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dimanche 5 mai 2013

Marche pour la « VI° République » : Mélenchon a-t-il brouillé son message ?



Photo prise par le blogueur Politeeks ( politeeks.info)


Difficile de savoir combien ils étaient vraiment, entre les 180 000 manifestants annoncés par les organisateurs et les 30 000 décomptés par la préfecture de Police (qui, initialement, ne devait pas s'exprimer). Ils étaient en tout cas nombreux à la « marche citoyenne » initiée par Jean-Luc Mélenchon et à exiger « d’en finir avec ces institutions issues d’une époque révolue ». C'est donc un succès pour le leader du Front de gauche.

Ce qui peut surprendre, en revanche, c'est le mot d'ordre. Il était certes question, en ce 5 mai, de dénoncer la crise et de combattre  la finance. Mais il s'agissait plus encore  de congédier « ces institutions soi-disant stables qui permettent des circulations intolérables entre la finance et la haute administration », puis de mettre en place une  « sixième République ».

On peut certes interpréter cela comme une volonté de dénoncer de manière large et exhaustive la politique menée par François Hollande. Pourtant, on aurait mieux compris une manifestation dirigée contre la seule austérité. Un mot d’ordre à caractère exclusivement économique et social aurait davantage collé au contexte. Alors même que de nombreuses voix s’élèvent aujourd’hui, jusqu’au sein de la commission européenne, pour mettre en doute la politique de rigueur menée jusque-là, on aurait compris que le Parti de gauche souhaite enfoncer le clou.

De plus, nombre de caciques du PS ont fait savoir, au sortir de la séquence sociétale du « mariage pour tous », qu’on entrait à présent dans une « deuxième phase du quinquennat », centrée sur l’emploi. Car il est évident que la priorité du moment est de redresser la situation économique. Ce n’est pas faire preuve d’un « économisme » marxisant que de dire cela. Au-delà de cinq millions de chômeurs, il ne faut pas moins d’économie, il en faut davantage.
 
Ce n’est donc pas le moment d’imaginer de nouvelles étapes dilatoires telles qu’un bouleversement institutionnel que pas grand monde, aujourd’hui, ne réclame.  Au contraire, même. Lorsque les Français se déclarent favorables, dans un sondage, à la « valeur d’autorité », ils ne se défient pas de « la construction pyramidale de la Vème République » vilipendée par Mélenchon. A l’inverse, ils la plébiscitent. Et lorsque 87% d’entre eux éprouvent le besoin de se doter d’« un vrai chef », ce n’est pas à un changement de régime qu’ils aspirent, mais au retour du fonctionnement normal de notre « monarchie élective ».
 
Le sentiment que la République dysfonctionne est certes partagé. Mais envisager en priorité des réponses institutionnelles n’est pas forcément la bonne approche. Evidemment, des erreurs ont été faites sur la question des institutions. Mélenchon dénonce avec raison, sur son blog « l’inversion des scrutins et le raccourcissement du temps des mandats (qui ont) produit des effets destructeurs de grande ampleur ». Mais c’est en 2000 que fut réduit le mandat présidentiel de cinq à sept ans, non en 1958. Et c’est à Lionel Jospin que l’on doit l’inversion du calendrier entre présidentielle et législatives, non au général de Gaulle.

Quant aux solutions que Mélenchon souhaite importer d’Amérique latine, on peut s’interroger sur leur efficacité potentielle. Si cette possibilité existait en France, quelles conséquences aurait un « référendum révocatoire », hormis le retour au pouvoir anticipé d’une UMP qui, en plus d’être plus radicalisée que jamais sur la question des valeurs, ne sait jouer d’autre partition économique que l’alignement sur la droite allemande ?

Or c’est bien cela - et non la question du régime - qui donne aujourd’hui le sentiment d’un blocage de la République : l’impression que l’offre politique s’est rétrécie et que l’alternance ne se réduit qu’à une succession du pareil et du même. Que, si le clivage droite/gauche demeure pertinent sur les questions de société, il a cessé de l’être sur celles de l’économie et du social, celles justement qui préoccupent le plus la population. Ou, pour l’exprimer comme René Rémond, que « la plupart des repères qui ont successivement dessiné les figures opposées de la droite et de la gauche et configuré leurs personnalités contraires ont singulièrement perdu de leur pertinence, pour ne pas dire entièrement ».

Davantage qu’une « sixième République, on s’attend donc à ce qu’un programme alternatif de gauche propose une rupture sur l’économie et le social, sur la lutte contre le chômage, mais aussi sur l’Europe. Sans doute Mélenchon en est-il conscient. Et il se prête volontiers à l’exercice, comme le montre sa récente interview par Jean-Jacques Bourdin. S’il y rappelle brièvement son attachement au démantèlement du « pouvoir monarchique », la majeure partie de ses propositions – quelqu’opinion qu’on en ait– vise bien à remplacer une politique de l’offre par une politique économique qui favorise la demande : titularisation des précaires de la fonction publique, interdiction des contrats précaires dans le privé, des licenciements boursiers, réorientation de l’Europe via une opposition à la politique de la CDU allemande. Ainsi, sur RMC, la question des institutions est-elle rapidement évacuée pour faire place à au déroulé d’un programme économique.
 
C’est qu’encore une fois, la « sixième République » ne présente aucun caractère d’urgence. Davantage que la rupture du cadre institutionnel, c’est le rétablissement de son fonctionnement normal qui est souhaitable, avec le retour à une véritable alternance gauche/droite. Dès lors, on est tenté d’acquiescer lorsque Bertrand Renouvin explique sur son blog : « si Jean-Luc Mélenchon avait appelé à manifester contre les oligarques, je me serais mêlé au cortège pour marcher avec des Français qui sont en colère pour de bonnes et simples raisons. L’appel à la « sixième République » m’en écarte. L’objectif est illusoire et la marche protestataire va se réduire à une opération de diversion ».

