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mardi 2 avril 2013

Le "mystère français" : Todd et Le Bras sont-ils trop optimistes ?

 




On connait les travaux d’Emmanuel Todd, qui aime à interpréter les grands mouvements de l’histoire à l’aune de phénomènes anthropologiques tels que les progrès de l’alphabétisation ou la baisse du taux de fécondité des femmes.

On se souvient également de L’invention de la France, co-écrit avec Hervé Le Bras. Les deux chercheurs y scannaient le territoire français pour mettre en lumière nombre de discontinuités, notamment quant aux structures familiales. Une France très diverse se dessinait alors, avec, schématiquement, deux grands ensembles : l’un caractérisée par la famille nucléaire et égalitaire, qui fut la France révolutionnaire L’autre (l’Ouest et une partie du Sud) historiquement catholique et conservatrice, terre d’élection de la famille-souche. Ainsi, Le Bras et Todd reprenaient à leur compte, pour l’appliquer à la France, la distinction établie par l’anthropologue Louis Dumont, entre les sociétés de type individualiste et égalitaire, et les sociétés de type holiste et hiérarchique.

C’est dans cette même optique que Todd et Le Bras publient aujourd’hui Le mystère français (Seuil, mars 2013). En complément de la démarche, par exemple, d’un Laurent Davezies, les deux auteurs entendent faire parler le territoire. Partant de l’hypothèse qu’il existe une « mémoire des lieux », ils proposent une vision alternative à celles de la sociologie ou de l’histoire, qui, parfois prisonnières de la mythologie du « roman national », tendent à gommer l’hétérogénéité. Un type d’approche matérialiste, en somme, si l’on accepte de définir le matérialisme autrement que comme un économisme réducteur. Car si les démographes entendent révéler « le primat des mentalités », c’est bien l’importance d’une infrastructure anthropologique, allant des traditions familiales et religieuses à la configuration de l’habitat, qu’ils mettent en lumière.

L’une de forces de cet ouvrage réside dans la présence de nombreuses cartes : plus d’une centaine. De sorte que le réel saute aux yeux. Un réel qui va à l’encontre de bien des idées reçues, conduisant les auteurs à un optimisme auquel on n’est guère habitué. De fait, ils décrivent une France différente du pays désenchanté que montrent parfois les sondages. Et, comme s’ils voulaient confirmer l’analyse faite ici par Guénaëlle Gault et Philippe Moreau-Chevrolet, ils tâchent de révéler un « optimisme inconscient de la société ».

La France irait mieux que prévu, donc, notamment grâce aux progrès très massifs de l'éducation. On acquiesce en partie. Todd et Le Bras excipent de chiffres sans appel : il y a plus de diplômés que jamais. Notamment, ce qui pourrait sembler un paradoxe, dans les zones structurellement les moins égalitaires, où se déploie le « catholicisme zombie » - concept central de l’ouvrage. Plus de diplômés certes, mais faut-il immédiatement se réjouir ? Quid de la qualité de diplômes, dont nombre d’enseignants attestent, expérience à l’appui, qu’elle ne cesse de baisser ? Et que faire de ces diplômes dans un pays déserté par l’emploi ? De cette « nouvelle pauvreté éduquée », identifiée par les auteurs ?

Si les cartes parlent, si le réel saute aux yeux, c’est parfois au corps défendant des deux chercheurs. Et l’optimisme - comme le souffle - vient à manquer lorsqu’on découvre les cartes comparées de l’industrie en 1968 et en 2008 (avant même la crise de 2009, donc), où celles qui témoignent de la relégation des classes populaires au plus loin des villes, là où toutes les difficultés – manque de transports, de services publics – s’accumulent. Pour nos auteurs, un facteur explicatif serait la globalisation, qui aurait perturbé le passage à une société postindustrielle équilibrée. Mais c’est aussi - et surtout - le résultat de trente années de politiques économiques d’orientation libérale, qui ont favorisé la globalisation au lieu de la contenir. Emmanuel Todd le sait mieux que personne, lui qui défend de longue date le protectionnisme, et fut l’un des soutiens d’Arnaud Montebourg et de la « démondialisation ».

Dans une seconde partie du Mystère français, les duettistes s’attèlent à tirer les conclusions politiques des données anthropologiques révélées. Certaines observations sont saisissantes, telle la rémanence du catholicisme dans les régions périphériques et ses conséquences sur les choix électoraux des Français. Décidément, ce « catholicisme zombie », d’autant plus structurant qu’il a cessé d’être une croyance, semble travailler en profondeur la société.

A la suite de politologues comme Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin, les démographes valident la thèse d’une droitisation du paysage politique, que ne démentent nullement les récentes victoires électorales d’une gauche elle-même « centrisée ». Symbolique de cette droitisation, le Front national est longuement évoqué, et ses mutations étudiées. Qu’il s’agisse de la doxa du FN « marinisé » ou de l’électorat auquel il s’adresse, la « métamorphose du FN » est mise en évidence. Ce qui est moins évident, en revanche, ce sont les perspectives proposées par les auteurs sur ce point, sans doute les plus optimistes de l’ouvrage.

Car pour Le Bras et Todd, « le phénomène FN est navrant mais nullement terrifiant, puisque clairement limité dans sa capacité d’expansion ». Ayant conservé, en dépit de son évolution, un « vieux fond culturel d’extrême-droite », le FN serait condamné à se confronter un jour au « fond révolutionnaire » de son électorat populaire. On peut douter. La récente élection législative partielle dans l’Oise montre au contraire l’épuisement de la logique du « front républicain ». Comme l’explique ici David Desgouilles, à une UMP radicalisée sur les questions de l’islam et de l’immigration mais demeurée économiquement libérale, certains électeurs issus de la gauche préfèrent désormais un Front national également radical, mais eurosceptique et antilibéral.

Enfin, les clés mêmes de compréhension du Mystère français données par les auteurs peuvent conduire à de toutes autres conclusions que les leurs. S’il existe, dans la partie anciennement déchristianisée du pays, un substrat anthropologique nourrissant une exigence égalitariste forte, si cette exigence est sans cesse contrariée par les difficultés économiques et l’accroissement des inégalités, et si le communisme ne joue plus son rôle de « couche protectrice », on peut craindre, justement, les effets toxiques d'un choc en retour. N'est-ce pas déjà de cela qu'il s'agit lorsque l'ouvrage dévoile « la force de la droite en zone idéologique égalitaire » ? Peut-on se contenter de n'y voir qu'un phénomène « pathologique » ?

