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samedi 20 juin 2015

Filikí Etería - La Grèce vue de Grèce : revue de presse hebdo






- Billet invité -

Par Cristobalacci El Massaliote


Alors que la presse française se passionnait pour une polémique autour du Nutella, la presse grecque, secouée par la tourmente commentait quant à elle le bras de fer entre Tsipras et ses créanciers, se passionnait pour le printemps moscovite et frissonnait au son des retraits bancaires massifs. 

L’interminable bras de fer entre Athènes et ses créanciers se poursuit entre espoirs et désillusions. 

Le week-end dernier, les journalistes grecs étaient encore portés par l’espoir  et commentaient le communiqué de la Commission européenne expliquant que les négociations interrompues allaient reprendre à l’occasion de l’Eurogroupe du jeudi 18 juin au Luxembourg. L’espoir se portait également du côté du FMI : un allègement de la dette grecque et un financement supplémentaire de la Grèce semblaient possibles après une probable intervention du FMI auprès de l’ensemble des créanciers. 

Pourtant, dès le lundi 15 juin, le jeu interminable des négociations sans solutions reprenait avec une vive montée en pression. Ainsi le président de la BCE, Mario Draghi, déclarait que la BCE faisait « son maximum pour parvenir à un résultat positif dans les négociations en cours avec la Grèce » avant d’ajouter que « la balle se trouve dans le camp du gouvernement grec, qui doit prendre les mesures nécessaires ».

Le journal de droite Kathimerini affirmait qu’Athènes se préparait à faire de nouvelles propositions aux institutions en mettant sur la table de nouvelles taxes sur les entreprises pour une hauteur de 1,65 milliards d’euros sur 2015 et 2016.

Dès le mardi 16, le jeu du renvoi de balles entre créanciers et gouvernement Syriza reprenait de plus belle.  Ainsi, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker accusait le gouvernement Tsipras de désinformer son opinion publique en déformant les positions des Institutions. Juncker déclarait : « je ne me soucie pas du gouvernement grec, je me soucie du peuple grec », avant  de préciser qu’il n’était pas favorable à une augmentation du taux de la TVA sur les médicaments et l'électricité et qu'il avait même suggéré d'autres solutions (par exemple une « réduction modeste » des dépenses de défense). Afin de mettre en lumière qu'il s'agissait là d'un mensonge, le porte-parole du gouvernement grec, M. Sakellaridis publiait un communiqué affirmant que « le texte soumis au Premier ministre grec mercredi dernier par les Institutions, comprenait des bien des mesures portant sur une augmentation de 10% de la TVA sur l’électricité et de 4,5% de la TVA sur les médicaments ainsi que la suppression de l’EKAS (allocation en faveur des retraités touchant une pension faible)».

La presse du jeudi 16 juin - jour du sommet de l’Eurogroupe de Luxembourg - revenait à la triste réalité  en affichant le pessimisme qui saisit tout ceux qui constatent qu’aucune décision n’est prise sur la Grèce. Ethnos ne voyait poindre « aucun espoir » de solution au cours de l’Eurogroupe. Il doutait qu'un sommet extraordinaire de la zone euro consacré à la Grèce puisse produire la solution attendue. 

Le Journal des Rédacteurs se contentait de constater l’absence d’avancée de part et d’autre en décrivant des Institutions et un gouvernement grec campant sur leurs positions respectives. Constatant également que cette attitude rendait extrêmement difficile la conclusion d’un accord, le journal Eleftheros Typos titrait même : « les divergences sont grandes, les attentes d'un accord à Luxembourg sont très faibles ».

Après le nouvel échec attendu, la presse grecque du vendredi 19 juin se soulevait, comme secoué par l’ultime espoir : le sommet extraordinaire des chefs d’État et de gouvernement des 19 pays de la zone euro du 22 juin à Bruxelles. 

Selon des journalistes optimistes, ce nouveau sommet devrait permettre de trouver un accord et d’éviter que la Grèce ne soit en défaut de paiement le 30 juin. De nombreux journaux (Ethnos, Kathimerini, Eleftheros Typos, Ta Nea) parlent de "Sommet de la  dernière chance" pour la Grèce et savent déjà qu’Alexis Tsipras a fait une série d’entretiens téléphoniques pendant tout le week-end avec J.C. Juncker et certains Chefs d’État ou de gouvernements européens.

Ce nouvel élan d’espoir s’appuie notamment sur des informations du journal allemand Die Zeit affirmant qu’une « dernière offre » serait faite à la Grèce et proposerait d’une part de prolonger le programme actuel (mais sans participation du FMI), et d’autre part de préparer un troisième programme d’aide. Moins optimiste que les autres journaux, Ta Nea affirmait cependant que des sources européennes avaient démenti ces informations.

Relation russo-grecque : une très importante délégation grecque en Russie et un accord important sur le gazoduc « Turkish stream »

Alexis Tsipras se trouvait en Russie vendredi 19 juin pour participer au Forum économique international de Saint-Pétersbourg où il était accompagné par les ministres de l’Énergie, de l’Économie, des Finances, de la Défense, et même du porte-parole du gouvernement. Les journaux grecs (Ethnos, Ta Nea, Kathimerini, Avghi) soulignaient également  la présence d’autres participants de première importance dans cette vaste délégation : l’actuel conseiller du gouvernement chargé d’examiner la participation de la Grèce à la banque de développement des BRICS ou des représentants des entreprises publiques et privées grecques.

Lors d’une rencontre, la veille avec le PDG de Gazprom, M. Miller, les discussions avaient porté sur les questions énergétiques et  notamment sur le « gazoduc grec » (extension de Turkish stream sur le territoire grec).  

Selon Ethnos et Ta Nea, Alexis Tsipras  a pu également s’entretenir avec le président de la Banque de développement et des relations économiques internationales de la Russie, M. Dimitriev. Pour Ethnos cela aurait permis de décider qu’une société filiale de la Banque de développement de la Russie puisse participer à 50% à la société qui se chargera de la construction du gazoduc sur le territoire grec. 

Les discussions bancaires se sont poursuivies puisque Tsipras et le ministre de l’Énergie se sont également entretenus avec des responsables de la banque de développement des BRICS.  Le ministre des finances russe, M. Storchak a cru nécessaire de préciser qu’Alexis Tsipras se trouvait en Russie pour discuter des projets communs de développement et non pas pour rechercher des liquidités.  Le ministre russe a martelé :« La Grèce n’a pas demandé d’aide financière à la Russie 

Alors qu’Alexis Tsipras s’entretenait ce vendredi avec le président Poutine, les ministres de l’Energie des deux pays (MM. Lafazanis et Novak) signaient le texte de l’accord préliminaire sur la construction du gazoduc grec à hauteur de 2 milliards d’euros.

Un gouvernement toujours populaire, dont la politique et la stratégie restent appuyées par le peuple

Selon un dernier sondage (GPO/Mega Channel), si des élections avaient lieu aujourd’hui les votes seraient : SYRIZA : 35,1%, Nouvelle Démocratie : 23%, La Rivière : 6%, Aube dorée : 5,5%, KKE : 5,4%, Grecs indépendants : 3,7%, PASOK : 3,2%, Union du centre : 2,7% (…). 

La majorité des sondés (56,3%) estiment que ce sont les créanciers qui sont responsables du fait qu’après 4 mois et demi de négociations aucun accord n’a été trouvé, contre 37,4% qui attribuent la responsabilité de l’absence d’un accord au gouvernement grec. 54,3% approuvent la stratégie suivie par le gouvernement grec dans les négociations avec les créanciers, contre 43,8% qui la désapprouvent. 

Enfin, en cas d’impasse des négociations 47,3% estiment que le gouvernement actuel devra continuer à assumer la gouvernance du pays, contre 29,9% qui sont favorables à la formation d’un autre gouvernement au sein du Parlement actuel et 19,3% qui sont favorables à l’organisation des élections anticipées.

