Traduire / Translate

mercredi 15 février 2012

L'arène 69 : parlons cru, puisqu'elle est nue !


Avant, Rue89 était un journal. Il est aujourd’hui une ünter-catégorie du Nouvel Observateur, qui l’a racheté. Remarquez, ça ne change pas grand-chose : l’Obs et sa récente acquisition furent et demeurent les organes privilégiés d’expression de la gauche libertaire-sociétaliste, qu’il convient de ne point confondre avec la gauche républicano-socialiste, en cours de péremption, non plus qu’avec la gauche communiste, qui n’existe plus depuis la chute du mur de Berlin. François Hollande vient de le rappeler dans The Guardian, avec un sens de l’à-propos à demeurer coi.

Sous-produit de l’Obs, donc, Rue89 est le site préféré de « cette génération qui accepte mal qu'on lui impose des frontières géographiques, sociales ou plus intimes », ainsi qu’il est écrit dans un récent papier paru dans la rubrique Rue69, cette subdivision consacrée par le webzine à un sujet qui nous concerne tous et qui, du coup, n’a plus aucune raison de se voir confiné aux colonnes des magazines féminins et aux cabinets des psychanalystes : le cul la séduction.

Ainsi, hier 14 février, Rue89/69 nous réservait une fort belle surprise dans sa rubrique « cul » « charme », en publiant le témoignage d’un jeune pansexuel, c'est-à-dire d’un garçon qui « aime tout le monde (…) les hommes, les femmes, les trans, etc. ». Faisant fi de toute pudeur - cette valeur rétrograde et liberticide digne de la France putride de Charles Maurras – le jeune homme racontait sans ambages: « la pansexualité se traduit par une attirance sexuelle et sentimentale sans considération pour le genre ou le sexe (…) je n'ai jamais couché avec quelqu'un qui a un sexe masculin et une poitrine de femme, mais ça ne me dérangerait pas ».

Pour notre part, ça ne nous dérangerait pas non plus qu’il nous épargne les détails le jour où cela se produira. On peut toujours rêver d’un monde où la rémanence de quelques barrières « géographiques, sociales ou plus intimes » maintiendrait ce que Finkielkraut appelle le « dégueulis du privé » à une distance raisonnable de nos chastes oreilles.

Pour autant, dès lors qu’un sujet est traité, nous demeurons très attachés à ce qu’il le soit de manière transversale et exhaustive, c'est-à-dire…bien au fond !

Dans ce cadre, nous suggérons à Rue8969 de ne pas s’intéresser qu’aux seuls pansexuels, cette minorité trop injustement méconnue, mais dont l’ensemble des droits à la différence est dûment respecté. Il existe en effet quantité d’autres pervers polymorphes personnes à sexualité atypique qui ne demandent qu’à sortir de l’anonymat, pour satisfaire le besoin d’exhibition de leur petit ego pathétique, tout en stimulant notre voyeurisme faussement scandalisé de bourgeois étriqués et coincifs.

Parmi ces bêtes de foire désireuses se répandre dans la presse personnes singulières mues par un fort besoin d’autopublicité cathartique, nous tenons à mentionner notamment :

-        les xénosexuels : ils se caractérisent par une attirance forte pour les êtres de culture différente, indépendamment, bien sûr, de toute considération de sexe où de genre. Ils ne doivent en aucun cas être confondus avec les ethnosexuels que leurs goûts portent avant tout vers des personnes d’autres civilisations, qu’elles soient supérieures, inférieures ou équivalentes à la notre.

-        les idéosexuels : grands solitaires par la force de choses, ils tendent à idéaliser le partenaire au point que la moindre relation concrétisée les déçoit. Ne pouvant demeurer longtemps en couple sans pâtir des affres de l’ennui, ils gagnent à tomber amoureux de stars du cinéma ou de la variété, dont ils se contentent modestement de photos et de posters devant lesquels ils rêvent, éperdus, d’un passion condamnée à demeurer putative.

-        les hydrosexuels pratiquent exclusivement le sexe en milieu marin, ce qui en fait d’excellents nageurs. Initiation possible en piscine.

-        les météosexuels : leurs pratiques sont étroitement liées aux fluctuations du climat, de sorte que leur vie privée peut s’apparenter à une sorte de maniaco-dépression intime. Ainsi passent-ils de l’hibernosexualité par temps froid à l’hystérosexualité aussitôt que le soleil s’avise de darder ses premiers rayons printaniers.

-        Les stéréosexuels aiment l’amour en Dolby Surround, les luminosexuels ont horreur du sexe dans le noir, les rétrosexuels sont amateurs de pratiques surannées, les octosexuels n’aiment faire cela qu’à huit, les kleptosexuels adorent les baisers volés, et les européosexuels ont voté « oui » au traité de Maastricht.

-        les autosexuels, enfin, sont une sacrée brochette de branleurs.

Si quelqu’un d’entre vous se sent oublié dans cette liste que nous avons souhaitée très grande ouverte, n’hésitez pas à le signaler à Rue8969 en cliquant sur le lien de contact.

Ne vous retenez surtout pas dans la narration de vos orgies où la confession de vos névroses. Plus rien de ce qui relève de l’intime ne doit être ignoré et, comme les règles n’existent que pour être transgressées, la sphère privée n’a d’intérêt que pour être exhibée.