Il pourrait s'agir, au contraire, d'une sorte de « frustration égalitaire », qui risque de pousser des pans sans cesse plus larges de l’électorat dans les bras du FN. D’autant plus que celui-ci poursuit la « gauchisation » de son discours économique et que la succession des affaires (Sarkozy, Cahuzac) semble accréditer la thèse du « tous pourris ». D'autant que le cœur de la stratégie frontiste consiste à se présenter comme le parti des sans-grade, des invisibles et de la lutte des petits contre les gros. Et d’autant que Marine Le Pen a parfaitement intégré cette appétence très française pour la « dimension d’incarnation1 » (Laurent Bouvet) du pouvoir politique.

« L'optimisme des démographes » les conduit à ignorer cette hypothèse. On ne peut que souhaiter qu'ils aient raison. 

1 Les sondages traduisent cela en « besoin d’autorité ».

Lire et relire : 
Révolutions arabes : pour Todd, Allah n'y est pour rien  CLICK
Entretien avec Gaël Brustier sur la droitisation  CLOCK 
Recension : Michéa ou le socialisme contre la gauche  CLACK


jeudi 28 juin 2012

« Le processus de droitisation ne se résume pas aux twitts de Morano ! »

- Entretien avec Gaël Brustier -

Photo / Margot L'Hermite

Gaël Brustier et chercheur en sciences sociales.
Il est notamment l'auteur - avec JP Huelin - de Voyage au bout de la droite, Mille et une nuits, 2011

Dans votre ouvrage Voyage au bout de la droite, vous pointez du doit un phénomène de « droitisation » générale des sociétés européennes. La récente victoire de la gauche à la présidentielle puis celle, très nette, remportée aux législatives ne contredisent-elle pas en partie votre analyse ?
Pour nous, et nous le disons dans notre livre, le processus de droitisation n’est ni unilinéaire ni uniforme. Il a ses contradictions et ses périodes de reflux. En Italie, Berlusconi a perdu plusieurs fois les élections mais, sur la durée, il a dominé la vie politique italienne depuis 1994.
Personnellement, j’essaye de me déprendre d’une tendance lourde de notre vie médiatique et politique qui consiste à focaliser sur le court terme. Nous n'avons jamais jugé, au contraire d’autres, que la droitisation se résumait à Nicolas Sarkozy, aux élucubrations de Claude Guéant, aux incongruités de Frédéric Lefebvre et aux twitts de Nadine Morano. Pour tout dire, ils sont absents de Voyage au bout de la droite. Le nom de Nicolas Sarkozy n’est même pas cité. Pas par mépris mais parce que nous avons voulu ainsi signifier que le processus de droitisation dépassait largement l’actualité et la tyrannie de l’instantané.
Les évolutions de l’imaginaire collectif, des «blocs historiques», de l'idéologie dominante me semblent personnellement plus déterminants pour l’avenir de notre pays que la drague grossière de l’électorat FN par Brigitte Barège (Droite populaire) ou que d'autres phénomènes du même type. S’ils ont leur importance, ils n'expliquent pas, puisqu'ils en sont la conséquence, l'évolution de fond des mouvements culturels de nos sociétés.
En ce sens, les élections de 2012 ne me surprennent pas. Leur résultat est davantage la conséquence du grave problème d’incarnation de Nicolas Sarkozy, que d’une inversion d’une tendance qui touche tout l’Occident... Il faut s'attacher à penser les évolutions économiques à venir consubstantiellement aux évolutions idéologiques et politiques : cela permettra de pouvoir anticiper la prochaine phase de la droitisation.
Si ces personnages ne vous semblent pas suffisant à illustrer un processus de fond de droitisation, l’échec aux législatives  d’un Claude Guéant ou de nombreux membres de la Droite populaire ne marquent-il pas, au moins, un échec de la fameuse « stratégie Buisson »?
Pour les législatives, il s’agit d’élections avec 45% d’abstention. La «stratégie Buisson», elle, ne concerne pas les législatives. Elle concerne une élection bien particulière: la présidentielle.
D’une certaine manière, en France, aujourd’hui, deux élections sont déterminantes: l’élection présidentielle et les élections municipales. Ce sont les deux élections qui permettent de comprendre comment l’imaginaire du pays évolue et ce sont d’ailleurs les élections qui attirent le plus. Les autres élections ont évidemment de l’importance mais les taux d’abstention élevés révèlent aussi que les Français sont davantage attachés à la figure du Maire et du Président de la République qu’à celle – aussi respectable soit-elle - d’un Président de Conseil Général.
Claude Guéant est battu dans un contexte très particulier, par un élu sarkozyste très implanté. La Droite populaire, collectif baroque d’élus en proie à la montée du FN, n’a jamais été un "intellectuel collectif" mais un canot de sauvetage de députés confrontés à des électorats droitisés dans des circonscriptions difficiles. Ses élus ont couru après le FN et légitimé le discours de celui-ci sans stratégie ni travail politique véritable, en demeurant fixés sur le court terme et le sauvetage de leur mandat. Les déclarations, plus extravagantes les unes que les autres, de ces députés (sur la double nationalité, les homosexuels, les immigrés à remettre dans des bateaux etc.) s’apparentaient plus à une drague lourde de l’électorat FN qu'à une stratégie politique véritable.
Justement, la porosité constatée entre la droite et le FN durant cette longue séquence électorale a fait couler beaucoup d’encre. Est-elle vraiment un phénomène si nouveau ? On se souvient des municipales de Dreux en 1983, ou d’alliances aux régionales de 1998….
La droite a profondément évolué. Le RPR et l’UDF ont fusionné au sein de l’UMP. Le Front National était, en 1983, le parti d’une droite radicalisée, de petits commerçants, d’une petite bourgeoisie et de quelques ouvriers de droite. Son émergence correspond à l'usage de l'immigration et de thématiques propres aux segments les plus droitiers de la droite traditionnelle. D'ailleurs, en 1986; la moitié des députés FN sont des transfuges du RPR ou de l'UDF.
En 1998, la droite a tenu bon au niveau national. Philippe Séguin avait en horreur le Front national et Charles Pasqua estimait, me semble-t-il, que la droite était trop faible pour négocier quoi que ce soit avec le FN qui, à l'époque, était davantage structuré et organisé qu'aujourd’hui. Il avait le sens du rapport de forces. Quant à Bruno Mégret ou Jean-Yves Le Gallou, ils avaient en tête, depuis les années 1980, d'inoculer à la droite parlementaire les germes de leur idéologie. La "préférence nationale" était la grande innovation conceptuelle censée droitiser la droite.
Finalement, jusqu'aux années 2000, entre FN et RPR (surtout), il y avait le souvenir de l'Occupation et de la Guerre d'Algérie : les possibles excès de langage étaient contrebalancés, dans la droite républicaine, par quelques solides repères historiques. Cela créait un blocage majeur dans les relations des néo-gaullistes avec les frontistes. Cette frontière là a disparu.
L’entrée de deux députés du Front national à l’Assemblée marque-t-il vraiment un tournant pour ce parti ? Ses succès très localisés au législatives (Gard, Vaucluse), et l’échec de Marine Le Pen dans le Pas-de-Calais ne témoignent-t-il pas au contraire d’une « droitisation » très circonscrite au Sud de la France ?
Il est vrai que le Sud de la France est en pointe du phénomène de droitisation. C’est là que les électorats ont fusionné. C’est là que, demain, la fusion peut se concrétiser dans des alliances locales. Un nombre important de triangulaires ont eu lieu dans le Sud.
Dans les Bouches-du-Rhône, Olivier Ferrand a par exemple été élu à la faveur d’une triangulaire avec l’UMP et le FN, où il a du affronter le majordome de Jean-Marie Le Pen... Mais c’est vrai pour d’autres circonscriptions dans le Vaucluse ou dans l’Hérault. Il faut aussi regarder le score impressionnant du FN (48,8%) face à Michel Vauzelle (51,2%). Il faut enfin constater les scores importants du FN dans le Var ou les Alpes Maritimes, qui ne permettent pas de mettre en difficulté électorale l'UMP. Je renvoie aux excellents travaux de Joël Gombin et Pierre Mayance sur la situation en Provence-Alpes-Côte-d’Azur...
Défaite à Hénin-Beaumont, Marine Le Pen peut-elle encore espérer faire « exploser la droite » au profit du FN ainsi qu’elle le prévoyait ?
Faire exploser l’UMP est très difficile. Nous avons pointé l’hypothèse d’une fusion culturelle, et d’une interpénétration des bases militantes. Cette hypothèse se précise.
La prochaine étape déterminante sera celle des élections régionales et des élections municipales. Dans ce deuxième cas, il sera intéressant d’observer les campagnes des candidats de droite. Prendront-ils sur leurs listes des militants FN ou même Identitaires dans le Sud de la France ? Adopteront-ils la "priorité nationale" (et européenne) comme Mégret le fit en son temps à Vitrolles.
Le FN est privé de cadres dans un grand nombre de régions. Jean-Marie Le Pen a successivement liquidé les amis de Bruno Mégret, puis ceux de Carl Lang. Tous étaient des cadres plutôt implantés qui ont fini par payer leur autonomie par rapport au Président du FN. Cette faiblesse de l'encadrement est un incontestable élément retardateur sur la fusion des appareils mais par de la base culturelle.
Ce sur quoi il faut travailler c’est sur l’imaginaire, sur la domination culturelle des droites. Cela suppose de prendre un peu de recul par rapport à la politique électorale et d'être en mesure de décoder la domination culturelle dextriste. Gardons en ligne de mire les futures municipales et la prochaine présidentielle. C'est là que se jouent les prochaines étapes.
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samedi 16 juin 2012