Une diversion, ou peut-être un mot d’ordre facile, que l’on retient, qui marque les esprits. Un slogan court et percutant que l’on scande aisément dans une manifestation. Presque une « une » de quotidien en soi. Mais qui présente un inconvénient essentiel : il brouille en partie le message.
 
 
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Je monte le chon, le tombe le calechon, je vote Mélenchon  CLECK
 

mardi 12 juin 2012

Eric Dupin: « Le PS peut espérer obtenir seul la majorité absolue à l’Assemblée »




Eric Dupin est journaliste politique. Il collabore au site Rue89.
Il est l'auteur de plusieurs ouvrages notamment La Victoire empoisonnée, Seuil, 2012


Coralie Delaume. Lors du premier tour du scrutin législatif, l'abstention s'est élevée à 42,8%. Le record de 2007 est donc battu. Nous venons de connaître le taux de participation le plus faible de la V° République pour des législatives. Quels enseignements en tirer ?

Eric Dupin. J’en tirerai trois conclusions. Tout d’abord, cela a beaucoup été dit, lorsque des élections législatives se tiennent après une élection présidentielle, l’abstention est toujours élevée. Ce fut le cas en 1981 et 1988 après les dissolutions décidées par François Mitterrand.

Mais c’est d’autant plus vrai lorsque n’intervient pas cet acte « dramatique » qu’est la dissolution de l’Assemblée, et que les législatives n’apparaissent alors que comme un scrutin de ratification de la présidentielle. Ce qui est désormais systématique en vertu de l’inversion du calendrier électoral décidé par Lionel Jospin en 2000. Après l’élection reine qu’est la présidentielle, le corps électoral considère qu’il a déjà choisi.

Voilà pour les raisons techniques. Mais l’abstention a d’autres causes, qui expliquent pourquoi elle est croissante. Sous l’effet d’un effacement progressif des identités collectives, le devoir civique est de moins en moins ressenti comme tel. Les plus jeunes des électeurs, notamment, se sentent moins concernés.

La troisième raison, enfin, réside dans les désillusions qui frappent les électeurs, après plusieurs alternances qui ne leur ont pas paru constituer des alternatives. Il y a cette impression - notamment dans les classes populaires mais pas seulement – que le pouvoir change de couleur sans changer de politique. J’ai eu l’occasion de mesurer cet état d’esprit désabusé lors des entretiens que j’ai menés pour mon dernier livre La Victoire empoisonnée.

Le score de la gauche - près de 47 % - vous semble-t-il très élevé ?

Non. C’est loin d’être le raz-de-marée rose de 1981 ou bleu de 1993. On s’achemine vers une majorité franche de gauche, mais assez symétrique à ce que fut la majorité de droite en 2007. Cohérents, les Français donnent une majorité au président qu’ils ont élu, lui offrant ainsi la possibilité d’appliquer son programme. Pour autant, cette majorité n’est pas écrasante.

Au sein de la gauche, le PS obtient plus de 34% des suffrages, ce qui est conséquent…

Si on réalise une projection des résultats du 10 juin, le PS, avec ses satellites (PRG et divers gauche) peut espérer obtenir seul la majorité absolue des sièges à l’Assemblée. C’est pour moi une surprise, je m’attendais plutôt à une majorité relative. Il pourrait donc se passer, lors des votes au Palais-Bourbon, des écologistes d’EELV, mais surtout du Front de gauche. Or politiquement, cela n’est pas négligeable. Si les désaccords sont moindres entre socialistes et écologistes, ils sont réels entre le PS et le FDG, notamment sur les thématiques économiques.

Le Front de gauche semble le grand perdant de ce premier tour…

Oui : c’est spectaculaire. Et dramatique pour lui. C’est la première fois que les communistes, notamment, vont voir la gauche parvenir au pouvoir et, dans le même temps, leur nombre de députés se réduire, de 16 actuellement à une dizaine probablement.

Comment l’expliquer ?

Par la continuation du déclin communiste dans ses bastions historiques. Dans certains « fiefs » du PCF, le candidat socialiste a devancé le communiste. C’est le cas pour les communistes Jean-Pierre Brard ou Patrick Braouezec en Seine-Saint-Denis. Même chose dans un autre bastion historique, en Seine-Maritime, qui perdra ses deux députés PCF.

Quand au Parti de gauche, il demeure une jeune formation sans réels bastions, ce qui est très pénalisant dans le cadre d’un scrutin uninominal. Ainsi, même des personnalités connues comme François Delapierre ou Eric Coquerel ont échoué dans l’Essonne et en Corrèze. Le PG ne devrait donc avoir qu’un député, Marc Dolez, personnellement très implanté dans le Pas-de-Calais.

La stratégie de Mélenchon à Hénin-Beaumont, que vous aviez qualifiée de « faute politique », est-elle à mettre en cause ?

Non, si ce n’est pour son sort personnel. En choisissant d’aller défier Marine Le Pen sur ses terres, Mélenchon s’est enfermé dans une ligne idéologique peu adaptée au terrain local. Ses attaques violentes à l’encontre du candidat socialiste risquent de rendre difficile le rassemblement de la gauche au second tour et favoriser l’élection de Marine Le Pen.

Pour la suite, la quasi-absence du Parti de gauche au Palais Bourbon risque de fragiliser le Front de gauche, qui reste une coalition, avec des sensibilités différentes. Par exemple, le PG refuse par principe toute participation au gouvernement alors que le PCF entend se déterminer à l’issue du scrutin législatif. Présent à l’Assemblée, Mélenchon aurait pu jouer son rôle de fédérateur de cette coalition, ce qui n’est désormais plus possible.