Des manifestations de soutien à SYRIZA

Avec comme slogan « Nous prenons la négociation en main », des citoyens grecs ont organisé le mercredi 17 juin via Internet des rassemblements contre l’austérité dans un certain nombre de villes grecques. 

Mais des signes de panique bancaire largement commentés par les journaux d’opposition 

Les journaux d’opposition (Ethnos, Ta Nea, Kathimerini) parlent de situation critique en Grèce liée à l’impasse des négociations avec les créanciers et s’inquiétent des risques importants pouvant mener à la faillite. 

Kathimerini souligne que les relations entre la Grèce et ses partenaires « sont sérieusement tendues » et qualifie Athènes de « politiquement isolée » au sein de la zone euro au moment où «l’économie suffoque ». 

Ta Nea traitait de la fuite des capitaux due à l’incertitude politique. En effet, les flux de capitaux sortants a atteint des montants considérables au cours de la période décembre 2014 – avril 2015, à plus de 30 milliards d’euros.


dimanche 24 mai 2015

Filikí Etería n°9 - la Grèce vue de Grèce – revue de presse






- Billet invité -

Par Cristoballaci El Massaliote
 
Cristoballaci El Massaliote est désormais un spécialiste mondialement connu de l'exégèse de la presse grecque. Cette semaine encore, il répond à toutes les questions brûlantes que nous nous posons, notamment au sujet du sommet européen de Riga, et le l’ébullition de la vie politique grecque actuelle en l'absence d'accord avec les créanciers.


***
 
Alors que la presse française contemplait impuissante la chute de l’ancienne capitale de la Reine Zénobie, la presse grecque s’agitait avant le sommet de Riga. Les tensions internes apparaissaient dans les partis politiques et faisaient écho aux articles assassins de certains éditorialistes d’opposition hellènes. Les événements les plus récents vont sans doute conforter ces dernier, puisque l'on a appris dimanche que faute d'accord à Riga, Athènes risquait de ne pas pouvoir rembourser le FMI début juin. 

1/ Négociations sur la dette : le sommet de Riga 

La presse grecque du vendredi 22 mai se passionnait pour le sommet de Riga de la veille pendant lequel un entretien entre Alexis Tsipras, François Hollande et Angela Merkel semblait prêt de déboucher sur une « conclusion réussie » et préparer un accord final entre les trois institutions partenaires sur le dossier de la dette grecque (Commission européenne, BCE et FMI)

Kathimerini soulignait toutefois que les discussions avaient également porté sur le financement supplémentaire de la période post-mémorandum (après le 30 juin) ainsi que sur la demande de restructuration de la dette grecque. 

Selon Ta Nea, Athènes devrait demander l’organisation d’une réunion extraordinaire de l’Eurogroupe pour aboutir à un accord à la fin mai. Le quotidien souligne que malgré « le climat amical » au cours de l’entretien, Mme Merkel et M. Hollande ont fait clairement savoir qu’il n’y aurait pas d’accord sans la participation du FMI.

2/ Relation avec les USA : Kammenos flirte avec l’OTAN

Le ministre de la défense, M. Kammenos, a annoncé qu’à l’occasion de sa visite à Washington, prévue le 21 mai, il envisageait de proposer aux Etats-Unis la création d’une base aérienne de l’OTAN sur une île du Sud-Est de la mer Egée. Le ministre a en outre ajouté qu’il demanderait le renforcement de la base de l’OTAN à Souda en Crète. 

Reprenant des sources gouvernementales, Kathimérini du 16 mai affirmait déjà que les positions exprimées par M. Kammenos avaient suscité l’embarras du Premier Ministre et d’autres membres du gouvernement. Ceux-ci auraient affirmé que les déclarations unilatérales du ministre de la défense n’exprimaient pas la politique portée par le gouvernement grec. 

3/ Réformes

a/ Nouveau taux de TVA pour faire plaisir à Bruxelles

Ethnos du 21 mai relève que le gouvernement grec a présenté, lors de la réunion du Groupe de Bruxelles une nouvelle réforme de la TVA, proposant un taux principal à 23%, un taux de 14% pour les hôtels, la restauration, le transport, l’électricité, l’eau et le gaz, et un taux réduit à 7% pour certains produits (médicaments, livres, aliments). Kathimerini notait également que l’idée d'introduire une taxe sur les transactions bancaires était sur la table des négociations.

b/ Une esquisse de réforme des retraites sous la pression des créanciers

Ta Nea du 21 mai notait que les exigences des créanciers sur la réforme du système de la sécurité sociale, poussaient le gouvernement grec à étudier une « politique punitive » dans le dossier des départs anticipés à la retraite. Les bénéficiaires auront désormais l’obligation de verser les cotisations d’assurance jusqu’à l’âge de 62 ans même après leur départ anticipé à la retraite. De plus, selon Eleftheros Typos le pécule de départ à la retraite serait réduit de 10%.

4/ Vie politique : l’accord avec les créanciers fissure les différents partis 

Le Journal des Rédacteurs du 19 mai relève à la Une que les différentes fuites dans la presse sur l’accord entre la Grèce et les créanciers provoquaient, avant même la publication du contenu des tensions internes au sein de Syriza et de la Nouvelle Démocratie. 

Ainsi, au sein de Syriza, le « réseau rouge » a organisé une manifestation contre l’accord, tandis que la « plateforme de gauche » exprimait ses objections sur son site internet iskra.gr

Au sein de la Nouvelle Démocratie, il y aurait désormais deux courants différents : celui exprimé par les parlementaires du parti qui seraient favorables au rejet par de accord entre le gouvernement et les créanciers, et le courant autour de la famille Mitsotakis qui est favorable au vote de l’accord estimant que même une solution médiocre sera meilleure que la rupture. 

5/ Sondages : Syriza reste populaire en dépit de doutes sérieux sur la stratégie gouvernementale avant le sommet de Riga

 Selon un sondage du 18 mai (Université de Macédoine /Skaï TV), l’estimation de vote est la suivante : Syriza : 36,5% ; Nouvelle Démocratie : 15,5% ; Aube dorée : 6% ; La Rivière : 6% ; KKE : 4% ; Grecs indépendants : 3% ; PASOK : 3%, autres partis : 7,5% ; indécis : 18%. 

Pour la première fois depuis les élections, la majorité des sondés (41%) estiment que la stratégie suivie par le gouvernement dans les négociations avec les créanciers est erronée, contre 35% qui estiment qu’elle est juste.

6/ Les doutes et les attaques d’une partie de la presse grecque au début de la semaine

L’éditorialiste Antonis Karakoussis signait un article intitulé « Le difficile rendez-vous de M. Tsipras avec l'Histoire » dans le journal de centre gauche To Vima du 18 mai. Son analyse était particulièrement dure : « L'évolution dans le temps en atteste, les dirigeants de la gauche se sont toujours distingués par leurs erreurs politiques infantiles. Le cas le plus caractéristique est celui du lendemain de la libération après l'Occupation nazie. Toute proportion gardée, il manque également dans la conjoncture actuelle les élaborations nécessaires, de même que la souplesse et la compréhension de la complexité du monde moderne, des alliances et des intérêts qui le régissent. Dans le cas de Syriza, il y a même un surplus d'idées obsessionnelles et de dogmatisme, tandis que les approches sont linéaires et simplistes. Dans la situation actuelle, il n'est pas exclu que cette nouvelle opportunité historique soit perdue, encore une fois, pour la gauche ».