Sous les pavés, la plage.
Il est interdit d’interdire.
Soyons nous-mêmes : mangeons bio et vivons tout nus.

Lire et relire:
Pénétrer l'arène  CLICK
Journée de la femme : Dies Irae  CLACK
Osez...CLOCK
_____________________________

lundi 13 février 2012

Admin@France : voyage en Absurdie



Ce matin, alors que je baguenaudais dans quelque local administratif fleurant bon le Personal Computer en surchauffe et l’encre de photocopieur, un petit homme chenu, triste et poussiéreux, l’œil légèrement absent, l’haleine un peu fiévreuse et quelques rides d’amertume zébrant le coin de son museau bistre, un petit homme fatigué, donc, et qui se prétendait mon « chef », me remit un document  intitulé « Lettre de mission », par lequel il m’invitait à devenir « actrice de la réforme » en ces termes abstrus : 

« Vous êtes désignée comme chef du projet « simplification, information, formation ». A ce titre, vous êtes responsable de la conduite du changement dans le cadre de la lutte contre la sur-administration.

Vous assurerez la maîtrise d’ouvrage (MOA) du projet sus-cité. Vous veillerez à vous adjoindre un « chef de projet fonctionnel », qui, en tant que responsable de l’assistance à la maîtrise d’ouvrage (AMOA) sera chargé de l’information haute en direction du COPIL (comité de pilotage).

Préalablement au lancement de votre projet, vous mènerez une étude visant à établir les indicateurs adéquats de résistance au changement. Vous évaluerez le degré de criticité de ces risques et en rendrez compte au CODIR (comité de direction) et au COEX (comité exécutif).

Une fois le projet mené à bien, vous serez en charge du RETEX (retour d’expérience) afférant. Vous formulerez toute proposition que vous jugerez nécessaire afin de mesurer les écarts-types entre les objectifs initiaux et les livrables terminaux. Vous veillerez également à consigner les modalités de généralisation des bonnes pratiques que vous aurez pu identifier.

Afin de mener à bien votre mission, vous formulerez au préalable toutes les demandes qui vous sembleront opportunes en matière de ressources informationnelles ».

L’espace d’un instant, je me demandais si je n’avais pas été téléportée au siège de la Banque Centrale Européenne (BCE), où le technocrate Mario Draghi aurait fomenté un bizutage spécialement dédié à ma malheureuse personne, pour se venger de tout le mal que j’avais pu dire de lui jusqu’alors.

Après avoir tourné et retourné ma « Lettre de mission » en tous sens puis lancé alentour un regard affolé mais néanmoins circulaire, je m’aperçus que je venais de reprendre du service au sein de l’administration française, et qu’il allait falloir que je m’y fasse : il est grand temps pour moi de ne plus « résister au changement », et d'embrasser à pleines mains la « gestion de projet ».

Qu’avez-vous prévu, ce soir ?
Pour ma part, je compte regarder une émission sur mon écran plat, peut-être en Podcast, certainement en Dolby Surround. Peut-être live-twitterai-je, d’ailleurs, une partie de cette émission ?
Après cela, je mangerai une petite salade de diodes et une soupe d’électrodes en compagnie de Nono le Robot, mon nouveau petit ami.
Puis j’irai vite au lit pour pouvoir me lever demain à l’aube, car  je ne sais pas vous, mais moi, j’ai une RGPP (révision générale des politiques publiques) à mettre en œuvre !

Puisqu'on vous dit que notre civilisation est plus évoluée que les autres….


Lire et relire :
RGPP : l'été meurtrier des damnés de la LOLF  CLICK
RGPP : la complainte du fonctionnaire modernisé  CLACK
Papademos, Monti, Draghi : vive la "techno"-parade européenne  CLOCK

dimanche 12 février 2012

Micro-trottoir 2012 : Yann aime sa région...et Eva Joly !



Cet entretien a été réalisé dans le cadre du micro-trottoir 2012 de l’arène nue. Vous pouvez en consulter ici la rapide description, ainsi que les dix premiers volets (un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix). Je remercie vivement Yann, mon interlocuteur.

***

Yann a 35 ans. Il est contractuel dans l'éducation nationale, après avoir été 10 ans médiateur du patrimoine, là encore en vacation. Il habite Lorient (Bretagne), où il est impliqué dans les travaux  du conseil municipal.

Vous comptez accorder votre suffrage à Eva Joly lors du premier tour de l'élection présidentielle. Quelles sont vos principales motivations ?

Je regarde les programmes des candidats sous trois angles : le retour à un esprit de justice sociale et territoriale, la reterritorialisation de l'économie, et l'articulation entre un renforcement de l'Europe politique, que la crise de l'euro impose, et la proximité citoyenne d'un niveau pertinent pour agir : les régions.

Certains candidats (JL Mélenchon, N. Sarkozy, M. Le Pen) propagent le mythe selon lequel l'Etat peut tout. C'est un mythe agité par ceux qui flattent les élans nostalgiques des électeurs qui regardent dans le rétroviseur. Au final, ces attitudes renforcent la défiance envers le politique, car dans les faits chacun voit bien qu'on ne fera pas l'avenir avec les recettes d'hier et que l'Etat est dans l'incapacité d'assurer l'égalité des citoyens.  Nos gouvernements sont toujours prompts à s'inspirer du voisin allemand. Ils oublient que ce pays s'appuie sur un dialogue social fort, une confiance dans les Länders, une habitude de penser en réseau autour des "régions" et des PME.