Vraisemblablement, le Front national aura peu - ou pas – de députés. On a pourtant vu Marine Le Pen exulter sur nos écrans. A-t-elle réussi son pari ?

A titre personnel, à Hénin-Beaumont, oui même si son élection n’est pas encore acquise. Au delà, je considère le FN comme l’un des vainqueurs du scrutin. Certains de ses candidats ont fait de bons scores, d’une part. D’autre part, la stratégie de mise sous pression de la classe politique entreprise par Marine Le Pen porte ses fruits. L’UMP peine déjà à avoir une ligne unitaire sur le comportement à adopter vis-à-vis du FN. Certains l’ont d’ores et déjà choisi plutôt que le PS [Nb : dans les Bouches-du-Rhône, le candidat UMP Roland Chassain a choisi de se retirer, espérant ainsi une victoire de la candidate FN face au socialiste Michel Vauzelle].

D’ailleurs, que le FN ait zéro ou trois députés n’empêchera pas son influence. Il serait trompeur de ne raisonner qu’en nombre d’élus, dans le cadre d’un scrutin uninominal.

Avec près de 35% des voix, l’UMP ne s’est pas du tout effondrée…

En effet, mais il n’y avait aucune raison à cet effondrement. Le bon score de Nicolas Sarkozy au second tour de la présidentielle laissait présager une bonne résistance de l’UMP. La droite est loin d’avoir disparu à la faveur de cette alternance.

D’ailleurs, c’est un détail qu’on oublie souvent, la moitié des circonscriptions a été redessinée, souvent à l’avantage de dignitaires de droite. L’UMP devrait donc avoir un nombre important de députés au soir du 17 juin. 

Quand au centre, va-t-il disparaître ?

Non. C’est plutôt l’aventure personnelle de François Bayrou qui risque de prendre fin. Mais il serait fort étonnant que notre vie politique ne sécrète pas un centre renouvelé. Cette famille politique est diverse (démocrate-chrétienne, radicale, etc.) mais elle existe.

En revanche, son maintien dans l’UMP n’est pas certain. Il semble d’ailleurs que cette entreprise singulière d’union des droites et du centre que constitue l’UMP ne va pas durer très longtemps. Entre la force centrifuge exercée par le FN sur une droite radicalisée d’une part, et l’hétérogène famille centriste d’autre part, les tensions sont amenées à s’accroître.

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Entretien avec Bernard Conte sur l'économie, l'Europe   CLICK
Entretien avec Catherine Kintzler sur la laïcité   CLACK
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Entretien avec Hervé Juvin sur l'économie, l'Europe   CLOUCK
Entretien avec Laurent Bouvet sur "la gauche et le peuple" 1/2 puis 2/2
Entretien avec Sylvain Crépon sur le Front national   CLYCK
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lundi 11 juin 2012

Quelles conclusions tirer de la défaite de Mélenchon ?




A Hénin-Beaumont, Jean-Luc Mélenchon a perdu son pari. Il n’est arrivé qu’en troisième position derrière Marine le Pen, qu’il était venu défier sur ses terres, et derrière le socialiste Philippe Kémel. « Méluche » a pris acte, hier soir, de sa défaite, à l’occasion d’un discours où on lui découvrit un visage accablé qu’on ne lui connaissait guère.

Lorsqu’il a décidé d’être candidat dans la « circo 6211 », Mélenchon a été accusé de tout, et, en premier lieu, d’être devenu « accro » aux caméras et aux micros. Si tel était le cas, il l’aura payé cher. Au terme d’une campagne féroce, son image d’homme radical, voire incontrôlable, s’est affermie. Des faux tracts aux noms d’oiseaux, et jusqu’à l’incident ayant eu lieu dans un bureau de vote de Méricourt, les « deux Fronts » se sont jetés l’un contre l’autre avec une grande violence. Or les électeurs du Front national tendent à lui pardonner ses excès. C’est même souvent cela qu’ils lui demandent : de l’intransigeance et de la dureté. Las, ce n’est pas ça qu’attendent les électeurs de gauche. Aussi ont-il préféré le candidat « normal » Philippe Kémel au turbulent Mélenchon.

On a aussi vu, dans la démarche de l’ancien présidentiable, une volonté de jouer un « troisième tour » face à Marine Le Pen, qui l’avait largement devancé au soir du 22 avril. C’est en effet très probable. Hélas, chez Mélenchon, l’audace a primé la lucidité politique. En s’enferrant dans un antifascisme romanesque, le candidat courrait à l’échec. Car il ne suffit plus de scander « F comme fasciste, N comme nazi » ou de tonner « no pasaràn » pour convaincre les électeurs de Marine Le Pen de se détourner d’un FN dont la démarche de « dédiabolisation » s’avère un succès. En faisant de la lutte contre le FN son principal argument, Mélenchon ne fait que rejoindre, finalement, le très bourgeois journal Libération, qui titrait encore récemment au sujet du Rassemblement bleu Marine : « néo, mais fachos ».

Sauf qu’à Hénin-Beaumont, on est sans doute bien moins perméable aux postures de la gauche morale qu’on ne l’est dans le XI° arrondissement de Paris. Dans ce Pas-de-Calais désindustrialisé, le discours eurosceptique, anti-mondialisation et protectionniste de Marine Le Pen fait mouche. Au point que le vote FN y est devenu – il faudra bien s’y faire – un vote d’adhésion plus qu’un vote de rejet.