Le journaliste Nicos Constantaras signait également un texte acide dans le journal de centre-droit Kathimerini  : « En sa qualité de principal parti de l'opposition depuis 2012, Syriza a choisi la voie facile de la dénonciation de ses adversaires et d'une surenchère de promesses faites à chaque groupe d'électeurs. Il n'a pas su travailler sur les divergences de vues de ses composantes qui sont pourtant importantes. Ce qui unissait son parti était la dénonciation simpliste du mémorandum et les promesses faciles. Lorsqu'il est arrivé au pouvoir, il n'a pas cherché à opérer la synthèse pour aboutir à une position sérieuse et unique. Malheureusement, la coalition avec les Grecs indépendants a renforcé le fantasme selon lequel la Grèce peut imposer sa volonté aux créanciers. La coopération éventuelle avec un autre parti politique aurait pu permettre à Syriza à négocier dans le but de trouver une solution ».   

Le journal pro-PASOK  Ethnos, enfin, contenait un article assassin intitulé « Marcher droit vers le précipice et sans sherpa ». Le journaliste écrivait : « La première des deux semaines nécessaires, selon le ministre Varoufakis, pour parvenir à un accord avant que la Grèce ne se retrouve dans une impasse financière, s'est déjà écoulée. Et pourtant, personne ne sait encore ce qui va se passer. Au-delà de déclarations d'autosatisfaction, les négociations stagnent. Les questions épineuses restent entières, le gouvernement ne semble pas capable de surmonter ses lourdeurs idéologiques, ni les résistances internes de ses composantes extrémistes. L'incertitude augmente plutôt que de baisser ». 


lundi 18 mai 2015

Filikí Etería n°8 - la Grèce vue de Grèce – revue de presse


 
 

 

- Billet invité -
 
Par Cristoballaci El Massaliote
 
Cristoballaci El Massaliote est désormais un spécialiste mondialement connu de l'exégèse de la presse grecque. Cette semaine encore, il répond à toutes les questions brûlantes que nous nous posons : les créanciers d'Athènes sont-ils de plus en plus durs ? La Russie va-t-elle mettre la main au porte-monnaie ? La Grèce et la Turquie se rapprochent-elles ? Tsipras est-il toujours aussi populaire ? Les réponses ci-dessous !
 
 
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Alors que la presse française était captivée par l’ouverture du Festival de Cannes et par les déclarations d’une actrice "forcée" de tourner à Dunkerque, les médias grecs, eux, traitaient des négociations sur la dette, des relations avec la Turquie ou avec la Russie,  d’un scandale de corruption impliquant une entreprise d’armement allemande, du projet d’union homosexuelle défendu par le gouvernement SYRIZA et de la victoire d’un collectif de femmes de ménages.
 
***
 
I / Les négociations sur la dette : suspense et rebondissements ?

a/ De nouveaux sacrifices ?

En pleine reunion de l’Eurogroupe du 11 mai, différents médias (capital.gr, MegaChannel) avancaient que les créanciers aller réclamer un excédent primaire supérieur à 2% (contre 1,2% à 1,5% demandé par la Grèce), entrainant ainsi la mise en place de mesures supplémentaires à hauteur de 7 ou 8 milliards d’euros. Non seulement les créanciers ne font aucun effort, mais ils durcissent même les conditions exigées pour obtenir un accord !
 
b/ Un Eurogroupe qui avance ou qui patine ?
 
Le lendemain,  de nombreux journaux (Ta Nea, Ethnos, Kathimerini, Avghi, Eleftheros Typos, Le Journal des Rédacteurs) commentaient le communiqué de l’Eurogroupe dans lequel  les ministres des finances de la zone euro « saluaient les progrès qui ont été réalisés jusqu’ici dans les négociations ».

Les ministres reconnaissaient toutefois que davantage de temps et d'efforts devaient être nécessaires pour “répondre  aux problèmes  actuels” tout en félicitant les autorités grecques pour “l’accéleration de leur travail”. Parce que les Grecs, eux, font des concessions. Certes, ils ont toujours des lignes rouges : réforme des retraites et du marché du travail. Mais ils lâchent régulièrement du mou. Les "Européens", eux, jamais.
 

c/ Moscovici et Dijsselbloem prêts à évoluer ?
 
Le Président de l’Eurogroupe, M. Dijsselbloem, a affirmé que les fonds (autrement dit la dernière tranche du second plan d'aide, qui représente un montant de 7,2 milliards et que la Grèce attend) ne seront versés que lorsqu’un accord sera trouvé, mais il a toutefois évoqué l’éventualité de débloquer certaines sommes sous forme de « sous-tranches » en fonction des réformes qui seraient effectivement « mises en œuvre».

De son côté, le commissaire européen aux affaires économiques, P. Moscovici, a déclaré : « Il y a des avancées sur le fond, des avancées substancielles et donc incontestablement la situation a évolué ». Il a toutefois ajouté qu’il « reste encore de chemin à parcourir », avant de résumer les blocages qui, selon lui persisteraient  sur deux sujets (réformes des retraites et réforme du marché du travail).


d/ ou des négociations qui s’enlisent ?

Le 13 mai, la presse grecque se désespérait en constatant que les négociations entre le gouvernement Tsipras et ses créanciers trainaient en longueur.

Au cours du conseil des ministres du 12 mai, plusieurs cadres du gouvernement avaient insisté sur la nécessité de « renforcer la négociation politique » en estimant que les discussions au niveau technique et au sein du Groupe de Bruxelles étaient épuisées. Alexis Tsipras a alors déclaré que la “Grèce a fait autant de pas que possible vers les partenaires européens en prouvant par les actes qu’elle respecte les procédures, les lois et le cadre de fonctionnement de la zone euro”, avant de rajouter que “ C’est maintenant aux partenaires de faire les pas nécessaires et de prouver dans les actes qu’ils respectent le verdict démocratique des peuples au sein du droit européen commun “ (Ta Nea, Ethnos, Avghi, Le Journal des Rédacteurs). Ta Nea (centre gauche) estime que le Premier Ministre grec a « jeté la balle » dans le camp des partenaires européens en leur adressant ce message et en soulignant l’impossibilité de nouvelles concessions.


e/ des espoirs pour le 21 mai...

De leurs côtés, les journaux Ethnos et Avghi (proche de Syriza) soulignent l’importance du Sommet européen de Riga les 21 et 22 mai, qui soulève de nombreux espoirs, notamment parce qu’une nouvelle rencontre entre Alexis Tsipras et Angela Merkel est posible. Les deux journaux évoquaient également la possibilité d’une réunion extraordinaire de l’Eurogroupe sans pour autant avancer de date.


II/ Relations internationales

 
a/ Un scandale de corruption avec une entreprise alllemande d’armements
 
La presse du 12 mai (Kathimerini, Ta Nea, Eleftehros Typos) commentaient la mise en détention provisoire d’un officier de l’armée en retraite, Panagiotis Katsis, accusé d’avoir reçu des pots de vin (3 millions d’euros) de la société allemande Rheinmetall afin de faciliter la signature de contrats de ventes d’armes à la Grèce (chars Léopard).

b/ Le soutien des USA
 
Parlant de « nouvelle intervention américaine », Avghi du 13 mai reprenait les déclarations du porte- parole de la Maison Blanche, Josh Earnest, qui aurait réitéré le soutien des Etats-Unis aux efforts déployés par l’UE et la Grèce pour faire face à la crise grecque, il aurait toutefois souligné que le règlement du problème « relève de la responsabilité de la Grèce, de l’UE et d’autres organismes internationaux impliqués », faisant allusion bien s^^ur au FMI.
 
c/ le rapprochement et la coopération Grèce – Turquie se confirment.
 
Le ministre grec des Affaires Etrangères, Nikos Kotzias, était en visite en Turquie le 12 mai, où il a rencontré M. Erdogan. Selon Ta Nea et Avghi le message qui ressort de l’entretien est que « malgré l’importance des problèmes existants entre les deux pays, il existe une volonté commune de les résoudre ».