Législatives : NKM et "les voix de l'extrême-droite".



Plus que quelques heures maintenant avant de connaître le dénouement des feuilletons qui se jouent dans un certaines circonscriptions.

Parmi ces « circos de tous les dangers » figure la quatrième de l’Essonne, où l’ancienne ministre Nathalie Kosciusko-Morizet se livre à danse du ventre endiablée pour échapper à une élimination qui lui vaudrait quelques années de « traversée du désert ». Pour l’emporter, la maire de Longjumeau ne recule devant aucun argument fallacieux. Elle confirme ainsi cette capacité, qu’on lui avait découvert pendant la campagne présidentielle, à enfiler les contradictions comme d’autres se plaisent à enfiler les perles.

Il faut dire qu’à force de souffler tantôt le chaud, tantôt le froid, « NKM » s’est auto-installée dans une vaste étang d’eau tiède dans lequel elle patauge désormais tout en essayant de ne s’y point se noyer…

L’écart n’est pas si grand entre la sylphide rousse et son rival socialiste. La première a obtenu 39,46% des voix dimanche dernier, cependant qu’Olivier Thomas en a recueilli 36,29%.

Seulement voilà : celle qui signa, en 2009, un brûlot anti-FN intitulé Le front antinational, celle qui porta le fer contre Marine Le Pen, en septembre 2011 à l’occasion d’un débat radiotélévisé fort commenté, est désormais l’une des cibles privilégiées du Front national. Elle figure en effet, aux côtés de Georges Tron, de Xavier Bertrand ou de Jack Lang, sur la short-list des candidats que Marine Le Pen souhaite faire battre. Dans son entreprise de règlement de comptes, la leader frontiste a même été un temps dépassée par l’action de ses troupes sur le terrain. Au cours de la semaine qui s’achève, Brigitte Dupin, la candidate FN éliminée, a fait imprimer un millier de tracts, rapidement retirés de la circulation, mais néanmoins frappés de ce slogan inattendu: « faites barrage à NKM, votez PS avec le Front national ».

Las, les évènements sont bien injustes avec une Nathalie Kosciusko-Morizet qui se sera donné bien du mal pour piétiner ses propres convictions. Certes celle-ci ne mégotait pas, jadis, ses positions tranchées. Quitte à prendre parfois au dépourvu la direction de l’UMP. Lors des élections cantonales de mars 2011, elle avait pris de vitesse son parti en envisageant en ces termes d’éventuels duels FN/PS : « dans ce cas-là je dis clairement: on vote PS ».