Quant au discours anti-immigrés il séduit un public ayant subi dans sa chair l’impitoyable concurrence qui se joue sur le marché de l’emploi. Davantage, en tout cas, que les déclarations certes généreuses, certes humanistes, mais fort peu pragmatiques d’un Mélenchon dont l’appétence pour la libre circulation des personnes n’est finalement qu’un avatar gauchisé de la doxa libérale. Dans Le Nouvel Observateur, Laurent Joffrin l’exprime en ces termes : « un candidat qui proclame à tous vents que l’immigration ne pose aucun problème ne saurait remporter un grand succès auprès des ouvriers et des employés, qui craignent la concurrence d’une main d’œuvre sous-payée et corvéable à merci ».

Ajoutons à cela que le « folklore » ouvriériste du Front de gauche, dans ce Nord échaudé par un réel très dur, ne prend plus. Il ne suffit plus d’invoquer le Germinal de Zola ou d’entonner « au Nord, c’étaient les corons » pour convaincre. Les enfants de mineurs savent que le passé ne reviendra pas. Ils attendent donc des politiques qu’ils leur proposent un avenir ou, a minima, qu’ils prennent en compte leur présent. Membre du collectif « Gauche populaire », Denis Maillard l’explique fort bien: « l'ouvriérisme nostalgique sans lien avec le contexte économique et les réalités de la mondialisation, notamment en ce qui concerne l'immigration, conduit à un échec dans les milieux populaires (…) se faire photographier sur fond de terril, c’est passer à côté de ce qu’est le travail aujourd’hui (…) une nouvelle économie est née également, avec de nouvelles pénibilités : toute une économie de services avec des travailleurs, souvent pauvres, qui sont considérés comme des employés par la nomenclature de l’INSEE alors qu’ils sont en réalité de vrais ouvriers des services ».

Jean-Luc Mélenchon, pourtant, aura fait montre d’un réel panache. En choisissant une circonscription où rien n’était assuré, il aura fait, comme le dit Eric Dupin, une « courageuse erreur politique ».

En outre, l’homme n’est pas de ceux qu’on a besoin de supplier : il a concédé sa défaite très vite, et reconnu la légitimité de Philippe Kemel, tout comme il avait appelé à « faire battre Sarkozy » au soir du premier tour de la présidentielle, sans ambiguïté et sans rien négocier. Ce type d’élégance est suffisamment rare pour mériter qu’on y réponde par une élégance équivalente. Aussi le Parti Socialiste aurait-il pu faire un geste, en favorisant l’élection de Mélenchon. Ce dernier, en plus d’un tribun exceptionnel, aurait été un aiguillon utile pour la gauche au sein du Palais Bourbon.

Toutefois, au terme d’une présidentielle en demi-teinte et d’une campagne législative ratée, force est désormais de l’admettre : on ne combat le Front national ni par l’injure disqualifiante, ni par la réactivation d’une mythologie de gauche faite de drapeaux rouges, d’Internationale, et de scansion de slogans de type : « d’une rive à l’autre de la Méditerranée, nous sommes tous frères ».   

Il faut prendre acte que le vote FN n’est plus un vote de mécontentement mais un vote de conviction, s’interroger sans a priori et sans tabou sur les raisons de son succès et inventer, désormais, les vraies parades. C’est à ce prix que les socialistes, qui détiendront très prochainement tous les leviers d’action nécessaires, pourront transformer ce qui ne sera dabord qu’un succès dans les urnes, en véritable et durable victoire idéologique.

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Populisme : est-ce que Mélenchon = Le Pen ?  CLICK
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Recension de l'enquête sur le "nouveau" Front national de Sylvain Crépon  CLOCK
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vendredi 24 février 2012

DPDA : Marine Le Pen est une "présidentiable scrogneugneu"



Le 29 septembre 2011, Marine Le Pen tenait un colloque sur le thème « comment redresser l’école ? ». Elle le concluait par quarante minutes d’un discours de bonne facture, que n’auraient pas renié les républicains les plus ombrageux. Elle y listait notamment les mesures de bon sens à prendre pour « restaurer l’autorité des professeurs » selon l’expression consacrée.

Hélas, elle omettait de répondre à la question suivante : « bonnet d’âne ou mise au piquet, quelle attitude adopter face aux élèves boudeurs ? ». On ne l’a jamais tant déploré qu’hier soir, en découvrant stupéfaits, dans l’émission Des Paroles et des Actes (DPDA) de France2, un nouvel archétype de la politique contemporaine : la « présidentiable scrogneugneu ».

Hier 23 février, Marine Le Pen était en effet l’invitée de DPDA. Il est de tradition, dans cette émission, que le politique mis à l’honneur soit confronté à un contradicteur, à l’occasion d’un débat d’une vingtaine de minutes. Face à Marine Le Pen, France2 avait choisi Jean-Luc Mélenchon.

Que la chaîne ait espéré faire le show en réunissant tous les ingrédients d’un combat dans la boue n’est pas contestable : France2 voulait du sang. Par ailleurs, il est devenu classique d’opposer Le Pen et Mélenchon, en traçant entre ces deux-là un insidieux petit signe « égal », et en prononçant le mot magique : populisme.

L’ayant senti, et n’étant pas forcément disposée à jouer la bête de foire, il n’est pas absurde que la présidente du Front national - qui avait par ailleurs déjà débattu avec Mélenchon sur BFM - ait souhaité se voir opposer un autre adversaire. Elle donc exigé - et obtenu - d’être confrontée à cacique de l’UMP, et pour cause : lorsque l’on prétend créer la surprise au premier tour de la présidentielle, lorsque l’on souhaite appraître, non comme un candidat de seconde zone, mais comme un outsider sérieux, c’est bien avec l’un des deux « gros », PS ou UMP, qu’il faut débattre.

Enfin, et elle le savait, c’était pour Le Pen l’occasion de briller. Elle y est d’ailleurs parvenue sans peine face à Henri Guaino, à l’occasion du premier débat de la soirée : il n’était pas très difficile de mettre en difficulté ce national-répubicain brillant, mais qui a renoncé à tout ce en quoi il croit pour se muer en « provider de respectabilité gaullienne » au service de Nicolas Sarkozy.