Nikos Kotzias s’est également entretenu avec son homologue turc, M. Cavusoglu. Ta Nea relève qu’au cours de la conférence de presse conjointe les deux ministres ont annoncé la création d’un groupe gréco-turc, qui sera chargé de renforcer la coopération entre les deux pays dans le domaine de l’économie, du tourisme et des investissements.

Plusieurs journaux (Kathimerini, Avghi, Eleftheros Typos, Le Journal des Rédacteurs) relèvent que les deux ministres ont pris plusieurs décisions importantes (prospections sur le plateau continental en mer Egée, sécurité maritime, et règlement du dossier chypriote). Le Journal des Rédacteurs souligne que dans le domaine de l’immigration, les deux ministres ont décidé d’accroître la collaboration et d’adopter des mesures sévères contre les trafiquants de migrants.


d/ Russie : le versement d’une avance russe sur le futur gazoduc se confirmerait
 
Plusieurs médias du 11 mai (Ethnos, protothema.gr) commentaient l’entretien téléphonique du 7 mai entre le président russe V. Poutine et le Premier Ministre grec, pendant lequel, Alexis Tsipras aurait confirmé la volonté du gouvernement grec de participer à la construction du gazoduc grec transportant du gaz russe depuis les frontières gréco-turques . Le Président Poutine, aurait exprimé sa volonté de financer la société grecque qui participera à la construction du gazoduc en versant une avance. Cette somme pourrait être restituée à la Russie au travers des bénéfices générés par la société grecque après l’entrée en fonction du gazoduc (sources communiqué officiel grec). 

De son côté, la présidente du parlement hellénique Mme Konstantopoulou a représenté la Grèce aux manifestations organisées le 9 mai en Russie pour fêter la victoire des alliés sur l'Allemagne nazie et la fin de la deuxième guerre mondiale (Ta Nea, Ethnos).

Selon Ethnos et Eleftheros Typos, Alexis Tsipras, devrait se rendre une nouvelle fois en Russie pour participer au Forum économique international de Saint-Pétersbourg (18-20 juin). Un entretien est d’ailleurs prévu entre les deux dirigeants.


III/ Politique intérieure
 
a/ Privatisations du Pirée et des aéroports
 
Ta Nea du 13 mai s’interessait à la privatisation du port du Pirée et des aéroports régionaux. Le conseil d’administration du TAIPED (fonds de mise en valeur du patrimoine privé de l’Etat) a décidé le 12 mai de procéder à la vente de 51% du port du Pirée avec la possibilité pour l’investisseur de porter sa participation à 67,7% après cinq ans. Par ailleurs,  l’accord de 1,2 milliards d’euros avec l’entreprise allemande Fraport pour la cession du droit de fonctionnement et de gestion des 14 aéroports régionaux est en cours d'achèvement.

b/ Union homosexuelle
 
Selon Le Journal des Rédacteurs, le projet de loi prévoyant l’adoption d’un pacte de vie commune pour les couples du même sexe sera prêt en juin. Selon un sondage effectué par la société Focus Bari, 70% des Grecs se déclarent favorables à l’adoption d’un pacte de vie commune pour les couples du même sexe, contre 20% qui s’y opposent, 8% qui sont indécis et 2% qui déclarent ne pas savoir ce que c’est une pacte de vie commune.

c/ Les sondages confirment la popularité de SYRIZA et d’Alexis Tsipras

Selon un sondage (MRB /Real News) Les intentions de vote se répartissent comme suit : SYRIZA : 36,1% ; Nouvelle Démocratie : 20,9% ; La Rivière: 5,8%; KKE: 5,5%; Aube dorée: 5,1%: Grecs indépendants: 4,1%; PASOK : 3% ; autres partis : 5,9%.

D’autre part, 71,9% des sondés estiment que le gouvernement doit accepter un accord de compromis afin que la Grèce reste dans la zone euro, contre 21,3% qui estiment que le gouvernement doit accepter un accord uniquement si celui-ci comprend tous ses engagements préélectoraux même si cela signifiait une rupture et une sortie de la zone euro.

Enfin, si l’accord devait comprendre l’ensemble des mesures demandées par les créanciers, 42,6% des sondés souhaitent l’organisation d’un référendum, 37% la ratification de l’accord par le Parlement et 11,3% l’organisation des élections anticipées.
Un autre sondage (Marc/Journal des Rédacteurs),
la popularité des chefs de partis se répartit ainsi :
 Alexis Tsipras (SYRIZA) : 72,5% ; Panos Kammenos (Grecs indépendants) : 40,9% ; Stavros Theodorakis (La Rivière) : 40,1% ; Dimitris Koutsoumbas (KKE) : 31,5% ; Antonis Samaras (ND) : 30,8% ; Evanghélos Vénizélos (PASOK) : 18,8% ; Nikolaos Michaloliakos (Aube dorée) : 10,9%.

En cas d’impasse des négociations entre la Grèce et ses créanciers, 51,1% estiment que le gouvernement actuel devra poursuivre sa politique, 22,8% sont favorables à un référendum et 16,6% sont favorables à l’organisation des élections anticipées.

A la question de savoir si le gouvernement doit éloigner la « Plateforme de la Gauche » et les « Grecs indépendants » et former un gouvernement de coalition avec La Rivière ou le PASOK, 58,3% des sondés n’y sont pas favorables, contre 37,1% qui y sont favorables.
Enfin, 76,9% des sondés sont favorables au maintien de la Grèce dans la zone euro, contre 19,2% qui sont favorables au retour à la drachme.
 

d/ Victoire pour le collectif des femmes de ménage
 
La presse de la semaine passée (Ta Nea, Kathimerini, Eleftheros Typos, LeJournal des Rédacteurs) faisait état de la décision du gouvernement de procéder à la réembauche des 595 femmes de ménage du ministère grec des finances, qui avaient été licenciées par le gouvernement Nouvelle Démocratie.

 
e/ Des tensions avec la banque de Grèce
 
La presse du 14 mai (Ethnos, Ta Nea, Kathimerini, Avghi, Le Journal des Rédacteurs) commentaient les « relations tendues » et le « manque de confiance » existants entre le gouvernement et le gouverneur de la Banque de Grèce, M. Stournaras. Ce dernier essuie de vives critiques de la part de SYRIZA, dont plusieurs cadres souhaiteraient sa démission, estimant qu’il compromet le gouvernement. Dans son intervention de la veille au Parlement, le ministre de l’énergie, M. Lafazanis, a reproché à M. Stournaras d'avoir des responsabilités, en sa qualité de ministre des finances de l'époque, dans le démembrement d’ATEbank (Banque Agricole de Grèce).


f/ La commission pour la vérité sur la dette grecque
 
Le chef de file du groupe des experts internationaux de la commission pour la vérité sur la dette grecque du Parlement hellénique a estimé que la façon dont a été gérée la dette publique grecque constitue une violation des règles du Droit international des droits de l’Homme puisque la politique exercée ayant provoqué une crise humanitaire.

Selon les estimations de la commission, la plus grande partie de la dette grecque serait « illégale, toxique et non viable ». Le 18 juin, une évaluation préliminaire sur la légalité de la dette grecque sera publiée. De plus, la Commission devrait disposer prochainement de tous les éléments sur les accords conclus dans le domaine de l’armement (Ethnos, imerissia.gr).

 

lundi 27 avril 2015

Filikí Etería n 6 : La Grèce vue de Grèce – revue de presse




- Billet invité -
Cristobalacci El Massaliote

Comme chaque semaine, le désormais incontournable Cristobalacci El Massaliote a épluché la presse grecque de la semaine précédente et fait le point pour L'Arène nue. Au programme, les négociations avec l'Union européenne, dont on va voir qu'elles pataugent sec, et de la géopolitique : lenteurs autour des négociations gazières avec la Russie, tensions diverses avec les Etats-Unis. Enfin, un peu de politique intérieure avec les états d'âmes des journalistes d'opposition, la lutte contre l'évasion fiscale et la réquisition des fonds des organismes publics pour faire face à la pénurie de liquidités....