Toutefois, depuis quelques semaines, la candidate de l’Essonne, n’a pas hésité à mettre quelques hectolitres d’eau dans son vin. D’abord pendant la présidentielle, en demeurant la porte-parole d’un Nicolas Sarkozy complètement « buissonisé », notamment dans l’entre deux tours. Désormais, en validant sans broncher la consigne du « ni-ni » (ni Front national, ni PS) donnée par Jean-François Copé pour le second tour des législatives. Au point même d’avaliser l’argument imbécile d’un Mélenchon antisémite, qui justifierait, selon elle, de renvoyer dos à dos la gauche et le Front national. Ainsi NKM accepte-t-elle de se renier avec un tel entrain, une telle énergie et une telle absence de vergogne qu’on en est presque attristé, après avoir d’abord été gêné.

Voilà donc notre girouette prise entre le marteau et l’enclume. D’un côté, l’ex-promotrice d’un « front républicain » anti-FN se trouve marquée à la culotte par un Front national qui a juré sa perte. De l’autre, la désormais candidate du « ni-ni » voit la candidate locale du Modem, Gabrielle Nguyen, lui tourner le dos pour soutenir son rival socialiste. Qui croyait aux vertus du grand écart découvre désormais les turpitudes de l’étau…

Dès lors, c’est un bien triste « sauve qui peut » que nous donne à contempler NKM lorsqu’elle affirme sans rougir : « le candidat socialiste chez moi est soutenu par la présidente du Front national de manière publique ». Comme si Olivier Thomas était comptable de ce soutien. Comme s’il l’avait sollicité. Comme s’il avait tenu meeting commun avec Marine Le Pen…

D’ailleurs, à la député sortante clamant partout que son rival « accepte les voix de l’extrême droite », on a envie de poser ces questions : les refuserait-elle, ces mêmes voix, si elles lui étaient acquises ? Très logiquement, à la veille du 6 mai dernier, la porte-parole NKM appelait « les électeurs qui ont voté Marine le Pen » à se reporter sur Sarkozy. Ces mêmes électeurs auraient-ils attrapé la peste entre la présidentielle et les législatives ? Quand bien même, comment fait-on, concrètement, pour refuser des voix ? Monsieur Thomas doit-il boucher les urnes avec de la glue ? Faire le tour des bureaux de vote de sa circonscription pour escamoter les bulletins à son nom ? Se retirer pour éviter qu’une main « d’extrême droite » ne vienne à glisser son bulletin dans une enveloppe ?

On atteint là, manifestement, les limites de la rhétorique électoraliste. Et de la sympathie que l’on put éprouver un temps pour une femme politique qui semblait avoir quelques solides convictions. Il ne nous reste donc qu’à souhaiter à Nathalie Kosciuscko-Morizet, si elle venait à être élue, de parvenir à l’être sans aucune « voix de l’extrême-droite ». Puisse-t-elle nous fournir rapidement un certificat en attestant.

Si jamais elle était battue, elle aurait doublement perdu. Car perdre en ayant défendu ses idées est probablement très frustrant. Mais que dire de celui ou celle qui perd en les ayant bradées ? Il ne restera alors pour NKM - à charge pour elle de s’en auto-persuader puis de s’en satisfaire - qu’un seul motif de contentement : n’avoir pas même été effleurée par les « voix de l’extrême-droite ».

Lire et relire :
Quelles conclusions tirer de la défaite de Mélenchon ?   CLICK
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Captain American, candidat du Front national aux législatives  CLOCK
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mardi 12 juin 2012

Eric Dupin: « Le PS peut espérer obtenir seul la majorité absolue à l’Assemblée »




Eric Dupin est journaliste politique. Il collabore au site Rue89.
Il est l'auteur de plusieurs ouvrages notamment La Victoire empoisonnée, Seuil, 2012


Coralie Delaume. Lors du premier tour du scrutin législatif, l'abstention s'est élevée à 42,8%. Le record de 2007 est donc battu. Nous venons de connaître le taux de participation le plus faible de la V° République pour des législatives. Quels enseignements en tirer ?

Eric Dupin. J’en tirerai trois conclusions. Tout d’abord, cela a beaucoup été dit, lorsque des élections législatives se tiennent après une élection présidentielle, l’abstention est toujours élevée. Ce fut le cas en 1981 et 1988 après les dissolutions décidées par François Mitterrand.

Mais c’est d’autant plus vrai lorsque n’intervient pas cet acte « dramatique » qu’est la dissolution de l’Assemblée, et que les législatives n’apparaissent alors que comme un scrutin de ratification de la présidentielle. Ce qui est désormais systématique en vertu de l’inversion du calendrier électoral décidé par Lionel Jospin en 2000. Après l’élection reine qu’est la présidentielle, le corps électoral considère qu’il a déjà choisi.

Voilà pour les raisons techniques. Mais l’abstention a d’autres causes, qui expliquent pourquoi elle est croissante. Sous l’effet d’un effacement progressif des identités collectives, le devoir civique est de moins en moins ressenti comme tel. Les plus jeunes des électeurs, notamment, se sentent moins concernés.

La troisième raison, enfin, réside dans les désillusions qui frappent les électeurs, après plusieurs alternances qui ne leur ont pas paru constituer des alternatives. Il y a cette impression - notamment dans les classes populaires mais pas seulement – que le pouvoir change de couleur sans changer de politique. J’ai eu l’occasion de mesurer cet état d’esprit désabusé lors des entretiens que j’ai menés pour mon dernier livre La Victoire empoisonnée.

Le score de la gauche - près de 47 % - vous semble-t-il très élevé ?

Non. C’est loin d’être le raz-de-marée rose de 1981 ou bleu de 1993. On s’achemine vers une majorité franche de gauche, mais assez symétrique à ce que fut la majorité de droite en 2007. Cohérents, les Français donnent une majorité au président qu’ils ont élu, lui offrant ainsi la possibilité d’appliquer son programme. Pour autant, cette majorité n’est pas écrasante.

Au sein de la gauche, le PS obtient plus de 34% des suffrages, ce qui est conséquent…

Si on réalise une projection des résultats du 10 juin, le PS, avec ses satellites (PRG et divers gauche) peut espérer obtenir seul la majorité absolue des sièges à l’Assemblée. C’est pour moi une surprise, je m’attendais plutôt à une majorité relative. Il pourrait donc se passer, lors des votes au Palais-Bourbon, des écologistes d’EELV, mais surtout du Front de gauche. Or politiquement, cela n’est pas négligeable. Si les désaccords sont moindres entre socialistes et écologistes, ils sont réels entre le PS et le FDG, notamment sur les thématiques économiques.