En clair, pour moi le prochain Président ne devra pas être dans l'action personnelle et directe. Il devra libérer le dialogue social et démocratique à tous les niveaux, et laisser les régions, périmètre d'action de demain, gérer ce qui leur est propre et leurs atouts. Qui mieux que la région Bretagne s'impliquera dans une véritable politique maritime, dans la protection de l'eau, dans l'utilisation de ses atouts énergétiques ?

Vous êtes donc pour une décentralisation bien plus poussée. En quoi la candidate écologiste vous semble-t-elle la mieux à même de porter ce projet ?

Eva Joly a bien compris cet enjeu moderne, en déclarant publiquement à plusieurs reprise qu'elle inclut l'autonomie politique des régions dans son projet de VI° République sur le modèle du Pays de Galle ou des Länders allemands. Je crois que Mme Joly est la mieux à même de défendre cette vision, du fait de son parcours personnel. Elle connait très bien la France, mais n'a pas été formatée par les grands corps de notre administration. Elle est celle qui peut le mieux dire que le siècle des identités uniques est terminé, que chacun d'entre nous porte des identités plurielles.
Parmi les identités portées par chacun, l'identité régionale à une place importante, en plus de l'identité française, européenne ou d'un pays d'origine. Mme Joly défend la place des langues régionales dans les politiques publiques comme une richesse supplémentaire. Elle est donc une candidate de gauche, écologiste, et inscrite dans la modernité du XXI° siècle d'une démocratie renouvelée.
François Hollande est aussi un candidat de gauche, qui s'est prononcé en faveur de la défense des langues régionales dans son programme, et qui est favorable à davantage de décentralisation. Pourquoi Joly plutôt qu'Hollande ?

Certes, une victoire finale d’Hollande serait déjà une bonne nouvelle pour tous ceux qui comme moi ont le sentiment d'avoir subi le détricotage de leurs droits sociaux depuis 2002, c'est à dire depuis que la droite gouverne. Effectivement, l’une des mesures du programme d’Hollande concerne les langues régionales. Toutefois, cette mesure ne s'accompagne pas des réformes constitutionnelles qui la rendent possible. Pour l'heure, cela s'apparente aux déclarations non appliquées de Mitterrand en 1981.

Quant à la décentralisation vue par François Hollande, il reste beaucoup d'ambiguïtés, notamment parce que le vocable à la mode au PS est le « renforcement des territoires », concept vague, qui permet de conserver toutes les couches d’un mille-feuille administratif indigeste, de la commune à l'Europe, en passant par les intercommunalités, les pays, les départements, les régions et la kyrielle de syndicats mixtes qui les accompagnent.

La France a l'habitude de faire monter en puissance des nouveaux niveaux (intercommunalités et régions aujourd'hui) sans supprimer les anciens. La rationalisation de la dépense publique locale comme la clarté du système pour les citoyens impose de supprimer des couches, comme le conseil général, institution désuète. Sur ce point, je fais plus confiance aux Verts, dont le parti - je n’en suis pas membre - est organisé sur la base des régions, et non des départements. Dans un discours de Mme Joly prononcé cet été à l'Université de Régions et Peuples Solidaires, elle a employé l’expression de « fédéralisme différencié » : il s’agit d'adapter les réformes des collectivités aux souhaits et aux réalités locales. C'est je crois la posture adaptée au temps, car on ne peut envisager de chausser toutes les pointures avec le même chausse-pieds.

Par ailleurs, des parlementaires Verts, François de Rugy en tête, ont été les premiers, à gauche, à prendre des initiatives en vue de la réunification de la Bretagne et en vue du retour de Nantes en Bretagne. C’est un dossier auquel je suis sensible non pas par nostalgie historique, mais parce que je crois que les régions ont besoin d'être identifiables clairement. Une Bretagne entière, c'est une Bretagne « projet », en phase avec le vécu économique de notre région maritime, et c'est un espace perçu comme cohérent par le citoyen et qui favorise donc la participation civique aux débats régionaux.

Vous parlez assez peu d’écologie…

Justement, si. Je crois qu'Eva Joly représente le rassemblement de ceux qui préparent la reterritorialisation de l'économie et le dossier de l'énergie en est la preuve. Mieux vaut se mettre tout de suite à utiliser les atouts énergétiques de nos régions (soleil, marée, vents, etc) que de continuer à faire vivre le gouffre financier du nucléaire qui ne produit des emplois que dans des lieux très ciblés. L'accident nucléaire au Japon, il y a près d'un an, comme le récent rapport de la Cour des comptes sur le nucléaire montrent l'urgence à lancer un vaste de plan de recherche et de soutien à toutes les alternatives au nucléaire. Mieux vaut des petites unités de productions qui créent de l'emploi partout avec les énergies naturelles qu'un EPR potentiellement dangereux qui concentre l'emploi en un point.

Eva Joly semble en mauvaise posture dans les sondages. En êtes vous inquiet ? Comment l'expliquez-vous ?

Elle représente des courants de pensée écologistes, fédéralistes qui ont toujours plus de facilité avec les scrutins de liste.