***


I / Négociations européennes

a / Inquiétudes dans la presse grecque

Le début de la semaine dernière a été marqué par des inquiétudes dans la presse grecque. Ainsi, dans son édition du samedi 18 avril, Kathimérini reprenait en Une les propos du président Obama : « Faites des réformes ».To Vima titrait « Vous êtes sur le fil du rasoir » tandis qu’Imerissia se faisait l’écho d’un scénario de plus en plus évoqué : le  « Grexit ». Enfin, Kathimérini reprenait l’avertissement lancé par le commissaire européen aux affaires économiques, Pierre Moscovici, pour qui Athènes risquait de se retrouver rapidement confrontée à une crise de trésorerie si elle n’adoptait pas un paquet de réformes d’ici le 11 mai.

b/ Avancées ? Compromis ? sortie de l’euro ? Tout ceci est aussi clair qu’un Elliniko Kafès 

Alors que le 18 avril, un compromis était envisagé (Kathimérini) grâce à un moratoire prévoyant l’absence de lois grecques sur les relations de travail et l’absence d’exigences européennes sur la Sécurité sociale, Alexis Tsipras rappelait les 4 points a négocier avant l’accord global prévu en juin : droit du travail, sécurité sociale, augmentation de la TVA et valorisation du patrimoine.

L'avenir de la dette grecque se lit dans un café Elliniko !
Le premier ministre grec appelait à la poursuite du combat en refusant de céder aux Cassandre et aux défaitistes (Ethnos du 20 avril) tout en indiquant que les négociations se poursuivaient mais que des divergences persistaient, notamment sur le droit du travail et la sécurité sociale. Ta Néa du même jour, se réjouissait d’une « avancée dans la bonne direction » et envisageait même un texte à soumettre à l’approbation de l’Eurogroupe et des ministres des finances européens. 

Dans son édition du 20 avril, To Vima envisageait le scénario de sortie de l’euro en prévoyant différentes solutions (bons du Trésor et allègements fiscaux ou paiement des fonctionnaires en bons utilisables en supermarché). Puis deux jours plus tard, Ta Nea reprenait les propos du président de la Commission européenne, Jean Claude Juncker, qui venait d’exclure « à 100% » l’éventualité d’un Grexit avant d’affirmer que la Grèce ne ferait pas faillite. Plusieurs journaux (Ethnos, Le Journal des Rédacteurs, Eleftheros Typos) ont également commenté ont commenté le fait que BCE venait de relever de 1,5 milliard d'euros à 75,5 milliards d'euros, le plafond de son financement d'urgence (ELA) des banques grecques. 

La presse du 23 avril a également commenté les échanges entre Merkel et Tsipras en marge du sommet extraordinaire sur l’immigration et qui auraient porté sur les effets positifs de la baisse du dollar et sur l’éventualité d’un accord prochain.

c/ 24 avril, journée de l’optimisme en Grèce, des jeux en coulisse et du doute persistant…

Enfin, le 24 avril, la presse semblait davantage optimiste en envisageant la réalité de cet accord. En titrant « Premier signaux de déblocage » Kathimérini commentait le maintien des divergences entre Merkel et Tsipras (toujours sur le droit du travail, la sécurité sociale et la TVA) et l’évolution positive de la chancelière allemande sur la question de la réduction des retraites. La presse reprenait des sources gouvernementales (mais non confirmées par Berlin) évoquant un rapprochement de vues sur les privatisation et sur la question de l’excédent primaire (autour d de 1,2%-1,5% pour 2015/2016). Ethnos estimait que le gouvernement grec était en train de mener « une bataille à tous les niveaux » afin d’obtenir un accord provisoire avant la fin avril avec l’Eurogroupe. 

La presse (Kathimerini, Ethnos, Ta Nea, Avghi) se montrait optimiste puisque Mme Merkel venait de qualifier de « constructif » son entretien avec Alexis Tsipras avant ajouter que tout devait «  être entrepris pour empêcher que la Grèce ne se retrouve à court d'argent avant d'avoir conclu un accord sur les réformes avec ses créanciers internationaux ». De son côté, le président de l’Eurogroupe, M. Dijsselbloem venait d’évoquer l’éventualité d’un décaissement partiel de la prochaine tranche du prêt après la conclusion d’un accord.

Kathimerini confirmait en reprenant des sources communautaires pour qui Athènes pourrait recevoir une partie de la tranche du prêt après avoir appliqué certaines des réformes prévues. Le journal Ta Nea poursuivait son optimisme en prétendant que le gouvernement grec proposait un accord partiel sur trois ou quatre réformes (affaires financières et budgétaires, créances douteuses).

D’un autre côté et malgré les positions de MM. Tsipras, Hollande et Juncker semblant pencher vers une accélération de la procédure menant à l’accord (selon Ta Nea et Avghi, A. Tsipras aurait déclaré : « nous sommes plus près d’un accord »), le Journal des Rédacteurs restait dubitatif en estimant que les équipes techniques des institutions continuaient à se montrer intransigeantes en insistant sur l’application des mesures prévues par le programme précédent. 

II/ Politique étrangère

a/ La Russie, Gazprom et le gazoduc « Turkish stream » 

Le PDG de Gazprom s’est rendu à Athènes le 21 avril pour rencontrer Alexis Tsipras et son ministre de l’énergie Panagiotis Lafazanis. Le dossier du gazoduc « Turkish stream » a été évoqué et il a été décidé d’élaborer une feuille de route et de créer un groupe de travail commun tout en respectant les règles de l’UE. 

Après les emballements du week-end dernier concernant les relations russo-grecques la presse se montrait cette semaine plus réaliste. Si Ta Nea voyait dans la visite du  PDG de Gazprom à Athènes une tentative de la partie russe de maintenir ouverte la question du « gazoduc grec » sans toutefois aborder l’éventualité de verser une avance à la Grèce, le journal Kathimerini estimait que les discussions sur le gazoduc « progressaient lentement» et que l’entretien Tsipras/Miller « n’avait pas abouti à un accord ».  De même, Eleftheros Typos soulignait les « maigres résultats » d’une entrevue n’ayant « pas abouti à un accord ». 

b/ États-Unis : déclarations d’Obama, l’énergie et la question qui fâche : la libération d’un « terroriste »

La presse du week-end dernier commentait les déclarations du Président Obama qui ont suivi son bref entretien avec le ministre grec des finances Yannis Varoufakis à Washington. Le président américain a invité Athènes à réformer sa fiscalité et son droit du travail avant d’ajouter « La Grèce doit faire des réformes, collecter des impôts, réduire la bureaucratie, adopter des pratiques plus souples dans le marché du travail ».

Les relations avec les Etats-Unis se sont tendues sur le sujet de la réforme carcérale et du possible aménagement de peine qui en résulterait pour certains prisonniers en situation de handicap lourd. Cette mesure pourrait entraîner la mise en liberté des terroristes et notamment de Savvas Xiros, membre du groupe terroriste « 17 Novembre ». Ce groupe démantelé en 2002 a revendiqué 23 assassinats dont ceux d'Américains comme le chef de poste de la CIA à Athènes Richard Welch (1975), le capitaine de vaisseau George Tsantes et de son chauffeur (1983), l’attaché de défense Navy William Nordeen (1988) et un officier de l’OTAN Ronald Stewart (1991). Emprisonné depuis 13 ans et handicapé à 98% à la suite de l’explosion de sa propre bombe, Savvas Xiros pourrait donc bénéficier des mesures favorables de cette loi.