Le Front de gauche semble le grand perdant de ce premier tour…

Oui : c’est spectaculaire. Et dramatique pour lui. C’est la première fois que les communistes, notamment, vont voir la gauche parvenir au pouvoir et, dans le même temps, leur nombre de députés se réduire, de 16 actuellement à une dizaine probablement.

Comment l’expliquer ?

Par la continuation du déclin communiste dans ses bastions historiques. Dans certains « fiefs » du PCF, le candidat socialiste a devancé le communiste. C’est le cas pour les communistes Jean-Pierre Brard ou Patrick Braouezec en Seine-Saint-Denis. Même chose dans un autre bastion historique, en Seine-Maritime, qui perdra ses deux députés PCF.

Quand au Parti de gauche, il demeure une jeune formation sans réels bastions, ce qui est très pénalisant dans le cadre d’un scrutin uninominal. Ainsi, même des personnalités connues comme François Delapierre ou Eric Coquerel ont échoué dans l’Essonne et en Corrèze. Le PG ne devrait donc avoir qu’un député, Marc Dolez, personnellement très implanté dans le Pas-de-Calais.

La stratégie de Mélenchon à Hénin-Beaumont, que vous aviez qualifiée de « faute politique », est-elle à mettre en cause ?

Non, si ce n’est pour son sort personnel. En choisissant d’aller défier Marine Le Pen sur ses terres, Mélenchon s’est enfermé dans une ligne idéologique peu adaptée au terrain local. Ses attaques violentes à l’encontre du candidat socialiste risquent de rendre difficile le rassemblement de la gauche au second tour et favoriser l’élection de Marine Le Pen.

Pour la suite, la quasi-absence du Parti de gauche au Palais Bourbon risque de fragiliser le Front de gauche, qui reste une coalition, avec des sensibilités différentes. Par exemple, le PG refuse par principe toute participation au gouvernement alors que le PCF entend se déterminer à l’issue du scrutin législatif. Présent à l’Assemblée, Mélenchon aurait pu jouer son rôle de fédérateur de cette coalition, ce qui n’est désormais plus possible.

Vraisemblablement, le Front national aura peu - ou pas – de députés. On a pourtant vu Marine Le Pen exulter sur nos écrans. A-t-elle réussi son pari ?

A titre personnel, à Hénin-Beaumont, oui même si son élection n’est pas encore acquise. Au delà, je considère le FN comme l’un des vainqueurs du scrutin. Certains de ses candidats ont fait de bons scores, d’une part. D’autre part, la stratégie de mise sous pression de la classe politique entreprise par Marine Le Pen porte ses fruits. L’UMP peine déjà à avoir une ligne unitaire sur le comportement à adopter vis-à-vis du FN. Certains l’ont d’ores et déjà choisi plutôt que le PS [Nb : dans les Bouches-du-Rhône, le candidat UMP Roland Chassain a choisi de se retirer, espérant ainsi une victoire de la candidate FN face au socialiste Michel Vauzelle].

D’ailleurs, que le FN ait zéro ou trois députés n’empêchera pas son influence. Il serait trompeur de ne raisonner qu’en nombre d’élus, dans le cadre d’un scrutin uninominal.

Avec près de 35% des voix, l’UMP ne s’est pas du tout effondrée…

En effet, mais il n’y avait aucune raison à cet effondrement. Le bon score de Nicolas Sarkozy au second tour de la présidentielle laissait présager une bonne résistance de l’UMP. La droite est loin d’avoir disparu à la faveur de cette alternance.

D’ailleurs, c’est un détail qu’on oublie souvent, la moitié des circonscriptions a été redessinée, souvent à l’avantage de dignitaires de droite. L’UMP devrait donc avoir un nombre important de députés au soir du 17 juin. 

Quand au centre, va-t-il disparaître ?

Non. C’est plutôt l’aventure personnelle de François Bayrou qui risque de prendre fin. Mais il serait fort étonnant que notre vie politique ne sécrète pas un centre renouvelé. Cette famille politique est diverse (démocrate-chrétienne, radicale, etc.) mais elle existe.

En revanche, son maintien dans l’UMP n’est pas certain. Il semble d’ailleurs que cette entreprise singulière d’union des droites et du centre que constitue l’UMP ne va pas durer très longtemps. Entre la force centrifuge exercée par le FN sur une droite radicalisée d’une part, et l’hétérogène famille centriste d’autre part, les tensions sont amenées à s’accroître.

Lire et relire :
Recension du dernier livre d'Eric Dupin   CLICK
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mercredi 23 mai 2012

Législatives : l’OPA du Front national sur l’UMP a commencé




Les digues sont-elles en train de lâcher entre l’UMP et le Front national ? C’est l’hypothèse que formule Gaël Brustier dans Le Monde du 17 mai. L’essayiste y affirme en effet : « en quelques semaines, la droite et l'extrême droite françaises ont donc accéléré leur mutation, retardée pendant des décennies par Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen. Leur fond culturel s'est unifié et leurs électorats ont poursuivi leur long processus de fusion ».

En termes de « fond culturel », le rapprochement s’est accéléré pendant la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy ayant délibérément congédié la « tactique Guaino » qui l’avait porté au pouvoir en 2007, pour la remplacer par ce que l’on a appelé la « stratégie Buisson ».

C’est sous la houlette de Patrick Buisson, proche conseiller et ancien rédacteur en chef du journal Minute, que le président sortant a opéré un virage droitier spectaculaire, notamment durant cet entre-deux tour où les 6,4 millions de voix récoltées le 22 avril par de Marine Le Pen sont devenues un enjeu central. Il n’est qu’à revoir le clip de campagne de second tour du président sortant pour s’en convaincre: éloge appuyé des frontières, protection de « notre civilisation et de notre mode de vie » et promesse de diviser par deux les flux migratoires, venaient s’ajouter à la célébration des « racines chrétiennes de la France », présente à chaque meeting.

En choisissant d’épouser la doxa lepéniste pour en conquérir l’électorat, Nicolas Sarkozy n’a eu de cesse de légitimer le discours de Marine Le Pen. Par ailleurs, en faisant ce choix, il a participé activement à l’implosion prévisible de sa propre famille politique. Car le malaise et la désapprobation n’ont pas tardé à se faire sentir parmi les tenants d’une droite républicaine. Dès le lendemain de la défaite, la sénatrice Chantal Jouanno déplorait sur Marianne2 : « nous avons perdu en validant les mots du FN ».