Eva Joly porte l'analyse de ceux qui disent que la crise écologique ne se résoudra que par la mobilisation de la société dans son ensemble, que la crise du politique se résoudra par la facilitation de l'implication citoyenne et la responsabilisation des échelons régionaux et locaux, et qu'en matière social la norme doit reposer sur les remontées du dialogue des acteurs. Bref, c'est une candidature qui porte la complexité des enjeux, pas une candidature qui dit "je suis celui/celle qui résoudra tout à la tête d'un Etat fort".

Or la mécanique politique et médiatique de la présidentielle favorise beaucoup les candidats tribuns, se posant comme la solution individuelle aux problèmes collectifs. C'est d'ailleurs une situation qu'on ne retrouve qu'à la présidentielle. Aux élections locales et régionales ou aux élections européennes, élections d'équipe où le collectif a une valeur centrale, les différents courants que je retrouve derrière Mme Joly s'en sortent nettement mieux.

Pour autant, si la faiblesse du score d'Eva Joly dans les sondages me désole, elle ne m'inquiète pas. L'élection qui fera le prochain gouvernement, ce n'est pas la présidentielle. Ce sont les législatives.

Lire et relire :
Micro-trottoir 2012 de l'arène nue : la règle du jeu  CLICK
Micro-trottoir 2012 : Marcella, plutôt de gauche mais très circonspecte  CLACK
Micro-trottoir 2012 : Pour Jérôme, aucun doute, c'est Mélenchon   CLOCK
Micro-trottoir 2012 : Pour Dominique, ce sera sans doute Philippe Poutou  CLOUCK
Micro-trottoir 2012 : A 26 ans, Didier milite pour Villepin   CLUCK
Micro-trottoir 2012 : Pour Stéphane, un seul choix possible : Marine Le Pen  CLECK
Micro-trottoir 2012 : Anne penche pour Chevènement   CLYCK
Micro-trottoir 2012 : Jacques est convaincu par Boutin CLONCK
Micro-trottoir 2012 : Chloé conquise et acquise à Hollande  CLBCK
Micro-trottoir 2012 : Pierre, 20 ans, préfère Morin  CLGCK
Micro-trottoir 2012 : Louis-Alexandre croit en Corinne Lepage  CLNCK
______________________________________  

vendredi 10 février 2012

Micro-trottoir 2012 : Louis-Alexandre croit en Corinne Lepage



Cet entretien a été réalisé dans le cadre du micro-trottoir 2012 de l’arène nue. Vous pouvez en consulter ici la rapide description, ainsi que les huit premiers volets (un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf). Je remercie vivement Louis-Alexandre, mon interlocuteur.

***

Louis-Alexandre a 29 ans. Il est actuellement « intermittent » du journalisme, tout en préparant un concours de la fonction publique. Il habite Clichy. Soucieux de l’environnement, il votera en avril pour la candidate écologiste de Cap21, Corinne Lepage.

Pour la présidentielle de 2012, vous donnez votre préférence à Corinne Lepage. Quelles sont vos principales motivations ?

L'environnement. Nous n'avons pas compris que la crise économique vient se greffer sur la crise environnementale. Elle l'aggrave: à court de moyens, nous faisons tourner avec l'énergie du dernier souffle notre modèle économique dépassé. Elle en résulte: la fin des matières premières abondantes et bon marché coïncide avec le début de l'endettement de nos Etats. Que l'on songe un instant à tout cet argent : si seulement un dixième de la dette avait été dédié à la transition énergétique du pays, nous serions moins dépendants de ressources risquées sur le plan sanitaire et sur le plan géopolitique (uranium, pétrole). Et nous disposerions de fleurons industriels d'avenir.

La confiance. La crise est aussi une crise de confiance: les taux auxquels banques et Etats échangent sont élevés, c'est le signe d'une crise de confiance dans notre société. On ne parie plus sur nous-mêmes. Or, Corinne Lepage par son travail inlassable aux côtés de la société civile, et ses combats victorieux en tant qu'avocat (Erika) ou parlementaire européen (sécurité alimentaire) est toujours dans le réalisable, pas dans les incantations électoralistes. C'est la recette pour retrouver la confiance.

Certes, mais votre candidate n'est pas la seule à se préoccuper des questions d'environnement. Pourquoi Corinne Lepage et non Eva Joly ?

Deux candidatures écologistes ne seront pas de trop. Sans perspective de score significatif aux présidentielles, il faut poursuivre la seule stratégie de long terme qui vaille: changer les mentalités. C'est mieux à deux voix plutôt qu'à une seule.

Comme en plus la candidature Europe-Ecologie-les-Verts s'ensable sur des thématiques qui ont peu à voir avec l'environnement, mais plus avec du clientélisme d'extrême-gauche, Corinne Lepage porte seule la voix de l'écologie. Sans clins d'oeil partisans, qui clivent inutilement l'écologie. Corinne Lepage propose un projet avec la société civile, toute la société civile. C'est autour de ce choix qu’est fondé CAP21, que j'entends primer par mon suffrage.

Vous reprochez à EELV de "s'ensabler" sur des thématiques autres que l'environnement. Mais l'écologie peut-elle constituer à elle seule un programme présidentiel ?