Au cours d’une conférence de presse extraordinaire du 20 avril, l’ambassadeur des États-Unis en Grèce, M. David Pearce a déclaré : « si Savvas Xiros, ou une autre personne ayant du sang de diplomates ou de membres de missions américains sur les mains, sort de prison, ce sera vu comme un acte profondément hostile ». 

Enfin, l’envoyé spécial du département d’État américain, chargé de l’énergie, M. Amos Hochstein, effectuera très prochainement une visite en Grèce. Il devrait soumettre au gouvernement grec des propositions américaines sur les bénéfices énergétiques dont pourrait tirer profit la Grèce dans la région. Selon Ta Néa ces propositions constituent « une réponse américaine au flirt énergétique entre Athènes et Moscou ».

III/ Politique intérieure

a/ Le doute, la panique et la critique s’emparent de certains esprits

A l’heure où les tensions s’exacerbaient au sujet d’un accord entre la Grèce et ses créanciers, quelques journalistes grecs choisissaient de critiquer voire d’attaquer l’actuel gouvernement Syriza-ANEL. 

Dans la presse de droite

Ainsi le journaliste du journal de droite Kathimérini, Alexis Papahélas dans un article intitulé « le coût des rabais » écrivait en début de semaine dernière : « il ne faut pas oublier un point fondamental : Syriza n’a pas gagné les élections grâce à son pouvoir de séduction ou sa force de conviction. Il n’a fait, en réalité, que remplir le vide laissé derrière lui par un monde politique bourgeois, qui n’a su ni se tenir courageusement sur ses jambes, ni défendre ses propres principes». 

Toujours dans Kathimérini, une autre critique plus acide a été publiée sous la plume de Paschos Mandravélis affirme :« le problème réel est que ceux qui se sont vus confier le gouvernement du pays ont passé la plupart de leur temps à occuper les établissements universitaires en s’adonnant au bavardage pseudo-philosophique, alors qu’ils auraient dû étudier l’histoire. Au moment où ils devaient écouter leurs professeurs, ils interrompaient les cours pour tenir des réunions. Au lieu d’étudier, ils s’amusaient dans les amphithéâtres dans des joutes oratoires. La Grèce devient victime de l’analphabétisme profond de ses nouveaux dirigeants politiques, d’une génération qui a appris à remâcher de vieilles citations de la gauche. Les jeunes qui gouvernent le pays à l’heure actuelle sont les produits d’un système éducatif ayant investi sur le « juste-milieu démocratique » mais pas sur la connaissance ». 

Le très conservateur journal Estía passait de la critique à l’angoisse avec un article de Athanase Papandropoulos titré « Vers l’effondrement ». Extrait : «si certains analystes regardent avec optimisme l’évolution de l’économie grecque, force est de constater que la réalité dément leurs prévisions. Telle qu’elle est perçue par les entreprises, l’économie réelle est en phase d’effondrement. Ainsi, la base productive du pays s’amoindrit, mais personne n’y prête attention. Des cadres du marché soulignent que ces derniers mois et, en particulier, depuis l’été 2014, la délocalisation des entreprises « productives » s’accélère vers la Bulgarie, l’Autriche et les Pays-Bas, où l’administration publique et les régimes fiscaux sont  plus favorables aux entrepreneurs (…). Le gouvernement affiche une indifférence aveuglante à l’égard du chômeur du secteur privé, et le pousse vers la para-économie et le travail au noir. L’économie grecque est parasitaire et de non compétitive, avec des taux de corruption élevés, qui constituent en soi un coup de frein à la croissance. De plus, si l’on tient compte de l’opération de sape du système d’enseignement grec, qui effectue un pas en arrière de trente ans, la boucle de l’effondrement imminent se boucle. Heureux sont ceux qui réussiront à y échapper ».

Dans la presse proche du PASOK

Avec un article intitulé « Et si on organisait de nouvelles élections ? », la fameuse édition du dimanche de To Vima (journal de gauche réformiste, assez proche du PASOK ) flattait l’électorat centriste.   « A l’évidence, ce sont les centristes qui ont donné la victoire à Syriza. Ils ont voté la main sur le cœur tout en faisant fi de rumeurs sur certaines tendances et mentalités dangereuses du « parti de la gauche ». Lorsque Syrizaa remporté la victoire électorale en janvier, il a été estimé qu’une nouvelle formation politique s’imposait sur la scène politique. Le fait que la plupart des électeurs de Syriza proviennent du centre présageait d’un avenir politique progressiste et calme pour le pays. Mais, les actions et les omissions des ministres et des cadres du gouvernement laissent pointer une question : les « camarades » sont-ils au courant de la nature des « masses populaires » qui les soutiennent ? Et si on organisait des élections ? ».

b/ La douloureuse question du transfert des fonds des entités publiques et des collectivités locales grecques à l’Etat


Les articles économiques du 21 avril (Kathimerini, Ethnos, Ta Nea) relevaient que le gouvernement grec venait d’adopter un acte législatif obligeant les entités publiques et les collectivités locales à transférer leurs réserves de liquidités à la Banque de Grèce. Ceci dans l’objectif de faire face au problème de liquidité auquel est confronté le pays et de couvrir les besoins de financement de l'Etat.

Le lendemain, la plupart des journaux (Kathimerini, Ethnos, Ta Nea, Kathimerini, Avghi) commentaient les vives réactions des maires et des présidents de Régions face à cette décision de transfert de leurs réserves de liquidités à la Banque de Grèce. Face à cette annonce, l’Union des mairies de Grèce (KEDE) et l’Union des régions de Grèce (ENPE) ont décidé de saisir le Conseil d’Etat contre cette décision et d’organiser avec les travailleurs des collectivités locales des mobilisations de protestation.

En parallèle, le ministère de la santé et de la sécurité sociale a invité les caisses d’assurance à transférer« volontairement » leurs réserves de liquidités à la Banque de Grèce. Selon le ministre délégué aux finances, M. Mardas, certaines caisses d’assurance ont répondu positivement à cette demande. Le gouvernement souligne qu’il s’agit d’un emprunt interne.

c/ Immigration : entre tragédie humaine et tentative de réponse communautaire.

Différents journaux du 21 avril (Ethnos, Kathimerini, Avghi, Le Journal des Rédacteurs) ont commenté la série de naufrages de navires chargés de migrants et qui ont fait plusieurs centaines de morts en Méditerranée depuis le début de l'année. Trois migrants, dont un enfant, ont dramatiquement péri le 20 avril dans un naufrage près de l'île de Rhodes et 93 personnes ont pu être sauvées au cours d'une opération de secours à quelques mètres seulement du rivage. 

L'UE  a élaboré une série d’actions immédiates pour faire face à la crise (renforcement de la surveillance, crédits supplémentaires, sanctions plus sévères pour les passeurs). Ce plan a été pleinement soutenu par les ministres des Affaires étrangères et de l'Intérieur de l'Union européenne réunis en urgence. Au cours de cette réunion le ministre grec délégué aux affaires européennes, M. Houndis, et la ministre grecque déléguée à la politique d’immigration, Mme Christodoulopoulou, ont demandé un financement extraordinaire pour aider la Grèce à faire face aux flux accrus d’immigrés.

d/ Procès du parti néo-nazi Aube Dorée. 

Différents journaux du week-end dernier (Ethnos, To Vima, le Journal des rédacteurs, Ta Néa) ont publié des reportages sur les origines du parti néo-nazi Aube dorée, son idéologie ainsi que sur les nombreux incidents dans lesquels ses membres se sont illustrés. 