Si l’on considère les électorats UMP et FN, les premiers sondages témoignent d’un rapprochement tangible. Selon une enquête Viavoice en date du 8 mai, 46% des sympathisants UMP et 80% de ceux du Front national seraient favorables à des accords électoraux entre les deux formations. Mais un sondage antérieur (6 mai) réalisé par L’Ifop estimait quant à lui à 54% le nombre de sympathisants UMP désireux d’accord électoraux pour les élections locales (minicipales, cantonales, régionales). Ceci fait dire à Gaël Brustier que « les digues s'affaisseront vraisemblablement en juin, mais devraient surtout s'effondrer au cours des élections locales de 2014 et 2015 ».

En réalité, dès début de la campagne législative, les lignes bougent déjà. Le Front national n’a pas choisi pour rien de mener la campagne sous cette appellation de « Rassemblement bleu Marine », qui fait grincer des dents les militants historiques. On savait que ce rassemblement avait pour but d’accueillir quelques « prises de guerre », comme l’avocat Gilbert Collard, ainsi que des « souverainistes » ne souhaitant pas se présenter sous l’étiquette FN. Il s’agissait en particulier, pour le Marine Le Pen, d’adouber les 34 candidats du SIEL (souveraineté, indépendance, et libertés), la petite formation de Paul-Marie Coûteaux.  Mais dès le lancement de l’attelage « bleu Marine » en mars, la patronne du FN voyait plus loin. Sous cette bannière se présenteraient  « des candidats du FN, des candidats du Siel mais aussi des candidats individuels qui nous ont rejoint, de partout, de la droite et de la gauche », affirmait-elle.

Nous sommes encore loin de voir affluer des ralliés « de partout ». Pourtant, c’est bien sur cela que compte Marine Le Pen. En excluant « tout accord entre partis » avec l’UMP mais en se déclarant ouverte à des discussion « au cas par cas », elle ouvre grand les portes de son rassemblement aux déçus de tout poil de la majorité sortante.  Simultanément, en annonçant d’ores et déjà de nombreuses triangulaires, celle qui pourrait maintenir une centaine de candidats au second tour sème habillement la panique chez certains députés de droite craignant pour leur mandat.

Parmi les députés UMP susceptibles de franchir le Rubicon, on a beaucoup parlé des « grognards » de la Doite Populaire. Il est vrai qu’il existe, entre ce groupe et le Front national, un certain nombre de convergences, que ce soit dans les domaines de l’immigration, de la sécurité, ou de ce qu’il est convenu d’appeler « l’identité nationale ». Le texte paru sur le site de la « Droite Pop' » le 13 mai et intitulé « Quatre priorités pour éviter le chaos migratoire » est limpide quant à la politique d'immigration que ces élus appellent de leurs vœux. Restreindre l’accès des étrangers aux logements sociaux, « réduire les allocations familiales versées aux familles immigrées » ou « restreindre le droit du sol », voilà qui rejoint très largement la « priorité nationale » et le retour au droit du sang défendus par Marine Le Pen.

Dans le même temps, Thierry Mariani et ses amis demeurent éloignés, sur certaines thématiques, de ce que Sylvain Crépon appelle le « Nouveau Front national ». Si Jean-Marie Le Pen fut qualifié en son temps de « Reagan Français », sa fille, elle, s’affirme antilibérale, eurosceptique et attachée l’intervention de l’Etat. A l’inverse, en termes d’orientations économiques, la Droite Pop’ veut « corriger le trop plein de l’Etat providence et ses effets néfaste », plaide pour une suppression du CDD mais en « rendant le CDI plus flexible » et prône une « Europe forte »[1]. Libérale, elle se montre ainsi plus proche du FN façon « Jean-Marie » que de la version « Marine ».

Surtout, on peut douter que le collectif dans son ensemble ait le désir immédiat de quitter l’UMP pour intégrer un Front national qui aurait tôt fait de l’engloutir. Jean-François Copé vient récemment d’accepter qu’à l’issue des législatives, les diverses composantes de l’UMP puissent se constituer en "courants". En termes d’indépendance, de visibilité, de marge de manœuvre, c’est sans doute la meilleure solution pour un collectif déjà clairement identifié dans l’opinion, disposant de membres médiatiques, bientôt d’un logo, et auprès desquels une « quinzaine d’universitaires » travailleraient actuellement pour étayer leur « corpus idéologique ».

Car Copé, pour éviter l’atomisation de l’UMP, transigera probablement sur une relative prise d’autonomie de la bruyante Droite Populaire. Sauf si, comme David Desgouilles en emet l’hypothèse, il venait lui-même à perdre le parti à la faveur d’une défaite aux législatives. Rappelant que Jean-François Copé avait été battu en 1997 suite à une triangulaire avec le FN et anticipant un scénario du même acabit en 2012, Desgouilles met en garde : « pour l’instant, la Droite Populaire reste fidèle à l’UMP car elle entretient de bonnes relations avec son chef, marqué à droite. Mais si Fillon en devenait le chef, Copé ainsi mis au rencard, Marine Le Pen pourrait dévorer un espace politique bien plus important ».

Bien plus que sur une bascule en rang serré de la Droite Pop’ vers le FN, c’est donc sur des ralliements individuels de ses membres que le Front national sait pouvoir compter. Même s’il affirme d’un côté que « l'UMP a intérêt à rester unie pour ne pas faire le jeu de Marine Le Pen », Thierry Mariani en convient lui-même : « une minorité d’élus de la Droite Populaire serait favorable à un rapprochement avec le FN ».

Sans doute songe-t-il alors à quelques figures des Bouches-du-Rhône. Car bien qu’elle ne soit arrivée ici qu’en troisième position, Marine Le Pen était tout de même en tête, au soir du 22 avril, dans trois circonscriptions du département. Sur l’ensemble des seize circonscriptions qu’il compte, elle obtenait 23,38% des suffrages, un score bien au dessus de son résultat national (17,9%).