Pour autant, France2 tenant à son combat de rue, le débat avec Jean-Luc Mélenchon avait été maintenu. Ce sont hélas des choses qui arrivent : il ne suffit pas de tempêter et d’exiger pour obtenir ce que l’on souhaite. Une candidate à l’élection suprême devrait se faire à l’idée : le réel est parfois têtu, et face à lui, on compose.

Cela n’a pas été le choix de Marine le Pen. Opposée au candidat du Front de gauche, celle qui, l’instant d’avant, avait accepté de débattre avec un simple conseiller parce que c’était commode, a préféré…bouder !

Les téléspectateurs de DPDA ont donc assisté, pendant vingt minutes, à un moment de télévision surréaliste, pendant lequel ils ont pu voir une présidentiable éviter systématiquement le regard de son adversaire, et s’adresser à David Pujadas au lieu de répondre à Mélenchon, donnant ainsi l’impression d’être une gamine perdue préférant « tout dire à la maîtresse » plutôt que d’affronter courageusement le garçon qui vient de lui tirer les couettes. La candidate fit même semblant de lire le journal cependant que son contradicteur essayait vainement de lui faire desserrer les dents. Enfin, lorsque, de guerre lasse, il lui suggérait de quitter le plateau, Marine le Pen répondait « c’est un petit peu mon émission ». Elle aurait pu ajouter « c’est toi qui l’as dit c’est toi qui l’es, nananère »,  car on n’était plus à une incongruité près.

Ce non-débat, qui permit au passage à Mélenchon de faire quelques bons mots et de mettre les rieurs de son coté, avait de quoi mettre mal à l’aise. Il n’est jamais agréable d’assister à un crash télévisuel en direct, quelque idée que l’on se fasse de la personnalité qui en est l’objet, et  même s’il a été prémédité : Le Pen n’avait-elle pas assuré, avant l’émission, réserver aux téléspectateurs « une grosse surprise » ?

En tout état de cause, il sera difficile à la frontiste, dans la suite de la campagne, de continuer à se présenter comme une « victime du système médiatique». Celle qui passe son temps à récriminer contre l’intolérable partialité de la télévision publique, a en effet choisi de refuser une tribune qui lui était offerte. Ce faisant, l’autoproclamée « candidate du peuple » s’est permise de prendre en otage des milliers de téléspectateurs qui en conserveront probablement cette certitude : Marine Le Pen a peur de Jean-Luc Mélenchon.

Enfin, en adoptant une attitude de repli boudeur, Marine Le Pen aura probablement écorné sa réputation de duettiste courageuse et combative. Dans l’esprit de beaucoup, l’image de la « présidentiable scrogneugneu » croisant les bras et fronçant le nez comme un écolier privé de dessert, restera gravée pour longtemps.

Désormais, une chose est certaine : la petite Marine est encore un peu jeunette pour être présidente de la République. On mouche son nez, on mange un Kinder, on prend un peu d’âge, de maturité, de sang froid, et on réessaie…en 2022 ?

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mercredi 8 février 2012

Populisme : est-ce que Mélenchon = Le Pen ?



[Ce texte est également disponible sur Causeur.fr]

« Mélenchon – Le Pen, le match des populismes » titrait Le Monde d’hier soir, 8 février. Passant devant un kiosque et voyant cela, je demeurais longuement interdite, bras ballants et bouche bée, jusqu’à ce qu’une kiosquière ayant dans le regard quelque chose de Frédéric Lefebvre ne m’interpelle dans un français agraire et imagé, ayant dans l’indigence quelque chose de Nadine Morano : « elle veut kèk’chose, la dame ou elle prend l’frais ? » [1]. Sursautant sous l’effet des reproches âpres et vigoureux formulés par l’hybridation funeste du secrétaire d’Etat et de la Ministre, j’achetais prestement un exemplaire du quotidien.

Qu’y découvris-je ? Un scoop, assurément. Il paraît en effet que la candidate du Front national et celui du Front de gauche défendent « deux programmes radicalement opposés pour conquérir l’électorat populaire ». Palsambleu ! En se voyant servir de pareilles novelletés, on ne peut que s’ébaudir avec respect ! Ainsi, se surpassant comme jamais, le « quotidien de référence » nous explique-t-il que les deux « populistes » [sic] n’ont pas tout à fait la même approche du droit des femmes, du mariage homosexuel, et que Jean-Luc Mélenchon n’est que très moyennement adepte de la « préférence nationale ». Je ne regrette décidemment pas mon euro et les cinquante centimes attenants.

Dès lors, qu’est-ce donc qui autorise un journal aussi sérieux que Le Monde à compromettre sa légendaire impartialité en mettant ainsi un signe « égal » entre Le Pen et Mélenchon ? La réponse en est très simple : l’un et l’autre courtisent à la fois l’électorat populaire, et « la France du non ». Et Dieu sait qu’au Monde, « la France du non », on n’aime pas trop. Sept ans plus tard, je me souviens encore avoir failli renoncer à la lecture du journal vespéral après avoir lu dans ses colonnes que les électeurs ayant voté « non » au  référendum sur le Traité constitutionnel européen (TCE) étaient atteints de difficultés d’ordre « psychanalytique ».

Je n’approuve certes pas l’attitude de « Méluche » lorsqu’il traite « Marine » de « semi-démente ». D’abord parce que je goûte peu l’injure, ensuite parce que je trouve cela tactiquement malhabile.

Pour autant, doit-on considérer, parce qu’un homme a un caractère un tantinet affirmé, qu’il n’est rien d’autre qu’un « populiste », autrement dit, un démagogue ? Faut-il promettre du sang, des larmes, une rigueur budgétaire de silex et une austérité de plomb pour apparaître comme un présidentiable sérieux ?