Le procès de 69 membres d’Aube dorée, jugés pour avoir organisé, dirigé ou participé à une organisation criminelle, commençait le lundi 20 avril dans une salle aménagée de la prison des femmes de Korydallos. La presse commentait également le tollé de protestation soulevé par la perspective d’un procès qui devrait durer un an et demi voire deux ans dans un quartier secoué par la crise (grève des écoles, des services municipaux et d’une catégorie de fonctionnaires). 

e/ La lutte contre l’évasion fiscale

Le 22 avril un mandat d'arrêt a été émis à l’encontre de Léonidas Bobolas, fils du propriétaire de la société de construction ELAKTOR, des journaux « Ethnos » et « Imerissia » et actionnaire principal de la chaîne de télévision « Mega Channel ». Selon la presse, Léonidas Bobolas figurait sur la « liste Lagarde » et aurait fait sortir 4 millions d’euros du pays. Il a été libéré après avoir payé une caution de 1,8 millions d'euros. Pour Le Journal des Rédacteurs cette évolution constitue « un message politique adressé à l’intérieur et à l’extérieur du pays exprimant la volonté du gouvernement grec de lutter avec énergie contre l’évasion fiscale. 


samedi 18 avril 2015

Filikí Etería n°5 : La Grèce vue de Grèce – revue de presse






A l’heure où des rumeurs de versement d'une aide financière russe (à ce stade démenties par Moscou) agitaient le ouèbe, la presse française se passionnait pour l’arrivée du printemps et pour le retour de la paix dans la famille Le Pen. De son côté, la presse grecque de la semaine écoulée a longuement commenté un match passionnant entre les optimistes, les inquiets et les hargneux au sujet des négociations avec l'Europe. Elle s'est aussi penchée sur les pressions américaines et les propositions russes tout en se passionnant pour les réformes du système éducatif et fiscal…

Inquiétudes...

Une partie de la presse grecque se montre inquiète de la dégradation des rapports entre les représentants de l’UE et le ministre des finances Yanis Varoufakis. Dans son édition du 14 avril, le quotidien proche du PASOK To Vima titrait « La musique nous invite à danser » et Sifis Polymilis écrivait : « Depuis deux mois et demi, les membres du gouvernement donnent des conférences sur ce que l'Europe doit faire pour son salut. Ils évitent toutefois de dire ce qu'ils doivent faire eux-mêmes, en leur qualité de gestionnaires du pouvoir. A titre d'exemple, M. Varoufakis, réputé pour son omniscience sauf sur les sujets qui relèvent de sa propre sphère de compétence, a quasiment prononcé l'oraison funèbre de l'U.E. à force d'affirmer qu'elle est une union asymétrique et que les unions asymétriques sont vouées à l'effondrement, tôt ou tard. Ignorance du danger, indifférence, de quoi faudrait-il taxer le ministre des finances qui pratique une philosophie de bas étage alors que le pays se trouve à un pas du précipice ? ».

1/ Les négociations sur la dette toujours aussi difficiles et l’accord prévu le 24 avril pourrait être repoussé

a/ L’impatience des responsables de l’UE

Les conférences téléphoniques du « groupe de Bruxelles » (ex-Troïka) seraient quotidiennes selon Ethnos, Ta Néa et Kathimerini avec pour objectif d’obtenir un accord pour la date du 24 avril. Si cette date fait encore débat, des responsables européens se montrent impatients. Ainsi, la Haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Mme Federica Mogherini a déclaré le 14 avril que « l'Europe doit faire preuve de flexibilité dans ses négociations sur la crise de la dette en Grèce non pas seulement dans le cadre de la solidarité mais pour défendre l'intérêt commun européen ». Cette impatience a été formulée tout autrement par le directeur général du mécanisme européen de stabilité (MES), M. Klaus Regling et par le commissaire européen Pierre Moscovici. Les deux responsables ont parallèlement rappelé : « le gouvernement grec doit soumettre rapidement une liste des réformes précises » . Mme Mogherini avait dépassé l’impatience et les exigences pour faire part de son inquiétude en affirmant que « si un pays tombe, le système entier tombera également ».

b/ La confiance de Tsipras dans un accord fin avril malgré des désaccords avec « les Européens »

Dans une déclaration datée du 16 avril (Reuters, sources Ethnos, Ta Nea, Kathimerini, Avghi, Le Journal des Rédacteurs) Alexis Tsipras s’est montré optimiste en affirmant qu’un accord serait trouvé d’ici la fin du mois d’avril. Le premier ministre a mentionné des « progrès notables » sur les questions de la collecte de l'impôts, de la lutte contre la corruption, de la réforme de l’administration publique ainsi que sur les garanties d’excédent primaire pour 2015. Selon lui, la nouvelle politique fiscale ne doit pas accabler la population, et davantage répartir les charges entre les contribuables (notamment pour ceux « ayant une capacité contributive élevée »). Alexis Tsipras a tout de même évoqué quatre points de désaccord avec l'UE et le FMI (les relations professionnelles, le système de sécurité sociale, la hausse de la TVA et les différences d’appréciation sur la mise en valeur des biens publics) avant d’invoquer des blocages plus « politiques » que techniques. Enfin, il a conclu en affirmant que l'UE ne choisirait pas « la voie du chantage financier déloyal et brutal mais au contraire celui de la recherche du compromis et de la stabilité, au bénéfice de notre avenir commun européen».

Selon Le Journal des Rédacteurs du 17 avril cet interview avait pour but « d'adresser un message aux créanciers en les invitant à cesser les jeux politiques et les chantages ».

c/ Pendant que grondent les créanciers…

Selon la presse grecque du 16 avril (Ethnos, Ta Nea, Kathimerini, Avghi, Le Journal des Rédacteurs) il existe un réel « blocage » dans les négociations entre Athènes et les créanciers. Selon ces journaux, les deux parties restent fermes sur leurs positions, alors qu’en parallèle les médias allemands évoquent à nouveau l’éventualité du « Grexit ». Le journal Ethnos va plus loin et estime que de « vives confrontations » opposent désormais créanciers et gouvernement grec. Son titre « Bras de fer avec les créanciers » permet d’évoquer les menaces exercées par les créanciers qui évoquent le Grexit tout en faisant pression pour obtenir des réductions supplémentaires des salaires et des retraites et des augmentations de taxes.

d/ … les menaces pleuvent à Berlin !!!


Wolfgang Schäuble fait jaillir un arc-en-ciel
 
La presse grecque du 16 avril (Ethnos, Ta Nea, Kathimerini, Eleftheros Typos) reprenait les déclarations du ministre allemand des finances, M. Schäuble. Celui-ci a estimé qu’une solution ne serait pas trouvée d’ici le 24 avril avant de qualifier la situation en Grèce de «très difficile» et d’affirmer que le nouveau gouvernement de Syriza avait « détruit l’œuvre du gouvernement précédent et sapé toutes les hypothèses sur lesquelles se basait le redressement des finances du pays ». Toujours sur le même ton, Wolgang Schaüble a poursuivi en déclarant qu’« il n’y a pas un besoin de plus d'argent, mais un besoin de plus de réformes ». Le ministre allemand s’est d’ailleurs senti autorisé de préciser que « le problème n’était pas la dette mais le manque de compétitivité ».

Selon Ethnos du 17 avril, le ministre Schäuble aurait fini par légèrement s’assouplir en évoquant la possibilité d’un décaissement de la prochaine tranche du prêt sans la mise en application à 100% des réformes. Il a en effet déclaré le 16 avril lors de son discours de l’Institut Brookings aux États-Unis que « les institutions ne demandent pas la mise en application des réformes à 100% mais d’une grande partie d’entre elles, ce qui permettra le décaissement de la prochaine tranche du prêt ».

e/ L’accord reporté au 11 mai ?

De son côté, le gouvernement grec se déclare déterminé à ne pas franchir de lignes rouges (sources gouvernementales, 15 avril). Malgré ses propos rassurants, Ta Nea souligne qu’une solution sera difficilement trouvée d’ici l’Eurogroupe du 24 avril et estime que l’éventuel accord devrait être reportée à l’Eurogroupe du 11 mai.

f/ ou reporté à une prochaine confetti party ?