Seule, non ! Jeudi 27 janvier, la première chaîne privée a diffusé un reportage où Corinne Lepage présente son projet en faveur des PME. L'Etat français est exsangue d'avoir aidé ses champions industriels. Il le fallait: la colonne vertébrale économique de notre pays est portée par une quinzaine de grands groupes. Mais on a privilégié les créateurs de valeur ajoutée aux créateurs d'emplois que sont les PME.

Réformer la fiscalité, les démarches administratives, est une urgence si l'on veut avoir une chance de repartir après la crise. On est quand même dans le pays où Total ne paie quasiment pas d'impôts ! Cela ulcère bon nombre de petits patrons, qui doivent quémander au fisc des reports de délais.

Outre ses propositions sur les PME, quelles sont les autres thématiques développées par Corinne Lepage et qui vous séduisent ?

La grande réflexion qu’elle porte sur les moyens de revivifier la démocratie. Donner aux citoyens un droit d'initiative (référendum, proposition de loi), constitutionnaliser et démocratiser le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel, reconnaître l'indépendance du pouvoir judiciaire, ouvrir des charges publiques à toutes les situations professionnelles... notre pays souffre d'un déficit de pluralisme qui mine la légitimité des institutions.

Actuellement, quand gauche ou droite parlent de société civile, elles n'envisagent que celle qui vit de subventions publiques, leur assurant un retour électoral. La ville où je vis, Clichy, s'en est fait une spécialité à tel point qu'au bord de la faillite, elle assure par courrier que le prochain exercice budgétaire ne touchera pas les associations !

Corinne Lepage, elle, veut changer l'ossature institutionnelle du pays. A bien des égards, elle adhère aux propositions du philosophe Dominique Bourg. Je conseille à tous la lecture de son dernier opus: "Pour une VI° République écologique".

En tout cas, ces deux exemples (PME, institutions) montrent bien qu'avec Corinne Lepage nous avons affaire à une candidate au service des citoyens, et pas à une courtisane du palais.

Les sondages donnent Corinne Lepage à 0,5% d'intentions de vote environ. Comment expliquez-vous qu'elle ne "décolle" pas ?

CAP21, son mouvement, n’a presque pas de salariés, et l'esprit de sacrifice des militants ne compense pas leur faiblesse numérique !  Il n'y a pas de carriéristes, tous ont une vie en dehors qui se concilie mal avec un engagement politique de tous les instants, surtout quand survient la campagne présidentielle. Alors, hormis les observateurs attentifs de la vie politique, la notoriété du mouvement est faible, et si les Français se souviennent d'une candidature qui en 2002 avait atteint presque 2%, ils ne situent pas bien le contenu de sa candidature.

Comme pour d'autres « petits » candidats, le lancement de la campagne officielle permettra d'utiliser les médias pour atteindre les Français. A ce moment, les électeurs constateront immédiatement que Corinne Lepage n'est la copie de personne, l'obéissante copine de personne.

Si toutefois votre candidate ne parvenait pas à mener sa campagne à son terme, à qui cette ancienne proche de François Bayrou pourrait-elle apporter son soutien ? Seriez vous prêt à la suivre ?

A mon avis les parrainages seront au rendez-vous ! Bien sûr, grâce à ses qualités intrinsèques. Mais aussi pour des raisons de tambouille politicienne: l'UMP a intérêt à diviser l'électorat potentiellement attiré par Bayrou.

Au profit de qui se désister ? Si EELV n'est pas sa tasse de thé, Eva Joly fut quand même, avant de se faire mener en bateau par les lieutenants de Cécile Duflot, une personnalité libre, proche du centre-gauche. Pour la femme, Corinne Lepage pourrait avoir quelques mots gentils.

François Bayrou, en dépit de la présence à ses côtés de deux figures historiques des Verts (Jean-Luc Bennhamias, Yann Wehrling), n'a toujours rien compris aux enjeux de l'environnement, ce qui, couplé à une incompatibilité caractérielle, exclut un nouveau rapprochement.

L'électeur que je suis ira là où ses convictions le mènent. Et je ne crois pas un seul instant que Corinne Lepage s'imagine disposer de ses électeurs. Elle a une toute autre conception du sens civique !

Lire et relire :
Micro-trottoir 2012 de l'arène nue : la règle du jeu  CLICK
Micro-trottoir 2012 : Marcella, plutôt de gauche mais très circonspecte  CLACK
Micro-trottoir 2012 : Pour Jérôme, aucun doute, c'est Mélenchon   CLOCK
Micro-trottoir 2012 : Pour Dominique, ce sera sans doute Philippe Poutou  CLOUCK
Micro-trottoir 2012 : A 26 ans, Didier milite pour Villepin   CLUCK
Micro-trottoir 2012 : Pour Stéphane, un seul choix possible : Marine Le Pen  CLECK
Micro-trottoir 2012 : Anne penche pour Chevènement   CLYCK
Micro-trottoir 2012 : Jacques est convaincu par Boutin CLONCK
Micro-trottoir 2012 : Chloé conquise et acquise à Hollande  CLBCK
Micro-trottoir 2012 : Pierre, 20 ans, préfère Morin  CLGCK
__________________________________

jeudi 9 février 2012

Bayrou boude le dîner du CRIF ? Tant mieux !