Je ne crois ni à l’une ni à l’autre de ces deux propositions. Et, comme je n’imagine pas un seul instant que le quotidien fondé par Hubert Beuve-Méry ait souhaité discréditer le candidat le plus à gauche de la course présidentielle, je me vois contrainte à vous révéler la terrible conclusion de mon analyse: Le Monde a décidé de décontaminer la pensée du Front national !


[1] Je tiens à préciser ici que je ne suis nullement prolophobe. En revanche, je suis redoutablement saloperiephobe. Ainsi, quand j’entends un Ministre de la République se gausser du physique d’une candidate à l’élection suprême, fut-ce la candidate écologiste, je ne retiens plus aucun des coups bas que me dicte le mépris haineux suscité par l’expression publique de l’indécence, de la sottise, du manque d’éducation, de générosité et de retenue, bref, par l’étalage inconséquent de la plus brutale et de la plus crasse des conneries.

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vendredi 3 février 2012

Micro-trottoir 2012 : Chloé, conquise et acquise à Hollande




[Cet article est également disponible sur Marianne2]

Cet entretien a été réalisé dans le cadre du micro-trottoir 2012 de l’arène nue. Vous pouvez en consulter ici la rapide description, ainsi que les sept premiers volets (un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept). Je remercie vivement Chloé, mon interlocutrice.

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Chloé a 40 ans, et vit dans un département rural. Elle fait du conseil et de l’accompagnement de projet dans la fonction publique d’Etat. Jamais engagée politiquement jusqu’à cette année, elle se sent proche, aujourd’hui, des idées d’Arnaud Montebourg. Elle votera pour Hollande.

Vous avez décidé de voter pour François Hollande à la présidentielle de cette année. Comment s'est effectué ce choix ?

Cela n'a pas été quelque chose d'évident pour moi ! Lors de la primaire socialiste, mon choix s'est porté sur Montebourg sans hésitation. Je trouvais qu'il était celui qui avait situé le plus justement les enjeux politiques du contexte actuel, notamment l'articulation entre économie et démocratie.

Si j'ai apprécié que ses idées laissent une empreinte, les mois qui ont suivi ont été très frustrants pour moi. J'avais le sentiment d'une régression, d'un appauvrissement du débat. A gauche, seul Mélenchon me semblait avoir un discours lisible : j'ai parfois été tentée, je l’avoue.

J'attendais surtout avec impatience que le gagnant de la primaire se démarque, s'affirme enfin comme un candidat digne du premier parti de gauche. Le discours de Hollande au Bourget a suscité en moi un vrai frémissement en sa faveur : dans ses propos, on trouvait enfin l'affirmation de valeurs de gauche, enfin la volonté de s'attaquer aux nœuds des problèmes ! Ma résolution à voter pour lui n'est plus de même nature : j'envisageais de le faire "faute de mieux". A présent, je vais le faire par conviction.

Quels sont les sujets qui vous tiennent particulièrement à coeur, que vous avez trouvés chez Montebourg  puis chez Mélenchon et que vous ne trouviez pas, jusque là, chez Hollande ?

J'attends d'abord de la gauche qu’elle replace l'humain au cœur de son projet politique, afin de combattre cette espèce de moins-disant culturel qu'ont instauré Nicolas Sarkozy et toute sa clique. Dans mon environnement professionnel, j'assiste depuis plusieurs années à un formidable recul de tout ce qui entretenait le lien social dans notre pays. Les structures publiques et associatives n'ont plus les moyens d'accomplir leurs missions, l'emploi se précarise, les inégalités se creusent, les jeunes ont du mal à se bâtir un avenir.

En entendant Montebourg lors du premier débat de la primaire, j'ai pris conscience que nous avions besoin, plutôt que de mesures "sparadrap", de s'attaquer aux fondements du système économique. Les aides sociales se justifient par la solidarité avec les plus démunis, mais pour pouvoir continuer à les mobiliser, il faut s'attaquer à d'autres injustices beaucoup plus structurelles. C'est dans ce sens que j'ai compris ses propositions pour la régulation du système financier, pour une relance industrielle assortie d'un protectionnisme à l'échelle européenne, ou pour le développement du capitalisme coopératif et la "mutation écologique".

Avez-vous choisi François Hollande au second tour de la primaire socialiste ?

Pas du tout : j'ai voté blanc. Malgré les réponses d’Aubry et d’Hollande à la lettre que leur avait envoyée Montebourg, j'ai ­­­­– à ce moment-là ­– davantage retrouvé ses thématiques dans les propositions de Front de gauche qu'au PS. Je trouve regrettable que Mélenchon soit aujourd'hui caricaturé comme le fut le FN en son temps, car il a – tout comme Dupont-Aignan plus à droite – des choses à apporter au débat politique, sur l'économie, l'Europe, et la société.

Dans ce cas, comment en êtes vous venue à choisir François Hollande alors même que vous sembliez davantage attirée par le Front de Gauche après que la primaire socialiste a pris fin ?

Même si je lui reconnais une certaine pertinence, la vision de Mélenchon est parfois irréaliste et surtout trop clivante. Gouverner, c'est savoir proposer un projet de société qui conjugue les intérêts de toutes les catégories de français, sans mettre les gens dos à dos.

Jusqu'à peu, j'envisageais de voter Hollande par simple élimination, pour soutenir le seul candidat de gauche capable de remporter l'élection. Mais depuis le Bourget, ma considération pour lui a grimpé de deux ou trois crans. Et pas seulement parce qu'il a "fait des concessions" en intégrant certaines des idées de Montebourg, ou parce qu'il a développé des propositions plus sociales, plus en phase avec les besoins de la population.