Dès lors, anticipant de dangereuses triangulaires, les députés sortant de la Droite Populaire ne sont pas avares de clins d’oeils appuyés. Dominique Tian, par exemple, souhaite ne pas « être la droite la plus bête du monde en bunkérisant le FN ». Pour Valérie Boyer, « il n’y a aucune raison de se boucher le nez ». Quant à la maire d’Aix-en-Provence, Maryse Joissains, elle affirmait récemment : « les valeurs qu'a Marine Le Pen, je les ai toujours défendues ».  De ces œillades, le FN local a fort bien compris ce qu’il pouvait tirer. En témoigne ce mot du conseiller régional FN Bernard Marandat, rapporté par La Provence (12 mai): « des discussions existent avec l’UMP à Aix (…) il y a une grosse différence entre les élus UMP parisiens et ceux qui, ici, s'aperçoivent que nous avons beaucoup de valeurs communes (…) nous sommes prêts à les arranger aux législatives, mais pas gratuitement ».

De tels rapprochements, il n’y en aura pas forcément qu’en région PACA, et pas forcément qu’au sein de la Droite Populaire. Dans l’Ain, Olivier Eyraud, conseiller général UMP désormais exclu, vient en effet d’être investi dans la deuxième circonscription sous l’étiquette « Rassemblement bleu Marine ». Dans la Somme, c’est la figure de proue de Chasse, pêche, nature et tradition (CPNT, allié à l’UMP dès avant le premier tour de la prédidentielle), Nathalie Huart, qui vient de rallier le FN. Des cas isolés dira-t-on. Pour l’instant. Jusqu’à ce que d’autres, des élus de terrain poussés dans les cordes par la radicalisation de leur propre électorat et décomplexés par la légitimation des thèses lepénistes par le candidat Sarkozy lui-même, ne fassent à leur tour le choix du FN.

C’est, après tout, ce que Marine Le Pen a voulu, ce sur quoi elle a parié. En continuant pour la forme à prôner le « ni droite ni gauche », tout en s’ancrant, de fait, résolument à droite. En appelant au vote blanc au second tour de la présidentielle, tout en prenant Nicolas Sarkozy comme cible principale et en ménageant soigneusement François Hollande, comme dans son traditionnel discours du 1er mai. En créant un « Rassemblement », enfin, pour rassurer les transfuges, et leur permettre de la rejoindre sans craindre l’opprobre d’une candidature sous l’étiquette « Front national ».

Défaite le 6 mai, l’UMP entame un processus de décomposition qui pourrait aller plus vite que prévu, surtout si elle perd les législatives. Surtout si le détricotage de la zone euro, déjà entamé en Grèce mais dont on ne sait en aucune façon où il s’arrêtera, venait à donner un surcroît de crédit aux thèses eurosceptiques du «  nouveau » Front national.

Reste à la gauche, en face, à tenir le cap de la réorientation européenne promise par le nouveau président de la République d’une part, et à ne pas s’embourber, d’autre part, dans sa propre tentation identitaire et sociétaliste qui donnerait du crédit aux thèses identitaire de droite aussi sûrement que le négatif révèle la photographie. Double défi, vaste programme.


[1] Droite populaire : 12 propositions pour 2012

Lire et relire :
Front national : le nouveau parti de la liberté   CLECK

Boigraphie : Fourest et Venner versus Marine Le Pen   CLEYCK
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Populisme : est-ce que Mélenchon = Le Pen ?   CLACK
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A Lille, Marine Le Pen s'enferre à droite  CLOCK
Entretien sur le FN avec Sylvain Crépon  CLOUCK
Marine Le Pen appelle au vote blanc mais souhaite une défaite sarkozyste  CLONCK
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jeudi 26 avril 2012

Lionnel Luca : le blaireau de la République.




Pour Lionnel Luca, député UMP et ténor de la Droite populaire, une femme, c’est un peu comme un clébard.

Surtout si elle est la compagne du candidat socialiste. En meeting de soutien à Nicolas Sarkozy mercredi 25, et ainsi que le rapporte Nice Matin, il a vivement moqué « Hollande qui a retrouvé une femme, Valérie Rottweiler. Et c'est pas sympa pour le chien, ça ». L’élu, qui aime la gent canine au point de japper presque aussi bien, parlait évidemment de Valérie Trierweiler.

Une femme, c’est un peu comme un clébard, donc. Il y a d’ailleurs les femmes « lambda » et les femmes « de race ». Tenez, les Arabes par exemple. Celles-ci se décomposent elles-mêmes en deux catégories : les « bonnasses », et les boudins. Jugez plutôt la teneur en hydrogène sulfuré de cette flatulence verbale : « Fadela Amara, ben moi j'ai toujours préféré Rachida Dati, d'abord parce qu'elle est moins moche et parce qu'elle a fait campagne pour le président ». Prout !

Mais Lionnel [pourquoi tant de  "n" ?] Luca ne s’en tient pas là. Il est soucieux de mener à terme son numéro de bretteur « popu », en vertu des responsabilités « qui lui incombent et qui lui décombent », comme auraient dit les Inconnus. Il s’en prend donc à Nathalie Arthaud, « la bave aux lèvres. Je n'aurai pas aimé être élève dans sa classe » : Prout et re-prout !

En fait, Lionnel [quatre consonnes et trois voyelles] Luca n’aurait pas aimé être élève tout court. Et puis, dans le monde enseignant, comme chacun sait, il n’y a que des feignants syndiqués et des bonnes femmes dépressives. D’ailleurs, ces dernières feraient mieux de s’en retourner à leur cuisine, après avoir reçu la taloche de bon fonctionnement susceptible de les dissuader de l’ouvrir trop souvent. C’est vrai quoi, comment voulez-vous que Super Dupont poursuive sa petite carrière de parlementaire bas du front si les gonzesses viennent se mêler de faire de la politique ?

Enfin, les femmes vieillissent. Or si un homme chauve, ventripotent et rotant de la « Kro »  a toujours la possibilité d’aller au bordel, une femme qui prend de l’âge, elle, va à la poubelle. Et de déclarer au sujet d’Eva Joly : « enfin (elle est)  plutôt mûre. Le seul truc à récupérer chez elle, c'est ses lunettes, elles sont modernes ». Proooout !

Je ne sais pas si Lionnel Luca « se gratte les c… à table en écoutant Laurent Gerra », comme il est dit dans une chanson. Où s’il sort tout droit d’un numéro du « Gros dégueulasse » de Reiser.

En revanche, je ne doute pas un seul instant que quelques obsessionnels de la chasse au « politiquement correct », confondant volontiers « irrévérence » et « cuistrerie », auront tôt fait de classer le présent texte dans la catégorie « pleurnicherie crypto-féministe émanant de la gauche angélique ».