[Ce texte est également disponible sur Causeur.fr ]

François Bayrou a « de la gueule ». Pas une grande gueule, non. Juste « de le gueule », de l’allure, du panache. Ceci lui fait quelques menues différences avec Nicolas Sarkozy, auquel il serait juste et légitime qu’il ravisse le statut de « candidat naturel de la droite ».

Je suis bon public, mais pas au point de croire au centrisme. Je considère François Bayrou, hériter de ce que fut l’UDF, comme un homme de droite. Mais de cette droite de bon sens et de bonne volonté qui, si elle demeure désespérément rigoristo-libérale et austérophile sur le plan économique, n’en est pas moins capable d’avoir « tout juste » sur la question des valeurs.

Sur l’école, par exemple, Bayrou est sans doute le mieux dégrossi des candidats. C’est en tout cas ce qu’affirme Jean-Paul Brighelli, dans une interview dont il nous fit récemment l’honneur.

Sur l’universalisme républicain, il semble par ailleurs que François Bayrou ait désormais une longueur d’avance. Il vient en effet de lever avec maestria un interdit un chouïa sot, en vertu duquel aucun responsable politique ne décline jamais le repas annuel du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France).

Le CRIF, c’est cet organe communautaire passablement likoudisé qui prétend représenter - sans que celle-ci lui ait jamais rien demandé - l’introuvable et fantasmée « communauté juive de France ». Un peu comme le CRAN [1] prétend incarner une « communauté noire » qui n’a rien demandé non plus puisqu’elle n’existe pas, ou comme le collectif Osez le féminisme entend représenter « les femmes », et auquel je demande, pour ce qui me concerne, de bien vouloir s’abstenir : je suis majeure, merci.

Le CRIF, donc, organise tous les ans un repas, auquel il invite nombre de représentants de la classe politique, qui s’y pressent pour y faire à la fois acte de présence et de componction. L’actuel président de la République s’y rend bien volontiers, de même qu’un certain nombre de ses ministres. Les chefs d’Etats impétrants y sont aussi les bienvenus, mais voilà : au soir du 8 février 2012, François Bayrou a fait défection.

Certes, il s’y est parfois rendu par le passé. Mais il affirme aujourd’hui avoir réfléchi à la chose, et en avoir conclu qu’il ne devait plus « participer à des réunions communautaires, quelque soit la communauté qui invite des politiques dans des manifestations spécifiques ». Puis, droit comme la justice, il poursuit dans le registre du « sus au multiculturalisme » : « je pense que la France est une, que ses citoyens sont d’abord des citoyens avant d’être juifs, catholiques, musulmans, bouddhistes, agnostiques ou athées ». Bigre ! La Révolution serait-elle aux portes du royaume ?

Dans un petit ouvrage clair et intelligent, Julien Landfried [2] explique comment le CRIF est devenu la championne de France des « entreprises communautaires », ces officines qui s’autoproclament représentatives d’une « communauté », volontiers essentialisée et, en tout état de cause, prise en otage. Cela permet aux leaders de ces PME identitaires d’avoir accès aux radios, télés, journaux, et aux subventions publiques.

Contestant vigoureusement la représentativité  du Conseil représentatif des institutions juives, Landfried fait ce rappel salutaire : « la majorité des individus ne s’exprime pas dans la Cité par le jeu de son appartenance communautaire supposée : seule une minorité le fait ». Dès lors, il préconise la fin du ballet des politiques au fameux diner annuel. Le candidat du MoDem a-t-il entendu cet appel ?

Souhaitons en tout cas que sa courageuse décision fasse école, et que CRIF, CRAN, CFCM [3] et que sais-je encore, soient à nouveau considérés pour ce qu’ils sont : des associations représentant des intérêts particuliers et, de surcroît, minoritaires.

La République, quant à elle, est toujours « une et indivisible », comme il est dit dans ce petit texte pas tout à fait anodin qu’est la Constitution de notre pays.



[1] Conseil représentatif des associations noires
[2] Julien LANDFRIED, Contre le communautarisme, Armand Colin, 2007
[3] Conseil français du culte musulman

___________________________________

mercredi 8 février 2012

Populisme : est-ce que Mélenchon = Le Pen ?



[Ce texte est également disponible sur Causeur.fr]

« Mélenchon – Le Pen, le match des populismes » titrait Le Monde d’hier soir, 8 février. Passant devant un kiosque et voyant cela, je demeurais longuement interdite, bras ballants et bouche bée, jusqu’à ce qu’une kiosquière ayant dans le regard quelque chose de Frédéric Lefebvre ne m’interpelle dans un français agraire et imagé, ayant dans l’indigence quelque chose de Nadine Morano : « elle veut kèk’chose, la dame ou elle prend l’frais ? » [1]. Sursautant sous l’effet des reproches âpres et vigoureux formulés par l’hybridation funeste du secrétaire d’Etat et de la Ministre, j’achetais prestement un exemplaire du quotidien.

Qu’y découvris-je ? Un scoop, assurément. Il paraît en effet que la candidate du Front national et celui du Front de gauche défendent « deux programmes radicalement opposés pour conquérir l’électorat populaire ». Palsambleu ! En se voyant servir de pareilles novelletés, on ne peut que s’ébaudir avec respect ! Ainsi, se surpassant comme jamais, le « quotidien de référence » nous explique-t-il que les deux « populistes » [sic] n’ont pas tout à fait la même approche du droit des femmes, du mariage homosexuel, et que Jean-Luc Mélenchon n’est que très moyennement adepte de la « préférence nationale ». Je ne regrette décidemment pas mon euro et les cinquante centimes attenants.