Il m'a semblé avoir pris une autre dimension, avoir gagné en consistance. Son discours a sonné vrai, il était plus construit, plus abouti, comme s'il avait enfin trouvé le sens de sa candidature. Je crois qu'il a compris que nous attendions de lui d'être digne, à l'écoute, généreux humainement, et juste dans ses choix. Après la période que nous avons traversée, avoir une telle démarche augure d'une bonne gouvernance.

Finalement, vous avez été convaincue par un homme que vous trouviez banal, et qui a "pris de la consistance" selon vos termes. Dois-je en déduire que vous ne souhaitez en rien un président "normal" ?

Oui et non. J'ai bien aimé qu’Hollande renvoie ainsi Sarkozy à ses excès ! Il n'empêche que la V° République est organisée autour du Président. Du coup, pour prétendre à cette responsabilité, il faut vraiment avoir un tempérament qui sorte de l'ordinaire. C'est une nécessité, même si c'est loin de correspondre à mon idéal démocratique.

Hollande vous a conquise lors de son discours du Bourget. Votre adhésion demeure-t-elle intacte après qu'il a dévoilé son programme, puis participé à une longue émission sur France2 jeudi 27 janvier ?

Sans hésitation ! Il a mis en avant des priorités qui me conviennent : la régulation bancaire, la justice fiscale, les investissements facteurs de développement économique et social, le soutien aux PME, la lutte contre l'emploi précaire, l'amélioration des institutions politiques… Sans compter la protection des plus faibles, la priorité donnée à l'éducation et à l'emploi des jeunes, … Je ne peux pas tout citer, mais l'ensemble va dans le bon sens.

Les sondages sont très bons pour lui. Pensez vous que votre candidat a déjà gagné l'élection présidentielle ?

Je n'aime pas ce pouvoir que l'on accorde aux sondages de dicter l'avenir. Leurs méthodes sont loin d'être parfaites et leurs résultats ne sont pas des prédictions, d'autant plus qu'il reste encore pas mal d'indécis. Leur accorder autant de poids et faire comme si tout était joué d'avance est préjudiciable pour la démocratie.

Hollande sera de plus en plus soumis aux rapports de force de la campagne pendant les mois qui restent, et c'est très bien. Ce n’est pas parce qu'il est favori qu'il n'a plus besoin de convaincre ! Il faut que le débat de fond continue. Que les gens discutent en famille, entre amis et dans la rue, que la société civile pousse à approfondir les idées, à étendre les propositions

Quel serait, selon vous, son adversaire idéal au second tour ?

Je ne me pose pas la question. Je vois l'élection présidentielle comme un moment où la démocratie s'exprime de manière plus intense, en subissant toutes sortes d'influences. Les gagnants du second tour seront ceux autour desquels se cristallise l'opinion à cet instant, et il faudra en tirer des enseignements. Pas comme en 2002, où, passé le soulagement d'avoir refoulé Le Pen, les responsables politiques se sont bien gardés de questionner le système qui fait l'objet d'une telle contestation.


Ce qui m'intéresse davantage, si Hollande gagne, ce seront ses choix pour un futur gouvernement. J'espère bien que Montebourg y sera, pour continuer à insuffler sa logique de rénovation. Personnellement j'ai déjà commencé à m'investir dans son mouvement, "La rose et le réséda", pour y participer à mon niveau.

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vendredi 13 janvier 2012

Micro-trottoir 2012 : pour Jérôme, aucun doute, c'est Mélenchon.



[ ce texte est également disponible sur Marianne2 ]

Cet entretien a été réalisé dans le cadre du micro-trottoir 2012 de l’arène nue. Vous pouvez en consulter ici la rapide description, ainsi que le premier volet. Je remercie vivement Jérôme, mon interlocuteur.
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Jérôme a 47 ans. Après avoir enseigné vingt ans dans une ZEP, il est aujourd’hui écrivain, et vit dans le Nord-Pas-de-Calais. Militant de longue date, il a d’ores et déjà arrêté son choix : en 2012, il votera pour le candidat du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon.

Coralie Delaume. Votre choix en faveur de Jean-Luc Mélenchon semble ferme et définitif. Qu’est-ce qui le motive ?

Jérôme. Je suis adhérent au Parti communiste français (PCF). Je suis juste un militant de base et j'ai fait partie de ceux qui, au sein du parti communiste, ont milité pour une stratégie unitaire, celle du programme partagé avec les autres composantes du Front de Gauche (FDG) : le Parti de Gauche (PG) de Mélenchon ou encore Gauche Unitaire.

La stratégie du FDG a d'ailleurs plutôt bien fonctionné depuis 2009 en affirmant la présence d'un pôle de « la gauche de la gauche » aux Européennes, aux Régionales et aux Cantonales où il a tout de même frôlé les 10% dans une relative indifférence médiatique.

Pour ces présidentielles, qui sont - et je le déplore - des élections personnalisées à l'extrême, il me semble que Mélenchon, avec ses qualités de débatteur et d'orateur est le mieux à même de porter le programme du FDG.

Justement, la présidentielle étant autant le choix d'un homme que celui d'un programme, ne craignez vous pas que le caractère emporté de Mélenchon n'éloigne de lui bon nombre d'électeurs potentiels ? N'en fait-il pas un peu trop ?

Je ne crois pas. Les médias dominants ont tendance à caricaturer les candidats qui soutiennent des programmes réellement alternatifs. Je me souviens notamment d'un véritable choc frontal entre Jean-Michel Aphatie et Mélenchon sur RTL, à propos de la réforme des retraites. Aphatie était tout surpris de se retrouver avec, en face de lui, un homme qui osait dire, et de manière argumentée, chiffrée, qu'il y avait d'autres solutions que celles présentées comme allant de soi et allant évidemment dans le sens d'une régression sociale.