Lors de sa conférence de presse interrompue par une militante anti-BCE, le président de la BCE, Mario Draghi, a pu déclarer (malgré les confettis) que la poursuite des financements d'urgence à la Grèce dépendait uniquement de la bonne volonté du gouvernement hellène, tout en refusant de considérer l’éventualité d’un Grexit, (Ethnos, Avghi, Eleftheros Typos du 16 avril) .

g/ Heureusement en France, l’austérité sent le Sapin…

Le journal Kathimerini titrait le 16 avril « La France dit non aux recommandations de la Commission en faveur de l’austérité » et commentait les propos du ministre français des finances, Michel Sapin qui venait de déclarer que « l'application stricte de certains aspects de la recommandation de la Commission sur la réduction du déficit français aurait fait chuter la croissance et augmenter le chômage ». Michel Sapin, emporté par une fièvre anti-austérité tout à fait inhabituelle, a même poursuivi en affirmant qu’«une autre voie est possible » . Le journal grec prédit de vives réactions à Bruxelles, où un délai supplémentaire de deux ans vient d’être accordé à la France pour réduire son déficit sous la barre des 3%.

II/ Relations internationales : entre Washington et Moscou, mon cœur balance…

1/ La visite de Varoufakis aux États-Unis

Selon la presse du 17 avril, la visite du ministre Varoufakis aux États-Unis a donné lieu à plusieurs événements. D’abord, lors de son discours à l’Institut Brookings, sur le thème « L’économie grecque et ses partenaires européens », M. Varoufakis a souligné que le gouvernement grec était prêt à faire un compromis honorable avec ses partenaires, y compris en prenant des décisions politiques difficiles sur la base d’un paquet de 7 réformes, tout en excluant l’adoption de mesures récessives. Le ministre a défendu la souveraineté de la Grèce avant de préciser : « nous avons le droit de nous faire entendre et de remettre en question la logique d’un programme qui a échoué » (Ethnos, Avghi, Ta Nea, Kathimerini, Le Journal des Rédacteurs).

De plus, plusieurs journaux (Ethnos, Kathimerini) ont commenté l’entretien extraordinaire du 16 avril entre M. Varoufakis et la directrice générale du FMI, Mme Lagarde. Selon Kathimerini, il a été décidé d’accélérer les procédures afin d’aboutir le plus rapidement possible à un accord sur la dette grecque.

2/ Les lendemains de la visite de Tsipras à Moscou

Alors que certains journalistes grecs s’interrogeaient sur les tensions possibles à l’intérieur du gouvernement Syriza-ANEL et estimaient que « l’objectif de la visite au Kremlin était d’augmenter la popularité d’Alexis Tsipras en vue d'un nouveau recours aux urnes » (Notis Papadopoulos), des sources du Palais Maximos affirmaient qu’Alexis Tsipras faisait bien l'objet de pressions tant à l'intérieur du parti (groupe Lafazanis, etc.) qu'à l'étranger (Berlin, Bruxelles, FMI).

Ce « printemps russe » a été largement commenté par la presse grecque. Certains journaux réduisaient la visite à un événement symbolique, notamment pour la réaffirmation de la souveraineté nationale grecque, mais qui n’aurait permis aucun véritable engagement (To Vima du 14 avril). D'autres quotidiens y voyaient la confirmation de choix stratégiques s’inscrivant dans le long terme. (Kathimerini parle de « printemps prolongé »).

Révolutionnaire ou pas, cette visite a donné lieu à une déclaration commune des deux dirigeants qui ont souhaité lever toute inquiétude sur une hypothétique mise en place d'un axe stratégique concurrent à l'U.E. Selon To Vima du 14 avril, M. Poutine a même nié vouloir se servir de la Grèce comme d'un cheval de Troie au sein de l'U.E. avant de rappeler que la Grèce relève d'un « autre territoire géopolitique » que celui de la Russie.

Symbolique ou pas, cette visite a surtout donné lieu à des accords concrets qui devraient aboutir bientôt (gazoduc « Turkish Stream » pour 2 milliards d’euros financé par les Russes mais soumis à un accord Turc, privatisation des rails grecs et du port de Thessalonique, hydrocarbures en mer Égée et en Crète, limitation de l’embargo russe sur les produits agricoles grecs).

Le ministre de la Défense, Panos Kamménos, s’est rendu à Moscou le 14 avril (il y retournera d’ailleurs le 09 mai pour la commémoration de la victoire sur le nazisme – fêtée le 09, et non le 08 mai par les Russes ) pour traiter de questions de défense. Les entreprises du secteur de l’armement allemand s’inquiètent d’ailleurs de la signature de prochains contrats avec les russes (modernisation avec armes russes, privatisations de l’industrie grecque de défense, etc.). Pour autant, les relations bilatérales ont été renforcées et une coopération internationale face à la menace de terrorisme islamique aurait été lancée.

III/ Politique intérieure

1/ Éducation : tension avec les étudiants anarchistes et réformes progressistes.

L’occupation, par des étudiants, de l’université d’Athènes devrait prendre fin bientôt.

En même temps, le gouvernement Syriza-ANEL met en place un projet de loi progressiste pour les étudiants (retour de l’asile universitaire, participation des étudiants aux élections, suppression de l’évaluation systématique des professeurs, fin du délai obligatoire d’études).

2/ Immigration : vague migratoire et peur d’un tsunami de réfugiés…

Selon Kathimérini du 14 avril, les garde-côtes grecs ont secouru prêt de 10 500 ressortissants étrangers au premier trimestre 2015 (trois fois plus que sur la même période en 2014). Le même journal reprend des informations selon lesquelles 2, 5 millions de réfugiés se trouveraient sur les côtes turques, prêts à entrer en Grèce et dans l’UE. Cette vague migratoire inquiète les autorités et les habitants des îles de l’Égée orientale alors que s’ouvre la saison touristique.

Les autorités grecques tentent de répondre aux problèmes des locaux pour accueillir ces migrants en ouvrant des stades, des bâtiments de l’armée et en les déplaçant vers le continent et soulèvent la question du cofinancement de la politique migratoire au niveau européen. De son côté, le maire d’Athènes, M Kaminis s’est entretenu avec d’autres maires de capitales concernés par la question de l’accueil des réfugiés (Mme Hidalgo pour Paris et M. Marino pour Rome).

Ces questions devraient être traitées lors d’un prochain sommet de l’UE.


3/ l’Eglise Orthodoxe devrait contribuer davantage au remboursement de la dette

Selon le Journal des Rédacteurs, l’archevêque d’Athènes, Mgr Iéronymos aurait proposé au gouvernement de « mettre à profit les biens de l’église dans le but de rembourser la dette ». Une société commune qui vient d’être créée par la loi devrait permettre, via la mise en valeur du patrimoine ecclésiastique, d’orienter des futures recettes vers le remboursement de la dette.

4/ Taux d’imposition particulièrement haut et note abaissée par Standard and Poor’s

Ta Néa commentait la dernière publication de l’OCDE et qui plaçait la Grèce en tête des 36 pays étudiés en terme d’imposition des ménages ( 43, 4% pour la Grèce, contre une moyenne de 27% pour l’OCDE, loin devant la Belgique et ses 40,6% ou la France et ses 40,5%).

De son côté, l'agence Standard and Poor's poursuivait son travail d’expert en abaissant la note de la dette grecque d'un cran (à CCC+). L’agence a souligné dans son communiqué du 15 avril que cette décision s’appuyait sur le fait que les conditions économiques et financières nécessaires à la solvabilité de la Grèce se sont détériorées, en raison de l'incertitude entourant les négociations prolongées entre le gouvernement grec et ses créanciers (Sources : Ethnos, Kathimerini).