est que vous la considériez républicaine - constitue une alternative ?

Franchement, j'aimerais bien parce que je lui trouve de la gueule, du charisme, de la force, de la volonté. Je suis la plupart du temps d'accord avec ce qu'elle dit, pour autant que je puisse en juger. Donc elle me séduit beaucoup. Malheureusement, je ne lui fais pas assez confiance (à elle ni à son entourage proche ou moins proche) sur le sujet de l'antisémitisme. C'est pour moi rédhibitoire. A tout prendre, l'antisémitisme de droite me fait moins peur que celui de (l'extrême) gauche, car je le crois moins dangereux aujourd'hui qu'hier, mais quand même. Donc non.

Pensez-vous que la gauche a trahi ses valeurs ?

Oui, je crois. Pour toutes les raisons que j'ai évoquées plus haut. A moins que ce soit moi qui me sois leurrée sur les valeurs que la gauche incarnait pour moi pendant toutes ces années. Ça fait deux ou trois ans que je sens grandir ce changement en moi, mais je n'arrive plus à savoir quand exactement cela s'est produit, quel fait ou quelles successions de faits m'ont amenée là. Mais un jour j'ai vu que je ne me reconnaissais plus dans ces gens là.

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