Afin de ne pas prêter le flanc à de si glaçantes critiques, je n’accablerai pas davantage Lionnel Luca. Je me bornerai, tout au contraire, à lui offrir cette chanson, qui, décidemment, lui va si bien.

( Prout ?)


(pour chanter en même temps, cliquez ici : CLICK)



lundi 5 mars 2012

Micro-trottoir 2012 : Bisounours ou Zorro ? Monique choisit Sarko !



Cet entretien a été réalisé dans le cadre du micro-trottoir 2012 de l’arène nue. Vous pouvez en consulter ici la rapide description, ainsi que les quinze premiers volets (un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, onze, douze, treize, quatorze, quinze). Je remercie vivement Monique, mon interlocutrice.
***

Monique a 73 ans et vit à Marseille. Après avoir été infirmière, elle est désormais retraitée. Le 22 avril prochain, elle votera pour Nicolas Sarkozy.

Vous avez voté pour Nicolas Sarkozy à la présidentielle de 2007. Pour qui voterez-vous cinq ans plus tard ?

Malgré les défauts et les faiblesses de Sarkozy je voterai à nouveau pour lui car il a un grand sens républicain. Il exprime une réelle envie de moderniser la France et pour cela, il faut du courage - ce dont il semble être pourvu - de l'autorité – il n’en manque pas, et le sens des responsabilités.

Vous lui reconnaissez pourtant des faiblesses. Quelles sont-elles ?

Il a, me semble-t-il un ego surdimensionné. C’est peut-être pour compenser le complexe de sa petite taille qui lui a valu des moqueries. Il a subi à ce sujet des humiliations mesquines et méchantes et cela l'empêche de tenir compte d'avis parfois plus éclairés.

Il a aussi, bien sûr, un style à l'emporte-pièce : il a oublié que notre vieux continent n'a pas la mentalité de l'Amérique. Je pense désormais qu'il en a pris conscience et que beaucoup d'errements de début de mandat resteront comme un brouillon, et lui serviront de leçon dans le cadre d’un deuxième mandat.

Vous dites que Nicolas Sarkozy a la volonté de "moderniser la France". Après les réformes déjà entreprises (réforme des retraites, par exemple), faut-il continuer ? Quelles modernisations vous semblent encore nécessaires ?

Je pense qu'il serait nécessaire de se pencher sur la gestion des hôpitaux et le statut des médecins, qui sont intouchables, et dont l’action continue de grever la Sécurité sociale. Ce sont les assurés en font les frais.

Par ailleurs une  mise à plat et une grande reforme des impôts serait souhaitable, ainsi que des aides sociales. Il n’est pas normal que la moitié des contribuables soient non imposables.

Enfin, il faut aller plus loin dans l'organisation du travail, qui est trop rigide en France, que la formation professionnelle soit mieux encadrée. Nous devons changer nos mentalités de fonctionnaires et d'assistés !

Vous désapprouvez l'assistanat. Mais comment faire autrement pour les gens qui subissent le chômage et ne peuvent vivre que de la redistribution et des aides ?

Ce n’est pas tout à fait ça : je désapprouve la façon dont est géré l'assistanat. Est-il normal que des allocations familiales soient encore versées aux riches gagnant plus de 7 000 € par mois ? Ni la droite ni la gauche ne se penchent sur ce problème ! Est-il normal que la gauche s'oppose à ce que les bénéficiaires  du RSA (ceux en capacité de le faire bien sûr) rendent a la collectivité quelques heures (payées) de leur temps ? On n'encourage pas l'effort  et cela me dérange qu'il y ait tant de fraudeurs et tout le monde le sait !

Alors de l’assistanat – et même plus – d’accord. Mais aussi, davantage d’encadrement et plus de contrôles (tiens, voilà un gisement de centaines d'emplois).  Il faut revaloriser le travail plutôt que l'assistanat, c’est une chose que voulait faire Sarkozy,  mais il s’est heurté à un tollé de la gauche qui l’a fait échouer. !

Pour changer de sujet, comment jugez-vous le soutien des dirigeants européens conservateurs à Nicolas Sarkozy, notamment celui d’Angela Merkel ? N'est-il pas risqué d'apparaître comme un candidat ayant besoin d'être légitimé par d'autres leaders ?

Peut-être mais c'est rassurant aussi de savoir que l'Allemagne accorde sa confiance à Sarkozy en ces temps difficiles pour la gestion de l'Europe. Ce soutien n’a rien d'illégitime. Il est plutôt de bon augure.

Que vous inspirent les polémiques générées par les ministres de Nicolas Sarkozy, notamment par Claude Guéant, qui ne cessent de faire "le buzz" ?

Je déteste les provocations volontaires de Guéant et je déteste les réponses de la gauche qui tombe toujours dans le piège ! Tout cela donne une bien piètre image de nos politiques et de leurs fonctions. Je vais finir par renoncer à m'intéresser aux élections !!!!

N'avez-vous jamais été tentée par un "petit" candidat de droite (Villepin, Dupont-Aignan), voire par un vote centriste ?

Je pourrais être tentée par un vote centriste s’il y avait un candidat costaud, capable de faire un gouvernement d'union nationale. Oui, oui ! Mais avec une droite toujours plus à droite et une gauche toujours plus à gauche cela parait très difficile. Et Bayrou ne semble pas faire le poids....

Vous parlez de "droite de plus en plus à droite" : Nicolas Sarkozy chasse-t-il (comme on le lui reproche parfois) sur les terres du Front national ?

Je ne sais pas répondre à cette question. C’est ce que l’on raconte, mais honnêtement, quel parti refuserait les voix du FN si cela lui garantissait la victoire ? Cette question parfaitement hypocrite fait polémique à chaque élection. Vous-même, pouvez-vous y répondre ?

Pour finir, auriez-vous un conseil à donner à Nicolas Sarkozy pour sa campagne ? Ou un souhait à formuler ?

Je lui donnerais le conseil que l'on m'a donné avant de commencer à toucher une carte au bridge "écoute, regarde et réfléchis". C’est essentiel pour une bonne analyse du jeu, que ce soit le jeu de carte ou le jeu politique.

Un souhait ? La réconciliation de tous les Français, bien mise a mal  en ce moment.

En tout cas, pour sourire un peu je dirais que je ne voterai pas avec enthousiasme mais qu'à choisir entre Zorro et Bisounours  je voterai ZORRO !!! 

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