De toute façon, quand on porte un programme comme celui du FDG à la fois radical et réaliste, il faut être très combatif. Que ce soit Mélenchon ou les militants.

On constate actuellement un gros succès de Marine Le Pen auprès des couches populaires. Comment expliquez-vous que l’audience de votre candidat soit moindre que la sienne auprès de cet électorat ?

Je pense que vous posez la question centrale. Si le FDG entame une lente mais régulière montée dans les sondages, on reste très loin des scores du FN. Et pourtant, de fait, son électorat est potentiellement le nôtre. Je dirais même que Marine Le Pen nous l'a en grande partie piqué. Pas elle seule, mais le FN, depuis le déclin électoral du PCF, notamment.

Les socialistes ayant dans leur grande majorité fait le deuil de cet électorat là, les Verts ne s'y étant jamais intéressés, il ne reste que Mélenchon et le FDG pour le reconquérir et faire comprendre aux couches populaires que ce n'est certainement pas le voisin arabe qui a décidé de délocaliser l'usine du coin.

Et qu'au bout du compte, si le FN est un jour en position d’entrer dans un gouvernement, ce ne sera certainement pas dans un gouvernement de gauche... Je persiste à penser que le Front « marinisé » et « social » est le faux nez  temporaire d'une droite dure.

Certes. Mais, si ce n'est pas le voisin arabe qui fait délocaliser les usines, il demeure que des électeurs, de plus en plus nombreux, éprouvent un sentiment "d'inquiétude culturelle". Ne pensez-vous pas qu'à vouloir ignorer cela et à préconiser la régularisation de tous les travailleurs sans-papiers, Mélenchon se barre la route d'un vote massif en sa faveur ?

C'est un vieux débat, finalement. D'une part, je pense que l'inquiétude culturelle - que je ne nie pas ou plus - est la conséquence de l'inquiétude sociale. Les réflexes de panique identitaire, aujourd'hui, outre qu'ils sont savamment entretenus par un Claude Guéant, par exemple, dont le discours est de la pure provocation, sont ceux de gens qui ont tout perdu, économiquement mais aussi, justement, culturellement, comme une certaine fierté ouvrière qui était celle - qui est celle encore aujourd'hui - de ma région, le Nord-Pas-de-Calais.

Alors on peut focaliser sur un islam intégriste ultraminoritaire dans les cités, ou sur des truands armés de kalachnikovs pour faire oublier que le problème aujourd'hui, c'est que dans un pays aussi riche que la France, les inégalités se sont creusées, que des millions de Français vivent en dessous du seuil de pauvreté et se rationnent sur les soins. 

Rétablir l'ordre et la sécurité, c'est à dire la justice, c'est aussi le programme du FDG. Seulement ça ne passe pas par les indécents tableaux de chasse du ministère de l'Intérieur sur les expulsions. Au contraire. Un tel système ne peut prospérer que sur la peur et les enfermements communautaristes qu'on feint de combattre mais qu'on entretient comme repoussoir. 

Etre républicain de gauche, c'est-à-dire, aujourd'hui, voter FDG, ce n'est pas être contre la burqa seulement. C'est être contre la burqa ET estimer qu'un SMIC à 1700 euros brut tout de suite est indispensable. C'est articuler, précisément, les réponses aux inquiétudes économiques et culturelles.

Même Guéant a reconnu que l'immigration et l'insécurité n'étaient plus la première peur des français. La première peur des Français, c'est survivre dans une crise financière qu'on leur fait payer en démantelant l'Etat providence. Et le seul candidat, s'il était élu, qui a compris cela et agirait en conséquence, c'est Mélenchon.

En 2007, Ségolène Royal avait plaidé pour un SMIC à 1500 euros. Par la suite, elle a convenu elle-même qu’elle n'y croyait pas...N'est-ce pas là une proposition purement démagogique ?


Le SMIC à 1700 euros est une proposition parmi d'autres. La différence entre Ségolène Royal et nous, c'est que nous, nous sommes de gauche. Et comme le dit fort justement notre économiste Jacques Généreux, "nous savons faire".

Là aussi, c'est une question de volonté politique. Par exemple, le SMIC à 1700 euros brut devient tout à fait réaliste si, dans le même temps, la loi sur un salaire maximum est votée.

Vous dites qu'être républicain de gauche aujourd'hui, c'est voter Front de Gauche. Voter socialiste serait donc antirépublicain et de droite ?

Sûrement pas. Les électeurs et même nombre d'élus socialistes sont respectables. Très même. Le problème est que voter socialiste aujourd'hui, c'est prendre le risque de cautionner, avec un peu de sucre autour (et encore), la même politique libérale et européiste qui a conduit à la situation que nous connaissons.

En revanche quand Eva Joly commence à proposer des jours fériés pour de nouvelles fêtes religieuses, juives ou musulmanes, là, on est franchement dans une certaine haine du modèle républicain français.

Dans l'hypothèse où votre candidat ne serait pas au second tour, s’il appelle à voter pour François Hollande, le suivrez-vous ?

Mon principal souci sera de battre la droite libérale, en tout cas, celle qui propose de continuer sur la même voie sans issue. D’ailleurs, ce sera plus facile de voter pour Hollande  que ce l'aurait été pour Dominique Strauss-Kahn.

Ensuite, voter pour Hollande au second tour avec un Mélenchon à 7%, 9% ou 15% n'aura pas du tout la même signification. Plus le score du FDG sera haut, plus cela signifiera que le candidat socialiste devra faire avec nous et nos propositions s'il veut un report indispensable à sa victoire. Pour faire vite, en votant Mélenchon au premier tour, même si on est socialiste par exemple, on est dans le vote utile puisqu'on oblige la gauche à être plus...de gauche.

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