Dès lors, qu’est-ce donc qui autorise un journal aussi sérieux que Le Monde à compromettre sa légendaire impartialité en mettant ainsi un signe « égal » entre Le Pen et Mélenchon ? La réponse en est très simple : l’un et l’autre courtisent à la fois l’électorat populaire, et « la France du non ». Et Dieu sait qu’au Monde, « la France du non », on n’aime pas trop. Sept ans plus tard, je me souviens encore avoir failli renoncer à la lecture du journal vespéral après avoir lu dans ses colonnes que les électeurs ayant voté « non » au  référendum sur le Traité constitutionnel européen (TCE) étaient atteints de difficultés d’ordre « psychanalytique ».

Je n’approuve certes pas l’attitude de « Méluche » lorsqu’il traite « Marine » de « semi-démente ». D’abord parce que je goûte peu l’injure, ensuite parce que je trouve cela tactiquement malhabile.

Pour autant, doit-on considérer, parce qu’un homme a un caractère un tantinet affirmé, qu’il n’est rien d’autre qu’un « populiste », autrement dit, un démagogue ? Faut-il promettre du sang, des larmes, une rigueur budgétaire de silex et une austérité de plomb pour apparaître comme un présidentiable sérieux ?

Je ne crois ni à l’une ni à l’autre de ces deux propositions. Et, comme je n’imagine pas un seul instant que le quotidien fondé par Hubert Beuve-Méry ait souhaité discréditer le candidat le plus à gauche de la course présidentielle, je me vois contrainte à vous révéler la terrible conclusion de mon analyse: Le Monde a décidé de décontaminer la pensée du Front national !


[1] Je tiens à préciser ici que je ne suis nullement prolophobe. En revanche, je suis redoutablement saloperiephobe. Ainsi, quand j’entends un Ministre de la République se gausser du physique d’une candidate à l’élection suprême, fut-ce la candidate écologiste, je ne retiens plus aucun des coups bas que me dicte le mépris haineux suscité par l’expression publique de l’indécence, de la sottise, du manque d’éducation, de générosité et de retenue, bref, par l’étalage inconséquent de la plus brutale et de la plus crasse des conneries.

Lire et relire :
Pierre-André Taguieff revisite le populiste  CLICK
L'extrême droite n'existe plus ?   CLACK
Twitter : de quoi @nadine__morano est-elle le nom ?  CLOCK

___________________________________

lundi 6 février 2012

Micro-trottoir 2012 : Pierre, 20 ans, préfère Morin


[Ce texte est également disponible sur Marianne2]

Cet entretien a été réalisé dans le cadre du micro-trottoir 2012 de l’arène nue. Vous pouvez en consulter ici la rapide description, ainsi que les huit premiers volets (un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit). Je remercie vivement Pierre, mon interlocuteur.

***

Pierre a 20 ans. Il habite l’Ile de France, où il étudie le droit.  Au printemps, il souhaite voter pour le candidat du Nouveau Centre, Hervé Morin.

Vous souhaitez voter pour Hervé Morin au premier tour de l'élection présidentielle. Qu'est-ce qui motive ce choix ?

Si Hervé Morin obtient les cinq cent signatures, je lui apporterai ma voix. Je sais bien qu'il n'a aucune chance d'être élu mais je crois aux idées qui sont exprimées par le Nouveau Centre. Ce sont l'équilibre, la modération. Faire une priorité du désendettement de la France, favoriser l'innovation et le travail, notamment en exonérant totalement de charges sociales patronales pendant un an toute première embauche. C'est le principe de la « société de la reconnaissance ».

C'est-à-dire ?

En résumé, c'est un système tourné vers le mérite où chacun doit trouver sa place quel que soit son rôle. Il ne s'agit pas d'un égalitarisme forcené mais d'une volonté d'adaptation à la réalité des situations rencontrées, d'une juste équité. Une attention particulière est portée aux plus fragiles qui ne peuvent être exclus des décisions qui sont prises. Tel est le message qui est diffusé par cette candidature.

Vous parlez d'équilibre et de modération. En effet, Hervé Morin se présente comme un candidat centriste. Pourquoi lui donnez-vous votre préférence plutôt qu'à François Bayrou, par exemple ?

Entre 1974 et 2007, il y a toujours eu un deuxième parti à droite. L'UDF a ainsi été un parti regroupant des chrétiens-démocrates et des libéraux (Charles de Courson, Christian Blanc, Gilles de Robien, pour ne citer qu'eux).

En 2007, François Bayrou a fait un choix totalement différent. Ce n'était plus celui de la droite. Il a choisi de n’être ni de droite, ni de gauche. Il oubliait ainsi sa participation au gouvernement d'Edouard Balladur comme ministre de l'Éducation nationale. Il reniait aussi le fait que de nombreuses valeurs comme la liberté d'entreprendre ou la liberté d'enseignement à travers l'autonomie des établissements scolaires sont partagées par la droite et non par la gauche. C’est pour cela qu’a été créé le Nouveau Centre: pour perpétuer une tradition abandonnée par Bayrou. Hervé Morin, à travers sa candidature à la présidentielle, en est le candidat naturel.

On ne sait pas réellement quel est le positionnement de François Bayrou même si nous partageons toujours des convictions communes notamment en ce qui concerne la dette publique. Hervé Morin s'inscrit clairement dans la majorité de droite, tel n'est pas le cas de François Bayrou qui reste pour le moins ambigu.

Etes-vous de ceux qui regrettent la non-candidature de Jean-Louis Borloo ?

Absolument pas. Jean-Louis Borloo reste pour moi un personnage énigmatique. Si l'action qu'il a pu mener à Valenciennes semble unanimement saluée, je suis beaucoup plus réservé quant aux réformes réalisées au sein des différents gouvernements. Les maisons à 100 000 euros n'ont pas eu le succès escompté et si on doit faire le bilan des innovations apportées lorsqu'il a été Ministre de l'Ecologie, du Développement durable, des Transports et du Logement, il ne reste pas grand-chose.

Néanmoins, c'est un homme qui a une  image très positive dans l'opinion, bien plus qu'Hervé Morin, même si les raisons qui l'expliquent, restent pour moi, bien mystérieuses.

De l'action d'Hervé Morin au ministère de la Défense, que retenez-vous ?

Je ne suis pas spécialiste en matière de Défense mais si l'on peut retenir  une action d'Hervé Morin, c'est bien celle de la réforme de la carte militaire. Sans faire grand bruit, elle a été appréciée par les observateurs en permettant d'économiser certains postes de dépenses, tout en conservant la qualité de notre armée. Une économie de 1,6 milliards d’euros par an est ainsi réalisée au profit de l’équipement des forces

Votre candidat a-t-il, selon vous, de bonnes chances d'obtenir les 500 signatures d'élus ? A défaut, ne risque-t-il pas de se laisser séduire par l'UMP, qui a déjà tenté quelques appels du pied pour qu'il renonce à se présenter ?

Hervé Morin devra obtenir, outre les cinq-cent signatures, l'aval de son parti. Si cela n'est pas le cas, ça signera l'échec de sa stratégie au profit de celle de François Bayrou, qui aura alors réussi le pari d’incarner "la nouvelle UDF". En toute logique, le président du Nouveau Centre devra alors se rapprocher de l'UMP.

Quelles sont, justement les raisons de la fronde récente des élus du Nouveau Centre contre Morin ? Des désaccords idéologiques ? La perspective des législatives qui suivront la présidentielle ?
   
Depuis plus d'un an, Nicolas Sarkozy et son gouvernement dirigé par François Fillon ont fait des propositions qui sont très proches du programme du Nouveau Centre. On peut ainsi évoquer la suppression du bouclier fiscal, la règle d'or, la plus grande convergence économique avec les pays européens. De plus, Hervé Morin, malgré son programme de qualité, n'a pas su tenir ses troupes. Il n'a pas hésité à critiquer de manière virulente certains membres de son propre parti comme François Sauvadet ou Jean-Christophe Lagarde. Crédité d'un faible score, on sait tous que sa candidature n'est qu'un acte de témoignage. Hervé Morin ne sera jamais Président. Il semble le seul à y croire. Les électeurs qui voteront pour lui le feront car son score sera si faible qu'il n'empêchera pas à Nicolas Sarkozy d'être au second tour. Nous ne sommes pas suicidaires ! 

 Si votre candidat se retirait de la course, que décideriez vous ?

Je prête beaucoup d'attention à certaines valeurs prônées par Christine Boutin qui est une femme courageuse, et je respecte son combat en faveur de la dignité humaine. Malheureusement, je ne crois pas que les idées économiques qu’elle propose soient réalistes et réellement applicables.

Mon choix sera portera donc sur Nicolas Sarkozy. Malgré les critiques qu’on peut lui adresser, il a su faire preuve d'un sang-froid exceptionnel lors des différentes crises. Avec le recul, les réformes qui ont été faites (sur la retraite, l'autonomie de universités) permettent de penser que notre Président si critiqué - je suis d'ailleurs le premier à le faire - l'est certainement de manière démesurée. Il semblerait qu'il soit en train d'écrire un livre sur certaines erreurs qui ont pu être commises. Cela permettra peut-être de mettre fin à des polémiques qui n'ont été que stériles. Je l'espère en tout cas.

Lire et relire :
Micro-trottoir 2012 de l'arène nue : la règle du jeu  CLICK
Micro-trottoir 2012 : Marcella, plutôt de gauche mais très circonspecte  CLACK
Micro-trottoir 2012 : Pour Jérôme, aucun doute, c'est Mélenchon   CLOCK
Micro-trottoir 2012 : Pour Dominique, ce sera sans doute Philippe Poutou  CLOUCK
Micro-trottoir 2012 : A 26 ans, Didier milite pour Villepin   CLUCK
Micro-trottoir 2012 : Pour Stéphane, un seul choix possible : Marine Le Pen  CLECK
Micro-trottoir 2012 : Anne penche pour Chevènement   CLYCK
Micro-trottoir 2012 : Jacques est convaincu par Boutin CLONCK
Micro-trottoir 2012 : Chloé conquise et acquise à Hollande  CLBCK